CHAPITRE XXIL
L autoriié nous est donnée pour faire la charité, et nous devons fort peu commander. Comme Vélat et la société des personnes divines se termine en amour, ainsi doit-il être de l'état et de la société des personnes humaines. Le supérieur doit prendre repos en ta croix, et il faut que son mouvement soit d'autorité en charité. Imitation de la Trinité où il ny apoint d'autorité, et encore en l'unité et la liaison des personnes qui procèdent à leur principe.
En attendant que cette grâce, perfection et plénitude nous soit communiquée, et qu'elle supplée tous nos besoins et nous enseigne toutes choses comme une onction céleste, entre tous les avis qui peuvent être donnés, je dois insister à deux points principaux, qui en coraprennentet enseignent beaucoup (J 'autres. L'un est la charité, car, connue nous représentons l'autorité de Dieu sur les âmes (ju'il nous a commises et soumises, nous devons aussi avoir et [)orler son esi)rii, qui est esprit de charité : />cui" charitas est {I Joan. IV, 8), et nous devons traiter et supporter avec amour les âmes (jui se sont données à Dieu paramour, commandant fort peu, mais les induisant par exemple, par prières, par amour à leur devoir; et imitant ce \men\Qui hoc temperamcntum suce modestiœ solebat indicere, ut ne prœcipere videretur, (Pliml's.) Mais laissons ce profane: prenons une règle i»lus sûre et plus parfaite, et sui-
BIKMOIllAl. UE KIKKCTION.
vous un l'Iiis rart' oïempiniro et plus élevé ; CiilriMi> JaiiN la siibliiuilé de nos iiiysléres, uiilions en leur lurnii'Ti' v[ coïKJiiilo. \.a so- Icfiiiilé |»réscnle(lii Saint- Ksjiril, en la(|uellL' j'étris CCS choses, nous a|»|>r('n<l i|iii' les personnes divines lerniincnt ItMir élat, Umips |»rotlu(lions, leurs relations cl leur société en laniiuir ipii est la Iroisiètne personne, et est le ternie heureux de la Irès-saintc Trinité : aussi h-s personnes créées, connue adorant et iiuilnnt en leurs petites actions cl sociétés les ["crNonnes incréées, doivent terniiiuT leur état, leur conduite, leur opération, leur société en ciiariléet non en auloiilé; car nous n'avons pas autorité
tiour avoir autorité, mais simplement pour aire la charité ; c'e.sl la tin et le dessein de la puissan( e qui nous est donnée. C'est h
3uoi elle doit tendre, c'est .'ï qur»i elle so oit résomlre et lerniiner, c'est où elle se doit rejioscr et arrêter. Il est hon de considérer (jue le supérieur, en sa (jualité, doit avoir et re|)os et mouvement lout ensendde, mais son repos et son séjour est en la croix cl en la charilé, et son mouvement est do l'autorité en la charité ; comme si le supérieur en sa conduite et en son mouvement vers les Ames, avait deux termes ainsi ([u'il y a en tous mouvements, l'un dont il part et qu'il délaisse, c'est raulorilé; l'autre, celui où il tend et où il demeure, c'est la charité, passant continuellement et humbleiDcnl d'autorité en i harité ; opérant par le mouvement de charité el non daulorité , et enfin prenant son repos en la charité et non en l'autorité. Car cette autorité ne nous est pas donnée de Dieu {)Our nous y établir et nous y re[ Oser, mais pour [lûtir el pour travailler. Je veux diie, que nous n'avons [»as d'autoriié pour faire acte d'autorité, mais |iour faire acte de charité, et pour le service el l'exercice de la charité de Dieu envers les âmes ; et aussi notre autorité doit élie j)lus revêtue des conditions d'humilité t\ue d'autorité, selon celui qui dit à ses a[)ùlres : Meges gentium dominantur eorum, qW., vos aittem non sic : sed gui major est in vobis pat sicutminor{Luc. xxm,25) ; elle doit avoir plus de douceur que de puissance, plus de patience que de force, comme procédant de celui qui est l'Agneau et le Souverain tout ensemble, et dans la gloire môme retient le nom d'Agneau pour nous obliger à en imiter el conserveries (jualilés dans la terre. Donc, conformément à son nom, à son exemple et h ces vérités, notre [>eiisée, notre soin, notre dis()0.sitiondoit être danslacharité et non dans l'autorité, comme si ce peu d'autorité qui nous est donnée, était toute fondue et comme anéantie, ou plutôt transformée en une meilleure qualité dans la charité. Notre condition nous y oblige, car nous sommes tous enfants de la charité de iMeu, et nous ne devons respirer qu'amour et charilé ; nous sommes enfants et disciples de la très-sainlc Trinité, bai)tisés et justifiés en son nom; et nous devons imiter et approcher le l'Ius que nous pourrons la grandeur de ce Irèsnaut mystère. Or eu la Trinité il y a ordre
el origine, mais non nutnrité ; il y n émanation, ( liarité el communication entre \os persfjiines divines, mais non supériorité, l'oint de lrès-grar«de considération pour ceux qui étant pn'lres el Pères en l'Kglise de Dieu, y représentent el im lient celui (|ui est l'éro en la diviiiilé, et du(piel toute paternité est dérivée. l'A «lin que les inférieurs aient de (pioi aussi profiler en passant, el de (pioi imiter en ce sa«rô mystère, je les prie d'adorer et imiter en ces persf)nne.s éternelles leurunilé à leur principe, et leur émanation et liaison «ux perMuines dont elles sont procédantes. Car les personnes qui proi èdent étant divines, égales et infinies, incapables de dépendancf et infériorilé, néanmoins elles sont cl agissent non de; par elles-mêmes, mais de [lar leur principe, et elles n'ont être, vie, action et mission que par leur origine : le Fils [lar le Père, et le Saint-Ksprit par le Père et par le Fils ; t'go etiim ex Deo proressi et veni : neque enim a tue ipgo veni, sed ille iiiC inisit. [Joan. viii, k-1.)
CilAPITKE XXllI.
Jl faut gue le supérieur ait non-seulement la charilé, mais aussi une étendue d'esprit gui embrasse tout, sans rien nég'igcr oxi omettre. Tout ce gui regarde Di^a est grand, et il ri'y a rirn de petit en sa maison. Cette étendue d'esprit doit honorer et imiter l'universalité de la Providence divine , et l'union du Verbe éternel à toute» les parties de notre nature jusqu'aux moindres dans l'Incarnation. La bonté divine ne laisse rien de ce gu'elle a fait en l'homme par la création, gu'elle ne l'honore de /'union ù la Divinité en l' Incarnation
Le second point dignement adjoint à celui de la charité (car elle est seconde et universelle), est une étendue d'esprit qui approuve et honore tout ce qui est de Dieu, ne se limitant pas à soi-même, à son institut, ni à sa voie particulière ; et sortant hors de la pelile.^se de la nature, s'étend et s'applique à tous et à tout |)ar la grâce, n'omettant rien, beaucoup moins ne dédaignant rien de son olTice. Car Dieu est un ange universel el comme infini, il a infinies voies à ordonner, el dans l'Kglise, et dans les âmes ; et nous devons, non par autorité, mais [)ar charité avoir liaison à toutes. Dieu est trèshaut et s'abaisse à tout par l'étendue de sa providence que nous devons adorer, imiter et servir en notre charge; et si nous avons lumière, nous verrons que tout ce qui est de Dieu est digne d'être estimé, ap[)rouvé el servi [lar les serviteurs de Dieu ; que lout ce qui regarde Dieu est grand, el qu'il n'y a rien <le [letit en la maison de Dieu ; que le supérieur ne doit [)as dédaigner de son regard et de son soin ce que Dieu même daigne regarder de l'œil de sa providence, et que par ainsi il ne doit rien ometire, el il doit s'abaisser et s'ap|iliquer à tout. Nous avons un grand exemple en Jésus-Christ Notre-Seigneur, et au sacré mystère do l'incarnation, que je veux remarquer en ce
lieu pour nous induire tous par une pensée si grande et si [Hiis^arilo à cette étendue et universalité d'esiirit charitablement appli- (j'.ié à tout ce qui concerne notre devoir; car en ce tiès-haut mystère, Dieu a voulu s'unir et s'appliquer non-seulemontà l'âme, mais au corps: Vcrbum euro factuin esl {Joan. I, 1i), et à toutes les parties du corps. Odignalion et al)aissement du Verbe éternel, qui se voulant unir au corps humain, ne s'unit pas seulement aux parties nobles et intluentes, vie et mouvement, comme le cœur, le l'oie, le cerveau, etc. ; ne s'unit pas seulement aux |)arties |)lus élevées et honorables, comme le front, la face, les yeux et autres; mais s'unit à toutes, et jusqu'aux jtlus basses et plus (letites, jusqu'aux moins api)aremmen( utiles et honorables, jusqu'à celles mêmes qui ne sont |)as nécessaires à la vie; pourvu qu'elles composent l'intégrité du corps hum lin, et qu'elles en fassent partie : sa bonté, sa dignation, sa bénignité, ne dédaignant rien de nos bassesses dans la gloire de ce très-haut mystère, et ne délaissant rien de ce que ses mains ont opéré au cori)s de l'homme dans sacréation, qu'il ne l'honore et relève de sa divinité en l'Incarnation, Car en le mystère accompli pour l'hounne, il veut d( fier par soi-même tout ce qu'il a fait et formé par sa puissance ; et tout ce que l'âme vivitie au corps humain, est déifié par le Verbe éternel, en ce corps qu'il a pris et consacré à soi-même pour y honorer Dieu son Père et y accomplir notre salut.