LXVI. DES TROIS AGONIES DE JÉSUS
// y a une agonie qui commence la vie de Jcsus, il y en a une qui l'achève et une qui commence sa passion au jardin. Cette première agonie se divise en trois sortes d'aijonies et de combats: V de la divinité et de l'humanité ; il" de la vie passible avec la vie divine et glorieuse; 3° de la sainteté avec l'état de péché. Auxquels on en peut ajouter un quatrième, qui est dit retardement de sa passion , avec le grand désir quil avait de souffrir.
\\ y a trois agonies signalées en Jésus : celle de la croix qui a consommé sa vie; celle du jardin des Olives qui a commencé sa fiassion, car il l'a commencée par une agonie; celle de sa vie, car le cours de sa vie est une agonie perpétuelle. Notre vie n'est pas vie ; c'est une vie mourante, c'est un cours perpétuel à la mort; cours sans arrêt, sans repos ; car en reposant même nous courons à la mort. Et c'esl ce grand courrier, le soleil, qui fait cette course avec si grande vitesse, qui termine notre vie et nous emporte avec impétuosité à la mort. Or, si cela peut être dit de la vie d'un chacun de nous, combien plus de la vie de Jésus, qui était vie et mort tout ensemble en plusieurs manières : vie en soi, et mort en son humanité, privée de tant d'actes et états de vie qui lui étaient dus, el actes et étals de vie si haute el si excellente! En lui la vie était actuellement conjointe à la mort, et ce n'était pas seulement un flux el un cours de 1» vie à la mort. La vie el la mort étaient toujours aux prises, el c'esl un des combats et une des agonies qui se retrouve en la vie du Fils de Dieu, car il y en a plusieurs. Il v a le comunt de la vie divine et de la vio humaine par lo mystère de l'Incarnation. Ob ! quelle distance el opposition de deux vies, si ditlérenles et si unies; unies en unité de personnel Et cette personne coDierve e:i.
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paix cosdciix nntnros, et conserve leS pro- ])ri^t(^s de l'une et de l'autre, et môme les conditions ordinaires de sa seconde et nouvelle nature, sans permettre que la divinité Absorbe l'humanité, en la manière qu'elle le ]>eut et qu'elle le fera en la gloire. Ce combat est d(» natures, et est essentiel au mystère de l'Incarnation, Yerbum caro. [Joan. i, li.) O combat de natures I outre lequel il y a un combat d'état. Car la vie mortelle et ])assible est jointe h la vie divine, et nonseulement à la vie humaine. Ce qui n'est pas dans le ciel, ubi mors ahsorbetur a gloria, où la mort estabsorbée par la gloire, et c'est ce qui lait dire que le Fils de Dieu a pris similitudinnn carnis peccad {Rom. viii, 3), Ja ressemblance de la chair du péché. Au premier comt)af, il prend la nature et lui conserve ses [)ropriétés dans leur dernier elfet et actualité, sans les tirer dans la perfection plus hai](e, qui convient h une nature unie h la Divinité et h une nature qui a droit présent à la gloire; car ce corps est pesant, G:-[ opaque et matériel, et non spirituel, cofiiuie seront môme les nôtres dans la gloire. Au second combat, il prend et porte môme les conditions imposées et ajoutées à notre nature [«ar le péché, l'infirmité, la mortalité, etc. Le troisième est le combat de la sainteté divine avec le corps et l'état du péché que Dieu a imposé à son Fils, et que le Fils a pris sans prendre la coulpe du})éché: Posiiit in co iniquitatcs omnium nostritm : « En lui Dieu pose les iniquités de nous tous. » {Isa. Mil, G.) Tellement ijue Jésus porte nos lautes, non en leur coulpe, mais en leur état avilis'^ant et allligeant : il porte la vilité du péché en la sainteté divine, joignant ces deux extrômes en unité si grande comme est l'unité de personne. La première agonie commence dans le moment de l'Incarnation, et eût été par tontes les manières oiî ce mystère eût été accompli, soit en la Vierge, soit hors la Vierge. La deuxième commence en la Vierge, in qua ossumitur, en laquelle il prend une nature passible; et la troisième, lians la circoncision, quant au jiremier acte externe et visible d'icelle, oii il prend le caraclère de pécheur. 11 y a encore une autre sorte do combat au retardement de la passion, en un si grand désir de souffrir, Baptismo habeo baptizari, et quomodo roarctor {Luc. n^w^^O), etc. Disons oonc qu'il faut adorer trois agonies en Jésus : l'agonie de la croix, l'agonie des Olives, l'agonie de Nazareth; car c'est en Nazareth qu'a commencé sa vie, sa croix et son agonie princi[)ale, puisque c'est en Nazareth qu'il a commencé à être et ù vivre d'une vie mortelle, consacrée dès lors à la mort, et à être par état la victime de Dieu pour les péchés des hommes. L'une conmience sa vie, l'autre commence sa passion, et la dernière achève sa jiassion et sa vie. L'une dure toute sa vie, l'autre tout son séjour au jardin des Olives; la troisième tout son séjour en la croix, c'est-à-dire trois heures, il entre en la vie par combat, il entre au jardin par agonie, il monte en la croix par combat de
sa vie divine contre une mort divine. Tout est saint, tout est divin en ces combats, di divins par essence, ou divins par subsistance.