OPUSCULES DIVERS CONTRE LES HERETIQUES
I. CONTRE l'esprit PARTICULIER ET INDÉPEN- DANT DE l'hérésie.
Si Jésus-Christ lui-même n'a rien enseigne' à l'Eglise que ce qu'il a appris de son Père, et si ses lumières sont dépendantes d autrui, il est nécessaire que les lumières des Chrétiens soient dépendantes de l'Eglise, et qu'ils se gardent de vouloir conduire leur foi par eux-mêmes.
La dépendance est tellement de l'essence ries Chrétiens, des enfants de Dieu et de l'Eglise, que l'auteur même de cette Eglise, qui est Jésus-Christ, prend d'autrui et non de soi-même, son essence, sa vie et sa connaissance, et puise au sein du Père, in sinu Palris, ce qu'il nous manife^te et révèle, l'niyenitus qui est in sinu Patris, ipse enarravit nabis. { Joan. \, 18. ) Et tu veux j.'uiser en ton sens, en ton discernement particulier, et non |)as au sens d'autrui , de tes jières et pasteurs, et de l'Eglise ta mère, la connaissance des ciioses de la foi et de ton salut ; car il est à i)rop(js de remarquer que, dans l'Ecriture, l'Eglise est appelée le royaume du Fils, et non pas le royaume du Pè"re : c'est l'état de la gloire qui porte cette qualité, en laquelle un chacun portera en soi-même la source de toute lumière, la vision divine, l'essence divine , et trouvera en son sein le sein du Père, pour en tirer la vie, Taliment et la gloire. Mais l'Eglise en laquelle nous devons puiser d'autrui, et apprendre d'autrui les choses de salut, a pour auteur non le Père, mais le Fils qui i)rocède du Père et qui tire du Père , et qui n'a lien qu'il n'ait reçu du Père , non de soi; aQn que ses enfants et disciples en son Eglise adorent cette divine et adorable procession, qui le fait et constitue enfant unique de Dieu en la divinité, et qui est rexemi)laire et l'origine de cet état de Dieu en son Eglise , et ne présument pas, en la conduite de leur foi, ni se fonder sur euxmêmes, car elle doit être ainsi [xocédante et dépendante de son Eglise. Quoi l le Fils uniijue de Dieu, le chef, l'auteur et le fondement de l'Eglise , tire sa lumière et connaissance d'autrui l et toi qui n'es qu'un enfant adopté, voire un esclave et serviteur du péché, lu refuses le joug et la discipline et lu veux puiser en toi-même et en ton
sens particulier les choses de ton salut, et les secrets de la divinité, que le Fils même ap[)rend d'autrui pour te les apprendre, et puise dans le sein de son Père : Unigenitus qui est in sinu Patris, ipse enarravit nobis 1
11. A UNE DAME NOUVELLEMENT CONVERTIE, ET INQUIÉTÉE PAR LES MINISTRES, LUI FAISANT DIVERSES DEMANDES SUR PLUSIEURS POINTS DE LA RELIGION.
Pour satisfaire au ministre qui demande des textes de l'Ecriture oii il soit parlé de la transsubstantiation , vlu sacrifice de la messe, eic, il le faut prier de marquer semblablement : 1° un passage qui commande de baptiser les petits enfants; ce que l'Eglise réformée de ce siècle des anabaptistes en Hollande, trouve ridicule et contraire à la pure parole de Dieu. Cela vous importe, car VOUS n'avez été baptisée qu'en bas âge , et vous n'êtes point marquée du sceau de Jésus-Chriot, si ce baptême n'est pas valable et commandé en l'Ecriture.
2° Un passage qui permette de travailler le samedi contre la loi expresse du Décalogue, loi éternelle, ce dit l'Ecriture, et qui commande de se reposer le dimanche, qui est l'unique fêle de l'Eglise, laquelle toutefois ne se trouve point commandée en l'Ecriture.
3" Un passage qui commande de faire le sacrement du corps de Notre-Seigneur Jésus, car là même on lui montrera le sacrifice selon l'usage et intelligence de l'Elglise ancienne et universelle depuis seize cents ans.
k° Un passage qui dise que l'Eglise visible de Dieu sera en ruine et désolation, et sera dressée de nouveau par des gens suscités d'une façon extraordinaire. Car l'Ecriture fait mention de plusieurs hérétiques et faux prophètes (jui doivent venir, et nulle part, de ces restaurateurs de l'Eglise de Dieu.
5° Un passage qui dise, que quand Notre- Seigneur disait : Ceci est mon corps, il entendait : Ceci n'est que la figure de mon corps.
6" Un passage qui dise qu'en la cène, le corps de Jésus n'étant qu'au ciel, le tidèle iiiauge néanmoins le corps de Jésus par In lui.
777 «*;lvRKSI)ECO«TROVEUSE.-OI»USC. DIVERS. -III, INSTITITION DE LA MISSE
7° Un passnge qui dise que rhnrun des fid(''les a le Saml-Ksprit en son nnir, non pour le sniiclilior, ninis pour le faire discerruT et reconnaître nn livre c.inoni(|uo d'nvec un livre bon cl utile, ninis non de pareille autorité; car c'est l'article'» do la confession de foi, contraire h l'expcrienco des lldùlcs de votre Fglise , qui apprcnnenl cela de vos ministres en leurs discours , et non du Saint-Ksprit en leurs c(i'ur> ; et il n'y a au( un texte en rKcrilure, (jui proineile aux lidèles ce discerneuient , et (}ui couiniainle de s'y fier et assurer.
8" l'n passage (jui prescrive le canon des livres canoni(iu<*s, tlressi^ par votre Kgli>e. <]ar s'ils le vous font croire [mr leur article 3 de leur confession do foi, et s'il n'est prescrit en rKcrilure, ils vous font croire quelque chose ^ans rEcrituro, après vous avoir obligé .'i ne rien croire, ni déférer h aucune autre autorité qu'.'i celle de l'Kcriture.
9" Qu'ils vous font croire h l'Kcriture, j>ar une aulre autorité que celle de l'Kcriture; et toutefois ils vous obligent à ne croire qu'à ce qui est écrit. Ils vous font donc euxmêmes violer et votre serment, et votre foi, VI leur enseignement.
10° A laquelle Kglise de Dieu il se fall;)il adresser il y a cent ans devant la naissance de Calvinpour se sauver ; et entre les Kglises [)réiendues réformées do ce siècle, à laquelle il se faut adresser.
Car en la môme manière que le ministre montrera ces choses élre en l'Ecriture, et qu'il satisfera à toutes ces demandes , on lui montrera aussi en rKcriture ce qu'il a demandé. Oue s'il croit en l'Ecriture ce qui lui plaît, et ce qui ne lui plaît pas, il ne le croit pas; ne croit-il pas plutôt à soimême qu à l'Ecriture?
)II. Du NOM ET DE l'iNSTITLTION DU SAChiriCE DE LA MESSE, ET DES CÉRÉMONIES QUI s'y OBSERVENT, CONTRE LES UÉUÉTIQUES DE CE TEMPS.
Pour satisfaire à l'imagination des adversaires qui s'olleusenl de ne trouver [Hjinl ie ujol de messe en l'Ecriture, et (jui ensuite en rejettent également et le nom, et l'institution, et le formulaire, je dis: 1° Que le Sauveur n'a imposé aucun non» h cette action religieuse et sacrée, i)ar laquelle il a institué ce haut et divin mystère, laissant à l'Eglise qui doit former la voix de ses enfants, comme étant leur mère, de leur apprendre les noms qu'elle jugerait convenarles à cette institution, comme si ce môme Dieu qui vient sauver le monde par sa bonté, après l'avoir créé [lar sa puissance, voulait observer la même méthode qu'il observa alors. Et comme en la création il voulut, que non lui, mais Adam, im[>osâl les noms aux créatures que cet homme n'avait point formées, et qui n'étaient en êire que ]>ar sa seule puissance ; qu'ainsi son Eglise im[)0sûl elle-même les noms aux mystères , que lui et non aulre lui enseigne , ou qu'il institue lui-même; cl que comme &es mystères n'ont point d'autre origine
OEUVUES CO4IPI. D!- UE I'.É:ULLE.
on l'usage et en la créance des fidèle» , que la révélation et iiisliiution divine ; ainsi ils n'eussent aucune autre dénomination en la bouche et au langage des hommes, que selon rordoiinance et décision de 1 Eglise, (ju'il a plu h Dieu douer d'autorité, de sapience et de lumière, |)Our instruire ses enfants de ses secrets, et pour les exposer et nommer selon leur vraie nature et condition. Or, l'Eglise qui a reçu du Seigneur ce mystère, et n'a reçu de lui aucun nom pour l'exprimer, étant de besoin do lui appro|)rier (piolque terme, elle lui a imposé divers noms, selon l'autorité et la safiience (ju'elle a reçues de Dieu; et les a fondés ou es diverses excellences et [»erfections qu'elle a reconnues en cette institution; ou es divers u>ages et effets auxquels ce mystère est destiné; ou bien es circonstances esquellcs il a été ou spirituellement institué, ou ordinairement célébré, .\insi elle raftjiello sacrement, en tant f}u'elle y trouve le pain du ciel et la vraie viande des hommes; elle ra|>[>elle sacrifice, en tant qu'il rend l'hostie du genre humain [)résente devant Dieu , c'est-à-dire ce cor[)S qui est livré pour nous, ce sang qui est répandu pour nous ; elle l'appelle Eucharistie, en tant qu'elle y reçoit non-seulement la grâce comme es autres sacrements , mais l'auteur même de la grâce; elle l'appelle communion, en tant que ce corps et ce sang précieux sont le ciment et la liaison des peuples, non-seulement entre eux-môme, mais aussi avec Dieu ; et généralcmei.t l'Eglise occidentale lui a donné le nom de messe (et l'Eglise orientale le nom de litur- (jie) en Vmi que les doraestiiiues de la foi y étaient séparés des étrangers, c'est-à-dire de ceux qui étaient bien admis à ouïr la parole, mais n'étaient pas estimés dignes de voir ce mystère, lequel était l'aliment princifial et ordinaire qui assemblait les fidèles en l'Eglise, pour rendre chaque jour hommage à leur Dieu présent en l'Euciiaristie, j>our y louer et invoquer son saint nom.
2" Que, comme l'Eglise n'a reçu aucun nom de ce mystère, aussi n'a-t-elie eu, ni du Sauveur en l'Evangile, ni des apôtres en leurs épîlres, aucun ordre et formulaire institué [)Our la célébration d'icelui. Sur (juoi il est à pro|>os de considérer que le Seigneur, s'étanlcontenté d'instituer les autres sacrements, sans les célébrer lui-même, a voulu réserver cette prérogativi à la dignité et [irééminence de ce mystère, que de le célébrer et accomplir avec lei apôtres avant son départ de ce monde. 1
3' Que le célébrant lui-même, soit en Emmaùs, soit au cénacle de Jérusalem, ii l'a voulu faire en une forme toute particulière, à ce que son autorité et sa puissance étant tout autres que cellede l'Eglise, l'usageaussi et la forme en lAt aucunement différente.
\° Que lorsque le Seigneur a célébré luimême ce mystère, il lui donne plus de poids et de force par sa seule présence visible en ro|>ération d'icelui, et par son autorité et puissance, à •ouch'^r les cœurs comme il laj
plaît; quel'Eglise ne peut faire rendre d'homninge et d'iionneurau saint Sacrement |)ar aucune observance et conslituticjn extérieure.
5° Que le Fils de Dieu est supérieur aux mystères, et les baille en cette qualité, car il en est l'auteur ; au lieu que l'Kglise leur étant inférieure , doit considérer leur nature et condition, jiour les traiter selon leur grandeur, et [)0ur les administrer selon leur vraie fin, et ne doit pas attenter de suivre précisément la forme et la procédure du Sauveur, laquelle est souvent élevée et extraordinaire selon sa puissance suprême, alTeclée aux |)rérogatives de sa personne, et s.ur{)assant du tout l'état, le pouvoir et la condition de l'Eglise.
6° Que comme le Sauveur a baptisé, non en l'eau et en la forme de l'Eglise, mais en feu et au Saint-Esprit; aussi a-t-il dû célébrer ce mystère en une forme toute divine, toute fiarliculière et extraordinaire. Car aussi entrait-il lors en l'exécution d'un office incommunicable à aucune autre créature, et il était en une fonction du tout divine et particulière, imposant tin f\ a vieille loi, et commençant la nouvelle
T Que d'abondant, Jésus-Chri.^t a voulu que cette sainte, sacrée et mystérieuse action fût la dernière de sa vie et de sa liberté; fût comme l'adieu de ses a[)ôtres, et entrée de sa mort ; car à l'issue de cette cène, on ne le trouve plus qu'entre les Juifs, les soldais, les larrons et les bourreaux. Donc ayant eu ce soir à faire un abrégé de jilusieurs merveilles, à accomplir de très-grandes actions, à donner des institutions très-salutaires, à laisser de trèsrares exemples d'une vertu singulière , et à enclore tant de mystérieuses actions dans la circonférence d'une [)etite heure , Nondum venithora mea {Joan. ii, k), qu'il ap[)elle sienne en saint Jean à cette occasion. Ce mystère se trouve accompagné, en sa première institution, de plusieurs circonstances toutes particulières, qui ne doivent être imitées par après, et qui sont plus atfectées au temps et aux autres actions que b; Seigneur accom[)iissait lors, que non pas à l'état de ce mystère, lequel étant seul livré à l'Eglise pour durer jusqu'à la On du monde, elle a dû en considérer la nature et la condition, et a[)prendre de là quel était l'ordre et le formulaire qu'elle devait prescrire et ordonner en la continuation et célébration ordinaire d'icelui.
8" Que même nos adversaires imitent aussi peu, voire moins que l'Eglise, les circonstances de cette sainte institution; car le Seigneur l'a faite assis, en un soir et après souper ; et eux la font debout, en un matin et à jeun. Il n'y a admis que les ai)ôtres seuls, et non ses discii)les: il n'y a reçu que des homuies , et non les femmes, non pas même sa Mère, ni les femmes dévotes qui le suivaient et servaient journellement ; ei eux y reçoivent, non-seulement les pasteurs de l'Eglise, mais aussi tous les fidèles de l'un et l'autre sexe indifléremment. Il a joint cette institution à l'agneau pascal , et
h un lavement de pieds, comme à un préparatif nécessaire ; et a fini cette cène («ar un bymne et cantique, que 1rs mini.-tres tiennent être le cantique ordinaire qui se chantait selon la coutume des Juifs, après la célébration de la [laque ; comme si le Fils de Dieu eût voulu non-seulement communier, mais aussi enclore ce mystère dans les formes et cérémonies judaïques; et eux ne pratiquent aucune de ces particularités. Il a pris du pain sans levain, le tenant entre ses mains, il l'a béni, et a rendu grâces à Dieu son Père, et sur ce i)ain a prononcé ces paroles : Ceci est mon corps. (3/af//i.xx,vi,26.) Etlesminisliesaimant mieux se rendre dissemblables à l'Eglise, que semblables à Jésus-Christ, usent de pain levé, contre la forme de l'Eglise dans laquelle ils vivent, ne bénissent point le pain de la cène, n'y observent point cette action de grâces, et ne croient pas que ce soit le corps du Seigneur contre la clarté de sa {)arole : bref, ils commencent cette action par une excommunication, au lieu que le Sauveur n'y excommunie personne, et n'en exclut pas même Judas ; et ils ôtent le lavement des pieds, qui n'a son origine qu'en Jésus-Christ seul, (jui est pratiqué à la fin de la cène commune, et à l'entrée d'icelle sainte cène, comme faisant partie de co mystère, et comme étant un préparatif nécessaire, qui semble même commandé de lui en termes assez exprès, à ce qu'il apparaisse, comme ils prennent celte licence d'ôtcr et d'ajouter à ccile action de Jésus- Christ, ce que bon leur semble, et comme eux, qui ne sont que particuliers venus à la fin des siècles, quinze cents ans après en un un coin du monde, ils usurpent cette autorité, de juger ce qu'il faut omettre ou ajouter en cette action de Jésus-Christ, a[)rès avoir ravi cette puissance à l'Eglise ancienne et universelle.
9. Que laissant ces expositions particulières, et considérant le narré des évangélistes, il appert y avoir, en cette sainte action de Jésus , des circonstances dont les unes doivent être omises et les autres conservées ; que ce discernement n'étant point fait dans la parole de Dieu, il ne peut être mieux prescrit que par l'autorité publique, ni mieux api:ris que de l'Eglise ancienne et universelle; que, selon ce discernement, ce qui nous reste de l'action de Jésus n'est précisément que l'essence du mystère et le commandement de le pratiquer, et non l'ordre et le formulaire qui y doit être observé, comme aussi l'a remarqué saint Augustin en l'épître 118. Tellement que nous avons le mystère de Jésus et de l'Eglise, la forme commune et universelle de le célébrer entre les peuides. Tenons doncinviolableraent ce mystère que nos adversaires violent en sa nature et en son essence, et gardons fermement l'ordre et la forme usitée par l'univers, et instituée de ceux que le Sauveur a commis pour dispensateurs de ses mystères , n'imitant plus les esprits contentieux de ce siècle, qui se rendent sacrilèges c^ l'un et rebelles en l'autre.
781 OEUVRES DE CONTROVERSE. —OPLSC. I>IVi;US. - III. INSTITUTION DE LA MESSE. 7X2
10. Que l'Kgliso ne r oconnnll plus do socrilices .sati^lnnis, ni cii ce mystère, ni eci auciiii au'.ie point des in>liliiii()iis clirétieiiiios, d'«ut«iil (jiiy l'tHal du Nouveau Teslanieiil c.sl si excellent et si paif.iil ipi'il ne reçoit plus autre victime que Jésus-(;hri>l, leijuel étant mort une fois ne meurt plus, et no s'est olFerl (lu'unc lois de cotte sorte d'action (jui a \t()v\é consé(|uonce de mort et d'elFusion de son sang jjors de son corps et de ses veines. Joint <|ue le sacrilice sanglant de la croix étant l'exemplaire cl le sujet préfiguré des sacrilircs sanglants (jue l'on a rendus au vrai Dieu en la loi de nature et de Moise, comme leur usage a commencé (juaml et (|uand le uionile , et dès l'origine de la foi en ce Messie ipii voulait uuMirir pour son peuple; aussi était-il raisonnable qu'ils fussent terminés en ce corps et en celte vérilé dont ils étaient les ombres, les signes et les tigures, et que leur cours et durée ne continuel point plus outre (pie le temps auquel l'uiM<iue oblalion sanglante du Fils de Dieu a été acconqdie. D'où vient (jue maintenant toutes ces elfusion-. de sang sont cessées, comme propres à l'élat précédent, et })ré(it^urant par ces sacrilices et sacrements le grand et unique sacrilice de rédeiuftiion qui est fait en la croix. Tellement que ce n'est })as merveille, si toute la loi était pleine de sang avant le sang répandu do Jésus-Christ, et si ce n'était qu effusion de sang en la Synagogue, soit à l'entrée d'icelle, qui se faisait par une circoncision sanglante, soit au service solennel qu'elle rendait h Dieu [)ar les sacrilices sanglants de la loi judaïque. Au lieu (jue maintenant l'Kglise chrétienne est toute pure, toute monde, et toute autre en son service, et n'a plus de sang épandu, ni en son bafilôme qui lui lient lieu de circoncision, ni en son autel qui a succédé à l'autel judaïque, c'est-à-dire en l'Agneau do Dieu et en la victime qui y est rendue présente. Sur quoi il est à propos de considérer (jue, comme l'élat ei la nature [)arliculière des sacrements est changée, les sacrements demeurant en l'une el en l'autre loi, ainsi la condition j)articulière el la forme du sacrilice est différente, le saeritice demeurant en sa nature générale commun à l'une et à l'autre loi, comme en toute loi l'obligation est égale d'adorer Dieu et de le servir d'un culte externe de latrie el d'honneur souverain. Mais comme c'était le glaive qui faisait la circoncision, et maintenant c'est la parole de Dieu qui fait le baptême, l'un et l'autre étant vrai sacrement, ainsi c'était le glaive qui faisait le sacrilice de la loi, el maintenant c'est la parole de Dieu qui fait le sacrifice de l'Eglise (l'un et l'autre étant vrai et [)ro[tre sacriQce), c'est-à-dire cette parole loule-puissanle du Verbe : Ceci est mon corps, ceci est mon sang ( Matlh. xxvi, 26-28), laquelle étant plus tranchante que le glaive, ferait la séparation du sang d'avec le corps, si la divinité ne remi)êchait par le privilège de l'iramorialité , à raison de la-
«juelle cette [)arole divine a bien puissance do faire (pie le Fils et l'Agneau do Dieu soit fiiis et offert en l'autel, mais non (pi'il soit occis en icelui, et (pie son sang soit séparé de son corps et de ses voines. Kn quoi il semble être proprement et vraiment notre Isaac, (pie Dieu le l'ère voulut bien Atre mis et oilerl sur l'autel, mais rempôc a d'y être occis et immolé.
ll.Quecomme nos adversaires ont une vue assez pénétrante pour voir en cette action de Jésus-Christ un vrai sacrement, bien (juo m le Sauveur en l'Fvangile, ni les ajHitres en leurs éj'llres ne lui aient fioint donné ce nom; et encore qu'ils ne seraient fondés que sur leur sens el discernement particulier, sans autre autorité en la parole écrite, ils ne font pas difli( ullé de le retenir et conserver en celle qualité avec l'Kglise. Ainsi loute l'antiquité a eu des yeux et de la lumière pour y remaniuer el'reconnaîtro d'abondant en ce mystère la nature, la propriété et les conditions d'un vrai sacrilice; et nous n'avons pas moins de raison et fondement de croire el suivre en cet article ces pères anciens et pasteurs vénérables de l'Eglise en sa Heur et en sa [tureté , que noi adversaires ont eu de les croire, ou de se croire eux-mêmes en l'autre. Car il est évident que l'Ecriture prédit en termes plus clairs une oblalion en l'Eglise chrétienne (63; que non pas un sacrement; que les figures du Messie ne l'obligent pas tant à I institution d'un sacrement que d'un sacrifice; que Jetai de religion qui est une allance et un traité perpétuel de Dieu avec les hommes jiar sa grâce, et des hommes avec Dieu par le service et honneur souverain qu'ils lui vouent, ne requiert pas moins de son instituteur des sacrifices que des sacrements , })our symbole externe de celte reconnaissance et assistance réciproque < que la raison pour laquelle les sacrifices ont été instiiués en la vieille loi, n'a jjas moins de lieu en la n 'uvelle que la cause pour laquelle les sacrements y ont été ordonnés et continués; que la sainte Ecriture nous représente plus clairement l'ordre el l'appareil d'un sacrifice que d'un sacrement , en 1 état du Nouveau Testament; que la nature de ce mystère ne reçoit {las moins la condition d'un sacrement que celle d'un sacrifice, et ses circonstances montrent autant l'intention^ du Sauveur à l'institution de l'un que de l'autre, et ses paroles donnent aussi bien la motion d'un sacrifice que celle d'un sacremont, étant aussi expresses à nous parler djune victime immolée ou à immoler, que d'une viande à manger; que généralement la nature de ce mystère peut également servir à la fin d'un sacrement et d'un sacrifice, et (pie, pour toutes ces considérations, cette sainte action de Jésus-Christ ayant été nommée el reconnue sacrifice, de ceux-là même qui nous ont seuls appris et enseigné de l'appeler sacrement, nous sommes liés d'une pareille el peut-être plus grande considéra-
(65) Malach. \, el Isa. xix, 19, -21,
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lion el obligation, de croire cl reconnaître en ce mystère l'une et l'autre qualité.