‹ Œuvres complètesChapitre 151 sur 540 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l. Dans la possession, le diable combat contre un homme faible : et dans C exorcisme, VE- (jlise, <n la vertu de Jésus-Cliri>t, combat contre le diable et le veut déposséder. — IL Le diable qui emploie sa force contre Cliomme emploie sa fraude contre l'Eglise ; essaijant de tromper le plus fort et de vaincre le plus faible. — 111. Satan comparait devant rEylise comme un criminel devant C officier du prince, lequel il a offensé ; c'est pourquoi il se cache autant qu'il peut. —

IV. Satan ne pouvant mai)itenir de force sa possession contre CEglise, et ne la voulant a-issi abandonner, essage d'empêcher qu elle ne paraisse, ce quil peut faire aisément. — •

V. 3Jais Dieu inct djcs limites à sa ruse aussi bien qu'à sa raye ; et lors n'en pouvant plus, il emprunte du monde dont il est le prince, la force et la calomnie.

L Le duel de rennemi contre l'homme est suivi d'un combat public de l'Eglise contre l'ennemi, laquelle se sentant intéressée en l'outrage fait à un de ses membres, travaille par sa prudence à reconnaître l'adversaire qui le rend olfensé et à le vaincre [)ar la force conférée à un des ordres du sa milice. Ce parti est bien diUérenl de celui que Satan combattait auparavant ; et aussi la manière et l'issue du corubat estdu tout dissemblable. Là il n'agissait qu'avec un faible ennemi bien inégal à ^a condition, et il agit ici avec un corps armé de la force du Dieu des batailles; là comme le plus- fort il est l'agresseur et même le ))0ssesseur, ici comme le plusfaible il est agressé par l'Eglise qui enfin le déj os-

TRAITi: ItES KNERGIJ MENES.

sôilc; l.'i comme vidoricur, il .'•ai'-il el loiirincMile ce [lauvro esclnvo, ici comme vniricii il fst saisi et c.i|itiv('' liii-m<^mo. I/I'lj^lisi! exerçant sur lui pauam /«/i«riif,cl l'nlllij^c.'iiil phvja occulta, pana tnanifrsla, dit saint C.ypricn (e|iisl. 2, ad Douatum), ainsi qu'il alllij^e le iM)ss6ilé d'un tourment maiiilesle (lunt le liourreau est occulte et innuisihle.

II. Or, connue rin(''galité <le l'homme au regard do Satan l'anime h employer sa force contre! ce pauvre esclave, ainsi son inégalité au regarti de TKglise le réduit h user de sa fraude, cssa\ant de tromper le plu'^ fort et vaincre le nlus faillie, ('.ar c'est l'ariilice des prudents, «le changer d'avis cl (Je moyen se-

on les diverses circonstances. C'est le strala-

èmcdes guerriers, <rem|iloycr la fraude ou

a force selon la dillérence iles ennemis. Va c'est le conseil d'un cruel tyran (110), de joindre en la conduite îles affaires la peau de renard à la peau de lion. Satan ne l'omet pas en ce dessein si im[>orlaiit, lui qui surjiasscen tyrannie tous les gramls de la terre dont il est le premier; en prudence tous les enfants du siècle dont il est le prince;; en expérience tous les guerriers du monde dont il est le [dus an( ien et le plus assidu, ayant commencé la guerre au ciel avant la création de riio'ume, et la continuant en la terre depuis cinq mille ans. il change tionc do dessein, selon le chans/e qu'on lui donne en ce combat; il se résout i^i employer sa fraude contre le parti le plus fort, et à déployer sa rage contre le plus failde, el il prend la peau de lion contre l'énergumène, el la peau de renard tontrc l'Eglise.

III. lît connue l'eUet ordinaire de sa ruse est de se cacher en quelque manière à celui lequel il veut tromper, ores en dissimulant la malignité de son intention, lorsqu'il contente l'esprit curieux duquel il est familier; ores en déguisant sa dilTormité, lorsqu'il converse avec l'Ame pieuse pour la séduire; ores cil cachant sa misère et son tourment, lorsqu'il induit par plaisir une Ame faible 5 pécher : ainsi le siijet de sa fraude en l'énergumène est de cacher à l'Kglise sa présence et son attentat, d'autant qu'il com[iaraît devant elle coumie un criminel devant l'ollicier du prince, lequel il a otfeusé, car il a violé l'image el les armes de la Divinité, en outrageant l'hoiume auquel elles sont empreintes. lit Dieu a constitué l'Eglise avec autorité non-seulement sur les hommes, mais aussi sur les diables. Devant elle donc Satan ne manifeste pas aisément son aUenlal, non plus que le criminel n'avoue son forfait sans contrainte.

IV. CetlequalitéenlaquelleSatancora|)araîl devant l'Eglise, el la condition du crime duquel il est atteint, suffit à présumer que tandis qu'il n'est pas convaincu, il a intention

(110) LïSANDER, apud PLUTARCnrU. .

<ill) Maldo.natus, i>i Maith. xvm uhi docel cur dsemon lunaiicos facial.

de faire des feintes pour la tromper, et non pas des clfcts correspondants h sa puissance pour l'assuriT. (]ar l'injusiej possesseur d'une place ftel que Satan ost de riiomme) cité devant le juge, se résout ou h prévenir son jugement, en cédant aux parties la possession; ou h l'emiiAcher.en étoulfant les preuves (l(! son usur|i.'ition ; ou <i résister h l'exécution de l'arrêt, en se maiiilenant de force conlro l'autorité publique. Mais Satan est trop élevé pour abandonner la posse<-sion qu'il a prise d'une personne avant que la mort lui ait Aie, ou ouo le consentement du possédé ait échangé la [lo^^session du corps en celle de l'ilme, ou riuc l'elforl do l'exorcisme l'ait chassé. Kl il o^t aussi trop faible pour la maintenir de force, aj^rès qu'elle est reconnue; sa domination n'étant en rien conqtarable h l'empire de lEgliscqui a pour lieu l'univers, pour tem|is rétcrnité. pour garde des légions d'anges. Reste donc qu'il essaye d'empêcher que son usurpation no soit manifeste, comme il le peut aisément faire. Car tandis que l'Eglise dresse son enquèl<% il est en son f)Ouvoir de retirer sa présence de celui qu'il possède, sans diminuer en rien le droit de sa possession, lequel no l'oblige pas h résider conlinuellemcnl. Même il peut être présent dans l'énergumène sans y être apparent, car son essence est spirituelle et sa résidence invisible. Que s'il veut par sa présence altérer le patient (ce qui lui est libre), il peut l'aire des accès nul*lement extraordinaires; car comme il jeut par sa nature faire jilus d'elfort que la maladie, il fîcul aussi en faire moins par sa liberté. Ainsi s"esl-il caché trois mois sous un mal épileptique en un gentilhomme de marque que Fernel pansait; ainsi se cachat-il plusieurs années en un énergumèneque garantit Parlhenius, selon Métaphraste {Dt abditis rerum causis, 1. n, c. 16) ; ainsi se cachait-il anciennement sous le mal des lunatiques selon le jugement d'un grand homa^e de notre temps (111).

Vrai est que Dieu qui pose des bornes à sa rage quand il tourmente l'énergumène, met aussi des limites à sa ruse quand il essaye de tromper l'Eglise, afin qu'il soit convaincu en sa force par la patience de l'un, et en sa fraude par la prudence de l'autre; et lors ce prince du siècle qui se voit découvert, a recours au crédit que cette qualité lui donne parmi le monde, duquel il emprunte la force et la calomnie, comme deux bras pour combattre l'Eglise et pour maintenir sa possession. L'Eglise qui n'a point d'armes contre la force, a contre la calomnie de l'innocence en ses actions, de la vérité en ses paroles et de l'autorité en ses jugements pour se défendre.

OEUVRES COilPL. DE DE BÉRLLLE.

S7Ô OUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE. 87U

Page 1