‹ Œuvres complètesChapitre 2 sur 54 · A LANGEAIS , PRÈS TOURS · texte numérisé non relu

A LANGEAIS , PRÈS TOURS

Paria 9 le 29 s^tembre 1791.

Hisa mercredi , je me suis reiidaà mon ordinaire chez M. Labbey. Il a reçu en ma présence une lettre du mi- Aistre par laquelle on lui annonce que le roi vient de le nommer i la place de professeur de mathématiques dans l'école d'artillerie qui s'établit maintenant à Châlons. H a paru assez sensible aux regrets que j'ai témoignés fort expressivement et tout aussi sincèrement de me le voir enlever. Après quelques réflexions , qui n'ont duré qu'un instant, j'ai pris sur-le-champ mon parti, et en lui faisant entendre qu'il ne m'était pas possible de me séparer de lui, je lui ai déclaré, d'un air qui n'a pas paru lui déplaire, que s'il le trouvait bon, je le suivrais partout où il irait. Il m'a répondu d'abord fort obligeamment , et m'a dit que , n'ayant ni amis ni connaissances en Champagne , il entrait dans son plan d'emmener avec lui quelqu'un de ses élèves. Nous nous sommes séparés là-dessus, et il m'a dit, en me reconduisant, qu'on pourrait faire ses réflexions. — Les miennes sont déjà faites , et l'ont été à l'instant même où j'ai su sa nomination. Rien ne serait, ce me semble, plus avantageux pour moi que de me trouver avec lui dans un pays où nous serions près-'

que seuls , et où ses occupations lui laisseraient sans doute assez de tmnps pour me faire-traTailler utilement. Ainsi , je ne pense pas que lous blâmies mon projet. Il est encore à remarquer que U je- me trouverais nécessai* rement plusieurs fois sous les yeux de mes examinateurs, au centre des mathématiques , perpétuellement environné des maîtres les plus habiles et d'élèves plus ardents au travail qu'aucun de ceux que je- voyais autrefois. Peutêtre même que s'il se rencontrait des obstacles imprévus dans la caxrièie du génie , si des circenstances qui pourraient alors naître m'offraient plus- d'avantages ou- plus de £icilités en prenant parti aitleun^ peut-être dans ce cas pourzais-je tourner mes idées d'un autre côté , et frire servir ma* science à demander quelque autre place militaire } ce que je dis toutefois sans avoir changé de projet. En un mot si vous penses comme moi j il ne tient qu'i M. Labbey de m'emmener à GhAlons.

Maintenant je sacrifie tout à 0^^ dessein principal , mais je ne renonce pas pour cela totalement aux poètes grecs et latins. C'est un effort dont ma vertu n'est pas capable. D'un autre côté, moins je me livre à cette étude, plus je le fais avec plaisir toutes les fois qu'il m'est permis de quitter un instant les rochers d'Euclide si hus horrida dutnU pour descendre dans des plaines mées de fleurs et entrecoupées de ruisseaux.

Le projet dont cette lettre rend compte fut exécuté , et Govffier suivit son professeur à Ghâlons.

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A HA MEBM9

Voua a'ayea paa d'autre parti é prendre ipiie de 'vous rendis en Tottraiaejyotie Tie y aéra plus heureiiae qu'à Parist Eile serait certainemeiit pour noiu troia aoasi haureosa qu'elle peut Tétre si noua ékiona réonia j maia il faut s'en interdioe jusqu'à Fidée.. Cf pendant, iroici oomme j'imagine que nous pourrons du mpina noua voir pour quelque tempe : Texamen sera îadubitablement «rancé et peut-être plus qu'on ne croit) il est possible que tbut soit terminé dana cinq ou qix semaines ; alors il dépendra de moi d'aller i Paris , j'imi tous trouver, je demanderai' à être egp^yé vers l'Espagne | et, tos arrangements étant pria , nous partirons en0emJ)Ie pour la Touraioe^ d'où je me rendrai , au iemps. prescrit , à mon r^pmenté H se présente encore une autre manière de nous réunir, toujours dans la suppositiw que je serai employé sur la frontière d'Espagne : tous pouvez tous rendre la première en Touraine , et mot my rendre d'ici. De quelque manière que les choses tournent, il me de- Tient nécessaire de tous embrasser l'un et l'autre aTant la campagne , et j'espère que j'en Tiendrai a bout; mais il faut bien tous garder de Tenir à Châlons , où je ne

poNirraÎ3 pasaor aireo tou3 qu*aiie petite partie 4^ }a joqr* oée^ «aoa pcgrkr 4es a^tre9 ioconvénieiiti , qui sont «ans.

Jja tdateaM 4e tfùtsù ame ae ne Mipsetid fW t il n^eat perfMinc, je crois ^.qm pût aupporiar la aolitude où voua êtes , jointe i une mauvaise santé. Le iéj4Mir de Paria oe ooBTiendrait ^èra pl«s i mon père qa'à tous. Tespjre dana pe« tÊs^ à portée dé raisonner avec tous deux dé tout cela. Vous savez bien que ma plus grande joie est de rencontrer des occasions de pouvoir vous procixer quelque consolation , et de répandre quelque agrén:ent sur votre vie.

L'époque de Texamen approchant , Courier se mit au travail , mais le temps lui manqua. Lorsque M. Delaplace en vict aux questions d^hydrostatique , il lui répondit naïvement : Mon* sieur , je ne sais rien sur cette matière jMiis si vous m'accordez quelques jours je m'eu informerai, ^^eu de temps passé, il se présenta de nouveau et donna à l'examinateur une d haute idée de son intelligence qu'il en obtint d'être classé avantageusement parmi hs autres élèves. Nommé lieutenant à la date du i^. juin 1798^ il vint d'abord pour embrasser ses parents, et se rendit ensuite i Thionville , où sa compagnie tenait garnison.

Au mois d'août de fjgi , M. Courier subit un premier exa* men , à la suite duquel il fut admis en qualité d'élève souslieutenant d'artillerie à la date du i®''. septembre.

Mais Textrême agitation qui régnait alors & Châloos par

Teffet de la présence de l*armée du roi de Prusse dans le voisinage , ayait interrompu le cours des études ; les âèves étaient employés à la garde des portes de la ville , où on avait placé quelques pièces de canon. Ce ne fut donc qu'au mois d'octobre et après la retraite des ennemis que Técole reprit son régime habituel.

S. Courier ne s*y distingua pas par son application : les auUurs grecs avaient repris sur lui tout leur empire, et ks matliématiques étaient abandonnées; la discipline de Técole parâssait d'ailleurs fort dure à un jeune homme vif et passionié , qui jusque-là avait joui d'une liberté presque entière , et l'avait même jamais été renfermé dans un collège. Aussi lui uTivaitnl souvent d'oublier le soir l'heure à laquelle les portis de l'école se fermaient , et d'y rentrer en grimpant par^ dessui les murs.

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A SA MÈRE

A PARIS

ThionyiUe, le lo sqptembre 1793.

Toutes tos lettrea me font plaisir et beaucoup 1 nais non pas toutes autant que la dernière , parce qu'elle» ne sont pas toutes aussi longues f et parce que tous m'y racontez en détail TOtre yie et ce que vous faites. Cestone Traie pâture pour moi que ces petites narrations àins lesquelles il ne peut guère arriTer que je n'entre yoni beaucoup.

n n'y a aucune apparence qu'on nous tire d'ici cette année ni peut-être la suiTante , en sorte que je s'ea par« tirai que quand je me trouTerai I^^nant en piunier, car il me faudra peut-être passer oBs une autre compagnie, ce qu'à Dieu ne plaise. Mon camarade est employé i Metz aux ouTrages de l'arsenal. Il m'a quitté ce matin , et son absence , qui cependant ne saurait être longue , me donne tant de goût pour la solitude , que je me sens déjà tenté de me chercher un logement particulier. Mon traTail soufifre un peu de notre société , et c'est le seul motif qui puisse m'engager à la rompre , car du reste je me sais fait une étude et un mérite de supporter en lui ane homeur fort inégale, qui aTant moi a lassé tous ses aatxes camarades. J'ai fait presque comme Socrate , qui

ayait pris une femme acariâtre pour s'exercer à la patience, pratique assolement fort salutaire, et dont j'avais moins besoin que bien des gens ne le croient , moins que je ne l'ai cru moi-Qiéimi Quoi qu'il en soit, je puis certifier à tout le monde que mon susdit compagnon a , dans un degré émineot , toutes les qualités requises pour faire faire de grands progrès dans cette vertu à ceux qui vivront avec lui.

S vous n'avez pas encore fait partir mes livres qui son: achetés 5 joignez-y celui-ci , qui me sera fort utile à ce que me disent les ingénieurs d'ici , OEuvreê diverses de te'lidor sur le génie et l'artillerie. Ces ingénieurs sont de ludes gen^ : ils ont en manuscrit des ouvrages excellente sur leur métier ; je les ai priés de me les communiquer , ils m'ont refusé sous de mauvais prétextes j ils craigtent apparemment que quelqu'un n'en sache autant q^jfrx.

ChÂphez parm^ftî^livres deux volumes in-8° , c'està-dire du format de mimanach royal, brochés en carton vert ; l'un est tout pleia.de grec et Tautre de latin ; c'est un Démosthénes qu'il faut m'envoyer, avec mes autres livres. Ces deux volumes sont assez gros l'un et l'autre , et assez sales aussi.

Mes Evres font ma joie, et presque ma seule société. Je ne m'ennuie que quand on me force à les quitter, et je les retrouve toujours avec plaisir. J'aime surtout a relire ceux que j'ai déjà lus nombre de fois , et par là j acquiers une érudition moins étendue mais plus solide.

A la yérité je n'aurai jamais une grande connaissance de rhistoire, qui exige bien plus de lectures , mais je ga*gnerai autre chose qui vaut autant, selon moi, et que je n'ai guère l'envie de yOUS expliqueri car je ne finirais pas si je me laissais aller à je ne sais quelle pente qui me porte à parler de mes études. Je dois pourtant ajouter qu'il manque A tout cela une chose dont la privation suffit presque pour en ^ter l'egrérneBl à nuû , qui sais oe que c'est ; je veux paxkr de cette vie tranquille que je menais auprès de vous. Babil 4f lemmesy folies ,de jeanesse, qu'étes-yous en compeoaison! Je puis dire ce qui en est, moi qui, conaaissaat Vm et l'autre, n'ai jamais regretté dans me$ mcnyieats de tristesse que le sourire de mes parents , pour m6 Servir ded expressions d'ui poète.

A SA MERE

A PARIS

Thionrille, le • octobice 1793.

Je Yieiis de reoetoir une lettre qfiii m'apprend ^e je tais être bientôt premier lieutenant. Je n'ai donc plus que six semaines ou deux mois à rester ici. La saison sera bien avancée alors , et selon toute apparence la compagnie où j'irai sera en quartier d'hiyer , ce qui me console un peu de me voir arraché d'ici. Si la chose tournait autrement, et qu'il me Ssdlftt camper au milieu de l'hiTer, comme cela est possible , ce serait pour moi un apprentissage un peu rude.

Tai reçu, il y a^|àlques jours, la caisse que vos lettres me promêttainR Tout y est admirablement bien. Mon camarade , qui assistait à l'ouTerture , fut d'abord surpris de la beauté des étoffés. A mesure que nous avancions ses éloges augmentaient; les livres en eurent leur part; c'était bien , quant à moi , ce que j'estimais le plus. Mais lorsque nous arrivâmes aux rubans et aux autres petits paquets dont il y avait un grand nombre, tous accompagnés de billets et arrangés de manière qu'un aveugle y eât reconnu , je crois , la main maternelle , nos réflexions à tous les deux se portèrent en même temps sur vous dont la tendresse paraissait moins par vos pré--

senta, qnelqne beaux qu'ils fussent^ que par les attentions délicieuses dont ils étaient comme ornés. Un soupir lui échapi>a, et je Tis bien alors que le pauvre garçon, qui est sans parents , m'enviait , non pas ce qu'il avait sous les yeux , mais ma mère.

fai été invité ces jours-ci à la noce d'un de mes sergents, et je m'y suis rendu, quoique j'eusse bien mal à la tête, comme cela m'arrive assez fréquemment depuis un certain temps. Je ne pouvais y être que triste, aussi l'ai-je été. Je n'ai presque bu ni mangé; et , quand on a padé de danser , je me suis refusé à toutes leurs instances, fen ai dit là vraie raison, mais cela ne les a pas contentés, et ils ont cru que je les dédaignais. Il est certain que rien ne m'a plus humilié et fait enrager depuis quelques années que de n'avoir pfts su danser y et cela par ma faute.

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A SA MÉRE

A PARIS

Thionyille , a5 fërrier 1794.

AvBC tout autre que voni je poorràis être embatmaé à expliquer le silence do&t vous tous plaignez ; nuâs je me tire d'affaire tout d'un coup en tous disant simplement la vérité , quelque peu âitorable qu'elle me soit dans cette occasion. Sachez donc que ce qiii , depuis assez long^ temps j m'empéehàit de vous écrire ce n'était pas mes travaux , comme vous l'avez pu croire. Je ne saurais dire nonplusquece fussentmes plaisirs , car je n'en eus jamais moins qu'à présent^^étaient les coteries auxquelles je me trouve livré aujourcNRii , sans savoir comment , beaucoup plus que je ne voudrais. Quoique je ne puisse pas dire m'y être amusé trois fois autant que je le fais quand je veux avec mes livres , cependant je vois chaque jour qu'il m'est impossible de manquer ime seule de leurs assemblées. Cest une chose que je ne puis prendre sur moi, et qui pourtant devient de jour en jour plus nécessaire , .car presque toutes mes soirées du mois dernier (mon temps le plus précieux) ont été employées de la sorte. Ce qui vous surprendra sans doute, c'est qu'au milieu de tout cela j'ai contracté je ne sais quelle tristesse habituelle que

tonl le monde remarque et qu'il m'est aussi difficile de cacher que d'expliquer. Je vois qu'il faut enfin reprendre mon ancienne vie, qui est la seule qui me contienne. Mais j hélas I en cela même il m'est impossible de suivre les goàts que la nature m'a donnés et que les circonstances j l'étude et les conversations ont fortifiés pour mon malheur. Cependant ^ j'espère avoir dans la suite plus de facilités pour m'y livrer, et je crois que Thiver prochain sera tout entier à ma disposition. C'est alors que je me garderai bien de faire des connaissances d^aucune espèce, règle que je compte observer rigoureusement à l'avenir dans quelque pays que je me puisse trouver.

Mon père regarde comme mal employé le temps que je donne aux langues mortes, mais j'avoue que je ne pense pas de même. Quand je n'aurais eu en cela d'autre but que ma propre satisfaction, c'est une chose. que je fais entrer pour beaucoup dans mes calculs, et je ne regarde comme perdu , dans ma vie , que le temps où je n'en puis jouir agréablement , sans jamais me repentir du passé ni craindre pour l'avenir. Si je puis me mettre i l'abri de la misère , c'est tout ce qu'il me faut; le reste de moA temps sera employé i satisfaire un goût que personne ne peut blâmer, et qui m'ofire des plaisirs toujours nouveaux. Je sais bien que le grand nombre des hommes ne pense pas de même , mais il m'a paru que leur calcul était faux , car ils conviennent presque tous que leur vie n'est pas heureuse. Ma morale vous fera peut>-être sourire , mais je Buis persuadé que vous prendrez tout ce que je viens

d'écrîrapovrmesTéritabled sentimeotsi auxquels ma pra--

tique sera cpnfprme.

Vous oe sauriez imagioer ce «ju'il m'en a coûté de peines ^t de mortifications pour n'ai^oir pas su daver, Je nea suis pas euQore délitré j combien on est sensible sur l'article de la vanité l Xespère pourtant xne mettre au-dessus de ces petites puérilités. A quoi donc m'auraient serri mes li^es si mon cœur était encore sensible i ces atteintes « qui ne peuvent passer que pour de légères piqûres , en comparaison de ee qui m'attend par la suite? J'ai pourtant pris un mtdtre qui me trouve toutes les dispositions du monde , mais que j'abandonnerai sans doute comme j'ai déji fait vingt fois.

Au printemps de cette année 1794» Courier quitta la garnison de ThioDTine pour être employé à Tarmée de la Moselle , qu*il joignit au camp de Blies-Castel. Ce fut alors que pour la première fois il vit la guerre et apprit à eoucher au bÎTOuac & eôté de ses oanons.

Après IVxscupation de Trêves, qui eut lieu leg'aoAt, il fut nncié au grand parc de Farmée , el chargé d*6rganiser un ateUev poor la réparatioB des armes. Il s'établit à cet effet dans ^n vaste moMStere que ks moines avaient abandonné , et prit pour hiî le logement de Tabbé ; c*etait un appartemeat ipagnîfique , meublé de tout ce que le luxe et la commodité peuvent rassembler. Il usa de tout avec discrétion , et veilla k ce que ses K>ldats ne commissent aucun désordre. Il serait

eurirasde Kre les lettrei qu'il a |n écrire de de lieu, mei» oe n'a pu eu relnmver «ncniie.

Alâfittdefuin ijgi, Gotir<cr,iioitfiiiécipilàiM,ectffea^ vait ta qtiartier^gëDërai de ViJmée cunpée d«?aiil Mayenté , kmqull reçttt le nourdle de la iiioft deKMi père.Get éréneneal inattendu fit ser lui une impression si me, quVniblieDt tout et ne pensant qu'à la dottiear de att mère , retirée à la Véron* qoe près de Lnides, il résduf d'aller se réunir à elle, el partit aussitôt sans prévoir persevine, et sans attendre auooo congés Chemin fiiisant , il Tisita son aUieje pr& de Trêve», et eut k déplaisir de la trouTer eomplètement dêpouiilée par les soins des commissaires du gourememeot*

Arrirë à Paris , Gmrier ent besoin d'employer le crédit de ses amis pour faire oublier la manière brusque dont il «tait quitté Tannée, fls obtinrent qu'il sernt envoyé dans le midi de la France, ce qui hn donnait le moyen de pralonger wtm séjour à la Véronique. Enfin au mois de septembre il arriva à Alby , 06 il passa qudques mois , chargé de recevoir des boulets fournis aux magasins de Tartillerie par k» ibrgeades aivîrona. n vint ensuite k Toulouse.

Cependant , dès son arrivée à Alby , il avait repris ses études favorites ; il s'y occupa spécialement de Gcéron , et traduisit la harangue pro Ligario. A Toulouse , le hasard lui fit ren* contrer chez un libraire H. Chlewaski , Polonais distingué par son érudition et dont lea goéta se trouvèrent parfaitement d'accord avec les siens , ce qui amena entre eux une liaison Ibrt intime. Bs s'enfermaient ensemble pendant des journées entières ; après ces longues conférences , H. Courier faisait sa toilette et se rendait au bal. Il faut se rappeler ici les

années. 1796 et 1797 , remarquables par le goût effréoë de plaisir qui s empara de toute la France , à la suite des jours sombres de la révolution. Toulouse reçut la oiode de Paris et s'y conforma. M. Courier sentit alors la nécessité de reprendre un maître de danse , et se livra avec tant d*ardeur à cet exercice, qu'il fut bientôt en état.d*en donner lui-même des leçons. Il eut des dames parmi ses élèves, et montra tant de xèle pour Tune d'elles , qu'il lui fallut , un matin du mois de décembre, quitter précipitamment la ville, sans pouvoir dire adieu h son ami Ghlewaski. U se rendit d*abord à la Véronique , près de sa mère , puis à Paris , d'où , au printemps de 1798 , on l'envoya joindre les troupes qui se rassemblaient en Bretagne sous le nom' d'armée d'Angleterre. Après avoir parcouru les côtes du Nord à la suite d*un général d'artillerie, il vint séjourner à. Rennes , où profitant d'un moment de loisir il rouvrit ses livres , et fit la première ébauche de sou éloge d'Hélène*

Enfin, de nouveaux ordres le dirigèrent sur le pays qu'il a depuis préféré k tous les autres ; il quitta Paris à la fin de novembre pour se rendre à Milan et de là à Rome.

A M^ CHLEWASKI,

A TOULOUSE

LyoD y le 4 décembre 1798.

Si jamais lettre m'a fait plaisir, c*est celle que j'ai reçoe de yousj Monsieur; et si jamais j'ai maudit le vacarme de Paris, les affaires, les plaisirs , les voyages, c'est lorsqu'ils m'ont ôté le repos et la liberté d'esprit que j'ai toujours désirés pour m'entretenir avec vous. Votre aimable lettre me fut remise à Rennes peu de jours avant mon départ, et je l'emportai à Paris, où je comptais/ répondre , croyant qu'il ne me faudrait pour cela que de l'encre et du papier. Ce fut le temps qui me manqua , chose rare en ce pays-lâ , où l'on en perd plus qu'ailleurs.

De Paris je suis venu ici, où les[premiers moments que je puis arracher à des affaires odieuses et à des conversations humiliautes pour un homme accoutumé a causer avec vous, je les emploie , non à vous répondre (c'est un plaisir que je me réserve de goûter à mon aise et sans distraction), mais à vous apprendre que je m'y prépare ; que bientôt je serai hors de l'enfer que je traverse , et qu'alors mes lettres , loin de se faire attendre , provoqueront les vôtres et vous importuneront peut-être. Si cette phrase est embrouillée, vous saurez bien certainement y

démêler ma pensée , qui est : que rien au monde ne peut me faire plus de plaisir qu'une correspondance comme la YÔtre qui , en flattant mon amour-propre , *h^fu 4»»;? autant par la satisfaction que j'éprouve i recevoir de vos nouvelles I que par le souvenir des heures agréables que j'ai passées dans votre entretien.

J'aime fort le récit que vous me faites de vos courses dans les Pyrénées; mais pourquoi faut-il que l'idée de ce charmant voyage vous soit venue si tard? Je ne vous cacherai pas que d'abord je vous en ai voulu un peu d'avoir attendu, pour aller à Bagnéres, que j'en fusse revenu y et I qui pis est , hors d'état d'y retourner avec vous; mais il m'en coûtait trop de me plaindre long-temps de vous, et je vous ai bientôt pardonné en faveur de votre lettre, de vos observations, et du plaisir que j'ai à me vanter que tout cela m'est adressé. Ainsi , je m'en prends i mon étoile , et j'accuse les dieux , qui , pour quelques raisons que nous ignorons , ne veulent pas apparenmtient nous voir ensemble si prés d'eux, non plus que Castor et PoUux.

C'est tout ce que je veux vous dire quant à présent sur cet article , me réservant à payer bientôt vos descriptions des Pyrénées, d'une histoire de mes voyages, aceidenU, fortunée diverses depuis Rennes jusqu'à Rome> où je vais par ordre du ministre. Je pars demain en même temps que cette lettre , et peut-être quand vous la lirez , eublimi feriam eidera vertiee tandis que Juppiter hiber^ nos eanà nive conipuet Alpes, c'est-à-dire que je grimperai sur le Mont-Cenis.

(27) Me pavdoiinerez-vous toutes ces citations , et suis-je excusable en effet de tous envoyer une misérable rapsodie brodée ou bordée de la pourpre d'Horace , au lieu d'une lettre décente que je vous devais pour vous remercier de la vôtre, pour justifier mon silence et pour vous bien prier de ne pas me punir en m'imitant? mais 8a<chez , Monsieuri que je vous écris êtatu pede in uno dans une maudite auberge , entouré de bruit et d'importuns. Est-ce dans une pareille situation de corps et d'esprit qu'on peut causer avec vous? Aussi, serait-ce un pur hasard s'il se trouvait dans ce griffonnage quelque chose qui eût le sens commun , a moins que ce ne soit l'assurance de l'attachement que je vous ai voué. Je compte (moi qui devrais avoir appris à ne compter sur rien) rester à Milan cinq ou six semaines. J'inonderai le premier papier qui me tombera sous la main d'un déluge d'observations dont je charge pour vous ma mémoire depuis que j'ai reçu votre lettre. Lectures , voyages , spectacles^ bals, auteurs , fenmies , Paris , Lyon , les Alpes , lltalie , voila l'Odyssée que je vous garde. Mes lettres vous pleuvront une page pour une ligne , et dans peu vous en aurez haut comme cela y c'est-à-dire par-dessus la tète. J'espère bien recevoir des vôtres à Milan , sans quoi je vous croirais fâché I et fâché injustement , car il est très-vrai que depuis mon départ de la Bretagne je n'ai pu jusqu'à ce moment trouver ni même espérer un peu de repos pour vous écrire , et que je n'ai cessé d'y songer.

A M. CHLEWASKl,

A TOULOUSE

Borne, le 8 Jenrier 1799- Monsieur, après tous avoir annoncé que je m'arrête-

rais à Milan, je vous écris de Rome eucore tout étourdi de me voir lancé si loin de l'heureux pays où tos lettres pouvaient me parvenir en huit jours. Je ne sais comment cela s'est fait, mais me voilà décidément redevenu soldat, par conséquent êine êede , vivant à la mode des Scythes. Et pour avoir de vos lettres, qui me sont devenues nécessaires depuis que vous m'avez fait goûter d'une si bonne , je me trouve un peu embarrassé à vous donner mon adresse , car nous autres conquérants , emportés par la victoire , nous ne savons guère aujourd'hui où nous serons, ni si nous serons demain. En cherchant la gloire nous trouvons la mort. Je m'arrête tout court sur cette

phrase , car je sens qu'un pareil style m'emporterait haut et loin. N'allez pas conclure de tout ceci que ce n'est pas la peine d'écrire à des gens dont l'existence même est toujours douteuse, et sans vous inquiéter si je suis des morts ou des vivants adressez-moi bientôt une lettre dans ce monde-ci au quartier-général de Varmde de Rome , et comptez que si on ne me donne pas d'autre emploi que

odai que j'exerce , elle me trouvera bieo sain et me fera bien aiae.

Ce laurier qu'Horace appelle marte vênaUm est ici i meilleur marché. Ceux dont se charge ma télé ne me coûtent guère, je tous assure. J'en prends maintenant é mon aise, et je laisse fuir les Napolitains, qui sont, à l'heure où je tous écris , de l'autre côté de Garigliano : je ne fais pas tant de chemin pour trouver des enne* mis , et ceux-li ne valent'pas la peine qu'on coure après eux. Vous aurez vu sans doute dans les papiers publics l'histoire de leur déconfiture.

Je m'en tais donc id de cnînte de pis fiûre.

Ce que je pourrais tous en apprendre , bon à dire sous les peupliers qui bordent notre canal , ne vaut rien i mettre dans une lettre.

Par une raison semblable , je ne vous dirai rien de Lyon , où j'ai passé deux semaines sans plaisir et sans peine, bonnes par conséquent selon les stoïques, mau- ?aises au dire d'Épicure.

Milan est devenu réellement la capitale de l'Italie depuis que les Français y sont maîtres. C'est à présent, delà léê mofiiê, la seule ville où l'on trouve du pain cuit et des fenunes françaises , c'est-4-dire nues , car toutes les italiennes sont vêtues , même l'hiver , mode con^ traire à celle de Paris. Quand nos troupes vinrent en Italie , ceux qui usèrent sans précaution des femmes et

en pam da pays y s'en tnnnrèreiit tréa-mal* Les vu creraîent d'indigestion , les antres coulaient daa joan fort désagréabks (czpxessîon qoa me foomit bien à propos le style moderne)

Hi ne moaroe&t pas tou , nun toof étaient ficappëi

comme les animaux de La Fontaine : ce qoe voyant , la plnpart des nôtres prirent le parti de s'aooommoder anx usages du pays f mais ceux qui n*ont pu s'y faire , et auxquels il faut encore de la croule (vous me passes ces détails puisque eharia non erubeiàit, selon Cicéron , qui en écrivait de bonnes ) , eeux-U donc font venir de France des femmes et des boulangers. Voilà comment et

pourquoi madame M passa les Alpes. Sadiet ^ Mon-«

sieur y que madame M.... est la femme d'un commissaire envoyé par le gouvernement à Malte , oà il n'a pu aller; mais ce qu'il eàt fait i Malte) il le fait ici , de même que sa femme , qui est sans contredit la plus jolie de toute l'armée. Tous deux écorchent Titalien, comme disait Mazarin , mais de différentes manières , iUa gluhiê maj^ nanitnoê Rémi nepoUsf le mari est agent des finances de l'armée française , charge de l'invention de Bosaparte, mais changée depuis son rhgne , en ee qu'elle dépend peu de ses successeurs , bien moins puissants que lui. La dame fut prise à Viterbe l(Mrs de la retraite des Français, et reprise avec la place. Il y a dans son histoire quelque chose de celle d'Hélène , peut-étve dans sa per-

Mmne ^ bmIs pins sènmeBtt dans le xAIe que joue soa aariy qui est un plaisant IMénélas, court, lourd et sourd, d'aillears éUoui , oa peat méiae dire «Yeqglé par les cliarmes de la princesse. Puisque me Toilà sur «xt article, madame Pepe est dans le petit nombre des femmes fiançaises qui voient ici un tfè»-petit nombre de maisons zoaiaines : la seconde pour la beauté, la première i d'autres égards ; elle donne tout-4-fait dans le bei-esprit , el Teot passer pour connaisseur en peinture et en musique. Vient ensuite madame Bassal , femme d'un consul , non romain , mais français ; tout cela se rassemble a^eo beaucoup d'bommes cbez les princesses Borghése et Santa-Croce , et cbez la ducbesse de Lante. Joignez-y une marquise de Géra (maison piémontaise ) , figure très-agréable, gâtée par des mines et par des airs d'enfant qai ont pu plaire en elle à seize ans , et il y a seize ans.

Je voudrais , au reste , pouvoir tous donner une idée de ces cercles , ou être sûr que ce tableau tous intéresserait. Mais TOUS en parler sérieusement , cela tous ennuierait I et pour TOUS le peindre en ridicule , c'est trop dégo&tant. Quelques grands seigneurs d'Italie qui prêtent lears maisons, et qui font, pour bien TiTre sTec les Français , des bassesses souTent inutiles , sont des gens ou mécontents des gouTemements que nous sTons détruits, ou forcés par les circonstances de paraître aimer le chaos qui les remplace , ou assez ennemis de leur propre pays pour nous aider à le déchirer, et pour se

jeter sur les lambeaux qae nous leur abandonnons. Tels sont i Milan les Serbelloni , ici lies Borghèse et les Santa- Croce; la princesse de ce nom fBunoêusima tnulUr , femme connue de tous ceux qui ont touIu la connaître, et beaucoup au-dessous de sa réputation, du* moins quant à l'esprit, a lancé son fils dans les troupes fran^^ çaises. U s'est fait blesser , et le voilà digne d'être adjudant-général. Les deux Borghèse^ qui ont acheté moins cher des honneurs â peu près pareils, sont deux polissons incapables d'être jamais des laquais supportables , aussi maladroits que plats et grossiers dans les flatteries qu'ils prodiguent i des gens qui les méprisent.

Le reste ne vaut pas l'hoiineur d*étre nommé.

J'ai pourtant trouvé ici une connaissance fort agréable^ et cela sans recommandation , chose difficile pour un Français. Un jour que j'étais allé voir seul ce qui reste du Musée et de la bibliothèque du Vatican , j'y trouvai l'abbé Marini, autrefois archiviste ou garde des Archives de la chambre apostolique , homme assez savant dans les langues anciennes , mais surtout fort versé dans la science des inscriptions , dont il a publié des ouvrages estimés. Son nom, que j'entendis prononcer, me faisant soupçonner ce qu'il pouvait être (car j'avais vu ses ouvrages cités dans je ne sais quelle préface latine d'un auteur allemand), je me décidai â Taborder. U se trouva heureusement qu'il parlait assez français. Il me

répondit avec honnêteté ; et , après nne conversation de quelques minutes, me conduisit chez lui , où je trouvai une bibliothèque excellente , dont je dispose à présent , on cabinet d'antiquités ^ force tableaux , dessins , estampes , cartes , etc. Je suis aujourd'hui de ses intimes , et comme dit Sénèque , primœ admiêHonu , ce qui contribue surtout à me rendre agréable le séjour de Rome.

Il m'a prêté , outre ses livres , je veux dire ceux qu'il a composés, auxquels je n'entends pas grand'chose , d'autres dont j'avais besoin pour me remettre un peu de la fatigue des convêr^azioni franco -* italiennes , et m'a conté difierentes choses assez curieuses de plusieurs personnages célèbres qu'il a vus de près , car il a été fort considéré de plusieurs ministres , cardinaux , et antres puissants d'alors , eti même il passe pour avoir eu qaelqpie crédit auprès des deux derniers papes. Je regrette de ne pouvoir ou de n'oser mettre ici tout cp qu'il m'a dit de l'abbé Maury, qu'il a bien connu et jugé. Mais forion et hœc olim mêminiêse juvahit , si le ciel accorde i mes prières de vous revoir quelque jour.

En attendant , soyez témoin des premiers pas que je fais , guidé par lui dans les ténèbres des anciennes inscriptions, où, bien loin de porter la lumière, j'obscurcis ce qui paraissait clair , ou pour mieux dire , je m'aperçois que ceux qui pensaient m'éclairer ne voient goutte eux-mêmes. Regardez s'il vous plait l'inscription que j'encadre ici conmie un véritable et studieux antiquaire que je suis.

AP. CLAVDIVS.AP.F AP. N. AP. PRN, PVLCHER. Q. QVAE. PR.

Elle se trouTe i la villft Borgbèse cmr nu beav tase d'albâtre. Les abréviations qa'eDe renferme m*étant toates connues , bors nne , par les suscriptions en nsage dans les lettres de Gt<;éron, je crus qne eelle que j'ignorais me serait facilement expliquée par mon oracle l'abbé Marini ; mais quand je la lui présentai , copiée bien exao tement , il demeura siupidê comme le Cinna de Cor^ neille. Cependant , après quelques réflexions il courut i ses livres, et me montra la même inscription écrite tout différemment dans Winckelmann et d'autres auteurs qui Font publiée. La différence consiste en ce que , après le mot Pulekêr^ ils écrivent en toutes lettres juœHior^ et expliquent ainsi le tout : Jpphu Claudiuê, Appii Films, jtppH Nepoê, jippii Pronepoê , Pulehêr Quœsîor, Qum^ êUer, Prmiar. Voilé ce qu'ils ont imaginé pour se tireTi sans qu'il j par&t , de rembarras où les jetait ce Q. Ce Q met à la torture l'esprit de mon abbé.

J'ai au lui pcéparer dc« tniTaoz ci dtt

n cherche, il rêve, il feuillette ses livres, dsniibuê infrendens. Ne puis-je pas m'appliquer ce qm disait Cicéron (eaniurbavi grœeam genUm) ayant proposé, et même je crois aux antiquaires de son temps, quelque nœud qu'ils ne pouvaient résoudre. Pour moi^ Je voue

rapouê m^ fueljm pudéur^ j'ai àMiti pris go4t i cette sdence, qui est une espèce de divînatiao, et, en style sentimental , je poonrais tous diie que je me plais parmi

ks tombeaux.

Dites à ceux qui veulent voir Rome qu'ils se hAtent , car chaque jour le fer du soldat et la serre des agents Inaçais flétrissent ses beautés naturelles et la dépouillent de sa parure. Permis à vous, Monsieuri qui êtes accou* tome au langage naturel et noble de l'antiquité , de trouver ces expressions trop fleuries ou même trop fardées , mais je n'en sais pas d'asaex tristes pour vous peindre Vétat de délabrement , de misère et d'opprcAre où est tombée cette pauvre Rome que vous avei vue si pompeuse f et de laquelle d présent on détruit jusqu'aux ruines. On s'y rendait autrefois , comme vous savez , de tous ks pays du monde* Combien d'étrangers qui n' j étaient ViBas que pour un hiver, y ont passé toute leur vie! Maintenant il n'y reste que ceux qui n'ont pu fuir, ou foij le poignard à la main , ditrchent encore, dans les IwBIoBs d'un peuple mourant de iaim, quelque pièce éeh^ïpée à tant d'extorsiMu et de rapines. Les détails U-dessus ne finiraient pas, et d'ailleurs, dans plus d'un sans, il ne faut paa tout vous dire. Mais par le coin du tableau dont je vous crayonne le trait, vous jugeras aisémeat du reste.

Le pain n'est plus au rang des choses qui se vendent ici. fihftTua garde pour soi ce qu'il en peut avoir au péril de sa vie. Vous savez le mot pan^m et eireênsê0:i\B se

passent anjonrd'hai de tous les deux et de bien d'autres choses. Tout homme qui n'est ni commissaire , ni géné« lal^ ni yalet ou courtisan des uns ou des autres , ne peut manger un œuf. Toutes les denrées les plus nécessaires i la vie sont inaccessibles aux-Romains, tandis que plusieurs Français, non des plus huppés , tiennent table ouverte i tous Tenants. Allez I nous Tengerons bien Funi-

«er/ vaincu!

Les monuments de Rome ne sont guère mieux traités que le peuple. La colonne Trajane est cependant i pea prés telle que tous TaTcz Tue, et nos curieux , qui n'esti» ment que ce qu'on peut emporter et Tendre , n'j font heureusement aucune attention. D'ailleurs, les bas-relie£i dont elle est ornée sont hors de la portée du sabre, et pourront par conséquent êtres conservés. Il n'en est pas de même des sculptures de la Tilla Borghèse , et de la Tilla Pamphili , qui présentent de tous côtés des ligures semblables au Deïphobe de Virgile. Je pleure encore un joli Hermès enfant que j'aTais tu dans son entier, Têtu et encapuchonné d'une peau de lion , et portant sur son épaule une petite massue. C'était , conmie tous Toyez , un Gupidon dérobant les armes d'Hercule, morceau d'un traTail exquis , et grec si je ne me trompe. Il n'en reste que la base , sur laquelle j'ai écrit aTCC un crayon : lÀh* geiê^ F'enereê Cupidineijue , et les morceaux dispersés qui feraient mourir de douleur Mengs et Winckelmann , a*ils aTaient eu le malheur de TiTre assez long-temps pour Toir ce spectacle.

Tout ce qui était aux Chartreux, i la villa Albani , ches les Famese , les Honesti , au Muséum Qèmenti , au Capitule , est emporté , pillé , perdu ou Tendu. Les Anglais en ont eu leur part, et les commissaires français , soupçonnés de ce commerce , sont arrêtés ici. Mais cette affaire n'aura pas de suite. Des soldats , qui sont entrés dans la bibliothécpie du Vatican , ont détruit , entre autres raretés, le fameux Térence du Bembo, manuscrit des plus estimés, pour avoir quelques dorures dont il était orné. Vénus de la villa Borghése a été blessée à la main par quelques descendants de Dioméde , et Thermaphrodite, tmiiums nefiu, a un pied brisé.

A M. CHLEWASKI^

A TOULOUSE

Rome , 37 ferrier 1799.

MoNttBim^ je YOU4 promet» de m^iaformer de toute» ]es personnes dont toqs me demandes des nouyelle» ; mais ce ne peut être fue dans quelque tampa, patce que pour le présent je ne Tois presque personne , je ne sors point, et je ferme ma porte. Je sais pourtant déjà| et je puis TOUS assarer, que lex-jésuite Rolati n'est plus yi-

vaut.

L'Anténor dont vous me parlez est une sotte imitation de TAnacharsis , c'est-à-dire d'un ouvrage médiocrement écrit et médiocrement savant, soit dit entre nous. Il faut être bien pauvre d'idées pour en emprunter de pareilles. Je crois que tous les livres de ce genre, moitié histoire moitié roman , où les mœurs modernes se trouvant mêlées avec les anciennes font tort aux unes et autres , donnent de tout des idées fausses , et choquent également le goût et l'érudition. La science et l'éloquence sont peutêtre incompatibles; du moins je ne vois pas d'exemple d'un homme qui ait primé dans l'une et dans l'autre. Ceci a tout l'air d'un paradoxe; la chose pourtant me

4aS^

pinit fort aiaée à expliquer , et je toub rexpliqpteiais jMT rahan dim^futraiwê, comme le maître d'armes de M. Jourdain , si je vous adressais une dissertation et non pas ma lettre , et si je n'ayais plus envie de savoir yotre opinion qae de tous prouver la mienne. Au reste , Thistoiie du manuscrit prétendu trouTé parmi ceux d'Her-* culanum n'est pas moins pitoyable que l'ouvrage même. Tout cela prouve qu'il faut au public des livres nouveaux (car celui-ci n'a pas laissé d'avoir quelque succès) et que notre siècle manque non de lecteurs mais d'au«teors , ce qui se peut dire de tous les autres arts.

Puisque me voilà sur cet article , je veux vous bailler ΀i quelque petite signifianoe de ce que j'ai remarqué de la littérature actuelle pendant mon séjour a Paris* Je me suis rencontré quelquefois avec M. Legouvé , dont le nom TOUS est connu. Je lui ai ouï dire des choses qui m'ont étonné à propos d'une pièce dont on donnait alors, les premières représentations. Par exemple il approuvait fort ce vers prononcé *par un amant qui , ayant cru d'abord sa maîtresse infidèle , se rassurait sur les serments qu'elle lui faisait du contraire :

HéUi ! ie te crois plua que k T«riié même.

Cette pensée^ si c'en est une, fut extrêmement ap- {daudie , non*seulement par M. Legouvé , mais par tous les spectateurs , sans m'en excepter. Je sus bon gré i l'auteur d'avoir voulu enchérir sur cette expression na-

luréHe^ mais déjà hypetÏHAtque^Jê fên eroiê plus fuê fnoùmême , plus que mes propre* yeusf^ et je compris d'abord qu'il ne serait pas facile à ceux qui youdraient quelque |our pousser plus loin cette idée de dire «quelque chose de plus fort. Mais M. Legouvé me fit remarquer que , comme on ne croit pas toujours la vérité mais ce qu'on prend pour elle, Tauteur, qui est un de ses amis , eût bien voulu dire^js te croie plue fue révidenee, mais qu'il n'avait pu réussira concilier ce sens avec la mesure de ses Vers. Je me rappelai alors une historiette oA la même pensée se trouve bien moins subtilisée ou volatiliséc'y comme parlent les chimistes : ri s'agit pareillement d'une amante et d'un amant : la première^ infidèle, et surprise dans un état qui ne permettait pas d'en douter, nie le fait efirontément. Mais , dit l'autre , ce que je vois. . . .— ^h ! cruel , répond la dame, tu ne m'aimes plus ! si tu m*aimais , tu m'en croirais plutôt que tes yeux !

Cette pièce , dont je y\s avec M. Legouvé la première représentation , était intitulée Blanche et MotUeaeein, Je voudrais pouvoir vouis dire toutes les remarques qu'il nous fit faire. Je vis bien alors , et depuis je l'ai encore mieux connu , que ses idées sont toutr-à-fait dans le goût, je veux dire dans le genre à la mode, et je ne doute pas que ce genre ne règne dans ses ouvrages , lesquels d'ailleurs je n'ai point lus.

On me mena quelque temps après à une autre pièce, que peut-être vous connaissez , Macbeth , de Ducis , imitée , à ce que je crois , de Shakespeare , et toute rem-

pUe de ces beautés inconnues à nos ancêtres, le vis là sur la scène ce que Racine a mis en réett :

Det lambeaaz pleins dssang et des membres afireax

et ce qu'il n'a mis nulle part , des sorcières , des rêves , des assassinats , une femme somnambule qui égorge un enfant presque aux yeux oes spectateurs, un cadavre à demi découvert et des draps ensanglantés; tout cela, rendu par des acteurs dignes de leur rôle , faisait compassion à voir, selon le mot de Pbiloxène. Je n'ai pas assez l'usage de la langue. moderne et des expressions qu'on emploie en pareil cas pour vous donner une idée des talents, que tout Paris idolâtre dans Talma. C'est un acteur dont sans doute vous aurez entendu parler. J'ai senti parfaitement combien son jeu était convenable aux rôles qu'il remplit dans les pièces dont je vous parle. Partout où il faut de la force et des sentiments, je vous jure qu'ir ne s'épargne pas , et dans les endroits qui ne demandent que du naturel , vous croyez voir un bomme qui dit : Nicole ^ apporte-moi mee pantoufles; en quoi il suit ses auteurs et me parait à leur niveau. On a en effet aboli ces anciennes lois ; h style le moine noble

(Le reste manque. )

Courier était amvé à Rome à la fin de l'année 1798, peu de jours après la retraite de l'armée napolitaine ; il y fut laissé pour le service de l'artillerie , auquel , si on en juge d'après les

lettres qui préoèdeot , il n*éUit cependant pas obligé de consacrer tout son temps.

Cependant la forteresse de Gività-Veochia , qui avait rdevé l'étendard papal pendant la courte' occupation de Rome par les Napolitains , refusait de se soumettre , et soutenait depuis plus d*un mois une espèce de blocus. On résolut enfin d'em- (Joyer la force pour la réduire , et Courier y marcha i la fin de février 1799 avec quelques canons; à peine arrivé, il fut envoyé avec un officier de dragons et un trompette pour faire aux habitants insurgés une dernière sommation. La facilité avec laquelle il s'exprimait en italien lui avait valu cette commission, doi^t il comptait d'ailleurs profiter pour s'approcher sans péril de la place , ,et la mieux reconnaître. Les trois cavaliflrs étaient à peu de distance de la porte lorsque Courier s'aperçut qu'un rouleau de louis qu'il portait dans la poche de son habit y avait £ùt trou , et ne s'y trouvait plus. U mit pied à terre pour le chercher j et après quelques perquisitions inu« tiles il allait remoater à cheval pour rejoindre ses compagnons , lorsqu'il entendit le bruit d'une décharge de fusils , et vit bientôt accourir à lui le trompette tout seul : l'ofllcier avait été tué. Il ne s'arrêta pas un instant de plus pour chercher son argent', et se consola bientôt d'une perte à laquelle peut*être il devait la conservation de sa vie. Enfin le 3 mars , à trois heures du matin , on tenta d'enlever Gvità-Vecchia de vive force et escalade, cette entreprise ne réussit pas ; mais elle servit du moins à intimider les assiégés, qui se rendirent le 10 par capitulation.

Courier , de retour à Rome , fiit logé chez un vieux seigneur du nom de Chi»ra monte , qui le prit en amitié ; il donnait à oi|tt< SQPÎété une partio de ses soirées seulement , car le temps

dont il pouvait disposer pendant le jour , il le passait à la bibliothèque du Vatican.

Cependant , l'armée qui avait conquis Naples se repliait vers le nord de lltalie sous la conduite de Stacdonald , et ses derniers bataillons traversaient Rome le 18 mai. Il restait à peine six mille Français , aux ordres du général Garnier , pour la •défense de la nouvelle république romaine. Ces troupes se soutinrent pendant quatre mois contre tous les efforts des insurgés , des Napolitains et des Autrichiens même; mais il fallut enfin céder , et consentir. à un arrangement d'après lequel elles furent transportées en France. Le 29 septembre , les Français se retirèrent au château Saint- Ange , et les Napolitains prirent possession de Rome-Couriet* voulut faire ses adieu!t à la bibliothèque du Yatican , et n'en sortit qu'à la nuit , lorsqu'il ne restait plus nn seul Français dans la ville. Il fut. reconnu i la lumière d'une lampe allumée devant une madone ; on cfîà sur lui au Giaccohino , et un misérable lui tira un coup de fusil. La balle ne le toucha pas ; mais ricochant contre la tnuraille , elle alla frapper une femme qui marchait à quelque distance en avant. Les cris de celle-ci firent une espèce de diversion dont il profita pour prendre la fuite et se réfugier dans Son logement , qui était peu éloigné pi 7 passa la i!mit , éL le lendemain le vieux Ghiaramonte le fit monter datis sa propre voiture , et le conduisit au château de Saint-Ange.

Enfin , la division française (xA embarquée à Gività-Vecchia

le 6 octobre , conduite par le comittodore anglais Trow-

brîdge jusqu'à Marseille , où elle entra le 27 do Aïéme mois.

Courier se rendit presque aussitôt k Paris , dont il avait

besoin de respirer l'air natal pour renftettre sa santé altérée.

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