‹ Œuvres complètesChapitre 3 sur 54 · AU MINISTRE · texte numérisé non relu

AU MINISTRE

DE Lk GUEK&E.

Parif , le a }anTier 1800.

Jb tous transmets ci-joint la feaille de route qui m'a été délivrée i Marseille , en vertu d*un congé de convalescence de trois mois , lequel congé m'a été pris sur la route avec mes effets par les brigands qui ont pillé la voiture publique. Je vous prie de vouloir bien en conséquence de ladite feuille de route, qui ne peut laisser aucun doute sur la légitimité de mon séjour ici, ordonner le paiement des appointements qui me sont dus depuis le 18 juin 1799.

Salut et respect*

Courier était attaqué d\ui crachement de sang , maladie dont il s'est ressenti plusieurs fois , et qui faîUit fenlever en 1 8 1 7 . Il garda la chambre pendant quatre mois , et j reçut les soins du docteur Bosquiilon. Aucun médecin ne convenait autant au malade , car il était en même temps professeur de langue et de philosophie grecque*

▲ peine rétabli , il fut employé à la suite de la direction d*artillerie de Paris i ce qui lui laissa le loisir de reprendre ses

études ordinaires. Il s'occupa en particulier de Gicëron, et traduisit ses Philippiques.

Au printemps de 1801 , il eut une rechute qui lui valut un noQTeau congé de convalescence. 11 en profita pour se rendre à la Véronique : sa mère , à laquelle il était tendrement attaché , 7 terminait ses jours , et il eut la douleur de lui fermer les jeox*

Après avoir réglé quelques affaires , il s'empressa de revenir ik Paris : le séjour de cette ville loi était devenu très-agréable depuis qu'il s*élait mis en rapport avec les hommes les plus distingués dans la connaissance des anciens ; cependant il pré- Ërait la solitude de la Véronique toutes les fois qu'il voulait se livrer à quelque étude sérieuse.

Ce fut Bosquillon qui fit connaître à Courier H. Clavier , à répoque de la maladie dont il est question.

A M. CLAVIER

A PARIS

De la Véroniqae , prés Langeait , 18 œtdlire 1801.

Monsieur I je suis parti de Paris si précipitamment que je n'ai eu le temps de voir personne; je crains que TOUS et monsieur Gaillard n'ayez besoin des livres que vous atez bien voulu me prêter : je prends des mesures pour qu'ils vous soient remis.

Mon séjour dans ce pays pouvant être plus long que je ne le voudrais , je vous demande en grâce de me donner quelquefois de vos nouvelles et de celles de votre Pausanias : j'ai écrit au claristime , dont j'ai lu la disser^ tation avec grand plaisir; j'en aurais au moins autant si vous m'envoyiez la vôtre sur la traduction de Gail ; je suis bien fâché de n'avoir pu vous prêter ma main pour le grec.

Je vous écris sur un tonneau, entouré de tant de bruit et si obsédé de mes bacchantes (c'est ainsi que j'appelle mes vendangeuses un peu crottées) qu'il faut que je vous quitte malgré moi; j'aurai l'honneur, une autre fois, de vous écrire moins succinctement , si je reçois de vos nouvelles, comme je l'espère.

Tandis que Courier partageait ainsi son temps entre ses études et le soin de ses réooltes , le ministre de la guerre , qui D*oabliait pas le capitaine d'artillerie , INenvoya joindre sa compagnie à Strasbourg. U arriva dans cette ville à la fin de novembre de la même année 1801. On pourra juger par la lettre suivante du genre de vie qu'il 7 mena.

A M. CLAVIER

A PARIS

Strasbourg , le a mai 1802.

MoNsmuR, j'ai ya M. Exter, qui est à la tête de Tim* primerieBipontine; il se chargera Tolontiers de Pansanias, qu'il a déjà dd imprimer avec des notes de M. Heyne; mais il voudrait joindre au texte un commentaire perpétuel j ainsi qu'il l'appelle. D'ailleurs , ayant déjà beaucoup de travaux entrepris, comme je crois vous l'avoir dit, il ne peut encore penser i celui-là que pour l'avenir , et c'est la réponse qu'il m'a prié de vous faire au sujet de l'Erosianus de M. de la Rochette , qui aura, m'a-t-il dit, tout le temps de préparer ses notes ; je crois même qu'il balance à joindre cet auteur aux romans déjà imprimés, ne sachant pas trop s'il en vaut la peine^ et M. Schweighœuser, auquel il s'en rapporte , ne parait pas faire grand cas d'Érosien. Envoyez-moi ici votre échantillon de corrections sur Pausanias , si elles sont imprimées. Je ne lis point de journaux , et elles pourraient bien passer dans le magasin encyclopédique sans que je m'en doutasse. J'en ai déjà vu quelques-unes , qui me rendent fort curieux de tout ce que vous ferez en ce genre.

Il y a eu véritablement des paroles portées à M. Schw^eig-

haeaser pour an Démosthéne qu'on yondrait imprimer en Angleterre. Il s'en chargerait tout comme d'Athénée, mais rien n'est décidé; il pense, je crois, à Stobée, que les Bipontins veulent donner. M. Jacobs fait aussi des propositions pour continuer ou recommencer l'édition interrompue, donnée, je crois , par un Danois. Ces deux champions , i eux seuls , peuvent tenir en haleine tout ce qu'il y a d'imprimeurs et de lecteurs pour le grec en Allemagne et en France.

A propos de l'Athénée , savez -vous que je me suis chargé , moi , d'en rendre compte dans le journal de H. Millin? Je travaille maintenant à cela par occasion; je donnerai des conjectures, explications et corrections de certains passages qui n'ont été entendus ni de M. Scfaweighseuser, ni même de Casàubon, toutCasaubon qu'il est. Pour parler pi as exactement, je ne pré-« tends pas pouvoir exjpliquer ce que Casàubon n'a point entendu ; mais j'ai pu avoir des idées qui ne lui sont pas venues dans un travail aussi vaste et aussi admirable que le sien ; il y a de ces idées dont je suis tenté d'être content; mais il faut voir le jugement que vous en porterez.

Je vous adresserai le cahier, si vous voulez vous charger de le remettre à M. Millin : au reste , je ne sais comment cela se pratique , et si on lui adresse ces choses-^U directement. Yous me ferez un grand plaisir. Monsieur, de vous en informer et de me marquer ce que vous en savez. Par exemple , vous pourriez demander à M. Millin à quelle époque il faut que je lui envoie mon travail , et

les bornes que j'y dois mettre. Mes «>kes sont fort concises et ne peuTent être autrement , étant faites sans lÎTx^y #u dtiê piêdi, comme disent les Italiens ; mais je ne laisse pas d'en STOir un bon nombre , sur les trois pi^miers livres seuls j qui sont ceux dont je parlerai.

Je me promets de jolies choses de yotre inscription d'Oropus : j'ai grande foi à yotre oracle pour ce genre de divination. A quoi tient-il que vous ne m'en envoyez une copie ? je la montrerais aux adeptes , s'il y en a en ce paysci , et elle pourrait aller plus loin , ou demeurer entre mes mains, selon que vous le jugeriez convenable.

Je suis tenté en vérité de vous féliciter de n'avoir point obtenu cette place que vous demandiez , et d'avoir malgré vous tout le temps de vous livrer à 4es études qui voua font honneur et plaisir. Croyezini>i , Monsieuri tout le monde peut être juge, admini^ttateur^ ou pis que cela; mais peu de gens peuvent /comme vous, être chargés de dévoiler et de rétablir dans leur beauté primitive ces beaux modèles de l'antiquité. Voilà l'emploi qui vous convient y et , encore un coup, je me réjouis, pour vous et pour nous , que l'autre , quel qu'il p&t étre^ vous ait échappé. Si pourtant vous en êtes fâché , il faudra bien que je le sois aussi.

Je n'espère pas pouvoir me rendre à Paris avant l'automne prochain , à moins de certains événements , possibles , mais peu probables j qui me feraient changer de garnison. Mais si je vis dans quatre mois, je serai certainement à Paris , où le grand plaisir que je me promets ,

c'est de causer aTec tous , monsieur , et de rendre mes deroirs é msdtiine Gravier. Si je pouyais croire qu'elle pens&t quelquefois i moi , je serais bien heureux, car il est doux de l'occuper, même de cent lieues. Je me prosterne aux pieds de madame de Yinche : sûrement elle ne pense plus au voyage de Saint-Domingue ; que ferait-elle de ses nègres qui ont perdu l'habitude d'obéir aux jolies femmes? Et pour avoir des esclaves fautr-il qu'elle aille si loin? J'ai grande envie que madame Pipelet se souvienne un moment de moi : pour cela il faut , s'il vous plaît , que vous preniez la peine de l'assurer de mon respect. C'est par vous seul que je puis avoir de ses nouvelles, car notre ami Sehweighseuser , quelque sommation que je lui fasse , ne m'en dit mot dans tout ce qu'il écrit.

La paix dont on jouissait alors dans toute l'Europe , permit l Courier d'obtenir un congé de semestre , dont il profita pour se rendre à Paris ; il y arriva le lo septembre 1802.

On imprimait alors dans le Magasin encyclopédique ( cahier de fructidor , an X } , Tarticle dont il est fait mention dans la lettre qui précède , sur la nouvelle édition d'Athénée , donnée par M. Schweighaeuser ; il était suivi de 20 pages de notes sur le texte grec.

n ^e put alors passer que peu de jours à Paris , il se rendit à la Yéronique où des afikires d'intérêt réclamaient sa pré-

A M. LE GÉNÉRAL DUROG >

A PARIS

De là Véronique , prêt Langeait j 6 octobre i8oa.

Mon général , en apprenant de q[aelle façon tous avez bien vonlu recommander ma demande an général ^^^^ , je Yoodrais bien être à Paris pour vous exprimer de vive Toix tonte ma reconnaissance. Mais puisque de maudites affaires, aussi fâcheuses ({u'indispensables, me privent de ce plaisir , trouvez bon , mon général , que je vous témoigne ici combien je suis sensible à une marque d'intérêt si flatteuse et en même temps si honorable pour moi. La moitié seulement de cette bonté m'aurait attaché à vous pour la vie. Mais c'était une affaire faite , et chez moi rinclination , permettez-moi de vous le dire , avait précédé le devoir et la reconnaissance.

Dans la solitude de la Véronique , Courier s'occupait de diverses compositions qu'il nous a laissées : Tune d'elles est le récit du voyage entrepris par Ménélas, pour aller à' Troie redemander Hélène : cet ouvrage n'a point été terminé.

n retoucha à la même époque l'éloge d'Hélène qu il avait ébauché en 1798 ; il y ajouta une dédicace pour madame Pipelet, depuis, princesse de Salm-Dik, et Tapporta à Paris aii commencement de i8o3^ pour le faire imprimer, ce qui eut lieu à la fin de mars.

A n. SGH WEIGHiDlJSER ,

A PARIS

Paris, la mars i8oS.

Jb tous envoie , mon cher ami , un livre que m'a prêté M. Boissonnade. Je ne puis retrouver son adresse pour le lai raporter moi-même: j'ai la plus grande envie de causer avec vous avant mon départ, mais je ne puis vous donner de rendez-vous à cause des aJBfaires qui m'occupent dans le peu de temps que j'ai encore à rester ici.

Je ne connais point Coupé , mais je ne crois pas que son ouvrage puisse avoir rien de commun avec le mien (i). Si l'épisode de Thésée est sans intérêt aujourd'hui, j'ai manqué mon but. £n cet endroit comme dans tout le reste, je n'ai presque rien pris d'Isocrate* Vous ne vous êtes pas aperçu que je voulais donner un ouvrage nouveau sous un titre ancien. C'est tout le con-< traire de ce que font les auteurs actuels. Vous m'étonnez bien davantage en m'apprènant que l'autre épisode i la louange de la beauté est assez connu. Je le croyais de mon invention. Du reste, toutes vos critiques sont justes, et vous avez découvert les endroits où j'ai bronché. Je ne me rends pas cei>endant à ce que vous dites sur le mot

(i) L*Éioge d'Hélène.

créature. Toutes ces fautes ne sont pas aussi aisées à corriger que tous croyez , et mon imagination refroidie ne me fournit rien qui vaille. Je ne voudrais pas qu'on jugeât par ces échantillons de ce que je puis faire aujourd'hui , car c'est , comme je vous l'ai dît , une vieille composition retouchée à froid , méthode qui ne produit rien de bon. Bref, il y a fort peu d'endroits où je ne voulusse rien changer : c'est beaucoup qu'il se trouve là-dedans quelque chose d'agréable.

Marquez-moi si je puis encore compter sur votre libraire. Il m'ennuierait fort d'en chercher un autre.

Après avoir prolongé son congé de semestre autant qu'il lui fut possible , Courier fut enfin obligé de partir à la fin de juillet, et de se rendre à Douai , où sa compagnie avait été envoyée. 11 trouva là madame Pigalle , sa cousine , dans la maison de laquelle il fut reçu comme un ami. Mais , malgré l'arment qu'il y trouvait , il ne put tenir à Douai plus de deux mois , au bout desquels il revint à Paris.

Les généraux Duroc et Marmont s'employaient alors en sa faveur « et il dut à leur crédit d'être nommé chef d'escadron , le 27 octobre i8o3. Il fallait partir sans délai et joindre à Plaisance le premier régiment d*artillerie à cheval , aux ordres du colonel d*Anthouard : le déplaisir de quitter Paris futcompensé par ridée de retourner en Italie , et Tespérance de revoir Rome « la ville de son choix ; cependant il ne se pressa pas beaucoup , et n*arriva à Plaisance que le 18 mars i8o4, après avoir passé un mois en Touraine.

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