DISCOURS PREMIER
»E l.k MISSION DES PASTEmS EN l'ÉGLISE, SUR l'article 31 DE LA CONFESSION DE FOI, IM- PRIMÉE A GENÈVE.
I. L'JCylise qui s'appelle reformée était incnnuiie il y a cent ans. — II. .4»/ contraire, l'Eglise catholi'/ue, apastolit/uc et romaine était visible et parlante. Et les hérétiques ont tort de délaisser celle qui les a fait Chrétiens. — III. Comme l'Eglise était occupée à amplifier l'état du Fils de Dieu et lui ac-
?Hérir de nouveaux mondes, les hérétiques ont obligée de divertir ses forces destinées à ces conquêtes étrangères , pour les convertir à sa propre défense contre leurs attentats. Les factions de l'Etat s'élant alliées au schisme de l'Eglise par un illicite accouplement, ont enfanté le monstre qui s'appelle hérésie, quoiqu'on essaie de le qualifier réfjrmation. L'hérésie commence par le glaive. — IV. Naissance de l'hérésie peu répondante à l'Eglise, à la grâce et au christianisme. — V. Le premier artifice des tninistres en la vue de tant de marques de condamnation qui pourraient aisément frapper les esprits des leurs, est de les étonner, criant contre nous idolâtrie. C'est la seule église catholique apostolique et romaine qui a banni l'idolâtrie. — VI. Le second artifice des ministres envers les leurs est de /es arrêter, criant abus et réformation. Les propositions impies que l'hérésie de ce siècle a mis en avant montrent assez combien elle est éloignée de réformation. — VU. Leur troisième artifice est de /es occuper de la lecture de plusieurs petits livres, et ainsi étouffer la syndérèscqui leur poinct le cœur. Raison qui ont mu l'auteur à adresser ces trois discours à MM. de la religion. L'auteur fait état de joindre en cet oeuvre à l'autorité de la foi, les raisons du conseil de Dieu que la piété nous découvre en la contemplation de nos mystères. Il conjoint aussi rautorité d>' l'Ecriture et celle de l'Eglise comme étant inséparables. — VllI. Conséquences importantes à l'honneur de l'Eglise
et à la confusion de l'hérésie, qui suivent les choses susdites. — IX. L'auteur entre dans la question proposée de la mission des pasteurs, et remarque la fuite du sieur du Moulin et la faiblesse de tous les ministres en la défense de cet article 31 qui contient le fondement de leur Eglise et le sujp.t de tous leurs exercices. — X. Du Moulin sommé de rendre raisoji de sa vocation, fuit et allègue : Que quiconque se môle de tlemanderà autrui raison (Je sa vocation, s'oblige à rendre premièrement raison de la sienne, ce que l'auteur montre être faux. XI. Du Moulin veut faire croire que nous sommes empêchés à justifier notre mission, ce que l'auteur prouve être très-faux. Les hérétiques étant sommés de justifier leur mission, sont obligés, ou de faire miracle, ou de se reconnaître affronteurs, ou de mendier le secours de la nôtre. Le point de la mission est fondamental au jugement même des hérétiques. — XII. Le moyen employé par le sieur du Moulin pour montrer que nous n'avons point de mission pèche contre les lois de logique, et ou fait contre lui-même, ou contient une fuite manifeste. — XIII. Pour justifier notre missioji, nous ne sommes point obligés de montrer l'institution des prêtres. Et pour montrer l'institution des prêtres, il n'est point nécessaire de la montrerai la sainte Ecriture, combien que cela se pusse aisément. Autorité des traditions. Les traditions font partie de la parole de Dieu. — XIV. Les traditions sont prouvées par le témoignage des Pères des quatre premiers siècles. — X\'. // est prouvé par l'Ecriture qu'il y a dans l'état du Nouveau-Testament des évéques et des prêtres et sacrificateurs. Le même est prouvé par les Pères. — XN'I. C'est à tort que les hérétiques supposent dans la Bible le nom d'ancien ci celui de prêtre. Et faut qu'ils montrent le pouvoir qu'ils ont d'interpréter et manier les saintes Ecritures. — XVII. L'article 31 de leur nouvelle confession de foi, est épluché par le menu, spécialement en ce qu'ils se disent être : Gens suscités d'une ♦'■''con exlraor-
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dinaire pour dresser l'Eglise de nouveau. — X\'III. Ces gens suscites de Dieu, ainsi qu'ils disent, d'une façon extraordinaire, sont contredits par ceux-là même qui les publient tels, et les uns condamnent les autres. — XIX. Cette Eglise dressée de nouveau, ne peut être celle gue Jésus-Christ a édifiée. Ces nouvelles Eglises sont contraires les wne.ç aux autres, et tant leur nouveauté que leur contrariété mutuelle, les condamne. Et oblige à chercher dans l'Eglise de Jésus-Christ, de laquelle l'auteur représente les marques sommairement. — W. Il appirt par les saintes lettres, gue l'état de l'Eglise a commencé par 7nission, gui a son origine de celle gue Jésus-Christ a reçue du Père éternel. Il appartient à Bien seul d'envoyer sans être envoyé. Les hérétiques sont dans la malédiction de Coré. — XXI. La mission des pasteurs en l'Eglise est prouvée par C Ecriture et par les Pères. — XXII. Comme en la nature tous les hommes tirent leur être d'Àdani par la succession des générations, ainsi en la grâce tous les fidèles descendent de Jésus-Christ par les apôtres et leurs successeurs. — XXIII. Ce que les hérétiques ont accoutumé de répondre à ces moyens si pressants,est rapporté et réfuté. — XXIV.Z.a iiiissiondes pasteurs en l'Eglise va imitant et adorant les processions éternelles. Lesanges adorant ne font ricnen terre queparlamission, ni le Fils de Dieu aussi. — XXV, le Fils de Dieu est tellement envoyé du Père, que nul n'est envoyé que par lui, non j)as même le Saint-Esprit, et les apôtres sont tellement envoyés de Jésus-Christ, que nul n'est envoyé que par eux et pur ceux qui représentent leur autorité. Combien que la vocation de saint Paul fut extraordinaire, il a néanmoins passé par l'itnposition des mains de l'Eglise. — XX^'I. L'auteur infère de ce gue dessus, la nullité de la prétendue mission des hérétiques, gui ne se peut aucunement résoudre ni référer par le regret de la succession, en celle de Jésus- Christ et de ses apôtres. — XXVII. // déduit les principales fortctions de l'Eglise, et montre gu'aucune ne peut être attentée sans sacrilège, ui usurpée sans autorité. Où il n'y a point de mission, il n'y a personne qui puisse parler de la part de Dieu, et par conséquent il n'y a point de foi, ni d'invocation, ni de salut. Rien ne peut rejoindre l'homme à son Dieu, sinon ce qui procède de Dieu, ou originairement comme le Fils et le Saint-Esprit, ou gratuitement comme tout ce qui se voit en l'ordre de la nature et de la grâce. — XXVI II. Conclusion de tout le discours pour la nécessité absolue de la mission des pasteurs de l'Eglise.
I. Messieurs, il y a environ quatre-vingts ans que l'Eglise *^dans laquelle vous vivez n'était point au monde, que les souverains de la chrétienté n'en connaissaient ni les agents, ni les asseoiblées, ni les svnodes, que la terre n'avait point encore oui sa voix
CARDINAL DE BERLLLE.
et ne savait en quelle langue elle parlait ou j)riait, et que le ciel, ouvert il va plus de seize cents ans, n'avait point encore reçu les prémices de ses labeurs ni donné de couronnes à ses combats. En tous ces siècles précédents, votre Etat était sans peuple, sans ministres et sans noblesse, votre parti sans armée, sans finances et sans villes d'otage ; votre république sans sujets, sans officiers et sans ordonnances ; votre lui sans temple, sans prêche et sans aucun formulaire de son service ; votre troupeau sans bergerie, sans ouailles et sans [)asteurs, et votre foi sans martyrs, et sans confesseurs, et sans tidèles. Lors nul ne chantait de vous,
Pelit troupeau qui en t.i petitesse Vas surmontant l!u monde la haulesse.
mêmes les histoires de toutes les nations du monde, les annales du peuple de Dieu, les chronologies dressées par les vôtres et tous les monuments que l'art et la nature ont jamais érigés à la postérité et consacré à la mémoire des choses passées, ne nous rapportent aucune trace ou vestige de votre Eglise en l'état de tous les siècles qui nous ont précédé. Nous y voyons l'origine de tous les peuples, de tous les Etats, de toutes les lois, de toutes les sectes, de tous lesarts, jusqu'aux plus peiiteschoses , etnous ne voyons aucune marque que cette nouvelle Eglise qui doit instruire et sauver le monde, ait jamais été au monde. Nous ne voyons aucun témoignage que sa lumière ait jaiîiais paru en Tunivers, ni que sa piété ait jamais adoré Dieu en la terre, que sa foi et son zèle ait reconnu le Christ et invoqué son nom avant nos jours, ni que sa voix ait en aucun lieu annoncé l'Evangile, tant cette Eglise, Messieurs, est visible en sa naissance, en sa rébellion et en sa nouveauté, et invisible en son autorité, en sa foi et en son antiquité.
II. Au contraire l'Eglise catholique, apostolique et romaine que vous combattez, prenant sa source el origine des apôtres envoyés par tout le monde, se trouvait aussi visiblement étendue en unité de foi partons les lieux de la terre, son nom était connu et révéré en tous les coins de l'univers, sa })iété adorait en tout lieu le vrai Dieu en esprit et vérité, son zèle et sa voix publiaient partout le Sauveur et son Evangile, et son étal plus illustre et visible que le soleil, était dignement orné de la sa[)ience et lumière de tant de prélats et docteurs, et hautement relevé des triora[)hes et couronnes de tant de vierges et martyrs dont lésâmes régnent au ciel (le[)uis |)lusieurs siècles, et les noius, les vertus, les labeurs fleurissent encore sur la terre. Que faites-vous. Messieurs? vous délaissez cette Eglisequi a fait le monde chrétien, el sans laquelle vous ne seriez pas Chrétiens vous-mêmes; vour attentez sur le royaume duEils de Dieu, vous troublezson état, vous démentez sa parole et vous ruinez son chef-d'œuvre en la terre.
C'est Jésus même qui a bâti cette Eglise; elle n'ci^l |)as l'œuvre, ni d'un homme, ni
OI.LVUKS l)K CONTHOVKUSK. - DISC. I. MISSION DKS PASTF.l RS.
CM
d'un anm», mois d'un Hoiiime-Diini. Il l'n (louée (l(î force, ni^iue cniilre les enfers; il lui a promis durée contre la Ivrnnnie des siùelcs, il n mis ses npAlres d/uis icelle, il lui a donné son esprit et sn parole, et vous fuyez sa conduite et sa lumiùre, et toutefois elle est <el n>»lre qui éclaire le monde en l'ahsence de son soleil. Ouvrez les livres sacrés, vous verrez (|ue sitôt <pR' le Sauveur s'est retiré de la leire, son M^lise y parait, et h l'heure même iju'il est allé au ciel, «die s'asseu)l)le en la monlaj^ne do Sion. Là celle troupe visil)le et vénéralile reçoit les dons visiltlesdu Saint-Kspril, et comme destinée à choses plus grandes et aw'nit un plus puissant médiateur cpie n'était [las Moise, elle reçoit non \i\ loi, mais l'auteur de la loi, c'est-à-dire le Saint-lvsprit (jui fait la loi et les Kcritures. Kt, ce «pii est à observer, elle reçoit en sn naissance le Saint-Ksprit en forme de langue, pour parler de son Sauveur aussitôt (ju'ellc est née, porter son nom partout, et le publier en toutes langues. Kl le en a reçu le commandement en Olivet, la puissance en Sion, elle l'accomplit en Jérusalem, en la Judée, en tout l'univers. Ses jias de ville en ville, do province en province, de royaume en royaume, sont marqués dans nos livres et les vôtres. File va partout, partout elle se fait connaître et entendre. Dès sa naissance elle est visible et parlante. Elle n'est jamais muette et invisible. Sa parole, ses miracles, ses soulfrances, la font voir et admirer par tout le monde, et le monde n'a point un plus digne sujet de ses histoires.
Ainsi elle part de Sion, selon les Ecritures, et elle s'est répandue en l'univers selon les mômes Ecritures. Elle a parlé à la terre le langage du ciel. Elle a fait connaître au monde celui qui a fait le monde. Elle a réduit les savants h la sim[)licilé, les oralcnrs au silence, les monarques à l'obéissance, et les bourreaux à l'impuissance. Les tourments ont manqué à sa constance, et sa puissance céleste a rendu tout esprit captif, et assujetti au service de la foi qu'elle annonce, ne laissant aucune terre connue, oii elle ne lit connaître et adorer celui qui a opéré le salut de la terre. Môme la bonté divine en nos jours, ayant ouvert les mers et les terres inconnues à la puissance et charité de cette Eglise, elle commençait à poindre comme l'aurore en ces nouveaux mondes, et à jeter les rayons de sa lumière en ce nouvel hémisphère, sans s'obscurcir au nOtre, comme plus lumineuse que le soleil, qui ne peut éclairer sans s'écli|)ser à nos yeux, ni faire jour dans cette contrée qu'en faisant nuit dedans la nôtre, ni couvrir ces peuples qm sont sous nos pieds, de sa lumière, qu'en couvrant nos tôles de son ombre et de ses ténèbres. Car aussi celle Eglise est un soleil si puissant et si élevé, qu'il ne fait et ne reçoit point d'ombres.
m. Mais comme elle était en cet étal heureux, et en ces hautes pensées, dignes et de ses triomiihes et de la gloire de son Sau-
vcur; connue elle ordonnait de nouvelles compagnies pour renlor» er le corps de son armée «Ml si glorieuses «onquôles ; comme elle envoyait do nouveaux ouvriers défricher ces nouvelles campagnes; comme elle les employait h jeter la sememe «le l'Evangile en CCS terres neuves, et à labourer ces «œurs et ces esprits tous couverts des ronces «lu paganisme; et «;omme elle trem|>ail encore dans les sueurs et le sang qu'elle versait pf)ur la gloire de Jésus-t'hiisi, qu'elle allait annonçant h ces barbares : «:et orage s'est élevé en notre hémisphère depuis 80 ans; et vous avez. Messieurs, troublé la paix et la tranquillité de l'Eglise; vous avez tonné en la sérénité de son beau lemps, pour ilélrir les lauriers de ses victoires ! Nous l'avez obligée de divertir ses forces, divstinées h ces conquêtes étrangères, [>our les « onvertir à sa profirc défense contre vos attentats et vos guerres civiles, ou plutôt criminelles 1 Vous l'avez contrainle de détremper sa joie et son allégresse sur la conversion des barbares, dans les larmes et l'amerlume qu'elle ressent pour la perte de ses propres enfants 1 vous avez arrêté le cours de l'Evangile, et rem|ili le monde d'une fausse créance sous couleur d'Evangile 1 Mais au lieu que l'Evangile de Jésus-Chrisl a |)ris sa naissance dans la | aix publique et universelle du monde, comme étant une doctrine de paix et de salut , la doctrine qu'on vous prêche, Messieurs, peu évangélique, et aussi peu pacifique, a pris naissance dans les flammes de nos dissensions, et dans nos troubles et divisions; et les factions de l'Etat s'élant alliées au schisme de l'Eglise jiar un illicite accouplement, ont enfanté cette hérésie qu'on vous appelle doctrine réformée.
Et au lieu que les apôtres ont planté la foi en répandant leur sang, et non le sang d'autrui, vos aj)ôlros et jiremiers docteurs ont jeté les fondements de leur ?:glise sur les ruines des Etals et royaumes, et l'ont cimenlée du sang des peuples, et non du leur, car un seul d'eux n'a soutfert le martyre. Et au lieu que les panes (nom d'honlieur et de respect en l'Eglise, mais d'horreur et d'effroi en vos esprits), ces papes, dis-je, que l'on vous nomme antéchrisls, oi,l conservé la foi, el l'ont arrosée 300 ans durant de l'eflusion de leur sang, vos premiers apôtres se .-ont retirés de bonne heure, et se sont mis à «-ouvert dans les places frontières, et un seul d'eux n'a épousé la croix (bien les onl-i!s abattues), un s«ul d'eux n'a été remanjué soutfranl les géhennes el les prisons, mais bien portant les afuies dans un champ de bataille. Car leurs premiers conciles ont été les armées; leurs oracles les foudroiements des canons; leurs miracles, non les feux descendus du ciel, comme aux anciens prO(ihèles, mais des feux allumés [)ar la chrétienté, comme si leur évangile empistolé (évangileaussi d'une Eglise plus évidemment pislolique à la vérité, qu'apostolique) devait en sa naissance sentir ia [»oudre de révolte el l'Alcoian, que
OEUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE liERULLE.
le monde n'a appris qu'au bruit des armes et au son des trompettes.
IV. Voilà, Messieurs, les éphéraérides de votre Eglise, et le moment de sa naissance bien marqués; mais en la terre et non au ciel, et marqués par le fenet le sang de nos guerres civiles. Voilà le point de sa nativité, éloigné de 1600 ans de la nativité du Fils de DÏL'U, et de son P'glise; et plus distant encore et éloigné des eli'cts de sa grâce et de la fern)eté de ses [iromesses, des marques de son état et des circonstances d'un œuvre tout divin, tout surnaturel et tout extraordinaire. >'oilà riioroscojje de cett'3 Eglise naissante en nos jours, représenté sans art et sans im| osture, et sa constellation décrite sans violer les lois de l'Etat, et sans rechercher les secrets de l'astrologie. Et voilà une naissance et ressource d'Eglise, peu séante à l'Eglise, peu ré()ondante aux faveurs du ciel, peu favorable à l'univers, peu conforme aux lois de Dieu, et à sa sainte parole, et qui mérite i)eu de respect et de créance ilans les es[)rits bien nés, et nourris en la douceur et au lait du christianisme,
A ces choses, Messieurs, que dites-vous ou que i)ensez vous en vos cœurs? Elles sont tro[) récentes pour être désavouées, tro() étranges pour être afjprouvées. Elles ne vous re|)résentent qu'une naissance tragique et un soulèvement factieux, et non pas une Eglise chrétienne, qui a épouvanté le monde en faisant des chrétiens et des martyrs, et non pas en faisant des soldats et des ca|)itaines.
V Or à des accidents si funestes et si extraordinaires, qui se rencontrent à la naissance de votre parti, et à l'entrée de nos différents, et à des préjugés si forts et si puissants dans les âmes paisibles, modestes et raisonnables, que ne fait-on point en ce siècle pour vous empêcher de les reconnaître et de vous reconnaître? Vos docteurs vous étonnent et vous arrêtent, vous occupent et remuent toute pierre pour divertir vos esprits de pensées si présentes, si profondes et si importantes. Ils vous étonnent et vous mettent en armes et en alarmes, criant : idolâtrie. Mais l'idolâtrie ne craint pas la njain ni la voix de l'Eglise réformée, qui n'a jamais encoie abattu d'idoles (bien a-t-elle abattu les images de Jésus-Christ et de ses apôtres), et qui n'a jamais otfert à Dieu un seul idolâtre et païen en hostie de louange. Ils savent pervertir les chrétiens, mais ils ne savent pas convertir les i)aïens, dit Tcrtulien. De fait, Messieurs, ce n'est pas vous cjui avez rasé les temp>les des païens et les idoles de la terre (mais bien avez- vous abattu les temples des Chrétiens et leurs images) : car vous n'étiez pas au monde ; et vos docteurs vous assureiit, comme article de foi, (jue leur Eglise Jors était invisible durant les exploits visibles de l'Eglise ron;aine, foudroyant l'idolâtrie qui couvrait et occupait aup'aravant la terre. Chef-d'œuvie qui n'appartient qu'à une Eglise bien puissante, bien militante et bien visible.
Et maintenant que vous êtes visibles au monde, ce n'est pas vous encore qui en nos jours abattez les idoles et bannissez l'idolâtrie des nouveaux mondes (vous savez bien abattre les croi>: parmi les chrétiens, et vous n'avez jamais abattu d'idoles parmi les païens). C'est l'Eglise catholique, apostolique et romaine (jui fait ce grand effort, et qui, ayant chassé l'idolâtrie de notre hémisphère, la chasse et la poursuit encore en ces terres inconnues. Et vos docteurs toutefois l'accusent d'idolâtrie, lors même qu'elle a les armes en mains, et qu'elle répand son sang contre l'idolâtrie, et que son zèle passe les mers et la zone torride pour la combattre, tandis qu'ils se tiennent à couvert dans les villes d'otage, et qu'ils se mettent à l'ombre des édits. Mais l'Eglise ne redoute pas leur accusation sanglante et visible, non plus que l'idolâtrie leurs exploits invisibles. Et eux-mêmes sont idoles quand ils accusent d'idolâtrie cette Eglise sainte et vénérable, et quand ils confondent l'idolu et l'image pour donner couleur à leur accusation. Car en tant qu'hommes, ils sont images de Dieu selon sa sainte parole ; et selon leur théologie réformée ils sont des idoles, si idole et image est tout un. Même de Jésus-Christ, si vous y prenez garde, ils en font un idole, i)Our vous rendre son Eglise apparemment idolâtre : car elle fait profession solennelle et publique de n'adorer que Jésus-Christ et ce qui est adorable en Jésus- Chiist. Mais pour accuser d'idolâtrie une Eglise qui a des images et n'a point d'idoles, il leur fallait nécessairement confondre idole et image, et conséquemment accuser Jésus-Christ d'être une idole : car il est, et enclôt l'unique o! jet de l'adoration de l'Eglise.
VE Le second artifice de vos pasteurs est de vous arrêter, criant abus et réformation. Et i)!ût à Dieu, Messieurs, que leurs mœurs et actions fussent telles qu'elles nous [)ussent servir d'exemple et de modèle! Plût à Dieu qu'ils eussent apporté autant de zèle et de puissance à réformer l'état ecclésiastique, qu'ils ont supposé d'abus et de crimes pour le faire détester! Mais si leur voix est de Jacob, leurs mains sont d'Esaii. Et si leur nom, leur prétexte, leur préambule est réformation, leur suite, leur dessein, leur eifet est déformation. Et tandis qu'ils vou- (hont obliger le monde de croire par article de foi que « Dieu est auteur de tous les péchés du monde; » que « les commandements de la sagesse éternelle sont impossibles; » que « les plus saintes et plus pures actions des Chrétiens sont i olluiion de la chair et péchés dignes de la damnation éternelle; » que « les plus grands crimes des iidèles sont peccadilles, et n'ont nulle sorte de punition, ni temporelle, ni éternelle adjointe; » que « tous les fidèles sont élus, et autant assurés de leur salut et prédestination que Jésus-Christ même ; » qui sont les nouveaux principe-3 de la nouvelle théologie de Genève et Kil'deberg, et des enseignements que le monde ignorait avant ces nouveaux
«aVllKS DR CONTUOVKKSK. — DISC. I, MISSION DES PASTEL RS.
tlodours, et des semences do louto corruplion, (juo la n.ilme (l«''|in«vco nVtvnil point ciHore |)r()(|iiit on l'IiomnM? diiiant les inu'urs hlns <()iro;iiiiut's, ni du p«;;nnisni(', ni (les li(.^r(^NiL'.s piecctlcntcs, coniniu nfjn.s dirons ailleurs.
Tandis, dis-jp, qu'ils voudront obliger lo ninndo à croir»' ces inipiélés pai' article do foi , pourront-ils vous l'aire croire qu'ils nii'nl Jurande puissance et volonlé de rélornier le monde? \'ous feriez un giand lort flu Don sens que l'Auleur de la nature vous a donné, Mes.sU'Uis, si vous le laissiez décevoir de ces ptélexte.s et couvertures. \'ous feriez un grand tort '» la lunnère de la foi (pic voui avez renie île Diey, si vous la laissiez oDscurcir do ces iuipiùtés, et si vous délaissiez l'école do Jésus-CJirist pour entrer en l'école (jui voiuit ces Dlasplièmes ; vous feriez un grand lort h Dieu niéiiic de décharger ainsi le pécheur, (pii est son criminel, et lo charger ainsi, lui (jui est le juge de tous ses criminels. Kt c'est une réformalion bien étrange et Dieu extravagante que de pro[ioser aux chrétiens ces erreurs, ces Dlasphèines et ces ahominalions couuno principes de foi, de conscience et de religion réformée. Alais, pour trouver do (jiioi réformer en l'état du monde et do lliglise, il fallait trouver de quoi réformer en Dieu même. Auteur ilu monde et de l'Eglise, et charger honteusement et impudemment la sainteté, la justice et la bonté de Dieu, de lous les maux, de tous les crimes et de tous les blasphèmes ipii se sont commis et se commettront jamais au monde, voire a[irès ce monde en l'éternité des damnés.
^'ll. En troisième lieu, ils vous occupent pour divertir vos pensées et étoulfer la syn- <lérèse qui poincl vos cœurs, en la vue de la naissance infortunée de leur Eglise et de ses piéjugés. Et, h cet effet, ils chargent vos esprits de plusieurs i»elils lib(dles, qui se vendent h l'issue de leur prêclie, comme les almanachs 5 l'issue du palais, et avec un Iront assuré ils vous proposent des choses mille fois alléguées, mille fois réfiit-ées, comme inventions rares et observations nouvelles ; et ils passent sous un ingénieux silence, les réponses qui leur nuisent, comme si le monde n'en avait jamais ouï parler, bien que toutes les chaires des églises et des académies de France ne résonnent autre chose, et qu'elles soient publiées en tous lieux cinciuanle ans devant les écrits et la naissance de ces nouveaux docteurs en leur prétendu ministère. C'est ce qui nous oblige de sortir souvent hors la traïuiiiillité de nos retraites, et inlerroiujtre nos vœux, nos larmes et nos prières, pour vous parler, |)Our vous détromper, et pour vousassurer en ces fausses alarmes. Suivant ces erres, le sieur du Moulin en une fête de Pâques, [)Our toute contribution, confession et pénitence, et |>our appareil h la cène, s'est posé sur un théâtre et a représenté un combat qu'il a dit avoir eu avec un des principauxdocteurs de notre Eglise. Il a eu soin d'en faire voler le narré à son avantage luir toutes les j)ro vin-
ces de cet Etal, et môme hors le royaume, l'^t vous avez eu la curiosité de lire son libelle, comme un cbef-d'o-uvre de sa main, cl chaleur h y désirer réponse.
Je la lis alors par le (ommandcmcnt de ceux h (piijodois obéissance, et le-, plus grarnls d entre v(mis y ont daigné jeter les veux, et je sais (pi'ij l'ont agréée. Je vous l'oirre maintenant, .ND'ssieurs, en una meilleur forme et vous l'adresse. Si le sieur du Plessis, n(»urri dans les lran( lijes et non dans les cabinels de la sajiience, soit humaine, s(jil divine, a o>é parler h ce grand corps de l'hlglise (aiholnpie, apostolique et romaine, corps célèbre, s'il y en a jamais eu au momie, et singulièrement vénérable en la multitude de tant de grands piélats, d'illustres cardinaux et de raies docteurs, admirés en tous sujets, en tous siècles et en l(ms les lieux de la terre, du moindre desquels ce lui serait toujours gloire d'être disciple : j'ai cru (\\ie vous me permettrez de vous parler en ces discours, et de vous projioser sur nos princi[iaux dilférents, les lois de Dieu, les oracles du ciel, les arrêts de l'Eglise, que le bruit des armes no vous a pas permis découler, ni votre loisir d'apprendre; votre étal et nos malheurs vous ayant mis les armes plus que les livres en main. Je n'emploirai point vers vous de belles paroles, car je n'en ai point, el n'ai point estimé à propos d'en rechercher el ajil)rendre pour vous parler, jugeant, selon le dire d'un ancien, qu'il n'y avait rien si élor}ueiil (jue la vérité 1 Je n'y môle point d'aigreur, de lie! ni d'auierlume. Car comme aux sacrifices anciens (jui s'otfraient pour la paix et concorde conjugale, on ôlail le fiel des hosties; aiiisi aux labeurs qui sont voués et consacré.s à la paix et concorde do l'épouse de Dieu, c'est-à-dire derii;gIise,on doit ôier le fiel et l'amerlume des contentions qui tendent, non à réunir les âmes, mais à partir les courages.
Que si en ces discours il y a quelquefois de la pointe el vigueur, ce sont [larofes qui s'adressent au mal , et non au malade ; ce jont coups qui portent contre l'hérésie, et non contre l'hérétHiue : el ce sont traits do langue et de [ilume qui ressembienl aux traits décochés [^ar cet in(Juslrieux archi;r, lequel sans offenser Achis, son bien-aimé, sait bien olfenser le serpent qui reniortlle. Je joins à l'autorité de la foi, les raisons du conseil de Dieu que la piété nous découvre en la contem|ilation de nos mystères. Car c'est l'avis de l'A poire, et comme l'hérésie tire de nos sens des prétextes et rai>ons |iour oiqioser à Dieu el rendre ses mystères ridicules aux huindins, nous devons aussi tirer de sa sapience divine des raisons el lumières pour opposer aux sens et les faire jiloyer sous le joug de la foi et sous la dignité de ses mystères. Je lie ensemblement l'autorité de l'Ecriture el de l'Eglise, car elles sont inséparables, el Dieu les a conjointes d'un lien indissoluble , et il n'appartient pas à rhomine de désunir ce que Dieu a conjoint , et c'est sacrilège à nos
C47 OELYRES COMPLETES DU
adversaires d'en faire le divorce et de les séparer. Car sans l'Eglise vous n'auriez point d'Ecriture au monde, et sans l'Kcriiure vous ne reconnaîtriez pas^l'autorilé. rinlaiililjililé et la perpétuité de cette Eglise. Je me restreins toutefois pour l'ordinaire dans les quaire cents premiers ans, })Our m'accommoder h vos pensées, etm'atlacheraux i)rincipes de vos docteurs extraordinaires qui bornent la pureté de l'Eglise dans ce terme. JMais l'Ecriture ne donne point de terme ni de borne à cette Eglise; et comme son partage est l'univers, sa durée est l'éternité, et vous ilevtz en tout temps tenir [)0ur ethnique et païen celui qui ne la veut écouter. [Matth. xviii, 17.) Et le temps qui consomme toutes choses n'a point de pouvoir sur son Etat, car elle n'e-t pastille du temps, mais de l'éternité, et elle imposera finaux temps et aux siècles.
VllI. Or par ces voies justes et légitimes, je prétends, Messieurs, de vous faire voir que si jamais il y a eu Eglise de Dieu au momie, c'est la nôtre, et la vôtre ne la |)eut être ; si jamais il y a eu hérésie au monde, votre créance est hérésie et doit porter ce titre el qualité ; si jamais Dieu a été servi et adoré sur terre depuis la mort de son Fils, c'a été des enfants de cette Eglise que vous appelez honteusement la Paillarde el la Babylone, et que nous re("onnaissons pour l'épouse de Dieu et pour la Jérusalem sainte ; si jamais te Fils unique de Dieu qui a demandé l'univers à son Père, et qui est descendu en propre personne pour en [uendre possession ; si jamais, dis-je, il a acquis et possédé un pouce de terre, (''est dans l'empire de celte Eglise, c'est par les sueurs et le sang de cette Eglise. Car la vôtre, ce dites-vous, a été invisible et inutile à le servir jusqu'à notre temps : et finalement, que si vos pasteurs ont de la science, ils n'ont j)oint de conscience d'obscurcir une lumière et combattre une vérilé si importante. Et s'ils ont (le la consience, ils n'ont point de science d'ignorer une vérilé si évidente, que tous les siècles rapportent, que tous les livres enseignent. Je ne leur veux point de mal hors l'intérêt de vos Ames, et ne recherche pas volontiers ces combats, ni de langue, ni de plume, el l'Eglise que. je sers ne les afïecle })as, le succès de ces rencontres ne pouvant pas relever de beaucoup son étal et sa gloire. Car cette Eglise, glorieuse de tant de victoires, honorée de tant de triomphes, et couronnée de tant de lauriers, que ses travaux et ses sueurs lui ont acquis contre l'idolâtrie, qui remplissait la terre, et contre les hérésies qu'elle a rais à ses pieds en chaque siècle, conmie autant de monstres, ne ressemble pas à l'Eglise de nos adveisaires, invisible el inconnue au monde jusqu'à [)résen(, qui n'a de quoi se signaler qu'en publiant légèrement ou faussement le succès |)rélendu de semblables escarmouches. Mais la nôtre ayant arboré l'élendard de la croix par l'univers, et [)Orlé partout la connaissance du Fils de Dieu, elle se conleule d'être, cl de paraître toujours comme
CARDINAL DE BERULLE
un grand corps d'armée bien rangé en bataille, qui rompt les forces des troupes ennemies sans s'émouvoir, el sans faire gloire de ses rencontres, quidom[)le, selon Daniel (il, 21), tous les royaumes de la terre, qui sert dapjiui et de soulien à la vérilé, selon saint Paul ( / Tim. m, 15), el qui doit vaincre et subsister jusqu'à la fin du monde [Matlh. xxvni, 20.) selon l'Evangile.
JX. A'oilà, Messieurs, l'éiat de noire Eglise, voilà ses œuvres, ses mouvements et sa conduite. Sa grandeur ne la porte pas à ces combats avec vos pasteurs; sa charité ne les refuil pas, et pour votre salut elle s'abaisse à égaler ses armes avec les leurs ! Sa modeslie n'en prise j)as les succès, et sa magnimilé ne fait pas|;loire de ces rencontres et ne lient pas ces pygmées dignes de ses triomphes. Mais voyons toutefois ce combat, puisque le sieur du Moulin nous en presse, et que vous le voulez. Et avant d'entrer au fond des questions générales et universelles, faisons une revue succincte de sa procédure, et vous verrez. Messieurs, qu'il crie victoire de sa perte el qu'il triomphe de sa fuite. Car quant au fait, nous voyons sa proie ravie et enlevée en sa présence, tellement que s'il a combattu, il a perdu, puisque le prix du combat est entre nos mains, et que le champ de bataille est en notre puissance. Aussi, par un industrieux silence, il a couvert le nom de cette dame, pour l'instruclion de laquelle il dit cette rencontre être arrivée. Quant au droit , si vous y prenez garde, sa fuite est manifeste : car vous y verrez une question proposée par cette dame, mais qui n'a point été résolue par le ministre, ni de vive voix, ni même par saijlume, qui eût élé mieux employée à coler les textes de l'Ecriture en confirmation de cet article, qui importe tant au général de leur parti et au s. lut des Ames , qu'au narré d'un combat domestique, qui ne ïiert qu'au vent et à la fumée d'une estime populaire, el à faire cri)ire qu'ils emi)loienl (ilus de zèle et de puissance à s'éiablir en créance dedans les esprits des leurs, qu'à établir la créance de leurs ar4icles de foi.
Or celte procédure découvre assez la faiblesse de ces docteurs en la défense de cet article, qui est le pivot de leur Eglise; qui ■est la base et le fondement de leur étal ; qui est le sujet de leurs exercices et ministères; qui est le centre de leurs passions et le point décisif de leur éternité. Car si cet article est faux, el ils n'ont point d'Eglise, et ils ne sont point jiasteurs, et ils ne peuvent être (selon Jésus-Cfirisl , docteur de paix et de vérité), que loups el larrons en sa maison et en sa bergerie ; el ils piortent au front un caractère de rébellion el «l'altenlat en l'Egli.se du Dieu vivant, qu'ils ne peuvent jamais efi'acer; et ils sont d'autant plus cou- })ables de sacrilège , que c'cbt dans l'empire de Jésus-Christ, a la ruine des âmes acquises de son sang, qu'ils sont usurpateurs d'une autorité divine sans commission. Mais âj lieu de répondre à une question si iui-
()i:i VRFS DE CONTROYEUSK. — DISC. I, MISSION DKS PASTFXUS.
c.no
poilnnlc.el (jiii re^nnlo do si prùs cl h votre salul, cl h U;ur ollicc, on vous dit deux clio.ses , loulcs deux fausses, toutes deux lijiles ni.inilcsles , cl toutes doux non suni>niite.'. h décliner lo point et l'état de la »|iie.slion.
X. Cnr il est faux en premier lieu : « Que fpiiioïKpio se uiôle de demander à autrui laison de sa voeulion , s'oblige à rendre {iremitremeiil raison de la sienne. » Mi il sidlil (|uc celle règle générale cl absolue n'est point en l'iM-riture, pour n'être point crue de ceux ijui font profession de ne croire que ce (jui esi en l'Iùrilure. \A, d'ailleurs, elle est fausse en la lumière nnlurellc : car tous ceux qui veulent vivre en l'I-l^lise prétendue réformée sonl obligés d'examiner non-seulement lad(j(irine, mais aussi l'autorité de celte Kglise,el ne sont pas obligés de rendre compte ilc leur V(jcation, car ils n'en ont [loint ; et il s'agissait en particulier, non dun docteur, mais d'une dame , cjui demamlait raison do cette vocation h son i>asteur, et (jui ne pouvait être obligée de lui en rendre. Si nous voulons, en faveur du proposant, restreindre la généralité de sa proposition au prêtre ou au ministre et pasteur, il est encore faux (pie tout prêtre et pasteur cjui demande « h autrui raison do sa vocation, soit ol)ligé de rendre premièrement raison de la sienne, etc. » Car il peut la demandera quicontjue se présente à exercer le ministère, et il ne doit pas par obligation précise rendre comjito de la sienne qu'à son juge et supérieur, et ce en temps et lieu, et selon les formes requises. D'ailleurs il est éviilent que nous avons la possession du ministère, ou il n'y en a [)0inl au monde; et il est clair, |)ar l'aveu même des adversaires en leur confession de foi (art. 31), que « de notre temps » ils sont entrés en la prétention d'icelui. Donc jusqu'à ce qu'il ait }TOiluil ses lities, il ne peut obliger le possesseur à lui montrer les siens , et il est contre le sens commun de le iirélendre.
Et cette maxime alléguée à l'entrée de celte dispute, qui n'est ni en l'Ecriture des i>ro[ihètes et apôtres, ni en la lumière des nommes, a autant de juges de sa fausseté qu'il va de personnes publiques et déjuges établis au monde, qui désavouent tous | ar leurs maximes universelles et par leurs |)rocédures ordinaires et juridiques la proimsition de cet homme. Car les lois sont exitresses au contraire, cl elles ne veulent pas que le possesseur soit en |ieine de faire apparoir de ses droits, et déclarent qu'il lui suffit do I osséder pour être exempt de preuve , et i'Our obliger la i)artie adverse à fournir ses titres, hœc actio , dit la loi , parlant des actions |)OSsessoiies, nunquam ultro posscssori dabitur , quippe sxifficil ci quod possideut. (L. I, § Interdictum D. iili possidetis.) Et en un autre endroit, elle ne soulfre pas que l'on entre en contention, si la [)ossessioiiest juste ou injuste, et donne [»lus de droit au possesseur, /loc /pso quod possidet (L. Justa, c'odem lit.), qu'à celui qui ne possède pas, no pouvant tolérer que celui qui attaque
OECVUES COMPI-. DE UE BÉRLl.l.C.
conttaigne le [)0sscsseur de lui faire voir les preuves de sa possession : Cofji posxrssorem nh ro qui cxpclil , tilulnm suœ pnmrsxinnis dicrre, inririle csl. (E. (agi, r. De petit, htrrcd.) (je qui est exagéré ailleurs avec cette einpliase.: Quœ tantn erit amentia , ut rationr pr<r postera pelitor ah co quem puisât , in- /innari suas poHtulcl actionrs'f (Eib. il, lit. 30, lib. xii, Cod. Iheodos.) N'oilà les règlesel les bornes que la force et prééminence du sens commun et naturel qui pré>ida t onces grands esprits, comme ils présidaient euxmêmes sur le reste du monde, en rai' on, en puissaticeel en conduite, a posées aux sultilités et cavillalions liumaines, qui Irudenl non à éclaircir, mais à prolonger et embrouiller les diirérents. Et à la vérité ce serait une belle institution do la disci[)linc ecclésiastifjue des réformés, si les usurpateurs de leur prétendu ministère (car ils n'en ont pas faute, témoins les énîtres de Bèze) obligeaient les ministres à leur rendre [ireuve et compte de leur mission, avant f^ue d'être cmpêdiés et interdits par eux en 1 état et usage du niinistère qu'ils veulent enlroprcndro,
XI. 11 est faux et plus que faux que nous soyons empêchés à leur montrer les témoignages de la vocation que nous leur demandons, et lo silence de nos adversaires en co sujet, (pii, depuis cinquante ans, accu;-ent l'Eglise de tous crimes, fors nwG de celui d'atientat et d'usur[)alion en 1 autorité pastorale ; leurs défaites et saillies ordinaires de ce point en un autre quand il leur est proposé, la fuite même et le change donné en la présente dispute, leur recours ordinaire à notre mission quand ils se trouvent pressés sur l'extraordinaire, et l'aveu public qu'ils font que nous avons la succession des personnes, montre assez le peu de peine qu'ils nous donnent en cet article. Et je laise à juger à un chacun si c'est être bien empêché à leur rendre com()tede notre mission, que de les réduire ou à faire miracles (te qui leur est impossible, et ne leur est jamais arrivé), ou à reconnaître en la faco de l'univers qu'ils sont sacrilèges et affrontcurs en la cause de Dieu, ou à supposer et mendier le secours de notre mission (car si nous n'en avons, ils n'en peuvent pas môme apparemment prétendre), et ce non-seulement par lagehennofjuo leur donne la sainte Ecriture et l'antiquité en cet article, mais encore par l'organe et la sentence de leurs premiers pasteurs , qui ont dressé l'Eglise j>réiendue réformée en ce siècle. Car Luther, dans Sloidan, auteur protestant et non suspect, mande aux gouverneurs d'une ville d'Allemagne, où Muncer, chef des Anabaptistes, se voulait retirer : « Qu'ils lui demandent, avant le recevoir, qui lui avait donné la charge d'enseigner, et par qui il avait été appelé ; et s'il dit que c'est Dieu qui l'envoie, qu'ils lui commandent de prouver sa vocation par quelque signe évident : s'il ne le peut faire, qu'ils le chassent et renvoient, car c'est le propre et ordinaire de Dieu, ce, dit-il, toutes et quantefois-qu'il
Gol
ŒLVRF.S COMPLETES DU CAUDINAL DEBERLLLF.
veut que la forme ordinaire et accoutumée soit changée, de le déclarer et témoigner j)ar quelque signe. » (Lib. v Uistoriœ.)
Et Bèze (Epist. 5, Theolorj.) après avoir allégué de belles raisons et masiuies ; belles en la cause de notre Eglise et n^n en la sienne, et qui le condamnent le premier, comme peiturbaleur de l'Eglise universelle, ])]us que ce perturbateur de l'Eglise nouvellement réformée à Lyon auquel il écrit : Après, dis-je, que lui qui se moque du consentement de l'univers et des siècles passés, a remontré à ce nouveau perturbateur qu'il se séparait de la créance des Eglises de France, et cju'il doit avoir pour suspect ce qui contrarie au sens et jugement de tant de serviteurs de Dieu (ainsi appclle-t-il queli^ues nouveaux ministres de nf)tre temps, rangés en un petit coin de ce royaume), il lui "tranche tout court, que si cela ne suHit h contenter son esprit et sa foi, « Il faut, ce lui dit-il (//;/f/., epist. 5), que tu montres ou fa vocation ordinaire, ou qu'il y a lieu à l'extraordinaire : et si ces choses alléguées ne sullisent à contenter ton esprit et ta foi, lu dois garder et contenir en toi ce que tu crois; car il n'est pas loisible sans vocation d'enseigner, beaucoup moins d'enseigner •choses nouvelles. Et tu ne dois alléguer le prétexte du zèle ou de la charité : car ayant averti les pasteurs légitimes auxquels le troupeau est commis, et la chose étant déférée au synode, tu devais te contenter, autrement i\ y aurait toujours lieu aux nouveautés ; étales choses établies aux Eglises, (j'entends de vraies Eglises comme je tiens que sont les nôtres) (ainsi parle-t-il de son usurpation), pour saintes et bonnes qu'elles ])ussent être, pourraient être renversées sous I)rétexte de zèle et charité. » Paroles que la force de la vérité a tirées de sa plume, et qni sont sans puissance au jiarti réformé, mais qui portent, et en bien plus forts termes la sentence de sa condanmation par sa propre bouche devant Dieu et ses anges, et en la face de l'univers ; lui qui n'a gardé cette règle qu'il veut poser à l'autre, Ic'juel avait (et avec plus d'a()parence) les mêmes ]);élentions i.'ontre eux qu'ils allèguent contre nous. Car il s'agit en ce divorce de la chrétienté non d'un Bèze (c'est-à-dire d'un prêtre débauché, tel que ses poëmes le représentent), mais de tous les saints Pères qui ont été au monde jusqu'à présent; et non d'une Eglise « dressée de nouveau, » mais d'une Eglise qui a duré depuis Jésus- Christ jusqu'à nous ; et d'une Eglise non enfermée dans Genève et quelques villes de la Erance, mais répandue par l'univers et jiar tous les siècles, depuis que l'auteur des siècles est venu au monde.
XII. Quand bien nous pourrions être empêchés à rendre compie de la vocation de nos pasteurs en l'Eglise catholique apostoli(pje et romaine (ce qui est très-faux), il est d'abondant faux, que ce soit p'ar le moyen et par la raison (jue l'adversaire jiropose, quand elle serait non disputée, comme nous la nions, mais môme concédée et sup-
posée à sa rc(piôte. Car il dit au R. P. Cnnlier, non tant en sa personne particulière, comme en la qualité de l'Eglise qu'il représente, que nous n'avons nulle charge, car nous nous disons prêtres, où il appert qu'il ne dit pas, car vous ne vous dites que })rôtres, qui serait une négative: mais, car vous vous dites prêtres, gui est une afllrmative. De sorte que sa conclusion qu'il veut prouver {vous n'avez nulle charge) est une ])roposilion négative, absolue et universelle en fait de charge et supériorité; et le moyen de preuve qu'il emploie, est affirmât if et "^déterminé dans l'état de prêtrise {car vous vous dites .prêtres, ce dit-il). Il lui faut donc prouver une proposition absolue, générale et négative par une autre particulière et affirmative : ce que les lois du discours ne ])ermetlent pas, et sullît d'en marquer la chasse sans la poursuivre. Car ce serait passer de la théologie à la logique, et au lieu des fi'uits que Ton doit cueillir de ce discours, entrer dedans les épines de l'école et de la philosophie.
Que s'il su[)posftque c'est une même qualité, celle de prêtre et de pasteur, et que quiconque n'a i)oint l'une n'a jioint l'autre, il se défait lui-même : car il n'y a point de prêtres en leur Eglise, selon lui; il n'y a dune, selon lui, jioint de pasteurs en leur Eglise. Ou bien s'il reconnaît que ces deux qualités soient distinctes et différentes, en ce cas il donne un nouveau change, et tâche de passer subtilement et sans être aperçu, d^une question à une autre. Et comme il a déjà donné le change de la mission de son Eglise à la mission de l'Eglise romaine, en la raison précédente que nous avons arguée de faux, il essaye ici de passer de la mission des j)asteurs en l'Eglise, à l'institution des sacriticateurs en l'Eglise, et sous le voile et le prétexte d'une raison, couler en une autre question bien ditférente de la preraière. Or ces moyens de change et de ruse servent plus à témoigner de la souplesse h décliner, que de la force à joindre en un combat; et du dessein à prolonger et enmêler les esprits et les questions, que de puissance et volonté à éclaircir et résoudre les matières et les consciences.
XIII. I] est faux que pour montrer valablement l'institution des i)rêtrcs, il le faille montrer nécessairement en la sainte Ecriture, comme le suppose le ministre. Car personne ne peut être obligé qu'à justifier ses i)ropositions par ses principes, et à maintenir ses princi[)es à rencontre de tous ceux qui les voudront impugncr de faux. C'est donc à l'adversaire à les impugncr. Et jusqu'à ce qu'il ait porté par terre l'autorité (le la tradition universelle, dans laquelle 5e trouve l'exercice et la preuve évidente (et sans contredit) de celte institution, (ce cpii lui est impossible qu'en ruinant la môme Ecriture, qui l'autorise et la publie au monde); c'est [)uissamment arrêter l'ennemi, que d'o.pposer à son incrédulité cette forte barrière de la tradition apostolique, universelle et indubitable en l'Eglise, depuis qu'il
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OKI VRKS I)K (XKNTnOVKUSK. - DISC I, MISSION DES PASTELUS.
y n K^liso nu monde : ot c'est (lir(> .lux esprits raisoiiii.'iltltîs ol fiilèlcs, f|ue lu iiiAiiic tc'iiiniii imblic. qui lour (irt'sc'nlo son\ autiii>iilii|ii('niiM)l L'\ (liviiioiiKMil le vulunii- des KmUircis s.linlos, leur |Méseiile d'uix; ipôine ninin rus.'ii^e el hi iir.ilii|iio do ootl(; iuslitulinti. (',e qui est su(li^alU h tout espiil doux oi uiodosio, et non encore affermi et cimeiUô dafi.s l'erreur.
Je no dis p.ns (|ue l'ordre do la |>rôlri.so no peut ôlro monlré en l.i p.irf)lo écrilo, Ciir au conlrairo, il y en a des textes exprès (pii se v(>rronl à l.i suitt; {\e ce diseout-s, et en un nuire traité à pjul du sncrilicc; mais je dis que (piand il n'y parailrail pas en .sorte, que ro|>ini.1lrelé des (ioeleurs réfoi niés peu! 6trc oorilrainte cl ronvai leue, cl qu'elle les cm • pi^rhcli (le le V(dr en l'Kcrilure, comme elle a OMipérliô lontj;lemps les Nesioriens d'y V(dr « la sulisislance de la nature humaine en la personne divine, » et les Ariens « la divinité du Fils de Dieu, » et les sacramcnt ores cncoro « la présmre <iu corps de Noire-Seigneur en rKu( hiristie, proposée si clairement. » Ou fpiand môiiic les textes de TKcrilurc ne sendileraient pas à nos adversaires ôtre évid< Mis et insoIuMes, et ne vaudraient à leur ju;-;ementqu\^ insinuer la suhsliiution du sacerdoce de riv.;lise chrétienne au sacerdoce de l'Eglise judaïque, comnie ils insinuent la substitution du dimancho des Chrétiens ilu sabbat îles Juifs, et n'en donnent pas prouve démonstrative ; ou bien mAme que tandis que les réformes de ce siècle ser. lient en doute, si l'état de la prêtrise est en l'Ecriture ou s'il n'y est pas (comme ils «loutoni entre eux du baptême dos petits enfants et de la rebaplisalion <ies hérétiques ; les uns, voyant ces choses, ce disent-ils, et les autres ne les voyant pas en l'Eciiture, bien qu'ils aient tous un même es|)rit de réformalion, une môme Ecriture pour le co'iduire, et mêmes règles pour l'entendre}. Je dis (jue parmi ces doutes et différents, nous pouvons recourir légitimement 5 la tradition non écrite, et l'employer comme un l)rinci[)e de foi, h la défense d'une institution suivie de tous les peu[)les et de tous les pa'^lcurs que Dieu a jamais donnés à son Eglise qui ont tous honoré le nom et l'oftice de prôlie, el en ont exercé le ministère.
Car l'Eglise chrétienne a lou;ours fait profession ouverte ot solennelle de ne retrancher aucune partie de la (larole de Dieu, et de garder exactement tous les moyens par lesquels le Fils de Dieu et ses apôtres ont consigné la doctrine et les institutions du salut au monde. Or il est évident que Jésus- Christ a parlé et n'a rien laissé par écrit, que les a[>ôtres ont [larlé de vive voix aussi bien qu'ils ont écrit, qu'ils ont tous parlé et n'ont pas tous écrit, (ju'ils ont tous reçu commandement de parler et non d'écrire, quils ont fait et enseigné plusieurs choses qui ne se trouvent pas écrites en texte exprès, et que nos adversaires vont recherchant dans les consé(|uences nécessaires, que l'Ecriture ne dit jamais qu'ils aient écrit tout ce qu'ils ont enseigné ou ptMiqué dedans
lEglise, el (jue saint Paul même (qui a le iiliis éiril) on la II' à Tiino(hée ^ xixtiéc par lui pies(pie .'i la veille d(.'sa mort, et comme allant au martyre (el lorsqu'il n'avait [)1uk (pi à signer de son sang la vérité de l'Evangile), lenvoie son di>ci|ile aux traditions verbales el non é.Miles, et lui fait ce dernier enseignement (pii auloiise el per; élue lo canal el le «oriibiit «le In tiadilioti en l'Eglise : Aies l imaijr des sninrs jjfirolcs tiue tu us ouirs de tnoi en lu jjrr'sencr de plnsirurs tcinaiiix , ronsi(jne-lfS à dis hciutncs fidclrs (/ni soirnl raj/dhles aussi euxmt'inrs d etisci- (jnrr 1rs autres. ; 77 Tim. i, ii.) El les annotateurs cl professeurs de la IMlile el tld l'Eglise de (lenèvo, (pli est la mère el la inatric(! des Eglises prétendues réforinée> ert Fiance, et la lam|ie de la nouvelle réformalion en ce royaume, marciuent nolammenl slir ces paroles : « Oue la doctrine de la foi requieil une instruction domestique et particulière, nommément en ceux qui sont ordonnés pour la porter en l'Eglise, alin qu'on ne la prenne de son setls particulier sous ombre de la leiture des Ecritures, et que c'est ce qu'on appelait anciennement tradi-' lion en l'Eglise. » Et le même apOtre fait cel en>eigneinent univeisel et absolu aux Thessalonicien-, el en eux à tous les Chrétiens de la terre : Soyez fermes, et retenez les traditions (pie vous avez reçues, soit par parole^ soit par epître. [Il Thcss. ii , li.) Et (;'a été aussi la foi et la (Joctrine uirivcrseilo de tocs ceux qui leur ont succédé en autorité dedans l'Eglise.
XIV. Saint Ignace, disciple cl nourrisson des apôtres , et créé sous eux-mêmes évoque d'Antioche, Ireiile-huit ans après la mort de Jésus-Christ, « exhortait les Eglises par où il jiassait, de ne démordre rien de la tradition apostolique , laquelle pour plus grande sûreté il estimait nécessaire de rédiger par écrit. » (.\i)ud Elseb., 1. m Ilist, c. 3(5.)
Tertiillicn, pou après la mort de saint Jean lEvangélisle, disait aux catholiques : « Vous |)rescrivez que les institutions solennelles ont éié apposées h h foi, ou par les Ecritures, ou par la Tradition des majeurs, et qu'il n'y faut rien ajouter de plus pour éviter le crime de l'innovation. » (De Je' junio.)
Saint Basile» l'oracle de l'Orient (et duquel l'âme règne an ciel avec Dieu, el les écrits en terre aVec l'Eglise, il y a douze cents ans) propose aux ennemis de la foi en son temps celle maxime générale : « Des doctrines qui sont observées en l'Eglise, les unes, nous les avons d'instruction écrite, les autres, nous les avons de la secrète tradition de» ai)ôtres, lesquelles, tard les unes que les au-» très, ont la môme 'force pour la religion; e( n'y a celui qui y contredise pour peu qu'il soit versé aux lois de lEglise.» (Lib. deSpir, saneto ,c. 21.) Et ailleurs, « Je réjmte aussi être chose apostolique d'adhérer aux traditions non écrites, car rA[)ôlre écrit : [IJ Thess. II, li) Je vous loue de ce qnatei i~iémoire de moi en toutes ckoseSj et «ow*iT-
ŒlJVPxES COMPLETES DU CARDINAL DE CERLLLE.
vex les traditions comme je vous les ai baillées. » (// Thess. 11, li.)
Saint Epiphane disait il y a plus de douze cents ans, dans son œuvre contre les hérétiques : « Il faut aussi user de la tradition, car toutes choses ne peuvent |)asêtre prises de l'Ecriture; et pourtant les saints apôtres nous en ont baillé les unes en écrit, et les autres par tradition. »
Saint Chrysostome, grand pasteur et grand docteur, sur ces mêwes paroles de saint Paul auxThessaloniciens, dit h son peuple et à la postérité : « De là, il appert que les apôtres ne nous ont pas tout baillé par lettres, mais nous ont aussi beaucoup baillé de choses sans lettres. Or les unes et les autres sont dignes de semblable foi. »
Saint Augustin, l'aigle des docteurs et le fléau des hérétiques, disputant du baptême contre les fondements de leur erreur : « Il y a plusieurs choses, » dit-il, « que l'Eglise universelle observe, et pourtant se croient à bon droit, avoir été commandées par les apôir?s, encore qu'elles ne soient point écrites. »
Or en observant ces enseignements qui nous sont donnés par ceux qui ont reçu et conservé au monde l'Ecriture et la foi, comme fidèles gardes et dépositaires de ce trésor sacré, nous suivons la même sainte Ecriture. Car le môme saint docleur proteste ailleurs, et à bon droit, (lue ce qui est attesté par le perjiéiuel témoignage de l'ancienne Eglise universelle, se doilréputer être attesté par l'Ecriture , qui recommande l'autorité de.l'Eglise: «Et [:ourlant,v dit-il, «encore qu'à la vérité il ne se produise point d'exemples de cela dans les Ecritures canoniques, nous suivons toutefois, voire en cela , la vérité des mêmes Ecritures, quand nous faisons ce qui a plu à l'Eglise universelle, que l'autorité des mômes Ecritures recommande. De sorte que puisque la sainte Ecriture ne peut tromper; quiconque craint d'être tiompé j)ar l'obscurilé de celte question, qu'il consulte celte Eglise, laquelle la sainte Ecrituredémonlresansaucuneambiguité. » (Contra Crcscon. , lib. i, c. 32. ) Kern : ,« Cela ouvertement el évidemment nous le lisons, ni moi, ni toi, etc. Mais s'il y avait quelque sage confident, auquel le Seigneur Jésus- Christ rendit témoignage , et <iu"il fût con- .sullé par nous sur celte question ; j'estime que nous ne devrions aucunement douter Ue faire ce qu'il nous dirait, de i)eur d"être jugés répugner, non tant à lui qu'à Notre- Seigneur Jésus-Christ même, par le témoignage duquel il serait recommaïufé ; or il rend témoignage à son Eglise. » [De unit. Eccles., c. 19.)
XV^ Il est faux que l'on ne puisse montrer l'éiat de la prêtrise dans l'Ecriture, et en plusieurs textes formels ; et même par autant de textes que les Tères ont employés à la défense et à l'éclaircissement du Sacrifice, quotidien de l'Eglise ^ ainsi que l'appelle saint Augustin. Car il y a en l'Eglise un sacrement et sacrifice tout ensemble^ et un sacrifice très-vrai et très-parfait , comme le qualitie ailleurs le même docteur, il y a des
prêtres et sacrificateurs en l'Eglise chrétienne; mais laissant la déduction et l'évidence de celte preuve pour une autre fois , il faut montrer par l'Ecriture au sieur du Moulin, qu'il y a dans l'état du Nouveau Testament des évoques et des prêtres et sacriticaleurs, et nous laisserons à lui à reconnaître, ou par l'Ecritnrc, ou par l'usage et antiquité de son Eglise (s'il ne le veut apprendre des Pères anciens) à qui il apparlien<lra. ou au prêtre de faire l'évêque, ou à l'évoque de faire le prêtre ou sacrificateur. Or il est évident que, dans les Actes des apôtres, i] est fait mention d'évê(iues, et selon la Bible même de Genève: évêques non pour veiller seulement, et être surveillants selon le nouveau langage et office de leur Eglise , mais évêques et pasteurs pour paître : Prenez (jarde à vous-même et à tout le troupeau auquel le Saint-Esprit vous a établis évêques pour paître l'Eglise de Dieu, laquelle il a acquise par son propre sang. [Act. xx, 28.) 11 est clair dans Isaie (lxi, 6), qui est appelé le cinquième évangéliste pour la c!arlé de sa prophétie, et même dans ce chapitre signalé, que Jésus-Christ a ouvert et lu en la synagogue, et qu'il a expliqué et appliqué lui-même, à son temps, à son office et à l'état de son Evangile, en saint Luc (iv, 17-20) : Que les pasteurs de l'Eglise du Messie seront sacrificateurs. Maisvous (dit-il aux ministres de cette Eglise, môme selon la version de Genè ve) vous serez appelés les sacrificateurs de l'Eternel , et les ministres de notre Dieu. Ministres donc et sacrili.ateurs tout ensemble, et aussi [iroprement el vraiment ministres de notre Dieu. Et si vous n'êtes sacrificateurs que par métaphore, vous n'êtes donc ministres de Dieu que par métaphore; car l'un et l'autre est dit en même texte et en mêmes termes el de mêmes personnes. Et le même prophète, parlant de la même Eglise assemblée de tous les côtés du monde, selon les annotations de Genève en ce lieu, dot sa projihélie évangélique de ces paroles au chapitre lxvi, verset 21 : J'en prendrai d'entre eux, parlant des fidèles, pour sacrificateurs et lévites, ce dit l'Eternel. Et saint Jacques (v, 14) commande aux Chrétiens d'appeler les [)rêlres pour prier sur les malades et pour les oindre d'huile au nom du Seigneur. Il y a donc des évoques, et des jjrèlrcs et sacrificateurs à proprement parler, si nous suivons le style des Apôtres et des prophètes, (onlinué et usité en toute l'Eglise jusqu'à nolie temps. Mais |)Our contenier davantage le sieur Dumoulin, montrons-lui dans la liible, en mots exprès, un évoque qui fa.t et ordonne des prêtres. Saint Paul écrit à Tile, qui était évoque de Grèce, selon Genève môme, en la fin de cette Epître , et il lui commande en mois exprès de faire et ordonner des prêtres : Je t'ai laissé à Crète, afin que tu poursuives de dresser en bon ordre ce qui défaut, et afin que tu constitues de.< prêtres comme je te l'ai ordonné. (TH. ), 5.) Pi-êtres, dis-je, et non anciens; car c'est au temi^s et à l'âge do faire des anciens , et non à ïite : et e'est à
0!:i VUES DL tONTUOVEUSE. — DISC, l, MISSION DES PASTEURS.
un évCijui.' (1(; l'/iire cl ortionncr des prC^lros.
C'osi uiiolliiic non d'aïuiciis , uinis de |ir<^tres on do iniiiisires, de prier pour le peuple et l'oindre en ni.ii.idie nu nom du Seigneur, ain»i (pie le eoniinande saint Jae- (jucs : et nos réformés n'ont ni prôlres ni anciens qui fassent eet olliee. Prêtre dereçJMîf, « qui consarro le corps cl lesan;^du Fils Dieu :«)(ceditsainl Jén^mcjelnofi.incifi), qui ne consacre rien. l'it [>rélres « (pii ollrctil en l'aulol » (dit saiiît ('yprien en nulle lieux), a et (jui aient l'honneur du sacerdoce » : (car en ce temps-là il n'y avait ni anciens, ni réformés (|ui l'eussent h déshonneur. Prôtre « qui ne peut ôtre laïque, et nui a des olliiessai-erdolaux » (dit Tortullien, lie Prirscripl., c. \\), et non pas ancien, qui u'eslcjiie laïque et n'a point de sacerdoce :--lpiid hirrelicus hodie prrsinjtcr qui crus l'iiciis : nain et laicis saccrdodilia mutiera injunt/unt: car au temps deTerlullien, la naissance duquel n'était éloignée que do cin<iuante ans de la mort de sainl Jean rEvangéliste,les Clirélens et les hérétiques reconnaissaient uniformément le sacerdoce et le sacrilice do ]*K<$lise. Prêtres encore, c'est à-dire sacrificateurs (ce dit saint Amhroise), et leurs anciens ne sont ni [TÔtres, ni évoques, grâces à Dieu.
XVI. Oui , mais ce dira-t-on , ils supposent dans la Bible !e nom d'ancien à celui de prélre. Il est vrai, mais il suffit que se sont eux qui le sup|)0scnt seize cents ans après que Dieu a parlé, par son Ej^lise et iiar ses Ecritures, à son peuple, en grec, en latin et en français, jiourn'y avoirpas égard. 11 suflit, dis-je, que ce sont eux qui le changent, et que ce n'est qu'eux, pour n'y avoir pas créance. Car ceux qui ont reçu les Ecritures des apôtres, ceux qui nous les ont conservées, exposées et mises en main, ceux qui nous ont baillé la Bible et la foi tout «Mseiuble.onl usé du mol de prêtre, et n'ont 1 as connu le mol d'ancien en titre d'olfice. Et cela est si apparent, qu'ils ont fait des volumes entiers de la prêtrise (29), et que les titres mêmes de leurs œuvres combattent celte hérésie et nouveauté, et qu'ils font uienlion de prêtres, d'autel , de sacerdoce, de sacrifice, de page en jtage , et presque de ligne en ligne : et nous en ferons voir assez de preuves ci-après au discours du sacri- Uce, pour ne pas confondre ici l'ordre de ces matières. 11 sullît derechef qu'ils ciiangent ce terme, pour ce qui leur plaît , car ils trouvent le mot de prêtre et d'évêque également en l'Ecriture: ils trouvent ces deux oflices d'évêipjo cl de |irêlrc également en l'état de l'Eglise ancienne et moderne. Et toutefois ils retiennent l'un en l'Ecriture , j>arce qu'il leur pbiît, et ils rayent l'autre «le l'Ecriture, parce qu'il ne leur plall pas; ou |»lutôt parce qu'il ne leur plaît pas d'être l)rôlres, et il leur [laîrait bien d'être évoques.Et voudraient laisser en l'Ecriture une semence pour transformer avec le temps le pauvre et abject odice lie lenr ministère, en un titre honorable d'évôché.
Il suffit derechef que par la même licence
Ci3) S. CuRïsosT., De sacerdo.it.
(juand il leur plaira, ils sup|)Oseronl le mnt de hrryrr h (eiui «le | asteur, et ce avec la même autorité du calepin, et contre la foi et l'usage de la même Eglise: et lors tous les bergers seront iia.-teurs de l'Eglise réformée; cl lors on scral)ien empêché de leur montrer (pie Jésus-(^hrisl ait donné des pasteurs d'odico et d'anlorilé dans l'Ecriture. Car au lieu de pasteur on y trouvera le mot de berger suppo^^é. (>es choses ne sont-elles |)as ridicules ? El toutefois co sont les finesses et corrupli(jns de l'Eglise réformée ; et co en sujets si oublies, si évidents et si sacrés .
Mais de s arrêter davantage en ce lieu, ce serait passer de l'Ecriture à la grammaire et no pas poursuivre le point de l'article 31 j)Our la suite (lu(juel il entremêle ces questions. Et il sullil pour maintenant que le sieur Dumoulin entende bien ce terme (juand il dit ci-dessus au B. P. Gonlier: Vous n'avez nulle charge, car vous vous dites prêtres, et que les réformés de ce.siècle enlcndenl bien l'énergie de ce mot, quand on leur parle du grand pi être de la Synagogue ; et qu'enfin s'il veut ainsi traduire et exposer la sainte Ecriture, contre la naïveté du texte et l'usage de toute lEglise qui a jamais été et de tous les docteurs et i)asleurs que Dieu lui a donnés; il est obligé avant qu(? de le faire de montrer le pouvoir qu'il a d'interpréter et manier les saintes Ecritures : et I)ar ainsi doit rentrer en l'article de la mission et autorité [lastorale qu'il décline tant. Et jusqu'à ce qu'il l'ail fait , c'est assez que nous sommes en possession d'avoir et d'exposer les saintes Ecritures, selon qu'il a ]AÙ. à Dieu de parler à son peuple avant la naissance de leur hérésie. Car nousiouvons à ce projios, cl bien en [ilus forts termes après seize cents ans, leurreprot her ce quedjtTertullicn {De prœsc. centra hœrct. c. ^1);(Jui eslis '! quando et unde vcnistis ? quid in ineo agitis non mei ? quo detnque Marcion jure Sylvain meam cœdis / qua licentia , Yalcntine, fontes mcos transvertis ? qua potestate Apelles limites meos commoves '! Mea est possessio, olim possideo, prior possidco, habeo origines firmas ab ipsis auctorihus quorum fuit res. Ego sum hœresopostolorum, etc.
Et partant voilà notre adversaire, après ses fuites cl diversions, obligé de rentrer en l'article proposé et de ré|iondre de sa vocation ou de couvrir humblement sa faite par un silence. Et leur barque ne pourra jamais éviter cet écueil, quoiqu'ils disent tous et qu'ils fassent; car s'ils pensent agir par raison, elle n'est j)as le fondement de la foi, et l'on n'est pas tenu de l'ouir en un sujet (jui dompte le sens et la raison même. El s'ils allèguent l'Ecriture, ils ne la peuvent manier qu'en rendant compte de leur autorité; car on oppose celte forte barrière de l'autorité divine des pasteurs à la licence et témérité des particuliers. Et par ainsi c'est à celte barrière qu'il leur faut combattre de pied ferme cl non pas sauter de point en point et de question en question, et penser vaincre en fuyant comme les Parlhes^.
XVII. Orap.rèsavoirbattiietforcé l'ennemi; après avoir montré et dompté ses ruses, ses fuites et ses défaites ; après lui avoir fait quitter le change qu'il nous voulait donner et l'avoir réduit et ramené dans son article 31 de sa confession de fpi, c'est à nous, s'il n'y veut pas entrer, d'y entrer avec vous, et il est temps de vous ouvrir le livre, et vous faire voir et peser derechef les clauses de cet article, puisque ni de parole ni d'écrit vous n'avez pu tirer aucune instruction de nos premiers pasteurs en ce sujet. Car vous avez à considérer qu'il s'y agit d'un point non de doctrine arbitraire et inditlerçnte, mais de fui nécessaire à salut, selon la vérité de laquelle vous serez un jour jugés, et pour la certitude de laquelle il vous faut exposer votre vie et tout ce que vous avez de ])lus cher, de plus présent et de plus certain au monde. <
Et ce point particulier de volrcfoi, contenu en cet article, est de telle importance, que si vous n'en êtes assurés et éclaircis, vous n'avez, ni Eglise pour vous sauver, ni foi pour plaire à Dieu, ni salut que vous puissiez jamais espérer; car je vois qu'il vous reste encore du naufrage que vos pasteurs ont fait en la foi, ce jioint vivement im[)rimé en l'âme : Que fiors l'Eglise il n'y a point de salut. Voici donc les paroles expresses de l'article :
Art. 31. « Nous croyons que nul ne se doit « ingérerde son autoritéjpropre pour gouver- « ner l'Eglise; mais que cela se doitfaire « par l'élection, en tant qu'il est possibleet que « i)ieu le j)ermel. Laquelle exception nous y '(ajoutons notamment, [lour ce qu'il a fallu « queliiucfois et môme de notre tem[»s, au- « quel l'élat de l'Eglise était inlerrom^m, que « Dieu ai^ suscité gens d'une façon exlraordi- « naire, pour dresser l'Eglise de nouveau qui « était en ruine et désolation. ^îais, quoi qu'il « «.Q soit, nous croyons (ju'il se faut toujours <( conformer à cette règle. Que tous pas- « tenrs, surveillants et diacres, aient léraoi- « gnage d'ôtre appelés à leur oiîice (29*). »
Or, je vous supplie de remanjuer sommairement (car il faudrait dos volumes entiers, pour s'arrêter en cha(iue point).
Que nos adversaires posent en cet article une loi fondamentale en l'état de l'Eglise (le Jésys-Christ, et une règle générale de l'autorité divine qui est établie en icelle en ces termes : (c Nous croyons que nul ne se doit ingérer, » etc. Règle qui est fondée en la sainte Écriture, à ce qu'ils disent eux-mêmes. 5t puis ils apposent une restriction et pioditication de cette règle générale, comme ^1 appert en ces mots : « en tant qu'il est possible, f> etc. Excej)tion « ajoutée notamînent i)9r eux, » ce disent-ils, et non par Jésus-Christ, ni par ses apô.lres. Ex(;eption îion {)rouvée par aucun des passages de la sainte Ecriture allégués en la marge (30), et qui ne le peut être i)ar aucun autre texte
(29*) Muiih. xxvui, 10, 16; Marc.wi, IS; Jo«h. îV, IG; AcL 1, 21 ; liom. x. 15; TU. i, 5; Calai. 1, 15; I Tiui^ III, 7, 8, 9, 10, 15.
(jOj L'iul. ol de la conicssioii d'Auslour^-poi le en
formel qui vous soit proposé de nouveau.
Que cette exception est ajoutée par eux, et par une e.\presse nécessité : « Pour ce qu'il a fallu quelquefois,» disent-ils, «et même de notre temps, » etc. Dont il s'en suit que leur Eglise a sa ressource, et comme ]e fondement de son état, et l'origine de son établissement, dans cette exception. En sorte que si cette exception n'est écritç a\issi bien que la loi {)récédente, par les apôtres ou évangélistes, leur Eglise nouvelle n'a point de fondement de son autorité en l'Evangile ; et partant n'est point l'Eglisade Jésus-Christ, en la conduite et autorité-de laquelle il faut que les Chrétiens fasst^nV leur salut.
Que d'abondant il n'y a aucun texte forniel, qui dise ce que dit ce trente et unième article. Que l'Eglise chréiienne sera dressée de nouveau par gens suscités d'une façon extraordinaire^ ni qu'il y doit avoir, après le siècle des apôtres, une autre ressource et principe d'autorité apostolique en l'Eglise chrétienne, que celle qui est dérivée de la puissance de Jésus-Christ {)ar ses apôtres sans interrujition ; et toutefois on fait croire en ce lieu, que l'élut de l'Eglise était interrompu, et qu'eux sont suscités d'une façon extraordinaire. Dont il s'ensuit que leur Eglise n'a point d'autorité apostolique, et ne peut être dite apostolique pour ce regard, non plus qu'une Eglise qui serait schismatique, et qui conviendrait en doctrine avec la vrai Eglise. D'abondant ces clauses sont importantes au salut des fidèles, et font partie de leur confession de foi. Et il est bien nécessaire aux Chrétiens de savoir si l'Eglise de Jésus-Christ peut être interrompue ; quand et combien de temps doit durer celte interruption, et quand elle doit être suscitée de nouveau, et par quels prophètes oua[)ôtres. Les Ecritures donc cjui expriment si clairement et si intelligiblement toutes les choses qui regardent le salut des tidèles, que chacun, à leur dire, les y peut voir, et d'un discernement infaillible, sans aide do glose ni d'interprète, et qui d'ailleurs contiennent tant de particularités moins importantes que celles-ci, n'auront-elles pas déclaié ces accidents de l'Eglise, et marqué ces circonslances? Ou si elles ne les ont point déclarés, pourront-el.les être crue§ et i)roposées de ceux qui se sont obligés, par serment solennel de ne rien croire que ce qui est dans les saintes Ecritures? Voilà toutefois les points et les conclusions cjue l'on vous {)ro[!Ose en cette confession de foi, et qu'on vous fait jurer sans texte et sans autorité. Voilà les [)rincipes que l'on a posés à votre instruction, dont il faut tirer ces conclusions ; car vous voyez que je ne rapporte (pie leur style et langage ordinaire.
Et néanmoins il n'y a un seul texte, (jui dise cette proposition posée en cet article, « Que l'Eglise chrétienne sera dressée do
marge riiulicalioii des textes de la iiole 29 ci-dessus, lexie» qui sont tous relalll'à à la mission ou à rélcçliou des pasteurs. (Kiui.)
OKIVUES DE CONTHOVERSK. - DISC. 1, MISSION DES PASTHIRS.
nouveau pnr gens cusrilés, » c[c.. J'njnulo /scinhlcblemenl, (|u'il n'y en a Ufi seul, (jiii (lise «luo ceux de ce leiii|ts-(i, cl non auties, soicnlces « yens suscités d'une IViruri e\lr.iortlin.'iire, » etc. pour dresser l'Kgliso do nouveau. VA cepend.inl l'Iàrilure «pii dit si pleiiH'ineiil toutes ( lioses, devait dire; cl l'un <'i l'autre, ponr le salul des (idèles cl pijur sultvenir h la simplitilé de ceux ipii, dans !(• Ion;; terme de douze cents ans (pie l'oiiassi- {^ne h (elle éclipse cl défaillance de ri'>lisc, pourraient innoceinnienl estimer (pie «pielqui's-uns des liérésiarcpies élevés depuis en grand nombre, el en cliaipie centaine d'années, cl en toutes les jirovinccs de la lerre, seraient pcul-élre de ces gens (pie le monde devait attendre et entendre, et n'adhérassent à leur doctrine. Kl ce d'autant jilus rju'ils ont tous eu en Ixuk lie ce môme langa..^o de réfnrmnlion, ce ni<^iio dessein ati monde « de dresser l'église île nouveau, » mômes I>rétextes, mômes moyens de preuve et mômes prétentions do vérité et d'autorité que ceux de ce siècle vous proposent. Kt loiilHfdis de tant de milliers de |>ersonncs qui ont eu ce môme mot du guet en l'armée, ou deJésus-Cliiist, ainsi (pi'ils prélemlaient, ou de l'Antéchrist, comme nous crevons, il n'y en a, selon vous, un seul à (pii cet ollicc «ppailienne, le<iucl vous croyez par cet ailicle de loi ôtre réscrv«^ h ceux (le notre temps et de noire France. Concluons donc maintenant, et disons que si les saintes Kcritures doivent clairement contenir toutes les choses liai concernent le salul, comme vous disent les vôtres, et si celles-ci, si nécessaires et importantes ne s'y potrouvent point, comme vous le voyez, vous n'avez point à douter de la nullité de cet article. Kt si les mômes Ecritures (ce qui est l)ienplus) disent clairement el en plusieurs lieux, (|u'il viendra des séducteurs et faux prophètes qui feront des seclos 5 part, et jamais il n'est dit (pi'il viendra dos gens suscités d'une fai^on extraordinaire « jiour dresser l'Kglise de nouveau, » n'avcz-vous [»as un sujet raisonnable, de craindre que la (pialiléquc prédit l'Ecriture, ne leur C(jnvienne, et (jue i'ollice el (pialité (pi'ils s'attribuent, el (pie l'Ecriture ne ()rédil point et n'allribuc à i»ersonne, ne leur convienne pas?
XVIII, Mais il y a encore un autre point, réclaircissement (hKjuel est absolumenl nécessaire à votre instruction, avant que passer plus outre. Car maintenant vos pasteurs sont dans le cours d'une vocaiion ordinaire, commencée toutefois a de notre lem|)s exlraordinairement par des gens suscités, » etc. (ce disent-ils) et le [louvoirde ces gens ainsi suscités de Dieu en notre temps, pour un si grand œuvre comme « dresser l'Eglise de nouveau, « doit être fort éminenl el signalé en créance el respect dedans vos esprits. Il lauldonc que vous sachiez, el par les saintes lettres, si vous ou môme un il'eux tombe à l'avenir, ou soit déjà tombé par le [)assé, en un discernement ou de l'Écriture, ou du
sons de rEcrilure. contraire nu jugeniciit(pi(î lient et propose, comme infaillible, ^elliommo suscité d'une faç(ui extraordinaire pour dresser l'Eglise de nouveau ; s'il lui est permis OU 5 vous, d'opposer votri? sens et discernement |iarliculier, h ((dui de cet homme signalé (ruiiec(Mnmissionexlraordinaire.(!ar si (piel- (pie homuKî ou pasteur onlinnire, eiUiefusé (le croire ou de suivre un a;'<*»lre, (iiscernant ou e\| li'juant l'Ecriture, il eût mérité justement analhf'me, (pia d môme il eût été enseigné par un ang(;. Or vous ni vos pasteurs ne suive/ pas le iugemefil et discernement de Enllier en Vlicriture, car il juge pour é| llie de [taille, ce (pi'ou vous fait juger pour apost()li(jue ('iO*', et il interprète les Ecritures en un sens conlradicloire au vùlre, en plusieurs articles de foi nécessaires à salul, et notamment au point de l'Eufharisiic. Apprenez donc de vos minisires, la mctliOdeelconduile(pie votre foi doit avoir en ces dillicullés. El cependant considérez (pie Luther, ce Lulher, dis-je, qui a re(;u, ce dil-on, les prémices de l'e.sjjrit de réfurmalion, Luther (jui ne veut ni tradition, ni messe, ni papauté, Lulher qui est suscité de Dieu d'une façon extraordinaire, Luther pour ((ui vos pasleurs ont jugé contre l'Eglise romaine, soutenant (pi'il avait l'esprit de Dieu et un envoi apostolicpie pour ruiner l'anlechrist, et [)Our dresser l'Eglise de nouveau. C'est lui-môine<iui prononce analhème coiUro eux et contre voire foi, contre volro Eglise el contre leur ministère, el {lartant ils ont été condamnés par leur propre jugement (qui est la marque que l'Ajôtre donne 5 l'hérésie) c'est-h-dire, [uir celui que leur propre jugement a élevé par-dessus tout le monde el jiar-dessus eux-mêmes, puisqu'il doit être l'origine de leur ministère ; et il faut qu'ils f)rononcent un réciproque analhème contre lui, contre son Eglise el contre son analhème. Et, par ainsi, celui qui est condamné |!ar eux d'analhèrne et d'inlidélilé, est exlraordinairement envoyé, c'est-à-dire Luther, el celui qui le juge" et condamne, c'est Bèze par exemple, ou quelque autre qui n'est envoyé en nos jours que d'une façon ordinaire, laquelle encore a son cours et son principe dans l'envoi extraordinaire de cet homme miraculeusement donné de Dieu, lequel ce nonobstant on condamne d'hér-ésie et d'aveuglement en la foi. Oui est à la vérité une procédure el façon bien nouvelle et bien extraordinaire en l'Eciilure el en l'ICglise, et une fort étrange, soil nais^anco, soit usago de ministère. Naissance, dis-je, de ministère qui a sa sourccdans uu hoiumcanairiématisô en l'Oint de foi, parceux-là mômes qui tirent leur envoi ordinaire de lui ; et usage de mini>lère, dont le premier ell'et elell'orl, comme celui de la vipère c^t à déchirer le ventrequi l'a porté, c'est-à-dire à vouer aux enfers cet homme (pii vous a tous spirituellement engendrésen notre temps d'unefaçon extraordinaire. Et voilà toutefois le mini:5ière que vouSl suivez, el par lequel il vous faut entrer en lo^
(50*) A savoir rEj.iire iJe saiiii Jac({'!es ci plusieurs auire- pièces du Nouveau TestJjiiçnV»,
loi et au ciel, selon les principes de votre Eglise. Mais suivons les autres clauses de cet article et disons :
XIX. Que par la confession qu'ils vous présentent, et vous font signer de votre main et de votre sang, « leur Eglise est dressée de nouveau, m Et partant vous devez reconnaître de prime abord et de bonne foi, qu'elle n'est pas celle que Jésus-Christ a édifiée en saint Matthieu (c.xvi); car cello-là est aussi ancienne que Jésus-Christ même, et doit durer jusqu'à la fin du siècle, et partantne peut être interrompue, ni dressée de nouveau. D'ailleurs, ils ne vous disent point « où. elle est dressée de nouveau, en quel temps , et par qui ; » et ils ne marquent point les couleurs et linéaments de leur Eglise, comme si elle leur était encore obscure et invisible, môme dans sa propre visibilité ; ainsi seulement ils déclarent en un mot (qui dit tout ce qu'ils en osent dire) « qu'elle est dressée de nouveau et de notre temps. » De sorte qu'elle porte sur le front un certain caractère externe, une certaine marque parlante, et une certaine protestation visible de schisme, de nouveauté, de rébel lion et d'hérésie. Mais quoique c'en soit, vous avez à remarquer ces choses, à peser celte qualité, et à rechercher ces circonstances qu'on ne vous dit point; car elles importent grandement à votre salut et instruction, puisque de notre temps (selon la généralité du terme dont i's usent) et en notre même siècle, les uns ont commencé en Allemagne, {)eu d'années avant eux à Genève, et les autres ailleurs ont suivi leurs traces et leurs princi}ics, et ont donné plus avant, ce disent-ils, en la ruine de l'Antéchrist, et sont tous si ditierents, qu'ils se défèrent anatlième les uns aux autres. Chose si notoire qu'elle ne peut être ni cachée, ni désavouée! Chose si considérable que leur Eglise en ceci, tient de la nature du scorpion qui porte le remède et le venin tout ensemble! Car si vous entrez en cette recherche, voijs verrez plusieurs nouvelles Eglises con Iraires entre elles-mêmes, en sorte qu'un même ciel ne les peut soutenir. Toutes ce- I)endant si semblables, qu'elles sont comme sœurs germaines ; elles jiortent même nom de rétormation ; ont môme naissance de notre temps, ont même esprit et humeur, « ne voulant ni prêtrise, ni messe, ni papauté, ni tradition, » ont même conduite et I)rincipes; car elles font toutes profession i^olennelle a de détester les traditions huinaines et leur Antéchrist de Rome ; de ne suivre que la [)ure parole de Dieu, de ne lexposer que par lanalogie de la foi, par la conférence des textes, et par l'assistance du ^aint-Esprit en leurs cœurs (31). » Et toutelois de moyens si semblables, et de prétentions si égales, il naît une si grande diversité de créance, que l'on ne peut douter de I erreur, ou en la plupart, ou on toutes ces pouvelles Eglises.
(51) C'est le langage et h piélcnlion de tous les lieroiiijues.
Et vos ministres n'ont point plus de prétexte de vous autoriser et présenter l'une que l'autre ; ni vous plus de sujet de vous arrêter et commettre à l'une qu'à l'autre. Tellement que vous ne pouvez douter par l'état de celte procédure, par l'évidence de ces effets, par l'égalité do ces prétentions, par l'usage de ces principes, par l'incertitude et contrariété des conclusions qu'ils en tirent, de la nullité de cette créance, de l'instabilité de cette foi, de la nouveauté de cotte Eglise, de la mi^^érable condition et qualité de ce ministère, suscité d'une façon extraordinaire, démenti en sa naissance', et contredit par leurs propres auteurs. Ce qui porte une obligation manifeste et sensible à chercher l'Eglise et le salut ailleurs, cl à rechercher une Eglise qui ait Jésus-Christ pour auteur, et pnur fondement primitif et absolu, et qui aitélé édifiée par luiilyaseize cents ans, et non « dressée de nouveau; » qui ait pris sa naissance et son origine dans Jérusalem, et non dans Genève ; qui de là se soit réi»andue par toute la terre, et non inconnue a et invisible en toute la terre ; » qui ait acquis au Fils de Dieu le monde qui lui a été promis et donné de son Père, chassant l'idolâtrie, et débellant les hérésies de l'univers, et non une Eglise muette, une Eglise sans œuvre, sans puissance et sans ministère ; une Eglise qui ne peut prétendre même avoir conquis un pouce de terre à Dieu avant ce siècle. Bref, une Eglise qui soit marquée d'une suite perpétuelle de peuple et de pasteurs en touttemf)s, et qui soit apostolitiue en l'origine et en l'autorité de ses fonctions ; et non [las destituée de peuple, de pasteurs et de ministère apostolique. Et enlin une Eglise, « non qui puisse faillir, » mais à laquelle Jésus-Christ ait promis son esprit et sa parole à jamais j>our vous instruire ; sa puissance invincible contre les portes d'enfer (32) pour vous garantir; et son assistance, non en tous les siècles et en tous les ans seulement, mais tous les jours mêmes (tant il lui a plu d'être exact et veillant au bien de son épouse et Eglise) jusqu'à la consommation du siècle, pour vous assister et conduire et vos semblables, en tous les moments de la vie jusqu'à la fin du monde.
XX. Qu'en l'état de la religion chrétienne dont Jésus-Christ est l'auteur etlefonde-^ ment, il appert par les saintes lettres, que Dieu le Père a envoyé son Fils au monde pour y parler et édifier son Eglise. Ce qui fait que l'Eglise est doublement et singulièrement divine. Que ce Fils unique de Dieu, qui est le seul immédiatement et uniquement envoyé do son Père, a enseigné le monde en propre personne, et en se séparant de la terre il a consigné au monde son autorité, ce qui fait que l'Eglise est surnommée chrétienne, et est distinguée de ;a Synagogue qui a eu Moïse pour son auteur. Que celte autorité de Jésus-Christ n'a été
(52) Oinuibns dichns nsquc i(cculi. {Mttltli. xxviii, 20.)
ad comummaiionem