‹ Œuvres complètesChapitre 150 sur 540 · QUEL EST LE DESSEIN DE SATAN ENVERS CELUI LEQUEL IL POSSÈDE · texte numérisé non relu

QUEL EST LE DESSEIN DE SATAN ENVERS CELUI LEQUEL IL POSSÈDE

I. Les hommes se trompent en ce sujet, en ce que chacun attend de voir au corps du possède la réflexion des eff\'ts lesquels ils s'imajinent le plus au diable : les uns une extrême difformité' , les autres des opérations merveilleuses. Le diable ne fait pas tout en toutes occasions; ains conduit tellement ses desseins, que comme il n'y omet rien de ce qui leur est nécessaire, ainsi il n'y admet rien de superflu. — II. Le diable traite autrement avec les âmes pieuses, autrement avec les sorciers ordinaires, autrement avec les magiciens.

libei, inquit, carceris custode pejor est Saianas, oui tamen Paulus iioniines iradi : inalos, per inalum ememiare, bonum opus es^e iiidicaiis. » (Tom. I, hora. 3 De patieniia Job, où même il explique les deux textes allégués de saint Paul.)

(109) Fern., I. m De abduis rerum caush, c 16.

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TRAITR DF.S HMIKllMHNKS.

— III. L'intritlion dr Satan, en lu posxesniun, est d'exercer sa raye : et son dessrin est uofi-seulrinrnt d'être ennemi, ains mnenii di'cumert ; et de traiter rhoinmc rn ce monde, comme il le traite en enfer. — IV. Combien (/ae comme il a lors (furlifue espèce de conversation sensible avec les assistants, il paisse faire des effets à leur e<;ard,i/ui ne dépendent point de l'intention première </u'il a envers l' énerijamène.

— V. Dieu, (jui a pose à toutes choses les limites tju'il a voulu, en a pose aussi ù Satan, lorsfiu'il lente, t/u'il déçoit , lors/iu'il se transfi(/ure , et lorsifuil possède. Entre les manières de nuire à l'homme permises à Satan, il u'y en a point de si (/rondes qu'il ne puisse accomplir, ni de si petites r/n'il n'end)rasse bien volontiers.

I. 'l'oul ce fini pr<';(-ù le la possession |ionl être référé aux causes (lis|>osilives , ou aux appliratives que nous avons dtsliiiies.

Aovons mainlcnant ce (jui la suil. Card'aulanl que ce sonl lus elFois qui tomhetil sous les sens, cliarun eslitne y avoir dioil de jugement, chacun en discourt à sa façon , et chacun y a besoin d'ouverture et de conduite. Et à cause qu'en toute possession il y a deux esprits, deux natures et deux personnes jr)itites ensemble, chacun pense être bien fondé s'il s'attend de voir au possédé la réllcxion ûqs ell'ets , lesquels ils s'imaginent le |)lus au diable. Dont les simples, (jui le conçoivent avec une étrange didbrmité, se promettent de voir uncdillbrniité' bien extrême au corps du démoniaque ; et les es[)rits plus capables, qui se représentent Saliin comme un agent élevé en intelligence et en puissance ()ar-dessus tout ce qui est et i)araît au monde, veulent voir à tout pro[)OS des eft'els miraculeux, ou en l'une, ou en l'autre qualité. Or combien que cette attente des uns et des autres soit posée sur un principe assuré , et tirée d'une conception véritable; si est -elle défectueuse, ainsi que l'imagination de laquelle elle dépend est imparfaite. Car il ne sulTlt pas à celui qui veut être l'arbitre des ellets esquels l'opération du diable intervient de considérer (ju'on suppose (jue c'est un diable qui opère, et un diable ditforme en son être, puissant et intelligent en ses œuvres : si d'abondant il ne remarque, en général, quelle est la façon de laquelle cet esprit conduit ses actions , et s'il ne considère en particulier, quelle eit la qualité du dessein duquel il veut être le juge. Ccir Satan ayant plusieurs desseins contre les hommes, il en conduit un chacun avec telle dextérité, (ju'il ne se rend ni défectueux, ni superllu, (juant eux moyens de les acheminer : mais comme son intention est tant active, qu'elle accompagne tous ses mouvements de ce qui leur est nécessaire; ainsi son intelligence est tant exacte à discerner justement ce qui est de propre d'avec ce qui est contraire ou aucunement éloigné de son intention, qu'elle n'y admet rien d'inutile et do superllu. Tellement ([ue, par le moyen de son activité, il emiiloie contre tous les hommes tout ce

(ju'il a do naturel cl d'acquis, cVsl-h-dire tout ce qui es; en lui, car il n'a [ilus rien d'infus:et par le nio\en de celle intelligence exacte, il ne se déploie contre un chacun, sinon ce (\\\\ est de |MOpre h son humeur, et ce (pu est de convenable à la condition du dc>sein qu'il a pris contre lui.

II. Ainsi (pi.ind il traite avec les âmes pieuses, il n'emploie (pje la capacité (^u'il a des dons rares et surnaturels à faire, ou |ilui(M contrefaire deselfels miiaculeiix pour les décevoir. Au lieu (pi'il ne la met point en usage envers les son.iers ordinaires, n'employant (jue sa malignité [lour aider à leur malice; ni envers les esprits curieux, (jui le veulent avoir pour familier, esquels il ne déploie ni cette capacité, ni cette malignité, mais sa seule intelligence ; et non encore en toute son étendue, ains seulement au regard des choses secrètes, et non des connaissances naturelles ou divines, es(}uelles nous les trouvons aussi peu versés que ceux qui n'ont jamais été instruits sous un tel [lédagogue. Kt quand il agit avec ces esprits éminenls en curiosité et en malignité, que nous appelons vulgairement magiciens, il emploie bien quehpie partie de son intelligence et de sa [tuissance , coinmo liaitani avec des esjirits participants de la curiosité des uns et de la malice des autres : mais il ne |iroduit aucun elfet de celte habileté aux dons rares et surnaturels , de laquelle il se sert envers les âmes pieuses; même il ne leur ouvre pas tous les ressorts de sa puissance : Magis enim, dit saint Cyprien [De idolorum vanilate) , (jurante dœ-' mone), est ad perniciosa et ludicra potenlatusy sans passer plus outre. Tant il accommode justement ses pro[)iiétés naturelles à ses desseins, ne dé|)artant et ne déployant à un chacun, sinon celle qui est la plus [tropre à le séduire , et la plus convenable h la qualité du dessein qu'il a pris de lui nuire.

III. Or l'intention formelle de Satan , en la possession, est d'exercer sa rage, et non pas d'employer aucune de ses mauvaises qualités ; d"aulant qu'il a pour tout dessein d'être non-seulement ennemi, car il IVst toujours et partout, mais ennemi découvert, et d'agir avec le possédé en qualité d'ennemi , c'est-b-dire [>ar force et non fiar fraude, comme en ses illusions; par douleurs et non par plaisirs et appâts, comme en ses tentations ; jiar tourments, et non |)ar merveilles, comme en ses transfigurations ; et en somme de traiter le possédé en la même manière (ju'il traite Ihomrue en l'enfer. Car comme il n'y sup|)Ose plus de fraude, de plaisirs, de merveille, mais il exerce, et sacs plus, sa rage contre celui qui est damné, ne lui faisant part que de la même peine qu'il endure : ainsi en une possession il ne prétend pas user de sa fraude à séduire et attirer, mais seulement de sa fureur à forcer l'esprit de celui qu'il possède; ni de sa puissance à le rendre instrument de ses feintes merveilles , n)ais de son envie à faire dès ce monde celle pauvre créature, comiagne de sa misère.

IV. Que si l'œil de quelqu'un a renjarquù des accidents miraculeux on un possédé, que sa raison observe aussi que, comme en l'ordre de nature, il y a des effets nécessaires, et d'autres contingents; ainsi en la conduite (les desseins de Satan, et iionnnéinent en celui de la possession, il y a des elfels qui ont un juste rapport à son intention première de nuire au possédé, et d'autres qui dépendent d'une intention fortuite de ce malin esprit avec les assistants. Car comme il a lors quelque esjièce de conversation sensible avec eux, il peut faire quelque effet à leur égard, qui ne dépendra joint de celte inlenlion j)remière qu'il a envers l'énergumène. Ce qui est accidentellement joint à une possession, et ne l'oblige pas, en d'autres rencontres, à faire mêmes eiféts, ni à former des desseins pareils : l'un et l'autre étant libre à Satan, contingent à la possession, peu fré(juent en l'usage, même rarement observé en l'Ecriture (où il y a lant d'accès de possédés décrits), et dépendant d'une rencontre trop particulière pour être partout égale. Disons donc que comme J'ordre de nature ne déi-end des effets contingents, sans lesquels il ne laisse ni d'être, ni d'être reconnu; qu'ainsi le cours ordinaire du dessein et des elTets de Satan envers l'énergumène ne dépend pas de la contingence de ces accidents, les(juels ne sont ni les décisifs, ni les constitutifs d'une |)0Ssession. Et recueillons de ce discours, que tout ainsi comme lorsque Satan possède quelqu'un spiiiluellement par le péché , il n'a j)as intention de départir aucune étincelle d'intelligence à son esprit, ni aucun effet de sa puissance à son corps: ainsi quand il se lie à quelque [ter^onne |)Our la posséder réelleincni, ce n'est pas jiuur lui communiquer son intelligence comme aux esprits cuiieux, ni sa [uiissance comme aux magiciens, ni sa malignité pour nuire aux autres comme aux sorciers, ains seulement sa misère et sa peine comme aux damnés.

V. En quoi Dieu qui veille sur notre ennemi, bien qu'il lâche la bride à ses volontés, si niel-il des bornes à son pouvoir; et comme il a posé des limites telles qu'il lui plaît à toutes choses, et à Satan même, lorsqu'il tente, lorsqu'il déçoii, lorsqu'il se transfigure, il a pourvu aussi d'un règlement sur les possessions, esquelles comme l'ange malin se résout de nuire, et se détermine d'incommoder res])rit et d'altérer le corps auquel il réside. Dieu lui détermine la qualité, la quantité et les autres circonstances de celle altération, la réglant et modérant selon les divers sujets [jourlesquels il permet que ce mal arrive. Etd'autant qu'entre cessujeis il y en a de jdus et de moins notables, de particuliers et de publics, celte disproportion met autiint d'inégalité entre les possessions, qu'il y a de divers degrés esquels l'altération du corps humain peut monter et rabaisser : eu égard qu'il suflit à une possession, que le malin esfirit réside au corps avec, pouvoir de l'altérer en quelque manière, laquelle ne peut être si grande,

qu'il tie puisse accomplir , étant plus capable d'agir que l'homme n'est de pàtir, et no peut aussi être si petite, que l'ennemi ne la veuille bien; et que, jiuisque d'ailleurs il prend bien le soin d'épier toutes les actions de la personne, et de lui tendre partout des pièges pour la surprendre , il ne prenne idus volontiers le soin de la posséder et de la tourmenter, selon les lois et les saisons qui lui seront permises et prescrites.

La raison nous conduit à ainsi juger de la variété et de l'inégalité des possessions, et l'exjiérience nous ^y cordirme : car il appert comme es uns ce mal furieux reçoit des intervalles, es autres il est continu ; es uns il est plus excessif, es autres filus modéré; es uns il n'a pouvoir que sur l'altération du corps, es autres même sur la vie, selon que saint Cyprien raconte au sermon I)e Utpsis, Dieu limitant le pouvoir de Satan ou selon les secrets de son jugement, ou selon les sujets apparents pour lesr|uels il le f)ermet. Et comme le prince ferme le camp de cordage, que l'ennemi n'ose franchir selon les lois du duel; ainsi en ce duel de Satan contre l'homme, Dieu pose des limites qu'il n'ose outrepasser, nonobstant sa fureur, non plus que la mer enragée n'outre[)asse le sable que Dieu a [tosé pour borne à sa tourmente.

QUEL EST LE DESSEIN DE SATAN CONTBE l'ÉGLISE Ql'l LE VEUT DÉPOSSÉDER.

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