‹ Œuvres complètesChapitre 68 sur 91 · XVI II · texte numérisé non relu

XVI II

Si tu le veux bien, divine Ignorante, Je ferai celui qui ne sait plus rien Que te caresser d'une main errante.

En le geste expert du pire vaurien,

Si tu le veux bien, divine Ignorante.

Soyons scandaleux sans plus nous gêner Qu'un cerf et sa biche es bois authentiques. La honte, envoyons-la se promener.

Même exagérons et, sinon cyniques,

Soyons scandaleux sans plus nous gêner.

Surtout ne parlons pas littérature.

Au diable lecteurs, auteurs, éditeurs Surtout! Livrons-nous à notre nature Dans l'oubli charmant de toutes pudeurs,

Et, ô ! ne parlons pas littérature !

Jouir et dormir, ce sera, veux-tu?

Notre fonction première et dernière, Notre seule et notre double vertu, Conscience unique, unique lumière.

Jouir et dormir, m amante, veux-tu î

Ton rire éclaire mon vieux cœur Comme une lanterne une cave Où mûrirait tel cru vainqueur :

Aï, Beaune, Sauterne, Grave.

Ton rire éclaire mon vieux cœur.

Ta voix claironne dans mon âme :

Tel un signal d'aller au feu...

... De tes yeux en effet tout flamme On y va, sacré nom de Dieu !

Ta voix claironne dans mon âme.

Ta manière, ton menco, Ton cbic, ton galbe, ton que sais-je, Me disent : « Viens ça» Prodeo.

(0 ces souvenirs de collège !)

Ta manière ! ton meneo !

~Ta gorge, tes hanches, ton geste, Et le reste, odeur et fraîcheur Et chaleur m'insinuent: reste ! Si j'y reste, en ton lit mangeur !

Ta gorge, tes hanches ! ton geste !

Ta crois au marc de café,

Aux pr<5sages, aux grands jeux :

Moi je ne ciois qu'en les grands yeux.

Tu crois aux contes de fées, Aux jours néfastes, aux songes.

Moi je ne crois qu'en tes mensonges.

Tu crois en un vague Dieu En quelque saint spécial, En tel Ave contre tel mal.

Je ne crois qu'aux heures bleues

Et rose que tu m'épanches

Dans la volupté des nuits blanches I

Et si profonde est ma foi Envers tout ce que je croi Que je ne vis plus que pour toi.

Lorsque tu cherches tes puces,

C*est très rigolo.

Que de ruses, que d'astuces 1

J'aime ce tableau.

C'est, alliciant en diable

Et mon cœur en bat D'un battement préalable

A quelque autre ébat

Sous la chemise tendue

Au large, à deux mains Tes yeux scrutent l'étendue

Entre tes durs seins.

Toujours tu reviens bredouille,

D'ailleurs, de ce jeu.

N'importe, il me trouble et brouille,

Ton sport, et pas peu !

CHANSONS POUn ILLI 339

Lasse-toi d'ôtre déraite

Aussi sottement, Viens payer une autre fôle

A ton corps charmant Qu'une chasse infructueuse

Par monts et par vaux.

Tu seras victorieuse...

Si je uc prévaux l

J'ai rêvé de toi cette nuit :

Tu te pâmais en mille poses

Et roucoulais des tas de choses...

Et moi, comme on savoure un fruit,

Je te baisais à bouche pleine

Un peu partout, mont, val ou plaine.

J'étais d'une élasticité,

D'un ressort vraiment admirable :

Tudieu, quelle haleine et quel rabhi I

Et toi, chère, de ton côté,

Quel rable, quelle haleine, quelle

Elasticité de gazelle...

Au réveil ce fut, dans tes bras, Mais plus aiguë et plus parfaite, Exactement la même fèleJ

Je n ai pas de chance en femme, El, depuis mon âge d'homme,

Je ne suis tombé guère, en somme.

Que sur des criardes infâmes.

C'est vrai que je suis criard Moi-même et d'un révoltant Caractère tout autant, Peut-être plus par hasard.

Mes femmes furent légères, Toi-même tu l'es un peu, Cet épouvantable aveu Soit dit entre nous, ma chère.

C'est vrai que je fus coureur.

Peut-être le suis-je encore :

Cet aveu me déshonore.

Parfois je me fais horreur.

342 CHANso^'s pour elle

Baste : restons tout de même Amants fervents, puisqu'en somme

Toi, bonne fille et moi, brave homme, Tu m'aimes, dis, et que je t'aime.

Bien qu'elle soit ta meilleure amie, C'est farce ce que nous la trompons Jusques à l'excès, sans penser mie A elle, tant nos instants sont bons,

Nos instants sont bons!

Je fais des comparaisons, de môme Toi cocufiant Ion autre amant, Et je dois dire que ton système Pour le cocufier est charmant.

Ton us est charmant I

Mon plaisir est d'autant plus coupable (Et plus exquis, grûce à ton concours) Qu'elle se montre aussi très capable Et fort experte aux choses d'amours.

Mais sans ton concours ?

344 CHANSONS POUR ELLK

Trompons-Ia bien, car elle nous trompe Peut-être aussi, tant on est coquins Et qu'il n'est de pacte qu'on ne rompe. Trompons-/cs bien. Nuls remords mesquins!

Soyons bien coquins 1

Je fus mystique et je ne le suis plus (I.a femme m'aura repris tout entier), Non sans garder des respects absolus Pour l'idéal qu'il fallut renier.

Mais la femme m'a repris tout entier!

J'allais priant le Dieu de mon enfance (Aujourd'hui c'est toi qui m'as à genoux), J'étais plein de foi, de blanche espérance. De charité sainte aux purs feux si doux.

Mais aujourd'hui tu m'as à tes genoux !

La femme, par toi, redevient le maître, Un maître tout-puissant et tyrannique, Mais qu'insidieux! feignant de tout permettre Pour en arriver à tel but satanique...

0 le temps béni quand J'étais ce mystique I

Page 1