‹ Œuvres complètesChapitre 17 sur 54 · A NAPLES · texte numérisé non relu

A NAPLES

Naples , le a6 novembre 1807.

Monseigneur ^ depiub sir mois je redemande à M. Boismon I caissier de Tartillerie , 1,600 fr. que je lui ai confiés à titre de dépôt. Il prétend retenir cette somme par ordre du général Dedon, à cause de certains frais de bureau touchés par moi il y a quatre ans , et qui , dit-il , ne m'étaient point dus. Premièrement je nie le fait. Je n'ai jamais touché de irais de bureau que sur des ordonnances particulières du ministre de la guerre.

. Mais quand ce qu'il dit serait yrai , fussé-je débiteur de cent mille francs à la caisse de l'artillerie , il n'en serait pas moins obligé de me remettre à ma première réquisition le dépôt dont il s'est chargé. Je ne suis point en compte avec la caisse. L'autorité du général est nulle dans cette aJBTaire. En un mot y ce n'est point à la caisse , mais à M. Boismon que j'ai confié mon argent, et il n'en doit le compte qu'à moi.

U allègue une autre excuse qui me parait plus plausible. Quoiqu'il ait le titre de caissier^ la caisse n'est i>as en son pouvoir; elle est , dit-il j chez le général > dans sa chambre j il en a les clefi^ et par conséquent , lui caissier^

ne peat me rendre mon argent , que le général n'y consente, â quoi il n'est pas disposé.

Est-ce ma, faute à moi, Monseigneur, si le caissier n'a pas la caisse? Pou^ais-je faire ces distinctions et deviner que M. Boismon était caissier pour prendre mon argent, mais non pas pour me le rendre? Je laisse ces subtilités â ceux qui en ont le profit.

Enfin , vous voyez , Monseigneur, que le général Dedon couche avec mon argent. Le ravoir A son insu, cela est fort difficile. Tai fait ce que j'ai pu, et j'y renonce. Obtenir qu'il me le rende n'est possible qu'à vous , Monseigneur, et je supplie Votre Excellence de vouloir bien s'employer à cette bonne œuvre.

A n. DE SAINTE-CROIX y

A PARIS

Naples y le 37 norembre 1807:

Monsieur , vous me ravissez en m'apprenant que votre besogne avance, et que vous êtes résolu de ne la point quitter que vous ne l'ayez mise à fin. Voilà parlet comme il faut. Vous voulez qu'on vous encourage. J'y féru mon devoir, soyez-en sûr, me promettant pour moi , de ce nouveau travail , autant de plaisir que m'en fit votre première édition. Il n'y avait que vous, Monsieur, qui pussiez n'en être pas entièrement satisfait, et faire voir an public qu'il y manquait quelque chose.

Ma petite drôlerie, dont vous me demandez des nou-

velles , est assez dégrossie. J'en suis à l'épiderme. C'est là le point justement où se voit la différence du sculpteur au tailleur de pierre. Ce texte a des délicatesses bien difficiles é rendre , et notre maudit patois me fait donner au diable.

Ne me vantez point votre héros (1) ; il dut sa gloire au siècle dans lequel il parut. Sans cela , qu'avait-il de plus que les Gengis-Kan, les Tamerlan? Bon soldat, bon ca^

(1) Alexandre-le-Grand.

pitaine , mais ces teftos sont commiines. I! j a toujours dans une armée cent officiers capables dé la bien commander; un prince même y réassit, et ce que fait bien jm prince , tout le monde le peut faire. Quant à lui , il ne fit rien qui ne se f&t fait sans lui. Bien avant qu'il fdt né , il était décidé que la Grèce prendrait l'Asie. Surtout gardez-vous, je tous prie, de le comparer â César, qui était autre chose qu'un donneur de batailles. Le vôtre ne fonda rien. Il rs^vageait toujours, et s'il n'était pas mort il ravagerait encore. Fortune lui livra le monde , qa*en sut-il faire? ne me dites pas, ê*U eût vJeuI car il devenait de jour en jour plus féroce et plus ivrogne.

J'ai ici à ma disposition une bonne bibliothèque, et ce m'est un grand secours pour la petite bagatelle que je vous destine , Monsieur. Cependant il me manque encore des outils pour enlever certains nœuds. Il faudrait être à Paris , et y être de loisir, deux choses é moi difficiles.

Vous avez grande raison de me dire, quittez ee vil métier. Vous me parlez sagement , et je ne veux pas non plus faire comme Molière , à qui toute sa vie ses amis en dirent autant. Il était, lui, chef de sa troupe, moi je mouche les chandelles. Ne croyez pas pourtant , Monsieur, que j'y aie perdu tout mon temps; j'y ai fait de bonnes études, et je sais â présent des choses qu'on n'apprend point dans les livres. Je me rapproche de vous de deux cents lieues. Je vais bientôt à Milan.

A Rome Courier retrouva d'anciens amis, avec lesqueb il

demeura quinze jours , M. d'Aginoourt , Yàbbé Marini , madame Dionigi. S- s'arrêta aussi à Florence pour voir les hibliothèques , et yisiter M. Ackerblad , savant suédois dont il sera question plus tard. Enfin , il arriva à Vérone à la fin de janvier. On Yj attendait depuis près de six mois , et il y trouva une lettre du ministre de la guerre qui le mettait aux arrêts et ordonnait la retenue d'une partie de ses appoii

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