‹ Œuvres complètesChapitre 67 sur 91 · BALLADE SAPPHO · texte numérisé non relu

BALLADE SAPPHO

Ma douoî main de maîtresse et d'amant Passe et rit sur ta chère chair en fête, Rit et jouit de ton jouissement.

Pour la servir tu sais bien qu'elle est faite, Etton beau corps faut que je le dévête Pour l'enivrer sans fin d'un art nouveau Toujours dans la caresse toujours poète. Je suis pareil à la grande Sappho.

Laisse ma tête errant et s'abîmant

A l'aventure, un peu farouche, en quête

D'ombre et d'odeur et d'un travail charmant

Vers les saveurs de ta gloire secrète.

Laisse rôder l'ûme de ton poète

Partout par là, champ ou bois, mont ou vau,

Comme lu veux et si je le souhaite.

Je suis pareil à la grande Sappho.

rAnALLlLBMBNT 209

Jo presse alors tout ton corps goulûment, Toulo ta chair contre mon corps d'alhlète Qui se bande et s'amollit par moment, Heureux du triomphe ot de la dtîfaite En ce conflit du cœur et de la tûte.

Pour la stérile étreinte où le cerveau Vient faire enfin la nature complète.

Je suis pareil à la grande Sappho.

ENVOI

Prince ou princesse, honnête ou malhonnête, Qui qu'en grogne, quel que soit son niveau. Trop su poète ou divin proxénète, Je suis pareil à la grande Sappho.

Tu n'es pas du teut vertueuse, Je ne suis pas du tout jaloux 1 C'est de se la couler heureuse Encor le moyen le plus doux.

Vive l'arnour et vivent nous !

Tu possèdes et tu pratiques Les tours les plus intelligents Et les trucs les plus authentiques A l'usage des braves gens,

Et tu m'as quels soins indulgents!

D'aucuns clabaudent, sur ton âge Qui n'est plus seize ans ni vingt ans. Mais ô ton opulent corsage, Tes yeux riants, comme chantants,

Et t tes baisers épatants 1

304 CUANSONS POUR ELLB

Sois-moi fidèle si possible Et surtout si cela te plaît, Mais reste souvent accessible A mon désir, humble valet

Content d'un « viens ! » ou d'un soufflet.

« Hein? passé le temps des prouesses 1 » Me disent les sots d'alentour.

Ça, non, car grâce à tes caresses C'est encor, c'est toujours mon tour.

Vivent nous et vive l'amour !

Compagne savoureuse et bonne

A qui j'ai confié le soin

Définitif de ma personne,

Toi mon dernier, mon seul témoin»

Viens çà, chère, que je te baise,

Que je t'embrasse long et fort,

Mon cœur près de ton cœur bat d'aise

Et d'amour pour jusqu'à la mort:

Aime-moi,

Car, sans toi.

Rien ne puis.

Rien ne suis.

Je vais gueux comme un rat d'église, Et toi tu n'as que tes dix doigts ; La table n'est pas souvent mise Dans nos sous-sols et sous nos toits;

Mais jamais notre lit ne chôme,

Toujours joyeux, toujours fêté,

Et j'y suis le roi du royaume '

De ta gaîté, de ta santé 1

Aime-moi,

Car, sans toi,

Rien ne puis.

Rien ne suis.

Après nos nuits d'amour robuste, Je sors de tes bras mieux trempé, Ta riche caresse est la juste Sans rien de ma chair de trompé, Ton amour répand la vaillance Dans tout mon être, comme un vin, Et, seule, tu sais la science De me gonfler un cœur divin.

Aime-moi,

Car, sans toi,

Rien ne puis,

Rien ne suis.

Qu'importe ton passé, ma belle, Et qu'importe, parbleu ! le miea :

Je t'aime d'un amour Adèle Et tu ne m'as fait que du bien.

CHANSONS POUR KLLB 307

Unissons dans nos deux misères Lo pardon qu'on nous refusait, Et jo t'étreins et tu me serres Et zut au monde qui jasait!

Aime-moi

Car, sans toi,

Rien ne puis,

Rien ne suis.

Voulant te fuir (fuir ses amours I

Mais un poète est bête), J'ai pris, l'un de ces derniers jours,

La poudre d'escampette.

Qui fut penaud, qui fut nigaud

Dès après un quart d'heure?

Et je revins en mendigot

Qui supplie et qui pleure.

Tu pardonnas : mais pas longtemps

Depuis la fois première Je filais, pareil aux autans,

Comme la fois dernière.

Tu me cherchas, me dénichas;

Courte et bonne, l'enquête!

Qui fut content du doux pourchas?

Moi donc, ta grosse bête I

Puisque nous voici réunis,

Dis, sans ruse et sans feinte, Ne nous cherchons plus d'autres nids

Que ma, que ton étreinte.

Malgré mon caractère afTreux,

Malgré ton caractère A/Treux, restons toujours heureux :

Fois première et dernière.

Or, malgré ta cruauté Affectée, et l'air très faux De sale méchanceté Dont, bête, tu te prévaux

J'aime ta lasciveté !

Et quoiqu'en dépit de tout Le trop factice dégoût Que me dicte ton souris Qui m'est, à mes dams et coût.

Rouge aux crocs blancs de souris I

Je t'aime comme l'on croit, Et mon désir fou qui croît, Tel un champignon des prés, S'érige ainsi que le Doigt

D'un Terme là tout exprès.

CHANSONS POUK RLLf ^\i

Donc, malgré ma cruauté Affectée, et l'air très faux De pire méchanceté, Dont, bôle, je me prévaux.

Aime ma simplicité.

Zon, flûte et bcust.

Zon, violon,

(BiRAHOER.)

Jusques aux pervers nonchaloirs

De ces yeux noirs, Jusques, depuis ces flemmes blanches

De larges hanches Et d'un ventre et de beaux seins

Aux fiers dessins,

Tout pervertit, tout convertit tous mes desseins

Jusques à votre menterie,

Bouche fleurie, Jusques aux pièges mal tendus

Tant attendus, De tant d'appas, de tant de charmes.

De tant d'alarmes,

Tout pervertit, tout avertit mes tristes larmes,

ODANSONS POUR RLLR 313

Et, chère, ah! dis : FliUcs et zons

A mes chansons Qui vont hrilmant, toi s des cerfs prestes

Aux gcsics lestes, Ahl dis donc, Ch&re : Flûte et zonl

A ma chanson,

£t si je fais Vù.ae, eh bien, donne-moi du sont

La saison qui s'avance Nous baille la défense D'user des us d'été, Le frisson de l'automne Déjà nous pelotonne Dans le lit mieux fêté.

Fi de l'été morose,

Toujours la même chose î

M J'ai chaud, t'as chaud, dormons! »

Dormir au lieu de vivre

S'ennuyer comme un livre...

Voici l'automne, aimons!

L'un dans l'autre, à notre aise, Soyons pires que braise Puisque s'en vient l'hiver, Tous les deux, corps et dme, Soyons pires que llamme, Soyons pires que chair I

Je suis plus pauvre que jamais

Et que personne ; Mais j'ai ton cou gras, tes bras frais.

Ta façon bonne De faire l'amour, et le tour

Leste et frivole, Et la caresse, nuit et jour,

De ta parole.

Je suis riche de tes beaux yeux.

De ta poitrine, Nid follement voluptueux,

Couche ivoirine Où mon désir, las d'autre part.

Se ravigore Et pour d'autres ébats repart

Plus brave encore...

Sans doute tu ne m'aimes pas

Comme je t'aime, Je sais combien tu me trompes

Jusqu'à l'extrême.

Que me fait, puisque je ne vis

Qu'en ton essence, Et que tu tiens mes sens ravis

Sous ta puissance?

Que ton âme soit blanche ou noire, Que fait? Ta peau de jeune ivoire Est rose et blanche et jaune un peu.

Elle sent bon, ta chair, perverse Ou non, que fait? puisqu'elle berce La mienne de chair, nom de Dieul

Elle la berce, ma chair folle.

Ta folle de chair, ma parole

La plus sacrée ! — et que donc bien l

Et la mienne, grdce à la tienne,

Quelque réserve qui la tienne.

Elle s'en donne, nom d'un chien 1

Quant à nos âmes, dis, Madame, Tu sais, mon âme et puis ton âme.

Nous en moquons-nous? Que non pasl Seulement nous sommes au monde.

Ici-bas, sur la terre ronde, £t Dor au ciel, mais ici-bas.

Or, ici-bas, faut qu'on profite Du plaisir qui passe si vite Et du bonheur de se pâmer, Aimons, ma petite méchante, Telle l'eau va, tel l'oiseau chante, Et tels, nous ne devons qu'aimer.

Tu m'as frappé, c'est ridicule, Je l'ai battue et c'est affreux :

Je m'en repens et tu m'en veux.

C'est bien, c'est selon la formule.

Je n'avais qu'à me tenir coi Sous l'aimable averse des gifles De ta main experte en mornifles, Sans même demander pourquoi.

Et toi, ton droit, ton devoir même»

Au risque de t'exténuer.

Il serait de continuer

De façon extrême et suprême...

Seulement, ô ne m'en veux plus.

Encore que ce fût un crime De t'avoir faite ma victime...

Dis, plus de refus absolus,

Bats-moi, petite, comme plâtre, Mais ensuite viens me baiser, Pas? quel besoin d'éterniser Une querelle trop folâtre.

Pour se brouiller plus d'un instant, Le temps de nous faire une moue Qu'éteint un bécot sur la joue, Puis sur la bouche en attendant

Mieux encor, n'est-ce pas, gamine?

Promets-le-moi sans biaiser.

C'est convenu? Oui? Puis-je oser?

Allons, plus de ta grise mine !

L'horrible nuit d'insomnie I — Sans la présence bénie De ton cher corps près de moi.

Sans ta bouche tant baisée Encore que trop rusée En toute mauvaise foi,

Sans ta bouche tout mensonge, Mais si franche quand j'y songe, Et qui sait me consoler Sous l'aspect et sous l'espèce D'une fraise — et, bonne pièce ! — D'un très plausible parler,

Et surtout sans le pentdcle De tes sens et le miracle Multiple est un, lleur et fruit, De tes durs yeux de sorcière, Durs et doux ù ta manière...

Vrai Dieu ! la terrible nuitl

Vrai, nous avons trop d'esprit.

Chérie !

Je crois que mal nous en prit,

Chérie !

D'ainsi lutter corps à corps

Encore !

Sans repos et sans remords

Encore l

Plus, n'est-ce pas? de ces lutte»

Sans but, Plus de ces mauvaises flûtes.

Ce luth, 0 ce luth de bien se faire

Tel air, Toujours vibrant, chanson hère Dans l'air l

CHANSONS POUR BLLI C23

Et n'ayons plus d'esprit,

T'en prie!

Tu vois que mal nous en prit...

T'en prie.

Soyons bons tout bôlcmcnt,

Charmante, Aimons-nous aimablement

M'amante !

Tu bois, c'est hideux! presque autant que moi. Je bois, c'est honteux, presque plus que toi, Ce n'est plus ce qu'on appelle une vie... Ah! la femme, fol, fol est qui s'y fie !

Les hommes, bravo ! c'est fler et soumis,

On peut s'y fier, voilà des amis !

Nous buvons, mais, vous mesdames, l'ivresse

Vous va moins qu'à nous, — te change en tigresse.

Moi tout au plus en un simple cochon ; Quelque idéal sot dans mon cabochon, Quelque bêtise en sus, quelque sottise En outre, — mais toi, la fainéantise,

La méchanceté, l'obstination, Un peu le vice et beaucoup l'option.

Pour être plus folle, sur ma parole I Que ma folie à moi déjà si folle.

0HAN80N8 POUA BLLI 32S

Ces réilcxions mo coûtent beaucoup, Mais ce soir jo suis d'une liumcur do loup. Kxcusc, si mon discours va si rogue, Mais ce soir je suis d'une humeur de dogue.

Hah ! buvons pas trop (s'il nous est possible), Ma bouche est un trou, la tienne est un crible. Dieu sp'ira bien reconnaître les siens.

Morale : surtout baisons-nous — et viens I

Es-tu brune ou blonde ?

Sont-ils noirs ou bleus, Tes yeux?

Je n'en sais rien, mais j'aime leur clarté profonde, Mais j'adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure?

Est-il sensible ou moqueur, Ton cœur?

Je n'en sais rien, mais je rends grâce à la nature D'avoir fait de ton cœur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infidèle?

Qu'est-ce que ça fait.

Au fait ?

Puisque, toujours disposé à couronner mon zèle Ta beauté sert d^. gage à mon plus cher souhait.

Je ne t'aime pas en toilette

Et je déteste la voilette

Qui t'obscurcit tes yeux, mes cieux.

Et j'abomine la « tournure »

Parodie et caricature,

De tels tiens appas somptueux.

Je suis hostile à toute robe

Qui plus ou moins cache et dérobe

Ces charmes, au fond les meilleurs :

Ta gorge, mon plus cher délice,

Tes épaules et la malice

De tes mollets ensorceleurs.

Fi d'une femme trop bien mise!

Je te veux, ma belle, en chemise, — Voile aimable, obstacle badin, Nappe d'autel pour l'aime messe.

Drapeau mignard vaincu sans cesse Matin et soir, soir et matin.

Chemise de femme, armure ad hoc Pour les chers combats et le gai choc, Avec, si frais et que blancs et gras, Sortant tout nus, joyeux, les deux bras,

Vêtement suprême, De mode toujours, C'est toi seul que j'aime De tous ses atours.

Quand Elle s'en vient devers le lit, L'orgueil des beaux seins cambrés emplit Et bombe le linge tout parfumé Du seul vrai parfum, son corps pâmé.

Vêtement suprême, De mode toujours, C'est toi seul que j'aime De tous ses atours.

0UAN80NI POUR RLLI 3S9

Quand oUo entre dans lo Ht, c'est mieux Encor : sous ma main lo précieux Trésor do sa rroupo HH'mit dans Los plis do balisto redondants.

Vùtoment supnhnn, De modo toujours, C'est toi seul que j'aime De tous ses atours.

Mais lorsqu'elle a pris place à côté De moi, l'humble serf de sa beauté, Il est divin et mieux mon bonheur A bousculer le linge et l'honneurl

Vêtement suprôme.

De mode toujours.

C'est loi seul que j'aime De tous ses atours.

L'été ne fut pas adorable

Après cet hiver infernal,

Et quel printemps défavorable l

Et l'automne commence mal,

Bah ! nous nous réchaufTùmes En mêlant nos deux âmes.

La pauvreté, notre compagne Dont nous nous serions bien passés, Vainement menait la campagne Durant tous ces longs mois glact's...

Nous incaguions l'intruse,

Son astuce et sa ruse.

Et riches, de baisers sans nombre, — La seule opulence, crois-moi, — Que nous fait que le temps soit sombre S'il fait soleil en moi, chez toi.

Et que le plaisir rie

A notre gueuserie?

Je ne suis plus de ces esprits philosophiques, Et ce n'est pas de morale que tu te piques Deux admirables conditions pour Tamour Tel que nous l'entendrons, c'est-à-dire sans tour Aucun de bête convenance ou de limites, Mais chaud, rieur — et zut à tous us hypocrites I

Aimons gaîment Et franchement.

J'ai reconnu que la vertu, quand s'agit d'Elles,

Est duperie et que la plupart d'elles ont

Raison de s'en passer, nous prenant pour modèles :

Si bien qu'il est très bien de faire comme font

Les bonnes bêtes de la terre et les célestes.

N'est-ce pas ? prompts moineaux, n'est-ce pas, les cerfs prestes.

Aimons bien fort Jusqu'à la mort.

333 CHANSONS pour elle

Pratique mon bon conseil et reste amusante.

S'il se peut, sois-le plus encore et représente

Toi bien que c'est ta loi d'être pour nous charmer

Et la fleur n'est pas plus faite pour se fermer

Que vos cœurs et vos sens, ô nos belles amies...

Tête en l'air, sens au clair, vos « pudeurs » endormies,

Aimons dûment Et verdement

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