‹ Œuvres complètesChapitre 3 sur 540 · VIF DU CARDIN · texte numérisé non relu

VIF DU CARDIN

sants, Idiit est employé. Los (llcrrs riiiticjirs, <!')iij;r(^{;<'ilioii h peu près .sornhlnl»!»; h ««-Ile ^lo^ Thé.ilins , se liùrrril p/ii ticuli^rctiicnl avec M. de Uiinille, cpji atliuii.i souvent leiic ver lu, en envi.nil leur sort. On cointncnrn (Jès lors h le regarder comme ut» saint; cl quoijHcsa messe duiâl trois (piarls d'heure, on s'empressn d'y assister. Il est vr.ii «pn; sa ferveur et ses ravissements (liaient comme autant de rayons miraculeux (pii se répandaient de toutes paris. L'Iiomme semblait (Jisparaîlre, et l'on cro\ail apercevoir un atif^'c h l'aulel; et celle impression se fit toujours sentir toutes les fois qu'il céléhra les saints mystères. Le V. Uibadeneira , Jésuite, (onnu par ses légetides , disait souvent h M. (laullier que son compagnon de voyage n//u<7 au ciel en poste, expressiftn »?spa{5nole, mais l)ien propre à caractériser le serviteur de Dieu.

Les dilll ullés ne faisant (pie s'accroître, M. de Bérulle crut devoir s'adresser au roi, qui était alors h Valîadolid ; il en reçut toutes les mar(jues de la plus haute estime , obtint le coiisentenicnt qu'il désirait, et Ufi ordre du nonce, adressé aux Cartues de Sa- Ian)anque. Cependant malgré ces permissions, dont le poids devait déterminer, on résista, el le procureur général des Carmes, tout [>ieux ipi'il élait, déclarait publiquement (pj'il irait pîulôt à Rome, que d'y acquiescer.

Jl obtient enfin les relir/ieuses qu'il désire. — Noire serviteur de Dieu re(Joubla ses prières; et comme s'il eût changé les cœurs, ce procureur même, qui paraissait inflexible, se re()entit de son refus, admira le courage de M. de Bérulle, et lui laissa le choix de six religieuses qu'il désirait emmener en France. On en prit trois à Salanianque, trois à Avila : les habitants, qui regardaient la présence de ces saintes filles comme la bénédiction de leur pa,> s, furent piêis à se révoller.

Les Carmes rendent justice à son zèle. — Ainsi se termina cette affaire, qui coûta tant de peines et tant de soins; affaire dont les détails, quoique su|)erflus en apparence, prouvent évidemment le zèle, la i)atience et la sagesse de notre héros chrétien : aussi les Carmes mêmes furent-ils obligés d'avouer qu'on ne pouvait assez louer la vertu, la persévérance et la force d'e»|»rit de M. de Bérulle, et qu'il y avait dans sa conduite (^uel(|ue choso de si puissant et de si merveilleux, qu'il fallait enfin céder. Nous reconnaissons donc, ajoulèrent-ils , que nc-us avons été pressés intérieurement de la part de Dieu même, de déférer aux volontés do son serviteur.

Son retour en France. — On évita de passer à Valîadolid, dans la crainte que la cour ne fût un nouvel obstacle, ou tout au moins une occasion de se dissifier. M. do Bérulle alla simplement remercier le roi, dont il reçut le plus gracieux accueil. Il y avait des dames françaises qui , de concert avec les religieuses espagnoles , ne cessaient de cliaiiler des psaumes et des hymnes, et de

AL DE DERULLE. ti

réciter des prières. Kllcs essayeront plusieurs (fMXre-temps ek [)ltt:>ieurs dançers, surtout <'i l'entrée de la Biscaye; mais la I'|•ovidcllct^ veillait.

// rend compte au roi de sa mission. — Introduction des Carmélites à Paris. — Lors- (pi'ou fut airivé à Bordeaux, M. de Bérulle» se luUa d'aller informer Henri IV, ijui était à I'r)ntainebleau, de riicureui succès (le son voyage; de Ih il se rendit à l'aris, el il^ y ordonna les préparatifs convenables à la réception des religieuses. Elles descendirent d'abord chez iMile de Longueville, qu'on peul apjieler leur fond.itrice en France, el (pii les «onduisit h .Montmartre et à Saint- Denis, pour les mellre sous la protecliou de laj ôlre du royaume. On les installa lejour suivant dans leur nouveau monastère, ce fut le 18 octobre 1605. Le Pape accorda des bulles, non-seulement pour cette maison, mais pour tous les couvents qu'on érigerait en France, et il nomma .M. de Bérulle chef de cet ordre naissant.

Les Carmélites édifient la France par leur piété. — (Juand le royaume ne devrait que cet avantage au serviteur de Dieu, il l'e pourrait ôlre lro[i reconnaissant. L'élablissemenl des Carm(^lites devint un germe de; salut et de béiu';di(lion. Le monde, lout profane qu'il est, fut étonné de la ferveur el do l'auslérilé de ces saintes filles , dont l'exemple a été suivi par les personnes de la plus liante naissance. On eût dit que sainte Thérèse elle-même éiail venue revivre eu France, et que son âme y animait toutes ses disciples; il est vrai que M. de Bérulle n'interrompit ni ses travaux, ni ses veiUes f)Our conduire celte œuvre à sa perfeclioo. Uniquement af)pliqué à s'anéantir aux yeux de ces religieuses qu'il dirigeait, [tour in:primer dans leur cœur Jésus-Christ et >es mystères, il ne prêchait que la pénitence et la charité ; aussi disaient-elles continuellement, « que leur bienheureuse mère n'eût jamais voulu d'autre conduite que la .tienne, si elle l'eût connti. »

Zèle de M. de Bérulle. — L'année 1G06 fournil un nouveau moyen de faire paraître; aux Carmélites un zèle à toute épreuve. La peste alors fut si terrible dans Paris, que chacun se retirait à la campagne, et qu(î celle ville immense semblait être un désert. Le serviteur de Dieu demeura ferme au milieu du péril, et il répondit à ceux qui le conjuraient de fuir : « Je suis le pasteur des Carmélites, et je dois sacrifier ma vie pour mes ouailles. » Il fit plus, il vint à Paris dans une autre occasion où ses jours se trouvaient en danger. II élait ce[)endant d'une compleiion irès-dé^icate, et même il fut malade à son retour d'Esjtagne pendant six semaines; mais il ne se crut incommodé qu'un seul jouF, celui où il ne put célébrer les divins mystères, et oii un violent frisson l'arracha de l'autel, la source de ses richesses et de ses délices : des accès de fièvre de quatorze à quinze heures, des lassitudes accablantes, des insomnies cruelles ne pouvaient l'empêcher d'aller se nourrir de soq

VIL DU CARDINAL DL DERL LLE

Dieu. Le lué.Iedii disciit, « que In grande dévotion de M. de Hérulle au sacrifice de la sainte messe, ainsi que l'amour ardeiit qu'il avait pour les maximes et les mystères de Jésus-Christ, réjiaraient tout ce qu'il faisait contre les lois de la médecine. » Jésus- Chsist, en effet, était son unique consolalion, son trésor et sa vie.

// fait un voyafje à Dijon. — // visite le bienheureux César de Bus. — Saintement édifié des vertus de? Carmélites , dont la piété retraçait la ferveur des premiers siècles, il fit un voyage à Dijon pour leur y procurer un établissement. Le seul moyen qu'il employa fut l'humilité ; car malgré ses alliances avec plusieurs conseillers de la ville, et ia ré(iutation de sa sainteté, il voulut demeurer inconnu. Il se contenta de présenter une requête , connue s'il n'eût ou ni protection ni a|)pui, et pendant qu'on délibérait sur sa demande, il alla à Avignon voir le bienheureux César de Bus, instituteur de la Doctrine chrétienne, cette congrégation dont l'Eglise a retiré tant d'avanges. Il fut bien aise de conférer avec ce saint homme sur les moyens de ressusciier en France l'esi rit sacerdotal.

7/ obtient l'établissement des Carmélites à Dijon. — De retour à Dijon, il trouva ses souhaits accomplis , la ville prèle à recevoir des Carmélites. Deux religieuses esjiagnoles furent députées pour faire cet éiablissement; et comme elles se trouvèrent dans l'embairas jour se confesser à Pâques, n'ayant point encore de directeur qui pût entendre leur langue, M. de Bérulle vint de Paiis en poste, arriva de grand matin, et les confessa.

Rien n'était capable de rebuter ou de retarder cet homme vraiment apostolique, lors- <qu'il croyait le devoir marqué. Il consulliiit continuellement Jésus-Christ, et il ne se décidait et ne répondait que lorsqu'il avait a|)prisdece divin maître ce qu'il devait faire et enseigner.

Citons quelques endroits de ses Lettres aux Carmélites. Les grands hommes n'ont besoin que d'eux-mêmes pour se faire connaître et admirer.

// écrit aux Carmélites. — « Vous devez toutes, » leur écrit-il, « regarder Jésus incessamment, et le regarder comme celui qui est tout, et vous considérer vous-mêmes comme n'étant absolument rien. Plus vous aurez ces idées, et plus vous serez proches de l'élat heureux et éternel où se doit consommer notre éternité ; car alors Jésus-Christ remplira toute notre capacité; au lieu que sur cette terre il y a du vide, et nous sommes souvent remplis de nous-mêmes. Je vous souhaite un esprit lié d'amour et de respect à Jésus et à sa très-sainte Mère; un esprit qui le possède et qui en soit pleinement possédé.

'( Nous devons traiter avec toutes, dit-il ailleurs, soit par lettres, soit [)ar paroles, soit par nous-mêmes, soit par autrui, et nous devons pourvoir aux besoins de chacune (l'entre vous, avec un soin aus.-i vi^ikinl

que si Dieu ne nous avait chargé que d'une seule àme. Aus>i le Fils de Dieu, notre vie, notre salut et notre exemplaire, est mort |)our tous, ce qui fait dire à saint Paul, celui qui nul aimé, et s'est livré pour moi. ( Galat. 11, 20.) Nous devons donc penser à ce divin Sauveur avec autant d'amour et d'application que s'il n'y avait que lui et nous dans l'univers. »

Voici une autre lettre qui n'est pas moins touchante :

« Vous ne devez jamais être seules, mais conliiiuellement dans la socii té de celui qui est avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles. Vous avez son corps, son esprit, sa divinité, son testament, de sorte que sa personne doit vous tenir lieu de tout, et vous occuper conlinuellememt.il faut vaincre les sens et l'amour-jîropre, pour se rendre obéissant à la loi de l'esprit et à l'amour <le Dieu. En ceci consiste tout l'usage et tout l'exercice de la vie humaine. Occupez vos âmes de ces pieuses réflexions, vous désoccu()ant de vous-mêmes et de vos sentiments ; accomplissez toutes vos actions en l'honneur de Jésus-Christ, et en l'union de ses saintes actions sur terre. »

Il s'exprime ainsi dans une autre lettre : « Je vous prie de recommander mes besoins aux prières de votre communauté, ils sont grands, Dieu les connaît, et cela suffît, sans |)erdre de temps à vous les détailler. Votre devoir est de prier, et le nôtre de travailler, et je dois vous conserver dans la simplicité que Dieu demande de votre condition, (]ui vous oblige à peu de connaissances, mais à beaucoup de<;harité. Ne négligez pas le bonheur de votre état, qui vous lie à Dieu si intimement, et vous occupe de lui si saintement. Jésus est le principal objet de votre éternité, il le doit être aussi de cette vie présente, et vous serez bien coupables si vous manquez à des ©bjets si grands, si divins, si dignes du ciel.

« Séparez-vous soigneusement de toutes su|>erfluités de pensées, de paroles et d'actions, pour ne pas vous priver de l'entretien du Fils de Dieu. Je sup[)lie notre divin Sauveur de vous bénir, et de vous rendre dignes de le servir dans toute la perfection qu'il désire de vous. »

On ne sera pas fâché de lire encore cet extrait ;

« J'approuve la communion quotidienne que vous devez laire jusqu'à la tin de l'octave du très-saint sacrement. On ne peut trop se purifier avant de recevoir la divine Eucharistie, et on ne peut trop la fréquenter. 0[)érez les œuvres de Jésus-Christ par l'esprit de Jésus-Christ, et non par le vôtre, et recourez à la très-sainte Vierge, afin qu'elle vous obtienne l'esprit de son Fils, et la grâce du mystère de sa sainte naissance, mystère (jui doit être pour nous principe et source d'un nouvel être. »

Ces ])assages jiris au hasard dans les Lettres de M. de Bérulle, qui se trouvent au second tome de ses OEuvres, sont le meilleuiéloge qu'on puisse faire de si science et d^

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sa charilé. Il no Iravnilh' (jn'À se détriiirc <l;iiis res|>iil (hî st-s [léiiileriles, pour IViiro vivre J(^su>-Clirist. Mrtis plus il s'eiron.viit •le s'fluénnlir, el plus Dieu se phiLsail h relever ses vertus.

Jl rtfusr la place de précepteur du Dauphin.— Henri le (it/unl el h reine lueril d»; nouvelles l»'nljilives jrnir le c li.'irj^er <le la conijuite (lu Dauphin. On lui en lil parler jiar (les personnes de la p'us liaulc \n(i\(i, el le l*. Collf^n lui-niônie le d(''sirait artleinnient. Le serviteur do Dieu ne (rul pas entendre cetlo voie iiitiirieure (jui le dé» idail dans toutes ses démarclies. Il ne vit (jue les danj^ers de In cour ; el eeltc vue l'arrêta, (inonpiil eût voulu rouvoir ol)éir au roi, dont il l'ut Ktujours le plus lidèle sujet, et d(mt il avait la (onlianec.

0/1 lui prédit (fuH sera chef d'une sainte société. — .Madame .\farie '|ui, [)ar ics lumières de sa toi, semblait lire dans l'avenir, dit alors clairomenl (jue Dieu dolinail M. de Hérulle h un autre cm|)loi, cl qu'il serait un jour le chef d'une congrégation (!•• prô'rcs ipii servirait ulileincnl l'Kglise. Klle IV'crivit niômo au P. Cotlon, el il e.n rend IcMuoignage dans une de ses Lettres.

D'autres personnes éminentes en |»iélé firent également celte prédiction, el répétèrent ce (piedom Beaucousin avait annoncé longtemps auparavant. Madame des Bordes Seigneuret, cjue sa sainteté rendit un modèle, dit à maclarae Faure, prieure de l'abbayé de Notre-Dame de Xaintes, qu'elle verrait un« œuvre de M. de Bérulle, dont elle serait grandement édifiée, et que ce digne prêtre était l'Ame de son siècle la plus élevée à Dieu, la plus fidèle à chercher la gloire de Jésus-Christ, el la plus humble, el qu'il fallait se recommander 5 ses oraisons. Il e>l h remar(juer que celte dame des Bordes n'avait aucune relation avec le serviteur d(î Dieu, qu'elle se contenta de faire un voyage pour le voir uniquement à i'aulel, et qu'elle en revint si pénétrée , que son admiration allait jusqu'au ravissement.

Sa mère prend l'habit de Carmélite. — Telle était la réputation de M. de Bérulle, lorsque sa mère, femme incomparable par sonzèleei par sa foi, voulut entrer dans l'ordre des Oarmélites, el vivre sous la direction de son propre fils Quoique âgée de cinquante-sept ans, e'ie se soumit à toute la rigueur d'un noviciat qui ne cesse de mortifier la chair el de contredire la volonté; on eût dit qu'elle avait de grandes fautesà expier, et elle n'apportait dans le cloître que les fruits d'une vie toute passée dans les l)onnes œuvres. Humble jusqu'à l'excès, elle pensait être bien loin de Dieu lorsqu'elle était toute remplie de son esprit el de sa grâce. Ce sont les propres expressions de M. de Bérulle, qui eut la consolation de voir les mêmes vertus qui lui insfjirèrenl le goût de la piété dans sa jeunesse, servir de modèleaux religieuses •lu'i! dirigeait. La mère el le tils s'excitaient mutuellement à [lorler la croix de Jésus- (^lirisl, et on les voyait avec admirai,ii)n perfectionner d'une manière éminenle l'ouvrage

(juils avaient ébauché vingt ans auparavant au «liAlcau de Sérilly.

t'^loye de la sœur Catherine de Jésus. — (Tesl ici le lieu de dire un mol de la sœur Catherine de Jésus; cette s(Kur Carmélite fut si célèbre par les grûcesextraordinaires dont Dieu la combla, que M. de Bérulle n'en parlait (ju'nvec un véritable étouneincnl. Klh? ('•lait une lampe ardente (lui, par le feu de sa charité, répandait les luinières les plus [turcs dans l'Aiiie de tous (eux (pii l'anfiro- ( liaient. Mais il faut laisser .M. de BeruPe lui-môiiie laire son éloge ; voici ce qu'il en dit à la reine en lui oifrant la Vie de celle sainte fille, dont une religieuse a recueilli les faits :

« Je regarde comme une bénédiction particulière la connaissance qu'il a [du h Dieu de me donner de celle âme si éminente en [•iété. Sa |»uroté était angélique, son élévation continuelle, son innocence admirable, son humilité profonde, sa foi des [)lus vives, sa (harilô des [dus ardentes, el son dégagement du monde el d'el'e-même, le jilus |)ur el le [dus [larfail. Klle fut prévenue de Dieu et attirée à lui dès l'Age de soj'l ans, conservée dans la grâce du ha|>lêiiie jusqu'à sa mort. Elle était vouée à l'enfance el à la croix d(! Jésus, de sorte que son âme a été grandement purifiée et son corps consommé dans les rigueurs de la croix de Jésus- Christ. »

M. de Bérulle projette rétablissement de l'Oratoire. — Ici le tableau change, el M. de Bérulle, qu'on a vu seul agir et prier, va s'associer de dignes coojjérativjrs qui auront son même es[»ril, c'est-à-dire celui de Jésus-Christ, el qui serviront dignement l'Eglise, en [larlicipanl à ses œuvres.

Personne n'ignore qu'au commencement du siècle dernier le sacerdoce était en quelque sorte avili ; qu'il n'y avait ni séminaire, ni congrégation où l'on^pûl prendre l'esprit decetélat; qu'on en méprisait la dignité à raison de l'ignorance et des vices qui déshonoraieit la plupart des ministres; qu'on ne recevait les saints ordres que pour jouir de la graisse de la terre, sans s'occuper de la rosée du ciel, et qu'enfin le trône le plus émineiil n'était plus que le marcheiiied de l'avarice et de l'ambition Les scandales (irédits dans l'Evangile se réalisaient, les docteurs de la loi se repaissaient de fables etda fausses traditions, la chaire de vérité ne retentissait que de citations |»a;ennes et de miracles apocry [thés ; le culte de Jésus-Christ môme semblait avoirdisjiaru pour faire place à des dévolions superstitieuses, ou toul au moins inutiles, on s'occujiait de la Légende dessaint4, plutôt que du Nouveau 'restamciil, ( t la religion n'existait que dans un petit nombre de vrais adorateurs, qui attendaient (]ueique renouvellement.

Bérulle était l'homme qui devait tout rétablir. Incorporé avec Jésus-Christ par l'ardeur de sa charité el [tar les lumières oe sa foi, il [louvait mieux que personne en raj;- [teler les maximes et en reitréscnter le sacerdoce élernel. 11 se détermina donc à fon-

VIE DU CAI\DINAL DE BERLLLE.

der une congrégation qui ressuscitât 1 esprit de la nouvelle alli.ince, et il voulut pour cet effet que l'amour divin en fût l'âme et le principe. Après s'être rappelé ce que l'Esprit- Saint lui communiqua pendant sa retraite à Verdun, ce que tant de personnes pieuses lui prédirent, et après en avoir conféré avec les PP. de Bas et de Roniillou, qui suivaient alors l'institut du bienheureux Philippe de Néri, il déclara que sa société n'aurait point d'autre objet que la prière et l'instruction, conformément à ces paroles des apôtres : Nos vero ininisterio verbi et orationi instantes erimus. [Art. vi, i.)

Les peines qu'il prévit dans cet établissement ne réionnèrent point: il ne craignait que la dignité de chef, et, i)Our l'éviter, il chercha [tendant longtemps quelque homme ca|)able de conduire la congrégation qu'il ébauchait. Il s'adressa d'abord au •élùbre François de Sales, dont l'esprit et la douc'ur'luiiplaisaient infiniment; mais le saint homme s'excusa sur ce qu'il venait li'ètre nommé évêque de Genève, et sur ce que personne ne pouvait rem[)lircette place aussi bien que M. de Bérulle.

On le presse d'exécuter son dessein. — La marquise de Maignelay, femme \iniqupment appliquée aux bonnes oeuvres, et im[tat!enle de ne [loint voir celle-ci se réaliser, pria le cardinal de Ketz, son frère, d'en hâter l'exécution. Elle avait réservé une somme considérable à ce dessein, et madame -\carie, née pour coopérer à tous les exercices de piété, f'iisait déjà préparer les ornements qui devaient servir à l'église de la nouvelle congrégation. L'évêque de Paris sentit tout le bien i^ui résulterait de cet institut, et M. lie Bérulle se vit forcé d'obéir; il su^tlia seulement le prélat d'assembler qutdques docteurs et (Quelques religieux de son diocèse, pour pouvoir prendre leurs avis et se dé[iouiller de son propre esprit dans un ét<iblisseraent de cette importance. L'assemblée se tint, et le résultat fut un témoignage unanime d'estime et d'admiration envers le serviteur de Dieu. Le cardinal même, en lui donnant le nom d'instituteur, dit «qu'il était une des plus grandes lumières du christianisme. »

Jt craint la qualité d'instituteur et de chef. — 11 est diÛQcile de contenir l'humilité. M. de Bérulle se voyant hors d'état de secouer le joug qui lui était imposé, proposa M.Gallemant comme un associé qui partagerait au moins avec lui le soin et la conduite du nouvel institut; mais celui-ci allégua des inlilmilé^ réelles qui luijtermettaient à peine de vaquer à ses emplois. Il sollicita encore M. de Sales de lui accorder pour quelque iera[)S une assistance qu'il ne pouvait espérer pour toujours, et Dieu permit que ce bienheureux, dont la charité fut universelle, le promit et ne put l'accomplir. Il envoya jusqu'en Provence pour obtenir du P. Koinillon, les PP. Bremond et de Retz, sujets d'un vrai mérite, mais il n'y eut pas mo\en. 11 prit enfin le parti de recourir à Homo et de demander quelques disciples de Philippe

de Néri. Toutss ces démarches furent sans effet et ne servirent qu'à faire connaître que Dieu n« voulait point d'autre personne que M. de Bérulle [)Our diriger sa congrégation. Il en forma le premier dessein en récitant ce verset du psaume ix : Annoncez aux nations et aux peuples les conseils de Dieu. Ces paroles lui firent naître le désir de voir une société de prêtres qui annonçât à la terre les grandeurs de Jésus-Christ, ses actions, ses mystères et tous les effets admirables de son amour. Cette société prit le nom de l'Oratoire de Jésus, nom qui désigne des personnes entièrement consacrées à la prière et uniquement appliquées à inutcr et a faire connaître Jésu--Chii-t.

Etablissement de l'Oratoire en 1611.— Ce fut après dix ans de résistance, d^• travaux et de perplexités que M. de Bérulle établit enfin sa congrégation. Il commenta à faire les fonctions de général lo 11 novembre 1611. Il désirait avoir au moins douze |)rêtres, et il ne s'en trouva que cinq, les PP. Bance et Castaud, docteurs de Sorbonne, François Bourgoing et Paul Melezeau, bacheliers de la même faculté, avec le P. Caron qui quitta sa cure de Boaumont. Ils louèrent une maison au foubourg Sainl- Jacques, connue alors sous le nom du petit Bourbon; et bientôt celte maison édifia tout Paris, et se remplit d'une multitude de sujets.

Paul V donna la bulle d'érection, conformément aui vues de l'instituteur.

Les vues de M. de Bérulle dans cet établisseinenl. — Dieu lui-même grava dans le cœur de M. de Bérulle le modèle d'un ouvrage qui ne s'accomplissait que pour lui donner de vrais sacrificateurs. Mais comme tout (e qu'on pourrait dire à ce sujet serait inférieur au dessein du pieux fondateur, il faut l'entendre [)arler lui-même ; c'est ainsi qu'il s'ex|)rime :

« Quoique l'état ecclésiastique soit le \)\ms saint et le plus sacré, il est néanmoins exposé au luxe, à l'ambition et à l'inutilité; et quand il se trouve quelque prêtre trèsexact et très-zélé, le défaut d'expérience arrête souvent le cours de sa bonne volonté. C'est pourquoi il semble à propos, pour recueillir tant de bonnes âmes qui cherchent la [lerfection du sacerdoce, d'établir une congrégation ecclésiastique où il y ait des movens de se préserver de l'orgueil et de l'oisiveté, et dont les sujets fassent profession de ne rechercher aucun bénéfice, et de travailler de toutes leurs forces à la vigne du Seigneur.

« Kt comme tout doit être dans l'Eglise avec ordre, cette congrégation sera unie aux prélats, conformément à l'obéissance que leur promettent les prêtres lorsqu'ils sont consacrés : et i)Our éviter toute |)résomption, leur soin consistera, non h ê're emplovés, mais à se rendre dignes de l'être.

(^11 v aura deux sortes de personnes dans celte congrégation: les unes incorporées, les autres associées; les unes qui forment et composent le corps, dans lequel le ^jUiié-

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