‹ Œuvres complètesChapitre 116 sur 540 · SIÈCLE · texte numérisé non relu

SIÈCLE

1. Sur la condition de la loi, je considérerai que les ministres nous enseij^nenl qu'il est absolument im[)0ssible de raccoin[»lir, même en l'état de la grâce que Jésus-Cbrist nous a acquis. Bèze sur la //' Epitre aux Corinthiens : chap. m, vers. 3 : «11 ne nous est moins impossible,» dit-il, «de croire que degarder la loi; mais le Saint-Es[)ritpar son eflii ace nous donne l'un, et jamaisne nousdonne l'autre, » Et ce théologien, en la page 03, me rei^résente Jésus-Christ renvoyant ce docteur de la loi à l'observance d'icelle comme à une chose im[)0ssible et par espèce de moquerie. Et Calvin en son Harmonie sur saint Matthieu, c.xiXf tient le même et prononce clairement l'impossibilité de la loi ; comme en son Institution., liv. m, chap. 15, nombre 5; il avait remarqué que Jésus-Christ nous a été donné du Père céleste, non pour nous élever el établir en quelque état de justice, mais pour être lui-môme notre justice; oh il coule le même venin , mais jilus industrieusement ; et établit la même doclrine de l'impossibilité de la loi, puisque Jésus-Christ n'est point venu pour nous a|)|)orler cette grâce, que de la pouvoir accomplir, laquelle nous ne pouvons avoir que de j)ar lui

2. Je remarquerai que l'Ecriture est aussi abondante et ellicace à nous exhorter à l'observance de la loi, comme les minisires, par leur créance, sont froids et retenus à nous y induire, et que ses textes sont aussi clairs et exprès à nous aflirmer que nous la pouvons accomplir, comme leurs textes sus-allégués à le nier. Car, outre que toutes les exhortations et menaces qui sont en TEcriture ne tendent 5 autre chose qu'à nous porter à l'obéissance de la loi et à nous préserver de sa transgression, comme de chose qui est en notre pouvoir, il y a môme des textes particuliers qui disent, on termes exprès, que Dieu nous fera garder sa loi, qui est le contradictoire de ce que Bèze nous a énoncé cidessus.

Dans Ezéchiel, au chap. xxxvi, verset 26. Je vous donnerai^ dit Dieu, un nouveau cœur et mettrai dedans vous un esprit nouveau ; et i'ôterai le cœur de pierre hors de votre chair, et vous donnerai un cœnr de chair ; et mettrai mon esprit dedans vous, et ferai que vous cheminerez en mes statuts et que vous (jardcrez mes ordonnances et (es ferez.

3. Le chapitre xxx du Deutéronome semble porter cette même vérité en tous les versets, et nommément aux versets 6, 7, 11. L'Eternel ton Dieu circoncira ton cœur, afin que tu aimes l'Eternel ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, à ce que tu vives. Et un |)eu après : Ainsi tu retourneras et obéiras à la voix de l'Eternel, et feras tous ses commandements que je te commande aujourd'hui. Et l'Eternel te fera abonder en bien, etc., quand tu obéiras à la voix de l'Eternel, gar-

CARDINAL DE BERULLE

dont ses commandements ; car ce commandement ici que je te commande aujourdhui, n'est point trop haut pour toi, et n'en est point loin, etc.

'*. Diuis Néhémic , chap. i, vers. 8, nous avons cl un nouveau témoignage de celte même vérité, et une confirmation du vrai sens auquel ce texte du Deutéronome a été allégué, quand, en vertu delà promesse que Dieu y a faite, il demande que le peu[)Ie soit réuni en son pays. Je te prie, dit-il à Dieu, nies souvenance de la parole dont tu baillas chargea Mo'isr, disant: Vous commettrez forfaiture, cl je vous répandrai parmi les peuplés; puis vous retournerez à inoi, et garderez mes commandements et les ferez. Et ce qui suit.

5. Et au lieu que Calvin nie le secours de la grâce nous être donné de Dieu j;our garder sa loi, le Saint-Esprit l'allirme elle prononce clairement en Ezéchiel, xi, vers. 19 et 20. Je mettrai dedans eux un esprit nouveau, et j'ôterai leur cœur de pierre et leur donnerai %(n cœur de chair, afin qu'ils cheminent en mes statuts et qu'ils gardent 7nes ordonnances et qii'ils les fassent.

G. Et au l:eu que les ministres annonceni, que les commandements de Dieu sont si pesants et griefs, que nul ne les peut accomplir, cl qu'ils sont impossibles, qui est le jilus haut degré de pesanteur qui leur jjuisse être attribué, l'esprit de Dieu en saint Jean nous enseigne au contraire que ses comniandemenis ne sont point griefs. C'est ici l'amour de Dieu, que nous gardions ses commandements , et ses commandements ne sont point griefs, car tout ce qui est né de Dieu surmonte le monde. [1 Joan. v, 2), etc.

7. Et au lieu que les ministres tiennent que la loi est impossible et que nul ne l'a jamais accomplie, plusieurs nous sont marqués el rejnésenlés en l'EciiUire comme gardant la loi. En la [)remière Epître de saint Jean, cha|). m : Quoi que nous demandions, nous le recevons de Dieu; car nous gardons ses commandements, et faisons les choses qui lui sont agréables. El au verset 24, il la suppose comme chose [)0ssible h tous -.Celui qui garde ses commandements, demeure en lui et lui en icelui. En saint Luc, chap. i, la même observance de toute la loi est attribuée à Zacharie el Elisabeth, en termes si clairs el si exprès, qu'ils ne peuvent recevoir aucune ombre ni obscurité des gloses de nos adversaires : Ils étaient, dit saint Luc, tous deux •iustcs devant Dieu, cheininanl en tous les commandements et justifications du Seigneur, sans reproche. Et en saint Matthieu, chap. xix ; ce jeune Seigneur à qui Jésus-Christ avait dit : Si tu veux entrer en la vie éternelle, garde les commandements. Il lui réjiondit: Joi j/arrfe toutes ces choses dès ?/m jeunesse, que me défaul-il encore? Ce qui ne peut être rap- |)orté à mcnlerie, vanité, hypocrisie, jadanie et folle confiance en soi-même, ainsi que fait Calvin commentant ce passage, aimanl mieux arguer l'Evangile que sa créance, et céder h sa passion contre la piété de ce jeune seigneur, qn'\, par des etfels condamiiail sa

7S3 OEUVRKS nKCONTROVEUSK.-OiLSC. DIVKUS. -\ , DlSCOinS l>K I.A JISTIFIC ATION. lï.d

d > Iriiii^ (lo rim|>().ssil)ilii('; de |;i loi, (jno du ijédiT h liimiùrc de co loxlc (!nr Jé^us-Cfirist ne r.'irj;iio [irij; «omnio ('.dvin i oiir ccllo ri';- |ioijst» ; mais an corilrnire saint Marc a vduIu expriiiUT, iKitainiiH'nl au rli/ip. x, vers. -J, «près ccHe rrixiriM* : A'/ Jr'sus le reyarddnl, Cuima et lui dit : Tu as faute d'une chose, va, vends tout ce ([ue lu as, ou cufiiiiK.' dit saint Ijic (wiii, •}-1} : l'ne chose te reste encure, i-en(ts tout ce (jue tu as, et me suis ; où il a |)lu \\ l)i(Mi nous lénioigrx.T «pu» soti mW regarde volontiers (.«îux qui gardent ses cominandiHnenls.

Kt par ci't amour qu'il a porté h rc jouno soigneur en sa n^pon^o, il a voulu nous assurer qu'elle i.onlenait vérit*^; car il no peut aimer le monsongo. (]c (ju'il nous continue au,-.si, en lui disant cont'orménuMil à sa réjtouso, une chose te reste encore; où il sem- Ll(» reconnpîlre et avoiier avec lui. (pi'ii ne nian(|uait point en la loi, puisqu'd lo suppose et (pTii lui il\[:l'ne chose te défaut: qui <^laiî non de eominandemcnt mais de ronseil. non d'ohli^'alion mais de [icrfection. Où est aussi h romarquer, que le point d'impossibilité de la loi n étjit pps un article de foi en l'Eglise de oc teuips-là, comme il est en relie dos ministres de notre temps; autrement ce jeune seigneur eût été intldèle, ou ignor/uit en la foi, puisqu'il croit avoir gardé la loi, ce qu'ils tiennent impossible, ce qui n'est pas croyable, en an personnage si exact dés sa jeunesse à prendre le chemin du ciel, et à obéir au commandement do Dieu, et qui en tire un si bon fruit que d'être si soigneux de chercher son salut en Jésus-Christ. Et le Sauveur qui l'aimait, ne l'elît laissé en celte erreur, sans l'instruire de ce point de vérité nécessaire à son salut, puisqu'il a bien voulu leur démontrer un point de perfection et non d'obligation, pour entrer eu la vie éternelle.

8. Or, quand ces textes ne seraient si clairs et si exprès, la seule qualité de législateur en Jésus-Christ, conjointe avec celle de Père, devrait sulTire à nous persuader qu'il no commande point à ses enfants chose impossible, tt qu'il ne les punit point d'une peine éternelle i»our la trangression d'une loi qui ne peut être accomplie, et que sa qualité de médiateur a bien été assez puissante et efficace envers Dieu, et ses mérites assez grands et agréables à Dieu son Père, pour obtenir de lui et acquérir au [>rix de son sang, h ceux qu'il adopte pour ses enfants, qu'il doue de son esi)rit et qu'il appelle ses membres, la grâce cl la force de pouvoir observer ses saintes ordonnances.

9. Que les Pères en leurs écrits, en leurs sermons et en leurs catéchèses, traitant si souvent le [)oint de la loi, comme fort important è l'in-^trucliou du peuple, ne l'ont jamais qualitiée impossible, ains ont détesté cette pensée comme un blasphèm», et oui souvent combattu par vives raisons, le |)rétexle que les [)éthours pourraient [irendie cl n'être pas exacts h l'observer, sur la dilU-ullé d'icelle, couime chose injurieuse

l'i Jé>us-Clirisl, (]ui proteste que son joug est iloiix cl s(M5 Inrdcau léger.

\ . Disr.oLiis m i. i jlstivication.

I. Du premier et second Adam, et du rapport iiue nnus avons à l'un et à l'autre. — II. I. homme perdu jur le pich<f a été tout la loi de nature et sous la loi mosnti/ue, comme sous deux pr<lai/o(/nes, f/ui lui ont appris la profonaité de son mal et le besoin d'un lihérateur. Dieu a ordonné comme un ptivilé'je dû à son i'ils, f/ue le pi'cheur tire son salut de la vertu de l' Evawjilc et de la foi en Jésus-Christ. — III. Institution de la retif/ion chrétienne par Jésus-Christ. Difjnité de cette relifjion en ces (/autre prinr cipahs parties, qui sont : la fui aux vi rites qu'rllr annonce, l'obéissance à la loi qu'elle propose, l'infusion de la i/râce par ses «acrcmcnts et l'hommaije quelle rend à Dir.u par son sacrifice. — i\'. La foi est te commencement du salut, mais nun l'accomplissement, et il y a encore d'autres conditions nécessaires, comme la pénitence et la charité. — V. \ I. \ II. Les œuvres sont nécessaires avec la foi, pour notre justification ; ce qu'il prouve pur lestes formc's de C Llcriîure. — \ III. Les bonnes œuvres ne donnent pas la grâce, mais la supposent. — IX. X. Les bonnes œuvres sont nécessaires pour conserver et accroître la grâce. — XI. Saint Pierre, saint Jacques, saint Jean et saint Jade, écrivant sur la fin de leurs jours, ont recommandé la nécessité des œuvres : comme saint Paul, écrivant en la naissance de l'Evangile, a recommandé la nécessité de la foi; et ainsi, joignant les Ecritures ensemble, nous y trouvons la neccssilé de la foi et des œuvres. Saint Paul ne laisse pas de parler très-expressément de la charité et des œuvres, comme nécessaires à salut. — Xli. Dieu, qui dispose du royaume des deux comme chose sienne, ne le veut donner qu'à ceux qui croiront et obéiront à son Fils. Effronterie de Calvin, qui ose condamner l'Eglise lorsqu'elle nous ordonne les mêmes choses que Jésus- Christ commande, et par ses mêmes paroles.

— XIII. L'Ecriture ne parle pas seulement de la nécessité des bonnes œuvres, mais aussi leur attribue notre justification.

— XIV. Nécessité des œuvres, par le texte de l'apôtre saint Jacques. — XV. Calvin confesse que l'observation de la loi nous justifierait, si tant est qu'elle fût possible, et ne peut nier la justice des œuvres, qu'en faisant les commandements de Dieu impossibles. La possibilité des commandements de Dieu, et la justice des œuvres sonl prouvées par les Pères. Les œuvres qui précèdent la foi et la charité, ne nous justifient pas; mais si font bien celles qui les suivent et en procèdent. — XVI. // montre évidem^ ment que, quand saint Paul attribue notre justification à la foi sans les œuvres, il entend parler des œuvres des gentils et des Juifs, lorsqu'ils se présentent à l'Evan'jile, et non des œuvres qui se font par des hommes déjà justifiés. C'est un déshonneur à

Jésus-Chi'ist, que ceux qui ont l'honneur d'être SCS membres, ne puissent non plus produire de bonnes œuvres, que les pécheurs qui ne sont point encore entrés dans Indignité de cette alliance. — XVII. Saint Paul disant que la loi ne petit justifier, parte de la loi mosaïque et non delà loi chrétienne. Saint Paul disant que la foi justifie sans les œuvres, parle des œuvres qui précèdent la foi et ne procèdent que de la nature. La foi qui justifie, est une foi vive et animée de la charité, qui est la source féconde des œuvres.

I. Pour connaître l'état de notre misère et félicité en sa source, il nous faut considérer que la religion chrétienne nous représente un premier et un second Adam, c'est-à-dire deux hommes premiers en leur espèce, singuliers en leur condition, éminents en la Tdc.e humaine ; en la cause et en l'état desquels est fondée la ruine et la félicité éternelle de tous les hommes ; avec cette prO|iortion (selon saint Paul aux Romains), que nous ne tirons pas moins de grâce, de force et de vertu, ni n'espérons moins de gloire et de bénédiction par la régénération qui nous fait dépendants de ce second Adam, que nous avons encouru de misère et de péché, et qu'il nous reste encore à craindre de condamnation et de malédiction, par la naissance qui nous fait héritiers de la nature et de la faute du premier Adam. Et comme nous n'avons aucune entrée ni part au monde, que par celte descente et extraction de notre être, en laquelle nous sommes enfants de ce vieil honune ; aussi Dieu a-t-il voulu nous imposer à tous celte nécessité absolue, (selon saint Pierre aux Actes), que nous n'eussions aucun moyen d'avoir part au salut, que par cet Homme nouveau qu'il a fait sur la terre; qu'il a doué de son esprit, qu'il a rempli de sa divinité, et duquel il nous est dit par cet apôtre, qu'il n'y a |)0int d'autre nom sous le ciel qui soit donné aux hommes, par leijuel il nous faille être sauvés.

II. Que le genre humartl, perdu en Adam, a été mis premièrement sous la conduite do la loi naturelle, depuis le commencement du moiide jusqu'à Moïse, et après sous la discipline de la loi écrite, depuis Moïse jusqu'au INIessie, et depuis le Messie jusqu'à la fin du monde, sous l'état de la foi et religion chrétienne. Ces deux états précédents ayant été comme deux écoles ditférenles où Dieu a voulu instituer l'homme, et l'avancera lacunnaissance de soi-u)ème et du Messie ; en ce que no trouvant rien dans les ressorts de la nature, ni dans les institutions mosaïques, qui le pût relever et qui eût de soi la grâce, la force et la vertu de le retirer du péché et do le rétablir en justice, il connût mieux la prolondité de son mal et de sa chute, et fût mieux préparé à chercher son salut et sa délivrance au Messie; lequel en ce troisième »'t dernier état vient api)iiquer lui-mônie le médi( aillent à ces plaies, qui étaient bien décùuvoites et manifestées, mais non pourtant guéries es rjeux états pré-'édenls où

l'homme recevait bien quelque connaissance par la loi, mais non aucune délivrance fiar grâce de la servitude du péché; car Dieu a bien donné sa loi par Moïse, mais non sa grâce que |)ar Jésus-Christ, selon ce texte ex|)rès en saint Jean i, verset 17 : La loi a été donnée par Moise, la grâce et vérité est faite et advenue par Jésus-Christ. Ainsi Dieu a voulu faire grâce au monde par Jésus- Christ et non par Moise; et ordonner (comme un privilège dû à son Fils) que le pécheur tire le salut et la giâce qui lui est nécessaire, non des forces intérieures de la nature, ni de l'état extérieur de la loi de Moïse, mais de la vertu de l'Evangile, et de l'état seul de la loi et religion instituée par Jésus- Christ.

III. Que, dans ce troisième et dernier étal qui a le Fils de Dieu pour auteur et fondement, pour étendue, toute la terre, et pour durée, la fin du monde ; il est évident par le discoursdes lettres saintes, que Jésus-Christ a institué une école très-accomplie, qui propose à l'entendement de l'homme ce qu'il doitcroire, et à sa volonté ce qu'il doit faire pour être sauvé; et a d'abondant établi une étroite et nouvelle alliance entre Dieu et l'homme ; et l'homme rend à so») Dieu un hommage très-parfait, par culte intérieur et extérieur de la religion qu'il a fondée; et Dieu donne réciproquement à rhoojrae une grâce assistante, qui est très-particulière en l'usage des sacrements qu'il a institués. Tellement que cet état comprend dans son étendue, et la foi en la vérité que Jésus- Christ annonce, et l'obéissance à la loi qu'il ordonne, et l'infusion de sa grâce en i'usaga des sacrements qu'il nous laisse ; et la reconnaissance et hommage dus à sa Divinité, que nous lui rendons en la pratique du culte et du service qu'il veut être observé. El toutes ces choses font partie de l'Evangile, sont conjointement nécessaires à l'homme, sont instituées de Jésus-Christ, qui n'ordonne rien d'inutile et de superflu. Et toutes ces institutions sont divines et salutaires, sont élevées par-dessus la condition et imbécillité des institutions mosaïques, sont douées de force et de vertu pour justifier nos âmes, c'est-à-dire pour nous donner, ou entrée, ou accroissement et confirmation en grâce et en justice; car tout ce qui est institué de Jésus-Christ conduit l'homme à justice et à salut. Il est la voie (dit-il en saint Jean), et tout ce qui part de lui, nous conduit à lui ; il est la vie et tout ce qui procède de lui, nous vivifie. Et comme il est la source et la plénitude de grâce et de divinité, aussi sa grâce est répandue, et le salut est communi(iué en toutes les parties de l'Evangile qu'il a publiées et instituées luimême.

Que toute notre justice à salut étant en Jésus-Christ comme en la source de toutes les bénédictions célestes qui sont connues au genre humain, tout ce qui nous lie à Jésus - Christ nous allie quant et quant à notre justice, et tout ce qui nous conduit à Jésus-Christ nous conduit à notre sa-

7ay OiaVIlESDKCONTIlOVKUSE. — OPlSC. Divins. — V.DlSCOt'RS DE LA JLSTil iCATION. 790

lut. Ur, il a pliisifurs (|tinlilés cl ofliios (ju'il i'in|iloio loiis ii l'iriivri; «li; noire sariclili alidii, |>iii le inoveu tlexjuels il o| ère en nous el nous ;iiliri.! h lui ; cl il y a un ju^to ra|i|>orl mire les oflires el les foin lions de .'é>us-(lln i>l envers nous, cl les inouveinonls et e(irrts|>on(ianies de noire âme envers Jésu^-Cllri^l.

IV. Nous disons (Jonc /|uc c'ci-l le seul étal de la foi cl de l'Ilvangilequi nous alFraiirhil de la caiilivilé de Salan, nous punlie des ininiondices du pëilié, el nous rélaljlil en jiislice; cl non pas une de ses inslilulions seulenienl, m.iis el sa doclrinc, et sa loi, cl ses >a( reuienis, el généralenienl loul ce (|ui ol de lui , loul ce «lui leml à lui ; (jue la foi e^l l'enlrt^e au rovauiui^ de Dieu, esl la |ireniière d»'^ }^rire> «juc le Sauveur nous a acijuises en son >anj^, esl le fondcnicnlde tous les dons de son ïraiiit-Kspril, e>l l'origine cl la source de tous les bons niouveinenls de noire âme, cl esl la. |)rcmière, mais non pas l'uniipic cf>ndilion qui soil requise au salul.Oue la foi est lellemenl nécessaire, (jue rien ne peut juslilier sans la foi; cl aussi lellfiiienl puissante, que tout ce qui est de l.i foi, el tout ce qui est fait en grAce el en foi nous rend jilus justes et aj^réaldes devant Dieu. Mais aussi nous ilisons que l'homme ayiinl reçu de Dieu en la création deux facultés naturelles, l'enlendeujpnlella volonté, qu'il a |)olluéeset contaminées par le péché, et qui doivent ôlre purifiées, renouvelées el conservées à la divinité par la grûce ; l'acte et l'habitude intérieure de la foi dispose bien l'une de ces puissances envers Dieu, el délivre l'enlenderacnt des ténèbres et ignonnces du oéché, le réduit en la l'obéissance do la foi, lui montre par sa lumière d'oià il doit attendre sa justice el son salul, cl adresse l'homme j'ar sa con luile , el donne entrée, par son énergie et puissance (si ce n'est quM diminue cl anéantisse ces elfels en soi môme) à toutes les dispositions divines qui doivent a*;complir sa sanclilicalion, cl le rejiouvellenicnt entier de son étal; mais qu'il ne suflil pas à justifier pleinement l'âme, s'il n'est acconiftagné des autres dons de Dieu, aux(jucls il donne entrée et ouverture , et s'il n'est suivi des autres mouvements intérieurs el surnaturels à la volonté, qui la séparent cl désunissent du péché, comme la pénitence, et la réunissent et conjoignent à Dieu comme la charité, n'étant pas même assez h l'homme j)Our être sauvé, de recevoir une fois la grâce, s'il ne la conserve jus(]u'à la tin, selon cet oracle de l'Evangile: Qui persévcrcra jusqu'à la fin, sera sauvé.

V. Que la même Krrilure el doctrine de salut qui recommande la foi recommande aussi les œuvres el les autres mouvements el ilons de Dieu que nous avons proposés ci-dessus. Et que les apôtres dans les [>alenles de leur mission contenues en saint Matthieu, xxviii, ont charge expresse de ne [las instruire seulement les peuples en la foi, mais aussi en l'usage des bonnes œuvns et en l'observance des commandements de JOsus-Clirisl :

Allez, dit N«ttre-Sci;;ncur, et endoctrinez toutis (jnis. Un baptisant «u umn du Père, du Fils rt du Saint-Esprit, et le» enseignant do yardrr tout ce (/ne je vous ni commandé. Matth \xvin, 19, -20,) Kl qu'aussi les apôlr<s oui annoncé aux peuple^ ti la pénitcrn e, cl la foi, el le baplônw, et les (nuvres, cl la charité, (omme choses C(Micernarilcs au salul de ceux «pii recevaient ri'vangile, (omme il ap|>erl en la prédication des deux premiers ajôtres, saint Pierre cl saint Paul, marquée, l'uno au 11*, cl l'autre an x\' ch.'pitre des Aclfs^ où saint Pi» rrc, outre la foi des Juifs, qui avaient cru à sa parole, el qui lui demandaient le chemin (lu salul , ajoute : Amendextou.<, ou bien, selon la meilleure version : Faites pénitence (en quoi les u.-uvres sont comprises), rt (/u'un chacun de vous soil baptisé au nom de JésusClirist oi rémission des péchés {Ad. II, 38); cl en témoignage que ces deux |)oints élaienl importants à leur salut, il appose comme un fruit de leur amendement et baptême : lit vous recevrez le don du Saint-Esprit. Ce qui a un juste rapporta la |)rédicati<»n de saint Jean-Baptiste, le précurseur de l'Kvangile et la voix 'ie Dieu au dcseï t, en saint Luc, m, on il demande du peuple des fruits convenables h la repenlance, el les œuvres de justice et de charité envers le prochain, comme choses d'imjiortance h leur salut ; el aux Ac/es, m, le mémo apôtre saint Pierre, prôi haut aux Juifs, leur dit pour conclusion : Amendez-vous donc, et vous convertissez , afin que vos péchés soient effacés (vers, 19); et au verset 26 il marque comme un ûq.s efTets de la venue de Jésus-Christ, une des parties de la justice des œuvres, qui est d'abandonner le mal : Cest pour vous premièrement que Dieu ayant suscité son Fils, Ca envoyé pour vous bénir ^ en retirant un chacun de vous de vos mauvaisctés, ou, comme dit la glose , a/Çrt que vous vous reliriez de vos mauvaisetés par le don de repentance et renouvellement du Saint-Esprit-, et en sa seconde Epître, chapitre |>remier (vers. 5), il recommande l'autre parlie de la justice des œuvres, qui consiste es vertus et en l'accomplissement des bonnes œuvres, disant aux fidèles : Vous donc apportant toute diligence, ajoutez vertus par-dessus avec votre foi, et avec vertu, science, et avec science, attrempence, patience, piété, amour fraternel, charité ; et concluant au verset 10: Pourtant, frères, étudiez-vous plutôt à affermir votre vocation et élection , ou comme remarque la glose, à rendre ferme par bonnes œuvres votre vocation ; car en ce faisant vous ne chopperez jamais , car par ce moyen (c'est-à-dire par ces œuvres el adions de vertu) l'entrée au royaume éternel de notre Sauveur JésuS' Christ vous sera abondamrnent fournie : o\X \\ esl à propos de remarquer le soin de cet ai»ôtre à recommander les œuvres tant en ses prédications comme en ses écrits.

VI. Que semblablement l'apôtre saint Paul a\\\ Actes, \x, r.ipporteses instructions, nonseulement à la foi, mais aussi à la pénitence (en laciuelle les œuvres sont conîenues),

vji

comme à deux chefs généraux ùe tous les discours publics et particuliers |)Our le salut du peuple : Je nai rien retenu à vous dire des choses qui vous étaient utiles. Testi fiant, tant aux Juifs qu'aux Grecs, la repentance qui est envers Dieu et la foi en Jésus-Christ Noire-Seigneur {Act. x\, 20, 21) ; et aux Hébreux, c.vi, spécifiant certains points du catéciiisme et instruction chrétienne qu'il donnait aux fidèles, il commence par la repentance des œuvres mortes de la fui en Dieu, de la doctrine du baptême, de l'imposition dos mains, etc. ; etau chapitre n de son Epitre à Tite, faisant un sommaire et abrégé de toute l'institution clirélienne, il y comprend distinctement toutes les deux uarties de la justice des œuvres, laquelle il marque être une des fins el intentions de l'oblation de Jésus-Christ : Lequel, dit-il, s'est donné soi-mém" pour nous , afin qu'il nous rachetât de tonte iniquité et nous purifiât pour lui être un peuple particulier adonné à bonnes œuvres jvers. ik) ; et au verset précédent, il dit : La grâce de Dieu salutaire à tous est apparue, nous enseignant quen renonçant à impiété et aux mondaines convoitises, nous vivions en ce présent siècle^ sobrebrement, justement et religieusement , où en trois mots il comprend substantiellement toute l'étendue et exercices des bonnes œuvres, el au regard de nous-mêmes par la tempérance, etau regard du prochain par la justice, et au regard de Dieu par la religion; et au chapitre iii, après avoir représenté la Tui>éricorde de Dieu à nous justifier gratuitement el à nous donner abondamment son Sainl-Esprit , il ajoute, au vers. 8 : Cette parole est certaine, et je veux que tu affermes ces choses, afin que ceux qui ont cru à Dieu aient soin de s'appliquer principalement à bonnes œuvres. Même il n'y a presque aucune épîire de ce saint apôtre dans laquelle il n'y ait quelque recommandation et instance bien particulière sur les bonnes œuvres : aux Roinains,xiu, en lai" aux CorinthienSy c. yi,aux Galates, c. v, aux Ephésiens, ivet v, aux Phi^ lippienSfC. iv, aux Colossiens,c. i, verset 10 et 22, oii même il déclare qu'une des fins de la rédemption et réconciliation de nos âmes par la mort de Jésus-Christ est de nous rendre saints, sans tache et irréprochables devant sa face: ce qui est conforme à ce verset 10 du chapiire n aux Ephésiens ,o{i après avoir représenté la première justification par la loi et la grâce sans les œuvres, il adjoint la seconde justification par les œuvres, disant : Nous sommes l'ouvrage d'icelui, étant créés en Jésus-Christ à bonnes œuvres, que Dieu a préparées afin que nous cheminions en icelles. A quoi tend aussi cette exhortation fréquente qu'il fait aux Ephésiens, c. iv, et ai.1leurs, de dépouiller le vieil homme et revêtir le nouveau créé selon Dieu en justice et vraie sainteté, où encore toutes les deux l)arties de la justice des œuvres est sommaircnienietenTicacemeut représentée, qui consiste à fuir le mal et faire le bien.

VII. Je crois (jue ces textes sufilsent 5 nous kirc "oir que ces t-ois grandes lumières du

monde et de l'état évangéîique, saint Pierre, saint Paul et saint Jean-Raptiste, font état el estime des bonnes œuvres, comme un des jirincipaux ornements et des points plus importants è la profession chrétienne, employant de si notables parties de leurs sermons et de leurs écrits à la recommandation d'icelles. A quoi j'ajoute une remarque qui doit avoir (ce me semble) grand poids et autorité h là confirmation de cette doctrine; c'est que Jésus-Christ même, après son ascension, on ces lettres qu'il a fait écrire de sa pari aux Eglises, et qui sont rapportéesaux chap. II el m de V Apocalypse, n'^^xawAntrivn tant que les bonnes el mauvaises œuvres, aux verscts2, 3 et 5, s'adressantà l'Eglise d'Ephèse : Je connais tes œuvres et ton travail^ et ta patience, mais tu as délaissé la première charité ; par quoi aie souvenance d'où tu es déchu et te repens ; et fais les premières œuvres, autrement je viendrai bientôt, et ôterai ton chandelier de son lieu, si tu ne te repens. A l'Eglise deSn;yrne, au vers( t 9 : Je connais tes œuvres et ta tribulation, et ta pauvreté, etc. ; mais sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. A l'Eglise deïhyatire, vers. 19 : Je connais tes œuvres et ta charité, et ton service et ta fui, et ta patience et tes œuvres , et que tes dernières œuvres passent les premières; el aux versels 23, 25 et 26 : Je rendrai à chacun de vous selon ses œuvres; mais retenez ce que vous avez jusqu'à ce que je vienne; car à celui qui aura vaincu et gardé mes œuvres jusqu'à la fin, je lui donnerai puissance sur les nations.

VIII. Or l'Ecriture no recommande pas tant seulement les bonnes œuvres comme un des fruits de l'Evangile, et comme un des principaux effets de la venue du Sauveur au monde; mais elle passe plus outre, et les recommande comme nécessaires à quiconque veut avoir entrée, non en la grâce qui fait les bonnes œuvres et ne les suppose pas , mais au ciel qui suit la grâce, et est la récompense des bonnes œuvres, et à quiconque veut, non pas acquérir de nouveau, mais conserver et accroître la vie de la grâce que nous avons tous gratuitement reçue par l'Evangile; car comme l'huile n'allume pas le feu, et toutefois elle est nécessaire à le conserver en la lampe, ainsi les œuvres n'allument pas la grâce en nos cœurs, mais elles sont nécessaires à la conserver el maintenir en nous; ou, {)Our mieux dire, comme il arrive en la vie du corps, que quiconque l'a perdue par la mort, ne peut rentrer en possession d'icelle par aucun moyen procédant de sa j)art , mais si elle lui est rendue miraculeusement (comme à ceux qui ont été ressuscites par Jésus-Christ et les ai'ôtres), il a puissance et obligation do la conserver par la nourriture ordinaire et par les autres exercices nécessaires à l'entretien de la vie humaine, usant à cet effet des facultés naturelles que Dieu lui a resliluées en lui restituant la vie. Ainsi en la vie de l'esprit qui consiste en la grâce, quiconque l'a perdue par le péché> Jî

793 OKUVRKS DE CONTUOVEUSK. — OI'L'SC. DIVERS. — V, D5SC0L11S DE LA JL'STIFICATION. 7!U

ne In peul olitenir |)nr «ucuno œuvre prooédanl lie sa pari; tiinis si «'lie lui est remlue par une nouvelle miséricorde, il re<;oil(piiiiit tl (|uanl do Dieu la force el le p(juvoir de l'euirelenir, el a ohligalion de la c(jri^erver, fc'il veul avoir part au.salul. A quoi il lui e>l nécessaire (Je s'adonner h justice, de clieminer en In voie des coiniunndenienls de Dieu, eldc >'exercer en botuies ceuvres. l't cette nécessité est si souvent exprimée en la parole de Dieu, et en termes si loris et si clairs, 3u'il vous seiuhlera [dus étrange, que des odeurs el îles réformateurs de la loi < lirélienne aient présumé de persuader au monde Je contraire qu'il ne me sera dillicilt: de la prouver.

IX. Kl prcmièrcraenl se peut-il prononcer un arrêt [dus ex|très et favoralde en la cause des bonnes teuvres, el (dus redoutable en l'oniission des allions de vertu cl de charité, que celui ([ue Jésus-Cdirist [irononcera en ce grand jtjur? Kl d'où [touvons-nous mieux a|tprendre (}uelles sont les [dicesque Dieu recjuierl |)0ur notre salut el justice, et qui sont si nécessaires, que leur nianqueluenl sullit à nous faire [>erdre rhéritage el la bénédiction du Père céleste h toute éternité, que de la bouche même du juge (jui en prononcera la sentence , en ces termes {Matt. XXV, 3i, 35) : Venez, les bénis de mon Père, possédez en hérilaye te royaume, etc., car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à mamjer; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli. Kl au verset kl : Départez-vous de moi, maudits au feu éternel : car j'ai eu faim^ ri vous ne m'avez point donné à manger ; j ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire; fêtais étranger, et vous ne m'avez point recueilli (6'i.} ; où il est évident que le ciel est rendu aux bonnes œuvres en même qualité que l'enfer aux mauvaises, c'est-à-dire que les unes sont cause de notre entrée au ciel, comme les autres de l'entrée en enfer ; el que l'enfer ne contient [las seulement les infidèles, mais aussi ceux qui, n'étant pas desiilués de foi, sont destitués do bonnes œuvres, ainsi que le diable et ses anges, auxquels ce feu est |)ré|iaré. n'ont i)as faute de foi, mais de fidélité et de [lersévér.ince à louer leur Créateur, et 5 rendre hommage el obéissance à sa divinité.

X. Que ce même juge et Sauveur du monde nous avertit ailleurs, comme il doit juger les hommes, non-seulement selon la foi, mais aussi selon les œuvres, aux Ilom. ii, 5, et 6, en la 77' aux Corinth.,i:. v, 10 Et nous déclare en termes ex|>rès que la foi seule sans les œuvres ne sullit pas h salut, lorsqu'il dit en saint Matlhieuc. vn,20el2i : Chacun qui me dit. Seigneur, Seigneur, n'entrera

Î)as au royaume des cieux, mais relui qui fait a volonté de mon Père qui est es cieux. Où il montre manifestement ruu[>orlance et la nécessité des œuvres en ces jiaroles : Celui

(6-i) En col endroit les œuvrfs remJeni icmoipiiage à la lo'. Or si loules nos œuvres sont péché, «yjunienl csi-il pos ibie qu'elles confinnoul la (oi ei

qui fait la volonté de mon Père: et l'inutilité lie la foi qui est sé(iarée des œuvres, en ces termes: Chacun qui me dit. Seigneur, Seigneur; lar oiilre que cette invocation su[»[J0se la foi, e! iiQ se [leut laire que j'ar le moven d'il elle, il ajoute au verset suivant : /^/uaiVurr médiront en cette journée -là. Seigneur, Seigneur, n'avons nous pas prophétisé en ton nom et n'avons -nous pas jeté hors les diables en ton nom, et n'arons-nous pas fait plusieurs vertus en ton nom f (Jù il a|'[ierl (jue Jé^us- Chrisl |)arle d'une foi, non-seulenieiit comjnune el onlinaire en tous les lidéles, mais même [dus haute, [dus [niissante et divine, ctaccom|ia^née des dons et des témoignages de [>ro|thélie el de miracles; el toutefois il les ré(>rouve el les bannit du ciel, au verset 23: Dépnrtrz-vousdemoi, vous qui faites le métier d'iniquité ; où il les accuse et condamne, non |>as faute de foi, mais de bonnes œuvres : Vous, û'\{-i\, qui fuites le métier d'iniquité. Comme au verset 2i, poursuivant el concluant celte môme matière de la foi et des œuvres, il les conjoint ensemblement, et a[»|tuie sur tous deux l'assurance du salul: Quiconque ouil ces paroles, et les met en effet, sera comparé à l'homme prudent^ qui a bâti sa maison sur une roche, etc. Où en termes ligures il nous montre quel est le fondement assuré sur lecjuel il faut liAtir notre salut, et nous enseigne en |)arolesditrérentes, celte même vérilé que son a|iôtre saint Pierre, qui nous exhorte en sa //' Epître, c. i, 10, à affermir notre vocationet électionpar bonnes œuvres; comme il se trouve en quelques exemplaires approuvés, même de nos adversaires. A quoi je [)Ourrais ajouter le cbafdtre V de saint Matthieu, où le Seigneur établit sa loi avec plus grande jierfection, mais non en moindre obligation que celle de Moïse, et déclare ouvertement, au verset 20, quelle est la mesure et la nécessité, non de la foi, mais des bonnes œuvres, qu'il requiert de nous en ce temps <Je grâce et de bénédiction, plus qu'au lera[)s de la loi écrite, [)0ur nous admettre dans son paradis; car je vous dis que si votre justice ne passe celle des pharisiens, vous n'entrerez nullement au royaume des cieux.

XI. Je pourrais joindre à ces paroles expresses de Jésus-Christ les é; îtres enliôics de ses a[)ôlres saint Pierre, saint Jacques^ saint Jean et saint Jude, que saint Auguslia témoigne avoir été écrites |)ar ces organes célèbres du Saint-Es[tril sur la fin de leur siècle, à cette intention jtarticulière, de recommander soigneusement les bonnes œuvres, comme, en la naissance de l'Kvangile.. saint Paul avait travaillé à recommander la foi ; et ce pour induire el obliger les [ieu|>les. à ne [)as $é[)arer, en l'œuvre de leur salul^ ce que Dieu a conjoint, ce que la même Ecri-ture leur enseigne, et ce qui leur est recom-ukindé par une égale autorité, el aussi pouc fermer la bouche à quelques séducteurs qui

lui rendent léinoignagc, el que le ciel leur soU donné en récompense ?

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

couraient le monde, et qui, pour couvrir la licence de leur mœurs et la liberté de leur vie, enseignaient dès lors par quelques versets de VEpitre aux Romains et aux Galates, ce que les ministres enseignent en notre siècle, que la foi seule suffisait à salut et à justice, comme si ce même saint Paul n'avait pas sutlisainment manifesté son intention, ni assez déclaré au^ Galates(c. v),de qiielle foi et de quelle loi il park- en ses Epitres, lorsqu'il conclut ce différend qu'il avait avec les Juifs sur l'état tie leur loi, qui l'a fait entrer es louanges de la foi, oij il vient à dire, au verset G : Car en Jésus-Christ, ni circoncision ni prépuce n'a aucune vertu, ainsi la foi ouvrante par charité; où il comprend et ajoute la charité et les œuvres à la foi. Ce qu'il dit ailleurs et plus clairement : La circoncisio7i n'est rien, le prépuce n'est rien, mais r observation des commandements de Dieu. ( / Cor. vu, 19.) Et comme si ce vaisseau d'élection n'avait point assez expliqué sa doctrine en ce point de salut, qui, écrivant auï fidèles, leur représente si souvent et si soigneusement la nécessité des bonnes œuvres pour être sauvés : Ne sarez-vous pas, dit-il aux Corinthiens (7 Cor. VI, 9) c/ue les injustes ii hériteront point le royaume de Dieu. Et comme s'il voulait prévenir en leurs esprits cette secrète persuasion etattente qu'ils pourraient avoir en la foi sans les œuvres : Ne vous abusezpas, dit-il, ni les paillards, ni les adultères, etc., n hériteront point le royaume de Dieu. Ce qu'il réitère aux Galates {c.\), oij, après avoir déclaré quelles sont les œuvres de la chair, il ajoute cette clause générale et absolue : /e vous prédis que ceux gui commettent telles choses, n hériteront point le royaume de Dieu. Ce qu'il poursuit encore aux Ephésiens [c.y), tant il a cette matière à cœur, et tant il veut que les fidèles reconnaissent l'importance des œuvres : Vous savez, leur dit-il, çj/e nw/ paillard ni immonde, e[c.,n a point d'héritage au royaume de Dieu. (Vers. 5.) Où il ajoute cette môuie instance et avertissement : Que nul ne vous séduise par vains propos, car pour ces choses l'ire de Dieu vient sur les enfants de rébellion. (Vers. 6.) Comme s'il eût voulu prévenir et ôter cette confiance que la nature cherche, écoute et prend volontiers en la foi seule, pour n'être pas obligée à se séparer de ses convoitises. Et d'abondant ii'e>t-ce pas le même apôtre saint Paul, qui prononce cet oracle contre cette pernicieuse Ofinion ? Quand bien f aurais le don de prophétie, et connaîtrais tous secrets et toute science, et quand j'aurais toute la foi, tellement qneje transportasse les montagnes, et que je n'aie point la charité, je ne suis rien. (ICor. xm, 2.) Où il emploie un chapitre entier à déclarer la nécessité et l'excellence de la charité, lequel il finit j ar ce verset (13) :0r maintenant ces trois choses demeurent, foi, espérance et charité ; mais la plus grande d'icelles est charité.

XIE Tout l'univers est à Dieu comme tant l'uiivra^^e de ses mains, mais le ciel plus parliculièrement, lequel il apielle son

trône, son domaine et son royaume. M peut le réserver à lui seul et à ses anges, ou bien même le donner et départir â tous les hommes, sans en exclure et excepter aucun : nul n'y peut avoir part que par sa grâce et miséricorde, et il peut sans contrainte et contredit en disposer selon son bon plaisir, comme d'un héritage qui lui appartient, c'est-à-dire le donner, ou sans condition, ou à telle condition qu'il voudra, El comme nous ne l'ouvons douter de cette puissance et autorité absolue, aussi sa volonté nous est manifestée en sa parole, qui nous enseigne, que Dieu offie et promet le ciel à tous ceux qui le veulent, mais qu'il ne le donne pas à tous, d'autant qu'il y en a plusieurs qui renoncent à cette succession : qu'il le promet non absolument, mais conditionnellement , et à condition, non de la foi seule, mais aussi des œuvres, c'est-àdire pourvu que nous croyions et obéissions à «on Fils, qui nous a acquis, par son sang et par ses souffrances, le droit que nous avons par son moyen à cet héritage céleste. Et ces conditions sont apposées si clairement et si souvent dans les Ecritures saintes, qu'il est étrange que des personnes qui font usage de la loi chrétienne aient eu assez de front et d'assurance jiour maintenir le contraire. Si tu veux entrer en la vie, garde les commandements, dit le Sauveur ujôrae 5 celui qui lui demande le chemin de la vie éternelle. {Matlh. XIX, n.) Si vous m'aimez, gardez mes commandements, dit Jésus-Christ même à ses a|)ôtres. (/oan. xxiv,1d. ) Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l'esprit vjus mortifiez les faits du corps, vous vivrez, dit saint Paul même {Rom. vin, 13), écrivant aux fidèles, et les obligeant, outre la foi fiu'ils avaient déjà à cet te condition nouvelle et particulière, qui comj)ren(l les œuvres, dont il exprime encore la nécessité plus clairement en ces termes (vers. 1) : lln'y a donc maintenant nulle condamnation à ceux qui sont en Jésus-CJirist, c'est à-dire qui ne cheminent point selon la chair, mais selon l'esprit. Et saint Jean en sa /" Epitre, est plein de maximes et de j)aroles qui confirment celte même vérité : Par cela savonsnous , dit-il, que nous avons connu Dieu, à savoir si nous gardons ses commandements . Qui dit: Je l'ai connu, et ne garde point ses commandements, est menteur, et vérité n'est point en lui. N'aimez point le monde ; si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'ist point en lui. c'est ici l'amour de Dieu, que nous gardions ses commandements. ( / Joan. II, 2-6, 18; y, 3.) Et nonobstant ces témoignages si formels et si exprès, Calvin ose bien démentir cette claire vérité , et reprendre l'Eglise catholique, où elle parle à ses enfants dans le concile de Trente, comme Jésus-Christ a parlé en son Evangile, et où elle leur prononce cette parole expresse du Sauveur : Si vous voulez entrer en la vie, gardez les commandements. {Matth.xix, 17.) Sur quoi il appose ce beau dictum : « Malheur,» dit-il «à leurs catéchumènes, sion leur impose une si dure condition ; car que fail-ii

7Î)7 OTIVIIES DE CONTUOVKUSK.-OI'LSC. IMVKIIS. -V, DISCOURS DE LA JUSTIFICATION. 798

nuire clio<;(' que l'iir donnor finr cos paroles uiio éleriiclle nwilédicliori ((i.'i) ? » lui qudi il II» pouvait se l'.iire païaîtrc plus grntid enne I i des lifintX's (envies et plus coiilr.'iire h Jésus-Christ inôiin', cpii n prononcé cello ji.irole (hninellf,' il ose l)i(;n conlrediro et (lùrncnlir par icKc s<'mence) et ([ui, étant lo vrai et iini(iu(î docteur du salut , a dénion- Irù pnr icellu le clieniin non de Ja mort et malédif lion , comme dit Calvin, mai:» de la vi<; et Wénédiclion élernelle.

Or l'hérésie no pouvait passer [)lus avant en licence et liherlé, que de contredire à Jésus-Christ et hlihner ses institutions lorsqu'il instruit ce jeune seif^neur de l'Kvangile, de prononcer malheur sur les catéi huménes nourris de sa parole ; d'('n^ej^ne^ h ses adliéienls le contraire de la doctrine du Messie, et leur pio[)oser une >oie de salut répugnante à celle (pic le Sauveur annonce, et de tirer .'» malédi.tion ci; que le docteur du salut enseigne et a|)pelle le chemin de la vie, et de corumelire ces impiétés plutôt que de céder à la clarté de ce text(% et de se laisser vaincre et conduire h la lumière de cette parole qui représentes! formellement la nécessité des bonnes œuvres.

XIII. Mais l'Kcrilure passe encore plus outre à leur louange et avantage, et leur attribue raême le pouvoir de justifier, ainsi qu'elle le donne ailleurs h la foi; car comme en Genèse, c. xv, il est dit d'Abraham qu'il a cru à Dieu, et que cela lui a été alloué à justice ( nui est le fondement des adversaires) ainsi (jans le psaume cv (vers. 30), il est dit que l'acte de Phinées lui a été alloué à justice (66). Ce que généralement l'Ecriture attribue à la loi de Dieu (qui est le champ cl le sujet des bonnes œuvres, et qui est appelée justice et justification 5 cet eiïel), et à la pénitence et charité, qui sont les deux sources générales de toutes les actions de vertu que nous prali(pions, ou en la fuite cl éloignemcnl du mal par la pénitence , ou en la poursuite et accomplissement du bien par la charité. Dans Ezéchiel, ch. xviii et xxxui, nous lisons, que quand le méchant se détournera de sa méchanceté, et qu'il fera ce qui est juste et droit, il fera revivre son âme : et au ch. XXXIII, vers. 19, il vivra par ces choseslà. Dans saintJean, le bien-aimé disciple et apôtre du Sauveur : Mes enfants, que nul ne vous séduise (/ Joan. m, 17), (comme s'il voulait prévenir et démolir l'erreur que nous détruisons maintenant) : Qui fait justice est juste, comme icetui est juste : où il ne peut mieux déclarer qu'il [larle d'une vraie et parfaite justice, qu'en la comparant à celle de Dieu même.

Dans l'Evangile, le Sauveur attribue en saint Luc, vu, la grâce qu'il fait à cette pécheresse, noii-seiilcment h la foi, mais aussi à la charité (ju'elle a eue et témoignée envers lui, [>ar les œuvres qu'il rapporte si soign*»usemeiil et qu'il estime si chèrement :

Ses pédiés (pli sont grands lui sont pardonnés, car rllr ahvituntup aimé. El en saint Lu -, c. X, vers. 28, après avoir récité les deux commandemenls générnui de la loi divine, qui (finsisicnt à aimer Dieu et le prochain, il ajoute: Fais cela, et lu vivra»: référant manifestemeiil la vie à ces «inivres, (i ce n'est (jue l'on dise avec Calvin, ipie Jésus- Christ parlait en moqueur, (C qui est impie. Dans les Actes, chap. x, vers. 3'*, saint Pierre prononce «et oracle en la première conversion des gentils : lin vérité, j'aprrçois qu'en toute nation celui qui craint Dieu et s'adonne à justice lui est aqréahle ; cl au chap. XI. vers. 10 : Les fidèles nlorifièrent Dieu, disant : Dieu donc a donne autsi aux i/tntils repcntance {nu pénitence) pour avoir vie. Dans -ainl Paul, lipitre aux Homuins, chap. II, vers. 13 . Car ceux qui oient la loi ne sont point justes devant Dieu , mais ceux qui mettent en effet la loi seront justifiés. Où il est évident par le vers. 10 que saint Paul parle de tous ceux qui font bit;n, soit Juifs, soit gentils, et qu'il parle d'une justification devant Dieu et non devant les hommes; car, outre que ce verset même le porte, ceci est déduit en conséquence des versets i)récédenls, 5, 6, 7, 8, où il s'agit du jugement de Dieu et non de celui des nommes, et des œuvres esquelles Dieu rendra lors la vie éternelle; et notamment du vers. 11, où il dit : Car envers Dieu il n'y a point d'égard aux personnes ; ce qu'il prouve en ce verset 13, parce que la justice devant Dieu ne consiste pas à ouïr et recevoir (comme les Juifs) mais h accomplir la loi, comme ceux qui font bien , soit Juifs , soit gentils.

XIV. Et l'apôtre saint J.cques en son Epître catholique, c'est-h-dire adressée à l'E-ilise universelle, n'est pas moins soigneux et exact à altiibuer la justification aux œuvres, que saint Paul à la foi en ses Epîlres aux Romains et aux Gâtâtes, et .^emble avoir pris comme à tâcoe de renverser l'erreur de ceux qui disent que la foi seule nous justifie : Mettez en effet la pamle, dit-il au ch. i, vers. 22, 25, et ne l'écoutez pas seulement, en vous décevant vous-même par raitis discours. Celui qui aura regardé au dedans de la loi parfaite, qui est de liberté, et aura persévéré n'étant point écouteur oublieux, mais mettant eji effet l'œuvre, celui-là sera bienheureux en ce qu'il aura fait. Môme l'intenlion de cet apôtre en son chapitre second, tend expressément h\a confirmation de celte vérité que nous aflirmons maintenant, comme il est évident par la fin de son discours qu'il conclut en ces termes au vers. 2i : Voyez-vous pas donc que l'homme est justifié par les œuvres, et non seulement par la foi? Où il est sans doule que cet auteur traite et d'une foi et d'une justification vraie, car il parle de la foi qui était en Abraham, d'où il allègue l'exemple ; et de la foi sur laquelle Moise a dit qu'Abra-

(05 Comme si les râlé» hiimènes devaient pliiiôt l'ppreii'îre li; rhcniiii itc la vie de Calvin que de Jéfcus-Chrisl.

(66) C4T.vi;« , lib. m , c. 17, n. 7, 8 et 9, cite ce psaume cl n'y peui répondre.

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

hani a cru à Dieu, et il lui a été alloué à justice, rav il allègue môme ce texte ; et de Ja foi qui a cooj éré aux œuvres de ce saint [)atriarche, qui élait sans doute une vraie et vive foi , et si | arfaite, qu'il a été nommé 'e I ère des croyants. Somblablement il parle d'une justifiLation vraie devant Dieu, et non devant les hommes ; car il parle de celle que la foi opère, mais non pas seule, et en laquelle les œuvres rendent la foi accomplie , c'est-à-dire augmentent la justice encommenfée par la loi qui justifie l'Ame, non [las en la déclarant, mais en la rendant juste, c'est-à-dire devant Dieu, et non devant les hommes. Kt en somme ce saint apôtre pouvait-il choisir des paroles plus claires à expiimer notre doctrine et la canoniser dans son é[:ître,que celles de ce vers. 24. Voyezvous pas que l'homme est justifié par les œuvres et non seulement par la foi? Ou bien pouvait-il mieux nous obliger à la créance de cette vérité, qu'en empruntant les mêmes termes, exemples et citations dont saint Paul a usé lorsqu'il a discouru de la justification }iar la foi, comme pour nous faire entendre que son intention en ce lieu- était de parler de la continuation et accroissement de cette môme ju'^tice, qui a,selon saint Paul, sesfondements et son origine en la foi? ce que les luthériens qui apportent moins d'argutie, mais })lus de franchise et d'ingénuité es points de controverses que lescalvinistes, connaissent et confessent librement; et jugeant que l'autorité de cette Epître n'était pas si manifeste en la foi de l'Eglise, que le sens en était clair, et l'intention de l'auteur évidente en ses circonstances et paroles, ils ont mieux aimé la rejeter comme apocryphe, que de violer et démentir le sens commun en l'intelligence de cette Eiiître.

XV . Que Calvin même ré| ondant aux textes l'Ecriture, qui honorent les bonnes œuvres et de les commandements de Dieu, du litre de justice, et notamment à celui de Moïse. [Deut. VI, 25) : Celte sera notre justice si nous gardons tous ses commandements, reconnaît que l'homme serait juslitié par les œuvres, s'il pouvait aicomfilir la loi : « Nous confessons, » (iil-il en VInstitution, I. m, c. 17, " que l'obéissance de la loi est justice, et rol)serva!i()n d'un chacun commandement c>t fiartie de justice, mômement que nulle i\Q<' autres |)arties ne défaillent. Mais nous nions qu'on [»uisse montrer en tout le monde une telle justice, et à cette cause nous abolissons la justice de la loi, non [)as que de soi elle soit insufllsante, mais pou:- ce (pi'à cause de la débilité de notre chair elle ne paraît nulle jtart. » Et au lion.brc 13 : '< Nous ne nions ras qu'en l'observation entière de sainteté et innocence, il n'y ait plein»? justice ; mais il n'est pas encore prouvé que nous soyons justifiés \)î\? les œuvres, sinon qu on en produise quelqu'une qui ait accompli la loi. » El en V Harmonie nangelicjue sur retint Matthieu, c. xix, vers. 17 :« 11 nous faut, bien entendre (jue Dieu a compris en sa loi •\ Diànière de vivre saintement, en quoi •insiste justice; car Moïse dit {Lcrit. xviii,

5) : Qui fera ces choses vitra en (celles. Il ne faut pas nier que l'observation de la Ici soit justice; par laquelle le vrai et parfait observateur de la loi, s'il s'en jiouvait trouver aucun, acquerrait la vie; mais, pour ce que nous sommes tous destitués de la ghâre de Dieu, on ne trouvera en la loi que malédiction, et il ne nous reste autre moyen que de recourir au don de justice gratuit.» Or, ayant ailleurs prouvé |iar l'Ecriture que la loi de Dieu ne nous est j/oint impossible, moyennant sa grâce, et que plusieurs l'ont observée, et notre adversaire accordant maintenant que, ce fondement posé, la justification par les œuvres s'en ensuit infailliblement , concluons de ces deux propositions, dont l'une est de Calvin, et l'autre de l'Ecrilure, et disons avec l'apôtre 'aint Jacques (n, 2.'i-) : Que rhomme est justifié par les œuvres, et non seulement par la foi.

Et écoutons les oracles des Pères, qui confirment ces deux vérités de l'observation des commandements de Dieu et de la nécessité des œuvres, et condamnent Calvin en ses deux articles, 1,300 ans avant sa naissance. Saint Augustin (serm. 91 De tempore) : « Nous détestons le blasphèuie de ceux qui disent que Dieu a commandé à l'ho nme chose impossible. » Saint Chrysoslome (hom. S De pœnitentia) : « N'accusez pas le Seigneur, il ne commande point chose impossible; plusieurs même passent les commandements, ce qui ne se pourrait faire s'ils étaient impossibles; or est-il que la virginité n'est pas commandée, et plusieurs la conservent. » Ce qu'il poursuit même sur le ne pas convoiter, qui tient du tout impossiles commandements de à observer, on ne les

commandement, de est celui que Calvin ble, et conclut : '( Si Dieu n'étaient aisés

la

pourrait |)a3 surpasser et faire œuvres surabondantes. » ( Regul. brev.) Saint Basile [De nat. et gratia , c. 43) parlant de la dilection des ennemis : « Sans doute Dieu ne l'eût pas conmiandée, étant juste et parfaitement bon comme il est, s'il n'eût donné à l'homme la grâce et le pouvoir de l'accomplir. •» Saint Augustin : « Dieu ne cora mande point chose impossible, mais en commandant il admoneste de faire ce que nous pouvons, et de lui demander la grâce d'accomj)lir ce qui surjasse notre puissance. » Et au Livre de la grâce et du libre arbitre, chapitre 10 : « Los pélagiens pensent ()roposr un grand argument, quand ils disent que Dieu ne commande point chose impossible. Et qui est celui qui en doute? mais Dieu commande ce qui surpasse nos forces naturelles, rifin ^ue nous sachions de qui il nous faut obtenir celle puissance ; car la loi ol'tient par |)rières cequela loi commande. » El un peu [)lus bas : « C'est nous sans doute qui obéissons à la loi, mais c'est luiquifaitquo nous y obéissons, induisant notre volonté par moyens efficaces; selon ce (|u'il dit en Usévhiec. xxxvi, '^1 : Je ferai que vous cheminerez en mes statuts, et que vous garderez mes ordonnances, et les ferez. i{i au chapitre 7 : « Quelques-uns ne comprenant pa5

FOI OiaVlUCS I)K CONTUOVERSK. - OI'ISG. DlVKIlS. -V. DI5CULUS Df: LA JLr>TII ICATION.

lo vrai sens de Tn; ôlre, on co qu'il dit qiio l'IiomiiMM'.'il jusiilii' |),ir \:\ foi, snns kvs (i»iivrc^ <lo la loi, ont pcnsô (|ii(! la foi éUiit sjilli'«aiile sans lus œuvres: ce (ju'à Dieu ne plaise (|Uo ce vaisseau (réieclion yailj.iniais pensé. » Kl au Iavkc </<• l<i nature et de /a f/rdcf, cliapilre (')'.) : n Piii>(|ui' iiouscrcjyons fermemeiil, (|Ui' Uieu t'Maiit juste (!l bon, il ne peut coiiituaiider cliosc; impossible, nous sommes avertis de co (piu. nous devons faire en choses faciles, et «le ce «pu; nous lui devons demander en choses (hlliciles, car tout C!Sl rendu facile par la charité, à la(pi(dle lu joug do Jésus-Christ est léger. » Saint Jérôme (In Osec, c. iv) : « (/est la voix de tous les hôrétitpies, (pji déç(jivenl par doiices paroles cl disent (}ue l)i(!U ne demande de nous que la vérité de la foi, et ne so soucie pas (le nos (t'uvres, w Saint Cyrille (lib. x in Juan, xviii) : «(Jue la foi seule ne sulliso pas à salut, môme le disciple de Christ nous l'enseigne, (\v\i dit, » etc., où il allègue le verset 19 du n* chapitre de saint Jacques. Saint Chrysostome ( hom. 30 in Juan.) ^ sur ce verset : Qui cruil au Vils a la vie éternelle {Juan, m, 30), |)rouve par l'Ecrilurc, « qu'il faut avoir les œuvres [»our ôlre sauvé. » Saint Augustin (lib. xv, De Trinitate, c. 18) : (|uc « la foi peut bien être sans la charité, mais ne peut pas être uli)e sans la charité. » Kl au Livre de la fui et des œuvres, cliap. li, il traile fort cette matière, et nolanmient explique le dire de saint Paul aux Komains, des œuvres qui précèdent la foi, sans lesquelles l'homme est justifié, et non pas des œuvres qui sont exercées en l'état de justice. Ce qu'il déduit encore ailleurs [dus amplement (tom. IV, I. LXXXIJI QQ., 7), expliquant saint Paul par saint Jacques , ainsi que fait l'Kglise , et réitérant la même distinction des œuvres qui |)récèdent la justification première, sans lesquelles Thomute est justifié par la foi selon le dire de saint Paul, et des œuvres qui suivent cette justification, et proi.èden'. de la foi et de la grâce qui est reçue, lesquelles il tient, selon le dire de saint Jacques, être nécessaires à conserver et accroître l'homme en justice. Et au livre ii cuntre Julien : « La justification en cette vie nous est conférée (lar ces trois moyens ; premièrement, par le baptême, auquel les péchés sont remis ; secondement, par le combat qui nous reste contre les vices, des(]uels la coulj)e a été efTacée ; troisièmement, parla prière (juolidienne, en laquelle nous disons et obtenons que nos fléchés soient pardonnes comme nous j)ardonnons à ceux qui nous ont ollensés. » Où il est manifeste, comme saint Augustin dit, qu'anrès la première justification qui se fait par la foi et par le ba|)tême, l'homme est encore justifié ^c'est-à-iiire croît en grâce et en justice) parla prière et les exercices de vertu qu'il entre()rend j)0ur vaincre ces mauvaises habitudes qui lui sont restées de ses otTenses passées, effacées par le baptême.

XVI. Que pour ctilendre |doinemcnl ce qui est disioiirii en VEpiirr aux It'niuingi'.i nux (iiilntfs, et ju;<er coiiime d esi mai applujué parles ministres h renconliedesojuvresfaiies en foi et v.n grâce, il faut considérer le te.nps et le suj.-l de ces deux éplires. Car saint Paul écrit aux Homains, en \n naissance de rKvangile, ipie les apôtres publiaient deiJans le nnnde com[)Osé lors de deux sortes de peuj)livs, les uns Juifs et les autres gentils, lenjuels étant pleins d'ans et d'actions accomplies , ou dans le judaïsme, ou (lans le |)aganisnie, ils se rangeaient à l'Kgl'se et recevaient la foi iJa Messie (jui h.'ur était annoncée , au lieu que maintenant l'Ktal de la religion chrétienne est formé et composé de personnes qui n'ont jamais été sous autre loi dilférente, qui ont sucé la loi chrétienne avec le lait, rpii oui entré dans l'Kglise par le baptême sitôt que!les sont entrées au monde par la naissaïute, et qui sont douées de la foi avant dôire capables d'exercer aucune œuvre. Tellement que la foi est en elles première que l'usage des sens, et que la capacité d'exercer aucune action humaine, et toutes leurs œuvres peuvent être sous la conduite de la foi et de la grâce infuse par le baptême; au lieu que du temps des apôtres, le corps de l'Kglise se formait et se composait de personnes chargées d'ans et d'actions précédant la foi, qui n'avaient autre source que la nature corrompue et dépravée en elles par le péché.

Or l'intention de saint Paul est de représenter en ses premiers chapitres l'état auquel les hommes se présentaient à l'Evangile, pleins de crimes et d'oifenses, languissant au péché sans pouvoir de s'en retuer, esclaves de leurs passions, sans grâce et sans force (en vertu de la loi et de la nature), pour les vaincre et dompter et non l'état auciuel l'Evangile établissait les hommes, qui est bien différent du [iremier, et que saint Paul même désigne ailleurs (67), comme un état de rémission et d'abolition de nos crimes, de renouvellement de notre vie, de grâce, force et vigueur à réfréner nos concupiscences, et 5 nous exercer en bonnes œuvres; et eu somme de montrer à tous, tant Juifs que gentils, c'est-à-dire à ces deux peuples qui composaient le corps de l'Kglise, l'état au(}uel ils étaient avant l'Evangile ; comme ils avaient tiré le péché originel dès le ventre de leur mère; comme ce péché avait par sa contagion dépravé leurs inclinations; comme ils avaient accru cette corru[)tion [)ar leurs actions vicieuses et volontaires; et Comme l'état auquel ils vivaient et où ils avaient été élevés avant la foi, sou celui de nature pour les gentils, soit celui de la loi pour les Juifs, ne les avait pas retirés du péché, la loi donnant bien connaissance, mais non délivrance de rémission de» péchés; et que partant ils n'avaient pas apporté justice à l'Evangile, ains la tiraient d'icelui, ainsi que leur patriarche Abraham l'avait reçue par la foi, et non par la loi ju-

(07) / Cor. VI, Il : Ephes. v. 8 ; Col. i, 21, M.

803 O.UYRES COMPLETES DU

daïque; eux n'ayant pu apportera l'Evangile que le fardeau de leurs iniquités, lesquelles il dénombre au clia[)iire i" pour le regard des gentils, et au chapitre m pour le regard des Juifs.

Ce qui ne peut être transféré à l'état de l'Evangile, sans injure à Jésus-Christ, qui en est l'auteur et le fondement; sans préjudice à la foi, qui est la source des œuvres que les justes accomplissent en vertu de !a grâce qu'ils ont reçue , sans contradiction à l'Ecriture, qui ai)pelle les bonnes œuvres les fruits du Saint-Esprit, les dons de Dieu et les effets de la venue du Sauveur au monde ; et sans erreur en la lecture de saint Paul môme, qui a laissé en cette épître des marques assez expresses et visibles, pour nous faire voir que son discours est des œuvres avant la foi, et qu'il parle de ces deux iieuitles, en tant que Juifs et gentils, c'està-dire avant leur entrée en l'Eglise et en la foi, et qu'il conclut au chapitre m, verset 9, qu'il n'y a nulle prééminence au Juif pardessus le gentil, et que tous étaient en égale indisposition à la grâce de l'Evangile: ce qu'il répète encore au verset 21 où il recueille comme la fin de son discours, que tous ont péché et sont destitués de la gloire de Dieu , son intention principale étant de nous faire reconnaître l'état auquel la miséricorde de Dieu nous trouve, quand elle nous donne entrée en la grâce et en la juslice, et non l'état auquel ii nous laisse et établit, lorsque nous sommes résolus d'être et de vivre comme enfants de Dieu ; car lors nous sommes en un état autant différent du premier, que sa grandeur et sa bonté surpasse notre nature et misère.

Concluons donc de ce discours, que dire à ces peuples qui venaient lors à l'Evangile chargés d'ans et d'actions commises en l'état corrompu de leur nature, qu'ils ont été justiliés, non par les œuvres précédentes , ni par la force de la nature ni de la loi écrite, mais par la foi en Jésus-Christ, c'est le sens du Saint-Esprit, c'est la parole de saint Paul, c'est chose honorable h Jésus-Christ, qui les nettoie de leurs péchés et leur donne l'entrée en sa grâce. Mais dire maintenant à ceux qui ont la foi avant les œuvres , qui sont enfants de Dieu dès leur naissance, que le Fils de Dieu a lavé en son sang et qu'il a établi en grâce, en sainteté et en justice, que lorsqu'ils se laissent conduire au Saint- Esprit et qu'ils opèrent selon la foi et la grâce reçue, leurs œuvres sont inutiles à salut et ne les rendent pas plus justes et agréables devant Dieu , c'est la glose et le sens non du Saint-Es[)rit, mais des hérétiques ; c'est la parole non de saint Paul, mais (les ministres; et c'est chose déshonorable b Jésus-Christ qui nous a fait être ses enfants, qui nous apjtelle ses membres, qui nous anime de son Esprit et nous donne la grâce, la force et la vigueur de nous exercer en bonnes œuvres : où nous découvrons en nos adversaires un abus manifeste de TEcriture, en ce qu'ils transfèrent aux œuvres faites en fol et en grâce ce qu'elle dit des œuvres

CARDINAL DE BERULLE

faites avant la giâce et la foi, et en ce qu'ils appliquent à l'état de justice et aux actions qui en |)rocèdent, ce qu'elle dit de l'état de nature et des actions qui précèdent la justification de Thomme, aimant mieux jeter de la poudre aux yeux des simples par quelques textes mal entendus, que de recevoir la clarté de cette distinction, en laquelle nous conservons l'accord et l'harmonie des divers lieux de l'Ecriture, qui n'est [-as moins am|)le et ex*icte à honorer les œuvres faites en foi et en grâce, qu'à déprimer les œuvres faites auparavant la foi, et qui n'ont autre source et origine que la nature dépravée et contaminée par le péché, pour ne pas donner moins de pouvoir à la grâce du Messie qu'à la corruption de notre premier père.

X\'ll. Quant à VEpître aux Galates , elle parle de la loi de Moïse et non pas de la loi de (Christ, que saint Paul {I Cor. vi) même constitue comme un corps différent de la loi judaï(]ue, qui est appelée simplement loi. Car il j^arle de la loi qui est venue quatre cent trente ans après Abraham, et qui a été ordonnée par les anges en la main du médiateur, c'est-à-dire Moïse (selon la glose de Genève), jusqu'à ce que la semence vînt, au regard de laquelle la promesse était faite, c'est-à-dire Jésus-Christ , et sous laquelle les Juifs (selon l'apostille de Genève) étaient gardés et enclos devant que la loi vint, sous l'attente de la foi qui devait être révélée. Donc elle [)aile d'une loi qui précédait le temps et la venue du Sauveur en terre, et l'établissement de la loi chrétienne. Et il est évident que l'Apôtre dispute contre l'erreur de ceux qui induisaient et qui enseignaient aux Galates ce qu'il n'avait voulu enseigner en Anlioche, sel Jii les Actes (c. xv, 5), que l'on ne pouvait être sauvé si on ne gardait la loi de Moïse, comme si cette loi faisait partie de la loi chrétienne, ou comme si elle avait la puissance et la force de sauver ceux qui l'observaient ; et que saint Paul enseigne ici aux Galates, le même qui fut résolu au concile des apôires, et que lui-même dit à ceux d'Antioche en ces termes : Frères , sachez que par Jésus-Christ vous est annoncée la rémission des péchés, et de tout ce que de quoi vous navez pu être justifiés par la loi de Moise : quiconque croit est justi/iéparicehii. {Act. xiii, 38.) Ôr,outre la loi de Moïse, y ayant une loi chrétienne de laquelle saint Paul parle aux Galates (vi), sous laquelle il se dit être soumis, en termes aussi clairs comme il se dit n'être plus sous la loi, n'est-ce pas séduire les sim(>les sous un grand équivoque, d'attribuer à la loi chrétienne h même impuissance et imbécillité que l'Ecriture donne à la loi judaïque, lorsqu'on l'abolissait jiour lui substituer la loi de Christ? Et n'est-ce pas vouloir ensevelir et abolir la loi chrétienne par les mêmes voies que les apôtres ont employées pour ensevelir la loi de Moïse ? Disons donc qu'il y a deux sortes de loi, l'une de Christ, et l'autre de Moïse , et que saint Paul parle de celle-ci, cl non de la [»remière, quand il

805 OKUVRES DE CONTROYKRSK. — OPUSC. DIVERS. -VI, AUTORITE DE LTGUSE. 80a

(lit en ses 61 îlies (|uc la loi ii'/i poinl eu la force (le jiisiilicr les peuples ; (ju'il y « daux sorU's (le loi, l'une uiorle (cotniiie (Jil suiiil Jnc(|ues), et l';iiilte vive et o|éraiile (lar cliarilé, aiij (inlntrs (y), cl (juc saiiil Paul parle (le celle-ci, quand il dii (|ue la foi juslilie; qu'il y n deux soiles d'd'uvieï; , les unes procédant do la vie de l'Ksprit, qui est la chanté, et les autres ijui^ saint l*aiil appelle (Duvres mortes (ilehr. vi. 1), c'csl-à-diro accomplies en l'rlalde péché, »|ui est la mort de l'Ame, et avant dYlre reçu en grAix' et en justice, et que rivrilure parU» de ces (imivres-ci , quanti elle dit que l'huimne ji'tst pas jitsdfit' par les centres. {(îulat. 11, Ki.) Kt en somme (|u'il y a deux sortes de jusliticatioii, l'une en laiiuelle l'âme est retirée de l'étal du péclié et mise de nouveau en grâce et en justice , et l'autre en K'Kiuelle rame croit et se conserve en cette grêlée et justice première, en l'Apocalypse, (c. xxii.) Kl (jue saint Paul parle de la pr(Miiière, (]uaiid il dit que l'homme est juslilié par la foi sans les œuvres ; car ce (}ui précède la grâce et no procède (jue de la nature est inutile au salut. Kl saint Jacques parle de la seconde, (juami il dit (jue l'homme est juslilié non-seulement par la foi , mais aussi par les œuvres : car tout ce qui vient de l'esprit de Dieu et ce (|ui est fait en foi et en gr<\<e, nous rend [ilus justes et })lus agréables devant celle suiirôme el divine Majeslé.

VI. De l'autorité, infaillibilité et perpé TLiTÉ DE l'Eglise.

A un catholique un peu ébranlé en la foi (68).

Il faut être soigneux de s'éclaircir, de rechercher la grâce et la lumière du ciel, et d'apprendre les voies que le Fils de Dieu (qui est la vie, la voie et la vérité) a étatjlies au monde pour nous sauver el pour nous résoudre el éclaircir en nos doutes et dilficullés. Car comme sa bonté intinie l'a induil h racheter le monde du («éché, sa providence aussi l'a induil à établir dedans le monde UH'^ autorité visible et permanente, <i laquelle nous pussions tous en lout temps avoir recours pour apprendre les voies du salut. C'est son Kglise qu'il a lavée lui-njôme de son sang, qu'il a instruite de sa parole, qu'il a douée de sa grâce, (lu'il a animée de son esprit, qu'il a fondée et bâiie il y a seize cents ans, {)our durer à jamais, sans que les portes de l'enfer puissent jamais avoir aucune puissance sur icelle (Matth. xvi, 17-20j; Eglise que son apôtre saint Paul appelle à celle occasion colonne el firmament de vérité.(72'im. iii,1o.)Si donc vous avez quelque ébranlement, appuyez vous sur ce lirmament, écouliez et consultez les pasteurs et docteurs que Jésus a donnés à son Eglise en tous siècles; car le luô.he apôtre nous assure qu'il Jes a donnés alin que nous no soyons |)as floilanls à loul vent de doctrine. {Ephes. iv, U.)

Ne couliez pas une chose si précieuse comme votre âme , cl si importante (Ommo voire foi et salut , ft um; troupe de gens inconnus cpii viennent troubler le monde et l'Eglise en nos jours, comme d'autres avant eux sont venus la Irtjiibler en cha<pie .siè( le, selon (pie nous voyons dans l'histoire. Ils empruiilont leurs mômes prétextes , et souvent leurs mêmes erreurs, et ne méritent pas de vous plus de croyance que ceux-là cpii les ont devancés, cpii ont été hérétiques en leur temps, c:omme ils le sfjiit au nôtre, et lescjuels ils condamnent eux-mêmes comme nous. Co discours serait trop long pour moi , el vous sera plus utilement représenté par d'autres. Je nie contenterai de vous clire cjue ces gens nouvellement venus sont sans autorité el commission de la part de Jésus, (pii est l'auteur du salut, il a trop aimé le monde (pour lequel il a daigné mourir) pour lui envoyer si lard un si jiauvre secours, el pour y ressusciter son Eglise douze cents ans après qu'ils la croient périe et ruinée sur la fai e (Je la terre. Il a trop aimé son Eglise pour l'abandonner un si long temps, et puis la relever par des voies si luibles, si éloignées de son esprit , et ([ui ont si peu de marcjue de sa gr4ndeur, de sa puissance et autorité.

11 n'était question jadis qire de tirer un peuple d'un |iays à un autre, d'une terre à une autre, le peuple juil de l'Egyj.te, et il choisit un Moïse si exlraordinairement, qu'il le rend un Dieu sur la terre , comme il dit lui-même, et met en sa main et en sa vergo une si grande [luissance ; et pour conduire les fidèles de la terre au ciel, pour rédiraer son peuple de la captivité, non de Pharaon , mais de l'Antéchrist, ainsi qu'ils disent en leurs prêches , pour ressusciter au monde l'Eglise de Jésus, périe el dissipée y adoube cents ans, contre ses promesses ex()resses ; ces gens sont sans autorité de la part de Jésus, comme si Dieu (lequel ils disent les envoyer pour des effets si grands et ^i divins) avait oublié à les pourvoir d'une autorité légitime et à leur donner les marques du ciel, qui ont toujours accom[)agné ceux qui ont été envoyés de sa part. A la vérité ce serait une grande témérité de croire et d'écouter ces nouveaux pasteurs, avec si peu de fondement et de commission en chose si importante, et n'y a aucune affaire temporelle, en laquelle nous voulussions procéder si légèrement et marcher ainsi à crédit.

Que si vous me permettez d'entrer plus avant avec vous en discours de la foi, je vous supplierai de tirer prolil de ce domm;ige et lumière de ces doutes , et de reconnaître et renouveler en voire âuie les premières semences de la religion, par sérieuses pensées, par lectures choisies, par communication de personnes capables, qui vous lassent voir : 1° Que celui qui a fait le ciel el la terre que nous voyons, a établi aussi une loi dans la terre que'nous devons écouler, une auio-

(C8) Celait une lettre dont le commencement n'est pa.<! ici inséré, eomme n'étant d'aucune iiu. poriaïae pour le sujel.

«jO-j OEUVRES COMPLETES DU

rite quo nous devons ouïr, et une religion que nous devons suivre, pour lui rendre nioniiuage qui lui est dû comme souverain Seigneur de l'univers. 2° Que, par sa providence, il veut conserver cette religion sienne, tandis qu'il conservera la terre, et qu'il y aura sur la terre des hommes créés pour le ciel, car il a soin de son service; et puisqu'il daigne avoir soin des moucherons de la terre et les pourvoir, il aura soin de tant d'âmes immortelles, et ne leur manquera pas en ce qui concerne leur éternité. 3" Qu'étant Chrétiens, comme nous sommes, nous n'avons qu'à rechercher et reconnaître en i'élat de la religion chrétienne l'Eglise de Jésus visible et permanente à jamais , dans laquelle et par laquelle il veut que sa loi soit conservée; que les fidèles soient instruits et baptisés; que son peuple soit légitimement gouverné par les pasteurs établis de sa part , et soient assurément conduits parmi les orages de cette vie au port de la vie éternelle. 4° Que les propositions de ces nouveaux docteurs nous les doivent même rendre suspects : car si l'Eglise visible que Jésus a édifiée lui-même est périe , comme ils disent en leur confession de foi, que devons-nous attendre de la leur, qui n'est pas bâtie de meilleure main que celle de Jésus , qui n'a pas de meilleurs ouvriers aue les

CARDINAL DE RERULLE.

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