DISCOURS II
PREUVES PUISSANTES ET MANIFESTES DU MYS- TÈRE DE l'eucharistie PAR LES MYSTÈRES DE LA TRINITÉ, DE LINCARNATION ET DE LA RÉSURRECTION DES CORPS, ET ENCORE PAR LA CLARTÉ DES PAROLES DE jÉSUS-CHRIST E!« l'institution DE CE SACREMENT, ET PAR
7.'>3 aiVIlESDECONTROVEUSE. — ELCIIAIUSTIK. DISC. Il, l'REUVLS DL LELCIIAR.
Lk CONTItADir.TIO^ DES UVRETKjLE» ES- SAYANT l)i: Li:S DÉTOURNER A DKS Se?l9 l-'l- (iL'RKS.
I. Kxplicniion de ce que ces quatre mystères énnl à Jv'sus-Christ, à ri-J(flise et <iux fidèles. — II. fV» quatre mystères ont Irur'irigine dans le ciel, et leur fondement en l'autorité de la parole de Dieu, cl ils imposent silencf à la raison et aux sens de l'homme. — III. Les h<'rrli(/ues du siècle ne peuvent douter de l'Iùicharislir, sans douter des autres mystères et passer jusqu'au pai/anisme. Les hèrétitjues qui trouvent en l'IJcriture re qui leur plaît et n'y trouvent point ce qui ne leur plait point, donnent évidemment à connaître que leur crt'ance est fondée sur leurs sens et non sur lapnrolede Dieu. — IN'. Lrs hi'rètiquesdoutant du pouvoir de Jr'susChrist en cette occasion, ils ne sont pas Chrétiens, et doutant de son vouloir exprimé par des paroles si claires, ils ne sont pas raisonnables. S'il y avait
autant de facilité à comprendre ce mystère, qu'il y en a d'entendre h s paroles qui nous l'annoncent, 1rs hérétit/ues ne le nieraient
pas, et partant ils montrent qu'ils adhèrent plus èi leur esprit qui y trouve difficulté qu'à rjùriture qui en parle en termes si clairs. Et en outre il parait qu'ils veulent réformer la foi de l'Eylise par un principe d incrédulité, c'est à savoir par la répugnance du sens humain. — V. L'évidence de ces paroles donnant la géhenne aux ministres, les a jetés dans les contradictions pwnifestes, et ils veulent paraître croire ce qu'elles disent en ne le croyant pas. Les ministres n'ajoutant pas foi à la parole du Fils de Dieu, et y cherchant des sens égarés, ne méritent pas qu'on ajoute foi à leurs paroles. Les hérétiques osent bien dire au ils croient la parole de Jésus-Christ, lorsqu'ils la démentent.
I. 11 y a quatre mystères qui servent d'ob jet et <rexercice princi[ial à notre loi, qui la distiiii^UL'iil et séparont «Je toutes les autres sodés (Je doctrines et de religions reçues parmi le monde et qui la rendent vraiment divine, excellente et élevée par-dessus la lumière de la nature, mystères que nous pouvons dire être comme les quatres fleuves qui n'ont leur source que dans le paradis terrestre du second Adam, c'est-à-dire l'Eglise, et sont comme les quatre éléments et parties |)rinci[.ales de la doctrine du ciel, que le Verbe éternel a publiée au monde, ou connue quatre colonnes et firmamentsdo la maison de Dieu qu'il a lui-même éditiée en la terre pour être l'école do salut, l'appui de la foi, et le soutien de la vérité entre les liomraes. Le premier est celui de la Trinité par la puissance de laquelle nous avons été formés, en la créance de laquelle nous sommes dès à présent baptisés et justifiés et en la jouissance de laquelle nous serons un jour glorifiés. Le second est l'Incarnation par le moyen de laquelle notre nature est réunie à Dieu, son premier principe, et par cette alliance nous somm«stous faits et déclarés en-
fants de Dieu, héritiers du ciel, cohéritiers du Jésus-Clirisl, et nous recevons do lui su gr.Ve en échange de ce «^ii'il nrend de nous la nature humaine. Le troiaieme est l'Euchanslie où Dieu nous donne et nous rend ce môme corps qu'il a daigné prendre do nous et en ic(diii nous donne sa crûco, son es[trit el sa divinité, etd'aboncjant I assurance cl la vertu inômo infuse dans nos corpi de leur renaissance el injmortalité. Le uuatrième est la résurrc<tion do la chair, où la mrtrt est ensevelie pour jamais : l'hommo consommé en gloire quant à l'âme et quant ou corps el rétabli en ritumorlaliié perdue par le péché.
Mystères hauts, excellents et divins, mystères rares cl particuliers à la religion chrétienne, mystères qui concernentévidemment l'état de l'Eglise et du Fils de Dieu son auteur, son fondement et son instituteur, mystères f|ui lient enscmbleJésus-Christ et l'Eglise et en la foi ou combat desquels ils sont mutuellement intéressés, car tout est f>ar indivis entre Jésus-Christel son Eglise; mystères aussi que la foi chérit et embrasse uniquement et fjue l'esprit d'erreur ennemi de Dieu, de la loi el de ^]•:gli^e, a singulièrement en butte et en haine, employant tous elforts en divers temps |iour en abolir la créancesur la terre;carquantà Jésus-Christ, le (iremierde ces mystères le regarde etl'inléresse en son éternelle essence, le second en sa nature adjointe etassise aumôme trône de sa divinité, le troisième en son amour et alliance avec l'Eglise, sa chère et unique épouse; le quatrième en sa gloire, en sa [Timogéniture (car il est premier-né des morts) et en son immortalité, immortalité, dis-je, et de Jésus-Christ et de ses entants. Et quant à l'Eglise l'intérêt y est aussi manifeste, car son auteur par le premier mystère est vraiment son tout el son Dieu, et par le second il est son médiateur en une manière rare et singulière; par le troisième il est son époux d'une façon toute sainte, toute pure, toute l'Ieine d'amour et de puissance, non à rompre, mais à établir el réparer même son intégrité; et enfin par le quatrième, il est sa vie et sa gloire pour jamais dans les cieux.
il. Or en tous ces quatre mystères le sens est ébloui, la raison e^t obscurcie, la nature est impuissante et imbécile; el les Chrétiens n'ont point d'autre force et appui qu'en la grandeur et autorité de celui qui parle, qui est Dieu même. El partant en Ja créance et considération de ces quatre points el généralement de tous ceux qui ont leur origine dans le ciel, el en l'autorité de Dieu qui parle, la méthode el conduite de notre foi est bien différente de celle que nous observons en toutes les connaissances humaines, lesquelles n'ayant autre principe plus évident el plus relevé que la raison de celui qui les propose, elles ne méritent pas plus de crédit que cette raison n'a ou d'évidence ou d'autorité entre les hommes ; et elles n'ont aucun droit d'obliger à leur créance ceux qui ne
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»:U\1\ES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
les entendent ou approuvent pas. Au lieu que la foi de ces mystères avant son ori- }.'jne dans le ciel, et son fondement en l'autorité même de Dieu qui paile , elle cl un droit manifeste d'obliger tous ceux à (jui le pouvoir de Dieu commande, sans qu'ils aient liberté d'y adjoindre pour arbitre, ni les sens, ni la raison humaine, car le droit et office de nos sens et de notre raison n'est que d'écouter la proposition de la loi et non de la juger, de la recevoir et non <le la contrôler, de l'entendre et non de la comprendre ; et puisque c'estDieu qui i)arle, c'est à l'homme à se taire ; puisqu'il daigne enseigner, c'est à nous à croire et non i)as à borner le crédit de sa parole dans les limites de nos conceptions, comme s'il ne ï'ouvait rien faire et ne devait rien dire que nous ne puissions comprendre ; comme si son être, sa grandeur et sa puissance devaient avoir quelque proportion à la petitesse de nos esprits, qui n'ont qu'une lumière et connaissance empruntée des sens, et tirée des effets de la nature, et comme s'il n'étaitpasjilus évident que l'évidence même à tout esprit religieux et raisonnable, qu'il faut tléférer à Dieu cette autorité de nous annoncer de son être, de ses conseils et de ses œuvres, ce que la nature ne nous en peut enseigner,1qui n'est qu'un petit etl'et de sa jouissance et couimo le premier crayon du jiorlrait de la Divinité, duquel les plus vives et dernières couleurs sont réservées a l'état de la grâce et de la gloire. Et partant es articles de la foi, nous devons faire état de ne pas consulter la nature où nous avons Dieu même j)Our auteur et pour garant; et de ne pas ouïr ni craindre la voix de l'impiété humaine, qui argue d'impuissance et d'indécence ce qu'elle ne peut comprendre; et avec impudence tourne en dérision les mystères que propose la sapience éternelle. <^ar il y a plusieurs années qu'un sage et ancien docteur nous a dit que si la foi redoutait la risée des naturalistes, il y longtemps qu'elle n'aurait plus de crédit au monde.
111". Voilà, Messieurs, des fondements posés que TOUS ne pouvez ni méconnaître ni ébranler; voilà des règlements et résolutions autant infaillibles que vous reconnaissez d'infaillibilité dans l'Evangile et dans votre créance, et vous les observez en ce qui vous reste de comnjun en la foi avec nous. J'ai donc à vous représenter que vous suiviez également ces maximes, si elles vous semblent dignes de vos esprits et de votre devoir à la Divinité, et si elles ne vous semblent telles, que vous les outrepassiez également, et (jue, faisant un pas dans les voies de rim[)iété que l'hérésie a ouvertes en notre temps, vous passiez tout à fait du christianisme au paganisme ; ou bien, rentrant par un meilleur conseil dans les sentiers de la vérité où l'Eglise vous attend, vous reveniez de l'hérésie à la foi catholique. Et puisque de ces quatre articles, par la grâQo de Dieu, vous en croyez les trois avec rEglisc contre les hérésies qui les
combattent par mêmes armes que vous employez contre l'Eucharistie (articles aussi hauts et incompréhensibles et moins clairement exprimés en l'Ecriture), vous n'avez pas sujet ni devant Dieu , ni devant les hommes, de faire difficulté après la croyance de la Trinité, de l'Incarnation, de la Résurrection, de croire le mystère de la sainte et divine Eucharistie; car si vous déférez h rEcriture,le même Evangile qui vous parle des uns vous parie de l'autre ; si vous écoutez la raison, la même philosophie qui vous fait douter de l'unité du corps s'il est en plusieurs lieux, vous oblige, et en plus forts termes, de douter de l'unité d'une nature si elle est en plusieurs personnes comme en la Trinité, et de l'unité d'une personne si elle est en plusieurs natures entières etcomplètes commeenl'Incarnalion.
Si, pour les difficultés que le sens rencontre en ce dernier mystère, vous cherchez h vous mettre à couvert de la parole de Dieu , sous des ombres, des figures et des [jrélextes, il vous est aussi facile de le faire à l'égard des autres mystères que 'de celui-ci. Si vous trouvez bon vous dispenser des lois de la nature en ces trois premiers articles, pour vous rendre humblement à l'autorité de la parole de Dieu, qui vous oblige de les suivre en l'autre? Car en quel lieu de l'Ecriture avez-vous jamais lu aussi clairement que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu'un , non-seulement en volonté, selon la glose des ariens, mais aussi en essence, comme le Sauveur même nous déclare formellement : que ceci est son corps, que ceci est son sang? En quel lieu avez-vous si distinctement exprimé qu'en Jésus-Christ il y a deux natures en une seule personne, comme lui-même vous déclare en l'Evangile qu'en l'Eucharistie il donne de sa main son propre corps et son propre sang? Où avez-vous jamais trouvé qu'il soit dit si disertement que nous ressusciterons en cette chair, non en une autre, ou en une semblable et spirituelle, selon les déguisements des origénistes, coumie le Sauveur même vous assure qu'il donne non la figure, non l'esprit seul, mais le corps livré j)Our nous, et le sang répandu pour nous? Si donc ce dernier mystère n'est jas plus incompréhensible que les trois autres; s'il est plus clairement et distinctement exprimé en la uarole de Dieu; s'il y a moins de textes en l'Ecriture qui lui semblent opposés; s'il a été cru constamment de ceux qui ne pouvaient entrer en la créance des trois mystères préallégués; pourquoi maintenant les croyezvous et ne croyez pas celui-ci? Pourquoi allez-vous ici recherchant des ombres et des figures, comme feuilles de figuier, pour couvrir la lionte de votre incrédulité, où l»as un des apôtres ni des anciens docteurs, ni même des anciens hérétiques, n'en a voulu reconnaître ni avouer? Pourquoi ne trouvez-vous pas bon d'admettre les figures que les ariens en la Trinité, les nestoriens en rincarnation, les origénistes au point
OKIVRES DE tO.NTUOVtIlSE. - ELaïAUlSilL. DISC. Il, l'KKUVtS DK LEUCHAR. 758
do la UÔ5urrertion, ju^eaionl si claires, si iiHives cl si nécessaires? Ml |-our«iuoi ne poiirra-l-oi) pas dire juvlemciil de vous te qu'un .'iiicien disail aux es|irils égarés on son siècle : « Vous ijui Irtiuve/ el croyez en l'Kcriture co (|u'il vous plail, el «e qui ne vous plail [toinl ne l'y trouvez jamais, ne: rroyez-vous pas «i vous-niôuio plus (ju"a l'ivcriluro? » Je le redis d<jnc eni-oD,*, pai( o «ju'il esl d'importance el de considération : ou rejetez éi^ah-menl ces «jualre mystères, «l'aulant (ju'ils surpassent l'intelligem o et la puissance de la iiature, ou les admettez également , ti'aulaiil ipi'ils sont fondés sur une môme autoi ilé ; et jugez devant Dieu qui doit un jour juger votre loi, si c'est mesurer votre créance à sa parole ou au
mystère est ce qui vous jette t'n tes (Joutes el extrémités et vous porte à celle incrédulité, vous avez les yeux bandés, car il est évident (cl j'en atteste vos consciences) que s'il v avait autant de facilité à comprendre le luN stère qu'il y a de facilité h entendre les par(des qui le vous onnorn;cnt, vous n'eussiez jamais «uivi ceux qui aimenl mieiii violer les paroles et les mystères du Fils de Dieu, que de faire force à leurs sens cl h leur cnlendemcnl. Kl si i>ar la crmduilo (le vos j)asleurs vous {ircnez l'incrédulité de vos sens pour règle de voire foi, n'ôtesvous pas inconsidérés en un sujel si important ? Kl ne sonl-ils pas ridicules en la face de l'univers, de le vouloir réformer en la fui par un principe d'incrédulité? cl no sens iiumain, puisciue les textes étant clairs sont-ils pas aveugles ou slupidcs de ne pas
ct exprès, h énoncer cjue ceci est le corps el le sang du Fils de Dieu, et les sens répugnant à l'y reconnaître, vous adhérez plulôl h la négiitive que les sens vous rapportent, que non |ias ù rallirmalivfe que le Fils de Dieu môme vous annonce ; el vous travaillez plutôt 5 tigurer l'Ecriluro selon vos sens, qu'il |iloyer vos sens sous l'aulorilé de celle |>arole, qui lait, qui dompte et qui change toutes choses.
IV. Ecoutez donc par un meilleur conseil, écoulez, dis-je, en humilité d'esprit et en soumission de vos sens l'oracle du ciel, que la sapience éternelle vous propose ; et considérez que le Sauveur disant en son ïestainent que ce qu'il vous donne de sa main et ce qu'il vous démontre par sa parole, est son corps et son sang, si vous doutez du pouvoir de celui qui parle, vous n'êtes pas Chrétiens; si vous doutez de son vouloir en la dai té de sa parole, vous n'êtes pas raisonnables. Si, (juillanl le sens que les paroles divines nous représentent, vous courez après un sens égaré de la leltrc,et suggéré |>ar un particulier, non envoyé, non autorisé de Dieu pour vous le rapi»orler, vous êtes errants, et le sujet étant de foi, vous êtes hérétiques. Car ou il n'y a jamais eu hérésie au monde, ou celte élection particulière est la trempe, le moule et le modèle de l'hérésie. Si vous n'avez ni parole de Dieu expresse sur la cène, ni autorité divine qui vous avoue cette ligure et glose sacramenlale que vous y croyez, vous ne pouvez avoir de foi sur cet article; car la foi ne peut être dérivée que de l'ouie de la parole de Dieu, ni fondée que sur une autorité publique et divine. Si vous n'avez autre conduite en la recherche du st.-ns de ces saintes paroles, que des conjectures tirées i>ar votre esprit, des textes que vous conférez et api)liquez à une intelligence volontaire, vous n'avez qu'une opinion légère et humaine et non une créance ferme et divine, telle que Dieu demande pour le salut; et vous êtes insensés si vous voulez mourir pour celte légèreté, et vous êtes infidèles si vous ne vous exposez à la mort pour un {)oint de la foi tel qu'est celui de l'Eucharistie et du testament du Fils de Dieu à ses enfants.
Si vous n apercevez que la diflicullé de ce
reconnaître qu'en l'état de la foi, la rébellion de nos sens et de notre raison à un article proposé par la Divinité n'est pas un sujet valable pour en désavouer la créance, ni une autorité légitime pour divertir les paroles qui la rapportent en des sens figurés. Et toutefois h ces nouveaux Chrétiens et pasteurs de notre temps, étant envoyés et illuminés d'une façon tout extraordinaire, l'incrédulité du sens humain est la lampe et la lumière de leur réformalion, el une règle divine et infaillible pour exposer les lettres de la foi, pour publier de la part de Dieu une nouvelle glose en l'Ecriture, pour autoriser es derniers temps en qualité de foi nécessaire à salut, une nouvelle intelligence d'un mystère en l'Eglise.
V. Mais loué soit Dieu, que le front de l'hérésie commence à rougir de celte im- ])iété el peu de respect à la parole de Jésus- Christ ; loué soit Dieu, que la bonté de vos esprits el de vos consciences oblige vos docteurs d'employer plus d'artifices à couvrir leur incrédulité que de force à la maintenir. Car quand on vous propose en leur présence l'oracle de Jésus-Christ, prononçant hautement que ceci est son corps, le sieur Dumoulin, en ses rencontres et ses livres, vous dit qu'il ne doute pas de la vérité de ces paroles. Tellement que nous vous i)rions de considérer que, quand vos ministres croient à leurs sens, qui leur dit que ce n'est pas le corps du Fils de Dieu, ils croient néanmoins au rapport de Jésus-Christ qui leur dit que ceci est son corps ; quand ils suivent leur foi, que ceci n'est pas le corps et le sang de Jésus-Christ, et n'en est que l'ombre et la figure, ils suivent la vérité des paroles de Jésus-Christ qui leur dit que ceci est son corps et son sang ; et pareillement qu'ils vous disent que ceci est son corps, quand ils ne croient pas que ceci est son corps. Contradiction manifeste s'il y en eut jamais el qui procède de la force de ces paroles, et de la géhenne qu'elles donnent à ces esprits coupables et rebelles, comme elles ont fait . à Luther malgré lui, selon ces termes aussi emiihatiques que peu séants à un restaurateur de l'Eglise réformée, strangulant me rerba Christi, et me forcent de croire que ceci esl le corps du Sauveur
OEUVRES COMPLETES DU C.iRDLNAL DE BERULLE.
Mais dites-raoi, messieurs les pasteurs iL'gitimes de l'Eglise invisible, n'est-ce point ■ douter de la vérité de ces paroles, que de (démentir la vérité de ses paroles , et ne voyez-vous pas cette contradiction visible? ■Car il est éviclent qu'il est autant faux se- Jon vous que ces paroles de Jésus-Christ sont véritables si votre confession de foi est véritable, comme il est faux que ceci soit son corps si ceci n'e^a pai son corps ; car Jésus-Christ dit clairement et naïvement l'un, et vous croyez et publiez ouvertement l'autre. C'est-à-dire Jésus-Christ dit à ses apôtres que ceci est s n corps, et vous dites jiar article de foi à son Ei^lise, ceci n est pas son corps. Si vous ne doutez point de la vériié des p.iroles du Sauveur, vous ne doutez donc point que ceci ne soit son corps; car c'est ce que porte la vérité de ses paroles. Vous ne suivez donc plus vos ombres et vos ti^'ures, car ces paroles n'en portent j'oint, et vous y trouvez le corps et non pas J'ombre et le signe du corps. Et toutetois on vous fait croire l'un, que ces paroles ne montrent pas, et non pas Tautrequeces paroles vous rapportent. Ce n'est donc pas la lumière et la vérité de ces paroles que vous suivez, car elles ne portent point d'ombres ft de figures, mais l'idole et l'illusion de votre pensée que vous adorez, car aussi l'hérésie, pour ce sujet, est appelée des an- <:iens une idolâtrie. Et si vos ministres veulent que vous ne croviez ces paroles de Jésus que par mélapïiore, ne suivez aussi leurs voix et leurs paroles que par méta- Ijhore ; et comme ils croient par leur métaphore que Jésus a voulu dire ceci n'est pas mon cor()S, quand il a dit ceci est mon corps, croyez aussi par métaphore qu'ils veulent dire que ceci est son corps, quand ils vous disent que cecin'est pas son corps ; et [)renez leurs paroles à contre-sens, comme ils veulent que vous fassiez les paroles du Verbe éternel. Car il n'y a pas plus loin de l'allirinative du Sauveur à la négative de vos ministres, que de leur négative à son affirmative ; comme il n'y a pas plus loin d'Athènes h Tlièbe.sque de Thèbes à Athènes. Le voulez-vous bien, messieurs les docteurs et pasteurs par métaphore? Recevriez -vous à vos temples ou à vos cènes clés ouailles et disciples de cette sorte? Ft vous voulez toutefois que les ouailles et disciples de Jésus, qui le doivent connaître, qui doivent entendre et suivre sa voix, se divertissent de sa parole, j)arole de vérité et de vie éternelle, pour suivre vos paroles de mensonge et de mort éternelle (59).