‹ Œuvres complètesChapitre 194 sur 540 · UONUHER LES PRÉMICES DE SA VIE · texte numérisé non relu

UONUHER LES PRÉMICES DE SA VIE

Aux religieuses ('arniéliles <lu couvent do j'incariialion de Paris au pn-uiier jour de l'an.

I. Dans la mort des personnes qui ont vécu saintement, il y a beaucoup plus de vie i/ue de mort. — II. // faut commencer l'année avec Jésus-(^hrist. — III. Le Fils de Dieu est la première production du Père, et tient comme lieu de prémices dans l'éternité. — IV. Le .*iaint-Esprit qui est le repos, l'amour et l'unité des personnes divines, est la première productionde ce Verbe qui est enfant en Bethléem. — V. Quand nous pensons à la création du monde, nous devons contempler que Dieu qui sort hors de soi en la production de cet œuvre, achèvera le cercle, et rentrera en soi par la production d^in nouveau monde qui est Jésus. — VI. La création nest que pour créer un monde à Jésus. Considération du mystère de V Incarnation et du dessein pervers de l'idolâtrie réduit à la divinité même. — VII. Le Fils de Dieu selon ses deux naissances, est la fleur et le fruit de l'éternité et du temps. Jésus est un arbre de vie et de diverses sortes de vies. — VIII. Quatre vies en Jésus naissant : Vie de nature, vie de grâce, vie de gloire, vie de la divinité. — IX. Considération du séjour de neuf mois de Jésus en Marie, et de la liaison de ces deux cœurs. — X. XI. Différences entre cet enfant et les autres, et les grâces et qrandrurs qu'il communique à sa mère. -^XII. XIII. Raisons pour lesquelles Jésus ne devait pas abréger son séjour de neuf mois en Marie. — XIV. Premier séjour de Jésus hors Marie et sur la terre. — XV. XNI. Prémices de Jésus dans l'éternité et dans les temps.

1. Dieu a voulu que j'aie fini et commencé l'année avec vous, mais sans vous pouvoir jiarler ; car ce sont des sujets de mort qui m'y ont obligé (118) : et il fallait parler à celles que Dieu voulait retirer d'entre vous, jiour les loger dans son paradis. Je crains do ne pas bien dire, que d'appeler sujets de mort où on ne parle que de vie et où r\ ne se trouve que vie. Je dois ce semble corriger cette parole, puisqu'il y a si peu do mort et tant de vie. Le lieu d'où elles sont parties est un lieu de vie, puisqu'on y est

vivant pour Dieu. Le terme où elles sont arrivées, est la vie et la vraie vie qui ne sait point de mort. Ainsi de la vie elles sont entrées en la vie. Le seul passage est rnort, et ce n'est qu'un moment; lequel encore jo no sais si jo dois appeler mort, puis(jue j y remar(pio encore beaucoup de vie. (^ar en ce mémo passage et moment, la vie de gr.'ko y a été {)lus opérante pour lairo vivre leur âme incossammoni, et faire revivre leur corps un jour, (pie la mort de la nature n'y a élé puissante Maire mourir le cc^rps ()our un tomiis en laissant vivre l'ûme pour jamais.

IL. Mais laissons maintenant ce sujet pour nous souvenir de choses plus grandes : et puisqu'il nous a fait commencer l'année ensemble, et que nous ignorons si nous la finirons ensemble, coramençons-la romnio nous devons ; commençons avec Jésus et la très-sainte Vierge; commençons notre année avec celui qui commence sa vie en ce saint jour. Suivons le cours de la nature et de la grâce, car comme le soleil de nos jours commence à s'approcher de nous, aussi le soleil de nos âmes vient à nous [lar sa naissance et par ses mystères : et nous devons commencer notre année avec lui, puisqu'il y commence pourncus sa vie. Il consacre lepremier jourde l'an à ses premières souffrances, nous le devons aussi employer et consacrer à nos premiers devoirs envers lui, et joindre les prémices de nos jours avec les prémices du Fils de Dieu. Vivons à lui, vivons avec lui, vivons en lui, et consacrons nos prémices à ses prémices en ce premer jour de l'année. C'est le sujet qui me porte à vous adresser la présente, désirant vous donner les prémices de nos pensées sur les prémices du Fils de Dieu (/ Cor. xv, 23j, le considérant dans son éternité, pour le suivre par après dans les divers états de sa vie.

III. Celui que nous adorons et que nous avons présent en nos mystères, celui auquel notre vie a[)partient ( et c'est noire bonheur que de la lui offrir et consacrer ), celui auquel vos âmes sont vouées de si longtemps, est la première production de la première personne de la Trinité, et tient comme lieu de prémices dans l'éternité, et nous le devons adorer comme le premier qui est produit en la divinité et qui a pour substance la divinité même.

IV. C'est celui-là même que vous voyez enfant en Bethléem, car il est Verbe et enfant tout ensemble. Il est enfant d'un jour, et il est le Verbe éternel. Il est sans pouvoir ce semble et sans opération dans cette crèche, mais il est vivant, opérant et produisant dans son éternité. Sa première opération se termine à produire la personne divine du Saint-Esprit. Il le produit égal à soi et égal à son Père, et le Saint-Esprit en la Divinité (si nous pouvons parler ainsi) est le fruit éternel procédant du Verbe éternel, et en cette personne produite par le

^I 18) Ce le leilre fui écrite peu après le décès de deux religieuses de ce couvent.

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