‹ Œuvres complètesChapitre 2 sur 540 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

DU CARDINAL DK BEKULLK

PAU CAUArClOlJ.

Sanaissance. — PitMTC de Bt'Tullo naquit le k ft'vii(>r I57.*>, au cliûlcaude Sérilly, près (le Tro.v^'s cti (]liain|ingue. Son |)èrc', Claude de Bi^rùlle, (onseilkT au parleinenl de Paris, et s.*: mère, Couiso Séguier, fille du président ^ mortier, et tante du eliarnclier, ne lurent [uis moins illustres par leurs vertus, tpu' par leur noblesse el |tar leurs alliances : jaloux de revivre dans leur (ils, ils reuiplir(M»l son eœur de la piété la plus t<!ndre. Bientôt on vil le jeune de Bérulle nercer les nuages de renfance, et se développer romnie une niante qui devait fructifier pour la vie éternelle.

Son enfance.— Il n'y eut ni phénomène, ni présage qui annoncèrent sa sainteté; mais il s'annonça lui-môme par une dévotion eitraordinaire. La prière et la lecture furent ses occupations et ses délices ; on n'apercevait que modestie dans sa conduite, recueillement dans son esprit, sagesse dans ses réponses. Le père , enchanté de ces vertus naissantes, en atlendaitavec joie la maturité, lors(]u'il fut enlevé par la mort. Cet événement devint pour le fils une nouvelle obligation de s'attacher h Dieu. Plus enfant de la grâce que de la nature, il consola luimême sa mère, et no s'affligea qu'en vrai chrétien.

Ses éludes. — Le temps des études étant arrivé, les Jésuites de Paris furent chargés de son éducation. Chaque régent trouva dans le jeune de Bérulle un exemple jtropre à contenir les éfoliers, et à leur inspirer de l'émulation et de la piété. Aussi ces Pères disaient-ils publiquement « qu'ils n'avaient jamais vu un esprit plus mâle et [)lus pénétrant, un jugement plus mûr, une mémoire plus heureuse, une dévotion plus tendre, et qu'enfin il faisait souvent de ses maîtres ses disciples. »

Sa piété. — Etudiant avec goût , priant avec ferveur, il perfectionnait tout à la fois son esprit et son cœur. Ami de la mortification, il accoutumait déjà son corps délicat à la pénitence et à la douleur. Jésus-Christ dans l'Eucharistie faisait sa nourriture et son trésor, et une dévotion des plus tendres envers la très- sainte Vierge manifestait son amour pour la virginité. Ses condisciples le trouvèrent souvent au pied des autels, et plusieurs ont assuré qu'il se levait toutes les nuits pour adorer Dieu.

Il est loué par ses maîtres. — Ayant quitté les Jésuites pour prendre des leçons dans l'université de Paris, il s'y signala d'une manière éclalanie. Jean Morel lui-môme , son firofesseur de rhétorique au collège de

OEUVRES COMPL. DlC DE BeRI'LLE.

Bourgogne, le loue dans des vcr> latins que nous avons encore en main, el vante surtout sa piélé, sa douceur et ses succès dans les études, l'n tel éloge n'est pas suspect.

Le P. Kustache de Saint-Paul, Feuillant et docteur de Sorbonne, ra|)|)0rte que l'avant interrogé sur la dépendanve oCj les créatures sont à l'ég.ird île Dieu, il lui répondit d'uni; manière si solide et si sublime, qu'il n'y avait que Dieu qui |>ût lui inspirer ses réponses. Il étudiait alors en logicjue.

A mesure qu'il croissait en Age, son goût pour la théologie se développait d'une manière surprenante. Il dévora toutes les difficultés de la fihilosonhie uour arriver plus tôt à cette science qu'il brûlait de connaître. 1! sentait que, Jésus-Christ et ses mystères eu étant le principal objet, il y trouverait ses délices et son trésor.

// se choisit un directeur. — La Providence, qui veille spécialement sur les élus, lui fil alors connaître dom Beaucousin, vicaire des Chartreux de Paris : c'était un de ces hommes rares, dont la piélé, sim[>le et mâlo comme l'Evangile, servait de boussole aux justes et aux pénitents. Quoique solitaire, il savait mieux qu'aucun directe'y guider les gens du monde <lans les voies"du salut. Habile à discerner les opérations de la grâce, il entrevit tout ce que le jeune de Bérulle deviendrait un jour, et il le chargea en conséquence de voir une personne dont l'âm;' était déchirée par des peines intérieures, et de lui donner des conseils. Celte démarche réussit, le calme revint, elM. de Bérulle sortit victorieux d'une entreprise od plusieurs savants avaient échoué.

// emploie le temps des vacances à la méditation et aux bonnes oeuvres. — Il n'y a point de temps que le juste ne mette à profit. Sitôt que les vacances arrivaient, le serviteur de Dieu se rendait avec sa mère au château de Sérilly ;et là, dans une profonde méditation des mystères,il s'essayaità celtevie spirituelle et merveilleuse dont il nous a donné les fruits. Il se retirait dans un bois, où n'ayant pour maîtres que des chênes et des hêtres, il contemplait en silence la Divinité; ensuite il lisait, il priait; et exerçant sa charité à l'égard des malheureux etsurtoutdes malades, il se multipliait en autant de secours qu'il trouvait de besoins. Rien n'était plus admirable que de voir l'heureux accord d'une mère et d'un fils qui s'excitaient mutuellement à méiiter les biens immortels.

Lorsqu'il eut atteint 1 âge de dix-sept ans il parut un docteur consommé dans la science du salut : tout en Jésus-Christ, il

VIE DU CARDINAL DE BERULLE

n'aimail que les exercices qui lui rappelaient la vie de »,e divin Sauveur. Il forma le dessein d'enlrer dans quelque ordre religieux, mais la Providence, qui le réservait à des œuvres extraordinaires , n'en j)ermil pas l'exécution.

Son humilité. — Malgré ses talents et ses progrès, il ne voulut jamais soutenir d'actes j)ul)lics. ni prendre de degrés; et si, h l'âge de dix-huit ans, il donna un petit Traité de l'abnégation intérieure, ouvrage rempli de science et d'onction, ce ne fut que par obéissance pour son directeur. On ne manquait j)oint de l'appeler à toutes les assemblées de piété, et à toutes les conférences qu'on tenait pour la conversion des hérétiques. 11 semblait qu'il avait l'art de se multiplier: dans les églises^ dans les prisons, dans les hôpitaux, il ne cessait de s'occuper de son salut, et de celui du }7rochain.

Caractère de sa piété'. — Cependant sa piété n'était ni au>tèreà l'extérieur, ni inquiète, ni incommode. Doux par caractère et par réflexion, il montrait sur son visage toute la sérénité de son ân)e, et toute sa candeur. Ses réprimandes n'avaient ni aigreur, ni amertume. Ceux qui le servaient trouvaient un père en lui plutôt qu'un maître.

// abandonne V étude des lois pour se disposer au sacerdoce. — Sa mère voulut le charger des affaires temporelles, mais il n'y

(1) < M, r« Berulle paraissail fort jeune, » dit elle. « et comme à l'âge de dix-sept à dix-liuil ans,

10 squ'il pliil à la divine Providence de m'amener à Paris, où j'ariivai pleine de doulenr, ayant appris qtre IrO's de mes sœurs s'élaicnl faites calholiqnes, el que raon fiè'" unique s'éail r ndu Capucin. Cela ne me taisait pas peu craindre le même malheur où je les croyais, el l'amour que je portais à ma mauvaise reli|;ion, pour laquelle j'eusse souliaiié mourir comme je désirais y mourir, redoublait lellemenl ma crainte, que je n'avais repos ni jour ni nuit. Mais n'ayant pu éviter une occasion <|iii m'oblii^ea de vi-nir a Pans vers mes sœurs, je me mis au moins si fori sur nés gardes , et j'apiorlai une si grande aversion à leur changement, que je ne les pouvais voir de bon œil, et que j'avais bien de la peine à les soullrir. Toutefois Dieu , plus àoigi:eux el plus amoureux de mon salut que je n'étais passionnée pour ma ptrle, m'anèta au lit par un excès de charité en\crs moi, el m'envoya une maladie pleine de miséricorde, qui, facililanl à son serviteur l'allaire de ma conversion, lui donna même espérance dequehiue plus grand succès, car il avait déjà tenté diverses voies inutilement. Lu peu après que je lus arrivée à Paris, il feignit que j'étais sa parente , pour donner prétexte a l'assiduilé de ses visites, et

11 les continua plus de six mois sans se rôbuter, quoi(|ue jf. lui eu donnasse lous les sujets que je me pouvais in)aginer. Comn.e je connai:>sais sa manière de heurter à la poi le, (|ui élail de frapper loin à loin, à cause (^u'il lisait quelque livre en altendanl qu'on lui vînt ouvrir, je prena s plaisir à le l'aire aliendre longtemps à la porle. D'autres lois je teignais avoir i|uel(|ue commission d'un mien oncle huguenot, el (|ue j'étais pressée de l'exécuter; o'i je me cachais en quelque, coin du lugis, sans que personne sut où jetais. Et loulelois sa chariré lui bi lorle, que rien de tout cela ne put jamais l'alfaiblir; mais qu'au contraire mes inventions el mes défaites, ma résistance ei mon opiniâtreté lui donuaicni de uouvelles forces. Quelque soin que je

consentit jamais. Le saint ministère auquel il se préparait l'avait déjà rendu un homme tout céleste. Implorant pendant sept années tous les secours du ciel |)our former un ecclésiastique selon le cœur de Dieu, il devint une victime de i)énitence, avant d'offrir celle de propitiation. Ses parents traversèrent ses j)ieux desseins, et le forcèrent à entrer dans la magistrature ,mais sa docilité ne leur servit de rien. Malgré la vivacilé de son esprit, i il ne réussit point dans la jurisprudence. 11 ! avouait lui-même qu'il n'avait d'attrait que pour les études pieuses ; c'est le tétuoignage que lui rend M. de Salette, évêqne de Lescar, qui avait été son condisciple. « Le jeune de BéruUe, dit-il, ex[iliquait le paroles de l'Ecriture sainte avec une telle clarté, et en découvrait le sens avec tant de facilité, que vous eussiez cru que lui seul enavaitia clef.» Il convertit les hérétiques. — Les hérétiques qu'il convertit en ditTérents temps conlirment cette vérité. Le premier fut un président du parlement de Pau, qui malgré son orgueil et son obstination, vices ordinaires j des protestants, ne put se refuser à l'évidence ; il abjura solennellement ses erreurs. Des familles entières imitèrent cette conversion, et quatre demoiselles de la maison d'Abra de Raconis entrèrent dans l'Eglise avec docilité ; une d'entre elles nous a laissé l'histoire de son heureux retour (Ij, et cette

prisse de ni'éch;ipper, il me surprenait tonjours ; lorsque j'y témoigtiais plus de répugnance, il se jelaii à mes pie is, et me conjurait de la pari de Dieu d'écouler ce qu'il avait à me dire, el tant sVii faut qu'il lut lassé de tous les exercice.s que je donnais à sa paiience, qu a>sez souvent il me venait voir so,r cl malin , quoique son lo^is fùi fort éloigné. Voyant cela, j>us recours à mes minislr. g comme à des anges tiuélaires, les suppliant de venir à mon secours et de me forlilionle leurs raisons (Outre les siennes; et non contente de medéleiidru de lui, j'enlrepris de ramener mes sœurs au l)erca 1 comme des brebis égarées. Pour cet efl'el je priai les ministres de faire une dispute où nous serions toutes, el propo.-ai aussi à M. (!e Bérulle de s'y trouver. Je me souviens à ce propos que je lui demandai i s'il ne se rangerait pas de notre côté, au cas que les minisires eusseiit l'avantage ; et (|uM me répondit en ces termes : « Quand ilsm';'U-

< raient vaincu , ils iraiiraieiit vaiiu-u qu'un pau- I vre pclil écolier, mais lEglise ne laisserait pas de

< demt urer ferme el moi avec elle. > Me voyant donc ah urtée à une conférence, il s'y oUVit volontiers, et il vint avec moi auprc^ de la chapelle du Brac, en l'Iiô el de Mme la duchesse de liar, sœur du feu roi Henri IV, trouver son ministre el l'altajucr jusque dans son fort. .Mais le ministre , qui n'avait pas su à qui il avait all'aire, demeura si bien renfermé dans sjii appai temenl (juand il l'eut aperçu par la fenélre , qu'il ne voulut jamais ouvrir, qnoKjue je lusse plus d'une demi-heure à ia poile a heurter. Ce miidslrc f.iible el fuyard, qui ;ivail manque à l'-issignaiion et à l'heure cpi'il m'avait doiine<', car je m'y leiidis poiicluelU menl , inc renC'>ntra le lei. demain , el feignant de n'avoir p.is vu M. de Bérulle, me demainia (jui était ce jeune homme qu'on avait vu avec moi dans le jardin; à quoi ayant répondu que c'était M. de Bérulle , il commença à invectiver cl à dire que c'était un p. lit mangeur de crucifix, el qu'il ne bougeait des enlise», ue liouvunl autre cbOiC à Llâuoer en lui

VIE DU CARDINAI. DK HKRl'LI.F.

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namlion est toute h l'nvnnlnge île M. do Hi^rufle, cloHl Dieu bénissait conlinuclloiiicDl le zMr l'I li's travaux.

On rend justice ù sa science et à son zèle.

que la raro piélo qu'il y dnvail lioïKirrr. Enfin Nolr«î-Si'igii('iir rn'urrt^la |)ar vviw iiialailio, ri C! fiil alors que M. de Kérullc rcloiiMa sa cliarilé rt sfs soins, «'l me pressa j^tlus (|Ui; jamais de me rendre à ia clane vérili'^ de IK^jçlise . que je ne pouvais plus désavoiuT, tant ses raisons (^laieiU manifeHles J-l

< onvaineantes. Il ne bo(i};eai( presque plus tlu

< lievetde uDHi lit, etpresipie loujouis à g>Mi()UX, sins qu'itn le piU faire asseoir. De uiuu lôie. je p.-rsixélais toujours à votiloir ceUe dispute, cr.ti^çnant «ouiMit; fille ignorante d'être trompée ; et les miiiisl-es persistaient à n'en vouloir poiiit nuir parler, re 'oulanl les efforts de celui qui icnail le parti de IKgl.se.ei rouiie lequel ils ne se pouvaient dérendre. Il se prétanla loutefois un surveillant qui Oi.iilen réputation parmi li's frères, qui eut ras>«uraitee d'entrer eu lice avec M. de llérulle ; mais ilés la seconde ré» onsu il fut tellement clonné , qu'il rendit les armes, et s'en alla en I appelant Soiltoiiiste, et mouiiil siiur de Héiullc demeura auprès de moi avec autant de paix qce si rien ne lui eût «•te ilit. Il en eût liieu soulT ri li'aulres pour le salut démon àme;el la longue persévérance à le rcclierclier paimi toutes les peines et toutes les résislauces que je lui faisais, en eiait un évident témoignage, lous mes garants m'a vaut manqué, je ne me iciidi<i pas néaumoins c; core ; mais je lui dis que s'il me pouvait assurer sur deux p<Mnts , l'un l'infailliltilile de l'b<-lise, l'autre la réalité du Fils de Dieu au saint sacrement de l'autel, je donnerais les mains et croirais tout le reste. Il le fil aussitôt et par éciit, ei avec tant de ilané et de force , que je ne pus m'opposer plus longtenqts à la vérité, et fus aussi aise de la voir victorieuse et triomphante de moi, que jusqu'alors je l'avais appréhendé. Sitôt que j'eus dit oui , on ne peut exprimei' les actions de grâces de ce serviteur de Dieu.it l'Iiumiliié qu'il piatiqua eu cette uccas.on. Il alla lui même chercher le péiiilencii r , et s'appli>|Ua jusqu'aux moindres particularités et circuns am es de ma pndcssiou de foi , comme si mon salut et le sien propre y eussent été aliacliés. Après que jVus fait uiun abjuration, il ne prit pas moins de soin de Jli'insiruire pour ma confeS'<ion, m'a|)p<u-tanl (te fois à autre ()uelque nouveau li\re pour m'en faciliter la piatique, qu'il eu avait pris puir m enseigner la (Cvoiion a l'avance, pendant que je trempais ercore dans l'hérésie. Car il la mêlait tellenieiil avec les controveises , qu'il m'avait encore plus ^'agitée par la piété «.hretieniie que par la lui catholique. Il me pailait des âmes consacrées à Dieu par les \œux solennels de la religion avec tant d onction et de grâce, que j'eusse souhaité pouvoir emporter l'un ei l'autre, comine deux riches joyaux en ma pauvre secte; et les discours qu'il me tenait sur ces ileux sujets ciiflamm;iieiil tellement mo.i cœur, que j eusse désiré, s'il eût éié possible, me faire religieuse sans me taire catholique. Aussi est il à leniaiipier qu'il ne coiivertiss.-.il jamais de personnes à ta fui s<iis les convenir à la pieté , ou au moins à une manière de vie qui élan beaucoup meilleure et plus dans la crainte de D.eu ijue Celle où ils étaient. Il me donna aussi tant et dé si bonnes iw>]>ositioiis pour la cummunion du sacré coips de Jésus,, que je reconnais IraïKliemeiit lui être obligée de toutes les miséricordes que ^otrc Seigi;eur m'a laites en la parucipatiou de -.elle luviiie \i.iiide, spécialeineiit en ma preuiiére Ci4(Uiiiuiiiou. Car il uaigna l'accompaguer de Ja iiCiine, et j'y reçus une si grande ass^urance de la j> esii.ce lecilj du Fils de Dieu , que j'ai toujours

— On rompie aussi le baron «Je Soli.nac, un lils lin gouverneur de Vcndôtne, cl surtout une «lame dos Hajtis, iV-lèbrc |ianiii les sectaires.'C'est ainsi (|uil convertissait les en-

rru depuis que s'il se pouvait f.iire qu'un huguenot fommuni.'ilen bon èiat.il rcionnaltrait par quelque expérience (|uelle dilTérence il y a entre sa chétive cène et la communion catholicpie.

Alors, comme un pasteur qui remporte la brebis égarée sur ses épaule» el convie ses amis à »e réjouir avec lui, il avertit ceux aux prières des(|uel« il avait rerouimandé raffairi.' de ma conversion, afin de joindre ensemble leur reconnaissance cl leurs actions de grâces. 11 me donna heure dans les (;apucihs pour cette première communion ; et bien qu'il y eût [in'paré mon àmeà loisir longleiiips auparavant, il le fit d'abondance le jour mèrne, m'élant venu voir au logis dès le grand matin, pour me remplir l'esprit de to-.il ce qui se peut dire de plus dévot e{ de plus saint. Après Ctia il me fit partir du logis, mais quelque temps âpre» lui : car il a toujours gardé inviolaldement celle coutume, de n'aller jamais par la ville avec femmes ni filles, pour pieuses qu'elles fussent. FMusieurs personnes de qualité el de piété se trou\èrent aux Capucins pour lémoigiier la pari (prell -s prenaient selon Dieu en l'œuvre de ma conversion : entre autres .M. d'î Itandan, abbé de Sainl-.Martin , el M. le cardinal de Sourdis. l'un el l'autre amis intimes de .M. de Bé • mile, m'y vinrent assurer avec autant d'humilité que de charité, qu'ils avaiei t employé leurs jirières et burs œuvres pour obtenir de Noire-Seigneur qu'il me fil la giàce de nte retirer de l'erreur et me donner la connaissance de la vérité. Dès aiissilol que j'eus communié, il procura que je reçusse le sacrement de coiiûnraiion, cl alla trouver pour cet effet Mgr lévéque de Senlis , qui me la conféra dès le lendemain. Voilà une partie des chai ilés qeej'ai reçues de ce serviteur de Dieu , dont mes paroles peuvent à peine exprimer ce que 'ous voyaient, el combien moins le feu d'amour et «c très-grand zélé qui le pressaient intérieurement de me gagner à Jésus- Christ! .Mais il y a encore une chose que je n'estime pas moins que ce que je viens de dire. Cesl que le voulant reinercier et lui disant quelgues paroles de reconnaissance, soudain il me ferma la bouche et me dit: Allez, un Ave Maria vaut mieux que tout ce que j'ai fa;l; joignant à l'excès de sachariiéiine humilité trés-proionde eiun entier oubli de soi-même el de ses bonnes œuvres. .Après qu'il m'eut acheminée jus(|u'à ce point, je le suppliai instamment de se charger de la conduite d>: mon àme, espérant qu'elle me serait d'aussi giande bénédiction que j'y en avais éprouvé jusqu'alors. Mais il ne le voulut pas, s'excusant sur sa jeunesse el sur ce qu'il u était pas piéire ; et il me mil sous la direction du U. t*. Benoit, Capucin anglais, homme de sainte vie. Cela l'ail, il me quitta c<>!iiine si jamais il ne m'eût connue, pour s'employer à d'autres conversions. Mais, néanmoins, quand ce b(»n Père s'en alla en Angleieire pour y chercher le marlyie, il me montra bien qu'il ne m'avait pas mise en oubli , et me mil sous la conduite de la bienheureuse sœur Marie, de rincarnation, laquell>{ méprit avec elle. El longiemps après l'oidre dis Carmél.ies étant établi en France, et la divine Pio- Yidence ayant voulu qu'il fût l'un des supérieurs, il me procma la bénediciion d'y être admise, et celle grâce qui, m'ayant donné une nouvelle connaissant; et UH plus vif resseniimenl de toutes les précétenles, m'a été un acheminement à une infinité d'autres, desquelles je lui suis et lui serai éternellement <d)ligce. > ( ^'ie du cardinal de Bérulle, par IIaiseiit, liv. I, tliap. t).)

Y lE DU CARDIiNAL DE BERULLE.

nemis de la religion, ilans un âge ou Ion ne pense ordinairement qu'à se pervertir. L'évt^quu de Lisieux disait à cette occasion, « que la France n'avait rien vu de semblable à la doctrine de M. de Bérulle, ni d'aussi solide j)0ur la réfutation des erreurs. I.a conversion des hérétiques, » ajoutait le cardinal du Perron, si bon connaisseur en ce genre, « n'est pas seulement un efTel de sa profonde science, mais de sa profonde humilité. »

// délivre une personne possédée du démon. —Il semble que le serviteur de Dieu était destiné pour paraître dans toutes les occasions qui exigeaient de la science et du zèle. Une personne de la ville de Reims, nommée Nicole, jouet des illusions du démon, paraissait se transformer en ange de lumière ; elle avait des ravissements, des extases; elle faisait des prédictions, et même opérait des guérisons qu'on croyait miraculeuses; en un mot, le prestige était tel, que ceux même qui venaient à dessein de s'en moquer, s'en retournaient enthousiastes. La vue de M. de Bérulle arrêta les progrès de la séduction. Le démon qui faisait agir et parler cette fille devint un démon muet, et la possession n'eut plus lieu.

Il se met en relruile pour prendre (es saints ordres. — L'âge requis pour la [)rêtrise étant arrivé, M. de Bérulle alla s'enfermer chez les Capucins de la rue Saint-Jacques (il n'y avait point alors de séminaire); et là, concentré f»endant quarante jours dans la prière et dans la pénitence, il demanda instamment à Jésus-Christ à ne vivre que de sa grâce, à n'agir que par son esprit, à répandre son amour dans tous les cœurs, et à se consumer entièrement au service de son ïlglise. Il célébra sa première messe le 5 juin 1599, et jamais sacrifice ne fut offert avec une piété plus vive et plus tendre ; ses larmes s'unirent au sang du divin agneau, pour arroser l'autel de propifialion.

5a dévotion au saint sacrifice de la messe. — 11 n'invita ni parents, ni amis, voulant être tout à Dieu dans celte auguste et redoutable fomtion; il se contenta de leur écrire quelques jours après, « qu'ayant reçu le sacerdoce, il ne lui restait plus rien à désirer sur la terre; que cet état l'engageait à vivre dans la solitude et à faire de nouveaux efforts pour acquérir une pureté toute céleste. »

Cette ferveur ne fut [loint passagère; |)énétré de sa nouvelle dignité, il en sentit chaque jour toutes les obligations, et il les remplit. 11 paraissait comme en extase toutes les fois qu'il célébrait les saints mystères, et l'on ne peut douter que ce fut alors qu'il recueillit les idées sublimes dont ses ouvrages sont remplis, et qui nous représentent si éminemment les grandeurs de Jésus - Christ. Lorsqu'il pouvait se livrer aux transports de sa dévotion, tous ses sens paraissaient anéantis; il n'y avait plus que sa foi qui le soutenait et 'qui l'animait. Chaque saint eut un don [articulier ; celui de M. de Bérulle fut une communication intime avec

Jésus-Christ, et la grâce inestimable de n'agir que par lui, de ne vivre que de lui, et de s'immoler continuellement avec lui.

Ses liaisons avec les personnes de piété. — Cette piété singulière envers notre divin Sauveur le mit en société avec les personnes les plus vertueuses de son siècle, et surtout avec Mme Acarie,dont la France admire la sainteté. Fille d'un maître des comptes de Paris, elle entra dans les Carmélites, après la mort de son mari, où elle donna les exemples de la plus parfaite pénitence. Digne d'être associée aux saintes femmes qui suivirent Jésus-Christ, elle ne se sépara jamais de sa croix, et elle en reçut tant de grâces et de lumières , que Phislorien de sa vie rapporte des miracles et des l)rédictionsd'un genre extraordinaire. Il n'y eut point de bonnes œuvres auxquelles sa charité ne prît part, soit en les aidant, soit en les perfectionnant, et le plus souvent en les faisant naître. Son crjuragese ranimait au sein même des obsta'cles, et son âme toujours saintement occupée, n'apercevait que Dieu digne de ses pensées et de ses regards.

// pense à quitter le monde. — // se relire à Verdun pour y consulter Dieu. — II n'y avait pas trois mois que M. de Bérulle était ordonné , que ses premières idées sur la vie religieuse commencèrent à se réveiller, et qu'il se re[)résenta cet état comme devant enfin fixer ses perplexités. Se croyant inutile aux autres, il voulait au moms tâcher d'être utile à lui-même ; le Chartreux st)n directeur ne lui conseillait cependant point la solitude; mais qu'il est difiîcile de calmer une âme timorée qui ciaint de manquer à sa vocation 1 11 consulta Dieu pendant une année, et il partit ensuite pour Verdun. Ce voyage avait pour objet défaire une retraite soùs les yeux du P. Magius, provincial des Jésuites, homme très-pieux et très-éclairé. A peine eut-il commencé ses exercices de piété, que Jésus-Christ, sa lumière et son guide, lui découvrit, pendant la sainte messe, qu'il l'appelait à un changement d'espr t plutôt que d'état ; qu'il le réservait à une œuvre importante qui ne l'attacherait à aucun ordre religieux, mais qui en exigerait toutes les vertus; qu'enfin il ne devait faire aucun choix, mais s'abandonner uniquement au sien. Je vis cette réponse, dit Al. de Bérulle lui-même, comme si je l'eusse lue sur le papier.

// connaît quil nest point appelé à l'état religieux. — Ainsi il sentit une main toutepuissante qui arrêtait son sacrifice; et les lumières qu'il reçut dans sa retraite se trouvèrent [larfailement conformes à celles du P. Magius, qui, malgré toute la peine qu'il avait de laisser échapper un aussi grand sujet, lui dit : '< Je ne sais quel peut être le conseil de Dieu sur votre âme, mais il ne vous appelle i)as dans notre compagnie >» Ses liens furent ainsi roujpus par ceux mêmes qui avaient intérêt à les resserrer.

On craignait -beaucoup à Paris de ne plus revoir le serviteur de Dieu, et de perdre <io

MK Dl. CAUDINAL I)K IIKULLI.K.

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vue iJi's exemples (|iii iiispirnienl et nourrissaiciil la \nhé. Doiii IttMiicoiisiii calfiiait les esprit^, et ne ressnit d'ii.sstirer <|iie M. de l>(Wulle ii'iMail srtreiiK'iil point appelé <i l'élal religieux, mais (ju'iin jour il Inrmcrail une (■ongrt'),',ati()n de pitMres, h rexem|»lt! du hienliemeux l'Iiilippe de Néri. La suite a l'ail voir que ce saint solitaire parlait eu hoiume inspiri'!.

// rsi appelé à Fontainebleau en qualUé d'hahile coniroversiste. — Il y cul alors une eélèhre eonfL'reure à Fontaini'hleau en nrési'uce du roi môme, entre le rardinai du l'erron, el du l'le»sis Mornay, fameux calviniste. M. de IWruile y fut a|)pelé, et parut avec éclat. Il communi([ua môme au roi la méthode qu'on devait employer. Le sieur Sainte-Marie ilu Mont fut convciti dans cette mémorable asseud)lée, el le monarque chargea M. de Bérulle d'achever ce grand ouvra^îc. Ce ne fut pas la seule marrjue «le confiance de la part de Henri \\ ; il voulut que le jeune conlroversiste se rendit 5 Troves, el assistât un l'ùre Jé>uile dans une conférence avec '.:n ministre. 11 fui encore député pour Sczanne en Brie ; et les protestants, qui avaient « leur lôte le sieur du Moulin, y reçurent une telle confusion, que faute de raisons ils eurent recours aux in- 'ures.

Nouvelles conversions opérées par le serliteur de Dieu. — M, de Bérulle se félicitait de participer aux opprobres de Jésus- Christ, el il ne fut jamais plus content que lorsqu'il se vil obligé de cacher son nom devant les hérétiques qui le redoutaient. Son humilité trouvait son compte à n'être pas connu. Lorsque M. de Lésigny, gentilliomme âgé de 80 ans, eut scrupule de mourir dans une religion qui n'était guère plus ancienne que lui, ce fut encore M. de Bérulle qui linil cette œuvre à l'avantage de IK^Iise et au grand désespoir d'un mifiistre qui se trouva | résent cl qui ne savait que déclamer. Il convertit aussi M. le comte de Laval ; et s'éiant enfermé avec lui aux Feuillants, il l'iiistruisil el l'initia dans nos divins mystères. M. de Séchelles, madame de Mazencourt sa sœur, le baron de Vignolles, M. Berger furent aussi sa contiuéte, comme ils sont maintenant sa couronne.

Mais l'abjuration la plus éclatante fut celle d'un nommé Belin, gentilhomme de Saintonge, el de son épouse, tous deux héréti(}ues invétérés. Il les rendit bons (Catholiques, el, chose peut-être encore plus rare, bons Chrétiens, sans employer d'autre moyen que celui de la conversation. Dieu donnait à sa parole une vertu toute-puissante. La grâce descendait dans les cœurs, à mesure qu'il éclairait les cspiils. Ti ansformé en Jésus-Christ, ne res()iranl que ses mystères et ses maximes, il paraissait un homme tout divin : il n'avait point d'autre langage que la charité. Lorsqu il apprit que son professeur de fihilosophie passait à Bâte en qualité d'apostat, il fut pénétré de la plus vive douleur : il en écrivit au célèbre Frant^ois de Sales, von ami intime, el, par un

(•iïet vraiment miraculeux, la brebis égarée revint au bercail.

// nfusf dm évéïhés. — Ces conversions retentissaient jusqu'.>j la cour. Le roi lui olfril des évêchés, el employa jusqu'aux menaces pour vaimrc sa résistance ; mais tout fut inutih; : il répondit (|uc si on le pressait davantage, il se verrait contraint à s(»rlirdu royaume. Le roi, frappé de ses vertus, el surtout de ce désintéressement dont on voit peu d'exem|)les, disait h ceux qui l'environnaient : « (Considérez bien cet homme-lh, c'est un saint; iJ a encore sa i)remièro innocen(;e, »

// ne parait à la cour que lorsqu il y est appelé. — \\ n'allait jamais à la cour qu'il n y filt forcé, et sa délicatesse était si grande sur ce |)oint, que se trouvant à Fontainebleau la veille do la l'entecôie, il en partit sur le so r. Il savait que l'FCsprit-Sainl ne s'allie ni avec le tumulte du monde, ni avec celui des passions, et (juun ecclésiastique respire un air contagieux lorsqu'il reste à la cour sans un besoin réel ou par des vues d'intérêt.

Son talent pour diriger les âmes — Son talent jiour la direction des âmes répondait h son immense charité. Propre à enseigner les ignorants, à encourager les faibles, à tranquilliser lésâmes agitées, 5 amollir les cœurs endurcis, il s'épuisait et se multipliait; il s'a[)pliquait surtout à détruire l'homme extérieur el à former Jésus-Christ dont il était tout remi)li. Ne s'écartant jamais des véritab'es règles de la [fénitence, il é()rouvail les pécheurs, et celte conduite est d'autant plus admirable, que la plupart des ministres ne savaient alors que délier. Il distingua toujours l'esprit de l'homme de celui de Dieu, et il fut l'apôtre de la grâce en faisant connaître el goûter ses dons efficaces et merveilleux.

« Pau\re âme, » écrivit-il un jour à une personne déchue de sa |)remière ferveur, « jetez les yeux sur l'amour de Jésus-Chrisl, sur ce qu'il a fait el soulîert pour vous : il est encore subsistant et puissant pour renaître dans votre cœur. Je voudrais me réduire en cendre, el 5 quelque chose de plus abject, et pouvoir albimer el conserver dans tout votre être cet amour naissant, vivant et mourant; naissant dans une crèche, vivant dans la pauvreté, et mourant en une croix pour être aimé de vous éternellement. N'auriez-vous point d'amour pour cet amour, el seriez-vous, au contraire, susceptible d'atfections étrangères, viles el périssables ? »

On voit que dans la conduite de M. de Bérulle tout est réfléchi, salutaire el précis. Démêlant les besoins véritables des imaginaires, il n'accorde rien à la curiosité ou à l'ennui. En vain on le sollicita de diriger une dame de la cour qui croyait avoir envie de se consacrer à Dieu : «Rien de plus difficile, «répondit-il, o que d'arracher une âme sensuelle aux délices d'une cour oiî tout flatte les sens, {)0ur la faire entrer dans les saintes rigueurs de la pénitente et de 1 nu-

VIE DU CARDINAL DE BERL'LI.E

milité. » En offet, la conversion des grands dégénère souvent en spectacle, et il n'en résulte que des œuvres d'ostentation.

i // est charge par le roi (Vallcr en Espagne, et de conduire en France des Carmélites. — Le lem[)s était venu où la religion préparait à M. de Bérulle de nouvelles victoires et de nouveaux combat-^. Madame Acarie, insfiirée de faire venir en France des religieuses carmélites qui é lilia'enl toute l'Ivspagne, lui comniuniijua ce |)ieux dessein. M. de Sales, coadjuleur de Genève , ainsi ([ue MM. Gallemand et Breiigny, réllédiirent sérieusement sur ce |)rojet , jugèrent fenlrei rise très-utile, et s'assemblèrent en conséquence deux fois chez les Chartreux. On obtint l'agrérnenl du roi, et de M. de Bérulle fui chargé jiar le monarque de consonmier au [ilustôt celle bonne œuvre.

Le prieuré de Noire-Dame des Champs, dépendant de Marmoulier, parut un fisile ; propre à recevoir les Carmélites ; mais il n'était |<as facile d'obtenir le consentement û^is religieux et du cardinal de Joyeuse, leur abbè. Mlle de Longueville se chargea de la eommi'-sion, et réussit.

Il se rend à Tours. — ?J. de Bérulle se rendit aussitôt à 'leurs: il obtint ce qu'il désirait, et môme au (\e'h de se.s espérances ; car il gagna une Ame à Dieu, qui devint par la suite riioîineur des Carmélites : elle s'appelait dc5 Fontuines, et son père, quoique fort âgé, entra quelques années après dans l'Oratoire.

Dès que M. de Bérulle fut de retour à Paris, il se crut obligé d'aller à Vcrdiin. Il s'agissait de conduire dans un couvent (ie cette ville une personne qu'il avait rendue catholique. Il visita le monastère de Saint-Nicolas, pèlerinage fameux entre Nancy et Lunéville.

Jl reçoit des postulantes pour l'ordre des Carmélites. — L'élablissement dos Carmélites en France occupait [ilcinement son esprit. Les saints sont jaloux de réj)an(!re la sainte'é., Plusvicurs personnes respectables s'unirent au serviteur de Dieu, et l'on travailla sérieusement à préparer la maison destinée aux religieuses espagnoles. On assembla des matériaux, on pressa les ouvriers, on lit prier Dieu dans toutes les églises pour attirer la bénédiction du ciel , et l'on commença à recevoir des postulantes.

Entre celles qui se présentèrent, Mlle de Brissac, fille du maréchal de France , fit paraître une piété éminente. Elle trouva dans l'esprit et dans la charité de M. de Bérulle les moyens de faire consentir son père^ Il fallait [)laider les droits de la grâce contre ceux de la nature; et qui le pouvait mieux que notre pieux orateur qui n'avait poit)l d'autre langage que celui de Jésus-Christ ? j Mort de Mlle de lirissac. — Le Seigneur I agréa le sacrifice de sa servante, et se hâta I de la récom[)enser. Elle mourut deux ans I après, de la mort des prédestinés. M. de I Bérulle fit ses obsèques, et pendant la sé- I l'.ulture, il éprouva des consolations si sui jérieures, qu'il se croyait au ciel avec cette

[)ieuse âme, et qu'il n'en a jamais perdu )o souvenir. Ce fut alors, comme il l'avoua luimême, que , rempli du bonheur de l'autre vie, il crut entendre un<' voix secrète qui c«lma se.s inquiétudes, en l'assurant qu'il serait libre de refuser la place de précepteur du Dauphin qu'on lui offrait avec instance. Dieu, qui veut é|)rouver ses serviteurs, permet que les œuvres les plus s.iinles soient souvent exp. osées aux plus grandes contradictions. La démarche d'un roi qui demandait quelques Carmélites à l'Espagne, pour répandre l'esprit de sainte Thérèse et le perpétuer, ne paraissait pas une chose bien (lifficile à obtenir, et cependant les peines et les traverses se multiplièrent d'une manière qui alla jusqu'à la vexation. Les Carmes espagnols s'opposèrent de toutes leurs forces à la sortie de quelques pauvres religieuses, comme si l'on eût dû les transporter dans des pays infidèles. M. de Breiigny, qui s'était rendu d'abord à Madrid pour y "préparer les voies, ne pouvait rien obtenir.

// part pour VEspagne. — Ce fut au mois de février 1604 que M. de Bérulle partit avec M. Cauliier, avocat au grand conseil. Ils s'embarquèrent près de Nantes. Ce voyage par mer fut des plus périlleux : il n'y eut guère de jour sans fatigue excessive, ou sans danger évident. Le serviteur de Dieu n'avait d'autre crainte que celle de ne pouvoir aborder à temps pour célébrer la sainte messe, son élément et sa vie. 11 ne faisait attention ni à la rigueur du froid ni à la longueur du chemin, pourvu qu'il eût le bonheur de trouver une église, et de se nourrir de la chair de Jésus-Christ. Lorsque les curés lui refusaient la permission, il les suppliait d'une manière si humble qu'ils étaient obligés de céder.

Difficultés qu" il eut à surmonter pour obtenir drs Carmélites. — A peine fut-il instruit par M. de Breiigny de l'opi osition des Pères Carmes, qu'il alla trouver leur général. Tontes ses remontrances ne servirent qu'à faire voir sa sagesse et sa modération. Cependant, par la suite, ces religieux |)arurent se calmer, et le général assembla les défini leurs de l'ordre à Ségovie. Il y eut de grandes altercations , beaucoup d'obstination, et le chapitre ne termina rien.

L'heure n'était pas encore venue, et M. do BéruUe , toujours en prières, attendait le moment de Dieu. Il fit deux fois le voyage d'Alvapour y visiter le tombeau de sainte Thérèse, recueilli-r son esprit, et obtenir par son intercession la grâce qu'il sollicitait. 11 jetait principalement ses vues sur la nièce même de celle bienheureuse réformatrice, dont la ferveur semblait un miracle continuel; mais son grand âge fut un obstacle.

Les Espagnols le regardent comme nn saint. — Les circonstances exigèrent un voyage àValladolid, et le serviteur de Dieu, plein de ce zèle qui dévore, s'y rendit au milieu des plus brûlantes chaleurs. Cour ses, mémoireï , conférences avec les oppo.

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