‹ Œuvres complètesChapitre 118 sur 540 · LETTRE AUX SUPÉRIEURS DE L'ORATOIRE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LETTRE AUX SUPÉRIEURS DE L'ORATOIRE DE JÉSUS

POUR LEUR ADRESSER LE MÉMORIAL DE QUELQUES POINTS SERVANT A LEUR DIRECTION.

I. Mes Pères, la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Un des œuvres de Dieu en nos jours est cette petite congrégation qu'il lui a plu établir en son Eglise, à laquelle il a daigné nous appeler tous, non pour être oiseux, mais pour être ouvriers travaillant à sa vigne ; non pour être attachés à nos intérêts, mais pour être attachés à sa croix ; non pour être a|ipliquésà choses basses et petites, mais pour être occupés à sa gloire ; non pour servir à nos desseins, mais pour servir à ses conseils, et nous rendre instruments de ses œuvres en la terre. A cet etfet, il nous convie par ses inspirations, et nous oblige par sa grâce et par sa vocation, à dépouiller le vieil homme, et nous revêtir iiu nouveau; à nous séparer de nous-mêmes, et nous liera son Fils unique Jésus- Christ Notre-Seigneur ; à vivre en la terre pour lui et non pour nous; et à y vivre aussi, non par notre es[)rii, mais par l'esprit de Jésus; renonçant incessamment à nos inclinations pour suivre les mouvements et la conduite de son esprit sur nous. Dieu par ses voies veut accomplir et perfectionner son œuvre en nous. 11 a commencé, il veut achever: Qu* cœpit opus, ipse per^ciel, consummabitque. Et si nous voulons (hé 1 qui ne le point vouloir) si nous voulons, nous aurons, dès à présent, le li re et i'etfet de cette grande [■arole d'uTi. grand At>ôtre : Nova creatura. {II Cor. v, 17.) Dès à présent nous avons pour noire esprit, ie nouvel esprit de Jésus; et nous entrons par cet esprit divin, en une société divine, intérieure et nouvelle. Société et avec lui-même, et avec son Père éternel, selon le souhait apostolique que le disciple bien-aimé nous imprime au cœur, et nous exprime en ces paroles: Societas nostra sit cum Pâtre et Filio Jesii Chrislo. [1 Joan. i, 3.)

11. Ces ()aroles sont grandes, mais les effets sont encore [)lus grands, et la puissance par laquelle ces effets doivent être accomplis en nous, surpasse incomparablement et ces jtaroles etces effets. Car c'est la puissance de Dieu même qui opère, et non la nôtre. Et «■'est la puissance de Dieu oj)érantepar son Fils propre, et non par aucun autre moindre que lui. El tous ces effets découlent d'une source si haute et si vive, comme le sacré mystère de l'Incarnation ; et ont leur origine en la divinité de l'Homme-Dieu, en l'humanité de

800 MF.MORIAL DE DIRF.CTION. 810

Dicii-Hommo, cil 1.1 <;nintol6 d'iino rie ImniniiK.'inonl ilivinc ot divinomont humaine, <iu iiK^rile irilini (l'iiii Dieu vivaril, ojxir.'int ol soulfrant sur la lorrc, en l'eiricnfo «le sa croix et do sfl mort, et en \i\ piiissnnciî de s;i gloire.

III. Ouo nous sotnincs coupahlos si nous anéantissons, si nous négligeons, si nous dinjinuuns ni^^iiie l.iiit soit peu chose si grande, si pnissanlc cl si diviiKî ! Pensons-}' l)ien, et pensons-y sonvonl, mes l*6r(!s : car c'est le dessein de Dieu en ce sien (euvre, et ce doit 6lie le nôtre, de nous l'aire saints parle Saint des saints, et par son esprit nous rendre [>roprcs h sanctifier les antres, fiar noire exemple et par nos labeurs; et c'est .'i quoi nous devons Ions travailler (idèlenienl et persévéraunnent, y employant nos soins, nos vœux et nos prières, et en un mut, tout l'usage de l'esjirii, de nature et de j^rAce, nu'il lui a jdu nous donner. Un chacun de nous le doit taire, hicn (jue diversement, cesl-à-dirc chacun selon sa portée, et selon la part (pii lui est donnée en ccl o-uvre; les nns erj |)rianl, les autres en travaillant; les uns en dirigeant [)rudcmrnenl, et les autres recevant hunihlement la direction ; car hien régir et (Mrc bien régi est un don singulier de Dieu; et est •jn don d'un môme esprit de Dieu, (]ui donnant aux uns la |)rudence et aux autres la docilité, aux uns l'aulorilé et aux autres rohéissance, donne souvent une pareille grâce aux Ames et aux conditions diirérentcs, et mùmo queliiuelbis donne une grAce ()lus abondante et plus élevée à ceux (jui sont régis, (pie non [las à ceux (}ui régissent, et ce par un conseil secret qui nous d(»it tous tenir eu humilité et en res[)ect mutuel les uns envers les autres ; les uns révérant la grâce cachée en ceux qui leur sont inférieurs, et les autres déférant à l'aulorilé de Dieu résidante en leurs supérieurs. Kt eux tous sont ainsi liumblementel divinement liés et subordonnés les uns aux autres, par l'eflicace d'un même esprit, qui est t(jujours lui-môme en la diversité des âmes, des dons et des opérations.

IV. Pour satisfaire h notre devoir et à la part qu'il a plu à Dieu de nous donner en sori sien œuvre, nous désirerions souvent visiter en[iersonne les âmes et les maisons qu'il lui a plu donner à Jésus-Christ Noire-Seigneur, et à la Vierge des vierges sa Irès-saintc Mère, en la congrégation. Mais il semble que celui qui nous imjiose ce devoir, et nous donne ce désir, y met lui-môme empôrhement d'ailleurs. Ce qui nous a obligé à rechercher quohjue autre voie pour satisfaire à mon devoir, et à recourir au papier, pour vous parler par icelui, puisque je ne puis vous voir et vous parler si souvent que je le voudrais. C'est pounjuoi j'ai employé quelques heures à dresser un mémorial de quelques points servant à la direction de ceux qui doivent avoir soin des maisons, pour suji[)léer parce moyen à mon défaut, et ftarler à vos esprits en icelui, lorsque je ne puis y parler moi-môme. Je vous l'envoie, et vous prie le considérer et l'observer exactement.

V. Et d'autant que je me vois inopinément engagé au voyage d'Angleterre pour quelques mois, et ce par un exprès commandement de Sa .Majesté, que je n'ai pas pu ni dû selon Dieu refuser. J'ai prié le P. Cibieuf (09) de satisfaire à tout en mon absence, soit [)ar sa lirudence, soit par les avis qu'il trouvera bon recevoir de moi, alin qu'il n'y ait aucun manquement à rien pour cet accident qui me sépare pour un temps de la Fiance. Je vous prie vous adresser en lui en mon abseni;e, et suivre ses rét»onses et avis comme si c'était moi-même. Car outre la lumière et la grâie qu'il a plu à Dieu lui donner, je sais qu'il a une humilité si profonde, une obéissance si parfaite, et une dépendance si grande de nous, qu'es choses plus importantes il nous en communiquera par les voies particulières que je lui ai déclarées ; ce que chacun de vous ne }>eul pas faire en un pays oiî les accès et habitudes sont très-dilliciles. Me sôiiarant de cor|)s je ne me sépare point d'esjjril, et je conserve un soin perpétuel de l'œuvre, et des âmes qu'il a [)lu à Dieu me commettre, et un désir de reiourner bientôt |>ar degh pour y servir Jésus-Christ >'olre-Seigneur, et sa très-sainte Mère en la manière et en la perfection qu'ils daignent désirer de nous. Je 6uis en eux, mes Pères, etc.

(C9) La congrégaiion de lOialoire s'éiant reposée sur les soins du défunt R. P. Gibieuf pour la première inipressiui) de ces œuvres, il en relrancba par modestie cet ariicle , où il es» parlé si dignement el si vériiablemeiil de lui, qu'il a éié bien jusle de le rétablir dans celle-ci.

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