‹ Œuvres complètesChapitre 4 sur 91 · UN CRUCIFIX · texte numérisé non relu

UN CRUCIFIX

A GKRMAIN NOUVEAU

Église Saint-Géry, Arras.

Au bout d'un bas-côté de l'église gothique, Contre le mur qui vient baiser le jour mystique D'un long vitrail d'azur et d'or finement roux, Le Crucifix se dresse, ineffablement doux, Sur sa croix peinte en vert aux arêtes dorées, Et la gloire d'or sombre en langues échancrées Flue autour de la tête et les bras étendus, Tels quatre vols de fiammes en un seul confondus. La statue est en bois, de grandeur naturelle, Légèrement teintée, et l'on croirait sur elle Voir s'arrêter la vie à l'instant qu'on la voit. Merveille d'art pieux, celui qui la fit doit N'avoir fait qu'elle et s'être éteint dans la victoire D'être un bon ouvrier trois fois sûr de sa gloire. « Voilà l'homme I » Robuste et délicat pourtant. C'est bien le corps qu'il faut pour avoir souffert tant.

Et c'est bien la poitrine où bat le Cœur immense :

Par les lèvres le souffle expirant dit, « Clémence »

Tant l'artiste les a disjointes saintement,

Elles bras grands ouverts prouvent le Dieu clément;

La couronne d'épine est énorme et cruelle

Sur le front inclinant sa pdleur fraternelle

Vers l'ignorance humaine et l'orreur du pécheur,

Tandis que, pour noyer le scrupule empêcheur

D'aimer et d'espérer comme la Foi l'enseigne,

Les pieds saignent, les mains saignent, le côté saigne;

On sent qu'il s'offre au Père en toute charité.

Ce vrai Christ catholique éperdu de bonté,

Pour spécialement sauver vos âmes tristes,

Pharisiens naïfs, sincères jansénistes!

— Un ami qui passait, bon peintre et bon chrétien

Et bon poète aussi, — les trois s'accordent bien, —

Vit cette œuvre sublime et fit une copie

Exquise, et surprenant mon regard qui l'épie,

Très gracieusement chez moi vint l'oublier.

Et j'ai rimé ces vers pour le remercier. —

Août 1880.

BALLADE

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