‹ Œuvres complètesChapitre 45 sur 54 · A M, LE GÉNÉRAL GASSENDI · texte numérisé non relu

A M, LE GÉNÉRAL GASSENDI

TÎToli , le 5 septembre 1810.

On m'assure , mon général, que tous ou le ministre demandez de mes uouyelles, et que tous youlez sairoir ce que je suis devenu depuis que j'ai quitté le service.

Ma démission acceptée par Sa Majesté, je vins de Milan à Paris, où, après avoir mis quelque ordre à mes aflfaires , me trouvant avec des oflSciers de mes anciens amis qui passaient de Tarmée d'Espagne à celle du Danube, je me décidai bientôt à reprendre du service. Tallai à Vienne avec une lettre du ministre de la guerre qui autorisait le général Lariboissiére à m'employer provisoirement. Cette lettre fut confirmée par une autre du major-général de l'armée portant promesse d'tm brevet, et on me plaça dans le quatorzième corps, toujours provisoirement.

Quelque argent que j'attendais m'ayant manqué pour me monter , j'eus recours au général Lariboissiére^ dont j'étais connu depuis long-temps. II eut la bonté de me dire que je pouvais compter sur lui pour tout ce dont j'aurais besoin; et, comptant effectivement sur cette

ptomesae, j'achetai au prix qifoa Toalnt Tunique oheyal qui se trouvât à Tendre dans toute l'armée. Mais quand pour le payer je pensais profiter des dispositions favorables du général Lariboîssière , elles étaient changées. Je gardai pourtant ce cheval, et m'en servis pen-* danf quinze jours, attendant toujours de Paris l'argent qui me devait venir. Mais enfin mon vendeur, officier bavarois , me déclara nettemexrt qu'il voulait être payé où reprendre sa monture. C'était le 4 juillet, environ midi| quand tout se préparait pour l'action qui com* mença le soir. Personne ne voulut me prêter soixante louis, quoiqà!il y eût là des gens à qui j'avais rendu an* trefois de ces services. Je me trouvai donc à pied quelques heures avan^ràction. J'étais outre cela fort malade. L'air marécageux de ces iles m'avait donné la fièvre» ainsi qu'à beaucoup d'autres, et, n'ayant mangé de plusieurs jours , nia faiblesse était extrême. Je me traînai cepeib» dant aux batteries de l'Ile Alexandre , où je reiàtai tant qu'elles firent feu. Les généraux me virent et me don-* nèrent des ordres , et l'empereur me jïarla. Je passai le Danube en bateau avec les premières troupes. Quelqttès soldats , voyant que je ne me soutenais plus , me portèrent dans une barraque où vint se coucher prés de moi le général Bertrand. Le matin, l'ennemi se retirait, et , loin de suivre à pied l'état-major, je n'étais pas même en état de me iénir^ debout. Le froid et la pluie «&¥euse de cette nuit avaient achevé de m'âbattre. Sur les trois heures après midi , des gens | qui me parurent être les

domestiques d'tin ^néral , me portèrent aa village procbaîn^'d'où Ton me conduisît à Vienne.

Je jxke rétablis en peu de jours^ et, faisant réflexion qu'après avoir manqué une aussi belle affaire , je ne rentrerais plus au service de la manière que je l'avais souhaité | brouillé d'ailleurs avec le chef sous lequel j'avais voulu servir» je crus que, n'ayant reçu ni solde ni brevet, je n'étais point assez engagé pour ne me pouvoir dédire, et je revins a Strasbourg un mois environ après en être parti. J écrivis de là au général Lariboissière pour le prier de me rayer de tous les états où l'on m'aurait pu porter; j'écrivis dans le même sens au général Aubry, qui m'avait toujours témoigné beaucoup d'amitié; et, quoique je n'aie reçu de réponse ni de IHin ni de l'autre , je n'ai jamais douté qu'ils n'eussent arrangé les choses de manière que ma rentrée momentanée idans le corps de l'artillerie f îit regardée comme non avenue. . Depuis ce temps, mon général, je parcours la Suisse et ritalie« Maintenant je suis sur le point diQ passer i Gorfou, pour me rendre de la, si rien ne s*y oppose, flW Ues de l'Archipel; et, après avoir vu l'Egypte et la 5yrie , retourner i Paris par Gonstantin^le et Vienne.

Pondant que Gooner s*oooupail à Rome i faire impriacr le teste de Loogus , le ministre de rinlcrieur , sur le rapport dn directcur»général ck b libraiiîe , faisait laisir à Ilonnoe les

vingt-sept eiemplaires qui restaient de la traduction imprimée chez Piatti. Averti par ses amis de Paris qu'on se proposait de sévir contre lui-même , il sentit enfin la nécessité de se défendre, et composa pour cela dans le courant de septembre un pamphlet en forme de lettre , adressé à M. Renouard , comme à l'occasion de la notice que celui-ci avait publiée au mois de juillet sur Facddent de la tache d'encre. U faut lire tous les détails de cette affiure dans Tavertissement que Paul-Louis a mis en tête de l'édition des Pastorales de Longus , qui a paru à Paris en 182 1.

OFFICIER D'âRTILLERIK

Tivoli 9 le la sepUvibra 1810^

Ah! mon cher ami , me» affaires sont bien plus mauvaises encore qu'on ne vous l'a dit. J'ai deux ministres â mes trousses, dont l'un veut me faire fusiller, comme déserteur; l'autre veut que je sois pendu pour avoir volé du grec. Je réponds au premier : Monseigneur, je ne suis point soldat , ni par conséquent déserteur. — Au second : Monseigneur, je me f... du grec, et je n'en vole point. Mais ils me répliquent, l'un : Vous êtes soldat; car il 7 a un an vous vous enivrâtes dans l'île de Lobau , avec L. . . et tels garnements qui vous appelaient camarade; vous suiviez l'empereur A cheval; ainsi vous serez fusillé. — L'autre : Vous serez pendu; car vous avez sali une page de grec, pour faire pièce â quelques pédants qui ne savent ni le grec ni aucune langue. — Li«-dessus je me lamente et je dis : Serais-je donc fusillé pour avoir bu un coup â la santé de l'empereur? Faudra-t-il donc que je sois pendu pour un pAté d'encre ?

Ce qu'on vous a conté de mes querelles avec cette pédantaille n'est pas loin de la vérité. Le ministre a pris parti pour eux; c'est, je crois, celui de llntérieur; et,

dans les bureaux de Son Excellence , on me fait mon procès sans m'enlendre : on jpi'expédiera sans me dire pourquoi , et le tout officiellement. L'autre Excellence de la Guerre, c'estr-i-dire Gassendii a écrit ci à Sorbieri, voulant savoir , dit-il , si c'est moi qui fais ce grec dont parle la gazette; (pie je suis â lui, et qu'il se propose de me faire arrêter par la gendarmerie. J'ai su cela de Yauxmoret (i), car je n'ai point tu Sorbier, et j'ignore ce qu'il a répondu; Au vrai je ne m'en sou^ije guère; je me crois en toute manière bo^s de la portée de ^s messieurs , quitte de leur protection et de leur perêétniicfn. Je ne me repens point d'avoit été à Vienniô /quoique ce fût une folie ; mais cette folie m'a bien tourné. J'ai TU de prés Toripeau et le^ tnamanumchiê ; oela* en talait la peine , et je ne les ai vus que le temps qu^il fallait pour tn'en divertir et savoir oe que c'est.

Vous aves raison de me croire beureux; mais vous avez 'tort de vous croire à plaindre. Vou^ êtes esclave'; eh l et qui ne l'est pas ? Votre ami Toltaire a dit qn' hêu^ reuae êopt Uê ^êelapêê inconnue, à leur màUrê. Ce bonheurta vous est hùé, et c'est-lâ peut-être de quoi vou^ enragez. Allez, vous êtes fou de porter envie à<qui que ce soit, à l'âge où vous êtes, fort et bienl portant ;, vous ne méritez pas les bontés que la nature a eues pour vous.

Adieu ; vous m'avez fait grand plaisir de m'écrire , et j'en aurai toujours beaucoup à recevoir de vos nouvdles.

(i) Colonel d'artillerie.

le

A m. BOISSONNADE,

TiToli , le i5 septembre t8io«

Ih fout que Y01I8 croyies mon affaire bien nunnaifle pour me chercher des protectenrs. Qaant i moi, je ne saia ce qui en arrivera, mais je ne ferai assurément aucune réclamation ; j'ai peur, si je redemandais mon livre saisi , qu'on ne me saisit moi-même.

Pour YOtre ami , qui est si bon.de s'intéresser à moi, je suis bien ttché de ne pouvoir vous envoyer un exemplaire. On m'en a pris ving^-sept, j'en avais distribué trente, il m'en reste donc trois; car, comme vous savez, il n'y en avait que soixante ; et ces trois^U sont condamnés à toutes les ratures et biffures que j'y pourrai faire , si l'on réimprime quelque jour cette bagatelle coirigée. Au reste je^ne veux point en donner du tout à Son Excellence, que je n'ai pas l'honneur de connaître. Remerciez, je vous prie, ce bon monsieur de sa bonne volonté ; mais qu'il se garde de me nommer , ni de dire jamais en tels lieux un mot qui ait trait â moi. Je n'aime point que ces gens-là sachent que je suis au monde , parce qu'ils peuvent me faire du mal , et ne me sauraient faire de bien.

Quoi qa'Q en soit, je tous admire d'aToir été songer i oek, et aortont d'ayoir pu troayer quelqu'un qui Toulùt dire un mot en ma fayeur, comme s'il n'était pas tout yîsible que jamais je ne serai bon à rien pour personne.

Adieu ; souyenez-yous de moi; et gardez^noi toujours cette précieuse amitié.

ssae

A M. DÉ TOURîrON ,

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