AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR
Omnis ex vobis qui non renunliat omnibus quse possidet, non potest inei;s esse discipulus. {Luc. xiv, 33.) Siquisvultvenireposlme,abnegetseraelipsum. (Mallh.\\\,'i't) Qui venit ad me, et non odil palrem, etc. adiiuc aulem el animam suam, non polest meus esse discipulus. (Luc. xiv, 2G.)
Ami lecteur, ce livret ne s'adresse qu'à ceux qui ont fait notable progrès en la liaine de soi-même, et qui n'ont d'autre but que leur avancement en l'amour de Dieu, aux dépens de toute autre chose. Paitant il sera inutile à l'âme non assez résolue de se vaincre par tout, car il contient une simple pratique d'abnégation sans persuasion ; et semblera lidicule à celui qui n'aura connu en soi l'efficace et la subtilité de l'amour-propre, car il croira ce qui en est déduit être plus subtil que véritable, si la prudence ne lui fait surseoir son jugement en ce qu'il n'a point éprouvé. Et d'autant que la lin de ce discours est de découvrir el bannir l'amour-propre de i)Iusieurs, et qu'à cet etfet il déclare exactement plusieurs indices et remèdes de ce mal, par une division de chaque chapitre en [)lusieurs degrés, et de chaque degré en plusieurs pratiques et points ; il sera préjudiciable aux esprits curieux de la piété, qui afïectenl trop de connaissance et s'aveuglent par trop de umière , s'ils en prennent plus que ce qui concerne leur amendement particulier, et s'ils ne se rendent à une oubliance du reste par simplicité et pauvreté d'esprit. 11 ennuiera aussi l'esprit simple (lequel ne pensant qu'à soi, ne voudrait trouver que ce qui lui est propre et non aux autres, ou bien voudrait tout exercer) , s'il ne se donne garde de cet ennui par patience d'esprit, et de cette multiplicité et confusion, en se contentant d'une ou deux pratiques au plus en chaque degré, choisissant les plus formelles et principales, dont il se sent atteint : eu égaid qu'elles contiennent en vertu et éminence les autres que je lui conseille d'omettre, lesquelles toutefois n'ont été déduites pour néant, attendu que ce discours est dressé, non pour un seul, mais pour plusieurs qui ont diverses dispositions d'esprit et de nature, et diverses atteintes d'amour-j)ropre, desquels il était besoin de faire diverses ouvertures, tant à découvrir le mal qui les traverse comme à y pourvoir : à ce qu'un chacun pût choisir les remèdes qu'il jugerait les plus propres, et ne manquât non plus de moyens, que de bonne volonté à s'amender de ses propriétés. P. de Bérulle.