V. Celte i)arole est belle à la vérité, mais
OKUVKKS l)K l'IKTK. — CXI, VfXlATlON DKS CIIRETIKNS A l,A SAINTETE.
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elle semble ne s'adresser qu'aux grands, cl dnns leurs grands dessi'iris, eilous sonld.ms io iii(^iuo l)0>oiti, los pelils (;oruri»o !<;>; grands, et les uns cl les autres, dons leurs landlU^s aussi bien ijue dans les «•lioscs |tolili([ucs, voire dans cux-ni(^iiics, laui-il (luo je le dise, les Clir('ticns jniôfncs , les prélrcs, les rcligicui dans les cloîtres et au|)rès des autels, ont besoin de la vérité ixirtéc en celte parole, et un chacun de nous a un poinl a mépriser, a une terre h délaisser, Puncltini est.
VI. Cliacun de nous h la vérité n'a [tas des batailles h donner, n'a pas des co\ironnes (;t des empires ou h corKjuérirou h délaisser, mais un chacun de nous a d'autres combats à rendre, d'autres fureurs h vaincre, d'autres passions hdom[>t('r, d'autres désor Jres à régler, d'autres diirérends h composer, et, [lour (lire en un mot, chacun de nous a un point à délaisser, a une terre à mépriser ; la terre de notre cueurqui n'est que terre en sa substance, qui vient de terre en son origine, qui ne senlque torreen ses airections,et(jui retournera en terre en sa tin. Et si nous savons bien nous considérer nous-mêmes et protiter de la voix de Dieu en son Eglise, nous reconnaîtrons encore que chacun de nous est moins que terre, qu'un chacun de nous est un néant, et que tout ce qui nous émeut, nous altère, nous concerne hors de Dieu, n'est qu'un pur néant. Mais nous sommes un néant qui tend au néant, qui cherche le néant, qui s'occupe du néant, qui se conlenle du néant, qui se remplit du néant, et qui enlin se ruine et se détruitsoi-mêrae pour un néant. Au lieu que nous devons être un néant, à la vérité (car cela nous convient par nature), mais un néant en la main de Dieu, un néant destiné à Dieu, un néant référé à Dieu; un néant choisi de Dieu, un néant consacré à Dieu ; un néant rem[)li de Dieu, et enlin un néant possédé de Dieu et possédant Dieu, et cela nous convient par grâce. Et ainsi la nature et la grâce se trouvent heureusement jointes ensemble ; et comme Dieu par sa bonté joint sa grandeur à notre |)etitesse, aussi nous devons incessamment joindre l'abaissement en nous avec l'élévation en Dieu, pour nous conlormer à Dieu et à nous-mêmes.
VII. Puisque Dieu daigne du plus haut de sa grandeur, regarderie néant quenoussommes , regardons Dieu du [dus bas de notre petitesse, |)en50ns à lui et non lias à nous. Et puisqu'il nous choisit, nous prépare, nous élève à soi, nous rend dignes de soi, ne méf'onnaissons pas sa vocation, ne résistons pas à sa grâce, ne nous aitachons pas à nousmêmes, ne nous rendons [)as indignes de sa miséricorde et de sa dignation, ne faisons pas toujours des œuvres de néant, mais faisons des œuvres de Dieu; ne faisons pas des œuvres périssables, mais faisons des œuvres éternelles. Or ce que nous faisons pour la terre passera comme la terre, ce que nous faisons pour Dieu durera autant que Dieu même. Si c'est pour Dieu que nous travaillons, que nous pâlissons, que nous agissons,
UElvbes compl. de de Bérllle.
et, pour descendre À nos exercices journaliers, si c'est [lour Dieu q\ie nous ouvrons nos livres pour a(iprendre, (pie nous ouvrons nos livres pour enseigner, c'est un œuvre éternel ; mais si c'o>t j)0iir nous doriner ou du ctjntentement ou de l'honneur, c'est un («livre temporel ipii passera et sera même consommé par le feu. Consiiiérons nos voies, selon l'avis du Prophète, pour les connaître et régler; et si, comme néants, noiis avons autrefois fait des œuvresdi néant, comme enfants de Dieu, faisons désormais desœuvres de Dieu.
Considérons notre origine pour la suivre, pour nous y conftjrmer, pour en bien user, et si notre origine de la terre et du néant nous incline au néant et à la terre, (pje notre origine et émanation de Dieu nous élève à Dieu.
Considérons que nous avons une autre naissance et une origine nouvelle. La première doit nous abaisser et non pas attacher, la seconde doit nous élever et non pas nous enfler. Nous abaissantdoncsans nousaltacher et nous élevant [»ar grâce sans nous entier par orgueil, contemplons notre nouvelle origine, notre nouveau principe. Jésus est ce principe et nous naissons de lui. Il s'appelle : Principium creaturaDei (Apoc. m, li), c'est une de ses qualités ex[jrimées dans le livre de vie. Tellement que dans les Ecritures et dans nos mystères, nous avons deux principes divins. Le Père est principe sans principe, et le Fils est un principe émané de ce premier principe. Le Père est le principe des œuvres de la nature, Jésus son Fils unique est le principe des œuvres de la grâce ; l'un est principe des créatures en général par la création qui est attribuée au Père même en notre Symbole, mais l'autre, par la sanctification, est princi()e de la créature de Dieu, de celle qui est capable de Dieu, qui apf)artient à Dieu et que Dieu choisit pour soi et approprie à soi par sa grâce : Principium creaturœ Dei. C'est un beau nom de Jésus, et lequel n'est pas ordinairement considéré; c'est le nom qu'il se donne à soi-même paraissant à son bien-aimé disciple en son Apocalypse. Cette qualité de prince et de principauté lui plaît, aussi est-ce le sujet de sa mission, le prix de ses labeurs et le fruit de sa croix. C'est pourquoi, parlant aux Juifs qui lui demandaient sa qualité, il leur dit, selon le même saint Jean (viii, 25) -.Principium qui et loquor vobis. Jésus donc en luimême est ce princifie excellent et singulier, et par sa grâce infuse en nous, il est notre principe, et nous sommes dérivés de lui quant a la grâce et quant à la nature, puisqu'il est homme et Fils de Dieu, le premier-né des enfants de Dieu.
Il est notre Père, et nous ses enfants; il est Père et principe tout ensemble ; il est Père, car nous sommes à sa semblance ; il est principe, car nous sommes origines de lui et sans aucun autre principe adjoint à lui comme pour Taider en l'œuvre de notre rédemption, r<ir il est seul accomplissant cet œuvre et iU'accomplit sans fondement et sans
OEUVnES COMPLETES DL CARDINAL DE BERULLE.
sujet précédent qui est la manière de lacréalion. Il est le seul Seigneur souverain et le seul rédempteur; et l'Eglise au Symbole qui nous fait croire en un seul Dieu : In unum dJeutii, nous fait croire en un seul Seigneur, Et in iinum DominumJesum Christian, affectant l'unité de domination à Jésus comme elle a affecté l'uniié de divinité à Dieu le Père. Il est notre Père et notre principe quant à la grâce, et partant quanta notre nature, puisque nous sommes une créature nouvelle, qui reçoit un nouvel être et une nouvelle nature,*etqui la reçoit par voie de création qui est l'action par laquelle on reçoit non les choses adjacentes à l'être et à la nature, mais la nature et l'être même. Et saint Paul appelle notre sanctification, création, et dit que nous sommes créés en Jésus- Christ : Creati in Christo Jesu. {Ephes. ii, 10.) Tellement que, comme «n nos mystères nous adorons deux principes. Dieu le Père et Jésus-Christ son Fils unique; aussi nous avons deux êtres en nous, nous avons deux émanations etdeuxémanationsdeDieu, et deux émanations obligeantes toutes deux à la sanctification.
En la première. Dieu nous créant en cet univers, nous adonné un instinct et mouvement vers lui-même : Fecisti nos, Domine ^ ad te, et il nous a référé à lui-même, et ce mouvement est inséparable de la créature et durera éternellement. Et nous devons, en adorant le Créateur, nous rendre au mouvement universel que sa main toute-puissante a imprimé dans lintirae de la créature vers son créateur. L'autre émanation est de Dieu encore, mais d'un Dieu mortel et immortel tout ensemble, Dieu mortel et mourant pour nous sanctifier. Dieu mourant et nous donnant vie par sa mort. En ces deux émanations nous recevons un être et un être différent, nous sommes établis en deux mondes et deux mondes aussi ditt'érents. Enl'un nous recevons l'être delà nature, en l'autre nous recevons l'être de la grâce ; en l'un nous entronsence monde que nous voyons, en l'autre nous entrons en un monde que nous adorons. Là ce Jésus qui est notre père et principe, nous engendre et produit, nous forme et établit en lui-même. Tellement que, comme il est notre principe, il est notre univers encore-. 11 est notre monde et nous vivons en lui; nous sommes créés et établis en lui, ce dit l'Apôtre : Creati in Christo Jesu. 11 est notre univers et notre monde et le monde des grâces et faveurs de la Divinité comme le premier monde est le lieu qui enclôt et contient lescréatures de la Divinité.
Jésus donc est un monde et est notre monde, et c'est notre bonheur qu'il soit notre monde, c'est notre malheur quand il ne sera point notre monde et que nous vivrons, ou plutôt nous mourrons hors de lui. 11 est le monde que nous devons aimer et adorer, il est le monde où nous devons nous établir et vivre pour une éternité. 11 est le monde qui nous soutient par sa puissance, nous couvre par sa clémence, nous. échauffe par son amour, nous éclaire par sa lumière, nous arrose p^
ses influences et ses grâces, nous vivifie par son esprit, nous nourrit par son corps. Monde admirable et même adorable, et qu'on ne peut acquérir qu'en ce monde. 11 nous est défendu d'adorer ce monde, et c'est offense et idolâtrie de l'adorer et mênae de l'aimer. Mais il nous est commandé d'adorer ce monde nouveau oij nous sommes établis par la régénération et il y a anathème à qui ne l'adorera point. C'est devoir à nous et hommage à Dieu que de l'adorer, hommage unique et hors lequel nous ne lui en pouvons rendre aucun, devoir premier et essentiel des Chrétiens. Aimons, estimons, adoronsce nouveau monde ; estimons notre naissance seconde en icelui, notre nouvelle origine, notre nouveau principe, notre monde nouveau, et saintement établis en ce nouveau monde, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, et selon les paroles divines du divin Apôtre : Creati in Christo Jesu [Ephes. ii, 10), employons-nous en bonnes œuvres, car c'est pourquoi nous sommes établis en lui. Et comme en la création première, recevant l'être et la vie, nous faisons des effets de vie, aussi en cette seconde création, recevantla vio de grâce, nous devons produire des œuvres de grâce; c'est pourquoi l'Apôtre qui adit: Creati in Christo Jestt, a joint celte dernière clause et condition, in operibus bonis. [Ibid.) Sentence remarquablequi nous a|>prend notre condition et nous appelle les créés en Jésus-Christ; oracle qui, en deux paroles, nous enseigne de si grandes vérités, nous représente chose si digne et si {)ropre à nous; oracle, sapience apostolique que nous devons incessamment écouter et fidèlement suivre et exprimer en notre vie.
ïiouvenez-vous de ces paroles, apprenezy votre naissance, votre qualité et vos devoirs. Remarquez-y les desseins de Dieu sur vous et recueillez de ce divin propos, que nous sommes le sujet de deux créations par lesquelles nous avons deux entrées en deux mondes; deux entrées bien diverses, deux entrées en deux mondes bien différents et à des fins bien différentes aussi. En l'un de ces deux mondes nous entrons pour mourir et en l'autre pour vivre; en l'un pour porter la qualité d'enfants d'ire, en l'autre pour j)orter la qualité d'enfants de Dieu ; enl'un pour être |)écheurs, et c'est notre qualité propre et preuiière; en l'autre pour être saints, et c'est notre devoir, notre grandeur et la miséricorde de Dieu sur nous. De l'un Adam et nous en lui et après lui, en sommes la cause ; de l'autre, la seule cause est Jésus. Et comme le Dieu vivant est principe de notre existence en la nature, le Dieu vivant et mourant est le principe de notre existence en la grâce. Ce principe nouveau est admirable et adorable en ses deux essences et leurs qualités; l'une est divine et l'autre humaine, l'une créée, l'autre incréée , l'une mortelle, l'autre immortelle. Qualités contraires et unies en un même sujet par un concert divin |>our notre salut. Ce principe nouveau est Fils de Dieu et Fils de l'homme, est Dieu et homme tout
(lEUVRKs in: piKTi:. — c\ii, jesiî^ imuncip;: d'cne noi'vkixi: création, iri
cnsenjlilo. Commo il csi un nouvonu vivnnl et (111 noiive.iii |»riiici|»<-> il vcmU iViirt." chose» iioiivollt; en I.i IciTL' cl nu ciel ; il veut incltrn le roy.uiino du ciel ilaiis la tcTre <'t l.i lerro dans le ciel, il veut faire les enfants (les liniiwnes enfanls de Dieu, il veut faire saints les péclieiirs de la terre. Cet ouvra>;o est grand, niais les inovens (|n'il y emploie sont plus grandscncore. II vit, il nienrl en douleurs et en croix, nous doniuî son esprit et sa grAce, son amour et sa croix ; il s'unit h nos corps et à notre esprit [)ar son corps sacré et jiar son esprit divin joints ensemhle en rKucliaristie, et par des voies si di>;nes cl des inovens si cliers et si prét-ieux, il veut ravir nos cd'urs, les sjjparcrde la terre et du péché, les élever au ciel el nous obliger d'être des saints.
Considérons ces choses et regardant à Jésus-Christ notre Père et principe ; et entrons en des [lensées dign<s de ce regard, dignes de Jésusdhrist, dignes encore de nous-mêmes, puis(|ue nous sommes ses frères, ses enfants el ses membres. Dieu disait aux Hébreux : Attendit e ad pe tram unde excisi estis [Isa. li, I), et par ces paroles prophéU(|ues, voulait faire un etlort sur leurs esjirits. Dieu nous parle en bien plus forts termes, et nous dit, avec plus (ie raison et d'énergie : Atlendite ad pelram. Ce n'est j)as un Adam ni un Abraham môme : noire juerre. c'est Jésus-Christ; noire principe, c'est Jésus-Christ; notre origine, c'est sa naissance et divine el humaine; notre vie, c'est sa vie; noire aliment, c'est son corps; notre [missance, c'est sa croix; notre conduite, c'est son esprit; notre qualité, c'est d'être enfants de Dieu, membres de Jésus - Christ; enfants, héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ : notre récompense et félicité, c'est son projire royaume et sa gloire. Voilà notre (irincipe, voilà notre notre naissance, voilà notre condition. Ces choses sont admirables, mais elles nous obligent aussi à choses grandes ; elles nous obligent à la perfection et à une perfection non humaine, mais divine; non philosophique, mais chrétienne. Car si nous sommes et si nous vivons en Jésus-Christ, quelle doit être celle existence et cette vie? combien pure et combien divine! Si nous sommes enfants de Dieu et membi es de Jésus-Christ, combien digne doit être notre conduite, combien saintes doivent être nos actions! Certes, elles doivent être dignes de léminenle condition des enfants de Dieu, el ces termes, ces effets, ces qualités, nous obligent à oerfeclion el sainteté divine et sublime.
CXII. JÉSUS EST LE PRINCIPE DE L\ NOUVELLE CRÉATION, ET l'uNIVERS DE LA NOUVELLE CRÉATURE.
Sur CCS paroles : Créait in Christo Jesu. [Ephet. II. lU.)
I. Dci factura sitmus , dit l'apôtre saint Paul, creati in Christo Jesu in operibus bonis. Sentence remarquable, qui nous ap-
prend notre condition et nous a|)(>elle les créés en Jésus-Christ. Oracle, qui, en deux paroles, iKiiis repré^ente chose si digne et si propre à nous; oracle (pie nous devons incessamment écr)uter el lid(;lt'nienl suivre et ex|n'imer en notre vie, oracle de sapience apostolifpie, Crrati, etc. Nous entrons en ce monde sensible el pj-rissahle, où nous mourons, et d'une mort éternelle si nous adhérons à ce monde. Jé^us est le [irincipe nouveau, duquel nous sommes origines et dérivés, et (Ju(iuel nous tirons une vie excellente. Nous sommes en Jésus comme en un nouveau monde; nous sommes par Jésus comme |iar un nouveau iirincifie : ajoutons une troisième vérité, que comme nous sommes en lui el fiar lui, nous sommes aussi pour lui; nous sommes le sujet de deux créations, el nous avons entrée en deux mondes; (Jeux entrées bien diverses, car nous entrons en l'un pour mourir, el en l'autre pour vivre ; en l'un , pour porter qualité d'enfanls d'ire; en l'autre, pour porter (pialité d'enfants de D eu; en l'un, f)our <}tre pécheurs, et c'est notre qualité |)ro()re et première; en l'autre, pour être saints, et c'est notre devoir, notre grandeur et la miséricorde de Dieu sur nous. De l'un, Adam en est la cause en nous; de l'autre, la cause est Jésus.
II. Ainsi, il y a deux émanations de Dieu, et deux émanations obligeantes à la sanctification. En la première, Dieu nous créant et cet univers, a donné un instinct et mouvement vers lui-même : Fecisti nos, Domine, ad te. Il nous a référé à lui-même, el ce mouvement est inséparable de la créature, et durera, voire dans l'enfer même, c'est-àdire tant que la créature durera en son être : el nous devons, en adorant le Créateur, nous rendre au mouvement universel que sa main puissante a imprimé dans l'inlime de la créature vers son Créateur. L'autre émanation est de Dieu encore, mais d'un Dieu mortel el immortel tout ensemble. Dieu mortel et mourant pour nous sanctifier.
Dieu mourant et nous donnant la vie par sa mort. En ces deux émanations nous recevons un être, el un être différent ; nous sommes établis en deux mondes, et deux mondes aussi différents : en l'un, nous recevons l'être de la nature; en l'autre, nous recevons l'être de la grâce : en l'un, nous entrons en ce monde que nous voyons; en l'autre, nous entrons en un monde que nous adorons. Car ce Jésus, qui est notre père et principe, nous engendre el produit, nous forme et nous établit en lui-même. Tellement que comme il est notre principe, il est notre univers encore, il e>t notre monde, et nous vivons en lui, nous sommes créés et établis en lui, ce dit l'Apôlre : Creati in Christo Jesu. Il est notre univers el notre mon Je; le monde des grâces et faveurs de la Divinité, comme le premier monde est le lieu qui enclôt les créatures do la Divinité. Jésu5.donc est un monde el notre monde, et c'est notre bonheur qu'il soit notre monde : c'est notre malheur quand il ne sera point
OEUVRES COMPLETES DU CARDiiNAL DE BERULLE.
notre monde et que nous vivrons, ou plutôt que nous mourrons hors de lui.
CXni. DE LA DOUBLE CREATION DE LHOMME, c'eST-A-DIRE EN NATURE ET EN GRACE ; ET DE CE qu'il DOIT A DIEU ET A JÉSUS- CHRIST, PRINCIPE DE l'uNE ET DE l'aUTRE.
I. La même création qui nous tire de Dieu, porte un instinct de retour à Dieu. — H. Nous sommes crées, et non simplement produits en la grâce aussi bien quen (a nature, et Jésus-Christ est le principe de cette création. Explication de cette parole : Cre;iti iii Chi-isto Jesu. (Ephes. n, 10.) I. Elevons-nous par-dessus nous-mêmes, cl considérons nos origines en Dieu. Que notre émanation de Dieu nous élève à Dieu. La |)remière, que nous avons du néant et de la terre, nous doit abaisser, mais non pas attacher. La seconde, que nous avons de Dieu, nous doit élever et non pas enfler. Nous abaissant donc en nous-mêuies, sans nous attacher à nous-mêmes et à la terre, et nous élevant en Dieu, contemplons nos origines, et voyons que nous sommes issus de Dieu en plusieurs manières, et quant à la nature et quant à la grâce, et vivons conformément à ce divin principe. Dieu nous créant, nous forme de ses mains quant au corps; et nous produit comme du plus intime de lui-même et de son esprit, quant à l'âme ; et comme émanés de lui, il nous imprime un instinct de retour vers lui. C'est un point digne de considération grande, c'est un de nos devoirs qu'il nous faut fidèlement suivre et reconnaître; c'est un de nos premiers titres obligeant à chercher Dieu, comme dit l'Apôtre : Quœrere Deum si forte attrectent eum. {Act. xvii, 27.) Et c'est un mouvement que Dieu imprime à sa créature, auquel nous devons adhérer en adorant Dieu créant. Car dans le même instant de la création, comme Dieu nous produit hors de soi, il nous réfère à soi, il nous attire à soi, il nous veut consommer et transformer en soi ; et s'opposer à cet état et effet, c'est s'opposer aux principes de notre création. Et comme nous devons adorer Dieu créant, nous devons adhérer au mouvement que Dieu imprime en nous vers Dieu mêuie nous créant. Dans le même instant de la création, il y a deux mouvements différents : l'un produisant la créature hors de Dieu même, l'autre la référant et l'attirant à Dieu même; et comme en l'un nous sortons de Dieu, en l'autre nous retournons et rentrons en Dieu, et c'est une même main qui donne ce double mouvement. Suivons ce dernier mouvement. Et comme nous portons l'effet du premier qui nous donne l'être, |)ortons encore l'effet du second qui nous donne la grâce, et consentons à notre origine. Voilà quel est notre état et notre devoir en cette création première. Celte issue et émanation de Dieu quand à l'être, nous convient avec le reste des créatures. Cet instinct vers Dieu nous
convient avec les anges et avec les diables même, qui portent. incessamment cet instinct, et ne le peuvent effacer.
IL Mais nous avons encore une autre émanation de Dieu, et bien plus obligeante à nous sanctifier, c'est celle de Jésus ; Jésus en est le principe, et nous naissons de lui : Dédit potestatem filios Deifieri. [Joan. i, 12.) Par la première nous sommes serviteurs de Dieu; par la seconde nous sommes enfants de Dieu. En la première Dieu nous fait à son image; en la seconde Dieu se fait luimême ri notre image et semblence; en la première nous recevons la nature, en la seconde nous recevons la grâce ; en la première nous entrons en ce monde, en la seconde nous entrons en Jésus. Saint Paul nous appelle les créés de Jésus-Christ : Creati in Christo Jesu. Parole giande et qui nous apprend de grands secrets en notre condition. Elle nous apprend que nous sommes créés en cette nouvelle naissance, aussi bien qu'en la première ; et qu'il n'y a en nous aucun principe et sujet à la grâce, comme il n'y en a point eu en la nature : Creati in Christo Jesu. Elle nous apprend que nous sommes créés en Jésus-Christ, et tjue comme Dieu vivant est le principe de notre existence en la nature, Dieu mortel et mourant est le principe de notre existence en la grâce: Creati in Christo Jesu. Elle nous apprend que, comme nous avons deux émanations de Dieu et deux êtres différents, nous avons aussi deux entrées en deux mondes bien divers, et à des fins bien diverses. Car en la création première, nous entrons en ce monde que nous voyons, et en la création seconde nous entrons en un monde que nous adorons ; c'est-à-dire nous entrons, nous vivons, nous opérons en Jésus : Creati in Christo Jesu. El comme il est notre principe, il est notre univers aussi, il est notre monde et nous vivons en lui.