‹ Œuvres complètesChapitre 30 sur 54 · A HOUE · texte numérisé non relu

A HOUE

Livoume , le i5 décembre i8o8«

MbNsmuH. I je profité tant que je puis de votre expérience et de TOs lumières pour moi-même , et dans Toccasion j'en fais part i mes amis , comme vous allez Toir. M. de Sainte-Croix , sayant dont le mérite peut vous être connu , me mande qu'O souffre de la vessie. Aussitôt je lui écrn ce qae je tous ai tu faire en cas pareil, et comment la diète de Pythagore tous a sauTé de ce Tilain mal ; et puis ( Toyez si je compte sur Totre complaisance ) , ne pourant lui dire cela qu'en gros , je lui promets d'obtenir de TOUS une note plus circonstanciée de TOtre régime et de ses effets, et des causes qui tous obligèrent d'y recourir. C'est une bonne œuTre que tous ferez, Monsieur , de dicter pon moi et pour lui ces dix ou douze Ugnes. Notez dicter , non écrire; il ne faut pas , pour soulager la Tessie de M. de Sainte-Croix , rendre tos yeux plus malades; mais au contraire il faudrait qu'il m'euTOyât , lui , quelque recette éprouTée contre le mal d'yeux , et qu'ainsi je pusse TOUS guérir et tous conserTer l'un par l'autre.

J'ai bien une autre demande à tous faire que celle-là , une commission importante , difficile , dont je ne sais

comment tous allez tous tirer. Voici ceqae c'est : jeToadrais avoir une bonne copie de Tempereur, de Canota; quand je dis copie , vous m'entendez; c'est on abrégé qu'il me faut, proportionné àcnabourse , de la grandeur i peu près de cette figure de l'Antin qu'on dessine dans les écoles , de quoi orner un appartement. En voilà trop , et vous voyez mieux que moi ce que je veux ; c'est pour un grand seigneur d'aujourd'hui ou d'hier, qui ne se connaît guère à cela ni à rien , mais qui reçoit chez lui toute la France. L'ouvrage serait en lieu d'être vu, et pourrait ainsi faire quelque honneur i l'artiste ; il faudrait donc qu'il fût bien fait et tôt , pour paraître à Paris avant l'original , s'il se pouvait : c'est li le point. Monsieur Marin, qui , je Tespère , ne m'aura point oublié , est, après vous , Monsieur, le seul homme auquel je puisse me recommander pour le succès de cette affaire. Je vous prie de vouloir bien, en lui faisant mes compliments^ l'intéresser un peu pour moi , et l'assurer que toutesmes langues seront employées i le louer d'un si grand bienfait.

J'étais tenté. de faire encore cette guerre d'Espagne, et je l'ai demandé; mais on m'a refusé. Une si belle occasion de m* aller faire estropier sur les pas des Césars ne reviendra plus pour moi , car si Dieu ne change mes résolutions, je mettrai bientôt mon armure au croc. Je sais i présent ce que c'est que la guerre et les guerriers ; je je m'en vais , et dis comme Athalie : j^ai voulu voir, jai vu.

Vos lettres, vraiment, me font un grand plaisir, et la

dernière toujours plus que les autres ; mais je n'ose vous en demander à cause de votre vue* Il m'en faut cependant; écriyez-moi donc, mais peu, seulement pour me prouver que vos yeux voient et que vos mains agissent. Adressez à Milan , où je serai dans un mois.

A n. DE SAINTE-CROIX,

Lxyoame, le a5 décembre 1808.

Monsieur , j'apprends a^ec bien du chagrin le cmel mal qui tous tourmente , et quoique tous soyez en lieu où nul bon conseil ne saurait vous manquer , quoiqu'il y ait aussi une sorte d'indiscrétion à conseiller les malades , je veux pourtant vous dire ce que j'ai yu qui se rapporte à votre état , un fait dont la connaissance ne peut , je crois, TOUS être qu'utile.

M. D'Agincourt , i Rome , est connu de tous ceux qui ont voyagé en Italie , conune amateur très-distingué des arts et de la littérature , et vous aurez pu aisément entendre parler de lui. Je le laissai, il y a dix ans, souffrant peut-être plus que vous du même mal , et je viens de le revoir â Tâge de soixante-douze ans , non-seulement sans douleur , mais en tout , je vous assure , plus jeune qu'alors , n étaient ses yeux dont il se plaint. Yoili de quoi je suis témoin , et voici le régime que commençait M. D'Agincourt quand je le quittai, il y a dix ans , et qu'il suit anooie. D ne mange que des végétaux cuits a l'eau simple, sans aucun assaisonnemoit ni sel ; mais sa principale nourriture est la fêltmim ou bouillie de Canne de

mais qu'on appelle en Langaedoc nriltuêê. D'ailleurs , abstinence totale de toute autre boisson que l'eau. Comme j'entretiens ayec lui une correspondance fondée sur l'amitié dont il m'honore , je lui écris aujourd'hui pour avoir l'histoire de son mal et de sa guérison. Une pareille note, ou je me trompe fort, tous sera toujours bonne à quelque chose. Cette diète lui fut indiquée , â M. D'Agincourt , non parles médecins ,mais par M. le chevalier Azara, qui l'avait vu en Espagne pratiquée avec succès, et s'en souvenait, dont bien prit, comme vous voyez, à son ami. Qui empêche que je sois pour vous le chevalier

Azara? alors , vraiment , je me louerais de mes courses en Italie.

Je vous livre , Monsieur, sans réserve , mon œuvre (i), et mon nom , si on veut absolument le mettre en tête du . volume. J'aimerais mieux, cependant, par des raisons particulières, que je puis appeler raisons d'état, n'être point nonmié. Tâchez , je vous prie , de m'obtenir cela ; du reste le plus tôt sera le mieux. Si je pouvais avoir une vingtaine d'exemplaires.... Mais tout est entre vos mains, et je suis trop heureux qu'une amitié qui m'est si hono- . rable et si chère vous engage à prendre ce soin

Voici de quoi ajouter â mes notes (3), vous voyez comme je travaille : tout ce qu'on appelle décousu , bâton rompu ^ n'est rien en comparaison. Une ligne faite i

(1) Xénophon.

(3) Sur Xénophon.

TOUS m'obligeret. Adieu! major; adieu! tous mes camarades anciens et nooTeaux, connus et inconnus; adieu! mes amis; buyez frais, maifgex chaud, faites Tamour comme tou^ poun;es« Adieu !

A m. AKERBLAD,

MiUn , le la mars i8og.

Ma première lettre est pour tous ; du moins n'ai^je encore écrit à personne que je puisse appeler ami : et ceci soit dit afin de vous faire sentir l'obligation où vous éies de me répondre , toute affaire ou toute paresse cessante.

En arrivant ici j'ai demandé un congé, on me l'a refusé; j'ai donné ma démission. J'ai fait, comme vous voyez> ce que j'avais projeté : cela ne m^arrive guère. Je projette maintenant d'aller à Paris; mais j'attendrai pour partir que la neige soit un peu fondue sur les Alpes, et je veux les repasser avant qu'il en vienne d'autre; car je ne puis plus vivre que dans le beau pays ave il H êu&na. Bfa lettre , sans doute , vous trouvera encore à Florence et au lit , je m'imagine; car voilà un retour de froid qui va vous faire rentrer dans le duvet jusqu'au nez : non Ubi êvezia parens.

Si vous étiez enfant du nord , vous ririez de nos frimas, et tout vous semblerait zéphyr en Italie. Donnez^moi bientôt de vos nouvelles; partez -vous toujours pour Rome? j'y serai , je crois, avant vous, si Dieu nous maintient Tun et l'autre dans les mêmes dispositions.

Lamberti a fini son Iliade , et il va la porter à Tempereur : c'est un homme heureux , Lamberti s'entend. Il a du métier littéraire les agréments sans les peines ; il vit

ayec ses amis, il travaille seulement poar n'étie pas désœuvré. Son chagrin (car il en faut bien), c'est cette farine sur son visage ,

Qui fait fuir à sa vue un sexe qu'il adore.

Aimes-vous les vers? en voilà. Le pauvre Lamberti gémit de n'oser se montrer aux belles après s'être vu leur idole} bon homme au demeurant j d'un caractère aimable ; il sait assez de grec et beaucoup d'italien; il a un frère qu'on vient de faire sénateur du royaume : je ne doute pas qu'il ne le mérite autant pour le moins que Roland , qui était sénateur romain , au dire d'Arioste. J'ai appns à cette occasion que le royaume avait un sénat; mais je ne sais trop au vrai ce que c'est qu'un sénateur. A une lecture de Monti (c'élait encore Homère , traduit par lui Monti; et toujours de l'Homère ! je crois que j'en révérai), il a lu justement le livre où sont les deux comparaisons de l'âne et du cochon, et j'ai été témoin d'une grave discussion; savoir si l'on peut dire en vers, et en vers héroïques, Oêino et porco : l'affirmative a passé tout d'une voix , sur l'autorité d'Homère appuyé de son traducteur et de son éditeur présents. Notifiez cet arrêt i vos lettrés toscans , et à tous auxquels il appartiendra : la chose intéresse beaucoup de gens qui ne pourraient sans cela espérer de voir jamais leurs noms dans la haute poésie.

A mADAME DIONIGI ,

A ROME

Milan , le 19 mars 1809.

J'AI reçu , Madame , vos deux lettres adressées l'une i Livoume, Vautre ici, avec le programme du bel ouvrage que vous destinez au public. Je vous en demanderais pour moi un exemplaire , si je savais où le mettre , si j'avais un cabinet; mais j'habite les grands chemins, et ce qui ne peut entrer dans une valise n'est pas fait pour moi. Comptez cependant que je ne négligerai rien pour vous procurer de nouveaux souscripteurs; cela me serait difficile ici, où je ne connais personne ; mais à Paris , où je suis un peu plus répandu ; et je pourrai là , quand j'y serai , c'est-à dire bientôt, vous servir d'autant mieux que j'y trouverai force gens à qui votre nom est connu. Vous avez bien sans doute ici des admirateurs , mais comment les rencontrerais-je , si je ne vois pas une ame ? M. Lamberti , qui tient de vous la même mission, la prêchera beaucoup mieux, et annoncera aux Lombards les merveilles de vos œuvres , non pas avec plus de zèle 9 mais avec plus de succès que je ne pourrais faire.

Pour la traduction de votre Perspective (1), c'est mon

(i) OoTnge de madame Dionigi sur la perspectÎTe , en itahen.

affaire , et le titre de votre interprète me plait et m'honore également. J'y avais déjà mis la main y comme je crois vous l'avoir marqué , mais je ne sais si je pourrai trouver dans une foule de papiers ce que j'en avais ébauché. Si cela s'est perdu , j'y ai peu de regrets ; car à présent je suis convaincu que pour faire cette version d'une manière digne devons^ il faut que j'y travaille avec vous. C'est un bonheur que j'aurai , si Dieu me fait vivre cet automne ; car voici mon plan pour l'année courante , sauf les événements. Je vais en France donner un coup d'œil à mes affaires } je passerai là la saison des grandes chaleurs , et , au départ des hirondelles , le désir de vous voir et de vous traduire , me fera repasser les monts ê non êmUir taffanno.

Je ne suis plus soldat. J'ai demandé d'abord , mais je n'ai pu l'obtenir, qu'on m'envoyât en Espagne; j'espérais voir en passant la fumée de ma chaumière. Xai voulu depuis avoir un congé pour des intérêts trèspressants , on me l'a refusé de même , et je donne ma démission. Je ne pouvais guère , ce me semble , quitter de meilleure grâce , ni plus à propos , un métier dans lequel il ne faut pas vieillir. Dès que les neiges des Alpes seront un peu fondues , je partirai pour Paris. Mais c'est bien à regret , je vous assure , que je tourne le dos â lltalie , et je ne resterai là -bas que le temps qu'il fiiudra pour m'arranger de manière à n'y revenir de sitôt. Car désormais , Madame , ce n'est qu'en Italie que je trouve de la douceur à vivre. L'inclination , conmie

voDB sâTec , se moque de la nature , ou plutôt devient une seconde nature. La patrie est où Ton eat bien , où on a des amis oomme vous ; et si mon bonheur est à Rome 9 il est clair que je suis Romain. Ceci a un air de raisonnement ; mais soit raison ou autre d^ose » je ne puis plus vivre que dana le beau pays avê il #f iwma.

J'ai vu i Pise M. le professeur Santi , qui m'a fort prié de voua présenter soa respect. Lamberti me douoe la même commission : il achève' un très-beau livre qui sera dédié et présenté A l'empereur. C'est un Homère savamment revu et corrigé parlui^ Lamberti, et imprimé par Bodoni.

n 7 a ici un peintre que vous connaisses , Madame , qai du moins se vante de voua connaître. Il se nomme H. Bossi , et copie maintenant pour le gouvernement la fameuse oàne de Léonard, entreprise qui demandait un h(»nme de talent. Ce Léonard ne se laisse pas copier à tout le monde ; mais pour comprendre le métrite de ce que fait Bossi, il faut voir comment il a su rétablir dans sa copie les parties de la fresque détruites par le temps , et elles sont considérables. Ma foi sans lui nous n'aurions qu'une idée bien imparfaite de ce beau tableau, dont il ne reste presque rien , et qui allait être dans peu totalement perdu. Mais comment retj:ouve-t-on une peinture effacée? Voilà ce qui vous surprendrait : il a découvert, je ne sais où, les cartons et les études de Léonard même. Pour la couleur, il s'est aidé de certaines

copies faites dans le temps que l'origiiial était entier. Bref, c'est comme une nouvelle édition de la cène. N'aimez-vous pas mieux. Madame , cet ancien chef-d'œuvre ainsi reproduit que tant de nouveaux tableaux tout au plus médiocres? Quant â moi cela me platt fort, et je voudrais quelque chose de semblable pour vos belles fresques de Rome , où Ton ne voit tantôt plus rien.

J'ai assisté à une grande lecture de poésie : c'était encore Homère et traduit par Monti. Je pensais vraiment en rendre compte â mademoiselle Henriette; mais i elle je ne puis lui parler que d'elle-même , au risque toutefois d'un peu de désordre dans mes idées. Si je m'embrouille, après tout je n'étonnerai personne, étant coutumier du fait , soit que je parle à elle ou d'elle ; enfin je veux lui demander des nouvelles de ses mains , que je me figure

à présent bien maltraitées par le froid. C'est un^ cruel mal que ces geUmi (i), comme vous les appelez; ces tyrans de Sicile ne respectent rien. Voyez-vous , Madame? déjà je commence à déraisonner : le mieux sera, je crois, que je m'en tienne là, et que je finisse en vous assurant de mon très-humble respect.

(i) Engelures.

LETTRE

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