LI. DISCOURS DE LA FÊTË DES ROIS
yoKs devons nous occuper volonùcn à des
7nystères de l'enfant Jésus, à Vimitalion de la\ier<je, dont il est écrit, qu'elle les conservait et considérait en son cœur. Considération de ces paroles : Invenerunt puerum cum Maria matre ejus. Trois demeures secrètes et non sensibles de Jésus, au sein du Père, dans notre nature et au cœur de sa Mère; et trois demeures sensibles, Bethléem, Nazareth, le Calvaire. — IL Privilège de Bethléem. C'est en Bethléem et en cette rencontre des rois, que le Fils de Dieu commence à prendre possession du monde.
Le Fils de Dieu se donne au monde par sa naissance, et par ce mystère il se manifeste, qui est une autre sorte de donation. Le Fils de Dieu en ce mystère se manifeste comme splendeur, et splendeur du Père. — 111. Le Fils de Dieu ne se manifeste pas seulement comme Fils de Dieu fait homme, mais aussi comme Fils de l'homme et enfant. Et comme il lui a plu joindre ses grandeurs à toutes nos bassesses; il ne manifeste ses grandeurs que dans ses bassesses , se donnant à nous, parce quil a daigné recevoir du nôtre. — IV. Le Fils de Dieu lie sa manifestation à la manifestation de sa Mère : Puerum cum Maria. C'est une des grandeurs de la \ierge, que le Fils de Dieu ait commencé à se manifester en un état auquel il était obligé de la manifester avec lui. Comtne ce mystère est de Jésus avec Marie, et de Jésus indigent et dépendant de Marie , la grâce qui en procède, porte non-seulement appartenance à Marie mais aussi dépendance et indigence d'elle.
L Une des occupations de la sainte Mère de Dieu en ce saint temps, écrite par l'évangéliste saint Luc (ii, 51), est que Conservabat omnia verba hœc conferens in corde suo. Comme nous devons ap[)arlenir à la sainte Mère de Dieu, aussi la devons-nous imiter ; et puisqu'un de ses principaux exercices était la considération de l'enfance de son Fils, conferens in corde suo, un de nos principaux exercices aussi doit être la considération de cette même enfance de son Fils. Nous devons pour ce sujet avoir soin, durant tout le temps de cette enfance, de prendre quelque .parole de l'Evangile qui nous la rapporte ; et il y en a une à laquelle il me semble que nous devons avoir une dévotion parti<3ulière : Invenerunt puerum cum Maria matre ejus [Matth. ii, 11); ils trouvèrent l'Enfant avec Marie sa Mère.
Nous devons toujours chercher le Fils de Dieu, et nous devons toujours le trouver, car qui le cherche le trouve : Qui quœrit invenit. (Luc. xi, 10.) Il y a trois demeures jirincipales dans lesquelles nous le devons chercher et nous le devons trouver. La première est dans le sein du Père. Oh! quelle demeure! oh! quel séjour! La deuxième est en l'humanité en laquelle il a voulu habiter; la troisième est le cœur et le sein de la Vierge. Voilà trois demeures très-grandes, très-dignes, mais elles sont toutes intérieurc.», toutes spirituelles, toutes divines.
(li:i'VllKS lU: IMKTK. — l.l, I>K LA FKTK lUS IU)IS.
Il V PII a «rniilros phis soiisiltics ; cnr coiiiim? lo Kilsdc I)i«'ii, |itt'iiaiit noire liiim.'iniK*, s'«'sl rcii'lu .spiisiliio, aussi «-l-il, en celte (pinlilé, (les (leiiiciires «eiisihies. Kiilre ces (ienieiires, il y en a trois |»riii(i(>;iles et |>nrticiilièi'Ps : la [)reniièro c'est Hellilécîui, lieu de sa naissance ; la deiixièine c'est Naztrelh, où il a Hé roiKjii et élevé; la troisième c'est le Calvaire, où il est soulfranl cl expirant.
II. Toulft noire vie doit ôlrc employée à chercher le Fils de Dieu, cl tonte notre année à le considérer, adorer et imiter en ces trois demeures; pour autant ipie, comn)e nous avons dit autrefois, le Fils de Dieu y a opéré la plu[»art (lèses mystères. Mais eii'e temps, nous le devons cliercher en Bethléem, sa «lemeure plus auf^uste et où il est né. Nous ne devons |)lus demeurer en nous-mêmes ni en nos rhamt)res; nous devons nous loger en Jésus-dhrist et demeurer avec lui tout ce temps de l'enfance en Methléem. C'e>t 1;^ où il a opéré chose si grande. (]'esl \'i\ où il paraît <'Ounne Fils de l'homme, et la \ieri5e en son oflire de Mère de Dieu. C'est le lieu qu'il a voulu choisir pour sa première ninnifeslalion au monde, et par où il prend possession de la terre. Car nous devons considérer ces rois, non pas comme personnes particulières, qui ne vieni>ent adorer le Fils de Dieu que [lour eux, mais comme personnes qui représentent tout le monde et qui viennent au nom de toute la terre. Non que la terre y pense, elle n'en est [)as digne ; non pas qu'elle leur ait donné charge d'y venir, elle en est tout à fait indigne; mais le Père éternel les y conduit pour toute la terre encore qu'elle n'y pense pas. Oh ! quel honneur rendent ces rois au Fils de Dieu! oh I quelle adoration ! Les pasteurs étaient venus auiiaravant, mais c'étaient pauvres gens, simples, et qui n'avaient point de qualité en la terre, et par ainsi rendaient })lutôl hommage au Fils de Dieu [)Our eux que pour le reste du monde; et cet honneur était fort |)eiit, de sorle que nous pouvons dire qu'ils venaient [ilulôt pour voir le Fils de Dieu né, que pour lui rendre hommage. Mais ces rois sont personnes qualifiées, conduits par le Père éternel pour adorer son Fils, et pour l'adorer au nom de toute la terre. Ohl que ce lieu est digne, auquel le F'ils de Dieu a 0()éré choses si grandes! Ohl grand privilège de Bethléem! Quelquesuns pensent que les rois trouvèrent le Fils de Dieu en un autre lieu ; mais c'est une opinion particulière, et les docteurs les plus pieux tiennent qu'ils le trouvèrent en ce même lieu, et nous le devons croire, car il était très-raisonnable que ce lieu, qui avait servi à la naissance du Fils de Dieu, servît aussi à sa [ircmière manifestation. Cherchons le Fils de Dieu pendant cette octave, avec les rois en cette demeure. V.n sa naissance il s'était donné au monde, mais il ne s'était pas donné à connaître au monde, et il y a, ce me semble, quelque dilférence entre sa naissance et sa manifestation. Mais en ce mystère des rois il se manifeste au
monde cl se donne h ( nnnatlre : Fi/redintur ul sjilrnUnr ju»fu» rjus, et Sahntnr cjus ul lamjms acnudnlur. {Jsn. i.xii, 1.) Le Fils de Dieu, dans sa naissance éternelle, a plusieurs ipjalilés et plusieurs firopriétés : il naît comme le Fils du Père, le Verbe du Père, la splendeur du Père, Sfthnd'tr palernœ (jloriœ [Ùebr. i, 3), et pareillement dans sa naissance temporelle, il y a plusieurs (piailles et propriétés, et l'une d'icelleest d'être lumière ctsplerjdeur : Kijredialur ni gpleudur JHstiis tjug, non-seulemefit en si\ personne divine, mais encore en son humanité. C'est ainsi (ju'il mu semble (pie saint Augustin explifjue ( e texte : Qui videt me ridei et Patrem (Jonn, xiv, 9), pour autant (pi'il y avait une telle splendeur imprimée dans l'hiimanité, que nun-seiilenienl la personne divine du Fils de Dieu, mais encore celle même humanité manifestait la divinité et la personne du Père. Or c'est en ce jour (pi'il commence à (laraîlre en celte qualité comme lumière, comme s|ilendeur, se donnant à connaître au monde. Et puis'^u'il commence à donner celle grAce au monde de sa manifestation, nous devons avoir soin de la demander. Oh I quelle grâce ipie celte manifestation! oh! (pi'elle est digned'être recherchée ! et c'est aujourd'hui qu'elle coinmencfi solennellement en la personne des rois et de tous ceux que ces rois représentent, et dont ils sont comme procureurs établis par la mission que leur a donnée le Père éternel, et c'est aujourd'hui qu'elle commence, nonseulement par lumière, par connaissance et adoration de Jésus, mais aussi par effets puissants de liaison et appartenance spéciale à sa divine personne.
III Le Fils de Dieu ne se manifeste pas seulement ici comme homme, mais encore comme Fils de l'homme et comme enfant; et c'est en cet étal que les rois le trouvent : Jnvenerunt puerum {Mat th. ii, 11); et c'est la deuxième chose que fious devons considérer en ce mystère. Le Verbe éternel se jouvait faire homme sans se faire fils de l'homme, sans avoir aucune relation aux hommes, mais seulement à Dieu, et les hommes n'eussent eu aucun sujet de se plaindre s'il l'eût fait; car même cela a|»()artenait en quelque manière à la dignité dé ce mystère, lequel étant tout divin, devait être référé seulement à Dieu et non aux hommes, et c'a été un excès de la bonté et mi>éricorde de Dieu envers les houimes, d'avoir voulu qu'un œuvre si grand, si digne et si divin, et qui mériterait de n'avoir relation qu'à lui seul, fût néanmoins référé aux hommes. Le Fils de Dieu jiouvail venir au au monde en état d'homme parfait comme un autre Adam; il pouvait fain; cela par sa puissance ; néanmoins il n'en a point voulu user comme il en avait usé pour Adam. Il a voulu se faire Fils de l'homme et venir par voie de naissance, d'enfance, d'infirmité, d'indigence et déjiendance, et tout ce qui suit cet état. Or, comme le Fils de Dieu pouvait se faire homme sans se faire Fils de l'homme; aussi, il ['ouvail venir au monde
OECVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
comme homme et comme fils tle l'homme, et attendre à se manifester, qu'il fût homme parfait, ou [)0ur le moins ditrérer sa manifestation au temps de son adolescence, là où au contraire il a voulu cacher son adolescence dans la vie commune, ordinaire, serviie et travaillant dans les oftlces les plus vils et les plus abjects, et se manifester en l'enfance. C'est une des grandeurs de son enfance qu'il ait voulu être premièrement connu en icelle, et que sa première et sa plus augiKle manifestation fût en celle enfance, en laquelle il s'e^l donné à connaître aux grands et aux sages, non-seulement en ses grandeurs, mais encore en ses abaissements, parce que non-seulement il se donne à connaître comme Dieu et comme Fils de Dieu, mais encore comme hoinnie et comme tils de l'homnje, et nous devons aussi avoir soin d'adorer et reconnaître ses grandeurs avec les rois, dans cet abaissement et cette humble enfance.
IV. Nous devons chercher et trouver le Fils de Dieu, nous le devons chercher et trouver : Et invcnerunt puerum; mais ce n'est pas assez, il ne le faut |)as trouver seul, il le faut trouver avec la Vierge sa Mère, cum Maria matre ejus : et c'est la troisième grâce que nous devons considérer en ce mystère. Les mystères du Fils de Dieu ne doivent pas être seulement considérés comme actions qui fiassent, mais comme vives sources de grâces et de grâces particulières, selon la diversité des mystères; et il est à propos de savoir que la grâce propre à ce mystère est une grâce de manifestation de Jésus avec Marie, et de Marie avec Jésus. Il y a plusieurs manières de s'appliquer à la sainte Mère de Dieu, de prendre liaison à elle, d'appartenir à elle : et il y a aussi plusieurs manières par lesquelles nous pouvons nous lier au Fils de Dieu ; mais la grâce de ce mystère est une grâce toute particulière qui ne nous donne pas à connaître le Fils de Dieu seul, mais le Fils de Dieu avec sa Mère, qui ne nous lie pas au Fils de Dieu seul, mais au Fils de Dieu et à sa Mère tout ensemble : [nvenerunt puerian cum Maria matre ejus. Cette grâce les regarde tous deux ensemble, et non l'un ou l'autre séparément, et nous devons avoir soin de la recueillir de ce mystère avec les saints rois durant cette octave. Les mages regardaient d'un même regard Jésus et Marie; ils ne pouvaient voir Jésus enfant qu'aussitôt ils ne vissent Marie sa Mère; et c'est une des grandeurs et une des bénédictions de la sainte Mère de Dieu, que son Fils se soit voulu manifester en un âge et en un état qu'il était obligé de la manifester avec lui, parce que l'enfont n'est subsistant que par sa mère, et par une dépendance continuelle des bras et du sein de sa mère. En l'honneur donc de ce mystère et à l'imitation de ces saints rois, et" du Roi des rois qui est tout en la disposition de Marie, qui est tout tourné vers Marie, nous devons recueillir le fruit (Jéliciejix d'une a[)partenance spéciale à Marie, d'une relation de tout ce (jue nous
lOiO
sommes h Marie, d'indigence d'elle, de déf)en<iance d'elle, de ses |)OUvoirs et de ses vouloirs.