‹ Œuvres complètesChapitre 104 sur 540 · GS · texte numérisé non relu

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et que J'esprit soit, sinon le total, au moins Je principal en l'homme, si esl-ce qu'ayant plu à Dieu revêtir notre être spirituel et invisible d'un corps matériel et visible, il veut que nos actions intérieures et spirituelles envers lui soient aussi revêtues de cérémonies externes et corporelles, et lui-même bégaye ainsi avec ses enfants : car, s'nbaissant à leur infirmité, il veut revêtirses grâcesspirituelles et divines de sacrements et cérémonies extérieures et sensibles. Et comme le diable s'incorpora dans le serpent pour tromper Eve et jeter la semence de la fausse doctrine et irréligion dont il voulait couvrir la terre. Dieu s'incorpore dans les choses sensibles et apparentes pour traiter avec ses enfants, et les conduire au chemin de salut. El ainsi nous le lisons avoir paru à son peuple, ores dans une nuée, ores dans une colombe, ^t ores dans une arche. Et enfin il lui a plu (car il ne se lasse jamais de bien faire et de s'accommoder à sa créature, et ne peut recevoir de limites, ni en sa puissance ni en sa bienveillance), il lui a plu, dis-je, de prendre une alliance singulière avec les nommes, et de fonder aussi une religion rare et singulière sur cette alliance, et de s'incorporer, non pour un temps, mais pour jamais dans la nature humaine, et revêtir l'esprit de sa divinité du corps de notre mortalité, auquel par ce moyen, dit saint Paul, la divinité habite cor|)orellement. Et par ainsi, voilà Dieu conjoint de si près à l'homme (à l'homme, dis-je, qui était séparé de Dieu), que maintenant il y a un Dieu qui est homme, et un homme qui est Dieu, et un homme qui sera Dieu éternellement. Et en attendant que nous régnions avec lui au ciel et jouissions de son éternité, cet Homme-Dieu a voulu établir une religion nouvelle au monde, fondée sur la créance et adoration de ce mystère : religion donc qui sera d'autant j)lus parfaite et accomplie, qu'elle a pour base et pour fondement de son état la p'Ius étroite ot [)arlaite alliance qui soit au monde; religion derechef qui ne manquera en rien de ce qui est [)rincipal et im[)orlant en la religion, c'est-à-dire ni de ce que l'homme doit à son Dieu, ni de ce que Dieu veut donner à l'Ijomme. Mais recueillons, au contraire, que d'autant plus que celte religion est sainte, et d'autant plus que celte alliance nouvelle du Nouveau Testament est rare et singulière; d'autant plus qu'elle est même divine et coiporelle tout ensemble, d'aulant {>lus aussi la loi sera sainte, l'obéissance sera parfaite, le sacrement sera divin et admirable, le sacrifice sera auguste et vénérable. Sacrement aussi où le corps de Dieu même est la viande de l'homme; sacrifice où Dieu môme, en son humanité conjointe, est l'offrant et l'hostie de l'homme tout ensemble, a dit saint Augustin il y a ])lus de douze cents ans.

JII. Car il faut singulièrement observer que, comme Dieu n'a i»as aboli l'état de la religion, mais il l'a changé seulement et rendu plus parfait; aussi n'a-l-il pas détruit l'état uu sacerdoce, du sacrement ou du sa-

crifice, mais changé seulement en une meil leure forme; non plus qu'il n'a pas aboli, mal.s accom[)li l'état et la relation de l'homme envers Dieu, et de Dieu envers l'homme, car ce sontclioses corrélatives. Kt à la vérité, peut-il entrer en la pensée de l'homme que, pour devoir plus à Dieu en l'état du Nouveau Testament , nous traitions avec lui comme quittes et moins redevables? pour avoir plus reçu de Dieu, nous rendions et offrions moins à Dieu? pour avoir un Dieu qui manifeste pi us ses grandeurs et ses perfections, nous l'honorions et nous lui obéissions moins? pour recevoir de lui plus de grâcrs et de faveurs, nous ayons uioins de puissance à le servir et h garder sa loi ? et pour avoir avec Dieu une alliance plus divine et plus corporelle qu'elle ne fut jamais, nous ayons une religion moins accomi)agnée de liens et de moyens sensibles de notre réunion et confédération avec Dieu, et même destituée, ou de loi, ou d'obéissan(;e, ou de sacrement, ou de sacrifice, qui sont les quatre piliers et fondements de la maison de Dieu, qui s'appelle l'Eglise, selon saint Paul {/ Tim. m, 15), et les quatre éléments de la religion divine?

Si ces conséquences sont trouvées bonnes en la doctrine des réformés, il n'importe pas beaucoup; car vous voyez qu'ils sont bien nouveaux au monde et que leur foi et crédit a été trop longtemps invisible en la terre, pour y porter conséquence en choses si publiques et universelles, si sérieuses et si divines. Bien est-il vrai qu'en la religion chrétienne, par l'analogie de son état et la correspondance de sa perfection, il y doit avoir moins d'ombres et de figures dans son service et dans ses cérémonies. Mais aussi est-il vrai qu'il y aura plus de fonds et de substance, plus de corps et de vérité. Car le Dieu que nous adorons en nos cérémonies religieuses et divines, n'a pas changé en ce point de style et de conduite avec son peuple, et ne veut pas moins se servir des choses corporelles pour ie salut des siens et pour la gloire de son Père. Au contraire, il a épousé un corps pour jamais en la naissance et au commencement de cette religion, ce qu'il n'avait point fait auparavant, et nous a laissé ce même corps pour gage de son amour, pour organe de notre salut, pour mémorial de ses merveilles , pour soutien de ses grâces , pour médicament de nos plaies, pour supplément de nos devoirs envers la majesté divine, et enfin pour base et pour fondement de son service en l'état de la religion chrétienne.

IV. Ke()Osez votre esprit, je vous prie, en ces [)enséesl Voyez l'ordre et la conduite de Dieu en cet œuvre, et admirez le conseil profond de sa sagesse en ce qui est si commun el ordinaire, et si peu pénétré et entendu de tous. Voyez, dis-je, et admirez comme cette religion, divinement instituée par son Fils, est à bon droit surnommée Chrétienne, comme Jésus-Christ est tout en cette Egdse, et comme il est le centre et la circonférence de son état. Car vous voyez

OELVRES DE CONTROVEIlSE. — DISC. II. DU SACUIHCI. DE LA MESSE

i\u\\ y esl tout onsenililc ri rMiii(Mir qui la l'onde, et l'olijot que présoiile (•«•lie iiiônie jeliyi<jn : «r (|iii ii'élaii |w»iiii cti I.'i Syn.'igo-

f;»ic, (|iii av.'iit Moiso |>(mm- sou nnteur, inni.s L' Messie pour hiit et ohjel ; qu'il est liiilu^me et le Inen que nous «levons jiossédcr L'ii celle loi, et le fotids de la grâce par laquelle nojis le devons acquérir et mériter ; qu'il est lui-môme au sacrement (|ui est téléliré, et lo sujet en sa divinité, et le ciment de notre alliance en son Imiiianité, el finalement (luc, comme un mônju Dieu dans le ciel est l'objet que les hierdieurcnx eonlemplent cl l'espèce par Ia(|uelle ils le contemplent, ainsi un môme Jésus-r>lirist sur la terre, esl l'ohjct (jue les Clirétiens y adorent, et l'hostie par laquelle ils le doivent adorer. Kl comme nous reconnaissons toiii tjue Jéi.us-Cliiisl est le prix et lo sa( rilice tie noire rédemption, el la monnaie de cours cl de [>oids au sanctuaire de Dieu, par la- (]ueHe nous [)ayoris toutes nos dettes h la justice divine; au.>si est-il comme le tribut el le sacritice de notre religion, el vous voyez par les yeux de la foi et par l'ouic de sa parole, qu'il veut être mis entre nos mains en son autel, comme s'il étaii celte monnaie «jui porte non l'image de César, mais l'image vive de Dieu empreinte, par laquelle nous • •ayons tribut au Roi de gloire et rendons nommage de notre servitude perpétuelle à sa divine majesté.

V. Car nous ne sommes pas moins redevables à sa souveraineté qu'à sa justice, et ne devons pas moins d'hommage à sa gran- «leur en titre de serviteurs par notre nature, que de satisfaction à la sévérité de ses lois, en titre de criminels par notre otfense. El Dieu ne veut pas moins être honoré en sa qualité de souverain, (jue satisfait en sa qualité de juge ! Et la religion ne doit ()as moins contenir el porter le tribut de sa souveraineté, que le payemenlde sa justice. El puisque le Fils de' Dieu descend du ciel en terre, pour étendre par l'univers l'adoration de son Père, et (ju'il veut et doit être le tout en cette Eglise, vraiment et singulièrement fcienne; pour satisfaire à son dessein el à notre double ol)ligation et redevance, il a voulu ôlre et le [irix de notre rachat en la croix et l'hostie de notre adoration en l'autel. Ces choses vous semblent-elles dignes delà censure de votre réformation? Vous paraissent-elles indignes de Dieu et de la religion de son Fils? Vous semblent-elles répugnantes aux principes d'une religion divine, qui a toujours eu pour a|)anage et le sacrement el le sacritice tout ensemble ? Elles ont toutefois été ainsi crues, ainsi reçues, et ainsi honorées de tout le [uonde el (Je tous les siècles. El c'est le sens et la piété de tous ceux qui ont porté le nom chrétien jusqu'à présent, que je vous ai lidèlement narré el ei|iosé ; c'est l'infusion el la moelle de leurs discours que je vous présente; c'est la substance de leur doctrine que j'ai tirée de leurs esprits pour la digérer el convertir en un doux lait d'instruction et d'enseignement que je fais maintenant

distiller en vos flmes. El ces vérités onl leurs racines si avant er» l'étal de la religion, que jamais il n'y a eu religion au monde sans prôtres, sans autel et sans sacrifice; que celle de nos adversaires, dressée de nouveau et inconnue aux siècles précédents; qui, par une étrauj^e réformation, ou plutAl |>ar une impiété signalée ( tuais non peutôtre reconnue d'eux jusfju'à jirésent), ont retranché el la loi et le sacrilice de l'étal do lareligir)n <hrétienne, c'est-à-dire loutre que Dieu attend de l'homme et tout ce que l'homme jieut rendre à Dieu par sa grâce ; (jui est eji abrégé, ou l'obéissance en la loi qu ils tiennent impossible, ou l'honunage au sacrifice (pi'ils détruisent et tiennent poiii- abomination el idolâtrie.

\'l. Raisons faibles de nos adversaires. — .Mais ils disent el s'avisent, seize cents ans après (|ue la foi de ces mystères a été j)ubliée et prati(|uée en tout le monde, « qu'ils ne trouvent pas en la Cène, que le Sauveur ail dit à Dieu son l'ère (\ii'\ï faisait un sacrilice , » et ne s'avisent pas qu'ils s'ouligont aussi par ce moyen de nier que Jésus- Christ lasse en leur cène un sacrement aussi bien (ju'un sacrifice. Car il parle aussi I>eu, soit à son Père, soit à ses apôtres, de sacrement que de sacrifice; et ceux qui nous ont appris qu'il y avait un sacrement en l'institution de l'Eucharistie nous apprennent qu'il y a aussi un sacrilice. Mais ils disent derechef: «Jésus-Christ nedit pas à Dieu son Père qu'il olfre son corps à la Cène." Par la même raison, quand il leur plaira de s'en aviser, ils nieront non-seulement le sacrilice de l'autel, mais aussi celui de la croix! car Jésus-Christ ne dit pas en la croix, qu'il ollre ni son cor|)S ni un sacrifice à Dieu son Père. El si vous consultez les sens, ils y voient l'apparence d'un massacre ou d'un martyre^ mais non d'un sacrilice à proprement parler, non plus que le martyre de ceux qui souffrent pour la foi ne peut pas ôlre appelé sacrifice au sens et à la façon que nous disputons ici ; mais ils se |)laignent el disent, que s'ils trouvaient la messe en l'Ecriture, qu'ils la croiraient et qu'ils y liaient. Et je dis, que quand on la leur montrerait en grosse lettre rouge, qu'ils n'y iraient point, et n'ycroiraient point, et cjue lors ils chercheraient des ombres et des tigures pour se cacher, et des prétextes j)Our se dédire. Car on leur montre en grosse lettre la présence du corps de Jésus-Christ en l'Eucharistie, qui est le capital, voire le total de la messe, el ils ne le veulent pas croire. Que si vous vouiez en voir le nom, nous vous satisferons à la lin de ce discours. El si vous demandez maintenant à y voir et trouver la nature el la substance de la mes-e, je vous ferai voir en peu de mots el comme en un tableau raccourci tout l'étal 't lappareil de ce divin sacrifice.

VII. Car les saintes Ecritures, lorsqu'elles nous figurent létal du Nouveau Testament, nous représentent en icelui tous les points concernant l'ordre, l'établissement et l'appareil d'un vrai sacrilice. Et en premier lieu

OELVRES COMPLETs.S DU CARDINAL DE BERL'LLE.

(ys

nous avons le chnngemeiil et non l'abolition dti sacerdoce, aux Hébreux (vu, 12) : La sacrificature étant changée, il est nécessaire (^u'il y ait aussi changement de loi. Les ministres et sacrificciteuis de l'état évangélique j)rédits en Isaïe (lxi, lxvi) : Vous serez appelés les sacrificateurs de l'Eternel et les ministres de notre Dieu, et j'en prendrai d'entre eux pour sacrificateurs, a dit l'Eternel. Les |irêtres ordonnés de ville en ville par le commandement de saint Paul (7ï/.i,5): Je fui laissé à Crète, afin que tu constitues des prêtres de ville en ville, suivant ce que je t\ii ordi'7iné. L'autel dressé en Lgyi te, lorsque cette i)rovince se convertit h la foi du Messie, prédit en Isaïe (xix. 19), niônie selon la version et les annotations de «ienève : En ce jour-là il y aura un autel à r Eternel an milieu du. pays d'Egypte, et une enseigne dressée à CEternel sur la frontière d'icelle. L'autel alTecté à l'usage des ajôtres et des Cbrétiens tant sculeineni, en saint Paul aux Hébreux chap. xni ,( 10). Nous avons un autel, dit ce grand A|)ôtre, duquel nont point puissance de manger ceux qui servent au tabernacle (autel donc, et table tout ensemble, autel pour sacrifier, OvaiuGrostov, porte le mot, et table i)0ur manger, etc.). Kt si vous voulez voir l'hostie et la victime pusée en cet autel : C'est le corps livré pour nous, en saint Matthieu (xxvi, 26) ; et en saint Luc (xxii, 19) , le corps rompu pour nous ; en saint Paul aux Corinthiens 11, et le sang répandu pour nous, ce dit la vérité même en l'institution de ce mystère (39). I-!t enfin vous trouverez l'oblation j)ure substituée aux oblations ju(laï(|ues et offerte cnjout lieu/sSlon ce texte mémorable de MalaChie (i, 11), et le sacrifice continuel combaltlî {)ar l'Antéchrist, et marqué en Daniel, chap. xii, 11, lorsqu'il parle des accidents qui précèdent la fin du monde et la résurrection dernière; qui ne peut être transféré aux sacrifices judaïques abolis dès longtemps par toute la terre. Oblation ])ure et sacrifice continuel, disent ces deux grands prophètes : oblation, dis -je, qui sera en tout lieu od le nom du Seigneur sera grand et puissant (ce dit Malachie), et qui est ôtée en tout lieu où le nom de nos réformés a puissance ; et sacrifice continuel que l'Antéchrist doit combattre et abolir [lartout où la fureur de sa tyrannie passera, ce dit Daniel, et que nos adversaires disent être forgé en la boutique du Pape, qui est leur antechrist , tant ils savent l)ien accorder leurs propositions avec la sainte Ecriture. Car en ce lieu Daniel (selon saint Jérôme môme) parle de la fin du monde, où les uns seront ressuscites à la vie, les autres à damnation éternelle, et du terme assigné à la persécution de l'Anteclnist, presipie en mémos mots que ['Apocalypse^ comme il ap- })ert de la collision et relation de ces deux prophéties ensemble.

Or à ces choses nous savons leurs fuites et leurs élusions, et ils peuvent savoir nos

(3i)) Selon le grec.

réponses; et je ne veux enfler ce discours de choses mille fois alléguées, et mille réfutées, comme les boutiques de nos libraires en font foi ; et je ne le jtense pas nécessaire à votre instruction, ni au bien de ceux qui recherchent la vérité : car c'est assez pour contenter des esprits raisonnables et modestes, de voir clairement en l'Ecriture l'autel, le prêtre, l'hostie et l'oblation, et 'Noir ces mômes choses clairement en l'usage et piralique de toutes les églises qui ont honoré Jésus-Christ sur terre jusqu'à présent. C'est assez, dis-je, aux esprits clairvoyants de voir que le langage de l'Ecriture correspond au langage de l'Eglise, et qu'il n'y a autre dliférence, sinon qu'il faut que les Ecritures soutirent la gêne et la torture que vos pasteurs leur donnent par leurs détours et violentes expositions, car elles sont muettes pour s'en plaindre, si elles ne parlent pas jiar la bouche de l'Eglise. Et l'Eglise ne le soufl're pas, car elle est toujours vivante et parlante, depuis que le saint- Esprit en forme de langues lui a donné !e j)Ouvoir de parler et de vous empêcher d'éluder son langage. Car, au reste, il n'y a rien de sacré que l'incrédulité (lu cœur humain ne puisse profaner, rien de si exprès que la ruse et malice de l'esprit humain ne puisse éluder , comme il n'appert que Irop par l'expérience de tant d'hérésies qui ont éié en tous les siècles et en toutes les |)rovincesde la terre. D'ailleurs, si vos ministres veulent gloser et exposer ces textes à leur façon, s'ils veulent tourner le mot de prêtre en celui d'anciens, s'ils veulent expliquer celui de sacrificateur par méiai)hore, s'ils veulent éluder l'oblation de Malachie, etc., il sufiit qu'à ces choses et autres, sur lesquelles nos docteurs ont écrit si pleinement, si neltement, si solidement, vous leur disiez que vous ne voulez point de glose. Car ils vous ont api«ris qu'il n'en faut jjoint en la sainte Ecriture, et que tous les articles de foi y sont jiroposés en termes si clairs et évidents, que chaque simple fidèle sans interprète les en })eut recueillir infailliblement. Arrière donc leurs gloses et leurs métaphores ! arrière leurs discours et leurs raisonsl arrière leurs traditions particulières et inventions humaines 1

VilI.Et si ce nonobstant ilsfont instance, ouvrez-leur la Bible et [)résentez-lcur le passage de saint Paul à Timothée que nous avons allégué au discours de lu mission, et les obligez à suivre la règle que les professeurs de 1 Eglise de Cenève avouent et reconnaissent nécessaire à l'intelligence de l'Ecriture, pour ne la |)rendre en un sens erronée : car, sur ces paroles de saint Paul à Timolhée, ils disent notamment : « que la doctrine de la foi requiert une instruction domestique et parliculière, nommément en ceux qui sont ordonnés pour la porter en l'Eglise, afin qu'on ne la prenne de son sens particulier, sous ombre de la lecture ûcs Ecritures, et

OIL'VIIES I)K (.ONTIIOVEUSE. - OISC. II. Dl SACP.IUCK D;-: L\ MKSSK.

c't'sl rc qu'on n|»('Clait wnrienncnienl tradition on rKgliso. » Je les oIjUj^c donc ;i vous ouvrir Tes l'^rcs cl ?» cxiiliiiuor Ic^ tc'\l(.'s d(r riMriliire selon la tradition <|n'il nous ont délivrée de ninin en main, et non selon leur sens l'arlirulier et leur invention nouvelle : je les oitlig", dis-je, do joindre la lumière de la tradition universelle h la lumière tie la sainte Keriture, conimo étant li.'S deux yeux, les deux bras et les deux ninmi'iîes (le rKiilise, en la noijiriture, en la dél'ense et en la conduit» de la foi. Car il n'y a rien de [dus évident (jue l'anliijuilé nous parle de prêtres et non d'anciens; (raut(d ci non d<.' Ial)le seulenuMit; de sacriliraleurs et de sacrilices. Kt ce, non à raison des auiuAnes des iMèles ( commo ils essaient d'éluder eniro les leur>), mais on l'usa^o cl en la eonsécralioii de la très-sainte Kuçliarislie. l'-l ces choses sont si évidentes, (pie ne les ['«s «-avoir, c'est une grande ignorance; et les sachant, ne pas céder, serait une grande impudence. Or, conuuençons-en le rapport |iar deux ora( les et décrets prononcés en deux divers siècles de la |>arl de Tliglisc universelle; l'un, au cojicile ()rcmier de Nicée; l'antre, au grand concile œiuméniqiu; d'l''{ihè>o, tons deux avoués par nos adversaires en leur confession de foi. « Nous opérons (dit saint Cyrille (iO), président en ce concile, et au nom de tout le concile) es églises le saint, vivifiant et non sanglant sacrilic'O : ne croyant |>as (|ue le cor|)s qui est là posé devant fious soit le cor|)s d'un homme coujmun cl ordinaire comme les autres, ni le précieux sang semhlablement, mais le prenant comme fait le propre corps et sang du N'orhe, qui vivifie toutes choses. »

Le premier concile de Niée, lorsqu'il traite de ce uiystère qui joint la terre avec le ciel el unit l'homme à son Dieu, c'est-àdire, la très-sainte Eucharistie, dit ces paroles : « En celte divine table, ne soyons bassement attentifs au pain et à la coupe : mais en élevant l'entendement, pensons, par foi, que l'Agneau de Dieu, qui ôte les liéchés du monde, est, sur celte table, immolé par les [irôtres, sans être Oicis, et que nous |)renant vérital)!ement son j)récieux corps et sang, croyons que ces choses sont témoignages de notre résurrection. » L'Orthodoxe alléguant ce passage, et quelque aulre ministre de ce siècle que je no veux nonmier, le tourne en ce sens, sacrifié sans être sacrifié. .Mais cette ruse est trop évidente, car l'original de ce mot signifie, et occire et sacrifier, môme selon leur Henri Etienne : el dans leurs Bibles ils le tournent souvent en celle [iremière signification. Supposé donc que ce terme a deux sens ditlérenis nor.-seulemenl en l'usage de l'Eglise chrétienne (qui a droit d'introduire et autoriser de nouveaux mots pour ses nouveaux mystères), mais aussi en l'usage de nos ad-

(iO) Selon l'édiiion imprimoc à ililJcberg par les lié Cliques mémos.

(il) Ou il faut \ii\e, occis sans être occis, el cph ne st" pt'Mt. d'niunni qu'il est clair qu'il n'y a point ici d'dffutiioii do sang ; ou , sacrifié sans (tre sacii-

versnires : ou il le faut |)rcndre en une même signilicalion en ces deux lieux, et lors I 'e>t coiiliariété au propos du cûm:ile el du .-nuit Es|Mit (lui y jiréside, el ce n'est que malignité en leurs esprits de le [)rétendre; ou il le faut prendre en deux diverses significations en ces deux lieux diiïérenls, comme il est inévitable. C'est donc ou en celle manière, il osl occi$ sans être tacrifié, et ( ela esl faux el ruine le sacrifice de la croix, et ne répond pas au projios du concile; ou bien, comme nous le (Jisons et paraîtra évident à loul esfiril laisonnable, est sacrifié sau^i être occis (VI). ICI c'est la foi du concile de Nicée cl de l'Eglise universelle jiiscju'à notre temps; c'est le langage commun des Pères et du concile d'Ephè>e cidessus allégué; c'e-t le style cl la créance de notie Eglise, (jui croit el npjielle ce sacrifice non sanglant; môme, c'est le sujet de la distini lion que met ce concile de Nicée entre l'ollice des prôties el do.s diacres, el entre l'oblalion du sacrifice el la parlici|)aiion du sacrement, au canon 18. « Cela, ni la lègle ni la coutume ne l'a établi : (juc ceui qui n'otfrent point (c'est-à-dire les diacres) présentent le corps de Jésus-Christ à ceux «jui l'oirrent,» c'esi-à-dire aux |>iôtres. Mais où étaient nos réformés au teiii|ts de ces deux conciles, eux qui n'ont r|ue le Christ en la bouche, el toutefois ils étaient lors muets el invisibles en la dé;'cnse de sa divinité contre les ariens, et de l'union hypostalique do son humanité contre les nesloriens; car ils eussent appris à ces deux conciles el au Saint-Esprit qui les |»résidait, une aulro créance et un meilleur langage sur le fait de la très-sainte Eucharistie.

Saint Ignace, fait évoque d'Antioche jiar les apôtres mêmes, peu après la mort de Jésus-Christ :« lis ne reçoivent point, »dit-il (apud TuEODOR., dial. 3), parlant da certains hérétiipies, <( les oblations cl les eucharisties, [larce qu'ils ne croient pas que l'Eucharistie soit la chair de notre Sauveur Jésus-Christ. »

Justin, martyr, fait Chrétien il y a près ae quinze cents ans, c'e>l-à-dire environ l'an 90 de la morl de notre Sauveur el presque dans le temps de saint Jean, l'aiiôtre : « Des sacrifices qui lui sont otTerls par nous en tout lieu, à savoir du pain et du vin de l'Eucharistie, Malachie en parle prophétiquement, et |>rédit que nous glorifions son nom. » {Contra Tryphonein.)

Saint Irénée, que nous réservons à citer en un autre lieu, dit le même, et parle hautement et honorablement « de la nouvelle oblalion du Nouveau Testament, enseignée par les apôtres, (>rédile par Malachie et pratiquée par tout le monde (ie son temps en la célébration de l'Eucharistie. » (Lib. iv,c. 32.) Où étaient donc lors ces Chrétiens réfor-

fié ; et cela est contre le dessein du concile, q:ii ajoute expressémeni, par les pri-'/res, afin que la relation de préire et de sacrifice nous averlisse f^tie c'est un vrai sacrifice, mais non sanglant.

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ŒlVnFS COMPLETES DL' CAUniNAl. DK HKRl'LLE.

niés, qui ii'ofTreiU en pns un lieu 5 la divine majesté le pain de l'Kucharislie, et qui ne veulent pas reconnaître, avec les Pères et les premiers Chrétiens et martyrs de Jésus-Christ, ni en Mala.hie ni en lEucharislie, cette nouvelle oblation.

Saint Cvjtrien, en VEpître à Cœcilius, il y a treize cents cinquante ans : «Jésus-Christ a offert sacrifice à Dieu son Père, et celui même que Melchisédech avait offert, à savoir le pain cl le vin, c'osl-à-dire son corps cl son >an^^. » I']| plus ha-^, contre les aquariens, (pii usaient d'eau au lieu de vin en leur Euchari^tie, dit : « De là il a|)paraît que le sang de Jésus-Christ n'est point offert si le vin n'est point dans le calice, et que le sacrifice du Seigneur n'est point célébré par une sanctification lé^^ilime si notre sacrifice ne répond h la |)asjion. w Et derechef : « Le prêtre ollVe alors un vrai et plein sacrifice en l'Eglise à Dieu le Père, s'il offre comme il voit que Jésus-Christ a offert. » Et en l'épître à l'Eglise de Furnes : « Les évêques nos prédécesseurs, par une religieuse considération et providence salutaire, ont ordonné (pie si quelque frère décédant nomme un tderc pour tuteur ou curateur, que l'on n'offre point d'oblalion f)Our lui et qu'on ne célèbre point de sacrifice pour son décès; car celui ne mérite pas d'être notre nommé à l'autel de Dieu, en la prière des prêtres, qui a voulu détourner les prêtres et ministres de l'autel. »

Tertullien au livre De Voj'aison (cap. 14), écrit : « Ton jeûne ne sera-t-il pas plus solennel si tu as assistée l'aulel de Dieu? Ayant pris le corps du Seigneur et l'ayant réservé, l'un et l'autre demeure en son tMiticr, et l'exécution de l'office et la participation du sacritice. » Et ailleurs, parlant aux dames vertueuses et chrétiennes :« Vous n'avez nulle occasion de sortir de vos maisons, sinon grave et sévère, oii il est question de visiter quelqu'un des frères qui est malade, oii l'on offre le sacrifice, oii l'on administre laparolede Dieu.» (De cultu femin.) Et derechef : « 11 n'est permis aux femmes ni d'enseigner, ni de baptiser, ni d'oti'rir. » Et au Livre de la Couronne du soldat, ra[tportdnt les coutumes originaires et universelles des Chrétiens : « Nous faisons les oblalions pour les morts et pour la célébration des natalices (ainsi appelaient-ils les fêtes des martyrs) tous les jours anniversaires. » [Vita Conslantinif I. iv.)

Eusèbe, auteur du mêmot('m|)s, décrivant l'histoire du concile de Jérusalem sous le grand (>)nfciautin : « Les uns, » dit-il , « ornaient la fêle par prières et sermons , etc.; les autres, ajoute-t-il, pro|>itiaicnl Dieu par sacrifieras non sanglants et hiérurgies nïy.sii(jucs. u

Scuiii Cyrille de Jérusalem, l'andc la mort ce Jésus-Christ 310 : « Nous prions le Dieu amateur des hommes d'envoyer son Saint- Esprit sur les dons présentés, afin qu'il eu fasse,du [lain, le corps de Jésus-Christ, et du vin, le sang de Jésus-Clirist. Car ce que le Sn:nl-E j riUouçhCjilestenlièremenl sancti-

fiée! transmué.. \ près cela le sacrifice spirituel éianl préparé, le service non sanglant, sur l'hostie de propiliation nous invoquons Dieu po\irla commune paix de l'Eglise. »El derechef: « Nous te [irions et t'offrons ce sacrifice en commémoration de ceux qui sont morts devant nous, patriarches, prophètes, apôtres, martyrs, afin que Dieu, par leurs prières et intercession, reçoive notre sup})lication ; après, pour tous ceux qui nous ont précédé, saints Pères et évêques, et en somme pour tous ceux qui sont décédés devant nous : croyant que c'est une grande utilité aux âmes pour lesquelles est offerte la su[iplication de cette redoutable hostie qui est Ih gisante. » Et un ppu après: « Nous offrons pour les morts Jésus-Christ immolé pour nos péchés, rendant propice h eux et à nous l'amateur des hommes. » (Catech. 5 mystag.)

Saint E[)iphane, en l'épîtreà Jean, évêque de Jérusalem, successeur du même saint Cyrille, traduite par saint Jérôme (epist. 60, intcr Epistolas Hieron.) : « Ayant vu qu'il y avait une grande multitude de frères au monastère, et que les saints prêtres Jérôme et \'incenlius, par modestie et humilité, ne voulaient pas exercer les sacrifices dus à leur titre, et travailler en cette partie du ministère, qui est le principal salut (notez le principal salul) des Chrétiens, » etc. à

Saint Grégoire de Nazianze {In Julian. y oral. 1) dit : « 11 souilla ses mains du sang des sacrifices profanes, afin de les purger du sacrifice non sanglant, par lequel nous participons à Jésus-Christ, et à ses passions, el h sa divinité. » Et de rechef {Jbid., orat. 2) : « Maintenant les autels dénommés du pur el non sanglant sacrifice ne seront plus poilus du sang profane. » Ainsi appelle-t-il le sang des sacrifices païens, que Julien TApostal avait fait immoler sur les autels des Chrétiens. Et ailleurs ( Apologet. ) : « Sachant que nul n'est digne du grand Dieu, et sacnli'^e et pontife, s'il ne s'est auparavant exhibé lui-même h Dieu, hostie sainte et vivante, et ne lui a iirésenlé un service mental el acceptable; et n'a sacrifié au Seigneur Dieu un sacrifice de louange el un es- |)rit humilié, qui est celui seul que Dieu, qui nous donne tout, requiert réciproquement de nous (c'est-à-dire de ce que nous lui pouvons offrir du nôtre) : comment me devais-jc erihaniir de lui offrir le sacrifice externe (notez le sacrifice externe), celui qui est l'exemplaire des grands mystères 1 » Esquelles paroles ce grand et admirable théologien distingue disertement le sacrifie c interne el mélai)horique, d'avec le sacrifice réel et externe qui s'offrait à Dieu en rEucharistie, et firévienl [lar cette distinction les sophisnies de nos adversaires, qui lâchent d'éluder l'un j)ar l'autre. '

Saint Ambroisc (epist. 33), il y a plus do douze cents ans: «Je demeurai, » dit-il, « en mon office et commençai à faire la messe. Pendant que j'offrais, j'ouïs que le |)eui)le s'était saisi d'un certain Casiulus, que les ariens dis^iicnt être prêtre, lequel avait clé

ŒUVRES DE CONTKOVEUSK. - DISC. Il, DU SACRIUCE DE I.A MESSE.

trouvé en passnnt par la pince; je me mis h pleurer tr^sniiièieiiu'iil l'I .*i prier Dieu en l'iulo môme (l«' TiiMMlion, «piil ne fli poi-ii (J'elTusiori clo >in\'^ cm la (fluvech.' IKi^liM*. « El 5nn ((imnionlniro sur le p>«uine xx\mi: « Nous nvoMs vu le prince des sncrilicnleiirs venant h nous ; nr»us l'avons vu ol l'avons ouï, olTrant son >an;^ pf)ur nou<. Suivons-le, nous nuires pr(Mres, connue nous pouvons «Ml oITranl sacrilice pour le peuj'le, liien <|u'in(iriucs eu niénle, lionoraMo loulefois eu sflcrilico. Car, jaçoil, (pie Jt''sus-('lirisl no soil plus vu oirrir niainlenant, loulefois il e>l oll'erl en lerro (piand sou corps csl offert. » \'.i au (pialrit^'uie livre Des sacremenls (cap. k), rapportant les |taroles <lu prôlre au bacrilicc de Tanlel : « Nous t'olfrons celle immaculée hostie, celle hostie raisonnahle, celle hostie non sanglante, ce pain saint, et co calice de vie éternelle. »

Saint Opiat Milevilain (lih. vi), déclarant au môuie temps contre les donalistes, qui avaient roiupu les autels des calholi(jues avec môme fureur et non môme mécréancc que nosadver>airos : « Ou'est-ce que l'autel,» dil-il, « sinon le siège du corps et du sang de Jésus-Christ ? Que vous avait fait Dieu qui avait accoutumé d'.v être invoqué ? » etc. Kt ailleurs : « Ouelleolfense vous avait faite Jésus-Chrisl, dont le corps cl le sang habitaient là par certains moments ? Quelle offense vous étiez-vous faite vous-môraes, pour roiupre les autels sur lesquels longtemps avant nous, vous aviez, comme vous pensiez lors, saintement offert. »

Saint Clirysostome, en ses Commenfaires sur la I" aux Corinthiens (hom. 2i), écrits il y a douze cents ans : « Il a institué la hiérurgie changeant le sacrifice; et au lieu de l'immolation des botes, commandant qu'on l'offrît lui-même. » Et au livre vi* Du sacerdoce (hom. 2i) : « Mais quand le prêtre invoquera le Saint-Esprit, et parfera ce redoutable sacrifice, et touchera assiduellement (le ses mains le comnmn maître de tous, en quel rang, dites-moi, le mettrons-nous?»

Et en l'homélie 21 , sur les Actes : « Ce n'est l>oint sinjplcmenl le diacre qui crie pour ceux qui sont morts en Jésus-Christ, et jiour ceux qui font les commémorations pour eux. Ce n'est point le diacre qui jette celte voix, mais le Saint-Esprit : j'entends le don. Que dites-vous? L'hostieestentre les mains ; toutes choses sont très-dignement proposées, les anges assistent, les archanges, le Fils de Dieu même est présent. » Et en l'homélie 3 sur VEpitre aux Philippiens : « Ce n'est point en vain que les apôtres ont ordonné qu'en la célébration des vénérables mystères, on fit commémoration des morts. Us savaient qu'il leur eu revenait grande utilité. Car tout le peuple présent, élevant les mains aux cieux, et le redoutable sacrifice étant là posé, comment n'apaiserouinous point Dieu, [»riant pour eux ? »

Saint Jérôtue, eu ses Commentaires sur l Epitre à Tite (c. 1), écrit il y a jdus de douze « enis ans : « S ri est tomiuandé aux laïques de s'abjleiiir de l'usaire de leurs femmes

pour va(|uf»r h oraison, que faul-il dire de l'évê<pie, qui doit offrir tous les jours des viciiincs immaculées à Dieu pour ses pé- < lies et pr»ur ceux du peuple?» El peu après: « Il y aussi grande différence entre les pains de pro(»osition et le corjisde Jésus- (^hrisi, connue entre l'ondire ol le corps, enlie l'image el la vérité, entre les exemplaires des ( fioses futures, el les choses préligurées par les mêmes exemplaires. » El eu sa seconde épllre(()nlie\igilantius :« I/évêque de llo;ne fait donc mal, (pii, surlescorps morts de Pierre vi de Paul, selon loi cendro vile, selon nous os vénérables, offrtj sacrifi- <es au Seigneur, et répule leurs tombeaux aulids de Jésu>-Clirist ? » Et au livre ut' Contre les Ih'laijiens: « Les fidèles osent tous les jouis «lire au >aiiifice de son corps : «No- « tre Père qui es es cieux. »

Saint .V'igiistin, au livre De l'origine d« râine : « La foi calholifpie el la règle ecclésiastique ne soullrent point que l'on olfio le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Chrisl pour les (morts) non baptisés. » Et au ix* (c. 12), de ses Confessions : « On offrait pour elle le sacrifice de notre rançon, le corps étant d'''jà sur le bord de la fosse, comme on n accoutumé de faire en telles occasions, je n'épandis point de larmes. » Et au chap, 13, priant pour sa mère sainte -Monique, plusieurs années api es sa morl : « Lors, » dit-il, « que le lour de sa moil approchait, elle no convertit fioinl sa pensée à faire couvrir sou corps somptueusement, etc. ; mais seulement désira qu'il fût fait commémoration d'elle à ton autel, auquel elle avait servi sans inl^ rmission d'un seul jour, eld'oiî elle savait être distribuée la victime, par laquelle s été efl'acée la cédule quiétait contre nous.» Et au catalogue des hérésies : a Les ariens Sont venus d'un certain Arius, lequel, étant prêtre, s'iadigna de ce qu'il ne put être ordom.é évêque, el tombant en I hérésie des ariens, y ajouta quelques points particuliers, disant qu'il ne fallajt point prier ni offrir d'oblation pour les morts. » Et au xx* livre Contre Faustus (ca|». 21 j : o Nous n'érigeons des autels à nul des martyrs, combien qu'es mémoires des martyrs ; car qui est le prélat qui, assistant aux lieux des saints cor()S, ait jamais dit : Nous t'offrons à loi, Pierre, ou nous l'offrotis à loi Paul, ou nous l'offrons à loi, Cyprien ? ma'S ce qui est offert, est offert au Dieu des martyrs. « Et un peu après : « J'ai dit sacrifier aux martyrs; je n'ai pas dit sacrifier à Dieu es mémoires des martyrs. Ceqiie nous faisons souvent eu celle seule forme, dont il a commandé qu'oa lui sacrifiât, parla manifeslalion du Nouveau Testament. « El au \' (c. 20) de la Cité de Dieu: « Par cela il est sacrificateur, lui qui est l'offrant, et qui estroblation, de laquelle chose il a voulu que le sacrement fût le sacrifice fpiotidien de l'Eglise. » El au xvii* (c. 20) : « Ce sacrifice a succédé à tous les sacrifices de l'Ancien Testament, qui étaient immolés en l'ombre de l'avenir. \ l'occasion de quoi nous reconnaissons au psaume xxxis. celte voix du même médiateur, [larlanl pa?

OEIVUES COMPLETES DU CARDINAL DE BEULLLE.

le proplièle : Tu n'as point voulu de sacrifice et d'oblaiion de moi ; car au lieu de tous ces sacrifices et de toutes ces oblations, son corps est otleit et administré aux communiants. » Et au xvin' (c. 35) : « Ce sacrifice donc par le sacerdoce de Jésus-Clirist selon l'ordre de Melchisédech, puisque nous le voyons êlie od'oit à Dieu depuis le levant jusqu'au couchant, et que le sacrifice des Juifs, auxquels il a été dit: Je ne prends point de plaisir en vous, et ne recevrai [)oint de présent de vos mains. Ils ne peuvent pas nier eux-mêmes qu'il n'ait cessé ; pourquoi attenJent-ils encore un autre Jésus-Christ?» Kl au xxu' (c. 8), parlant d'un lieu affligé des malins esprits : « Un de nos prêtres y alla, et y offrit le sacrifice du corps de Jésus Christ. » Et Sur les paroles de V Apôtre aux Thessal. 'si'vn]. 3-2): « Mais que par les prières de la sainte Eglise, et par le sacrifice salutaire (notez sacrifice disertement ex|)rimé et distingué des prières et aumônes) et [iar les aumônes qui sont distribuées pour leurs âmes, les morts soient aidés, afin que Dieu les traite plus raiséricordieusoment que leurs péchés n'ont mérité, il n'en faut |)oint douter ; car cela, c'est chose que l'Kglise universelle observe, l'ayant reçue de la tradition de ses pères, à savoir que, jiour cc'ux qui sont morts en la communion du corps et du sang de Jésus-Christ, lorsque leur com.raémorcilion se fait h son rang en ce sacrifice, là on prie pour eux, et déclaret-on (ju'il e>t aussi otferl pour eux (i2}, »

Saint Léon, écrivant [)eu après è Dioscorus sur la coutume quiétait à Alexandrie, qu'on ne célébrait qu'une messe p'ar jour en chaque Eglise: a 11 est force, » dit-il, '< qu'une partie du peuple soit privée de sa dévotion, si, la coutume d'une seule messe étant retenue, nuls ne peuvent offrir le sacrifice sinon ceux qui s'y seront trouvés à la première heure du jour. » Et encore aujourd'hui les liturgies que les Grecs célèbrent sous le titre de saint liasile et de saint Chrysostome, retiennent ces fornmles : « Saint des saints, Seigneur Dieu des vertus, «dit celle de saint Basile, « nous follVons ce vénérable et non sanglant sacrifice, pour les saintes Eglises qui sont d'une extrémité de la terre àl'autrel » Et celle de saint Chrysostome : a Nous t'offrons ce culte spirituel et immaculé, et t'invoquons et supplions. Envoie ton Saint-Esprit sur nous et sur les dons proposés, et fais ce pain le précieux corps de ton Jésus-Christ, amen; en ce calice le précieux sang de ton Jésus-Christ, le transmuant i)ar ton Saint-Esprit. »

IX, Que la religion chrétienne na aucun sacrifice sanglant. — Voilà une suite vénérable de Pères. Voilà une nuée de témoins que nous faisons [ileuvoir sur ceux qui vous l'ompent. p:i plût à Dieu qu'elle fût sufii-

anieà ramollir la terre de leurs cœurs lOuo ^l leur dureté raffermie et cimentée dans

opiniAtreté les pri»ve de ce bien, au moins

qu'elle serve à arroser vos âmes. Et afin que vous entendiez sainement celte doctrine (à cause que vos pasteurs ne vous parlent de sacrifice qu'en terme d'horreur et d'impiété, €omme si nous crucifiions et mettions à mort Jésus-Christ à l'autel), vous devez savoir que l'Eglise ne reconnaît plus de sacrifices sanglants, ni en ce mystère, ni en aucun aulie point des institutions chrétiennes, d'autant que l'état du Nouveau Testament est si excellent et parfait, qu'il n'a plus d'autre victime que Jésus-Christ, lequel, étant mort une fois, ne meurt plus, et ne s'est offert qu'une fois de celte sorte d'oblaiion

3ui a porté conséquence de mort et effusion e son sang hors de son corps et de Sfs veines, comme le témoigne saint Paul aux Hébreux. Joint que le sacrifice de la croix, étant l'exemplaire et le sujet préliguré es sanglants sacrifices que l'on a rendus au vrai Dieu en la loi de nature et de .Moïse, comme leur usage a commencé quand et quand le monde, et dès l'origine de la fui en ce Messie, qui voulait non-seulement mourir, mais mourir d'une sorte de mort qui poilAt effusion de son sang [ our son peuple. Aussi était-il raisonnable qu'ils fussent terminés en ce corps et en cette vérité dont ils étaient les ombres et les figures, et que leur cours et durée ne continuât point plus outre que le temps, auquel l'unique oblalion sanglante du Fils de Dieu a été accomplie. D'où vient que maintenant toutes ces eff'usions de sang sont cessées, comme propres à l'état précédent, et préfigurant par ces sacrifices et sacrements, le grand et unique sacrifice de rédemption qui est fait en la croix. Tellement que ce n'esl pas merveille, si toute la loi était pleine de sang, avant le sang ré|iandu do Jésus-Christ, et si ce n'était qu'ell'usion de sang en la Synagogue, suit à l'entrée d'icelle qui se faisait [lar une circoncision sanglante, soit au service solennel qu'elle rendait à Dieu par les sanglants sacrifices de la loi judaïque. Au lieu que maintenantrEglisechrélienne est toute j)ure, toute monde, et toute autre en son service, et n'a plus de sang visiblement épandu, ni en son baptême, qui lui fient lieu de circoncision, ni en son autel, qui a succédé à l'autel judaïque, c'est-à-dire en l'Agneau de Dieu et en la victime qui y est rendue présente.

Sur quoi il est à propos de considérer que, comme l'état el la nature particulière des sacrements est changée, mais les sacrements demeurent en l'une et en l'autre loi ; ainsi la forme el condition particulière du sacrifice est innovée, le sacrifice demeurant en sa nature générale, commun à Tune et ù l'autre religion, comme en toutes deux l'obligation est égale d'adorer Dieu et le servir d'un culte externe de latrie et d'honneur souverain. Mais comme c'était le glaive qui faisait la circoncision, el maintenant c'est la [larole de Dieu qui fait le baptême, l'un el

(iil L'E^^Iisc donc (le nos advors;iiios n'éiait ircnl satnlKc ni pour les morts ni uutreiiieui.

en ce Umjr>-I;i ni f.j5li>c , ni iiniNcrsello , car ils n'of-

L'.r, (EL VUES DK CO.NTUOVKUSK. -^ DISC

l'milro étant vrni sai renient ; ainsi c'était lo j^lrtivc qui l'aisoit lo •>aiTili(;e de la loi , l't inaiulonnnl r'est la parole de Dieu (jui f.iit le sacrilice d(! l'Kgli^e (l'un et l'autre étant vrai et propre sacrilice), «''esl-à-dire cetle parole toute-pui.si.aiito du Verbe : Ceci est vion corps, ceci csl vion sniuj, lafpnlle étant filus trani-hanle et pénélranle (pie le f^kiive, Icrail la séparation du sang d'avec le corps, et la division du corps d'avec fespril, ai la Divinité ne renipôcliait par le privilé;^e «le rininiorlalilé. A raison delaiiuelle cette parole divine a hien puissance de faire (pie le Fils et l'Agneau de Dieu soit mis et olfert en l'autel, mais non (pi'il soit occis en icelui, ni <|ue son sang so.t séparé de son corfis et de ses vein<s. Kn «inoi il semble être iroprenient et vraiment notre l.>.iac, que j)ieu voulut bien être mis et olVerl sur l'autel, mais l'empôclia d'y élro occis et immolé.

X. Que la sainte Iiucharistic est sacrifice et sacrcinrut lotit ensemble entre les Chrétiens, comme l'Ayneau pascal rntre les Juifs. — Or, tomme vos miiii>tres ont une vue assez pénélranle pour voir en celle a( lion de Jésns- (>lirist un >rai sacrement, bien que ni le Sauveur en IHyaiigile, ni lcsap(Mresen leurs é| lires , ne lui aient |»oint donné ce nom ; et encore (pi'ils ne se voient fondés que sur leurs sens et discernement ()ailiculier, sans outre autorité expresse en la [larole écrite, ils ne font pas difliculté de le retenir et conserver en cette qualité avec l'Eglise. Ainsi toute l'antiquité a eu des ^eux et de la lumière pour remarquer et reconnaître d'abondant en ce mystère, la nature , la propriété et les conditions d'un vrai sacrifice ; et nous n'avons pas moins de raison et de fondement de croire et suivre en cet article les Pères anciens et pasteurs vénérables de l'Eglise (lors même tju'elle était en sa fleur et en sa pureté, selon le dire do (ialvin), (jue vos ministres ont eu de les croire, ou [dutùt de se croire eux-mêmes en l'autre.

Car il est évident que l'Ecriture |)rédit en termes plus clairs une oblation en l'Eglise cliréiienne, que non | as un sacrement 1 [Malac. x.j Que les figures du Messie ne l'obligent pas tant à l'iiislilution d'un sacrement que d'un sacrifice ! Que l'éiat de la religion, (|ui est une alliance et un Iraiié per- |)éluel de Dieu avec les hommes par sa grâce, et des hommes avec Dieu par le service et honneur souverain (juils lui vouent, ne requiert pas moins de son instituteur des sacrifices que des cacrements pour symboles externes île cette reconnaissance et assislance récipro(iuel Que l'usage et l'institution des sacrifices est une apparlencnce de la loi naturelle (et non |ias mosaïque seulemenl), laquelle n'ayant |)as été abolie , mais accomplie i»ar Jésus-Clirist, il n'y a aucun prétexte de prétendre l'abolition du sacrll'ue 1 \ii môme (jue celle abolilion est le chef-d'œuvre de l'Aniecluist, selon la sainte

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