‹ Œuvres complètesChapitre 46 sur 54 · PRÉFET A ROMS · texte numérisé non relu

PRÉFET A ROMS

Rome, le.iSsepU^mbre iSio.

Monsieur , voici ma réponse aux demandes de monsieur le directeur de la librairie.

J'ai trouvé dans un manuscrit à Florence un morceau inédit de Longus , et, en le copiant, j'ai fait à Toriginal une tache d'encre qui couvre environ une vingtaine de mots. J'ai donné au public d'abord ce fragment en trois langues, ensuite tout le texte de Longus revu sur les manuscrits de Rome et de Florence. On ne peut arrêter la vente de ce livre , parce qu'il ne se vend point. J'en ai Sait tirer cinquante exemplaires , c'est-â-^dire quatre fois plus qu'il n'y a de gens en état de le lire : je le donne aux savants et aux bibliothèques publiques. Je n'en ai point envoyé à la Laurênziana de Florence , parce que cette bibliothèque ne contient que des manuscrits.

Au reste je ne prétends , sur ce fragment trouvé par moi , ni sur aucun livre , aucun droit de propriété ', char cun peut le réimprimer. Il me reste vingt exemplaires de mon édition grecque qu'on peut saisir conmie on a fait ma traduction à Florence î je n'y aurai nul regret et n'en ferai nulle réclamation.

M. le directeur peut apprendre des libraires et des savants de Paris que . je m'occupe de ces étufles uniquement pour mon plaisir ; que je n'y attache aucune importance, et n'en tire jamais lé moindre profit. Ma coutome est de donner mes griffonnages aux libraires qui les impriment A leurs périls et fortunes ; et tout ce que j'exige d'eux , c'est de n'y pas mettre mon nom. Mais cette fois j'ai cru deyoir faire moi-même les frais de l'impression, ayant appris que quelques gens, assez méprisables d'aiU leurs , m'accusaient de spéculation dans l'affaire de la tache d'encre ; et je pensais qu'on pourrait bien se moquer de moi d'employer ainsi mon loisir et mon argent , mais non pas en faire un sujet de persécution.

A M. BOISSONNADE ,

A PARIS

Rome, le 7 octobre i8to.

BloNSiEnR I je viens de lire votre article dans le Journal de l'Empire, où vous parlez beaucoup trop honqnh blement de moi et de ma trouvaille. Vous me traites en ami I et je pense qu'ayant eu quelques nouvelles de la petite persécution qu'on m'a suscitée à cette occasion , vous avez voulu prévenir le pubUc en ma faveur, action d'autant plus méritoire que probablement je ne serai jamais en état de vous en témoigner ma reconnaissance , si ce n'est par des paroles. J'avais souhaité^ comme vous savez, qu'il ne fût point question de moi dans les journaux. Biais aujourd'hui qu'on me fidt des chicanes qui , sans m'affliger beaucoup, ne laissent pas de m'importnner, je suis fort aise de me voir loué par un homme conmie vous , i qui le public doit s'en rapporter sur ces sortes de choses. Cela pourra engager les satrapes de la littérature à me laisser en paix , et c'est tout ce que je désire.

A m. CLAVIER

A PARIS

Rome , le i3 octobre 1810.

HoNfiiEim , j'eoLTOyai à Paris long^-temps y a , comme dit Amyot , dix-huit exemplaires d'un beau Longus grec, dix-huit 4es cinquante-deux en tout que j'en ai fait tirer. C'est tarop, me dires-TOusi Où trouver autant de gens à qui faire ce cadeau 7 Vous avez raison ; mais enfin il j en a, de ces dix-huit, un pour vous, et celui-là du moins sera bien placé; un potir M. BosquiUon , un pour le docteur Goraï; ceux-li encore sont en bonnes mains. J'ai adressé le tout à madame Marchand ma cousine,' dont vous saves la demeure , et qui doit en être la distributrice. Voila qui va bien jusque-là ; mais le mal est que je n'ai de nouvelles ni de ma cousine ni de Longus. J'ai adressé directement à vous et à quelques personnes le morceau inédit imprimé à part. Mais je vois par votre lettre du 28 septembre , et par l'article de Boissonnade dans le Journal de l'Empire , que rien n'est parvenu à Paris ou n'a été remis à sa destination. Il faut assurément que les Italiens zélés pour la littérature aient tout fait saisira la poète , comme ils ont fait saisir ma pauvre traduction par un ordre d'en haut. Pareil ordre est venu de confis-

quer tout de même le grec , c'e8tr4-dire vingt exemplaires enyiron qui m'en étaient demeurés. Il 7 en a heureusement huit ou dix dans différentes mains | et Toilà madame de Humboldt qui en emporte un en Allemagne, o& il sera réimprimé. Ainsi la rage italienne , secondée de toute l'iniquité des satrapes de l'intérieur, de la police et autre engeance malfaisante , n'y saurait mordre à présent. Un de ces derniers , se disant directeur de la librairie, a écrit ici au préf(^t une lejttre.foxt mystérieuse » qui ne m'a été communiquée qu'en partie» J'ai répond» soccinctement à ce qu'il demande; et pour concj)uaion je le prie de se contenter de mon liyre que je lui abandonne volontiers , trop heureux si je sauve ma personne d$ h9 mainê redoutables. Je l'iissure que Je nç feraijamais aucune réclamation de mes griffonnages saisis par lui, convaincu qu'il aurait pu me saisir moi-même, .et me faire pendre avec autant.de justice. Je loue autant sa clémence « et suis avec gmnd isespect son trës-^humble serviteur.

J'attends impatiemment, votre, ardiéologie. Cela me viendra fort à propos. Bonne provision pour cet hiver que je compte passer encore ici*

Gail me parait trop sot pour être ridicule} en le mon*trant an doigt vous lui ferez trop d'honneur, et a vous peu 'y et pui9 la belle miitiére à remuer pour vous que son dégobillage I Fi ! laissest-le U. /a*ii fmtêi.

Si j'avais su que quelqu'un songeftt i répondre aux Italiens sur la grande affaire de la tache d'encre, je n'an-

rais pas pris la pcîae id'écrire et .d'imprimer nne longue diatribe (i) que jerronsai envoyée^inais que probablement "vbua nereoevreapoint^Tii l'embargo mis A la poste sur tout ce ^ quirTiexiti.de >nioi<. Je suis tenté de croire, comme Rousseau, que tout le genre humain conspire contre moi. J'en rirais, si j'étais sâr qu'on ne touchât qu'à mon grec. Boissonnade m'a trop bien traité dans son journal. Je l'ayais prié de ne dire mot de moi ni de mes œnyres ; mais sans doute il aura touIu secourir un q>primé et me défendre un peu, voyant que je ne me défendais pas moi-même.

Je passe ici mon temps assez bien avec quelques amis et quelques livres. Je les prends comme je les trouve , car si on était diflScile , on ne litait jamais , et on ne verrait personne. Il y a plaisir avec les livres , quand on n'en fait point , et avec des amis , tant qu'on n'a que faire d'eux, fai renoncé aux manuscrits. C'est une étude trop périlleuse. Ceux du Vatican s'en vont tout doucement en Allemagne et en Angleterre. Le pillage en fut commencé par le révérend père Altieri , bibliothécaire. Il les vendait cher, cent dix sotu le cent , comme Sganarelle ses fagots. Je crois qu'on les a maintenant à meilleur marché. Mais notez ceci , je vous en prie. Altieri vend les manuscrits dont il a la garde ; il est pris sur le fait ; on trouve cela fort bon; personne n'en dit mot; on lui donne un meilleur emploi. Moi je fais un pâté d'encre , tout le monde

(t) Lft lettre à M. Renouard.

crie baro! J'ai beau dépenser mon argent, tradoire , imprimer à mes firais na texte non^vean, je n'en sois pas moins pendable , et rien qu$ la mort n'est eapàbU , etc. Je TOUS embrasse. Mille respecta A Madame Clavier.

LETTRE

DE M. BOISSONNADB.

Paris, le 5 octobre i8to.

BioNfiiElTa, Totre beau» YOtre raie, votre excellent Tolmne m'est arriré il jr a pea de jours ; je ne sais combien de remerciements il faut yo^os faire pour ce cadeau inestimable; je yous en euYOie un million et encore ce n'est guère. Je n'ai lu encore que la préface très-élégante et les premières pages , et j'aurais attendu à yous en par- 1er que je fusse plus aYancé, s*il n'était de la plus haute importance que je yous instruise aYant tout de ce que j'ai appris hier.

La Gazette de France ayant annoncé YOtre découYerte il 7 a bien deux ou trois mois , M. Renouard ayant distribué une brochure que yous connaisses sans doute, M. Petit-Radel ayant traduit en Yers latins YOtre fragment, j'ai cru ne pouYoir me dispenser, en rendant compte du Longus de ce médecin, de parler de YOtre traduction, et d'en citer quelques passages. Hier, j'ai été moi-même chercher à son bureau un des chefs de la direction de la librairie qui s'était plusieurs fois présenté chez moi sans me trouYer; il m'a demandé de qui je

tenais l'exemplaire de votre Longus; je lui ai dit que c'é- 4. 23

tait de ?ous. — Par quelle yole? — Qtie je n'en savais rien. Et cela est vrai. Comme cet employé est un fort galant homme que je connais un peu, nous ayons causé assez long-temps de ce gui yops concerne. Il m'a dit que Renouard , d'après sa brochure , et M. Petit-Radel d'après sa traduction , avaient été questionnés comme moi d'après mon article; que vingt- sept exemplaires avaient été arrêtés â Florence; que des ordres avaient été envoyés à Rome pour saisir Iç gr^ç.

^^Ma Içttre arrivera-trelle â temps? Vos exemplaires son( ils en sûreté? Il me tarde d'ayoir de vos nouvelles.

A m. BOISSONNADE,

A PA&IS

Borné , le aa octobre 1810.

Grand meroi, Monsieur, de tos bons arâ; je suis enchanté que mon petit cadeau vous agréç* Je n'ai point, eu d*autre dessein que de plaire aux gens comme yous^ n est sAr que les manuscrits m'ont fourni des choses très-précieuaes; mais, i dire trai,. mon tratail n'est rien* Xauzais fait quelque chose i Paris avec des liyres et du temps; car il faut vous imaginer qu'on ne sou]^ çonne pas en Italie, qu'il ait rien paru depuis les Aides en matière de grec ou de critique. M. Furia bibliothécaire n'aurait jamais su sans moi qu'il y eàt d'autres éditions deLongus que celle de Jungermann; c'est ce que tous pouvez voir dans la préface de son Ésope. Voilà dans quelle misère il m'a fallu travailler; logé A l'auberge, notez encore ce point, et dans les transes d'un homme qui. voit les archers i ses trousses; car je savais i merveille, ce qui se tramait contre moi. Pensez à tout cela ^ et puij( ; querelles-moi sur les fautes d'impressioo ; je vous répon*.. drai comme Brunet : Tu veux de Farlhographe aoep unê^ miehaniê plums JPauherge !

Le visir de la librairie a en effet donné un ordre de saisir

toat mon grec , mais cet ordre n'a pas été exécuté. Je ne sais bonnement potUr^oi. Le fait est qu'on s'est contenté de prendre quelques informations , auxquelles j'ai répondu d'assez mauvaise humeur ; ma lettre a dû être envoyée i cette Excellence. Toutes ces chicanes m'ont déterminé à faire imprimer une complainte , diatribe ^ ou invective , comme il vous plaira l'appeler , en forme de lettre à M. Renouard. On trouve que dans cette broctiure ]e ne parle pas a^sez civilement des gens qui veulent me TalriB pendre, le vous Tai envoyée; mais il se pourrait qu'on eèt ditété U paquet à la poste.

Si tous 'revoyez ce -bon monsieur de la direction de la librairie, asBurez-Ie bien, je vous pne, que je n'ai point 'la Age de ifie faire imprimer] que le hasùrd,

StyjepenKi . Quelc[iied^ble aussi me poussant,

m^a lait traduire ce fragment;

Que cent fois |*ai maudit cette innocente enne ;

que' je fais un vœu bien sincère, et un ferme propos de né jamais rien écrire en quelque langue que ce soit pour lé public ; qu'enfin lui et son directeur, si j'échappe de huTê mamt ndoùtahhê , peuvent compter qu'ils n'entendront jamais parler de moi.

A m^\ LA PRINCESSE

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