‹ Œuvres complètesChapitre 105 sur 540 · II. l»L SALIIIUCE I)i: LA MESSE · texte numérisé non relu

II. l»L SALIIIUCE I)i: LA MESSE

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Ecriture, et non nas de Jésus-Christ, si on ne veut par une étrange figure attribuer au

Messie l'ouvrage de l'Antéchrist ! Qu(!

comme il v n en la vieille loi et des sacrements et des sacrifices , ce n'est [)0S plus symboliser avec le judaïsme, d'avoir un sacrifice selon l'usage de l'Eglise chrétienne, nue d'avoir un sacrement selon la créance iî(! l'Eglise prétendue réformée , cl que la raison pour la(|uelle le sacrifice avait été institué en la loi précédente, savoir est, pour adorer Dieu d'un culte extérieur de latrie, etc., n'a pas moins de f(jrce pour le continuer en la nouvelle loi,(jui doit faire profession piibluiuc et exlerfio d'adorer Dieu par tout le monde , et la cause n'en est pas moins commune et valable que celle pour laquelle les sacreinents y ont été ordonnés et continués ! Qu'en l'éiat du Nouveau Testament, la saiide Ecriture nous représente davantage l'ordre et ra[»pareil d'un sacrifice que d'un sacremenl 1 Que la nature déco mystère ne re(;oit pas plus la condition d'un sacrement que celle d'un sacrifice ; et ses circonstances nous montrent autant l'inlention du Sauveur h l'institution de l'un quo de l'autre, et ses paroles donnent aussi bie.i la qualité d'un sacrifice (jue celle d'un sacrement : car elles sont aussi expresses à nous parler d'une victime immolée ou à imniuler, que d'une viande à mangerlQue, parlant en général, le fond de ce mystère peut également servir et à la fin d'un sacremenl, et à la fin d'un sacrifice l Et que pour toutes ces considérations et autres, que je n'ai le temps de vous représenler, celle sainte action de Jésus-Chrisl ayant élé nommée, estimée et reconnue pour oblation et sacrifice de ceux-là mêmes qui nous ont seuls appris et enseigné de ra|)peler sacrement , nous sommes liés d'une pareille obligniion do croire et reconnaître en ce mystère 1 une et l'autre qualité.

XI. Car aussi le prophète Malachie (i, 8), en ce beau texte que les Pères anciens, d'un commun accord, ont appliqué à l'institution et oblation du Fils de Dieu en l'Eucharistie, parle en termes exprès d'une oblation adeciée à l'état de la religion chrétienne i oblation, dis-je, universelle, substituée aui oblalions judaïques ; oblation une et toutefois olferte en tout lieu; oblation nouvelle, propre à l'état du Nouveau Testament; oblation monde et pure, et parlant autre que nos œuvres, toutes impures selon vous, et toutes communes à l'état de la loi, soit naturelle, soit écrite, soit évangélique; oblation tellement pure et plaisante à Dieu, qu'elle ne [)eut être rendue désagréable j)ar le défaut de ceux qui roQ'rent , comme les oblalions judaïques , car elle contient la source de loule pureté, l'origine de sancli-^ ficalion, le Fils bien-aimé auquel le Père |irend son bon plaisir, et l'Agneau sans macule (jui eil'ace les |)échés du monde l oblation, dis-je encore , faite en tout lieu en forme de gdleau de ['Ure farine (à ce que remarquent même les ministres et i»rofesseur3 de (ienève en ce lieu) (i3), qui est un caractère bien exigés (^ue le style de ce grand

(i3) Dans les annotalious itiiprimées à Geiiéve,raii lô88.

prophète a marqué et imprimé fort avant en ce passage, afin que les Chrétiens, voyant par après, soit en l'Ecriture , Jésus-Christ prendre le pain et le gâteau de pure farine, et traiter avec Dieu son Père en l'institution de ce mystère, soit en l'usage de l'Eglise, tous les 'prêtres, après Jésus-Christ et par son ordonnance, tenir entre leurs mains et en tout lieu ce même pain ei gâteau de pure farine , en la célébration du divin service; les Chrétiens, dis-je , voyant ces choses, ne pussent pas douter ni de l'intelligence de ce texte prophétique, ni de l'accomplissement de celte prophétie, ni de l'oblation de l'Eucharistie. A raison de quoi saint Irénée, l'ancien rejeton de l'école des apôtres, évoque et martyr de noire France , a dit ces belles paroles (1. iv, c. 32) : v( 11 prit le [>mn ([)arlant de Notre-Seignour), qui est sa créature, et rendit grâces , disant : Ceci est mon corps [Matlh. xxvi, 26), et semblablement le calice, qui est sa créature exposée à nos sens, l'a confessé être son sang, et a enseigné la nouvelle oblalion du Nouveau Testament, laquelle l'Eglise recevant des apôtres, l'otlVe par tout le monde à Dieu, à celui qui nous donne la nourriture, les prémices de ses ()résents en l'étal du Nouveau Testament: de quoi, entre les douze prophètes, Maiachie a ainsi parlé : Ma volonté n'est point en vous, » etc.

Saint Jean Chrysostome, après avoir cité ces mômes paroles : «Voyez, » dit-il [inpsal. xcv),« comme Maiachie âdéclaré proprement et clairement la table mystique qui est l'hostie non sanglante, et appelle les prières sacrées qui s'offrent après l'hostie, parfum pur. »

Saint Augustin, parlant de cela , dit (lib. xviii De civit., c. 35) : « Voyant que ce sacrifice est offert à Dieu en tout lieu par les prêtres selon l'ordre de Melchisédech, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident x- (où étiezvous donc lors, vous qui n'offrez point ce sacrifice et qui n'avez point de prêtres ? car vous n'étiez ni en Orient , ni en Occident, selon ce divin auteur? ), « du sacritice des Juifs, auxquels il est dit [Malac. i, 10) : Ma volonté nest point en vous, et je ne prendrai point d'oblation de vos mains, on ne peut nier qu'il ne soit maintenant cessé. » Et ailleurs {in psal. cvi) : « Cher* l.es-tu un prêtre et un saciitice entre les Juifs? Tu n'en as point, et tu n'en trouves point selon l'ordre d'Aaron, parce qu'il a mis les fleuves en désert. El en cherches-tu selon l'ordre de Melciiisédech? Tu n'en trouves point parmi eux , mais par tout le monde il est célébré en l'Eglise. »

Aussi est-il manifeste que le Sauveur, on l'acte i)rincipal et [)lus substantiel de celle insti tulion sacrée et religieuse, et lors mêuie qu'il tenait entre ses mains le pain et le gâteau de pure farine , comme parle Mala- < liic, n'agissait pas seulement avec les apôtres, leur disant : Prenez, mangez; mais

CARDINAL DE BERULLE. 700

il traitait aussi avec Dieu son Père, auquel il est dit no[i\mmoui qn il rendit (jrdces. Ce qui ne peut Mre entendu des grâces communes et ordinaires à l'issue des banquets; oar il le fait h l'entrée, et non à l'issue de celuici. Et les évangélistes (qui ont omis le récit de ses grâces usitées on tous les sou|)ers que le Fils de Dieu a faits avec ses apôtres en l'espace de trois ans, et môme en la célébration de la Pâque dernière, qui a précédé ce céleste et mystérieux banquet) ont rapporté diligemmetît et remarqué cette action de grâces, comme chose qui est propre et particulière à l'instiiulionde ce divin mystère. Ce qui est d'autant plus à considérer, que l'état de la religion étant partagé en deux sortes de cérémonies saintes cl divines : celles qui sont de Dieu à l'homme portent le nom de sacrements, et ont cela de ]iro[)re, que Dieu traite par icelles avec les hommes, en descendant de sa justice en sa miséricorde pour leur donner sa grâce; celles qui sont de l'homme à Dieu portent le nom de sacrifices, par lesquelles l'homme, enseveli dans son péché, commence à sortir de soi-même pour traiter avec Dieu et se donner à lui, en lui rendant l'entier hommage de son service.

XlLQuesi, outre celte circonstance, nous venons à ouïr le propos qui suit, et à peser le sens et l'énergie de la parole constitutiye de ce mystère [h-k], que Jésus-Christ prononce incontinent après , nous verrons qu'elle déclare et établit la présence de ce corps et de ce sang , qui est la victime du genre humain, comme il appert par le sicritice de la croix, et demeure à toujours, selon saint Jean, la propitiation de tout le monde. Dont il s'ensuit qu'en cet acte de religion qui se fait en l'honneur de Dieu et en cette cérémonie et profession sensible du culte externe que nous vouons à la Majesté divine, il y a une rare et excellente victime qui est rendue présente devant Dieu, à un usage religieux et sacré, ce que l'Eglise (de laquelle il nous convient apprendre l'usage et la propriété des termes ecclésiastiques) appelle consécration , oblation , sacrifice. Car à quel j'ropos la présence d'un agneau commun et ordinaire , ou d'un pain ei gâteau de pure farine, mis en la table de Dieu qui est son aulel, est un vrai sacritice? Et la présence de ce pain vivant descendu du ciel, de ce Fils unique et agneau singulier de Dieu qui ôle les péchés du monde, faite (lar ro[)éraliondu grand prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech, lorsqu'il commence à se dédier et offrir lui-môme à la croix, ne sera pas un vrai sacrifice? Car il faut observer à ce pro[)Os une belle do('trine de saint Grégoire de Nysse, lorsqu'il dit (oral. 1, Deresur. Chr.): « Noire-Seigneur, prévenant l'agression violente des Juifs , s'offrit pour victime, étant lui-même le prêtre et l'agneau. Vous me demanderez quand cela fut? Lorsqu'il donna son corps à manger et son sang

(44) Apres avoir ilit: PrfHt'i cf «(«H^ez : il. ijoiitc, xxii, \d) , ou : Ceci est won corps qui cs( roitij'U Ccct Cit mon corps qui e^t ctotnié )wur vous (l.uc. pwr vous.[I Cor. xi,2i, selon le grec, 1 Jottii ii)

ŒLVRKS DK CONTUOVKKSK. - DlSt:. II. DU SACHIHtE DE LA MKSSE.

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h l)(>ii(! h SCS ili'sciidcs. » Tellenifiil <iii(', comiM.' lo Fils (le Oicii Irnilniil «vcc son rùre /iii jnrdiri dos ()liv(!s n voulu en >n Itréseiici" Hra Iciiil et coiiveil «le son snii^ nv.niil «|ue le fov de In laiico et des clous lo lir.ll hors tie son rorps et de ses veines, et ninsi prévenir I (dlorl des Juifs en (elle effusion extrnordinaire ; «ussi (selon la remarque de ce ^rantl lionnne, l'ieil del'Kgliso orienlnle) le niôrne Fils de Dieu en te divin banquel, Irailanl avec son Père el lui rentlanl [içrAces, i-l a voulu prévenir l'oMatiori visilde el sanj^lante de la croix par cette clfusion sacrauienlale et ininiolalion inysliijue en I'Kik liarislic. Ft si nous observons les inomenls de celui .jui fait toutes choses, en temps, en poids, en nombre el en mesure, nous verrons celte a( lion mystérieuse avoir été réservée par lui comuii- 5 la dernière heure de sa vie , et lors(pie sa passion réelle tl sanjjçlante avait déj<^ son cours (si nous la recherchons en >a source, c'est-àdire au ciL'ur de Judas et au dessein des Juifs) , alin que celle action religieuse el sacrée se trouvAt engagée dans les bornes de ses soutfrances, el lût inil alive et dédiealive du mystère de la croix, el que l'oblation mystérieuse qu'il fait de soi-même à Dieu son Père en rFucharistie fût suivie, continuée el exécutée visiblement et sannlantfMiient en son humanité, sans i'interrujilion d'aucune autre action el mystère. De sorte que c'est ici (ju'il commence de faire le [iremier pas pour aller à la mort, soit intérieurement en la pensée de son cœur, soit religieusement en la cérémonie qu'il institue, soitextérieureraenl en |iarlant du cénacle [lour aller au jardin où il devait verser son sang yar toutes les parties de son corps, et où l'ennemi avait son rendez-vous pour le prendre et le conduire au Calvaire. (]ar il se lève de cette sainte et dernière table où il a fait l'Fucharistie, pour entrer aux agonies de la mort qui le saisirent en ce janlin, cl se lève avec celte belle parole: il coijnoscal inur^dus (ixiia diligo Patrem , ci sicut maiidutum dédit viilii Pater sic facio, isuryile camus hinc. {Joan.\i\, 31.) I^llceiles, vu et considéré que le Fils de Dieu n'aura pas atiendu île s'olfrir à la mort à l'instant seul de sa soulfrance, et que sa charité aura lirévenu et devancé la malice et la rage des Juifs, el que nous le voyons en ce dernier souper n'avoir autre propos en la bouche avec ses apôtres que de sa mort el passion, el qu'il la voyait présente au cœur el au dessein de Judas, qui était avec lui en la même table, el qu'il faisait même lors un mémorial [lerpétuel de celle souU'rance , et qu'il donnait en cette pâquc nouvelle el chrétienne le u ôme agneau qui devait mourir pour notre réden)|ilion en la croix : estce chose si éloignée de la dignité de Jésus- Christ insiilnaiit les merveilles de l'Eucharistie ou du mystère de la croix , qui est si proche el si conjoint à celui-ci , ou de la relation de ses mystères par ensemble {comme

si c'était un autre, et non le même Sauveur nue nous voyons au cénarlo de Sion faisant I Fucharislie, et au (lalvaire soulfranl mort el passion) , qu'il faille donner la géhenne h V05 es|)rits, pour vous fore croire qu'il a plu h Noire-Seigneur en l'ade de son Teslanient se souvenir de sa mort, et en présenter h Dieu l'otTrande et l'aci eptation volontaire, lorsipi'il en institue le sacremcnl el lo mémorial perpétuel? Si vous voulez tous laisser conduire à la lumière descs paroles, elles vous disent clairement : Crci est mon corps, Icffuel est donni' pour vous; ceci ett santj, Icfinrl est répandu pour vous (Luc. xxii, 19), (pii sont paroles d obintion el de sacrili( e. (^ar être donné pour nous, el êtr« oU'ert pour nous, sont choses éfjuipolenlesl XIII. Oue si votre dureté ne peut se rendre et s'amollir à ce [»ropos, et vous cherchez des issues et des ligures |)our rapporter celle elfusion h la croix , et vous voulez encore un coup couvrir l'autel de Dieu de ligures et d'ombrages contre les défenses anciennes, il me sullil de vous dire qu'il est bien vrai que le sang csl répandu en la croix, ce que nous ne nions pas, el ne combat rien de notre créance; mais il est faux qu'il ne soit répandu (ju'en la croix; et il est faux encore que ces dernières paroles de Jésus-Chrisl ne s'entendent que de cette elFusion en la croix; car les évangélisles nous rapportent, non une, mais trois effusions de son sarg, au dernier jour de sa vie : l'une sacrée cl mystérieuse en l'autel entre ses apôtres* l'autre violente et miraculeuse au jardin, ei (comme nous pouvons ()enser) entre les anges ; et la troisième, violente mais ordinaire, en la mort de la croix entre les bourreaux. Et deux auteurs sacrés vous empêchent de référer cette oblation du corps de Jésus- Chrisf, et cette effusion de son sang h la croix ; car saint Paul rend ces premières })aroles : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous, i)ar celles-ci : Ceci est mo» corps, qui est rompu pour vous (45), lesquelles ne se peuvent référer directement, sinon au corps de Jésus-Christ sous les espèces sacramentales. Donc ce corps, tandis (lu'il est sous ces espèces, est donné et est rompu pour vous. « Cela, » dit saint Chrysostome,» se peut voir en l'Eucharistie, et non en la croix ; au contraire, l'Ecriture dit : Vous ne romprez un seul de ses os [Joan. xix, 36; Exod. xii, W) ; mais ce »iui n'a point été fait en la croix se fait en i'oblalion pour toi. » El saint Luc (c. xxii) rend ces paroles de saint .Matthieu (c. xxvi) : Ceci est mon sang répandu pour fou5, par celles-ci -.Cette coupe est répandue pour vous, référant nolammeiii l'ertusion à la coupe, el non au sang, atîn (juc vous croyiez ()ar saint Matthieu « que le sang est en la coupe, v ce qui déclare la [)résen>.e du corps el du sang en l'Eucharistie ; et par saint Lnc : Que la coupe est répandue pour nous, ce qui démontre le sacritice. La coufie, dis-je, ouïe sang en la coupe, el non le .>ang en la croix, -lar en la croix il n'y a i oint de coupe répandue

(45) ToÛTO '/ov «ffTi TO ffôJ.ua, t6 •jr.ip •luû/ xÀwfxtvov. (/ Cor. Xl, -4.)

OEUVRES COMPLETES DU CAKDINAL DE BERLLLE.

pour nous, et vous vovez en l'autel une coupe; et si vous croyez saint Luc, celle coupe que vous vovez en l'autel est répandue pour vous : cette coupe, tlis-je derechef, et non-seulement le sang qui est en la coupe; mais ce sang lorsqu'il est en la coupe, et en tant qu'il est en celte cou()e, est ré|iandu pour nous, si vous jugez digne do votre créance cet évangélisle. Je msls cette condition, non pour vous offenser, mais pour vous déclarer comme, du texte de saint Luc, deux puissants et violents efforts sont tirés ]:)Our la vérité du corps et du sacriQce do Notre-Seigneur en l'Eucliaristio, que Bczo n'a pu parer qu'en proférant un blas|ihèn)0, ou ôlaut l'aulorité du texie sacré (i6); car il airae mieux accuser l'évangélisle de fauio, et l'Evangile de corruption, que non pas d'accuser sa nouvelle créance; réformer le texte sacré et le style du Sainl-J-'si^rit, que réfonuer sa foi; "et corromi)re et altérer le Testament de Dieu, que changer sa doctrine, qui est une pure irréligion (car il avoue que tous les exem|ilaircs portent ainsi), et une i'isigue fausseté et corruption qui unie encore dedans vos Bibles (kl). Et quand vos minisires la cliangercnit et réformero! t, ils changeront et réformeront leur foi, s'il jilaît à Dieu. Car si la coupe est répamluc pour nous, selon la vérité de cetexle évangéliquc, il s'ensuit évidenmicnl que lo sang de Jésus-Christ est dans la coupe, co qu'ils n'ont pas vou'ucroirejusqu'à f)réscnl; car il n'y a point d'autre liqueur au Nouveau Testament répandue pour nous que le sang de Jésus-Christ ; et il s'ensuit manifesteuient quf ce même sang, en tant qu'il est dedans la cou[ie, est répandu pour nous, puisqu'il a plu au Saint-Esprit de dire que lu coupe est répandue pour nous.

XIV. Or, quand on })arle en ce lieu de sacriflce et d'effusion, remarquez, s'il vous plaît, que cette effusion est mystérieuse, et non [)as violente et sanglante, comme celle qui est arrivée en la croix; car le Fils de Dieu sait bien accomplir la vérité de ses mystères sans détruire la vérité de sa nature. Et par sa puissance et sapience, qui surpasse les bornes de nos sens et de noire intelligence, il sait bien effectuer et établir en ce mystère une immolation sans occision, une manducation sansdigesiion, et en somme uu sacrihce vrai et i)arfait, sans être pourtant un sanglant sacrilice; car, à parler j)roprement et généralement, il n'est pas de l'essence du sacrifice d'enclore l'occision de l'hostie, mais seulement de l'exclure hors de l'usage commun et vulgaire et l'appliquer et dédier à un usage du tout religieux et sacré; et où même la destruction do l'hostie^ .serait nécessaire, il n'est pas besoin qu'elle se fasse en l'acte jirécisdu sacrifice; mais il sulht ou qu'elle soil destinée à celte immolation, ou qu'elle ait été auparavant immolée. Et il y a une j)reuve assurée de ce; te vé-

(40) Beza,, tu Lucam, selon l'ôililion de Robci l E«i«nne.

(47) Au lÏLU de tourner selon l'original didé pu

rite dansleicri/j</i<e(c. xvi), au sacrifice annuel pour le péché, ampiel ila pluàDieunous laisser une iuiage vive de ce mystère, c'est- ?i-dire de ce vrai et non sanglant sacrifice de l'Eucharistie. Car une des hosties qui étaient offertes en propitiation annuelle pour lo péché n'y était point égorgée, aitis soi tait vivante après l'acte du sacrifice, et seulement était excluse de l'usage profane et envoyée au désert. Figure très-excellente et rare selon Calvin [in Levit. xvi) ((}ui ne reconnaît en la loi que ce seul sacrifice non sanglant), et de laquelle nous voyons l'accomplissement en ce mystère, auquel l'hostie et l'Agneau qui y est [)résenté et offert, demeure vivant en l'acte et après l'acte du sacrilice, sans y [)erdre rien de son être, de sa vie et de sa gloire.

Disons donc que le Sauveur, en celte sainte et dernière action de sa vie, a institué et un sacrement et un sacrifice tout ensemble, ainsi que nous le voyons traiter et avec ses apôtres et avec Dieu son Père ; que ce sacrifice non sanglant est pleinement fondé au sanglant sacrifice de la croix, duquel il tire et sa nature et sa vertu ; car sans la croix nous aurions bien Jésus-Christ présent en ce banquet, mais nous n'aurions pas une victime présente, d'autant qu'il est fait victime par le sacrifice de la croix; que cette qualité n'intéresse point l'être et la vie naturelle do Jésus-Christ, car nous le croyons être toujours vivant et glorieux, et au ciel et au sacrement ; etcomme en qualité dcsacrement, cette viande qui nous est donnée a cela de propre (jar-dessus les sacrements de la loi, c'esl-àdire l'eau de la pierre, la manne du désert, l'agneau de la pâque; qu'étant prise et mangée, elle n'est point usée ni changée en la nature de celui qui la reçoit, ains demeure vive et im onsomptible à jamais; aussi en qualité de sacrifice, cette victime a cette pré rogalive qu'elle n'est point consommée par l'acte du sacrifice, comme elle n'est point usée par l'acte de la manducation, et demeure en sa vie et en sa gloire, soit au cœur et au sein des fidèles au sacrement, soit au chœur et en l'autel de l'église au sacrifice. Chose préfigurée es ombres de la loi mosaïque en cette hostie propitiatoire i)Our le péché, qui demeurait vivante durant l'acte et après l'acte du sacrifice , et (jui a donné sujet à un ancien auteur (Cyprian. , De cœna Domini) de remarquer fort h [iroj^os, que celle hostie était inconsomptible, etque, si elle pouvait être consommée comme les autres, la religion périrait n'ayant plus d'hostie : « Viande inconsomptible, » dit un autre auteur, « holocauste demeurant toujours en son entier, que nulle multitude de peuple ne peut user niconsommcr, et nulle antiquité envieillir. » « Agneau immaculé, » dit saint André à l'instaiil de son martyre,» quej'otfre tous les jours en l'autel, duquel après que le peuple a mangé la chciir, l'agneau demeure toujours vivant

le S;>int-E>prii , la coupe est répandue pour nous. ils loiiriKiil S'jloii lic/.e , L- sumj ei>l répandu pour nous.

liaVUKS DK COM UOVKIlSi:. - DISC. Il, Hf SACHIUCK DR LA MF.SSE.

n enlicr. » (loiniiio si Dieu dniis son l"!yli.so ont'rnilJ'M cri liolcjcniisio (•'L'sl-.h-ilirc, cnct'ite vi( linio iinnioléo unr le ffu (rniiiour ol chnrii(^, vi nul) j.imais ( onsonpiitM' en su .snl)slance Pt n.'iliirc; 0|i(Vnil, cJis-ji;, (('lie morvcillc (jii'il (il voir l\ Moïse sur In moiU/igno (l'OreL) en eo buisson nrdenl cl lum j.iiiiais l.rOié.

\y. Des (llvera notnn (ptc l'Ii^/lisra impostes à celle insiiiulion de Ji'xux-i'lirist. — (les choses ainsi [loiées cl ('•l.ililies .>ur l'élal et l'essence de ce paifnil cl divin sncf ilicp, si vous dt^irez avoir qucNjiie é( laircissenienl .•^ur le notu el le loi mulaiie donl il esla|t()elé et «éUM»r6 en l'Kj^iise, vous devez savoir en peu de mois, (|tie lo S.iuveur n'a iinpfisô aucun nom h celle acliofi religieuse et sacrée, parln(|uelle il a institué c<ï haut et divin mystère, laissant h rKglise, qui doit former la voi\ de ses enfants, c(jnmie étant leur mère, de leur apprendre les noms (ju'eile jugerait convenahles àcelle insiiiulion. Connue si ce même Dieu, (jui vient sauver le monde par sa bonté après l'avoir créé par sa pijissance, voulait observer la mémo uiélhodo qu'il observa lors. Ki comme en la ( réation il voulut ijue non lui, mais Adam itnjioscll les noms aux créatures (jue cet lionwne n'avait point formées el qui n'étaient en être que par sa divine puissance; qu'ainsi son Kglise imposAt elle-même les noms aux mystères que lui et non autre lui enseigne el qu'il institue lui-même; et que ses mystères, comme ils n'ont point d'autre origine en 1 usage el en la créance des lidèles, que la révélation et insiiiulion divii.e, ainsi ils n'cussenl aucune autre dénomination en la bouche el au langage des hommes, que selon l'ordonnance et décision de l'Kglise, qu'il a plu 5 Dieu douer d'autorité, de sapience el de luniièie pour instruire ses enfants de ses secrets, el pour les exposer el nommer selon leur vraie nature el condition.

Or l'Eglise, qui a reçu du Seigneur ce mystère, el n'a reçu de lui aucun nom {)Our l'exprimer, étant besoin de lui apj>ro|trier quebjue terme, elle luia imposédivers noms selon l'autorité el sapience qu'elle a reçue de Dieu, elelle les a fondés ou es diverses excellences el perfections qu'elle a re<onnues en cette insiiiulion ; ou es divers usages el etfels auxquels ce divin mystère est destiné, ju bien es circonstances esquelles il a été ou pnmilivemeni institué ou ordinairement célébré. Ainsi, elle l'appelle sacrement en tant qu'elle y trouve le pain du ciel et la vraie viande des hommes. Elle l'appelle sacrifice, en lani qu'il rend sous ces espèces riiostie du genre humain }>résenle devant Dieu, c'est-h-dire ce corps qui est livré pour noM5, ce samj qui est répandu pour nous. Elle l'ap[ielle VEucliurisiie en tant qu'elle y reço;l Lon seulement la grâce comme es auires sacrements, mais l'auleur même de la grâce. Elle l'appelle communion en tant que ce corps el ce sang précieux est le ciment el la liaison des peujdes, non-seulemenl entre eux-môujes, mais aussi avec Dieu. El génépjlcmenl l'Eg'ise orientale lui a donné le

nom d(! liluryir, r|iii vo retrouve même dans les Arles des updlrrs (<". xiii), et l'Eglise o.(identaio le nom de Mrsur , entant (jiie le."* dom.'sii(|iios de la foi y élaienl séparés des étrangers, l'est-h-dire de ceux (jiii étaient hier» admis h ouïr la parole de Dieu, mais n'étaient pas esiimés dignes de voir ce mystère, lt.'(piel était le sujet [irincq.al et ordinaire (pii assemblait les lidèles en l'église, pour rendre chaiiue iour rhf)mmage h leur Dieu présent en lEm liarislie, el pour y louer el invoipicr son snini nom.

\VI. Pc la forme usiiér par l'Iùjli$e en la célébration de ce divin mystère. — El quanl à la forme de célébrer ce divin mystère, comme l'Eglise n'a reçu aucun norn pour l'exprimer, aussi n'a-l-ellc eu, ni du Sauveur en l'Evangile, ni des apôtres en leurs épllres, aucun ordre et formulaire institué pour la célébration d'icelui. Sur ijuoi ilesl a propos de considérer rjuc le Sauveur s'élanl contenté d'insliluer les autres sacrements, sans les célébrer lui-même, il a voulu réserver celte prérogative à la dignité de ce mystère, que de le célébrer el accomplir avec ses apôires, avant .«^on départ do ce monde; qu'il a voulu aussi que celle sainte el sacrée action fût la dernière de sa vie cl de sa liberié, el comme l'a lieu à ses apôtres, et l'entrée de la cruelle el sanglante tragédie de sa morl : car à l'issue de ce banquel on ne le trouve [dus qu'entre les Juifs, les soldais, les larrons el les bourreaux. Donc, ayant en ce soir à faire un abrégé de plusieurs merveilles, à acconiplir de très-grandes actions, à donner des inslitutions très-salulaires, à laisser de vifs el rares exemples d'une vertu singulière, el à enclore tant de mystérieuses aillons dans la circonférence d'une petite heure qu'il appelle sienne {Joan. xvii) ; ce mystère se trouve accompagné, en sa première insiiiulion, de [)lusieurs circonstances louîes [larliculières, qui ne doivent être iniilées ()ar après, et qui sont alleciées au temps el aux autres actions que lo Seigneur accom|)lissail lors, aussi bien qu'à l'élal de ce mystère : lequel étant livré à l'Eglise pour durer jusqu'à la lin du monde, elle en a dû considérer la nature el la condition, et apprendre de là quel était l'ordre el le formulaire (|u'elle d«ivail prescrire el ordonner à ses enfants en la continuation cl célébration ordinaire d'icelui.

Que même vos ministres imitent peu les circonstances de celle sainte insiiiulion. Car le Seigneur l'o faite assis, en un soir, et après souper, et eux la font debout, en un malin, el à jeun. Il n'y a admis que les apôtres seuls, et non ses disciples: il n'y a reçu que des hommes, el non des femmes, non pas même sa mère, ni ces vertueuses dames qui le suivaient el servaient journellemenl; el eux y reçoivent non-seulement les pasleurs de l'Eglise , mais aussi tous les fidèles de l'un el de l'autre sexe inditléremment. Il a adjoint celte institution à l'Agneau pascal et a un lavemenl des [deds, comme à un préparalif nécessaire, el a Uni ce banquet par

un hvnme et cantique , qu'ils tiennent être le cantique ordinaire qui se chantait, selon la coutume des Juifs, après la célébration de la pâque (comme si le Fils de Dieu eût youlu non-seulementcommencer, mais aussi enclore ce mystère dans les formes et cérémonies judaïques) ; et eux ne pratiquent aucune de cesparticularités(4-8).llaprisdu painsans levain ; le tenant entre ses mains, il l'a béni, et a rendu grâces à Dieu son Père ; et sur ce pain a prononcé ces paroles : Ceci est tnon corps. {Matth. xxvi , 26.) Et les ministres, aimant mieux se rendre dissemblables à l'Eglise que semblables à Jésus-Christ, usent de pain levé contre l'exemple de Jésus-Christ et contre la forme de l'Eglise dans laquelle ils vivent; ils ne bénissent point le pain de leur cène, ils n'y observent jjoint cette action de grâces remarquée par les évangélistes; et ils ne croient pas que ce soit le corps du Seigneur, contre la clarté de sa propre parole. Bref , ils commencent cette action par une excommunication , au lieu que le Sauveur n'y excommunie personne, et n'en exclut pas même Judas, et ils ôtenl le lavement des pieds, qui n'a son origine qu'en Jésus-Christ seul , et qui est pratiqué à l'entrée de ce divin mystère comme faisant partie d'icelui , et comme étant un préparatif nécessaire, et qui semble même commandé de lui en termes exprès : à ce qu'il apparaisse, comme ces nouveaux pasteurs prennent cette licence, d'ôter et d'ajouter à cette action de Jésus-Christ, ce que bon leur semble; et comme eux, qui ne sont que particuliers venus à la fin des siècles, quinze cents ans après, en un coin du monde, et d'une façon tout extraordinaire, ils usurpent cette autorité de juger ce qu'il faut omettre ou ajouter en cette action de Jésus-Christ , après avoir voulu ravir solennellement cette puissance à l'Eglise ancienne et universelle.

Or, laissant ces oppositions particulières, si nous considérons le narré des évangélistes, il appert comme, en celte sainte action de Jésus-Christ, il y a des circonstances, dont les unes doivent être omises , et les autres conservées : et ce discernement n'étant point fait dans la parole de Dieu, il est sans doute qu'il ne peut être mieux prescrit que par l'autorité publique, ni mieux appris que de l'Eglise universelle. Car ce qui nous reste de l'action de Jésus-Christ n'est précisément que l'essence du mystère, et le commandement de le pratiquer, et non l'ordre et le formulaire qui y doit être observé, comme aussi l'a remarqué saint Augustin en l'épître 118. Tellement que nous avons le mystère de Jésus-Christ, et de l'Eglise la forme commune et universelle de le célébrer entre les peu[)les. Détromf)ez-vous donc, Messieurs, et avec nous tenez inviolablemenl ce mystère que vos ministres violent et anéantissent en sa substance, pervertissent et profanent en son usage, dépouillent et avilissent en sa vertu. Gardez fermement

Tordre et la forme usitée par l'univers, et instituée de ceux que le Sauveur a commis pour dispensateurs de ses mystères; et n'écoutez plus les esprits contentieux de ce siècle, qui se rendent sacrilèges en l'un, et rebelles en l'autre.

DISCOURS m.

DE LA PRÉSENCE DU CORPS DK jÉSUS-CHRIST EN LA SAINTE EUCHARISTIE.

1. Le sieur Dumoulin se vante de croire la vérité de ces paroles : Ceci est mon corps : et l'auteur montre qu'elles doivent être fausses, si la confession de foi des ministres est vraie. Il prouve la vérité du corps de Jésus-Christ en l'Eucharistie, par le témoignage des Pères. — II. Il rapporte plusieurs autres témoignages des Pères sur ce même point. — 111. Ce passage de saint Paul: Le pain que nous rompons , etc^ est maintenu contre les hérétiques. — IV. Ces paroles de saint Paul : Le pain que nous rom[)ons, etc., ne sont point la glose de celles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps. — y. Explication de ces paroles : Nous qui sommes plusieurs, sommes tous un seul pain et un seul corps. — VI. Il montre derechef que les paroles de saint Paul ne sont point la glose de celles de Jésus-Christ. — VII. C'est itn fait bien étrange que , de ces paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, et de celles de saint Paul: Le [)ainque nous rom|)Ons, n'est-ce pas la communication du corps du Seigneur? les ministres osent inférer que ce n'est ni son corps, ni la communication de son corps. Il découvre leur ruse, leur malice et leur impudence sur ce sujet. —

VI II. Jl explique ces paroles : Sciens Jésus quia omnia dédit ei Pater in manus, etc. Cum dilexisset suos qui erant in mundo , in finem dilexit eos. Et entre dans l'institution du très-saint sacrement parlant des motifs et circonstances d'icelle. —

IX. Il y a trois sortes d'émanations et opérations de Dieu hors de son essence , qui constituent trois ordres différents : celui de la nature, celui de la grâce, et celui de l'union hypostatique. Les hommes, par le mystère de l'Eucharistie, sont tirés à l'association et communication de ce divin état de l'union hypostatique. Rapport admirable des Chrétiens, en ce mystère, à la trèssainte Vierge, en la part qu'elle a au mi/5tère de l'Incarnation. — \. Il y a deux sortes de noces ou alliances du Fils de Dieu avec nous. Es unes il épouse notre nature, es autres notre personne. L'Incarnation et l'Eucharistie établies le même jour, 25 «jars. — XL // infère des circonstances de ce mystère, quelle en doit être la substance. — XIL Ce que le Fils de Dieu prend est le pain; mais ce qu'il donne est son corps. — Xlli. En ces paroles : Prenez, mangez, ceci est mon corps , il y a commandement et oracle. Et s'il n'est pas vrai que ce soit son corps , il n'est vas corn'

(48) Dans les annolaiions de la Bible de Genève , 1588.

(»:i'VRKS DK CO.NTROVKRSE. - m^.. Ul, SL'H l,A PHKSENCK REFLLE.

mandé de mangff son corps: cr t/uo toutefois les hérétiifucs ^retendent — XIV. Les hérétiques ne pruvint arrêter le cours de leur créance à cette parole du Verbe : ("eci <;sl mon corps , que pur le doute de son pouvoir ou de son vouloir. — XV. Le soin des hérétiques est non d'tntcndre le testament de Jésus Christ , (tins de nr le pas entendre. Les Pères er^sii(jnent que nous devons entendre simplement et naïvement cette parole du i'ils dr Dieu : ('eci csl mon corps, en désaveu des sens et en force de créance et de respect à celui qui parle. — X\'I. Les hérétiques ne peuvent dire quel intérêt ils ont à obscurcir la parole du Fils de Dieu. Les hérétiques, par un excès d'impiété et d'impudence , ne reçoivent pas seulement la parole du serpent, comme fit Lve ; ains l'opposent à celle de Dieu , et , ce qui est plus étrange, osent la lui attribuer, et lui faire accroire qu'il a dit : Ceci n'est pas mon corps. — X\ II. // recueille en peu de mots toute la force du discours précédent , pour presser l'esprit de se rendre humblement à la parole de Jésus-Christ. — XN'III. La première marime que les hérétiques ont avancée pour la ruine de l'Eglise , qui est de recourir à l Ecriture sans glose, est celle qui les condamne en ce point: marque évidente de leur aveuglement.

I. Le troisième point proposé en celte rencontre est sur ces mots de Jésus-Christ à ses a[»ôlres: Prenez et mangez, ceci est mon corps [Matth. xxvi, 2C) : sur quoi le sieur Dumoulin dit qu'il ne doute point de la vérité de ces paroles. Mais il me permettra de lui dire qu'il est autant fauï, selon lui, que ces parolesde Jésus-Christ soient véritables si sa confession de foi est véritable, comme il est faux que ceci soit son cor|>s, si ceci n'est pas son corps. Car Jésus-Christ dit clairement et naïvement l'un, et le sieur Dumoulin croit et public appertement l'autre, c'est-à-dire Jésus-Christ dit que ceci est son corps , et lui croit que ceci n'est pas ion corps. Car si ceci est le corps de Jésus- Christ , il se voit clairement que ceci est entre les mains de Jésus-Christ lorsqu'il célèbre et institue la sainte Eucharistie. Son corps donc était lors entre ses mains. Or chacun sait que le sieur Dumoulin ne le croit pas, et qu'il s'en moqueapperlement en ses prêches et dans ses livres! Mais un docteur (S. Augustin) plus savant et plus humble que lui, et meilleur disciple de Jésus-Christ que lui, ne s'en est yas moqué en ses Commentaires sur les Psaumes, quand il dit (Concione 1 in psal. xxxiii) sur ces paroles appliquées à David : Ferebatur manibus suis. « Qui peut comprendre conmieiil ceci soit arrivé à un homme, qu'il se soit porté entre ses mains? Car qui est-ce qui s'est jamais porté entre ses mains? Un homme

(49) L'b. Il Conlra adversar. U(jis et propliel. t Nous prei ons de cœur et de boucbc le coips tl le baug <lv Jttsus-Clirisi. >

peut bien 6lre porté des mains d'aulrui, mais personne n'est porté par ses propres iiiaiii'-. Nous ne pouvons trouver ceci en David selon l/i lettre, mais nous le trouvons en Jésus-Christ, (^ar Jésus-Christ se [lOriait en SOS mains, lorsipic, parlant de son cor[»s, il a dit : Ceci est mon corps: car il portail cch entre ses mains ! »

D'ailleurs, si ceci est le cor[is de Jésus- Christ, il appert par l'Kvangilo que Jésus- Christ a donné ceci de ses mains à ses apôtres, et les apôtres ont pris ceci de leurs mains et mangé de leurs bouche». Jésus - Christ donc a donné son corps de sa main 5 ses apôlros, et ses apôtres ont eu le cor|)S de Jésus-Christ en leurs mains et en leurs bouches; et les Chrétiens, suivant celte institution, prennent de leurs bouches le corjts deJésus-(^hri.>t. Le sieur Dumoulin le croitil? el y a-t-il pas un de vous qui ne sache ses irrisions Ih-de^sus? (Chacun de vous donc doit savoir que, quand il dit qu'il croit ces paroles : Ceci est mon corps, être véritables, c'est (ju'il se ril cl se moque. Maissainl Augustin, l'honneur de l'Afrique el de l'Eglise, ne se riait [las quand il dit : Mediatorem Dei et hominum hominem Chrislum Jesum , carnem suam nobis manducandam , bibendumque sanguinem dantem , fideli corde et ort suscipimus , quamvis horribilius sit humanum sanguinein bibere quam fundere (49). Ni Tertullien quand il disait , peu de temps après la mort de saint Jean lEvangéliste : Caro abluitur ut anima emaculetur , caro inungitur ut anima consecrctur, caro corpore et sanguine Christi vescitur ut anima de Dca saginetur (50). Ni saint Cyrille Hiérosolymitain, lorsqu'il avertissait son peuple, il y a plus de treize cents ans : Te présentant à la communion , ni/ viens point les mains étendues, mais fais servir ta main gauche de siège et de trône à celle qui doit recevoir le Roi , el creusant la paume de la main reçois le corps de Jésus-Christ , répondant Atnen. Le sieur Dumoulin (Calèches, mystag. k) croit que le cor|ts de Jésus-Chri'sl eu seulement au ciel, et que ceci qui csl entre les mains des a|)ôtres et des jasleurs de l'Eglise faisant rEucharislie,est seulement en terre. 11 croit donc, selon ses maximes, que ceci n'est pas le corps de Jésus-Christ, et que ceci est aussi loin du cor|)S de Jésus- Christ que le ciel est loin de la terre. Aussi Bèze étant de môme foi au colloque de Poissy, mais plus franc et plus ouvert à professer son impiété sur le théâtre de la France, que le sieur Dumoulin, en !a présence de cette dame, dit que le corps de Jésus-Christ était aussi éloigné de la terre et de la cène , que la terre est éloignée du ciel, c'est-à-dire qu'il était aussi loin de dire, el de croire que ceci soit le corps de Jésus- Christ, que le ciel est loin de la terre, et la terre loin du ciel.

IL Mais les Pères anciens ne tenaient pas

(50) Lib. De resurreclioiie carnis. i Le corps est repu du corps el du sang de Jt sus-Chrisl, uûii que làiae boii repue el remplie de D.eu. i

ce langage, el saint Chrysoslome, qui vivait et tlorissaitil y a douze cent cinquante ans, ne croyait pas et. ne parlait pas ainsi, quand, au troisième livre De la Prêtrise, il dit ces belles el graves paroles, qui expriment dignement et divinement notre créance et nos mystères : « Lorsque lu vois le Seigneur immofé, !e prêtre penché sur le sacritice el faisant ses [jrières, el puis toute la tourbe qui l'environne être teinte et rougie de ce précieux sang, penses-fu converser encore avec les mortels et être en la terre? N'es-lu l)oint plutôt, à l'heure même, transporté aux deux? ISe dépouilles-tu point toutes les raisons de la chair, et avec un esprit nu et une âme pure ne vois-tu point les choses qui sont au ciel? O miracle, ô bénignité de Dieu ! Celui qui est assis là-haut avec le Père, en ce même point et instant de temps, est manié des mains de tous et se livre à ceux qui le veulent prendre et recevoir.» Le même, Sur saint Mathieu (xxvi) : « Ce n'est point son vêtement, mais son corps qui est mis devant nous, non-seulement atin que nous le louchions, mais afin que nous le mangions.» lit Sur saint Jean, homélie 46 : « Or afin que non-seulement par charité, riiais aussi réellement nous soyons unis en cette chair-là, celle viande, le' fait qu'il nous a distribuée. Car voulant montrer son amour en notre endroit, il s'est mêlé à nous par son corps et l'a réduit comme en une même niasse avec nous, atin que le chef cl le cor|)s lussent unis : el cela Jésus-Christ le fait jiour nous étreindre d'une plus étroite charité et nous montrer son aùection, ne perniellanl pas seulement de le voir à ceux qui le désirent, mais de le toucher, de le manger, de poser nos dents en sa chair cl rassasier notre a[ipétit de lui, etc. Les mères bien souvent baillent leurs enfants à nourrir à d'autr(!S : mais ujoi (dit saint Clirysoslome au nom de Jésus-Chrislj, je nourris les miens de ma chair, je m'olfre en vi;uide à vous, j'ai voulu être votre frère en prenant chair pour vous, el cela même je le vous présente.»

Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie et oracle de l'Eglise universelle au concile d'Ephèse, dit (lib. x in Joan. xiii) : « Nous ne nions |)as que nous ne soyons conjoints avec Jésus-Christ sp;irituellemeni })ar une droite foi et charité. Mais que nous n'ayons aucune sorte de conjonction ou coniiguilé selon la chair avec lui, nous le nions et disons que c'est contre les Ecritures. » El ])eu après: « Orque quelqu'un me dise la cause de cela, si ce n'est la verlu de l'Eucliarislie? Car ])Ourquoi cntre-t-elle dedans nous? N'esl-ce pas pour introduire et faire habiter Jésus-Christ corporellement avec nous, par la participation de sa sainte chair?» Et derechef : « En cela il apparaît clairement que Jésus-Christ n'est {)as en nous par une simiile habitude ou conjonction conçue en l'opération de l'entendement, mais aussi par une participation naturelle. » Et j)lus bas: « La nature corrompue de notre chair ne liouvail pas ôlre rétablie à rinconuj»tibililé

que par une union cl conjonclion à ce corps vivant el vivifiant. Ne me crois tu pas disant ces choses ? Crois à Jésus-Christ, qui dit clairement : Si vous ne mangez ma chair vous n'aurez point la vie en vous. [Joan. vi, oi.) En vous donc, c'est-à-dire en votre corps. »

Saint Optât Milévitain (lib. vi ), se plaignant de la fureur des hérétiques de sou temps à ruiner les églises, s'écrie en ces paroles, il y a plus de douze cents ans : «Y a-t-il un plus grand sacrilège que de rompre, raser et déuiolir les autels ? Car qu'estce que l'autel, sinon le siège du cor[)s l'I du sang de Noire-Seigneur ? El ce forfait si infini a été encore redoublé quand vous avez rompu les calices qui portent le sang du Sauveur: ô exécrable méchanceté! ô malice non ouïe ! » Dont il appert, et de plusieurs autres textes semblables que j'omets pour être amplement rapf)orlés par ceux qui ont traité les controverses, que les Pères anciens nous décrivent cette présence et communication du corps de Jésus- Christ en r Eucharistie en toutes autres manières et circonstances que vos ministres. Car ils l'établissent non dans le ciel seulement, mais en la terre et en l'autel ; non en notre esprit seulement, mais aussi en nos corps, en nos cœurs, en nos mains, en notre bouche ; non par la pensée et opération de noire esprit, mais par opération de la divinité ; non par l'énergie de notre foi, mais par la toute-puissance divine ; non |)ar charité seulement et autre habitude intérieure, mais par vérité, par réalité, et par substance el nature ; non par une grâce commune aux Juifs et aux Chrétiens et à tous les autres cxereices et institutions de notre religion, mais par un jirivilége du christianisme et alfeclé seulement à la participation de ce saint sacrement ; non par une faveur faite aux élus seulement, mais aussi à tous ceux auxquels ce sacrement est communicpié.

Qui sont autant de traits que de syllabes et autant de i)reuves que de paroles |)Our iiiaintenir ei représenlcr la différence qu'il y a entre la manducation que vos ministres ont imaginée depuis cinquante ans, el celle que le> Pères ont crue de toute antiquité, el ont enseignée à leur postérité.

III. Maison vousporteà écouter plus volontiers saint Paul, discourant avec les Corinthiens (selon les gloses et illaiions que l'on y adjoint), que Jésus-Christ ()arlant avec ses apôtres. Et le sieur Dumoulin vous tire hors de la lumière et clarté de ces jiaroles de notre Sauveur j>our vous jeter dans îes ténèbres de ses suppositions et arguments qu'il tire de ce que dit cet A[>ôtre au chap. x, vers. 16, 17, de sa 1" Epilre aux Corinthiens. Voyons donc ce passage, et vous verrez encore leur condamnation en i)lusieurs instances : La coupe de bénrdiction laquelle nous bénissons, n'csl-elle pas la communion du sang de Je'sus-Chrisl? lit le pain que nous rompons, n est-il pas la communion du corps de Jc'sus - Christ '/ D'autant que nous, qui sommes plusieurs ,

(«XVllKS )!•: C.O.NTHOVKUSE. - DISC. III, SIK LA PIlKSFNCE HEFXLF.

iominet un seul pain et un ncul corps ; nous t(ius(/ui sovimcs vartirijiants d'un méincpdin. Car pour ne m iirrOiler rnaiiiUMiniil, en ce qu'ils n'ont poinl on leur rùno \o cnlico do b(^né<li<ti<)n 1 en ce (juMIsno hi'-nissenl poinl ce brouvni^o (jtie s.iint l'aul l)(''nissnit, vu que ce scrnil ningie, ce disonl-ils ! en ce qu'à cetlo occasion ils ont rayé de trois textes, ce mot de h('nir,(}n ri'!v.int;ile, pour y sul)slitu«îr celui do rendre ijrdcesl lùi ce que Hù/.o, en ses derniùrcs iin|»re.ssions, ne peut (lélcndre son erreur contre ce passage de saint l'aul, qu'en y glissant do nouvelles paroles (ju'il avoue n'ôire point en l'original du Saint-Ksprit , qui sont toutefois |)oints d'iuiportaïKO, et (|ue je remets h un outre discours ! Je me contenterai de dire, pourlo prissent, qu'ils ne croient f)oint que ce breuvage et f.'O pain eucharistique soient la communion du corjis et du sang de Jésus-Christ, qui est l'exprcsso et formelle assertion de saint Paul. Car le ciicf de la réformalion prétendue en France, dit sur 00 texte quo c'est une locution Hguiée, et Bèze, que c'est la maniue de la conmiunion. Tellenienl que ce n'est pas la communion du corps do Jésus-Christ, (juoi que dise saint l'aul, niais le signe et la marque de la communion, ce disent Bùze et Calvin (51). Autrement , quiconque a pari à cette coupo bénite et à ce pain rompu et communiqué on l'Kglise à tous ceux qui s'y présentent, aura la communion du corps et du sang de Jésus-Christ; ce qu'ils ne veulent pas reconnaître; car c'est un privilège des élus et de la loi de leur élection, ce disent-ils, et non de ce pain, quoi que dise saint Paul en ce passage. Et partant, c'estlafoi, selon eux, et non le pain, selon saint Paul , qui donne la communion au corps de Jésus-Christ.

Tellement que vos premiers pasteurs ne croient ni Jésus-Christ, disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps {Matth. xxvi , 26), ni son A|»ôtre, assurant que la fraction et distribution de te pain est la communion du corps de Jésus-Christ. Et môme ils opjiosent ei vous proposent le contradictoire do ces deux paroles, car ils vous disent hardinient, contre la parole eifiresse de Jésus- Christ : « Ceci n"est pas mon corfis , » et contre celle de saint Paul : Lepain que nous rompons n'est pas la communion de Jésus- Christ ; ains seulement le signe et le symbole de cette communion.

Mais il est plus à propos. Messieurs, que vous écoutiez, sur ce passage de saint Paul, saint Chrysostome, que ni le sieur Dumoulin ni moi, et il ne le peut trouver mauvais, car c'est un plus grand docteur que lui, et qui rend de meilleurs témoignages de sa vocation et autorité pastorale que non pas lui. Or, cette bouche d'or disait il y a près de treize cents ans, non en son nom, mais au nomdetoutel'Eglise, de la foi de laquelle il n'a jamais été séparé : Le calice, dit saint Paul (J Cor. X, 16 ), que nous bénissons, n'est-ce pas la communion du sang de Jésus-

Christ? Il parle fort fidèlement et épouvantablcnjoiit ; c;ir voici ce rpj'il dit : « Que co qui est dans le calice est cela mAine qui est déroulé du cAté, etc. Toutes les fois quo vous h' verrez posé devant vous, diies en vous-niômes : A cause de ce corps jo no suis plus terre et cendre , je ne suis plus ( aplif, mais libre ; pour l'aiiiour de lui, j'espère les cicux, rtc. Celui-ci est le même corps qui fut cns/inglanlé, rpii fut percé do In lance, etc. Ce corps, Jésu<.-Cliri>t nous l'a donné, et ù tenir et à manger, qui est un eilct d'un amour excessif, etc. Ce mômo corps, les mages le regardent en une crèche et en une cabane; et n'a\ant rien de loi devant les yeux, que vous maintenant, s'y I)réscntèrent avec grand é|)0uv3nlemeiit ; et v'ous, vous le voyez, non en une crèche, mais sur l'autel, non [-as tenu par une fenmie, mais |»ar le prêtre y assistant. » Et encore : « Co sacrement fait que la terre nous devient ciel. Ouvrez donc les portes du ciel, et regardez h travers, non du ciel, mais du ciel des cicux; et alors vous verrez ce que je vous (Jis : car ce qui est là le jilus précieux, jo le vous montrerai gisant en la terre. O^'ainsi soit comme au palais des rois; ce qui est le plus auguste, ce ne sont pas les parois, ce ne sont pas les lambris dorés, mais le corps du roi séant en son trône; ainsi aux cieux c'est le corps du Roi. Or celui-là, il vous est maintenant donné de le voir sur la terre , car ce ne sont point les anges, ni les archanges, ni les cieux des cieux, mais le Maître d'eux tous que je vous montre. Vous voyez donc comme la chose de toutes la plus vénérable, vous la voyez sur Ja terre, et ne la voyez pas seulement, mais la touchez, et ne la touchez pas seulement, mais la mangez, et la prenant, vous l'emportez en votre maison. »

IV. Le sieur Dumoulin ajoute quo les jiaroles de Jésus-Christ sont exposées par saint Paul, et que ce texte de l'Apôtre est la glose du texte de l'Evangile. Qu'au moins (Jonc vous receviez celte glose sans glose. Mais c'est lui qui le dit, et non saint Paul, et il le dit sans j)reuves, sans autorité, sans apparence et môme sans elîet pour sa croyance. Car comment ce passage sera-t-il glosé d'un texte qui n'est point allégué en ce chapitre, ni en tous les chapitres précédents? Comment sera-t-il une glose, selon le sieur Dumoulin, puisqu'il ne la veut pas croire et recevoir sans glose? Comment estce une glose, et glose d'un apôtre , si elle a besoin môme de la glose de vos ministres? L'Apôtre n'était-il pas suffisant à donner une bonne glose, s'il en avait le dessein? Et cet organe élu du Saint-Esprit a-t-il besoin de votre aide pour s'expliquer et ex-

Paul votre spirituellement et par foi, qui n'est ni dans le texte de Jésus-Christ, ni dans la glose do cet Apôire. Car il dit en

(31) Cai.m> en ses Commentatres. — lkz\ in c.\ I Cor. OElvbks coMrL. df. de Rérullk.

ternies exprès, et avec pointe pour forcer davantage un esprit en cette foi : Le pain que nous rompons n est-il pas la communion du corps de Jésus-Christ , et non le signe de la communion.

V. Et il poursuit en mots exprès : Que nous qui sommes plusieurs, sommes tous un seul pain et un seul corps, car nous tous sommes participants d'un même pain. {I Cor. X, 17.) l"* Un seul pain donc en plusieurs, ce qui marque l'existence du pain vivant en plusieurs lieux et plusieurs personnes. Car il est un, et phisieurs le reçoivent, ce dit l'Apôtre. Il est donc un en plusieurs! 2° Un seul pain et un seul corps, comme s'il disait, un seul pain qui est corps, afin que vous ne le preniez pour le pain commun et ordinaire, lisais pour ce pain « changé, non d'efligie, mais do nature, et fait chair par la toute-|iuissance du Verbe, » ce dit un auteur ancien (Cïprian., De cœna Dom.); pour ce pain, que le Fils de Dieu « a promis de donner » en saint Jean (vi, 52). Le pain que je donnerai c'est ma chair, ce dit la Vérité môme ; et en somme pour ce pain vivant que le Père a donné en l'Incarnation, et qui se donne en soi-même en l'Eucharistie. 3° Derechef un seul pain, et un seul corps, comme s'il vous disait un seul corps, mais qui est le pain, afin que par vos figures vous ne le référiez au corps mystique du Fils de Dieu, mais à son corps naturel, qui est corps et jiain tout ensemble. Corps, disje, car il est viande de l'homme par TEucharistie : Notis sommes donc un seul pain et un seul corps, ce dit saint PauU encore que nous soyons plusieurs. Et nous sommes réduits et ramenés à cette unité dont parle l'Apôtre, non par l'esprit ou par la foi, car saint Paul n'en dit rien; mais par ce pain qui est corps, et par ce corps qui est pain, et qui est un seul pain et un seul corps en plusieurs qui le reçoivent. 4° Et afin que ceci vous soit plus familier et plus assuré contre les surprises et équivoques de vos ministres qui passent subtilement du vrai corps du Fils de Dieu à son corps mystique, et de notre unité avec Jésus-Christ h notre union avec son Eglise, et de l'union substantielle par ce sacrement à la spirituelle par la foi ; il vous faut singulièrement reujarquer que cette unité dont il s'agit en ce lieu, ne regarde pas le corps mystique de Jésus-Christ, comme son terme et son objet; car ce corps-là ne porte pas le nom de pain en l'Ecriture, et ce mot ne convient qu'au vrai cor])s de Jésus-Christ seulement, lequel est vraiment pain de Dieu et vraiment viande de lliomme, en saint Jean (vi, 50). Et celte unité que nous acquérons, selon saint Paul, en l'usage de ce sacrement, ne vient jia.^ de la foi ou de l'esprit, mais de la substance et unité de ce jiain. Car nous tous, ce dit-il, participons d'un même pain. Tellement que si nous prenons garde h ce car, et à celte raison solide que saint Paul rend

de son dire (puisqti'il est assez grand apôtre et docteur en l'Eglise pour mtjriter que ses raisons soient pesées, et que les nerfs et liaisons de son discours soient considérées et observées); il est évident qu'il réfère notre unité en l'Eucharistie, non à la foi, ni à l'esprit, comme vos ministres; mais à ce corps qui est vraiment pain de Dieu et des hommes, mais à ce pain qui est vraiment le corps du Fils de Dieu et du Fils de l'homme. 5° 11 dit notamment, que nous sommes tous participants d'un même pain. Donc non les élus seulement, commîî disent vos docteurs, mais tous, comme dit saint Paul, qui parlait à tous les Corintliiens, et écrivait à l'Eglise visible dt Corinlhe, tous les membres de laquelle, si saint Paul dit vrai, participaient cl ce môme j)ain et môme corps de notre Sauveur Jésus-Christ. Concluons donc, et disons avec saint Paul (/ Cor. x, 16, 17) : Le calice de bénédiction lequel nous bénissons, n est-il pas la communion du sang de Jésus-Christ? et le pain que nous, rompons, n est-il pas la communion du corps de Jésus- Christ? d'autant que nmis qui sommes plusieurs, sommes un seul pain et un seul corps ; car nous tous sommes participants d'un même pain. Et avec son commentateur saint Chrysostome (52) : Sumus ipsum illud corpus, quid enim est panis ? corpus Christi ; quid autem fiunt qui sumunt? corpus Christi; non corpora multa , sed unum corpus, etc. Non enim ex alio quidem corpore tu, ex alio autem ille nutritur, sed ex eodem omnes. Et ideo suhjunxit, omnes enim ex eodem pane participamus.

VI. Vous voyez donc que notre adversaire n'a rien en ce passage qui diminue la présence du corps de Jésus-Christ en l'Eucharistie, soit qu'il le prenne pour texte, soit qu'il lo prenne pour glose. Mais il est faux et trèsfaux que ce soit la glose des paroles de Jésus-Christ ; et il suflit que c'est le sieur Dumoulin qui le dit, et non saint Paul ni aucun apôtre ou évangéliste, pour vous disposer à n'en rien croire ; car il faut ici vous réduire à vos propres principes, de ne rien croire pour article de foi, que ce qui est écrit , et empêcher ces nouveaux esprits do glisser et proposer au monde leurs inventions humaines et particulières, puisqu'ils Déjugent pas les traditions divines et universelles dignes de leur créance. Or, que ce texte soit la glose do celui de Jésus-Christ, c'est le sieur Dumoulin seul qui l'écrit, et saint Paul n'en dit rien, comme il ap[iert. Et d'ailleurs, la texture de ce propos montre évidemment que c'est une iiroposition, et non une glose; môme une illation tirée de la foi dos Corinthiens, qui n'avaient iioinl encore reçu cette glose prétendue du texte évangélique : Le calice de bénédiction n est-il j)as la communion du sang de Jésus-Christ? le pain que nous rompons n'est-il pas la communion du corps de Jésus-Chrisi? Mation donc, et non exposition des [irojios de Jé-

(5?.) Hom. 25, in I Cor. — « Ce pain auquel nous pariicipons tous, selon saint Paul, est le corpB de .kv>Uo Clniit. >

rr.t'VREs nr controverse. — insc. in, îii'R la présence réelle.

Kus-Clirisl, (lonl il no pnrlc puinl eu ce lien. Mil (iMoi j'accuse In rcl.'ilMjij du l'ndvcrsairo (;>3), i|ui rnpiiorlc co loxlo snns celle nolo (i* illalion, n'rsi-H pns, cUi. Si loiilefois c'est tlcssL'iii, el non (létaiit do niénioiic,

mais d«3faul uni ne laisse pas do porter pr(j-

11 r Aie le nin\en de connaîlre sensihleinonl cl

jwilicc au piililie, par son imprimé, et vous (1

évidennucnl que c'éloil une iUntinn, el non pas une exposition des propos do J('\sus- Clirisl, dont il ne fait point mention en re lieu, ni en tous les cliapilres précédents, et que les Corinthiens avaient eru et reçu jusqu'h présent sans glose. Car les anôlr'es et disciples ont tant révéré ces paroles du Fils de bieu, qu'ils les ont tous rapportées romme paroles testamcnlales, oCi il ne faut pdint de glose. De sorte que le inCmo saint l'aul,Ies rappoilanl au chapitre suivant avec autorité ajio>l()li(|ue, ne les glose pas; et toutefois c'était le lieu de niettre la glose nvoc le texte, selon le stylo des disci[)Ies et flpôtres, (juand ils ont jugé à projios de gloser les paroles do leur Maître, comme un chacun peut voir par lo narré de leurs Evangiles. Mais co qui est h considérer, il les rapporte avec une énergie plus forte et i)lus expresse à marquer notamment la présence réelle du corps do Jésus-Christ en TKucharistie.Car il rend ces paroles en saint Matthieu [\w\,'2Çi): Prenez, mange z^ce ci est mon corps, par celles-ci : Ceci esf mon corps, qui est rompu pour vous, lesquelles ne se peuvent référer directement, sinon au corps do Jésus-Chriït, contenu sous les espèces sacramentales. « Cela, »dit saint Chrysostomo (hora. ^2ï in I Cor.)^ « so jieut voir en l'Eucharistie, cl non en la croix. » Au contraire, l'Ecriture dit [Joan. xix, 36; Exod. XII, 46) : \ous ne romprez un seul de ses os, » mais ce qu'il n'a point souffert en la croix, il le scuifre en l'oblation pour toi. » Coneluons donc contre les suppositions du sieur Dumoulin , que Jésus-Christ a dit : Ceci est mon corps, et qu'il faut lo croire; que saint Paul a dit : Le calice (jw: nous bénissons n est-il pas la communion du sang dt Jésus- Christ, etc., et qu'il n'en faut point douter; que saint Paul n'a pas dit que ces dernières paroles fussent la glose de celles de Jésus-Christ, et qu'il ne le faut pas croire. Comme il est vrai que Verbe est fait chair (Joan. 1, IV), ce que dit l'Evangile ; et que le même ^'erL)e est fait en sembïance d'homme, ce que dit saint Pn\i\. [Philip, ii, 7.) Et il n'est |>as vrai que ce texte de saint Paul soit la glose de celui de l'Evangile, co que voulait un ancien hérétique (Nestorius), et serait hérésie de le prétendre. Car autre chose e^t que ces propos de saint Paul, soit sur l'Incarnation , soit sur l'Eucharistie , aient un sens véritable ; et autre chose qu'ils soient donnés pour glose de ceux de l'Evangile, qui ne veulent point de glose. El si vous croyiez celle [tarole du sieur Dumoulin , vous croiriez « une i»arole non écrite, » suggérée i)ar cet homme i)arliculier.

la i)aro

saint Paul, et contre In foi publique de tout le monde.

\ II. .Mais comment, mo direz-vous, a-l-il pu établir en ce peu do paroles une mécréance do cet arlii-.le, et d'où peut-il conclure que ceci n'est pas le corps de Jésus- Chrisl , n'ayant allégué que Jésus-Christ qui dit : Cfci est mon rnrpa [Mntth. x \vi, 1G), et que saint Paul (/ Cor. \, Kij, qui ilil : Ce pain que nous rompons u'rst-il pas la communion du corps? Q[c. Prenez garde, Me'^sieurs, à leur orlilice, et remarfjuez la conduite de leurs discours, et vous verrez leur ruse, leur malice, et si jo l'ose dire, leur impudence. Car en ce ()eu de propos de notre adversaire, il y n trois paroles, l'une de Jésus-(^lirist, de larjuelle il vous lire sous un propos emmiellé, de peur que vous ne soyez iVappés de cet oracle : Prenez, mangez, ceci est mon corps. L'autre est de saint Paul, à laquelle il vous lire, non i>our y tenir ferme el [lour la vous faire croire fcar vous avez vu qu'il ne la croit [)as lui-même sans glose et sans addition), mais fiour passer el lui servir de planche en une troisième parole, qui n'est ni de saint Paul, ni de Jésus-Christ, n)ais de son sens particulier, savoir est que « ce texte de l'Apôtre est la glo^e des paroles de Jésus-Christ. » Parole à la vérité non écrite, et partant qui ne doit ôtre crue de vous ni de lui selon ses princi[)es 1 Parole, dis-je, non écrite, et non affermée des apôtres, mais de lui seul, en laquelle toutefois il veut établir vos ûmes au préjudice de la foi et du respect que vous devez h la parole écrite do Jésus-Christ et de saint Paul I Parole derechef glissée entre les deux paroles du Maître et du disciple, à ce qu'el'e ne soit aperçue et reconnue comme sienne. Ainsi l'art et la nature, jointes ensemble, ont assez de puissance pour enter une jdante dans une autre, bien que d'espèce ditférente, en sorte que le tronc et lo pied de l'arbre soient d'une sorte, mais la branche et le fruit soient d'uneauire. Et ainsi la malice cl l'erreur de l'esjirit humain ont assez d'artitice pour enter dans la parole de Dieu, qui est la vérité même, la parole do l'homme sujet à tromperie et erreur, à ce que les esprits moins considérés prennent l'un pour l'autre. Vous en voyez la preuve en ce propos, où le texte est de samt Paul, et ladjoint est du sieur Dumoulin ; où la proposition esl d'un afiôtre el l'addition est d'un ministre; où l'entrée est une vérité dictée du Saint-Esjtrit et reçue de tout temps, et la suite une fausseté ^uggérée par res|iril d'erreur, el inventée de notre temps. El par ces voies et ]»rocédures, rtn donne hardiment un déiiienli à l'Evangile, sous couleur d'Evangile; on contredit h Jésus-Christ sous jirétexle de saint Paul, et on trom[)e vos âmes sous apparence 'le les instruire.

Car celle clause, ces paroles sont exposées par saint Paul, qui est glissée entre les deux rap[)ortées en l'Ecriture, et qui n'a point de

(j>) DiMOiLiî», en son narré d''. Tan ICOO. pa^'c M.

preuve et d'autorité qui l'appuie , et qui n'a fondement qu'en l'imagination du sieur Dumoulin, qui la propose , est néanmoins le nerf et la force de tout son discours, ou plutôt de toute son illusion. Ainsi par ces artifices on vous attire, on vous divertit de Jésus- Christ et on vous séduit ! On vous attire disant : Que nul ne doute de la vérité de ces propos du Fils de Dieu , ceci est mon corps; voilà le miel. On vous diverlitalléguont saint Paul, et vous faisant entendre une glose de sa part, qu'il n'a jamais donnée; voilà leur ruse l On vous séduit en opposant Jésus- Christ à saint Paul, le disciple au maître, et en glissant entre les deux, c'est-à-dire entre Jésus-Christ et saint Paul, ce que saint Paul ne dit pas; voilà la malice l Et enfin on établit une ihèse contradictoire à celle de Jésus-Christ, et contre sa propre parole on vous oblige à croire comme article de foi , « que ceci n'est pas mon corps, » voilà leur impudence I

Mais laissons là vos ministres disputer de leur foi et feuilleter dans l'Ecriture de quoi contredire à la parole de leur Maître; laissons-les opposer saint Paul à Jésus- Christ, et Jésus-Christ à saint Paul, i)Our couler temps en ces oppositions prétendues : laissons-les rire do nos mystères, car aussi l'esprit de Dieu les appelle folies, et les païens s'en sont moqués, et ils sont païens par le dire de Jésus-Christ (il/a/f/i. xviii, 17) , puisqu'ils n'écoulent l'Eglise; laissons-les rechercher dedans le ciel et dedans la terre, dedans leur sens et leurs raisons, les impossibilités qu'ils y prétendent ; laissonsles chercher de quoi charger le Testament du Fils de Dieu, de paroles dures, de métaphores, de métonymies et d'hyperboles s'ils •veulent. Je désire maintenà^nt vous parler un langage plus saint et plus élevé que celui qu'on a accoutumé de parler au prêche. Bien que vous ne soyez |)as tous en dis{)0sition de l'écouter et d'en faire usage , je crois néanmoins qu'il y en a quelques-uns parmi vous, paisibles et modestes, qui en profiteront, el qu'il leur sera utile, pour les introduire dans les voies de salut, de leur découvrir les trésors que le Fils de Dieu vous laisse en ce sien Testament. Ecoutez donc, vous que Dieu, par sa grâce, a ainsi disposés. Et puisque le sanctuaire , non plus du temple judaïque, mais du cénacle de Sion, nous est ouvert, et que nous pouvons y entrer librement et contempler Jésus-Christ en ce conclave opérant ses mystères avec ses apôtres ; jetez les yeux attentivement sur ses divines et dernières pensées, qui le portent et le conduisent à celte sainte et dernière action de sa vie.

VIIL Car, à l'issue de cette action my'stérieuse ce n'est pi us que souffrance et passion : et qui nous les pourrait mieux apprendre que son disciple bien-aimé, secrétaire de son cabinet tout ensemble, qui les a puisées même en sa poitrine, reposant sur icelle en ce dernier banquet; or il nous les rapporte en ces termes : Scicns Jésus quia omnia dedit et Pater in manus, et quia a Deo exivil et

ad Deum vadit^ etc. (Joan. xin, 3.) Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem di' Icxit eos.{Ibid.,l.) Pensées vraiment hautes , profondes et divines; et comme elles contiennent en abrégé les secrets, les ressorts et les perfections de cette Sapience incréée e4 incarnée aussi sont-elles vraiment dignes de sainte et auguste de ses institutions religieuses , du plus haut et divin de ses œuvres , du plus grand el incompréhensible de ses mystères; de l'abrégé de ses dons et de ses merveilles , en somme, de la plus noble et dernière de ses actions : en laquelle il veut clore l'état de sa vie , imposer fin à la loi judaïque , couronner ses enseignements et offices sur terre, et consommer le culte et le service religieux de son humanité à Dieu son père, et de la chrétienté jusqu'à la fin du monde. Car, puisqu'il se souvient à l'entrée de cet œuvre et à la fin de ses jours, que son Père lui a mis toutes choses entre les mains [Ibid.fS) , il nous convie d'attendre de sa main un œuvre de sa toute-puissance. Et puisqu'il représente sa double naissance, doublement divine, en tant qu'il a l'essence, la sapience et la puissance de son Père, par procession en sa divinité , et par communication hypostatique en son humanité, il ne veut opérer que des choses grandes, dignes de cette essence et puissance incréée qui lui est doublement et divinement communiquée. Et d'autant qu'il a égard non-seu- Jement à son issue de son Père, mais aussi à son issue proche du monde et à son retour vers Dieu, duquel il est parti , ii veut que nous attendions de lui un supplément de cette absence; tellement que, comme ce consolateur et restaurateur de l'univers, lorsqu'il monta au ciel, nous promit un autre Paraclet, non visible comme lui , mais Dieu comme lui, et consolateur comme lui, pour égaler la perle de sa présence par ce divin échange, et nous substituer en la diversité de la personne qu'il nous envoie, son même esprit et sa même substance en la divinité (car nous savons que le Fils et le Saint-Esprit n'ont qu'une même essence).

Aussi, en ce départ de son humanité, il a voulu, sous une forme et manière différente, laisser à ses disciples ce don précieux (ju'il enlevait au ciel, et comme substituer à la présence visible et sensible de son humanité celte môme substance et humanité, sous le voile et !a forme de ce divin el auguste sacrement, gage de son départ plus précieux à ses apôtres, que le manteau et le double esprit d'Elie à Elisée. Car aussi étaient-ils disciples d'un meilleur maître el plus puissant que lui, qui leur laisse ici le manteau de sa divinité, c'est-à-dire ce corps vivant et vivifiant, et le double esprit qui l'accompagne, l'un humain et raisonnable, l'autre divin et incréé! Cela est digne de son amour, digne de son pouvoir, et digne des pensées divines et dernières de son cœur.

Mais sa grandeur et notre petitesse semblent fermer le pas et l'entrée à la créance do cet effort d'amour; c'est pourquoi, a\aut

(JELVRES DE CONTUOVtUSi:. — 1)1S<;. MI, SLK LA l'UKSKNŒ IlLELLE.

qiio d'ouvrir sa bouche pour prononcer el ojércr celle mcrveill'-', il su résolut do {)arler |)flr œuvres et faire voir à nos yeux un s|>ecincle étrange, f|ui nous oblige do croire (juo le Sauveur du monde se souvient plus do notre nétcssiié (jue de sa majesté. (]ar le Souverain fait en ce soir litière do sa grandeur, le Très-FI;Mil s'abaisse jus(ju'aiix |>ieds do ses apAlres, el le Créateur s'agenouille devant ses créatures, le.» disposant è croire par cet abai.ssomcnl de sa [lersonne, el lorsqu'il lavait les |)ieds- à ceux qui devaient lui laver les siens; (ju'il s'abaisserait à l'heure m(ime d'autant plus volontiers par l'Eucharistie jus(ju';\ leurs bouches, leurs cœurs el leurs poitrines. Ft il permit aussi en ce seul souper (ce fjui est à remarquer) que l'un doses ilisciples, à la vue de lous,so reposât sur son sein pour les |>réparer tous à croire el 5 estimer cette faveur singulière

3u'il leur voulait octroyer en ce môme soir, 0 reposer lui-mô(ne dans leur poitrine, comme il avait déjà reposé pourlcur amour, dans le ventre d'une femme et dans la crèche des animaux; et comme il a voulu depuis encore reposer sur une croix el dans un sépulcre, lieux de douleur, de mort et de pourriture, cl non de vie, de délices et d'amour, comme leurs cœurs et leurs poitrines! O combat signalé de sa grandeur et de son amour! ô victoire de l'amour infini qui a pouvoir d'anéantir et abaisser ainsi 1 Infini môme et le Très-Haut, et de mettre sa gloire el son triomphe en cet abaissement et anéantissement ineffable î ô |)uissance et conduite admirable de l'Amour incréé qui, ayant rais ses Jéliccs en choses si basses comme l'homme, sait bien tirer cet homme du néant et de la poussière de la terre, i»ûur l'éleverel conduire jusqu'à un siège d'honneur, el suprême degré d'amour el d'alliance avec la Divinité : Cum dilexisset suos qui trant in mundo, in finem dilexit eos. {Joan. XIII, t.)

IX. Car y ayant trois sortes d'émanations et opérations de Dieu hors de son essence, qui ont constitué trois ordres, et comme trois états ditîérents entre les choses créées ; celui de la nature, auquel elles reçoivent toutes une participation naturelle de l'être de Dieu selon les divers degrés de leur essence ; celui de la grâce, auquel entrent seulement les créatures intelligentes, soit purement spirituelles comme l'ange, soit si)irituclles et corporelles comme l'homme, pour y participer, non à l'existence, mais à la sainteté et félicité de Dieu, qui est la semonce de la grûce, et de la gloire des hommes et dos anges ; le troisième état est celui de l'union hyposlalique, auquel entre uniquement et singulièrement l'humanité de Notre-Seigneur, pour être revêtue et relevée, non de la grûce ou de la gloire seulement, mais de la propre subsistencc et personne du Verbe. Y ayant dis-je, ces trois sortes d'émanations et opérations, il a plu à celui

3ui se daigne nommer le Fils do l'horiime, 'appeler non les anges, mais seulement les hommes à uueQssot'ialioii et comLQUuicalion

de co divin étal, par des voies connues de ta seule sapience, el (jui ne pouvaient naliro (|ue de sa puissance et bonté. Etal et ordre souverain el incompréhensible , accompli aussi aux derniers temps, comme étant le dernier point où l:i n.nlure pouvait atteindre, el la plus rare el haute dignité à laquelle Dieu jtouvait élever el conduire sa créature, la faisant rentrer el subsister en lui par ce moyen, comme elle en est sortie par sa pro-

1>re existence. Car, en cet ordre, elle touche )ieu de si près, qu'elle le lient el le possède, non plus en ses œuvres ou en son imago cl somblance, mais en sa propre personne; et enclôt l'immense el l'infini dans son étendue, en sorte que le tout fait partie de son être, el le néant et le tout se trouvent conjoints en une môme hypo^tasel

Or c'est en la plénitude des temps, des grâces et des lumières, que ce nouvel ordre a jiaru au monde, et que ce divin état, inconnu auparavant, a été institué et publié en l'univers pour le sauver en la foi d'icelui. C'est au mystère de l'Incarnation, que l'humanité sainte de Jésus-Christ y est singulièrement élevée en sa propre nature, lorsqu'elle est faite subsistante en la personne du Verbe. C'est dès son entrée au monde que ce Verbe incarné a voulu faire part à une femme do celte dignité, et l'associer à ce divin ordre, non en sa nature, mais par sou office de maternité! C'est à la fin de sa vie et à son départ de la terre, qu'il y veut élever en quelque manière ses a()ôlres bien-aimés. Et partant, nous voilà rentrés dans notre texte, et dans l'océan de l'amour infini duquel est parti ce mystère : Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos. Car lorsqu'il institue avec eux ce mystère, il leur commande en ces termes exprès, de prendre ce corps qu'il a reçu de sa Mère et qu'il a uni à sa divinité. El par ainsi il s'incorpore en eux d'une manière ineffable 1 C'est enfin co banquet nuiitial dressé aux noces du Fils de Dieu (où il- verse et répand sur son épouse son sang, qui est la divine semence du christianisme), que nous sommes lous conviés et appelés à tenir quelque rang dans ce troisième état de l'union divine et hyposlalique ; non en donnant comme sa sainle Mère, notre propre substance au Verbe, pour subsister en icelle (car c'a élé un privilège singulier à sa personne), mais bien en recevant la propre substance du Verbe éternel, c'est-à-dire son corps et son sang déitié, par lequel il s'unit et s'incorpore en nous comme il lui avait plu de s'incarner en elle. O rapport admirable, et conformité rare d'amour et d'actions de ce Verbe éternel envers les hommes, en son entrée et en sa sortie du monde I ô amour fort, constant et persévérant jusqu'à la fin en mêmes degrés d'effets et d'union envers les siens : Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos. Car lors il s'unissait à notre nature par l'incarnation, et en la fin de ses jours il lui plaît de s'unir à notre personne par l'Eucharistie. Lors il élève la Vierge à celle dignité, el lui fait avoir

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

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parla l'étatde l'uiiion hy[)Ostatique, en s'in- (^/irnant nu momie par son ministère; et il élève ici ses disciiiies en ce môme ran;:; et les fait entrer en cet ordre, quand ils vont opérant par l'univers, et recevant en Icuis cœurs et en leur corps, le mystère de TF.utharistie. Certes, il pouvait bien venir au monde sans l'entremise d'une femme, et y entrer comme un autre Adam, sans naissance et sans généalogie, et n'avoir |)oint de mère sur terre, comme il n'y avait point de père. Mais il a voulu naître d'une vierge, et, par ce vouloir, celte femme a été faite Mère de Dieu (ce que l'envie de Satan n'a pu supporter, et son orgueil a rudement combaltu par les nestoriens aux premiers siècles de l'Eglise), et par cet office et qualité surnaturelle, cette femme bienheureuse entre en cet ordre divin, autant qu'une portion de sa propre substance est organisée par l'ojjération du Saint-Esprit, et informée de l'dnie de Jésus-Christ, et unie persoimellement et primitivement au Verbe. Semblaijlemenl il pouvait bien se séparer de la terre en la fin de ses jours, sans s'unir et s'incorporer ainsi en ses apôtres par ce mystère ( et la rage de Satan, esprit de haine et (le division, ne peut supporter cet amour et union que les fidèles ont en son corps et en son sang, comme membres de ce chef et rameaux de ce cep, etc.) ; mais il lui a plu, à l'heure de son trépas, d'unir ses disciples aussi réelleuTent et intimement à soi-même qu'il avait été conjoint et uni à sa Mère au temps de sa naissance; et par ce sacrement divin et admirable, étendre à tous les siens, et consommer avec un chacun d'eux, l'union sainte qu'il avait accomplie avec une nature singulière par l'incarnation.

X. Car il faut soigneusement observer, que le Fils de Dieu a voulu entrer deux fois en noces et alliances avec les hommes, représentées singulièrement en deux différentes paraboles des noces évangéliques (Matth. XXII, xxv; Luc. xiv), el qu'au premier Jour de sa vie et de ses noces tout ensemble (car cet Epoux céleste a commencé sa vie et son alliance en un même moment, et n'a vie sur la terre que pour et par cette alliance), ii a bien épousé une nature semblable à la nôtre, et par ce moyen il est entré comme en notre famille, et nous sommes conjoints ijar alTinilé naturelle avec lui, à raison de laquelle il nous honore môme du titre de frères. [Joan. xx, 17.) Mais au dernier jour tie sa vie, il a voulu entrer en des secondes cl dernières noces, et épouser non pas notre nature, mais notre personne; et prendre alliance non à notre maison et famille, mais avec nous-mêmes, et se môler dans notre propre chair et substance particulière, comme il avait auparavant mêlé l'esprit de sa divinité dans la chair de son humanité. Et romme lors il a élevé la nature humaine en une faron singulière, à l'union divine et hyposlalique par rmcarnation ; aussi nous pouvons dire en (Quelque manière, qu'il

élève notre personne et lui fait prendre part en l'ordre et en l'élal de cette union divine et admirai)le, |)ar le mystère de l'Eucharistie; mystère auquel notre cor|)S est le temple de sa divinité, notre cœur est l'autel de son humanité, notre cs{)rit est le trône de sa grâce et de sa gloire {Ucbr. rv, 16) ; nous sommes même os de ses os et chair de sa chair ainsi que parle l'un de ses apôtres. {Ephcs. V, 30). En quoi il est à proj)OS de remarquer un trait de la sapience divine qui 0()ère en ce chef-d'œuvre, en ce qu'elle a voulu dédier et consacrer un môme jour à cette double alliance avec les hommes, contractée par ces deux mystères de l'Incarnation et de l'Eucharistie , qui sont cc«nme deux admirables parallèles entre toutes le-s lignes et les œuvres qui partent du centre de l'amour incréé qui rem{)lit tout le monde (oi.) Car il se vérifiera, par le calcul des temps, que le même jour 25 mars, auquel il s'était incarné en sa sainte Mère, irentequatre ans après, qui font les ans de Noire- Seigneur selon la plus approuvée chronologie (joignant les neuf mois delà résidence au ventre maternel, et les trenle-trois ans et trois mois de son séjour sur terre), se rencontre à la veille de sa sainte Passion, et au point de la lunation en laquelle il fallait lors célébrer la pique. Tellement que, par une providence singulière, lemêmejour^ 25, du même mois de mars, qui avait servi à l'incarner au ventre delaS'ierge, se trouve dédié et consacré à l'incorporer et loger dans le cœur et dans le sein de ses apôtres,, terminant le cours de sa vie par ce m3'stère comme il l'avait commencée par l'autre. Et par ainsi nous voyons et admirons le Sauveur du monde en ces deux mystères (qui sont comme les deux pôles de notre firmament), commencer et clore dignement la cercle de sa vie en un chef-d'œuvre el joindre les deux extrémités, c'est-à-dire le premier et dernier de ses jours en un môme dessein et effet d amour et d'union avec les hommes, selon ce texte sacré : Ciimdilexissct suos qui erant mundoy in finem dilexit eos. XI. Voilà les divines et dernières pensées de Notre-Seigneur, à l'entrée de cette sainte action divinement proposées par saint Jean, et sommairement exposées en ce discours : Sciens Jésus, quia orniiia dédit ei Pater in tnayiuSf etc. Voilà ses préparatifs à ce banquet céleste auquel il vous convie, et les mouvements de son cœur, lorsqu'il délaisse la Synagogue, et qu'il vient donner le baiser de paix et d'amour à son Eglise, en ce trèshaut el divin sacrement. Que si telles ont été les circonstances, quelle sera la substance de ce mystère? non certes un morceau de pain 1 non une nue figure! non une commémoration si:n[)le ! non une chose commune avant la loi, et à la loi, et à l'Evangile I non une chose que vous receviez en votre cabinet lisant la Bible ou au prêche écoutant un ministre 1 non enrorc ce que les ajiôties avaient reçu spirituellement et par foi,

(34) O.Nuru. l'ast.

<)i:UVKKS DE COiNTriOVKUSE. — DISC III. SUK l.A PRESENCE REELLE.

h riieuro môuie mangoaiU l'ai^ricaii |)as(nl avec leur uuillio; mais la clioso la |ilus ran; et divine (|iii soji nu iiiuiide ; la [tins nouvelle et airecléo aussi à la iiuuvello alliance ; la plus sin^uliùre, et iiun jamais communi(ju«ie h SCS aptjlres auparavant ce soir et ce dernier lian(|uel; c'est-^-dito ce corps donné jiDur nous, ce san;^ répandu pour nous. Je sais liicn «|uc vos ministres emj>runtent quelipielbis les mois, et non lo sens t't la foi de l'I-'i^lise; mais je sais bien aussi que tous leurs termes se réduisent h néant, i't 110 sont autre chose? qu'illusions dos sens pour couvrir la bassesse do lcurm\slùre. Car quoi qu'ils veulent dire et entendre par ces paroles, il n'y a point selon eux autre

f)articipalion du corps de Jésus-Christ en eur cène, que celle qui se faisait deux mille ans avant (|ue ce môme cor| s eût été formé par lo Saint-Ksprit au ventre de la Vierge, et que celle (jui se fait ou au bapltîme, ou au prêche, ou en tout autre exeicico do leur religion. Kl combien (jug le corps de Jésus- Christ leur soit présent lors, comme ils disent, si est-ce que ce même corps demeure toujours durant ce même mystère, absent et aussi éloigné disent-ils cux-mômes do la substance do leur âme et do leur corps, que la terre est éloignée du ciel. Et lors mémo qu'ils sont conjoints à ce corps précieux selon leur créance; lors môme, selon leur môuie créance, ils en sont éloignés réellement, spirituellement et par soi, et aussi loin que le ciel est éloigné de la terre. Tellement que, ou ils disent et se dédisent, leur foi les obligeant à démentir leur parole, et c'est contradiction et inconstance ! ou en l'usage de ces mois ils n'en prennent [)as le sens, et c'est malice et tromperie!

Xll. Mais laissante partleurssongesetleurs mensonges, suivonslenarrédes évangélistes.

Jésus, disent-ils, prit du pain, et dit à ses apôtres :PreneZytnangez,ceci est mon corps. {Matth. XX VI, 20. ) 11 est dilqu'il prend du nain, car c'est du pain quand il le prend. Mais il est dit aussi qu'il donne son corps, car c'est son corps quand il le donne. Le pain, non que je prendrai, dit-il, mais que je donnerai, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du monde. {Joan. VI, 5.) Et comme c'est le corps mort du Lazare qui est au sépulcre, et non lo Lazare ; mais quand le Seigneur parle et dit : Lazare, veni foras [Joan. xi, 43), c'est le Lazare qui sort dehors, et non le corps puant et infect du Lizare qui était en ce tombeau, car ce qui sort est un homme vivant, et ce corps, changé en vers et pourriture par la force de la mort, est changé en un moment jiar celle parole en un corps vivant, mouvant et animé. Ainsi celle parole : Ceci est mon corps, et ces mains divines et puissantes, selon saint Jean (xiii, 3) : Omnia dédit ci Pater in manus, ont changé la substance basse et vulgaire du [)ain en la substance rare et divine do son corps. Et rien n'est passé de plus digne par les mains du Fils de Dieu, que ce qu'il otTrc ici à Dieu son Père et à ses apôtres, et à vous maintenant. El la [missanco divine n'a jamais eu hors de soi-môme fonds

et molièro de ses œufres plus rare, dltcellonle et divine, que lo sujet do la sainte Kii- ( li.irisUe, qui est lo corps vivant et animé du l'iU de Dieu, joint personnellement à sa divinité. <]ar, en la création, (elle puissance a o|»éré sur lo néant; et en la résurrection dernière, elle opérera sur la cendre et poussière do nos corps; et en ses autres actif>tis miraculeuses rapportées en l'Ecriture, elle opérait sur l'élnl ( t le changonienl des choses naturelles. Mais ici elle o|ièresur la plus rare créature et sur le |dus rKjble ouvrage do ses mains, c'est-5 dire .sur l'humanité sainte et déifiée do Jésus-Christ, qui est lo fond et lo sujet de cet œuvre divin 1 0 ouvrage digne do contenter et iaiisfairo la puissance divine ! ô œuvre digne des pensées do Jésus-Christ ci-dessus proposées! Scicns Jésus (plia omnia dédit ei Pnter in rnanus, et (piia a Dco exivit et ad Deum vadit, etc. O œuvre digne de terminer ses œuvres, et do clore celle vie divine do Jésus-Christ sur terre! ô excellenco du christianisme, do croire, d'opérer et d'adorer celte merveille! ô malheur et bassesse de l'hérésie d'ôtro aveugle en celle claire lumière ! ô malignité de Satan et dernier eiïort de sa rage contre ce mystère, comme il est aussi le dernier ouvrage du Fils de Dieu on sa vie mortelle, et le ftius haut elfet de sa puissance !

Xlil. Mais laissons ces paroles jiour laisser parler le Fils de Dieu, qui dit h ses disciples bien-aimés : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Ne voyez-vous pas. Messieurs, que celui qui parle, c'est celui que le Père éternel vous commande d'ouïr. [Matlh. xvir, 5.) Or il dit ici deux choses, car il fait un commandement en ces termes : Prenez, mangez ceci, et il prononce un oracle : ceci est mon corps. (Matth. xxvi, 2G.) Tellement que si ceci qu'il montre de sa parole, et qu'il tient entre ses mains, n'est point son corps ; il ne commande pas de prendre et manger son corps, mais seulement de prendre et manger ceci, qui n'est pas son corps. Et vos docteurs en leur cène n'ont aucun commandement de manger le corps de Jésus-Christ, ni par foi ni autrement, si ceci n'est pas lo corps de Jésus-Christ, mais la figure seulement, et ils se rendent ridicules, de dire et d'affirmer l'un, niant et renversant l'autre, qui toutefois en est la base et le fondement. Car glissons leur glose dedans le texte, et faisons-leur ce plaisir ['Our ce coup, et sup- I)Osons, selon leur intelligence, que le Fils de Dieu a dit : Prenez, mangez, ceci n'est [)as mon corps, ou ceci est la ligure de mon corps; il ne commande donc pas de prendre son corps ; et toutefois ils sont si aveuglés et inconsidérés, que do dire coniinuellement l'un, et do nier continuellement l'autre. Mais il suflil à l'hérésie pourvu qu'elle rroie ce que Jésus-Christ ne dit pas, cl qu'elle ne croie pas ce (ju'il dit.

XIV. Quant à vous, vous ne pouvez arrêter îo cours de votre créance à celle divine parole du Verbe éternel, que i-ar le doute de son pouvoir ou de son vouloir. Que si vous doutez 'le son pouvoir, souvenez-vous

(OUVRES COMPLETES DU CARDI>'AL DE BERULLE

s'il vous plaît, que votre ôtre et nature a déjà fait Jiomiuage à sa loute-puissance, ou vous ne seriez pas au monde, et que votre foi la déjà reconnue au Symbole, ou vous ne seriez pas Chrétiens; et qu'il faut que ce corps (qui fait ombre à la lumière de la foi en cet article) lui fasse encore joug en la résurrection, ou il demeurerait en cendre et pourriture. Donc, si celte toute-puissance que vous adorez en elle-même et en ses œuvres, et qui a daigné vous servir d'un chef-d'œuvre de sa main, à l'entrée et à la fin du monde (pour vous tirer en l'un hors du néant par la création, et en l'autre hors l'empire de la mort par la résurrection) veut encore vous servir de l'ouvrage do ses mains en cet entre-deux du siècle, n'arrêtez pas le cours de sa puissance par votre infidélité. Et pour vous ouvrir en peu de mots le secret de l'amour divin, je dis qu'y ayant en un chacun do nous deux choses, la nature et la personne, dont Tune est générale et commune à tous, l'autre est unique, singulière et affectée à un chacun ; si comme il a plu à la bonté divine de faire servir déjà une fois sa puissance infinie à l'infinité de son amour, pour être inséparablement uni avec notre nature par l'incarnation; il veut encore l'employer à s'unir à notre personne, et à être avec un chacun de nous, jusqu'à la consommation des siècles par son Eucharistie. Ne vous rendez pas indignes de ce vouloir qu'il vous annonce, faute de foi, ni de ce rare effet faute d'amour 1 Que si confessant son pouvoir, vous doutez seulement de son vouloir, ne dites donc plus: Comment est-il au ciel et en l'autel ? Et ne cherchez plus, dans les impossibilités prétendues, de quoi mécroire ou méconnaître son vouloir; mais rendez-vous dociles et attentifs à sa parole, sachant que ses brebis écoutent sa voix, et qu'il a les paroles de vie éternelle. [Joan. X, 27; vi, 69.) Or il dit à ses apôtres si clairement, si simplement et si naïvement : Prenez, mangez, ceci est mon corps, etc. , ceci est mon sang qui est répandu pour vous [Matth. XXVI, 26 seq.) ; et ailleurs : Ma chair est vraiment viande, et mon sang est vraiment breuvage. [Joan. \i, 56.)

XV. Mais vos ministres, au lieu de se rendre à la force et clarté de celte parole, au lieu de suivre humblement celui qui est la voie, la vie et la vérité, ils vont recherchant tous les moyens d'obscurcir cette parole et de charger le testament du Fils de Dieu des plus dures et barbares, des plus inusitées et égarées locutions qui se peuvent remarquer en l'usage des hommes, et, en somme, leur peine et leur étude est non à l'entendre, mais à ne le pas entendre I non à suivre le niveau de cette règle, mais à la ployer selon leur fantaisie, et à rendre co testament de TSotre- Seigneur, compris en quatre paroles, si obscur, que vos docteurs ont inventé de notre temps quatre-vingts gloses (oo), sans s'y contenter encore: pour une simple etnaïve intelligence, que l'Eglise

a crue et a suivie l'espace de I,6C0ans, en humilité d'esprit, en simplicité de foi, en hommage à la sainte parole, en désaveu des sens et de l'apparence humaine, et en force de créance et de respect à la puissance et à la divinité de celui qui parle en ce sien testament ; ce qui a fait trancher tout court à saint Hilaire, grand pasteur de l'Occident et de nos Gaules, avec une autorité et majesté pastorale, qu'il n'appartient qu'à ceux qui nient la divinité de Jésus-Christ, de vouloir entrer en doute de la vérité de cette sienne parole : « Il n'y a, » ce dit-il (lib. viii De Trinit.), «aucun lieude douter de la vérité de sa chair et de son sang. Car c'est vraiment sa chair et son sang, selon que notre foi /enseigne, et que le même Seigneur Jésus- Christ l'atteste. Cela n'est-ce pas la vérité même ? qu'il ne soit pas vrai à ceux qui nient que Jésus-Chfist soit vrai Dieu 1 » Et saint Chrysostome, grand prélat de l'Orient, que Dieu a posé en la métropolitaine de l'empire comme un flambeau éclairant par l'univers, nous dit fortement et puissamment sur ces paroles (hom. 88 in Matth. ) : « Croyons partout à Dieu, et ne lui contredisons point, quelque apparence d'absurdité et de contrariété que le sens et la raison apportent ; car nous ne pouvons pas être trompés en sa parole, et nous pouvons être déçus par nos sens. Puis donc qu'il a dit : Ceci est mon corps, n'en doutons point, mes frères. »

Saint Cyrille, évêque de Jérusalem, allégué à tout propos par l'Orthodoxe, instruit et catéchise son peuple en l'Asie par ces paroles (cath. k mystag.) : « Bien que le sens te suggère que c'est du pain, c'est le corps de Jésus-Christ selon sa parole. Que la foi t'affermisse, que le sens n'en soit point le juge; car après les paroles du Maître, il n'y a point lieu de doute. Puisque le Seigneur nous déclare que ceci est son corps, ceci est son sang, qui osera dire que ce n'est pas son sang? II a changé autrefois en Cana de Galilée l'eau en vin, et ne sera-t-il pas digne d'être cru, changeant le vin en sou sang? Aux noces corporelles, il a opéré ce miracle; et ne confessera-t-on point à plus forte raison, qu'aux enfants de l'Epoux il donne la possession de son corps et de son sang? Sous la figure du pain, t'est donné le sang de Jésus-Christ, afin que tu sois fait un de corps et de sang avec lui. Car ainsi nous deviendrons porteurs de Jésus-Christ, son corps et son sang étant distribué en nos menUires, » etc.

XVI. Mais dites-moi, Messieurs, quei intérêt ont vos pasteurs à rendre la parole de Dieu obscure, comme s'ils avaient Dieu suspect en sa propre cause, ou comme si cette parole était leur partie adverse; et pourquoi suent-ils tant à cet effet? Car la question n'est pas entre eux et nous, s'ils peuvent l'obscurcir ou non, s'ils peuvent s'aveugler ou non en celte lumière, s'ils peuvent trouver des prétextes de se perdre et de ne pas croire à l'Evangile? Car Eve, dans Je paradis

(bo) Apud Xantes., repetit. 1 De Eucharistia,

7M (»:ovriES DE coNTuovtivst;. — ursc. ni, suu l\ fuksence réelle.

et en l'élnl d'innorencc en n trouvé, oiiiinnl

mieux croire la 1 orolo du ser(>eiit (|uc ccllo de sou Dieu (jui l'avait formée nngut'ro l et le scr|tt'nt tiiôine, c'esl-à-diro le dinMc, bien que suhlil et |.6nélrniil en In lecture des saint"s lettres, plus (jue tous les niiuis- Ires do I.1 terre, n pu i;^norer le Messie eu Ja clarté des Kcriluresl Kt les Juifs eiuoro ne le voient pas dans leur Bible, ni dans l'état de leurs alfaires 1 Kt les liérélitpies de (•ha(|ue sii'-cle (ju'ils condauincnl avec nous, ont trouvé eu leur leui|>s de (juoi divertir le sens des paroles tju'on leur [iroposail pour fondement des articles de notre foi (ju'ils coiiibaitaient pour l(jrs. Mais la(iuesliou est, si ces paroles, comme elles ont été [irononcées (lar Jé>us-(]luist, counne elles ont été délaissées par eux h la postérité, sans gloso et sans addition, ne portent pas que ceci soit son corps, el ne condamnent pas ceux (jui disent, que ceci: ceci, dis-je, que Jésus- Christ a uonnô de sa main et a démontré do fa parole, n*e>t pas son cor|)s ; qui est la llièso do l'hérésie eirrontémenl opposée à la Ihùse de Jésus-Christ, [^ar ces misérables docteurs, ou de ce siècle, ou du prince de ce siùclo. El, ce qui surpasse toute im[)iélé, elle est opposée par eux en nos jours, sous couleur a'Kvangiie, et sous prétexte d'esprit de Dieu, de foi et do réformation, qui est le trône et le comble de l'imijudence ! Eve, à la vérité, fut si malavisée que de croire au serpent ; mais elle nefut pas si impudente que d'attribuer 5 Dieu la parole du serpent, ains elle déclare ingénuement que c'est le serpent qui lui avait dit : Ncquaquam mariemini, etc. {(ien. m, i.) Et elle attribue au ser[>ent le dire du serpent. Mais ceux-ci, ayant appris du môme séducteur, qui veut encore un coup donner le démenti au Fils de Dieu en son Eglise, comme il lui donna alors dans son paradis, et sur le sujet d'une viande qui porte conséquence de vie ou de mort; ils reçoivent cette parole du serpent aussi bien qu'Eve, mais ils font pis, en co qu'ils osent môme l'attribuera Jésus-Christ, à la foi, 5 sa parole, et à un envoi et autorité extraordinaire do sa part; qui est un blasphème effronté contre le Fils de Dieu, s'il y en eut jamais au monde, lequel il vengera aussi en l'excès de son ire.

XVll. Mais laissons ceux qui veulent ôtro trompés, et ne veulent pas ouvrir ni leurs yeux h l'évidence de cet clfet, ni leurs oreilles à l'ouïe de celte parole, ni leurs cœurs à la force de celle créance ; et adressons à vos âmes le reste de ce discours sur les }hv rôles de notre Maître, vous priant de vous ressouvenir que nous sommes Chrétiens, et que nos lois et nos raisons sont les paroles de notre Afaîlre. Or est-il que ces paroles sont claires cl expresses, ou il n'y en a point de claires en l'Ecriture; qu'elles contiennent en leur clarté la proposition même que l'Eglise romaine propose à ses enfants, sur la présence réelle du corps de Jésus- Christ en l'Eucharistie; et que les négatives de vos pasteurs en cet article n'ont jamais été prononcées ni par Jésus-Christ, ni par

ses n| ôtros. Car cpiel apôtre on évangéliste ajamais dit <jue ce (pie le Sauveur a donné <lo SCS mainsàscsdisciples. n'est pointsoncorps; que ce n'est que le si^^ne et la ligure de son corps; que, par l'esprit seul, ou [tar la seule bouche de la foi, ce sont vos termes, ils participaient au corps de Jésus-Christ; ou (jue, iirenanl ce (|u'il leur pré>ente de sa main, ils ne prendraient son corps rjue par la boudin lie la foi 1 Laissant iJonc ces inventions et traditions humaines eu un si haut mystère de la foi, et en un jioint si important à notre salut, arrêtez-vous h la pure parole du Fils de Dieu, et rendez-vous franchement h une vérité clairement prononcée par la bouche de Jésus-Christ, fidèlement ra|)porlée par ses apôtres cl domestiques, et religieur sèment révérée par les siècles |>assés.

Et vous souvenez que celui qui parle en ce mystère est celui-là môme que Dieu le Père vous a commandé d'écouler [Matih.

XVII, 5); que c'est entre ses apôtres qu'il parle lors, et non à un j)eu[ile indigne de savoir le fond do ses mystères; que c'est au dernier jour de sa vie, lorsqu'il est temps de parler clairement ou jamais; que c'est en ce môme soir, auquel il |irûtesle leur parler sans ombrage; que c'est lorsqu'ils le doivent recevoir, et par conséquent doivent savoir, sans doute ni ambiguïté, ce qu'ils ont à prendre pour y apporter l'esprit préparé selon la dignité du mystère; aue c'est sans réplique et sans enauôte aue les apôtres reçoivent celle parole de leur Maître ; que c'est sans glose, sans addition ni explication quelconque qu'ils la rapporient tous en leur Evangile : ce qu'ils n'omettent pas en de moindres particularités, oij la glose y est moins nécessaire et moins attendue ni désirée, et où elle pouvait être plus aisément suppléée, plus simplement omise, et ignorée avec moins de danger; que d'abondant il s'agit en ce lieu d'un testament, et non d'une parabole; el partant, il n'y faut point entendre ni appliquer la licence et le style (\(is paraboles. Et il s'agit du Nouveau Testament, autant éloigné des ombres et des figures de l'ancienne alliance, comme il est proche du corps et do la vérité même qui l'institue, c'est-à-dire de Jésus-Christ, qui est le testateur présent en sa propre personne, et qui se donne luimême à son Eglise en ce legs testamentaire Or si l'Ancien Testament, plein de figures en son état, a été exempt de figures, c'est-à-dire do locutions figurées en son institution el en ses clauses, lorsque le contrat en a été passé en Y Exode (c. xxiv).Ferez-vou3 celort au Nouveau Testament, qui porte eu son étal lo jour et l'accomplissement des ombres el des figures précédentes, d'être plein d'énigmes et de figures en ces termes, et en Ta clause princifialo du Testament? Car voyant en l'un un Moïse médiateur do l'ancienne alliance, tenant le vase plein de sang, et disant au peuple : rojcj le sang du testament que l'Eternel a passé avec vous [Exod. xxiv, 8), vous no trouvez point de figures en ce contrat, et vou? prenez le sang pour du sang.

Et en l'antre, voyant le Fils de Dieu médiateur de la nouvelle alliance [Uebr. i\), tenant la coupe entre ses mains, et disant à son peu|)le : Yoici le scnig du nouveau testament, lefjuel est répandu pour vous [Matth. XXVI, 28), vous voulez prendre ici le sang pour la figure du sang, et non pour du sang, et donner plus de vérité, de substance et de réalité aux j)aroles de Moïse que de Jésus- Christ, et à la figure qu'à la vérité même. Car cet ancien testament est l'ombre et l'image du nouveau, et Moïse est l'ombre et le portrait de Jésus-Christ, le médiateur de la nouvelle alliance. D'ailleurs, comme le testament est la dernière et la plus claire et sincère des actions du testateur, aussi voyons-nous en ce texte ja dernière action et comme transaction de Jésus-Christ avec son K|)0use. Car après cette action, ce n'est plus que passion et souffrance, et vous ne le trouvez plus qu'entre les Juifs et les bourreaux ; et c'est lorsqu'il veut et doit, uar son olnce, imposer fin aux figures de la loi mosaïque, et les consommer toutes. Confessez donc qu'il n'est pas raisonnable de glacer en ses paroles la plus dure et insupportable figure, et d'y mettre le plus grand équivoque qui se trouva jamais au testament et aux dernières paroles d'aucun père de famille gui dispose de sa substance 5 la fin de ses jours.

XVIII. Certes, quand il n'y aurait que ce seul avantage en notre cause, que le juge que vos docteurs ont choisi, à savoir l'Ecriture, les condamne en mois exprès et formels; et que pour échapper la sentence du juge ils rap[)ellent à leur secours les gloses et inventions humaines qu'ils ont renvoyées et condamnées si publiquement, c'est tout ensemble et une marque évidente qu'ils n'appelaient à l'Ecriture que par prétexte et non par vérité, et une condamnation expresse qu'ils ne peuvent éviter en la face de Dieu et ûgs hommes. Car ils sont condamnés en cet article par leur propre jugenjcnl, c'est-à-dire par les lois et maximes qu'ils ont |irescrites eux-mêmes 5 leurs différends. Marque et punition d'hérésie, ce dit l'apôtre, et un grand jugement de Dieu à aveugler ces hommes qui ont voulu prétendre plus de lumière que son Epouse : Percute, Domine, illoscœcitale{iyReg.\i,i8), ce disons-nous à Dieu avec Elisée contre les ennemis de son Israël et do son peuple Et Dieu l'a ainsi accompli selon les va:ux de son Eglise. Car les premières maximes que ces misérables docteurs et ces nouveaux pasteurs de ce siècle ont élevées contre l'autorité de l'Eglise, la plus forte machine dont ils l'ont voulu battre et abattre, s'ils eussent pu, et la plus s{)écieuse ouverture qui a fait entrée à leur schisme, a été de protester des gloses des hommes (ainsi appelaient-ils les Pères et les pasteurs donnés de Dieu à son peuple) à la clarté des Ecritures, es quelles, le di>aient-ils, les choses de salut i'Oni clairement exposées, en sorte (^u'un chacun les y |>eut voir et lire sans avoir besoin d'inlerprèln et de ^loso. El lf)i!lt'f"is le

premier point qu'ils ont heurté en France contre l'Eglise et l'Ecriture est celui-ci, qui est le plus clair et le plus facile de tous en l'Ecriture. Tellement que par l'état de leur créance, ou plutôt mécréance, ils se trouvent obligés d'abandonner leurs défenses et prétextes ordinaires, de rappeler à leur secours les gloses et inventions humainesqu'ils feignaient condamner, et de violer même outrageusement leur première et propre maxime de la clarté des Ecritures. Car c'est ici l'Ecriture qui parle ; c'est celle de la nouvelle alliance qui est plus claire et facile, et qui a moins d'ombres et de figures; c'est Jésus- Christ même qui parle en ce lieu, qui est la lumière du monde et la vérité; et c'est enfaisant son testament et au dernier jour de sa vie. Quoi 1 le Verbe éternel n'aura-t-il pu ou n'aura-t-ilpointvoulu, à l'heurede son trépas, entre ses plus fidèles apôtres, déployer clairement son vouloir et sa pensée? lui qui est l'image vive et le parfait rapport de la conception de son Père 1 Et ceux qui trouvent les Ecritures si claires, peuvent-ils trouver tant de nuages et d'obscurités en cette parole? Et toutefois, encore qu'ils se sentent pressés de cette évidence et de la conduite de leurs propres principes, ils ne se veulent rendre à la force et à la clarté de la parole du Fils de Dieu, qui dit en son testament : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. {Matth. xxvi.) Ouvrez leurs yeux, Seigneur {IV Reg. VI, 20), ce disons-nous avec ce même prophète; car il est temps qu'ils voient que les propres maximes qu'ils ont voulu établir en leurs esprits et élever contre votre Eglise les condamnent irrémédiablement s'ils persistent, ou les conduisent s'ils veulent, et les ramènent salutairement dans votre Israël et dans votre Eglise. Et quant à vous autres, Messieurs, qui avez plus manié les armes que les livres, et qui voulez honorer Jésus-Christ en terre pour avoir part à sa gloire et à son royaume au ciel, ne voulez-vous pas vous laisser vaincre heureusement et honorablement à la lumière et clarté de cette parole? Voulez-vous suivre encore honteusement, et contre votre ])ropre créance, la parole des hommes, au préjudice do celle de Dieu qui condamne votre erreur par un texte formel et évident? Souvenez-vous que sans la foi, vous ne pouvez ni plaire à Dieu en ce monde, ni entrer en son paradis en l'autre; et que vous n'avez point de foi, si vous ne croyez et si vous ne recevez cette parole; et que quand il n'y aurait que ce seul point en notre cause, que ce que nous vous proposons de la réelle ])résence du corps de Jésus-Christ en l'Eucharistie est dit, quant à la lettre, par Jésus- Christ, et non par nous ; el ce que vos docteurs vous en disent h rencontre est dit par eux , et non par Jésus-Christ : c'est un grand avantage, et qui ne peut être ôté ni déguisé par eux h notre créance. Et quant à la glose qu'ils y veulent mettre, j)uisque ni Jésus-Christ ni ses aj ôtres ne l'ont donnée, ni n'ont établi de sa part ces esprits nouveaux et runtcnticux pour interpréter

7" (UiUVRKS DECONTROVKRSK. - DISC

colle |taroltî, et (ju'ils reconnnissenl cuxiiiôines (lu'ils iioiivcnl crror, et loulo leur Kglisi' vi.silile, en l'iiilcriirélalioii ([u'ils vous en (loinu'til, c'csl ;is.st'/. \>()nv vous ohli'ç^cr, niôuK! suivant leurs ni.'i\iuies, ou h ne croire jamais aucune chose de ce poinl en (jnaliiû lie foi nécessaire h ce salut, ce (jui csl impie; ou ù croire aux paroles de Jésus-Chiisi sans leurs gloses et interjuélalions humaines, qui est ce que nous vousproj)osons.

Discorus IV.

81R LK l)KSSi:»T DK LA CONFÉUEMCK, SELON LK MAUUfc DU SIEIK ntMOLLlX.

De la Salutation an(jeli</uf et de l'invocation des saints.

Jo m'étais résolu do ne point toucher au dessort que vous a |irésenté lo sieur Dunioulin, croyant avoir donné assez de jour et de luiniùre h votre esprit sur le sujet j)rinci[)al de la conférence. Mais j'y aper- (;ois un point (jue j'eusse négligé comme le reste de son desseit, si le sieur Dumoulin l'eiit négligé lui-même, cl je ne puis l'omettre, puisqu'il en fait tant de cas que c'est le jircmier etfort dont il veut éhranler la foi de ceux qui se sont retirés de l'hérésie, et uu'il l'a jugé digne déjh par plusieurs fois «le tenir place en ses livres, comme un point de rare invention oudesolide doctrine. C'est oii il hlâme la piété des Chrétiens qui lionorent et prient la Vierge en récitant le salut angélique. Car il dit (Sli), par une subtilité non[)areille et par une argutie qui ne fût jamais entrée en la cervelle d'un Carnéades, que ce n'est pas prier la Vierge, mais prier pour la Vierge, et que c'est lui dire : Dieu te garde Marie, le Seigneur soit avec toi! O elfort admirable de l'Eglise prétendue réformée! ô brèche irréparable en l'Eglise romaine! ô subtilité incroyable ! et qui pourra trouver issue à ses tiletset arguties! Dire l'Avé Maria, dit le sieur du Mou- .'in, c'est prier pour la } ierge. Et donc l'ange Gabriel, qui a dit l'Avé Maria, a i)rié pour la Vierge. Et les saints donc (car les anges sont saints, et les saints sont semblables aux anges [Matih. xxii, 30]) prient pour ceui qui sont en terre, puisque la Vierge vivait lors en la terre. Et parlant, nous avons en la naissance de l'Evangile un témoignage exjirès de la prière des saints, et ce, selon les gloses et les versions du sieur Dumoulin. Et par ainsi, l'Eglise i)rélenduc réformée doit réformer sa mécréance en cet article, si elle n'a commission extraordinaire pour réformer la parole de Dieu et le langage do l'ange Gabriel, aussi bien que celui de l'Eglise universelle ; car si elle ne se sert du privilège de sa réformation, elle ne peut non jdus douter de la prière des saints, selon la paroie de Dieu et de ses anges, que de l'Avé, |»uistpie, sehm eux, l'Avé porte une |>rière expresse et formelle pour la ^'iprge qui vivait lors en terre. O profouditél ô subtilité de l'Eglise prétendue réformée! Et qui ne

(î»6) Ail 1 vro tics XXXII demande^' Hoclifll".

impriiDe a la

IV, SLR LA S.VLUTATION ANGELIQLK. 75i

croira désormais lo monde bien réformé par des gens si subtils et si savants? Qui n'aijinirera la providence de Dieu <i dresser l'i;glise de nouveau, cpiin/e cents ans après l'avoir laissée en idolûlrio et impiété sous lu c<»nduite <ies anciens J'ères et (»astcurs, puiscju'elle esi dressée par des pasteurs autorises d'une fa<;on si extraordinaire, et {)ar (les docteurs si jtrofonds et si subtils, que lors môme «|u'ils veulent fermer la bouche h l'Eglise .mililanlo priant les saints, ils établissent la prière des saints en la bouche de l'Eglise triomnhante, et s'obligent à reconnaître que si l'Avé est une parole angéli(pie et évangélique, comme il appert, la prière des saints (pi'ils combattent est une doctrine angélique et évangéli>jue tout ensemble? Oui ne croira bien maintenant que tout le monde a erré par tant de sièc'les avant la naissaïu^o de ces nouveaux docteurs ? qu'ils étaient la lumière qui devait éclairer l'univers? qu'il « ne faut faire état en leur comparaison de mille Cypriens, mille Augusiins, mille Jérôujos, » selon le dire d'un auteur soi-disant réformé (571 ; qu'il ne faut pas faire nn si grand civet aes Pères, ce dit Calvin, chef do la rél'ormation prétendue? que ces Pères étaient hommes? Car voici des anges et des esprits si subtils et pénétrants, et qui entendent si bien le langage angéli(iue qu'ils mettent la prière des saints en la bouche de l'ange Gabriel, lors même qu'ils veulent arguer d'idolâtrie et d'impiété la prière des saints. Et ce qui est plus, ils font ce grand effort d'esprit par l'assistanco et la persuasion du Saint-Esprit en leurs cœurs, qui leur fait ainsi entendre et discerner le langage de Dieu et des hommes (58). Mais je prie le sieur Dumoulin de reconnaître qu'il ne sait pas bien son Avé, selon ses propres Bibles mêmes; ou s'il le sait, qu'il commet sciemment une fausseté au rapport de celte parole angélique. Car c'est une fausseté de tourner ces paroles de l'Ange : Dominas tecum, le Seigneur soit avec toi! Fausseté, dis-je , en addition; car ce terme soit n'est pas en l'Ecriture, qui est toutefois la base et le fondement de son discours, ou plutôt de son illusion ! Fausseté encore, en l'intelligence, car ces paroles ne sont pas un souhait, mais une admiration et une annoncialion de la présence du Seigneur en la Vierge, pour opérer en elle au même instant le chef-d'œuvre de l'incarnation de son Verbe éternel. Et toutes vos Bibles que j'ai pu voir le tournent ainsi : Le Seigneur est «rcc toi, tu es bénie entre les femmes. {Luc. i, 28.) Tellement que le sieur Dumoulin est atteint ot convaincu de faux par leurs Bibles mêmes, lorsqu'il tend un jiiége h la simplicité des lecteurs de son livre. Et d'ailleurs je crois qu'il ne lui sera jtas dur d'apprendre de Bèze, que ce mot Ave ne veut |>as dire : Dieu te garde; car, en commenlanl ce passage de saint Luc, il dit disertement : Aie, id est, gaude, |iarcc, dit-

(.S7) Au irailé De la réforinntion de ''Hfjlise. (oS) C'^nf>:^f. de foi, art. 4.

OEUVRLS COMPLETES Dl' CAUOINAL DE BERULLE.

il, que seion les professeurs de la langue latine, ce terme signifie éjouis-toi. Et quelques-unes de leurs premières Bibles françaises, le tournent en ce sens, selon cette instruction de Bèze. Et par ainsi la grande machine du sieur Dumoulin, contre l'invocation de la Vierge et des saints, est mise en pièces, et son canon est encloué par le général même de son armée (Feslus)! Et toutefois, voilà les preuves et les combats dont on fait des triomphes ; voilà les raisons, que l'on juge dignes de passer plusieurs fois sous la presse; voilà les moyens par lesquels on prétend ébranler la solidité de la foi publique et universelle.

Or, afin qu'il ne vous semble pas que j'affaiblisse cet article de la prière des saints, en affaiblissant ainsi la prière de l'ange Gabriel pour la Vierge, que nous avons surprise en la bouche du sieur Dumoulin, remettant un discours de cette matière à une autre fois, je veux vous faire voir dans l'Evangile, et dans ce même feuillet de l'Evangile, une preuve évidente de la prière, non d'un ange, mais d'une armée des anges pour .a terre; et ce sans addition, sans falsification, et même selon la version de vos Bibles réformées. Car en ce beau cantique qui fut entonné en la naissance du Fils de Dieu : Soudain avec iange, dit le texte, il y eut une multitude des armées célestes louani Dieu et disant: Gloire soitàDieuès deux très-hauts, et en terre, paix envers les hommes de bienveillance {Luc. ij, J3, li), ou selon la glose de Genève : envers les hommes voulus et favorisés par le Sauveur. Tellement que nous voyons en cette hymne des anges, les deux oOîces de l'Eglise "triomphante, qui sont de louer Dieu et de le prier pour les hommes. Et nous voyons que cette prière et intercession des saints contrarie si peu à l'état de l'Evangile et à l'oflice de notre unique médialeur, (quoi qu'imaginent vos ministres) qu'elle se retrouve insérée en grosses lettres dans les premiers cahiers de l'Evangile, et en la naissance de votre médiateur. Et même c'est le premier olBce que les anges ont exercé en terre, en la présence du Médiateur même sur la terre; et la ])remière doctrine de l'Evangile, que la terre a apprise de la bouche des anges, tant il y a de rapport et d'analogie entre les points de la doctrine évangélique et les songes et suppositions de nos réformés. Mais, laissant la déduction de celte vérité à un autre temps, il me suffit de vous faire voir que vos docleurs vous servent aussi mal en leur dessert comme en toutes les autres parties de leur festin. Et lorsque vos anciens pasteurs de l'Eglise invisible vous disaient que la prière des saints était une invention de l'Eglise romaine, ou ils déféraient i)lus (Qu'ils ne veulent à cette Eglise, la reconnaissant non particulière, mais universelle ; ou ils rendaient témoignage de leur ignorance visible. Car à tout propos (et ils ne l'osent plus désavouer) on leur fait voir de l'Europe un saint Ambroise, de rAfri(iue un saint Augustin, do l'Asie Mineure un saint Basile,

de l'Egypte un saint Athanase, de Syrie un saint Ephrem, de Judée un saint Jérôme et un saint Cyrille, et de toutes les provinces de la terre, le"s troupes vénérables de docteurs, de martyrs, de pasteurs, priant la Vierge et les saints, et enseignant aux peuples et à leur postérité de faire le même. Tous esprits rares, éminents, relevés en sainteté, en autorité, en suffisance 1 Tous esprits éloignés de nos différends et contentions, et tous florissant même dans les premiers siècles qu'il plaît à Calvin d'assigner à la fleur et pureté de l'Eglise ! Tous esprits confits en la lect ture des saintes lettres, qu'ils ont si souvent annoncées et si disertement expliquées!

Tous esprits tellement animés du zèle de l'honneur de Dieu, que leur vie, leur mouvement, leurs actions, leurs paroles ne respiraient autre chose; et tellement hors de tout soupçon d'idolâtrie, que c'était lorsqu'ils l'exterminaient de la terre, et qu'ils étaient encore dans les triomphes de leur victoire, tout glorieux et couverts de trophées qu'ils avaient heureusement gagnés sur cette impiété. Ecoutez donc ces âmes divines, qui vous parlent par leurs écrits et par leur exemple. Imitez-les, Messieurs, et entrez dans cette même Eglise qui a été autrefois honorée de leur présence, assistée de leur conduite, édifiée de leur exemple, cultivée de leurs labeurs, protégée de ieur assistance, afin que vous entriez un jour dans la même Eglise qui les a reçus au ciet à l'issue de leurs travaux, où ils sont éternellement heureux et triomphants avec Jésus- Christ, auquel soit gloire et honneur en tous les siècles des siècles.

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