A MILAN
Lirourne, le a8 juillet 1808.
Mon général , monsieur Haxo , chef de bataillon du génie , et mon intime ami , vous remettra la présente* Il TOUS expliquera, mieux que je ne pourrais faire dans une lettre , les embarras où je me trouve. U faut que j'aille en France pour savoir si je suis ruiné. Les gens qui pourraient m'en dire des nouvelles ne m'écrivent plus depuis long-temps. J'ai demandé un congés mais on me le refuse, pour me tenir ici â compter de vieux boulets rouilles. Si Son Altesse savait tout cela, elle aurait pitié de ma i>eine , et voyant d'un côté à quoi Ton m'occupe ici , de l'autre combien ma présence est nécessaire chez moi , elle m'enverrait faire... mes affaires, qui seraient terminées en six semaines. Yoilâ, mon général, ce que j'espère obtenir par votre entremise. On sait avec quelle bonté Son Altesse s'intéresse au sort de tous les officiers , et je me flatte que si vous voulez bien vous charger de mettre â ses pieds mes humbles supplications , je serai bient&t du nombre infini de ceux que la reconnaissance attache à ce prince. Je ne puis que par vous , mon général , me faire entendre à Son Altesse. L'amitié dont vous m'hono-*
rez fait toute mon espérance ; et., réduit comme je le suis , i cesser de servir ou à perdre tout ce que j'ai , j'aurais déji quitté mon inutile emploi pour sauver mon patrimoine, si je n'espérais garder l'un et l'autre par les mêmes bontés dont tous m'avez donné tant de marques.
A m. DE SAINTE-CROIX,
A PARIS
Liyoame , le 3 septembre 1808.
Monsieur, ne sachant si je pourrai jamais mettre la dernière main à ma traduction des deux livres de Xénophon sur la cavalerie , je prends le parti , sauf votre meilleur avis , de la publier telle qu'elle est , avec le texte revu sur tous les manuscrits de France et dltalie , et des notes que je n'ai pas eu le temps de faire plus courtes : le tout paraîtra sous vos auspices , si vous en agréez Thommage. Votre amitié me fait trop dlionneur pour que je résiste i Tenvie de m'en parer aux yeux du public, et mon nom a be • soin du vôtre pour obtenir quelque attention. Je me flatte, Monsieur, que vous verrez avec bonté un essai dont le premier objet fut de vous plaire, et que je n'eusse pas même conduit au point où il est, sans les encouragements que vous m'avez donnés.
Mon dessein est de vous adresser le manuscrit, sous Tenveloppe de M. Dacier , secrétaire perpétuel , etc. Je prendrai des mesures pour qu'il vous parvienne franc de port, à moins que vous ne m'indiquiez vous-même ane autre voie.
A m. DE SAINTE-CROIX, (0
A PARIS
Portici 9 le ai noyembre 1807.
j£ ¥0U8 ptéaente ici , MonBieiu: , un travail dont tous ayez apprcayé Tidée. Je souhaite qa'il se trouye dans rezécution quelque chose qui vous satisfasse et qui vous paraisse mériter l'attention des gens instruits. En tradoi* sant , pour tous l'offrir, ce que Xénophon a écrit sur la caTalerie , j'ai suiTi d'abord le dessein que j'eus toujours de TOUS plaire ; et j'ai crufaire en même temps une chose agréable à tous ceux qui s'occupent ou s'amusent de ces antiquités. Vous n'aTÎez pas besoin sans doute qu*OB tous traduisit Xénophon ; mais tous aviez besoin dSm texte plus correct que celui des liTres imprimés, et c'est là Traiment le présent que je tous ai destiné. J'ai vu et cwapoié moi-même la plupart des manuscrits de France et dltalie , où ayant trouvé beaucoup de Tieilles leçons iheon-nues aux premiers éditeurs de Xénophon, j'ai remis à leur place, dans le texte , celles qui s'y sont pu ajuster exactement, sans aucune correction moderne , laissant aux critiques l'examen de toutes les autres , ou douteuses
(1) Lettre qui se trouve en tête de la traduction dea deux Iryrea de Xénophon sur la cavalerie.
(2tl)
oa toaaùmpaesj que j'ai plaoées aa boa des pages. Je pense ainsi vou donner ce texte aussi entier que nous aandona Tavoir aujourd'hui , c'e8t>4-diie fort mutilé, coHune ton les aMMuaients antiques, mais non refait, ni re8ta«réy ca ieto«ché le mékïa du monde, tel en un mot que noua roni tnnsmÎB ks siècles passés. Ma traduction to«leftri0 pourra être utile à ceux même qui liiea^cesiliimB^cii grec; car il y a, dans de tels écrits, beaucoup de choses qvfwk soldat peut expliquer aux savants. Jai cherdké à la rendre exacte. Taurais voulu qu'on 7 trouvât tout ce qui est dans Xénophon , et non moins le sens de sea paroles que le sentiment, s'il faut ainsi dire. Ne poovant atteindre ce but , qui serait au vrai la pearfiedioR d'un pareil Iravaft^ j'en ai approché du moins autant qu'il était en moi, et m^e plus heureuaementque je ne l'eusse imaginé, ea quelques endroits. Il n'j manque guère qu'une certaine naïveté propre à cet auteur, charmante et d'un prix infini, mais difficile â dans quelque version que ce soit. Sur ce point, qui l'ont toulu imiter en sa langue même, selon moi, j ont mal réussi. Je n'avais garde d'y prétendre; mais inaputant i bonne fortune tout ce que j'ai pu rencontrer dans notre français d^expressions qui représentaient assez bien le grec de mon auteur, partout où je me suis aperçu que le trait simple et gracieux du pinceau de Xénophon ne se laissait point copier, j'y ai renoncé d'abord, et me suis borné à rendre de mon mieux , non sa phrase , nuiis sa pensée.
J'aoraîs fort grossi mes remarques i si sur chaque passage j'eusse voulu noter toutes les erreurs des critiqnes et des interprètes, car il n'y a pas une ligne de ces deux traités qui ne se trouve quelque part mal écrite ou mal expliquée. Mais on instruit bien peu , ce me semble , le lecteur en lui apprenant qu'un homme s'est trompé. Ces fautes, que j'ai connues sans les marquer, m'ont obligé de donner en. beaucoup d'endroits les preuves , autrement superflues , de mon interprétation. C'est ce qui a produit les notes sur le texte. Celles qui accompagnent la version sont le fruit de quelques observations que le hasard m'a mis à portée de faire. Vous trouverez dans tout cela peu de lecture, nulle érudition, mais vous n'en serez pas surpris , et vous n'attendez pas de moi de ces recherches qui demandent du temps et des Jivres.
Quant à Tutilîté réelle de ces ouvrages de Xénophon, relativement i l'art dont ils traitent, je ne sais ce que vous en penserez. Bien des gens croient qu'aucun art ne s'apprend dans les livres ; et les livres , â dire vrai , n'instruisent guère que ceux qui savent déjà. Ceox-U, lorsqu'il s'en trouve , pour qui l'art ne se borne pas i un exercice machinal des pratiques en usage , peuvent tirer quelques fruits des observations recueillies en temps et lieux différents ; et les plus anciennes , parmi ces observations , sont toujours précieuses (soit qu'elles contrarient ou confirment les maximes reçues), étant, pour ainsi dire, le tjpe des premières idées dégagées de beaucoup de préjugés. Voilà par où ces livre»-ci
intéresser. Ce sont presque les premiers qu'on ait écrits sur cette matière. Des préceptes qu'ils contiennent, les uns subsistent aujourd'hui , d'autres sont contestés , d'autrès sont oubliés , ou même condamnés chez nous; mais il n'en est point qu'on ne yoie encore sui^i quelque part , comme je l'ai marqué dans mes notes , et je m'assure que, si on voulait comparer soigneusement â ce qui se lit dans Xénophon , non-seulement nos usages actuels , mais les pratiques connues des peuples les plus adonnés aux exer** cices de la cavalerie , on j trouverait mille rapports dont je n'ai pu m'aviser, et tous curieux i observer, ne f&t-ce que comme matière à réflexions.
A niADAIHE IliARIANA DIONIGI,
A ROME
Livoume , le la septembre 1808.
Madame , pour m'empécher de tous aller ^oir, il est venu exprés , je crois , un général inspecteur de l'artillerie. Ces inspecteurs sont des gens que Ton envoie examiner si nous faisons notre devoir. Le leur est de nous ennuyer, et celui-ci s'en acquitte parfaitement à mon égard. Quand il ne serait pas de sa personne un insupportable mortel, ce que vous nommez en votre langue unêoldataedo, sa visite, tombant au travers de mes plus agréables projets , ne pouvait que m'assommer. Les malédictions ne remédient à rien ; mais ^ Madame , ces jours
destinés â vous voir, les passer avec l'animal le plus
Madonna tnia, donnez-moi patience! nous avons attendu deux mois son arrivée, et je ne sais combien encore nous attendrons son départ , douce espérance dont il nous flatte chaque jour. Je compte pourtant en être délivré cette semaine, et déjà mes pensées reprennent leur direction naturelle vers Rome. Mais avant de faire les démarches nécessaires pour pouvoir m*y rendre, il faut savoir si vous 7 êtes. N'est-ce pas dans cette saison que vous allez ordinairement â Ferentino 7 Venir de si loin et ne vous pas trouver, ce serait pis que l'inspecteur-
Je pars maintenant pour Florence ; maintenant, c'est-àdire aussitôt que l'animal aura les talons tournés. J'en serai de retour dans quinze jours; faites, Madame, que je trouve ici une lettre de yous qui m'apprenne où tous êtes, et je ferai en sorte, moi, qu'alors rien ne m'empêche de me rendre à Rome, si je suis assuré de tous j trouver.
Votre académie de Saint-Luc a donc enfin fait son devoir (i). Je l'en félicite. Elle ne fera pas souvent de pareilles accpiisitions. Mademoiselle Henriette , dans son Arcadie , avait quelque chose d'un peu païen ; mais vous. Madame , sous la bannière de Saint-Luc , vous sanctifierez toute la famille par votre foi et par vos oeuvres.
En vous écrivant ceci , Madame , d'une écriture qui n'a point de pareille au monde , j'ai le plaisir de penser que TOUS vous unirez tous pour tâcher de me lire, et qu'ainsi je vous occuperai tous au moins pendant quelques minutes; il me semble vous voir les uns après les autres aguz' 2ar le eiglia (2) sur ce griffonnage , sans en pouvoir rien déchiffrer. Croyez-^moi , laissez cela. Aussi bien qu'y trouveriez -vous? des assurances très -sincères de mes sentiments qui vous sont connus , et dont je me flatte que vous ne douterez jamais.
(1) Cette académie ayait reçu madame DioDigi parmi ses mcmbrct. (9) Dante.
A M. LE GÉNÉRAL D' ARANCEY ,