XLIX. DE l'enfance de JÉSUS
I. Il y a deux états de singulier abaissement en Jésus : l'un sa naissance et enfance^ Vautre sa passion et sa mort. Et il est à considérer que son enfance étant de si longue durée, il ne s'est jamais dispensé de ses lois. Jésus ne s'en di.^pcnsc pa^ même pour
donner avis du péril où il est, et un ange lui sert de langue. Considération de ces paroles : Accipe puerum el matrem ejus. — II. // y trois incapacités en l'enfance ordinaire : i" au regard de la conversation; 2" au regard de la vie humaine et raisonnable ; 3" au regard de la vie de grâce. Et au lieu de ces trois incapacités il y a trois vies miraculeuses en l'enfance de Jésus : vie divine, vie glorieuse, vie voyagêre. La vie divine de Jésus est triplement divine; c'est à savoir par subsistence, par opération de la divinité en l'humanité, et par communication de l'humanité avec la aivivité. — III. L'enfance de Jésus, pour être déifiée, ne laisse pas d'avoir ses bassesses; et par cet état il est en dépendance, en indigence et en impuissance. Mais ces bassesses sont remplies de grandeurs, parce que ce sont les bassesses d'un Dieu, et il en spécifie jusqu'à dix. L'enfance de Jésus est source d'une grâce d'innocence. Elle donne grâce de direction active, et parce que Jésus s'est assujetti à se laisser conduire en en se faisant enfant, cet abaissement est relevé de la grâce de conduire. La grâce de se laisser conduire est pareillement un de ses effets. L'enfance est la première voie que le Fils de Dieu a choisie pour honorer son Père. — IV. Il est maintenant permis et même commandé à l'homme de se convertir à la terre, et y chercher son trésor qu'elle enclôt.
I. 11 y a deux états de singulier abaissement h adorer, à admirer et à imiter au Fils de Dieu : l'un en sa naissance, l'autre en sa mort ; l'un en l'enfance, l'autre en la souffrance; l'un à i'enlrée, l'autre à la sortie do celte vie. El ceiui-ci de l'enfance a cette circonstance singulière, du long tem[)s qu'elle a duré, sans qu'il ail voulu se dis|)enser, ni d'un moment en tant de mois qu'ail pouvait abréger, ni d'un seul effet qu'il pouvait accomplir si facilement, si raisonnablement, si divinement. Qu'y avait-il (-Je plus facile au Fils de Dieu tout savant, tout connaissant, tout-puissant, que de délier sa langue pour dire quelques paroles ? Qu'y avait-il de plus raisonnable que de le faire aux rois qui le viennent chercher el adorer de si loin, el avec tant de peine et de fidélité, ou au moins à sa très-sainte Mère, au sein de laquelle il est perpétuellement? Qu'y avait-il de plus divin que la parole du Verbe éternel, parole de vie et de vie éternelle, au>si bien en son enfance s'il eût daigné [larler comme en son adolescence? Mais il est si exact au silence et en la solitude de son enfance ; silence et solitude d'impuissance, mais d'impuissance volontaire, qu'il n'inlerrom[rra ce silence, pas même d'une seule parole, ni même vers sa sainte Mère. Oh! qu'elle était digne de la communication de son Fils! oh! que celle impuissance était aisée à lever! oii! quelle privation pour la IMère ! oh ! quelle privation pour le Fils (Je se priver d'effets divins et d'effets divins vers sa 5ainte Mère! encore qu'il ne 5e pri-
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vAl pas d'itirt'ls divins en sn Irùs-snitih* MtTO. Il a iloiH- ('16 exact vu son crifotne il iin|iuissanci', en son silence et sa sofiliidn ni<^nic envers elle; il l'a niôint! voulu (^luvers soi-in^nie, ne parlanl |.as, navc-rlissaiil pas du péril, et péril iinininiMil où il était, et ••illeiidaMl (pie le l'éro éternel envoie du cK.d un ange, j'our dire ih; nuit et li.liiveinent : Surje, accipe puernin et walrcm rjus , lo trésor du l'ère et du monde tout ensendjie, et fuije in /Kijijptum. (Mitlih. ii, l.'i.) O digne liaison du Fils et de I.» Mère I /^urriim et rnatrem rjus ; ô dij^rie soin et soHiriludc du Père éternel vers le Fils, vers la Mèrelô trésor du Père et du monde en Jésus et Marie !
II. Dans l'enfance humaine et ordinaire, il y a trois impuissances et incapacités, l'une »u regard de la vie humaine et extérieure, incap.dile de communication externe avec les créatures, et même de plusieurs elfels de vie naturelle, l'aulro au regard de la vie raisonnahle ei intérieure, incajiahie d'aucune pensée, discours, afl'ections, do tout sentiment de gratitude, d'amour, d'estime, etc.; la troisième au regard de la vie de grâce, imapable do lumières, sentiments, et de tout usage de la vie de grâce. Il y a vie en l'enfant, mais vie faible, impuissante et imparfaite. Il y a vie naturelle, mais incapable de plusieurs elfels de vie et végétante et sensitive ; non-seulement privation mais incapacité, car c'est plus grande privation et destitution de vie. Il y a humanité, mais incapable de société et communication avec les hommes. Il y a esprit, mais incapable d'action d'esprit. Il y a grâce, mais incapable de vie de grâce, d'usage de grâce, de nfouvement de grâce. 11 y a principe de vie, mais non |)as vie. Il y a grâce, mais non acte et usage de grâce. Il y a principe de vie, de mouvement et de repos; mais il n'y a ni mouvement vers Dieu, ni repos eh Dieu. Au lieu de ces trois incapacités de vie en l'enfance humaine et ordinaire, il y a trois vies, mais vies su[)rêmes, mais vies excellentes, mais vies miraculeuses en l'enfance divine : 1" vie divine; 2" vie glorieuse; 3° vie voyagère. Trois vies en celui qui est Ja vie : Ègo sum vita. Trois vies commençant dans l'enfance, et continuées jusqu'à fa mort; et les deux premières jusque dans l'éternité; vie divine, vie glorieuse.
Vie divine opposée h l'imperfection de la vie naturelle et à l'incapacité d*^ la vie humaine, vie (Jivine et par subsistcnce et par communication ; car en sa crèche et en son enfance, il traite avec son Père éternel, ne pouvant traiter avec sa Mère teiniiorelle. Vie doublement divine, et par subsisience et |)ar opération de sa divinité en celte humanité ! vie divine môme de la pari de celle humanité par communication à la divinité, avec laquelle celte humanité sacrée et déifiée communique. Vie donc triplement divine, 1° par subsistcnce ; 2" par oi)éralion de la part de la divinité; 3° [lar communication de la part de l'humanité. Vie glorieuse opposée à l'incapacité de la vie de grâce ; vie
loti
voya.:ère opposée à l'incapacité de la vie raisonnable.
III. F.n (es trois points snnt les excellences, les grandeurs, les jtriviléges de renfanno divine : mais voyons ses privations, ses impuissances, ses bassesses. Or comme l'humanité est déiliée par l'union hvp(jsiati(jue. Dieu se faisant homme ; aussi l'enfance est déiliée. Dieu se faisant enfant; et comme la nature humaine demeure en sa nature nonobstant celte déilication, aussi l'état de l'enfance demeure en sa Ijassesse et imf)uissance nonobstnnt cette déilicalion. Les bassess(,'S et [irivations de l'état de l'enfance se réduisent h trois chefs : dépendance, indigence , impuissance; dépendanie jusqu'à l'indigence, indigence jusqu'à l'imfjuissance. Quelle im|)uissance de ne pouvoir ni se secourir ïoi-môme en ses jjesoins, ni rechercher secours en autrui, ni le demander jiar paroles? Mais derechef ces bassesses et ces I)rivalions sont remplies de [»ouvoirs, do grandeurs etd'œuvres merveilleuses, parce que ce sont les privations et les bassesses d'un Dieu. La |<remière est la malernilé divine, car c'est l'effet de l'enfance et non de l'incarnation. S'il se fût contenté de se faire homme, il n'eût point eu besoin de mère, mais il lui en fallait une en se faisant homme par voie d'enfance. 2. L'autoriié de la Mère de Dieu sur le Fils de Dieu. 3. Influence continuelle en lui résidant en elle. 4. Comme dans l'anéantissement de l'incarnation, l'homme est élevé jusqu'au lr(!»ne de Dieu, étant vraiment Dieu , ainsi dans l'anéantissement de l'enfance, une vierge est élevée à la dignité de Mère de Dieu, et par ce moyen, les deux seies ont un élèvement singulier en ce double abaissement. '6. Lier Dieu à la Vierge comme l'enfant à sa mère» ensuite de quoi toutes les grâces émanées (Je cet état, portent liaison spéciale à la Mère de Dieu. 6. Dans l'incapacité déifiée de Jésus enfant, il y a une source de grâce d'innocence, par laquelle les âmes sont saintement incafiables des afTeclions humaines, des affections, dis-je, imparfaites et défectueuses des enfants d'Adam. 7. Dans l'impuissance déifiée de Jésus enfant, et dans rindisencequ'il avait ensuite, de l'assistance d'autrui. Il y a jiareillement une source de grâce d'impuissance spirituelle, portant besoin de l'assistance d'aulrui, qui est une manière de grâce qui va imitant et honorant l'impuissance et l'indigence de Jésus enfant. En l'Enfant Jésus , il y a impuissance mais très-puissanle; il y a incapacité mais très-cai)able, voire capable de la divinité, et niAme remplie de divinité. Il y a indigence mais remplie de vie, et de vie la jdus sublime. Oh! quelle pléniiude de vie, de puissance, de divinité, de sanience en cette enfance 18. Au contraire en nous, notre être est remjili de néant; notre lumière est remplie d'ignorance, notre puissance est rem[ilie de faiblesse et imimissance ; car il y a plus du néant que de l'être en notre être ; et au néant du Fils de Dieu, de l'Enfant-Dieu, il y a l'Iénitude d'être et de divinité. En notre sa
lŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE.
pience et connaissance, il y a plus d'ignorance que de connaissance; mais en l'incapacité du Fils de Dieu, ô quelle capacité! ô quelle actualité, puisqu'elle est remplie de la divinité! En suite de ce que dessus, Thumble enfance de Jésus est l'origine d'une direction active, et d'une grâce de diriger et conduire les autres. 9. Et pareillement elle porte grâce de direction passive, pour se laisser diriger et conduire sans lumière et sans discernement, soit immédiatement de Dieu, soit par ceux qui tiennent sa place ; grâce qui honore l'enlance de Jésus. Car comme il est dirigé en son enfance sans avoir part à sa direction, étant purement passif en icelle, n'y opérant rien, n'y coopérant point, on le porte en Egypte, il ne s'y porte pas; il semble aussi que l'âme reçoit purement la direction de Dieu par un état i)urement passif, sans lumière ou sentiment adjoint, qui aide, console ou vivifie, et sans que l'âme coopère à sa firopre conduite en étant incapable, et son incapacité étant suppléée par la direction divine. 10. La première voie que le Fils de Dieu a choisie pour honorer son Père en la terre, est l'enfance, c'est-àdire état d'abaissement, d'assujettissement et d'impuissance, et un si long temps. Le premier état et moment auquel il a voulu s'unir à notre nature, est l'enfance ; c'est chose qui doit être pesée. Il honore son Père, non en parlant ou prêchant , lui qui était le Verbe et le docteur de l'univers; non en agissant, lui qui est le bras du Père; non en faisant des miracles, non en dirigeant, lui qui est la sapience régissant le monde; mais en s'assujettissant.
IV. Or en ce mystère je dois changer de méthode ; je dois, non m'élever au ciel, mais m'abaisser à la terre, car Dieu y est par un nouveaumystère;et jele dois cliercher, non dans les Louvres et les palais, mais dans une étable ; étable plus précieuse et jjIus riche que le ciel même, qui ne contient pas un si grand trésor. Car Dieu est en la terre aussi bien qu'au ciel; mais Dieu incarné n'est pas au ciel, et il est en la terre. Terre, hélas ! qui possède un si grand trésor, et le possède sans le connaître. Puisque Dieu cherche la terre, aime la terre, je veux me convertir maintenant, non au ciel, mais à la terre, et y chercher Jésus-Christ.