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CXV. de la CRÉATION DE L HOMMB

L'homme doit être considéré dans le dessein de Dieu qu'il a ruiné, en soi et dans

(1-26) Omnia propcr femelipsnm operatus est Domhi- s. {Prov. xvi, -4.)

fr.7 œUVRF.S DK PIETK. - CWII. FAIRLKSSK DK I/IIOMMK, PLISSANCK DE JtSlS. 1 r>8

son élat pn'sonl nuijuel il s'esl réduit, ol dans la réparation iiiio Dion veut faire do snrninoen son Fils uniijno, Jésns-('lirist Nutre Soigneur. A «os trois [loirits so n^- (luil la connaissance qno nous devons avoir de nous-niôiiios; (fxin.'iissanro (]ue la pliilosoptiio et \i\ raisdti liuniaiiK^ r)o nouspeuvonl donner, cl (|u'il nous faut puiser dans la Inmièro rie la }j;rAco, dan.> la luniiùro do la piété. Dieu forniaiil l'iiotnine l'a composé ilo corps et d'.lino, do nature; et de grâce ; et n'ayant point do placo distincte et parliculiér<» il lui donfjor dans ses œuvres, cotnrne étant créé après toutes ses ti'uvros, il lui a trouvé place dans la haulessedesa sapieiK c, et lui a donné un élro participé de toutes ses (iMivres, et couiniuni(|uant îi toutes ses (Tuvres. Il l'avait l'ait grand et heureux, il lui avait l'ait un inonde et un [taradis, mais il s'esl rendu indigne «le ce [laradis, sesé[iarant <le Dieu. Il l'ait comme un centre du inonde, que tout regarde et do qui tout dépend ; et comme un Dieu visible en la terre, rendant lionmiage au Dieu invisible, et so référant soi-même et tout ce qui est créé, à Dieu, faisant au monde ce que l'âme fait au cor[)s, c'est-à-dire régissant le monde, et lo référant à son créateur, comme l'âme et rintelligenco de l'univers : Mens universi. Kn cette qualité, son ouvrage était de contempler Dieu, lo monde et soi-même ; de voir Dieu eh son œuvre, et de se référer soi-même et toutes les œuvres de Dieu, à Dieu ; son esprit étant l'esprit de l'univers, pour connaître Dieu et l'adorer ; et sa langue, la langue de l'univers pour le louer, et son cœur, le cœur de l'univers pour l'aimer; Dieu voulant avoir de sa créature un hommage, une louange et une connaissance sensible et spirituelle lout ensemble, comme il l'avait doué d'un être s[)irituel et sensible tout ensemble. Car l'hommage est composé de pièces toutes liitférontes. Il est miracle d'une part, et de l'autre un néant. Il €st céleste d une part cl terrestre de l'autre. Il est spirituel d'une part et corporel de l'autre. C'est un ange, c'est un animal, c'est un néant, c'est un miracle, c'est un centre, c'est un monde, c'est un Dieu, c'est un néant environné de Dieu, indigent de Dieu, capable de Dieu et rempli de Dieu s'il veut (127).

cxvi. de delx sortes de sanctification et d'immortalité, l'une en la nature, l'autre HORS LA NATURE, ET EN JÉSUS-CHKIST.

Dieu subsiste, produit, opère et sanctifie, en unité ; et aussi il tend à l'unité, notamment au mystère de l'Incarnation, grâce et mystère d'unité. Dieu qui est saint et la saintîté même en sa nature, a divers moyens de sanctifier. En la création de l'homme, il l'a voulu sanctilior dans sa i->ro[)re nature, lui donnant un étal saint, et le sanctitiant dans ses actions naturelles ; cl peut être il y a quelque chose de semblable en la sanctification des anges, sanctifiés secundum na-

luraliii. Celle sorte «le .sainteté est petite, est faible, est facile h |>erdre, Darce que comme elle est plus [iroportionnoe à la nature, elle estaus»>i (ilus proche de son néant et plus éloignée do Dieu; et nous voyons qu'en cet état tous les luunmes ont péri en Adam, et um» grande partie des anges. Mais maintenant Dieu sanctifie l'homme en l'anéanlissement do sa nature, et en l'établissement et dttmination dosa grâce. Dieu sanctifie le nouvel homme dans sa nature en l'Iniarnalion, par un inoyrTi inllniinent plus puissant, car il est sanctifié par sa première nature, par la nature divine, laquelle lui étant jointe en unité d'hy[)Ostase, elle la rend sainte et impeccable ; et la rend sainte à un degré qui approcne de près la sainteté de Dieu, qui est sa propre nature ; degré au(}uel se fait le [larl'ail et accompli mouvement circulaire, et lo retour de Dieu à soimême. Kl toutefois, dans cette sanctification de nature en la nature, il y a encore anéantissement en la subsistence naturelle, dont l'humanité est donnée pour jamais.

Dieu sanctifie par voie d'accomplissement de la nature, comme en l'état de la justice originelle, et il sanctifie par anéantissement en la nature, et celte manière est |)lus élevée et se retrouve même dans le mystère de l'Incarnation ; et ces deux manières répondent l'une à la peinture (jui se fait par addition, l'autre à la sculpture qui se fait par la substraction. lît je dis que cette dernière est plus élevée, parce que Dieu substitua par cet anéantissement un être bien j)lus nyble que celui qui est donné en l'accomplissement ; et quand ce nouvel être proviendra à sa consommation par l'état de la gloire, il sera beaucoup plus proportionné à l'excellence de l'homme en sa nature, puisque lors il sera saint de cette autre manière de sainteté el selon la chair et selon l'esprit, et que la sainteté sera établie pour jamais en sa nature, comme elle a été établie en l'humanité de Jésus au moment de l'incarnation.

Et comme il y a deux sortes de sanctification, il y a aus6i deux voies d'immortalité, l'une en la nature, comme celle d'Adam par un paradis et une pomme ; l'autre hors de la nature, comme celle de Jésus sans pomme, sans paradis, sans terre; par puissance de vie, vivifiant par lui-même, immédiatement et indépendamment de toutes dispositions.

CXVII, faiblesse DE l'homme, PUISSANCE DE JÉSUS-CURIST.

A reiiirée d'une visiie des religieuses Carmélites dans rociave de l'Ascension.

Il y a en nous trois impuissances au regard de la grâce, c'est à savoir, à y entrer, à en bien user, à s y conserver, ou autrement à arrêter le mal gui est en nous ; et il y a en Jésus-Christ trois sortes de puissances opposées à ces trois impuissances.

Mes sœurs en Nolre-Seigneur Jésus-Christ

et eu sa très-sainte Mère, le temps qui s'est

(127) Ce discours u'cst pas achevé.

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ii4d

passé cle|»uis la résurrection jusqu'à Tascension est employé à honorer les visites de Jésus-Christ à ses apôtres, à sa famille et aux siens ; j'ai cru ne vous devoir pas divertir d'une si sainte occupation par notre visite. Mais maintenant que vous êtes comme seules en la terre, que Jésus-Christ n'y est plus, et que le Saint-Esprit n'y est pas encore, que i'Eglise est comme en veuvage , et que vous représentez cet état en vous-mêmes, j'ai cru devoir prendre ce temps pour visiter vos âmes et votre maison. Mon regret est de ce qu'il faut que je vous tire de la vie céleste et glorieuse du Fils de Dieu (car l'Eglise en ce temps est tout occupée à cela), à une vie misérable et imparfaite ; et de Jésus- Christ à vous-mêmes; de Jésus-Christ régnant dans une vie éternelle, remplie de grandeur et de félicité, à une vie remplie de péché. Mon intention toutefois n'est pas de vous divertir entièrement de Jésus-Chrisl ; mais il faut que je vous tire et applique à vous-mêmes et à vos défants. Il est bon, mes sœurs, de nous connaître nous-mêmes, car en nous connaissant nous-mêmes, no\is connaîtrons J)ieu. 11 faut savoir que nous avons trois sortes d'impuissances au regard de la grâce, et nous trouvons aussi en Jésus-Christ trois sortes de puissances à nous y faire entrer. La })remière impuissance qui est en nous est d'entrer en la grâce; la seconde, de bien user de la grâce, et puissance maligne d'en luésuser; la troisième est de ne pouvoir arrêter le mal et le péché qui est en nous. Ohl que cette première impuissance est grande, et qu'elle nous doit humilier 1 Car nous n'avons aucun pouvoir d'entrer en la grâce, et sommes comme un corps mort qui n'a nulle ])uissance d'entrer en la vie. S'il se pouvait ressusciter, il le ferait; mais s'il n'est besoin que de remuer le bout du doigt, il ne ie peut ; s'il ne faut qu'ouvrir la bouche, il ne le saurait faire ; il ne peut- faire la moindre petite action de vie. Nous sommes tout ainsi devant le Fils de Dieu, et n'avons aucun pouvoir de faire action de vie, je dis de vie de grâce ; mais il a puissance de nous y faire entrer, et puissance divine à laquelle nous devons recourir et à laquelle il nous faut donner, afin qu'il nous donne entrée à sa grâce et nous tire en lui. Si ce corps mort pouvait demander la vie, il la demanderait, et c'est ce que nous devons faire. Il y a un l)eau mot à ce propos dans l'Ecriture sainte, si vous y avez pris garde : Cor mundum créa in me Deus : « Créez en moi un cœur nouveau. » {Psal. L, 12.) Créez, oui, créez; car <;e n'est pas seulement une rénovation , le Prophète l'appelle création; il ne dit pas : Changez mon cœur, mais créez en moi un cœur, pour montrer que quand nous avons entrée en la grâce, nous n'y avons point de part, mais que c'est Dieu par sa puissance qui nous y tire ; cardans la créalion il n'y a que le néant duquel Dieu fait tout ce qu'il veut. Or, non-seulement nous n'ayons pas pouvoir d'entrer en la grâce; mais même y étant entrés par la miséricorde de D.eu, nous n'avons pas pouvoir

d'en bien user; mais nous avons une puissance maligne d'en mésuser. O combien de mauvais usage faisons-nous de la grâce ! Nous la détruisons à mesure qu'elle nous est donnée le plus souvent; et comme nous avons impuissance à y entrer, nous avons impuissance à nous y maintenir et conserver. Il faut que ce soit le même Jésus-Christ qui nous y établisse et nous la conserve ; car nous ne pouvons de nous-mêmes sinon la détruire incessamment, ayant une inclination si forte au péché, qu'elle va sans cesse ruinant, détruisant et anéantissant la grâce et tout ce que nous sommes en Dieu, et tout ce que Dieu est en nous, et sommes comme ceux qui ont une fièvre continue; ils ont la vie, mais il y a en eux un feu étranger, qui va ruinant et détruisant ce qu'il y a de vie en eux, et n'ont nul {)ouvoir d'arrêter ce feu qui les consomme. Ce n'est pas comme le carps mort duquel nous avons tant parlé; il n'a pas puissance d'avoir la vie^ mais il n'a rien en lui qui y résiste; et si Dieu le voulait ressusciter,^ il ne sy opposerait point; et nous, nous avons opposition co/itinuelle à la grâce , et c'est ce que saint Paul dit : Le péché habite en nous et opère ennoiis [Bom.Yu), si nous n'avons un soin continuel de nous renouveler. Et vous devez, mes sœuis, vous visiter vous-mêmes tous les jours, })Our connaître vos manquements; car sans cela nous déchéons facilement de la perfection. Nous sommes comme ces vieilles maisons ruineuses qui tombent de tous côtés ; si on les éiaye d'un côté, elles tomtjent de l'autre. Il faut les §tayer de toutes parts, et reprendre depuis les fondements, car tout s'en va en ruine. Nous en sommes tout de même tant les âmes parfaites que les im})arfaifes. Les histoires sont toutes pleines d'âmes qui se sont perdues par l'abondance des grâces. Il n'y a état si relevé, où il n'y ait sujet de craindre; et tant plus la grAce est éminente, plus la ruine est grande. Lucifer dans le ciel a tiré sa ruine de l'émineiice de la grâce. Voilà bien de quoi avoir de la vanité dans la grâce qui jious est donnée comme chose étrangère, et qui n'est pas de notre fonds, que nous pouvons si facilement perdre, et qui peut être même notre perte.

Or, non-seulement nous avons ces deux impuissances au regard de la grâce, mais nous en avons encore une troisième qui est de ne pouvoir arrêter le mal et le péché qui est en nous. C'est encore un grand sujet de noushumilier, et vous devez, mes sœurs, être en un continuel abaissement devant Dieu, . car de tous côtés nous ne sommes qu'impuissance , qu'indigence, que néant, soit f)0ur avoir la grâce, soit pour en bien user^ et pour arrêter nos imperfections; et ce néant doit être environné de grâce de tous côtés. Si Jésus-Christ ne nous soutient et ne nous environne par une grâce surprenante, et par une grâce subséquente et consommante, nous sommes continuellement dans l'imperfection ; et non-seulement il faut que la grâce suit en nous, mais il faut cj^u'il y ait une

1t«i CtliVUES DE PIETE. — CXVIII, OBJETS DES DESIRS. DISP. A LA GRACE,

suite de grâre. une iioiivcllo grflce, non ordinaire ni leile (|iiell(' ; ni.iis une grâce «jiii SMil vigiinnte pour nous exciter, cl |iuis.saiile pour anéantir nos imperfec lions. \ Oil.'i ce (juc; nous .sommes do nous-niômes, el quollo est notre [luissancc. t^'est l)ien(ie<iuoi nou.TgNtrilier, el nous tant regarder, et i:ous en occuper, au lieu cpie nous devons incessaminenl nous renoncer et nous occuper du Fils de Dieu. Or pour vous Taire retourner de vous-niômos à lui, je trouve une l>elle (jualitrt de J(^sus-Chrisl, (jui nous est rap[iortée par saint Jean dans son Apocalypse [lu , 1'*), que vous n'avez peiil-ôtrejamnis remanjUL^e : Principium creaturœ Dei : « Principe de la créature de Dieu. » Il y a grande ditrérence entre créature el créature de IHcu;rarles réprouvés, les démons el les pécheurs dans leur péché sont hien créatures par origine, mais ils ne sont p.is créatures de Dieu, c'està-dire créatures regardantes Dieu, tendantes à Dieu et appartenantes à Dieu; il les a séparées pour jamais de son appartenance. Par cette (jualité de Jésus-Christ, d'^Uc principe des créatures de Dieu, je n'entends [las parler de Jésus-Christ entant que Dieu; car en celte qualité il esl princi|ie de toutes créatures ; mais j'entends de, l'Homme-Dieu et de la qualité qu'il a prise par le mystère de l'Incarnation. Or, par celle qualité, Jésus- Christ est principe (ie grâce, source de grâce, jilénilude d'être el de vie pour lui el pour nous; car toute la grâce a été donnée à Jésus-Christ pour être répandue dans toutes les âmes qui lui sont liées ; et comme le chef influe sur ses membres, Jésus-Christ notre chel' a une influence continuelle sur nous, d'ôlre, de vie, de grâce, de laquelle il fait un usage continuel <levanl Dieu son Père, et pour lui el pour nous, et il esl vers lui en oblalion perpétuelle; et dès l'instant de son incarnation il a fait cet acte d'oblation volontaire, lequel a été permanent en lui; et par cet acte, il nous a tous sanctifiés el consommés. Nous sommes dès lors renfermés en lui, et ce premier acte a mérité notre sanctification, el il a rendu de très-grands devoirs el de très-grands usages j'our toutes ses créatures.

0 quels devoirs! ô quels usages! usages saints, usages divins, usages de Dieu 1 El Dous devons nous y unir el y adhérer, afin de rendre en Jésus-Chrisl et par Jésus-Christ ce que nous ne pouvons rendre de nous-mèûies. Il faut qu'il supplée à toutes nos iiupuissances. Le Père ne nous regarde qu'en tant que nous sommes unis à son Fils, que nous sommes faits ses membres, et que nous sommes incorporésen lui. Le Père ne regarde proprement que son Fils ; tout ce qui n'est point en lui, il no le regarde point; il faut que nous soyons sanctifiés en lui, vivant en lui et subsistarU en lui. Adorons Jésus- Christ, mes sœurs, comme notre principe, et comme celui duquel nous lirons notre origine en la grâce; adorons-le comme source de lumière et de grâce, non-seule-

ment po\ir lui , mais aussi pour la répandre in< essammenl sur nous. Comme vous voyez que le soleil n'est pa« seulement lumineux jioiir lui, mais réjiand et influe sa clarté et sa lumière partout en notre hémisphère, de môme Jé^is-Christ a une coniinuello émanation de luinièro, d«' vie el de grâce sur toutes les âmes (jui aont disposées à la recevoir.

Je vous ai tani/il dit, mes sœurs, qu'il nous faut visiter nous-mêmes tous les jours, mais cela ne sufTit pas. Nous avons encore besoin d'être visités par autrui, el c'est ce (jue je viens faire : visiter votre intérieur et votre extérieur. V(jus êtes en un [laradis; vous n êtes pas comme .\dam. 11 en a été chassé, et vous êtes dedans. Dans ce |)aradi«» il y avait un ange pour le garder: el Dieu veut que je sois cjI ange, «juoique très-indigne. Cet ange avait une épée flamfjoyanle en la main. Quelle proportion entre un ange et une épée? El pourquoi faut-il une épée pour garder un paradis, el une épée toute flamboyante? Il le faut pcTurlant, et je suis cet ange, el il faut que j'aie en la main celle épée flamboyante, afln de vous diviser d'avec vous-mêmes, et retrancher toute ce qui retarde vos âmes de perfeclion.

Je vous épouvante, et vous me devez redouter; mais il faut que cela soit, et qu'il ne demeure rien en vous du vieil homme ; et vous vous devez joindre avec moi pour vous faire la guerre à vous-mêmes, el y détruire ce qui appréhende la purelé de la grâce, et ce que la sainteté de Jésus ne saurait souffrir. Invoquez l'espril de Jésus sur vous el sur moi. Demandez-lui qu'il me fasse entrer dans la vérité de celte sienne parole : Non veni pacem mitlere, sed gladium : « Je ne viens pas apporter la paix, mais le glaive (Matth. X, 3k) ; » que j'use de ce glaive pour retrancher tout ce qui esl étranger à sa grâi;e , et que vous-mêmes y ouvriez vos cœurs et consentiez volontiers à cette heureuse mort qui donne la vie pour jamais.

CXVIII. QUELS DOIVENT ÈTKE NOS DESIRS, ET QUELLES LES DISPOSITIONS QU'lLFALT APPOR- TER A LA GRACE.

Le premier désir que nous devons avoir et le plus fréquent est que la première et principale volonté de Dieu sur notre éternité, sur notre étal, sur sa voie el le degré d'amour sur nous, indépendante de nous et de nos fautes, el dépendante seulement de sa bonté el miséricorde, ne soit ni diminuée ni retardée par nos défauts : Fiat voluntas tua {Matth. VI, 10), ou soit ré[iarée par sa. miséricorde. Le second, que cette abondance de grâce et d'assistance, que nos péchés même véniels ont pouvoir de diminuer, ne soit aussi diminuée (128). Le troisième» que nos appartenances à Jésus, à sa croix et k ses états, soient aussi pleinement accomplies. Quant à nos dispositions vers les dons el grâces du Saint-Esprit, la première est l'humilité des dispositions de l'âme au re-

(128) Yolun4a$ Dei bona benrplateiu et pcrfecia. {Rom. xii, 2.)

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MU

gard des dons et grâces de Dieu, nous reconnaissant indignes de quelque don et grâce de Dieu que ce soit (129). Nous ne saurions assez penser combien grande est la miséricorde de Dieu envers nous, lorsqu'il nous donne sa grâce. La grâce est chose si grande, et nous la devons tellement estimer, que quand nous aurionsbeaucouf) sué et travaillé })OurDieu sur la terre, si toutefois à la fin de notre vie, à la dernière heure seulement, il nous en donnait un degré, nous devrions nous tenir bien contents et satisfaits. La seconde disposition, au regard des grâces et dons de Dieu , est une ouverture et grande amplitude ou dilatation de notre cœur et de notre âme pour les recevoir. Le Saint-Esprit nous veut communiquer ses grâces en abondance et plénitude, mais nous devons aussi nous préparer à les recevoir. Il fait tout ce qu'il peut de sa part pour les nous donner; faisons de la nôtre tout ce que nous pourrons pour les recevoir. 11 veut nous les donner en abondance, correspondons à cela par une parfaite ouverture de notre âme à ses influences. Il y en a beaucoup qui reçoivent la grâce et dons du Saint-Esprit, comme s'ils leur étaient dus; qui les reçoivent comme s'ils les avaient mérités par eux-mêmes, comme si l'homme pouvait faire quelque chose qui de soi y eût proportion et rapport; ujais il les faut recevoir avec humilité profonde, estimant que de nous nous ne les pouvons avoir, si Dieu, par sa bonté, ne nous les donne. 11 y en a d'autres, lesquels, quoiqu'ils reconnaissent que d'eux-mêmes ils ne peuvent atteindre à la grâce, néanmoins la reçoivent avec si j)eu d'ouverture de leur côté et permettent si peu qu'elle opère ce qu'elle devrait, qu'ils semblent se contenter de ce qu'ils ont, au lieu de s'ouvrir de plus en plus pour en recevoir une plus grande abondance. La troisième disposition est un usage fidèle, une coopération grande aux dons et grâces que nous recevons du Saint-Esprit; car toutes les grâces que Dieu nous donne sont pour opérer, et c'est pour cela qu'il les donne. Quelques-uns distinguent la théologie en mystique et pratique; .mais c'est une distinction que je ne voudrais point apporter à la grâce. Toutes les grâces que Dieu distribue en la terre sont données pour mieux opérer. Ce n'est point un lieu de jouissance que la terre , c'est un lieu d'opération; et la consolation et jouissance que Dieu donne quelquefois à l'âme n'est pas pour s'y arrêter; elle n'est donnée que pour mieux travailler par après. Dans le ciel nous avons à' jouir une éternité ; mais le peu de temps que nous avons à être sur la terre, c'est pour opérer, et il le faut fidèlement employer à ce pourquoi il nous est donné. Je crois bien que personne ne doute de ce que nous disons ; mais néanmoins nous avons peine à le pratiquer; nous cherchons la jouissance, et sommes bien aises de laisser le travail ; et nous serons d'autant plus coupables, si, le sachant, nous ne le faisons. (120} Mmoy mm cunctii, miseralicnibus luii, (G'e/i.

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