‹ Œuvres complètesChapitre 107 sur 540 · SUR L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

SUR L'EUCHARISTIE

DISCOLRS PREMIER.

DD DESSEIN D13 FILS DE DIEU EN l'iNSTITO- TION DE l'eLCUARISTIE.

I. Le Fils de Dieu venant au monde y a trouvé deux religions, la judaïque et la païenne ; et chacune ayant son Dieu présent en ses mystères, sous des signes visibles. Et il a voulu que la religion chrétienne qu'il instituait, ne fût pas moins honorée de sa présence visible. — II. Le diable, déchu de la fausse déité qu'il avait prétendue dans le ciel, se retire en la terre et se fait adorer partout dans les idoles. Mais Jésus-Christ le chasse de la terre aussi bien que du ciel, et substitue son humanité déifiée, rétablissant eji tous nos temples pour y être adorée au lieu de cette fausse déité. — III. Dès aussitôt que le diable, banni du ciel, eut fait sa retraite en la terre, elle fut destinée pour être comme un champ clos où le fils de Dieu combattrait Satan ; et Dieu vejiait de temps en temps recoiinaitre cette place, traitant sensiblement avec les principales personnes de la nature humaine. La terre est honorée en tout temps de la présence sensible de Dieu, cl cette présence est

premièrement par intervalles, et puis permanente, selon le progrès de l'état de la religion. — IV. Si, lorsque Dieu n'avait point de corps, il en empruntait un pour se rendre présent à son peuple, maintenant ^u'il s'en est approprié un pour toujours, a conduite qu'il a commencé à tenir sur les siens requiert quil soit présent parmi eux jusqu'à la fin ; et la dignité de la religion chrétienne demande que cette présence ne soit pas bornée à un seul endroit du monde. — V. L'Eglise chrétienne est plus privilégiée qu'aucune autre, même que celle des anges tandis qu'ils ont été voyageurs, et ce en suite du mystère de l Incarnation. L'Incarnation est l'original de l'Eucharistie. Jésus-Christ est tout ensemble l'auteur et l'objet de ta religion chrétienne. Jésus- Christ est l'objet de l'adoration des hommes et des anges, et il est posé au milieu de nous pour cela. Jésus-Christ est un centre admirable, où tout a rapport, le ciel et la terre, Dieu et Us créatures. Les anges ont été sauvés par la foi d'un Dieu caché à leurs eux immortels par sa lumière inaccessile, et les Chrétiens sont sauvés en la foi d'un Dieu incarné, caché à leurs yeux pé'

rissables par iCS espèces du sacrement.

Jésus-Christ est en la terre toujours présent et caché : caché pour exercer la foi, présent pour exercer la charité. Jésus- Christ en V Eucharistie est le soutien du monde et de la religion tout ensemble. — VI. Récapitulation de tout ce qui a été dit ci-dessus. Application de ces paroles : Ponam sanctificationem raeam m niedio eorum, à VEucharistie. Effets du saint sacrement considéré en so)i état permanent et avant Vusage. Effets du saint sacrement en son usage. Incorporation des fidèles avec Jésus-Christ par la grâce de ce sacrement. Il est convenable que ce corps uni si étroitement à Dieu soit rorigine et l'exemplaire de toute Vunion et alliance qui se trouve dans la religion chrétienne. Explication de ces paroles : Unus panis et unuru corpus multi sumus, omnes qui de unopane parlicipamus. — VU. Les fidèles entrent en des sentimetits plus parfaits selon le progrès et les divers états de la religion. En la loi de nature, le sentiment qui leur convient, est la crainte de Dieu courroucé ; en la loi mosaïque, le désir et l attente d'un libérateur; et en la loi de grâce, Vamour et la jouissance. — VllI. Le commencement de notre religion est Valliance de Dieu avec l'homme ; son issue est une union intime à la gloire et essence de Dieu dans l'éternité; et son exercice en la terre est en l'union que tes fidèles pratiquent incessamment avec le corps de Dieu. La religion est un commerce de Dieu avec l'homme, commencé en sa création, avancé en sa justification et achevé en cette institution. La béatitude de l'homme juste en ce monde est l'unio7i avec son Dieu incarné, qui est l'effet de ce mystère. L'union des fidèles avec Jésus-Christ en l'Eucharistie est si intime, qu'elle va imitant l'unité des personnes divines en la Trinité sainte. Le diable, source de division, a un dessein enragé de rompre cette unité, et l'hérésie est son instrument. Les procédés contraires des fidèles et des hérétiques.

I. Lorsque le Fils de Dieu vint au monde pour détruire les œuvres du diable, et pour étendre par l'univers l'adoration de son Père, attachée auparavant au temple de Judée, il trouva deux sortes de religions reçues entre les hommes : l'une sainte, l'autre perverse ; l'une judaïque, l'autre païenne; l'une venue du ciel [)ar la main des anges, l'autre entrée en la nature par la main des démons. L'une et l'autre avaient cela de commun qu'elles adoraient dans un leml'Ie, en des cérémonies religieuses, leur divinité présente [^ar signes visibles et apparents : les uns, le vrai Dieu en Tarche, signe de sa présence; les autres, \es faux dieux dans les idoles, qui étaient les sièges et domiciles des es[)rits malins. Et chacun de ces deux peuples, l'un juif, l'autre païen, bien que très-ditlérents au j)articulier de leur religion, se trouvaient néanmoins concurrents à un même sentiment, et conduits d"un es[)rit

commun h priser rexcellcnce de la loi qui les portait à une plus familière et intime présence de la divinité. Y a-t-il nation si puissante, dit un d'entre eux, que leurs dieux approchent de ptlus près que le nôtre? [Deut. IV, 7.)

Or le Sauveur du monde qui venait accomplir et rehausser les premiers traits que sa main avait imprimés par sa puissance en la nature séduite par les démons, et en la loi judaïque donnée par ses anges; qui voulait bâtir en l'univers une religion universelle sur les ruines de ces deux religions précédentes, qui venait former en terre un Etat et un peuple à son service; qui voulait poursuivre et conduire jusqu'au dernier l>oint le cours de sa victoire commencée dans le ciel contre le diable ; qui venait d'abondant faire un traité d^e paix entre Dieu et les hommes ; joindre la terre au ciel en sa propre personne, et réunir le monde à son premier principe; a voulu, pour ces causes, rendre sa majesté aussi réellement et constamment présente au milieu de son peu[)le, en son Eglise, en la plénitude des grâces et des temps, qu'elle l'avait été auparavant parmi la Synagogue, en l'ombre, en la servitude et en i'infirmité de la loi. Et comme il assemblait en l'unité de la foi ces deux peuples, portés à la reconnaissance d'une déité présente, l'une vraie, l'autre mensongère , il a voulu aussi les attirer à sa foi, et leur rendre sa majesté présente sous un signe sensible : « Quel est ce Dieu présent que vous adorez en vos prières? » demandait un païen à saint Augustin, porté par l'instinct de sa loi et par les secrètes rumeurs du christianisme. Comme si ce grand Dieu, qui réjiare le monde par la douce et sage conduite de sa providence, eût voulu que ceux qui délaissaient les déliés païennes pour suivre sa parole et rendre leurs hommages en l'humilité de la foi au Dieu des Chrétiens, le trouvassent présent en sa propre personne aux plus saints exercices de sa religion ; et partant il a ordonné, i)ar ses institutions mystérieuses , que ce même corps, lequel il a déifié par l'union personnelle de sa divinité, et auquel il a mis la rédemption du monde par le mystère de la croix, soit notre arche d'alliance au sanctuaire de nos églises par le mystère de l'Eucharistie, et soit l'objet de la religion et adoration des peujjles, élablissant en ce dé- })ôt sacré un signalé mémorial de ses merveilles, une source vive et [missante des grâces et bénédictions célestes, un moyen ellicace }K)ur raccomplissement divin ei le rétablissement de la nature, un trophée remarquable de la paix conclue entre Dieu et les hommes, et un tiiom[)he perpétuel hautement élevé par l'univers de sa victoire contre le dialjle.

,1J. Car il faut remarquer, pour mieux entendre cette vérité, que comme cet esprit malin et ambitieux, (^ui s'égalait au Fils de Dieu dans le ciel, voulant être la seconde jiersonne du paradis, et s'asseoir au trône du Très-Haut, lorsqu'il se vil vaincu iiar sa

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|uii>snn(0, poursuivi d»? ses nugcs, o[ ron- Ir.'iinl ilo (juilicr li.'s (l('iiieur«'s (.L'icsles, lit (irs lors t'ial do .sîi rclraile ilîiiis l.i Icrte, |i(tur y pr«''l('ii(lje co qu'il avait purdu au fiel, et pciur rélaldir i<i-ba6 «îiitro les honunes le sié^o de sa prétendue déitû dont il était déchu l.'i-linul outre les anges. Maij aussi lo môme Fils de Dieu, par l'ordoniiantc cl la vertu duijucl il avait été hanni du ciel, so résolut do venir en son temps au momie, (pio ce prince du monde occupait, et de s'unir h i'Iiommo tjue cet esprit malin posséilait, et par ainsi vaincre derechef co tyran des hommes, et chasser ce prince du monde tlo son cm|iire. Kl pour accomplir les reslos do sa victoire contre ce sien ennemi, il le poursuit nar ses ajiôlres juscpic dans son camp et son (lernier retranchement, c'est-à-dire dans ses temples et ses idoles ; il lehal en ruine cl lo rend fugitif en la Icrrc comme au ciel, et il no lui laisse aucun de ces trônes visibles, apparents et permanents au monde ; cl veut établir en ces lieux destinés à riiommago d'une fausse déité la présence do son humanité déiliée, |>our y ôlre a<Jorée de l'uni vers, conviant les siens par la douce force de ses paroles, et contraignant par sa puissance ces anges rebelles h l'adoration de sa nature divine dans le ciel , d'adorer môme en la terre, où si longtemps ils s'étaient fait adorer, et en autant de lieux de la terre qu'ils avaient profanés do leur adoration, et môme tant que cette terre durera, d'y adorer, dis-je, en la face de Dieu et de ses anges, cet escabeau do ses pieds, c'est-à-dire sa sainte humanité.

111. Aussi, dès lors que le diable eut fait sa retraite en la terre, la terre fut destinée à être comme un champ clos pour le duel du Fils de Dieu et du diable, comme un champ de bataille pour y terminer le combat de ces deux grandes puissances, et comme une place de conquête pour y arborer les enseignes du vaiiu|ueur, et y planter les marques et les lroi)liées de sa victoire ; et Dieu venait souvent reconnaître celte place, et y traiter avec les principaux de la nature huniaine, jusqu'à ce qu'il eûi fait un gros parmi le monde, c'est-à-dire assemblé un peuple instruit de sa parole, attaché à son service, portant son caractère, et ne respirant qu'en rattente el en la foi de sa venue, témoignant assez par son procédé, représenté en rKcrilure depuis l'instant de la création (auquel notre nature est issue et comme sortie hors de son créateur), jusqu'au tem[ts de l'incarnation, où le Créaieur est comme rentré en sa créature, qu'il ne pouvait en ce long intervalle éloigner les hommes ni de sa j)rovidence, ni même de sa présence extérieure el sensible. Car, ayant fait deux natures différentes de condition, mais toutes deux, et seules entre les autres, capables de sa grandeur, l'une angélique, el raulrc humaine, et les ayant posées à l'instant de leur création, l'une dans le ciel, l'autre dans la terre, il a voulu se rendre (irésent el adorable et en la terre el au ciel. El encore que [lar l'immensité de son ôlre il fût assez présent à

l'homme, si a-t-il voulu d'abonilanl, on no lui m.niilo-îtant point son essence, lui manifisiur celte présence sous quelque forme visible el apparente, et avec telle persévérance en ce sien vouloir, (ju'il n'y a eu aucun [tériodc de la religion, lors môme mi'elle ne semblait subsister qu'en bien pou (le |>ersonnos, (jui n'jji ([-lé honoré de cetlo sainte présence, lo N'erbe éternel empruntant des formes étrangères pour converser en lerre avec ses serviteurs.

Ainsi le voyons-nous se présenler à Adam noire [iremier [tère, sous une forme sensible, |)arlant cl se promenant au fiaradis lerrcslro, à Noé, lo restaiirntcur de l'univers, traitant du déluge et do l'arche, pour sauver sa famille el les animaux de la terre; à Abraham, le père dos croyants, parlant de sa sortie doChaldéo, de la multiplication do sa semence, do la naissance du Messie, de sa race, do l'imiuolalion de son Isaac, de l'embrasement de Sodome elGomorrhe; à Jacob, le chef des patriarches, et l'aîné ae la maison de Dieu (qui reçoit le premier el donne à sa postérité ce beau nom d'israëlj, lui manife.slant ses secrets el sa présence en Bélhel ; à Moïse, le libérateur du peuple de Dieu, lui apparaissant au buisson ardent, el en mille autres manières, |tour lui commettre la conduite de cet Etat, et le faire médiateur de l'Ancien Testament ; et au [jeuple judaïque, lui faisant com[»agnie et assistance, ores en la nuée, ores en la colonne de feu parmi le désert , el enfin en l'arche, signe constant et ()ermanent do sa présence. Tellement que, depuis Ja création de l'univers jusqu'à l'avénemenl de Jésus-Christ, il n'y a siècle qui n'ait eu son Dieu sur terre, sous quelque forme sensible; el nous remarquons une suite el succession perpétuelle d'apparitions divines, sous une forme extérieure, aussi bien que de personnes et de doctrine en l'Eglise de Dieu; et les mômes preuves que nous avons de la continu.ilion et perpétuité de la foi, subsistant visiblement en quelques personnes singulières succédant les unes aux autres, nous assurent pareillement de la perpétuité et continuation de la [Tésence et communication sensible de Dieu avec les siens; ayant plu à la bonté divine de joindre tellement les ombres de sa présence au corps et à létal de la religion, que nous pouvons dire avec vérité quecelte forme et manière do présence divine el sensible, a toujours suivi el accompagné la dignité de la religion comme son apanage, et que les témoignages extérieurs cl divins en ont été dispersés de temps en temps avec proj)orlion et mesure, selon le jtrogrès el la condition d"icelle. Car lorsque le vrai culte et service do Dieu ne semblait subsister qu'aux patriarches et en quelques personnes éminentes en l'état do la nature humaine, aussi le vrai Dieu il'lsraol ne se communiquait à eux, sous divers symboles sensibles, que d'âge en âge cl [)ar intervalles. El quand il y a eu un étal plus ferme el permanent de la religion, y ayant un peuple qui servait au vrai Dieu sous un formulaire certain prescrit el assuré,

OLUYRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERL'LLE

i\ s'est montré présent à ce sien peuple sous un signe conslanl et permanent, à savoir l'arche ; oij il faut remarquer que par ces signesdivers exhibés en divers temps, et spécidés en divers lieux de l'Ecriture sainte, la divinité était non-seulement représentée, mais présentée, en sorte que si l'immensité de son essence ne l'eût rendue présente en ces lieuï et partout, elle eût été vraiment présente îi ses serviteurs et à son peuple sous ces signes, par cette simple assistance paternelle et communication visible, verbale et mystérieuse. Tant il est important en l'état de la religion, que les hommes croient et adorent leur Dieu présent; et tant il a voulu bannir de la terre et des fantaisies humaines cette irréligion des païens, qui renfermaient le Dieu de la nature dans les cieux,etle séparaient d'aussi loin de la terre que nos hérétiques séparent et éloignent le I)ieu des Cbrétiens de son Eglise.

IV, Or si, lorsque le pouvoir de Dieu semblait être annulé en la terre occupée de ses ennemis, et remplie d'idoles; lorsque Dieu méaie ne se donnait autre titre que de Dieu du ciel, comme n'ayant point de pouvoir en ce bas monde, par l'infidélité de ceux qui l'habitaient, il paraissait si souvent sons des signes si divers à tant de sortes de personnes; qne sera-ce maintenant qu'il est venu en terre pour en prendre possession? qu'il l'a sanctifiée par sa propre présence, et qu'il en a banni les idoles et les diak»les? qu'il a même uni à soi indissolublement une poi'tion de cette terre (car notre chair n'est que terre, selon le dire de celui qui l'a faite et qui Ta jointe à soi]? Certes, si lorsqu'il n'avait point de corps, il empruntait un corps pour être avec ses serviteurs, maintenant « qu'il est os de nos os, et chair de notre chair {Gen. H, 23), » et que nous pouvons dire : « Voilà le Fils de Dieu comme l'un d'entre nous {Gen. Hi, 22), » il sera entre nous, il conversera avec nous, et se rendra présent au milieu de son peuple, pour y recevoir son hommage, et répandre sur lui l'abondance de ses grâces, et il élèvera l'état de la religion chrétienne en telle prééminence pour le regard de cette présence divine, par-dessus la loi de la nature et de Moïse, qu'au lieu que lors ses fidèles n'avaient et n'adoraient leur Dieu présent, sous quelques formes et symboles, aue par intervalles, ou depuis l'étal judaïque, ils ne l'avaient qu'en un certain lieu seulement, savoir est en l'arche, nous avons cet avantage de l'avoir et de l'adorer totïjours présent, en autant de lieux et d'églises qu'il y en a sur la terre honorées de la présence de ce divin sacrement.

Sacrement qui est la nuée qui nous couvre de l'ardeur du soleil de justice au désert de celte vie, la colonne de feu qui nous éclaire et assiste en l'obscurité de ce séjour mortel; l'arche qui nous accompagne durant le voyage de ce bas monde au ciel, et de l'Egypte en la terre promise ; arche de notre alliance avec la Divinité, dont l'oracle est le Verbe éternel; la manne, sa sainte humanité; le tabernacle, ce corps déifié; le voilo

qui l'environne et le couvre aux yeux des mortels, ces saintes espèces, choisies et instituées de Dieu pour voiler à nos yeux la gloire de ce corps précieux. Que si la présence de ce Dieu des Chrétiens, c'est-à-dire de ce Verbe divin fait chair pour nous, est exclue des mystères de notre religion, il ne reste en l'élat de la religion chrétienne aucun signe institué de Dieu jwur marque de sa présence. Et les Juifs auraient cet avantage sur nous, d'avoir eu en leurs cérémonies un symbole sacré de leur Dieu présent, et en l'ombre de leur loi, plus de corps, de substance et de réalité, que nous qui sommes en la plénitude des temps, des faveurs et des mystères ; ou, supposant cette vérité clairement prononcée de la bouche de Jésus-Christ, fidèlement rapportée par ses apôtres et domestiques, religieusement adorée de tous les siècles passés, nous avons, en ce corps sacré, et en ce seul exercice do notre religion, et avec avantage, ce qui était épars es ombre, es figures, et es cérémonies des deux lois précédentes, et nous possédons en ce seul sacrement, un plus grand fonds de grâces et de mystères que n'a jamais porté l'état de la nature et de la loi mosa'ique ensemble ; et nous avons, on la célébration de nos mystères, ce que le peuple juif n'avait point en"son arche, signe de \a présence du Dieu d'Israël. Carcette arche ne contenait pas l'humanité de notre Sauveur, qui n'était pas iors en nalure, et si elle n'était exposée qu'au grand i)rêtre seulement, et une seule fois l'année. Et nous, en notre arche d'alliance, et en notre Eucharistie, nous jouissons pleinement de la présence de notre Dieu, Dieu et homme tout ensemble, sous un signe visible et apparent, et par une manière inelfable même aux anges, mais en effet ouverte, exposée, et communiquée à tous moments, à toutes personnes et en toutes occurrences.

Y. Cet avantage est signalé, mais il est bien dû à l'état et au royaume de Jésus- Christ qui est son Elglise. Celte grâce est singulière, mais elle est convenable à la loi de grâce. Cette faveur et privante est extraordinaire du Créateur avec sa créature, et du Fils de Dieu avec les enfants des hommes, mais elle est correspondante au conseil de Dieu le Père envers son Fils unique; elle est bien séante aux fonctions et ollices de Jésus-Christ envers nous, et est proportionnée à l'excellence et condition de la religion chrétienne. Car l'Eglise de Jésus- Christ a ce |<rivilége, qui ne convient à pas une autre Eglise, non pas même à celle des anges au ciel avant qu'ils fussent compréhenseurs, d'avoir [lour son Dieu et son souverain , celui qui est tellement Dieu qu'il est homme, et tellement homme qu'il est Dieu, et d'avoir un même pour auteur et pour objet de sa créance et religion (ce qui n'appartient point à la Synagogue ), et un même pour instituteur et [)0ur sujet de ses mystères. De sorte que cotle Eglise chrétienne, étant si hautement et singulièrement privilégiée au capital par-dessus toute autre

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alsoinblée, et jinlai(|ue et «ti^élifiiie ; (jiie fjllnil-il alleiidie, sinon qu'ello scrail exti.iordinaiieiiicnl Hivoribùo en l'accessoire, et (juo les (iliii'liens (jui ont plus de [larl cl (le cotiinierce avec la majesté divine, (ino n'avaieiil ni les anges ni les Juils (|iui»«(iu ils sont inôine en coiuniunaiilé île naliire et do sang avec Dieu), ne seraient pas moins jouissants de la présence do leur Dieu, (jiie les Juifs et les anges, loistiu'ils étaient en môrnc état (luo nous, c'est-à-dire voyageurs, passant de leurs temps et moments a leur éternité? Uemonlant ainsi doîic, Messieurs, jusiju'à la source des laveurs et privilèges do la religion chrétienne, qui est la divinité de son auteur el riiumanité de son Dieu, rendez-vous capahles d'apercevoir en celte grûco originaire une source puissante el adiuira- Lle de toutes les grAces qui en découlent par après en l'Eglise comme ruisseaux, el do reconnaitre en ce mystère primitif qui conlienl une chose vulgaire el apparente, à savoir l'humanilé, mais iidjointo inséparablement h une très-rare et non apparente, à savoir la Divinité , un modèle et prototype «le tous les mystères suivants, et notaïumenl de celui-ci que nous tenons composé de deux choses jointes ensemble, l'une terrestre, à savoir les espèces du pain , et l'autre céleste et invisible , à savoir le corps i^éiliéde Jésus-Chrisl.

Kl parlant à l'entrée de celte merveille que nous exposons, il nous faut considérer ' celte |)lus grande merveille de l'Incarnation; car, à pro()rement [)arler, c'est Toriginal de ce mystère, et notre Eucharistie est comme la copie et l'extrait d'icelui. Souvenez-vous donc, Messieurs, que l'auteur de la religion chrétienne est Fils de l'homme, comme il se qualiîie souvent, mais homme assis au môme trône de la Divinité; ne vivant, ne subsistant, n'agissant que par la Di viniié, faisant lesactions humaines divinement, el les divines humainement; de sorte que, comme ihomme est un abrégé du monde, réduit au pelit pied en celte image de Dieu, et un composé admirable des deux natures qui partagent l'univers, l'une mortelle et corporelle, l'autre spirituelle el immortelle , aussi Jésus-Christ est un abrégé du monde et de Dieu même tout ensemble, comme si le Tout-Puissant, pour le chef de ses œuvres, avait voulu réduire au pelit pied non ses œuvres, mais soi-même, non le monde (comme en Ihomme), mais son Fils môme, auteur du monde, el image vive, éternelle el incréée de son essence, et établir {)Our jamais en son propre Fils une étroite alliance et une mixtion admirable sans confusion aucune de lôlre divin et humain , de lêtre créé et incréé ;el d'autant que ce qui résulte de ce mystère est Dieu et homme tout ensemble, il a voulu aussi que cet homme rare et miraculeux et ce divin composé de deux natures si dilTérentes, portât deux titres et qualités enseml)le, réservées à lui seul, et incommunicables à autre, c'est-à-dire qu'il fût non-seulement lauleur de la religion 'jhrélienne, mais aussi l'objet de la même OEiVREs coMPL. nr. Bkrille.

religion, voire comme un nouvel objet d'adoration parmi le monde.

C'est-à-dire que comme le Père éternel, (lès le commencemenl tlu mon. le, est adoré des anges du ciel, aussi en la [«lénitude des temns el au comiiuîm ement de l'Imarnation, lorsipi'il a mis lui-même son Fils au ventre el au sein île la N'iergc, par ce mystère, el puis dans une crèche, il a commandé à ses anges de sortir du ciel, pour adorer ce très-grand el Irès-pelit homme dans une étal)le, de la môme adoration qu'ils rendaient de tout lemps à sa divinité au ciel ; et par succession de lemps , il a voulu le mettre en l'autel de l'Eglise cl obliger autant d'hommes qu'il s'en renouvellera en l'univers, jus(ju'h la lin du siècle, à n'avoir autre Dieu de leur salut, ni autre objet de leur hommage et adoration que lui, qui est par ce moyen comme un centre admirable j)Osé ou milieu de l'Eglise. Centre, dis-je, sans circonférence qui le borne et auquel néanmoins toutes ciioses ont un juste rapport tant du ciel que de la terre, tant de la j>arl de Dieu le Père que de la part des nommes, c'est-à-dire que tout le regarde et contemple fixement et amoureusement; à savoir le Père, pour s'y complaire, el le monde pour l'adorer. Le Père, dis-je, pour s'y complaire, el par celle comfjlaisance mellre en icelui le salut et l'adoration do l'univers, le salut en la croix, où la rédemption du monde a été accomplie, l'adoration en son Eucharistie (que les Grecs a{)pellent à cette occasion, l'économie de l'adoration); lé salut derechef en sa divinité voilée et iiiconnue ici-bas parmi la faiblesse de sa ciiair et ro|)probre de ce supplice; l'adoration en la divinité et bumanité tout ensemble, présente au mystère de la religion chrétienne, mais cachée sous des espèces basses et vulgaires et méconnues parmi le scandale do cet abaissement. Tellement que cominti les esprits bienheureux dans le ciel ont éié sauvés par la foi el adoration d'un esprit souverain, incréé et divin, [)résent en ses œuvres, mais caché à leurs yeux immortels, par l'ombre et obscurité de la lumière inaccessible en laquelle il habile ; ainsi a-t-il voulu sauver les hommes sur la terre, en l'adoration de cet Homme-Dieu souverain, présent par sa parole en son mystère, mais couvert à nos yeux périssables, sous le voile cl la forme qu il a prise et instituée en son Eglise. Et il a voulu que ce moyen rare de salut et ce divin objet d'adoration lût aussi longuement exhibé sur la terre, que la terre élèvera des hommes pour le ciel, et qu'il y aura une religion dans le monde qui fasse profession d'adorer son sauveur, lequel a voulu être toujours présent parmi nous, l)Our exercer noire charité, et toujours voilé sous ses espèces, pour exercer notre foi; tant qu'il y aura foi et charité sur la terre, el se rendre autant inséparable de la religion que la môme religion est inséparable du monde, où elle doit durer jusqu'à la tin du siècle. Et de fait, en ce grand et dernier conflit de l'Antéchrist et de la foi, el en cette

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iTise dernière de la religion et du monde, le plus grand eiïort sera contre le sacrement et sacrifice de l'Eiicbaristie , comme étant celle hostie, ce qui soutient le monde et la religion tout ensemble.

VI. Or recueillons ce que dessus en peu de mots et disons : que c'est le propre de la religion d'avoir et d'adorer son Dieu présent ; que la religion chrétienne ne peut être destituée de cette prééminence, qui a été concédée même à la loi précédente ; (ju'ellea cet avantage d'avoir pour son Dieu celui qui est Dieu et homme tout ensemble; (fue par ainsi, il est l'auteur et l'objet de <-elte religion, il est l'instituteur et le sujet de ses mystères ; que, par ses offices et qualités, il lui est bien séant d'être présent en l'exercice de la religion qu'il a établie dans le monde, et en la célébration des mystères qu'il a institués ; qu'étant ainsi présent, il reçoit les vœux de son peuisle et l'amende honorable que les démons font h la sainte humanité, et que cette [>résence perpétuelle et admirable du Fils de Dieu sur la terre affermit et sanctifie la terre, retraite des es})rits rebelles et immondes auparavant ; remplit de grâce, de puissance et d'assistance divine l'Eglise de Dieu militante ici-bas à rencontre des ennemis de sa gloire, relève de beaucoup la dignité de ses divins mystères, et leur donne un nouveau lustre, en ce que par iceux !e combat du Fils de Dieu, commencé dans le ciel contre Satan, est heureusement achevé dans la terre, en sa |)résence auguste et vénérable , établie dans le monde jusqu'à la fin du monde, et par ainsi elle accomplit les promesses de Dieu, de mettre sa sanctification ou son sanctuaire au milieu de nous : Ponam, dit-il en Ezéchiel (xxxvii, 26), sanctificationem meam, ou selon les Septante , sanctn mca in medio eorum^ c'est-à-dire l'humanité de son Fils uniquement sainte et uniquement sienne, organe et origine de toute sanctification. Objet qui attire une influence continue du ciel sur les hommes qui l'environnent, et tire les cœurs et pensées des hommes à leur Dieu présent, et opère infinis autres efl'els dignes de la grandeur de ce mystère, et procédant d'icelui, selon son état permanent, et non successif, et avant son usage. Mais les faveurs de cette loi de grâce pas- ^ent encore plus avant, et celte présence divine et mystérieuse sert de fondement à une plus grande grâce. Car en l'usage de ce sacrement, l'offire et le pouvoir (Je la religion chrétienne ne s'étemi p;is seulement à réconcilier les hommes avec Dieu, c'està-dire à les rendre ses vassaux et sujets, obéissant à ses lois et volontés, mais qui l'Ius est, à les conduire et élever au jjIus haut degré d'honneur, d'alliance et jiarentage avec la majesté divine, qui puisse intervenir entre le Créateur et la créature. Tarentage non d'esprit seulement comme avec les anges, mais aussi de sang comme entre les hommes ; et alliance si étroite, qu'elle i»asse jusqu'à unir même et incorporer l'homme avec son Dieu, lequel par sa

CARDINAL DE BERLLLE.

bonté a suivi cette invention admirable de sa sapience éternelle , et accompli par sa puissance l'institution divine de ce sacrement, pour agir et traiter de plus près avec niius, et entrant dans nous-mêmes, bénir et consacrer nos âmes et nos corps par sa sainte présence, pour être sépulcres vivants et tera[)}es animés de Jésus-Christ vivant et animé, non-seulement de l'esprit humain, mais aussi de l'esprit de la divinité, et par ainsi nous enter en lui comme le cep en la vigne, ainsi qu'il dit lui-même, et nous y unir d'une société très-parfaite, à ce que désormais nous recevions de lui-même comme de notre chef, ainsi réellement et intimement conjoint à ses membres, l'infusion d'une grâce et vie plus abondante, le mouvement et la direction de nos facultés internes en l'exercice de noire salut, et l'accomplissement singulier des opérations déiformes d'une cause si présente, si intime, si puissante et si divine.

Et passant des particuliers au général , il a voulu semblablement que ce même corj)s et ce même sang, auquel il avait mis et la religion et la rédemption du monde , fût en l'usage de ce mystère le vrai ciment de son état, et le moyen qui nous unît tous, nonseulement avec lui, mais aussi entre nous, en qualité de membres diversement organisés, et informés de l'esprit qui habite au cor|>s naturel de Jésus- Christ, pour être dignes de composer le corps mystique de son Eglise. Car ce corps et sang précieux étant primitivement et singulièrement uni et conjoint à Dieu, comme la matière à sa forme qui la met en existence, comme la puissance à son acte qui l'informe, comme le cor[)s humain à l'esprit qui l'anime, l'organise et vivifie, comme la lumière au corps transparent qu'elle perce et pénètre de toutes parts ( si ces exemples nous expriment assez l'union étroite et intime de sujets si dissemblables) : il était raisonnable que, selon les lois de la nature, qui donne aux choses primitives en leur genre j)ouvoir et inlluence sur tous les effets qui arrivent en l'esjièce, ce corps précieux de notre Sauveur, chef-d'œuvre du Saint-Es|)rit, admirable en l'ordre de nature et de grâce, l'unique et le premier de tous les corps , uni d'une façon singulière à l'esjjrit de la divinité, fût l'origine de toute affinité et le lien sacré de toute l'union qui interviendra en l'état et exeicico de ia religion chrétienne, entre Dieu et les hommes, et entre les hommes même par ensemble : lesquels recevant tous ce même corjis réellement et subslantiellement, reçoivent conséquemment le pouvoir et la dignité d'être, de former et de composer vraiment et [iarfaitemenl le corps mystique de Jésus-Christ en terre, qui est son Eglise. Chose que saint Paul, instruit dedans le ciel, attribue notamment avec grand poids et considération, non à la foi ou à l'esprit, mais au corps de Jésus-Christ reçu en l'Eucharistie, quand il dit aux Corinthiens ces l^ropos graves et dignes d'êïre gravé-s dans le cœur de l'Eglise : i'nus pajiis et iinmn

Î41I OiaVHKS DK CO>TIU)VKUSK. - I tCllAIUSMK. DISC. I, I.NSIIT. Dl. LKLCFIAR. 7r,0

corpus mutii stimus, omms (fui ilv unn pane Itnrdcipainus. (ICor. x, 17.)

>II. Aii.ssi e^l-ce [lat une longue suile «J'aunéos et mr (li>|.o.siiif do plusieurs iuo>eiis, (|uo Ifl Providcnco a su«veiiieiil prépnrô rutiivers,el l'a <(>Mdiiil |missn.|iinenl à ce (h-riiicr point (l'iKuineiir »;l h ce premier dc^Té d'alliaiKc avec la Divinité : cflr la religion purement naturelle, qui n'est proitrcnienl autre chose (/ue la prenncro <iiolo où nous avons ajipris le devoir de l'homme enveri Dieu, et le |»remier moyen qui nous redresse h lui ; connue elle^ ne l'oiivait pa^ marKpKM- de donnera l'honuiio I Mupression d'un Dieu souverain de l'univers el principe de toutes choses, aussi ne j'ouvait-elle nous conduire h «ulro elFet (pi'A je craindre et redouter, comme n'avanl pas la puissance de nous élever par-dessus la nature, en l'état de la(juelle nous ne portons flulre (piahté (pie celle d'ennemis de Dieu el enlanls do son ire, par le premier péché, qui est de mémo date en l'ordre des temps que le premier homme. Ktiju'v aurait-il de plus propre et naturel à l'homine frôle, caduc et impuissant, (jue do trembler à la souvename d'un Dieu ennemi, et appréhender le courroux d'un Toul-Puissaiil ? De là vient qu'en l'état de celte religion première el naturelle, l'homme n'avait point autre .sentiment envers Dieu (|ue celui de la crainte , et «pie les premiers auteurs de cette loi, qui ont donné les noms aux exercices de leur religion, que nous avons eiufiruntés, el connue transplantés en la nôtre, n'exprimaient en autre terme l'adoration de leur Dieu que par celui de Axzptùîu , lequel ne signilie autre chose en sa première origine que craindre, pour marque que la première auuralion de la nature humaine non élevée par la grâce, n'avait autre principe que celui de la crainte.

Mais lorsqu'il a plu à Dieu élever la nature, et rehausser l'étal de la religion, rendant l'une et l'autre vraiment divines, et donnant à son peu[)le l'institution de sa parole el l'ornement de ses cérémonies; le preruier trait de ce grand ouvrier a donné tin autre air et raouvemenl à notre âme envers la Divinité, et a formé l'état de la religion, en sorte qu'il prétendait par ieelle, non d être craint seulement el redouté comme auparavant, mais bien être désiré, attendu et espéré des hommes, el c'était presque le seul nom qu'il se donnait en l'Ancien Testament; conduisant ainsi \cs hommes par degrés, de la crainte à l'esjiérance, de l'éloignemenl au désir, pour en la loi chrétienne qui prend sa naissance en la naissance el incarnation du Fils de Dieu, n'imprimer autres etfets que de grâce et d'ainoiren nos cœurs, el ne présenter autres objets à nos esprits, que I exercice d'un amour rare et singulier de Dieu envers nous. Car qu'yat-il de plus propre à l'amour, que de mojenner ressemblance et transformation en ce qui est aimé? Qu'v al-il de plus naturel à cet amour et ressemblance, (juo la pré.>cnce et conversation fa-

milièro do ce que nous nimon> ? i:t que suit-il (le cet amour, ressemblance et f»résence, que l'union très-éiroite et tiès-intime do ces deux sujets d'amour? (:'e«>l lo progrès admirable et la suite remarquable <l'.' I amour inlini <le Dieu avec riiomna' ; car après avoir voulu être désiré des hom'me^ «'u la loi de Moïse, el n'y porter lors autre riianpip gravée en son front, (pie de désiré «les nations, il a voulu se faire homme | oiir ressembl.^r à l'hunime ; èlro présent entre lis hommes, pour se familiariser ,'i riiomme* et puis se rendre viande et breuvage des "'iiimes, pour s'unir très -intimement à I iKMiimo.

VIII. Ces effets sont à la vérité très-rares et admirables, mais les causes le sont encore plus ; cl d'un si rare principe d'amour el d union, il ne pouvait naître que de tels ellcts d'amour : car il faut soigneusement remanjuer qu'il a plu h Dieu sauver les hommes, non par empire ou f»uis>ance absolue, mais par alliance contractée avec la nature ; et les poser en l'exercice d'une loi , (iui n'a autre objet de créance, de contemplation et d'adoration, que celle alliance du Verbe éternel avec notre humanité; et les conduire par celte rel-igion à un état éternellement heureux, oh l'heur ne consistera (|uen l'alliance et union de leurs esprits à la gloire de Dieu. Tellement que le |)rincii)e de notre religion est une alliance singulière de la naïur»} humaine à la personne divine, el l'issuo admirable de celle même religion est l'alliance des esprits des hommes, et leur union à l'essence de Dieu ; et l'exercice ordinaire de cotte religion se pratique et consiste ici-bas en l'alliance et union que les fidèles contractent avec le corps de Dieu. Car, [iuisqu'il a plu à Dieu d avoir un corps pour notre amour, et nous unir à ce corps déifié jiar cet auguste el admirable sacrement: sacrement qui est le centre et la circonférence de l'état de la religion chrétienne, qui relève d'une dignité nonpareille l'olfice el la qualité de la religion, laquelle n'est profirement autre chose qu un commerce de Dieu avec l'homme, commencé dès sa création, poursuivi en sa justification, et dignement achevé en cette institution; il a plu à Jésus-Christ qui se nomme péché en l'Kcriture, et qui est l'unique hosiie {tour le péché, d'eraplover le f(3nds de sa (luissance, le secret de sa sapience, cl la grandeur de ses mérites, h réduire riiomme perdu et séparé de Dieu fiar le |iéché et à le réunir avec Dieu; en sorte que, dès ce monde, il a cette grâce et félicité singulière d'avoir el posséder en soimême, par une manière ineffable, la -substance de son Dieu fait homme pour son amour (qui est le point auquel consiste la béatitude de l'homme juste sur la terre) , et d'êlre conjoint à celte substance divine par une union réelle et substantielle, q-^i approche de fort près à l'unité des personnes divines , et en est une parfaite imitation : union que je dois reconnaître à celte occasion pour un chef-d'œuvre de la Divinité,

OEUVRES COMPLETES DU CAKDLNAL DE BERLLLE.

lequel aussi aboutit à la Divinité môme. Union que je dois contempler comme un portrait tiré au vif par un excellent ouvrier, h savoir Jésus-Christ, sur un modèle si divin, si parfait et incomparable comme l'union ou |)lutôt l'unité des personnes divines en la irès-sainte Trinité. Union qu'il faut avouer être un rare et puissant objet et un grand eienîice d'amour singulier et divin pour les enfants de Dieu sur terre et de rage pour les enfers. On dit que la panthère ennemie de l'homme, ne pouvant employer sa rage contre lui, l'exerce contre son image et la met en pièces ; et saint Basile lui compare le diable qui, ne pouvant exercer sa rage sur Dieu, l'emploie contre l'homme qui est à son image et semblance. Mais disons quelque chose de plus et remarquons que cet esprit de division, ne pouvant attenter sur l'union ou unité des personnes divines en la sainte Trinité, exerce sa furcursur l'iœage d'icelle, que le Fils de Dieu a porlraite, et tirée au vif en ce sacrement, et tend à dissoudre et rompre tant qu'il peut l'union réelle, véritable et substantielle du Fils de Dieu avec l'homme et des hommes entre euxmêmes, par ce mystère, blasphémant en mille manières contre Dieu et contre son tabernacle qui est la sainte Eucharistie. Dessein digne de Satan, ouvrage et conception digne de l'hérésie de ce siècle qui est son engeance ; car au lieu que l'Eglise, Epouse de Jésus-Christ, s'éjouit de le voir adorésur la terre en laquelle les démons étaient adorés auparavant, et de le voir présent sur la terre, trône que le diable occupait dès longtemps, et comme vraie Epouse du Fils de Dieu se glorifie d'avoir droit sur son corps par la consécration et de jouir de ce même corps par la raanducation sacramentale en l'usage de ce mystère, la synagogue de Satan comme paillarde et non épouse quitte ce droit et jouissance, et ne poursuit rien tant que l'absence et léloignement de cet époux de la nature humaine; et comme ennemie de sa gloire détruit les marques et les trophées de sa victoire et de son adoration sur la terre, prêtant sa langue et ses mains au diable pour exécuter, par son ministère, ce qu'il ne peut exécuter par soi-même, et pour accomplir les désirs que sa rage non limitée lui fait bien concevoir, mais que son pouvoir borné ctdépendant d'autrui ne lui permet de mettre en eflet que j)ar l'aide et entremise des hommes.

Car à rencontre de cette présence de Jésus- Christ sur la terre, que ferait le diable s'il pouvait agir ou parler, sinon de bannir Jésus-Christ aussi loin de la terre qu'il est lui-même banni loin du ciel, et dire par la bouche d'un Bèze ou d'un Calvin, qu'il est autant éloigné de la cène (jui sefaitenterre, que la terre est éloignée du ciel ? Et à cette parole claire du Verbe éternel qui est le fondement de notre créance, qu'opposerait-il, s'il pouvait emprunter la langue des hommes en l'Eglise, comme jadis celle du serpent au paradis terrestre, sinon de démentir encore un coup la vérité mên e en sa propre i>arole

sur le sujet d'un aliment qui porte conséquence de vie ou de mort éternelle, et travailler autant parla langue des hommes, à anéantir la manducalion réelle de la chair du Fils de l'homme vraiment viande commandée de Dieu, et vrai fruit de vie, que lors il travailla par la langue d'un serpent à établir la manducation réelle d'une viande vraiment prohibée de Dieu, et vrai fruit do mort? Et à l'cncontre de ce sacrement d'alliance et d'union qui nous unit tous à Jésus-Christ, nous réunit à Dieu et nous lie les uns avec les autres, que ferait cet esprit de division qui a rompu au ciel en soi-même, et puis en terre en Tliomme, toute alliance et union de la créature avec le Créateur, sinon le détruire et anéantir ce divin sacrement en sa substance, le profaner et pervertir en son usage, le déiiouiller et avilir en sa vertu et le rendre matière de division en ce siècle ? Et à cet hommage et adoration que l'univers rend à l'humanité de Jésus-Christ en ce mystère, et à ces marques de sa victoire contre le diable, érigées en autant d'églises qu'il y en aura d'honorées de ce sacrement , que ferait le diable, sinon renverser partout le témoignage de sa perte et du triomphe du Fils de Dieu, et en somme suivre les traces de ce fort armé de l'Evangile qui veut déposséder de son palais celui qui l'a conquis sur lui et chasser le Fils de Dieu de la terre et de son trône, c'est-à-dire de son Eucharistie, employant à cet etfet les armes communes de l'infidélité, c'est-à-dire la répugnance des sens qui ont toujours porté le parti contraire à la foi; la faiblesse des raisons humaines qui a toujours obscurci et fait ombre à la lumière de la vérité, et l'irrision de l'impiété qui s'est toujours moquée des mystères du ciel ?

Nous au contraire, renonçant plus volontiers à nos sens qu'à notre droit et affection de juuir du corps de Jésus-Christ, et à nos raisons, qu'à la parole de notre Maître qui nous le donne, nous maintenons sa présence occulte et mystérieuse au sacrement, par la puissance et la clarté des paroles du Fils de Dieu qui l'a institué, à qui n'aura point Dieu suspect en sa propre cause , par la créance commune de points autant répugnants aa sens et à la raison et moins fondés en l'Ecriture à qui ne voudra point être déraisonnable ou suspect à soi-même par la foi des siècles passés, plus savants et mieux vivants que nous, à qui voudra déférera un monde plutôt qu'à un particulier, et en somme par les armes communes de la foi, et par autant de voies qu'il y en a jamais eu d'employées par les docteurs de la sapience éternelle, jtour donner crédit et autorité à un mystère de la foi en l'Eglise.

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