COMMANDANT L'ARTILLERIE EN TOSCANE
LiTourBe, le i3 septembre 1808.
Mon général , il serait très à propos de concerter entre vous et le général Meunier le senrice des compagnies de garde-côtes. Yoos les croyez comprises dans mon commandement, et m'en rendez responsable j tandis que tous les jours ces troupes reçoivent des ordres dont je n*ai connaissance que par la yoix publique. On déplace les détachements et les officiers sans que j'en sois instruit ; en un mot , le général Meunier commande directement cette troupe , et ne la croit en aucune façon dépendante de l'artillerie ; le profet s'en fait une espèce de gendarmerie. J'attends, comme tous, avec impatience leur organisation définitive.
Mon service ici est peu de chose > et cependant fort pénible. Il me manque tout ce qui rend aux autres la besogne facile. Pour le matériel , je n'ai point de garde; pour le personnel , trois compagnies sans officiers (entre nous) ni sous-officiers , point d'écrivains; on m'a àié le seul qui sut faire quelque chose. Le général Sorbier a bien senti tout cela , et en est convenu , quelque peu disposé qu'il fiit à me rendre justice. Il a paru fort aise de trouver prêt
k trayail que j'ayais fait pour lui , et il m'eu aurait tenu compte si son grade et l'usage actuel ne dispensaient de tout procédé. J'aurais pris beaucoup moins de peines, et peut-être m'eût-il ménagé dayantage , si je l'eusse connu plus tôt ; je ne puis , ou pour mieux dire , il ne me con* Tient pas de tous expliquer d'où yi^nt l'animosité qu'il a contre moi , mais elle a paru d^une manière singulière , et je crois malgré lui. Il me traita d'abord assez bien pour un homme de son caractère , et , durant les deux premiers jours qu'il passa ici , il me fit l'honneur de s'entretenir avec moi presque amicalement ; mais , un soir , en présence de quelques officiers, j'eus le malheur de lui dire les propres mots que Toici rjs crois , mon général, gu'un homme ne peut être à la fois eanonnier et cavalier, non pltu que cavalier et fantatsin, et que par conséquent f artillerie à cheval , les dragons , sont des armes bâtarddés, des troupes organisées sous de faux principes. Ce discours le jeta dans un accès de frénésie alarmant , et mon sang-froid achcTant de le mettre hors de lui, il me dit beaucoup de choses que son état excusait , et comme , lorsqu'on a tort ayec ses subalternes , on se garde surtout de se dédire , je crois bien qu'il yoûs aura répété une partie des inyectiyes qu'il m'adressa directement , et que son rapport au ministre s'en sera ressenti. Quant au ministre,, les notes du général Sorbier me nuiront assurément , et j'en suis fort affligé , mais c'est un mal sans remède. Pour vous , mon général , qui n'êtes pas ministre , yotre jugement sur mon compte ne saurait dépendre des passions