LXVII. FLAGELLATION DE JÉSUS-CHRIST
Après cotte grande agonie, cette sueur de sang qui arrosa la terre et tremiia ses vêtements, au lieu de s'essuyer et d'avoir quelque repos et rafraîchissement en ses angoisses, il est h l'heure môme vendu par un de ses disciples; il est pris et conduit comme un voleur, et il s'en plaint lui-même : Tanquam ad latronem existis. {Matth. xxvi, 55.) Il est battu, outragé et soulHeté par un à qui il avait guéri l'oreille la même nuit, et par les autres valets, comme s'il était un homme de néant. Et en dérision de sa qualité de prophète, il a sa face couverte de crachats et vilenies, lui qui est le Uoi de gloire, la beauté du ciel et la splendeur des anges. Il est condamné comme blasphémateur h la cour du grand prêtre, lui qui est le grand juge de l'univers et le grand zélateur de la gloire du grand Dieu. 11 est moqué comme un fou en la cour d'Hérode, lui qui est la sagesse du Père éternel, et enfin niis parPilate aux mains des bourreaux pour le flageller, et passe douze heures continuelles de temps en ces pénibles et douloureux exercices.
Je vous considère donc et adore, ô mon Sauveur, non comme jadis entre les anges, ni comme auparavant entre les apôtres, mais entre des bourreaux qui déchirent votre chair sacrée et innocente, et qui l'outragent si longuement et si cruellement, que vous êtes navré de plaies sans nombre et qu'il ne reste partie aucune entière en votre corps, en échange de tant d'aises et de délices corporelles que nous prenons journellement.
LXVIII. DES SOUFFRANCES INTÉRIEURES DE JÉSUS. — DES SENTIMENTS DU FILS DE DIEU AU REGARD DE SA TRES-SAINTE PASSION.
Il y a deux vies au Fils de Dieu, celle de la croix et celle de la qloire, et celle-ci est le sujet de l'autre et la dignifie. Souffrances de Jésus établies dons la vie glorieuse et divine. Le Fils de Dieu, pendant toute sa vie, a eu des sentimeîits de sa croix, les tins d'angoisses, les autres de langueur. Ces sentiments ont été tiniversels au cœur, en rame et en Vesprit. Un de ces sentiments universels a été scn agonie. Il y a trois principes de ces sentiments douloureux : la pensée, la lumière {même de gloire) et la main de Dieu. Le délaissement en la croix est un de ces sentiments opérés immédiatement de la main de Dieu.
Si tant de saintes Ames ont été saintement occupées de sentiments j)ieux, dévots, admiral)les au regard de la croix, le Fils de Dieu qui est la source, le principe et l'exemplaire de le vie de ses saints, n'en aura pas été destitué. Au contrairp, il en aura été occupé et rempli avec pareil avantage que sa vie incomparable a par-dessus la vie des saints.
Nous adorons et admirons au Fils de Dieu deux sortes de vie : la vie de la gloire et la
OniVRES DE PIETE. - LXIX, r.LXMEinS DE JESUS SIT» LA CHOIX. 1()46
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vie do la croix ; doux vies du Fils do Dieu, doux vies lr«.'s-diiror('nli'S, doux vios tiosfx'ciipét'S, sans (|iie l'iino do ces vios cl oociipalions ein|i6(lio l'aulio. Au nonlrniro, Ctdic do In gloire iligiiilii' les souirr.'incos do Jésus, en ce qu'olNis sont élnlilios dodnns l,i glcjjre môme : ce (]ui n'<'ii>;tnr(ionl (ju'ii Ji^'sus t'I h SOS souirrnncos, (jui onl eu ces doux |trivi!«''>;os d'ôlro éUiItlios d'ins In vi(î divirio, dans l;i vie gloriou^o: au lieu (ji'c los soul- (lances des s.iinls ne sont établies <ju(,' dans la vie liumnino, dans la vio sainte. La viovlc la cro'x lénioij^ne sa grandeur cl sa |>uis- Sflnce de trouver ol |trondro place dans la gloire niônie.
Chaque vio a son objet, sa connaissance cl gon sontiinenl, co:iimc il a[i|tcrl en la vio sensilivo el humaine ; condiien plus en la vie spirituelle et divine ? La vie do gloire a son objet, sa lumière, sa soulFrancc, (jui esl son sentiniont. La vie de la croix a aussi son objet, sa lumière, sa souffrance. Ijï vie dévoie a ses objets, ses pensées, sesscnlimenls. Oh ! (pieU sont les sentiments de la vie de la gloire 1 quels sont les sentiments de la vie de la croix I
Ces sentiments du Fils de Dieu, au regard de la croix, ont été, dés son entrée en la vie divine, glorieuse el passible, ou voyat;ère durant toit le cours de sa vie, jusqu'à la mort; les uns d'an;^oisses et les aulros de langueur après sa croix : Baptisino hahco hnptiznri, et qnomodo coarctor donec pcrfiriatur ! « J'ai à Ùrc baptisé d'un baptême, et tjnUme larde quil ne soit accompli ! » [Luc. xii, 50.)
Ces sentiments, ont été universels comme ceux de la gloire, qui se ré{)andenl en l'âme, aux puissances el au corps glorifié. Son agonie est un des sentiments de la croix qui a occupé et rempli toutes les parties du corps du Fils de Dieu ; car, par ce mystère, toutes les parties de son corps ont été rendues capables et sensibles au regard de sa croix.
Or, outre ce mystère de l'agonie cl avant l'état d'icelui, ces sentiments de la vie, de la croix, ont occupé le cœur, l'âme cl l'esprit de Jésus; tout en a été pénétré, son cœur n'a pas attendu jusqu'à être j^ercé de la lance pour être percé de celte douleur; celte douleur l'a navré vivant et la lance l'a percé mort.
En attendant que nous sovons introduits dans le sanctuaire de la vie du Fils de Dieu, adorons ces sentiments el si divins et si grands sur un sujet si grand.
Il y a trois divers principes de ces sentiments admirables, la pensée, la lumière el la main puissante de Dieu même, imprimant immédiatement dans le cœur et l'esprit de Jésus CCS sentiments. La lumière de gloire voyant clairement Dieu en sa grandeur et en son essence, a peut-être été employée en son elTicace pour opérer ces divins sentiments. Le? pensées dévotes, lumineuses, efficaces, mais ordinaires au Fils de Dieu, onl aussi opéré de5. seniimenls en son âme, mais inférieurs à ceux que la lumière de gloire €lja main imméiiale de Dieu y a opérés.