‹ Œuvres complètesChapitre 36 sur 54 · A STRASBOURG · texte numérisé non relu

A STRASBOURG

Milan , le la octobre 1809.

MoMSiSUR et Madame ^ je né aépare point oe qae Diea a joint, cl je réponds à yos deux lettres par une seule» Ces denx bonnes lettres me sont panrennes anrec celles « que "vous aTez retirées pour moi de la poste. Mdis celles* U, en Toms priant de mé les renvoyer à Luceme, je n'entendais point du tout tous en faire pajer le port. La plupart des gens obligent pea , lors même qu'il ne leur en coftte rien, et beaucoup vendent cbec de médiocres services ; vous , vous obligez et payez \ ma foi il y a plaisir d'être de vos amis. Je devrais an moins ne pas abuser de tant de bonté ; mais comment m'y prendre pour tirer encore de votre maudite poste deux ou trois lettres que j'y dois avoir d'andenne date? Écrire au directeur , comme j'avais fait avant de recourir A vous , je n'aurai ni lettre ni réponse. Il faut donc tou* jours vous importuner; mais, cette fois, sans rien débourser. Envoyez , je vous prie, à ce bureau quelqu'un qui, fouillant dans le fatras des lettres po^s r^stanie, y déterre les miennes et fasse mettre.au dos ; chez ênêMêur*

Molini et Landi ^ libraireê à Florence s pais tous joindrez d cette bonté celle de m'en donner avis. Les lettres dé madame Thomassin sont ce que Ton m^avait dit, c'est-à-dire, après sa conversation, tout ce qu'il y a de plus aimable. Mais dussé-je être impertinent, je critiquerai celle que j'ai reçue; aussi bien n'y suis-je pas trop ménagé.

Ce que j'y trouve à dire d'abord, c'est qu'elle est trop courte; et puis c'est que madame n'y parle guère que de moi. Étais-je en droit d'espérer qu'elle parlât d'elle-même,

et de ce qui l'entoure? Je ne sais, mais il me semble

Enfin, pourquoi ne m'a-t-elle pas dit où en est son bâtiment? J'aurais bien pu avoir aussi des nouvelles de la vache, du jardin, et d'autres choses. Franchement, comme vieille connaissance , j'avais d^it i ces ditaîk, et tout ce qui eftt allongé sa lettre la rendait d'autant meilleure. Vous voulez donc bien , Madame, vous inté^ resser i mes courses ; je n'en ai fait jusqpi'au do septembre qu'aux environs de mon ermitage. J'ai vu dans les hautes Alpes ces gens qui vivent de lait et ignorent l'usage du pain ; ils paraissent heureux. Je vous dirai l'année prochaine ce qui en est ; car je compte passer l'été avec eux , et descendre après en Alsace. Xai fait sur mon lac de Luceme des navigations infinies. Ses bords n'ont pas un rocher où je n'aie grimpé pour chercher quelque point de vue, pas un bois qui ne m'ait donné de l'ombre, pas un écho que je n'aie fait jaser mille fois ; c'était ma seule conversation , et le lac mon unique promenade. Ce lae a

amasi aes nymphes ; il n'y a si ehétif ruisseau qui n'ait la sienne, comme. yous savez; j'en yis. une. un jour. sur la riye; je ne plaisante point. Tétais descendu pour examiner les ruines du f&meux cbAtea u de Hapsbourg ; mais je vis autre chose que des ruines. Une jeune fille jolie , comme elles, sont là presque toutes ^ cueillait des petits pois dans un champ ; leur costume est charmant , leur air naïf et tendre , car en général elles sont blondes , leur teint un mélange de lis et de roses ; celle-li était bien du pays. J'approchai , je ne pouvais rien dire ne sachant pas un mot de leur langue ; elle me parla 9 je ne l'entendis point. Cependant , comme en Italie ,. oii^ beaucoup d'affaires se traitent par signes, j'avais acquis quelque habitude de cette façon de s'exprimer , je réussis à. lui fiiire comprendre que je la trouvai» belle. En fiait de pantomime, sans avoir été si loin l'étudier, elle en savait plus que moi , nous causâmes ; je sus bientôt qu'elle était du village voisin , qu'elle allait dans peu se marier, que son amant demeurait de l'autre côté du lac , qu'il était jeune et joli honi,me. Vous seriez-vous doutée , Madame , que tout cela se pût dire sans parler ? Pour moi , j'ignorais toute la gr&ce et l'esprit qu'on pouvait mettre dans une pareille conversation ; elle me l'apprit. Cependant je partageais son travail , je portais le panier, je cueillais des pois, et j'étais payé d'un sourire qui . e&t contenté les dieux mémçs ;^ mais je voaltts davantage.

Toute cette histoire ne me fait guère d'honneur : me

iFoila pourtant, je ne sais comment, engagé A tous la eonter , et tous , madame , à la lire. Jobtins de cette belle assez facilement qu'elle 6tit un gtand cliapeav de paille à la mode du paya ; ces chapeaus dans le fait sont

jolis; mais il couirrait, il cachait et le fichu, c'était

bien pis ; à peine laissait-il TOir le cou. Je m'en pla^inis , j'osai demander que du moins on Tentr'ouvrtt. Ces ehoses4i en Italie s'accordent sans difficulté ; en Suisse c'est une autre affaire. Non-seulement je fos lefbsé , mais on se disposa dés-4ors â me quitter. Elle remit son chiq^au, remplit A la hâte son panier > et le posa 0ur sa tête. Quoique la mienne ne fût pas fort calme, j'avais pourtant très-bien remarqué que ce fichu auquel on' tenait tant ne tenait luinméme qu'à une épingle asses négligemment placée ; et, profitant d'une attitude qui ne permettait nulle défiense, j'enleTai d'une main Tépingle et de l'autre le fichu , comme si de ma vie je n'eusse fiât autre chose que déshabiller les fenunes. Ce que je ne alors , aucun voyageur ne l'a tu , et moi je ne profitât guère de ma découverte , car la belle anasitAt s'enfuit , laissant à mes pieds son panier et son chapeau qui tomba ; et je restai le mouchoir A. la main , quand elle s'arrêta et tourna vers moi ses yeux indignés. J'eus beau la rappe* kr , prier , supplier , je ne pus lui persuader ni de retenir ni de m'attendre. Voyant son parti pris, qu'y faire? Je mis le fichu sur le panier avec le chapeau » et je m'en allai , mais lentement , trois pas en avant et deux en arrière , comme les pèlerins de Ilnde. A mesure que je

m'éloignais dte revenait , et quand je tevenais elle fuyait. Enfin , je m'assis d quelque distanoe , et ]t lui laissai ré* {Moer le désordre de sa toilette , et puis je me letai , et je sus encore lui inspirer assez de confiance pour me laisser approcher. Je n'en abusai plus. Nous ramassa*' mes ensemble la récolte éparse à terre , et je plaçai moi^ même sur sa tête le panier que ses doigts setds soutenaient de chaque côté ; alors figurez-*vous ses deux mains occu<pées, mêlées avec les miennes, sa tête immobile sous ce panier , et moi si prés... j'atais quelques droits, <^ me aemble ; l'occasion même en est un. J'en usai disciiitement. Maintenant , Madame , si irons me demandez ce que cTest qfcie le chtteau de Hapsbourg , en vérité jt ne Vâi point fU , non que je n'y sois revenu plus d'une fois. Je mvins souvent au pied de ces tours , mais sans jkmais voir ce que yy Cherchais.

Quand je m'aperçus que les feuilles se détacbaient des arbres , "Ct que les hirondelles s'assemblaient pour partir, je eoupai un bftton d'aubépine que je fis durcir au feu , et me mis en chemin vers lltalie. Je fus deux jours dans^ les neiges , mourant de froid , car je n'avais pris aucune précaution ; et je ne dégelai qu'à Bellinzona. Dieu et les ekèvres de ces montagnes savent seuls par où j'ai passé. Il ne faut pas parler là dé route. Mon guide portait mon bagage. U n'y en eut jamais de plus léger, aussi pouTais-Je à peine le suivre. Ces montagnards ont des jambes qui ne sont qu'à eux.

Mon dessein n'était pas de m'arrêter ici; mais j'y ai

tronyé un ami (i), et cet ami-U est un homme qui m da savoir et du goÂt , deux choses rarement unies. Me yoiU donc à Milan jusqu'à ce que le froid m'en chasse. Je compte être i Florence dans les premiers jours de no^ yembre , à Rome bientôt après. Vous appelez cela courir, mais au yrai je ne sors pas de chez moi. Ma demeure s'étend de Naples i Paris. Je goûte ayec délices les douceurs de Tindépendance. Quoique dans le yilain métier que j'ai fait si long-temps je fusse bien moins esdaye qu'un autre, je ne connaissais point du tout la liberté. Si l'on savait ce que c'est , les rois descendraient du trône, et personne n'y voudrait monter.

Toutes ces ratures dans ma lettre vous prouveront , Monsieur et Madame, que je vous écris en conscience, comme disait Fontenelle , c'est-à-dire que je soigne mon style , et que je fais de mon mieux pour vous parler firançais. Ce long bavardage n'est pas de nature à se pouvoir transcrire. Que je vous fasse une autre lettre , il y aura d'autres sottises ; autant vaut vous envoyer ce griffonnageci tel qu'il est.

Faites, je vous en supplie, que je trouve de vos nouvelles à Florence, et de celles de votre ange. Sa charmante figure m'est bien présente à l'esprit, et je ponrmi l'année prochaine vous dire exactement de combien elle sera embellie. C'est un grand bonheur pour vous et pour elle , qu'on soit délivré des horreurs de la petite-vérole :

h) Lambcrti.

ayant pliia à perdre qa'une antre , elle eût en et Tons e&t cansé d'antant pluad'inqniétndes. Cette petîte-yérole est pourtant bonne à quelque chose , c'est une excuse pour les laids. Moi , par exemple , ne pnis-je pas dire que sans elle j'étais joli garçon?

LETTRE

DE H. A&E&BLÀD,

Rome , le ai juin 1809.

J'ai enfin su , par une lettre de M. de Sacy, que tous avez fÎBdt une apparition à Paris , et je m'empresae de TOUS écrire ces lignes que je lui adresse. Il aura soin de TOUS déterrer dans la grande Tille et de vous les faire tenir.

Sachez que depuis plus d'un mois j'ai dans ma maison une quarantaine de bouquins qui vous appartiennent, et que j'ai retirés de chez l'honnête D. Yincenzo, contre mon reçu. L'ouyrage que réclame Yisconti l'antiquaire est du nombre, et j'ai déjà prévenu son firére le libraire que ce liyre est chez moi à sa disposition.

Votre Amati est un peu mécontent de yous^ n'ayant pas depuis long-temps palpé de yotie argent. Le bon* homme prétend que les dix piastres que vous lui avez données, à votre dernier départ de Rome, n'étaient qu'une ancienne dette , pour certains soins qu'il avait donnés à votre Cavalerie de Xénophon. UAnaboêù est, selon lui, un marché & part, et d'une toute autre importance. En effet, j'ai vu son travail, et il faut avouer qu'il s'est surpassé lui-même , tout comme il a surpassé votre attente

et Y08 désirs , car au lieu de variantes d'un seul manuscrit , vous en ayez de quatre» et I9 tout forme une énorme liasse grand in-folio. Vous trouverez des accents, des virgules, des lettres, des mots, des phrases, enfin des lignes et des périodes entières, qui, pour la première fois , vont prendre leur place dans l'édition que vous nous donnerez uu jour de l'expédition de Cyrus. Cela vous fera une gloire immortelle, dit Amati, qui y renonce généreusement en votre faveur, à condition que vous lui donnerez force beaux sequins. Ne voulant pas m'en rapporter à son avis là-dessus , j'ai prié Marini d'estimer son travail , et il dit qu'en conscience vous ne pouvez lui donner moins de vingt huU. Voyez si ce prix vous convient ; car s'il vous effraie trop, il aurait moyen de vendre ces variantes en Allemagne, où Amati jouît déjà d'une certaine réputation, à cause d'une découverte qu'il croit avoir faite , que le traité npS **y^*yf n'est pas de Longus , mais de Denis d'Halicarnasse. Ses preuves , qui me semblent assez faibles , ont cependant fait du bruit en Allemagne , et le pauvre Amati est tout glorieux d'avoir fait parler de lui et de sa découverte ces savantissimes professeurs. En attendant, si vous voulez garder son travail, envoyez au moins un i-compte à ce pautre graeuluê 6xuriens , qui est plus maigre que jamais.

On dit ici que vous avez quitté le service : d'autres prétendent que vous méditez d'y rentrer. Je vous reconnais là. Quoi qu'il en soit , tâchez de venir dans notre ville , Uhre et impériale, où Je désire bien de vous revoir.

A n. AKERBLAD ,

A ROME

Milan , le i4 octobre 1809.

Monsieur I j'ai trouyé ici votre lettre du m juin. Grand merci de vos soins obligeants pour mes livres, papiers, collations de manuscrits, etc. Mes affaires philologiques sont aussi bien entre vos mains que jadis les affaires politiques du roi votre maître. Je doutais que vous fussiez maintenant en Italie, et je vois avec grand plaisir que je puis encore espérer de vous retrouvera Rome, où, partant demain, j'arriverai un mois après cette lettre; car je m'arrêterai tout autant à Florence, comme chargé par M. Clavier de certaines recherches relatives à son Pausanias. Je fouillerai aussi pour mon compte dans les vénérables bouquins.

Amati est bon de se figurer que je vais l'enrichir; je ne puis ni ne veux dépenser un sou pour le grec , voici tout ce que je peux faire : le libraire qui imprimera, Dieu sait quand , cet Anaboêiê, paiera le travail d' Amati. Je ne donnerai le mien qu'à cette condition.

Xai quelque souvenance d'avoir été soldat; mais cela est si loin de moi , qu'en vérité je le puis ranger parmi les choses oubliées. J'étais , comme on vous l'a dit, ren-

tré dans le tourbillon , comptant imprudemment sur l'amitié d'un comte avec qui je me trouvai loin de compte. Catherine de Navarre , dit-on, fut fille amoureuse et drue, qui eut un mari débile ; et comme on lui demandait, le lendemain de ses noces, des nouvelles de la nuit, elle répondit en soupirant : ahl ce iCeêtpoê mon eonUe. Elle entendait le comte de Soissons , dont le mérite lui était connu. H m'est arrivé le contraire : je pensais trou* ver un ami, mais hélas! c'était un comte. Vous saurez tout quand je vous verrai..;. Dites de moi, si vous voulez :

Il prit , qoitU , reprit U coiraite et la haire.

Pauvre hère , mais content , si jamais honmie le fut.

LETTRE

DE M. CLAVIER

Paris ; le 3 septembre 1809.

Nous Y0Q8 avoua écrit qaatre fois, mon cher x^i».«^ , et n'ayons paa eu de réponse. Heureusement qu'Alexandre Basili , de Vienne , a 'écrit à M. Goraî , et lui a mandé que Yous ayiez quitté l'armée. Dites-nous donc comment il se fait qu'après avoir été si empressé de reprendre du service, après avoir même un peu rêvé ambition, vous l'ayez quitté de nouveau si brusquement : je crains bien que vous n'ayez fait encore quelque coup de tète.

Vous ne me demandez pas de nouvelles de votre Xénophon , et vous avez raison , car j'ai honte de vous dire que le texte grec n'est pas encore fini d'imprimer. Stone, avec beaucoup de bonne volonté , a très-peu de caractères grecs , et n'a point de compositeur pour cette langue : c'est donc son prote, homme très-intelligent, qui compose lui-même ; et comme il a d'autres occupations , cela ne va pas vite.

Vous voilà donc entièrement libre de parcourir l'Italie : si, en visitant les bibliothèques, vous trouvez quelque manuscrit de Pausanias qui vaiUe la peine d'être collationné , je vous prie de m'en donner avis. Je vous

enverrai la liste des principales lacunes qui se trouvent dans cet auteur , et les manuscrits qui auront les mêmes ne méritent guère d'être coUationnés , puisqu'ils seront sans doute semblables i ceux qpie j'ai ici. Je me suis remis à ce travail , quoique je ne prévoie guère quand je pourrai le finir* Tj fais tous les jours de nouvelles corrections; mais malheureusement il y a beaucoup plus de lacunes qu'on ne croit , et ce n'est que par le secours 'des manuscrits qu'on peut les remplir. JTai vu à Paris un Grec qui a demeuré longtemps à Florence, et ^i m'a dit y avoir w, dans la bibliothèque de Saint-Victor , un manuscrit de Pausaniàs du neuvième siècle , plus ancien , par conaé-feent, quêtons ceux que nous connaissons; comme tous j passeret sans doute, veuillez vous en informer. •.

A M. CLAVIER (0

A PARIS

MiUn, le i6 octobre 1809.

YiTB) Monsieur, enYOjeab-moi vos oommissiona greoques ; je serai à Florence nn mois, i Rome tout ThiTei, et je TOUS rendrai bon compte de tous les manuscrits de Pausanias ; il n j a bouquin en Italie où je ne veuille perdre la vue pour l'amour de vous et. du grec. Laisseï-moî faire , je projette une fouille à l'abbaye de Florence , qui nous produira quelque chose : il y avait là du bon pour vous et pour moi dans une centaine de volumes du neuvième et du dixième siècle. Il en reste ce qui n'a pas été vendu par les moines. Peut-être y trouverai-je votre affaire. Avec le Chariion de Dorville est un Longus que je crois entier , du moins n'y ai-je point vu de lacune quand je l'examinai ; mais en vérité il faut être sorcier pour le lire. J'espère pourtant en venir.A bouti^raiMf renfort de béneUês comme dit maître François. C'est vraiment dommage que ce petit roman d'une si jolie invention , qui , traduit dans toutes les langues , plaît i

(1) Cette lettre est imprimée dam la lettre à M. Renoaard qui pré« cède les Pastorales de Longus, édition iSai.

tootes les npitions , soit mutilé, coninie il Test ; si je pour yais TOUS l'offrir oomiplet j je orotiais mes courses bien employées I et mon nom asses. recommandé anx Grecs présents et fàtors. 11 me ûkVLï peu de gloire; c'est asse& pour moi qu'on sache quelque jour que j'ai partagé tos études , et que j'eus part aussi à TOtre amitié*

Le succès de YOtre Archéologie n'ajoute rien à 1'» que j'en a^ais conçue :

Je ne pKWJU pQÎntponr jofe un peuplq

Ce que tous m'en avez lu me parut très-bon , et ôè fiit dans ces term,es que j'en dis ma pensée à madame Gla* Tier d'abord, et depuis à d'autres personnes. Je né suis

point de ces gens qui

IHpignent de îoie on plewent de tsndrstte

à la lecture d'un ouTrage : cela est très-bon, fut, mon premier mot ; le meilleur éloge est celui dont il n'y a rien i rabattue.

Ce que tous appelez un autre coup de tète, est Taction la plus sensée que j'aie laite en ma rie. Je nie suis tiré heureusement d'un fort mauTais pas , d'une position détestable , où je me trouTais par ma faute pour nii'étre sottement figuré que j'sTais un ami , ne me aouTenant pas que dès le temps d'Aristote il n'y aTait plus d'amis : »» tr* mV/ f2Mi«. Celui-U, suiTant l'usage, me sacrifiait pour mie bagatelle , et me jetait dans un gouffre d'où je

ffliÙldîë ; «ÉËdit Wn mkoê maàà 'àta jahnii, et f* m'en

mm

tet'àoMteAfft ofcfciart de ^««elqiie l^oii.

J'avais des projets dont le succès eàt fait mon malheur. La fortuné ÏÂ'I iiifêïi KM» i^iK )è m UMSfftài». Maintenupt je.suis heureux, nul homme vivant ne Test davaniupe, et peut-être aucun n'est aussi content; je n ehVîë pfiç même les paysans que j'ai rvà Atina la Suisse : j'ai sur eux l'avantage de connaître mod tionheur. tfe me venez point dire , aiiendanê la fin; sauf le respect ^ik aux anciens , «Ml n'eU |ihR fioNDc 4«e OBMe Tègle:lemal de demain ne m'ôtera jamais le bien d'aujourd'hui. EnfiUi ai jëVi^etA^ )^ té éAMfh sfaHéh^m eé^ptM^tk^s j'^« ip^^c^e âtt htàms àépxak m féHkpIt: * '■

Madame de Sévigné est donc aux RoettfeUs^ fiè vns dfr^ iliàdami! C^^nfé^ 'eA iMeti^nli : fi >A>M {sAâns ^ %>n &bèfeâ(M ^ifVte ^e «dlè^é tbtift^bWs. PiréMiiteiMm ^ je irbte t>r<èr, «UiAè Vdtié ^^Aniieée ^tbk, mm tt««4hA»' blés Vès^é^tfc.

3 irais voir nraiiame iJUmORt , àp|MlJ/e oc vOtt^moiHi^ ûiahâiÈititfn tl â\ni ancien sôitvëiiflr qhVHe ^^eWtuMir'dl mcri , ii 3'étkis htlinine à Xtn^ table, é Jéoer, A fwekâiè enfin im fôte 4ahs ce qi^'oh ajjVpene MëfttS; uiift Dieu

ne m'a point fait ponr cela : les salons m'ennuient à mourir, et le les hoiê aattfnt <)%e les antichambres. Bref, je neveux voir que des amis; car j'j crois encore en dépit de l'expérience et d'Airistbtd. Je n'en suis pas moins obligé à TOtre bonne intention de m'ayoir voulu procurer une connaissance agréable.

A MJ CLAYmA,

AirPA'RIS*

Milan , le ai octobre 1809.

Dans ma dernière lettre je ne vous ai point indiqué d'adresse pour me faire parvenir votre dernier ouvrage , que je suis fort impatient de lire , et de faire lire à ceux qui en sont dignes deçà des monts. Voici maintenant par quelle voie vous pourrez me l'envoyer. M. Bocchini, rue des filles-Saint-Thomas , n<* ao , est le correspondant de notre ami Lamberti (lequel Lamberti , par parenthèse, vous k^mtu f<Mfftf«»r; Car c'est sur sa table que je vous faU ces lignes, et il me charge expressément de vous riv$rire earamenie). M. Bocchini se chargera de tout ce que vous voudrez me faire parvenir sous l'adresse de M. Lamberti. Tâchez, je vous en prie, de m'envoyer aussi les volumes de Plutarque de M. Cioraî, i mesure qu'ils paraîtront , et de plus l'Eunapius de M. Boissonnade. J'ai fort envie d'avoir tout cela : le prix en sera payé chez madame Marchand en présentant cette lettre. — ^Notez, s'il vous plaît, que votre dernière lettre, la seule que j'aie reçue, ne me donne point l'adresse de je ne sais quel banquier correspondant de M. Basili , auquel banquier je dois payer.... Voyez, je voua supplie , mon

autre lettlre-^tée de Luœme j çl aidez -* moi pat dianté A pâjrér mes dettee^, avec les intérêts , qui coûtent ( notez encore ce point) , à je ne sais combien potir cent. Si Dieu n'y met ordre , il faudra que je me cache à la triacade prochaine, comme les enfants de famille faisaient chez vos Athéniens. Je pars dans deux ou trois jours pour ï'iorence , et je tous embrasse. Mes trèshumbles respects à madame Glayier, quelque part qu'elle soit : «fp««-»

Courier quitta MilaD le 27 octobre, et arriva à Florence le 4 DOYembre. Dès le leodemain , il se rendit à la bibliothèque de San-Lorenzo, pour ezaminer avec soin un manuscrit de LoDgus, Daphnis et Chloé^ qu*il y avait vu l'année précédente, et que Éiute de temps il n'avait pu que feuilleter. U se trouva complet , et les jours suivants il en copia la valeur d'environ dix pages du premier livre qu'il savait manquer dans toutes les éditions existantes de cet ouvrage, et même dans tous les manuscrits connus. La copie était terminée , lorsque , par malheur , il fit sur une des pages du morceau inédit une tache d'encre qui couvrait une vingtaine de mots. Pour calmer autant qu'il était en lui -le déplaisir que cet accident causa à H. F. del Furia , bibliothécaire , il lui remit le certificat suivant , que i on montre encore aujourd'hui avec le manuscrit.

tt Ce morceau de papier , posé par mégarde dans le manus-

» <yit pour Mnrir de marque , f'cfl ttoafé taehé dteèrs: b » fiiute en eit tovte à ilioi » qui ai fok cellaéloiirdBriec <n Ai » de quai )*ai fqjiié.

« Covum. »

» itilprtBoeyleionovaQ^raidoo. »

léc «uriendenain I M* B^BROWrd, lifaramdePvîff ^ar trouvait alors à Florence , et qui s'intéressait à la découverte de ce fragment , comptant le publier hii-mème, arriva dans la bibliothèque* Les conservateurs lui présentèrent le manuscrit auquel la feuille souillée d*encre était encore attadiée« fl demanda la permission d*essayer de la décoller , et y réussit asses heureusement. U faut lire la notiee de iÇ pages quH pubUa & oe sujet au m<Hs de juillet 1810.

1 iiu^ S

« té •■ r 9 *

LBTTRE

PP W. AKERBLAD.

Mo¥ n^fiitMiwm GomfAmw^^r

Nqu3 espérions à chaque instant vous voir arriver à Rome, mais votr^ T?^f4 ^^^ persuade que vous avez trouvé dans les bibliothèques de Florence de quoi vous occuper ; et en effet M. Landi dans sa dernière lettre me parle d'une découverte que vous avez faite de quelques morceaux inédits de Longus, et d'une entreprise littéraire formée entre vous et M. Renouard (i) sur cette découyerte. Voilà ce qui s'appelle bien débuter au moins , et le pauvre Furia doit être furieux de voir un Welche venir pondre dans son nid. Si tous tardez de venir à Rome , faites-moi le plaisir de me dire ce que c'est que cette découverte? Dans Longus il n'y a qu'une seule lacune, si je me rappelle bien, et de la remplir ne serait pas d'une assez grande importance pour fedre penser à une nouvelle édition.

Quand j'ai su que vous étiez rentré dans le tourbillon ,

(i) Libraire de Paris, qui se troavait à Florence lors de la découverte do fragment de Longas.

je m'attendais de tous revoir général on an moins colonel, ayec une jambe on nn bras de moins, n'importe : jngez combien j'ai dû être surpris d'apprendre qne yods ne serez jamais rien, pas même baron de l'empire^ et qne tous étiez revenu en Italie , sain et sauf, à la vérité , mais sans les deux épanlettes à graines d'épinards. Je TOUS gronderai d'importance quand vous serez ici; mais venez , la bibliothèque du Vatican est bien plus riche , et le dragon Gherini ne viendra pas cet hiver : le révérend père Altieri est un bon enfant^ qui vous laissera fimiller dans les bouquins tant que vous voudrez.

A M. AHJBRBLAD ,

A ROME

Florence , le 5 décembre 1809*

Il est Tiai , f l'Atff Af itfM , que je ne suis point baron, quoique je vienne d'où on les fait; je n'étais pas destiné à décrasser ma famille , qui en aurait un peu besoin, soit dit entre nous ; il est rrai aussi que je n'allais à l'armée d'Allemagne que pour voir ce que c'était ; je me suis passé cette fantaisie , et je puis dire comme Athalie^/^at voulu voir, j'ai vu. Je suivais un général que j'avais vu longtemps bon bomme et mon ami , et que je croyais tel pour toujours ; mais il devint comte. Quelle métamorphose ! le bon bonune aussitôt disparut, et de l'ami plus de nouvelles ; ce fut â sa place un protecteur : je ne l'aurais jamais cru, si je n'en eusse été témoin, qu'il j eût tant de différence d'un homme à un comte. Je sus adroitement me soustraire â sa hante protection , et me voilà libre et heureux à peu prés autant qu'on peut l'être.

Que me parlez-vous, je vous prie, d'entreprise littéraire 7 Dieu me garde ' d'être jamais entrepreneur de littérature; je donne mes griffonnages classiques aux libraires qui les impriment â leurs périls et fortunes ,

et tout ce qae j'exige d'eux c'est de n'y pas mettre mon nom , parce que I

Je Yoas Tai dit et y^ux bien le redire,

ma passion n'est point du tout de figurer dans la gazette ^ je merise tout autapt la liK)mpette des journalistes que l'oripeau des courtisans. Si j'étais riche , je ferais imprimer les textes grecs pour moi et pour tous , et pour quelques gens comme tous itUto per amore. Mais hélas ! je n'ai que de quoi Tivre; et, pour informer cinq ou six personnes en Europe des trouvailles que je puis faire dans les bouquins dltaiie , il me faut mettre un libraire dans la confidence , et ce libraire fait ehioêso pour vendre. Il n'est question , je vous assure , ni d'entreprise ni de début.

Gprrigez ^ 3*il yoas plaît, ç^ façofis de parler;

je pf 4^VJtf poin^, f9Tf» cpç jp ^e vgw jojffif .^s^jm

i^lp. h n§ prends m r^ PFwdw^ jaff»^ wwqafi? V^

Au lÎA^ ifi flOLÇ iïUÇWÏÏPr P0»J JLYpiyîetfJ )â le ^nais, que n^ Werfite/^yoïw ay çp^tr^ire , çpmmç Diogéne à Pénis? J/Ufitqiim , m^çud^ fiêf in^ne bonheur fl^ vivre

4fpfc nftue m honnête fmm^f "ÇJ «? 4ey|iî9^tu pas jpintôt

4t^e AORdaquié ].o)i^te t4 yie aju^f yisjtes et aux révéreiices.

Le chape«a dans U majp te tenir sur |es inçipfiret? (i)

Yoilâ en effet ce qH^edt mérité ma dernière sottise d*étre rentré sous le joug ; ce n'est ni humeur ni dépit qui m'a fait

Quitter œ tU métier» (9)

je ne pouvais me plaindre de rien, et j'ayais assez d'appui I ayec ou sans mon comte , pour être sûr de faire â peu près le même chemin que tous mes camarades. Mais mon ambition était d'une espèce particulière ; je n'avais pas plus d'enyie d'être baron ou général que je n'en ai maintenant de devenir professeur ou membre de llnstitut. La vérité est aussi que comme j'avais fait la cam* pagne de Galabre par amitié pour Rejnieri qui me traitait en frère , je me mettais avec cet homme -ci pour une folie qui semblait devoir aller plus loin , HUio per amarê. Je vous suivrais de même contre les Russes si on vous faisait maréchal de Suède , et je vous planterais li si vous vous avisiez de prendre avec moi des airs de comte.

On me dit que madame de Humboldt est encore à Rome , et que vous habitez tous deux la même maison. Présentez-lui , je vous prie , mon très-humble respect.

(i) Régnier , satire i? , yers ag.

(a) Racine.

M. de Hiunbôldt n'ert-il pas i présent en Prusse? Doiirnez'inoi bientôt àe leurs nouyelles et des YÔtres.

N'allez pas retourner, ayant que je tous Yoîe^ dans YOtre pays, vilain pays d'aimables gens. Je ne sais bonnement pour moi quand je partirai d'ici; mais toujours oe sera pour tous aller joindre. A dire vrai , j'ai cent projets et je n'en ai pas un. Dieu seul sait oe que nous deyien^ drons. 'Adieu.

BDI^aBH

A M. CLAVIER

A PARIS

Florence, le 3 fiyrier. i8f e.

Vous ne m'écrÎTez plus , Monsieur ; je m'en prends à madame Clavier , et tout en loi présentant mon respect , c'est elle qae je querellerai de votre silence. Au fait , quand elle était loin de tous j'ayais de vos nouvelles; depuis son retour pas une ligne.

Je vous félicite de tout mon cœur sur votre entrée â l'Institut, qui, ce me semble, avait plus besoin de vous que vous de lui. Gela vous était dà depuis long-temps. Mais c'est beaucoup d'obtenir tôt ou tard justice.

Je ne me trompab pas quand je vous marquai , dans ma dernière lettre , que je trouverais ici un Longus complet. Monsieur Renouard, témoin de cette découverte , vous contera comme il m'en a vu copier environ dix pages qui manquent aux imprimés, plus des phrases par-ci par-là, et des variantes inestimables. Vous verrez tout cela imprimé dans peu et traduit selon mon petit pouvoir.

Si vous ne voulez ou ne pouvez m'écrire , gardez-moi au moins , je vous prie , un souvenir d'amitié. Je mets

aux pieds de madame Clayier mes hommages respectueux.

P. S. C'est RenouaKl «qiii'S^ charge de Timpression du Longus. n a, dit-il , des gens capables de cette besogne. Dieu le yeuille! et s'il dit vrai, ayril ne se passera point iptè VOIis ti'eîi àyèt le premier exemplaire.

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LETTRE

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