‹ Œuvres complètesChapitre 25 sur 540 · DES TROIS NAISSANCES HE JESUS. — PREMIÈKE NAISSANCE · texte numérisé non relu

DES TROIS NAISSANCES HE JESUS. — PREMIÈKE NAISSANCE

1. Trois naissances de Jé^us, aii sein de son Vcrc, au bcin de la Vierge sa Mèic el dans le sépnicre, signiliées par ces paroles dii psaume cix : E(jo liodie (jentii te. Cran leurs ei piopi iélés de sa naissance élernclle. — 11. Ponisuile du inèuie sujet. La naissance dts lidèles en l'Eglise dans le sein de laf|nelle ils dcmeu'. eut el vivent toujours, a un rapport spécial à celle naissance éternelle. — 111. Cuniparaisoii des trois naissances de Jésus, éternelle , lenipurellc , imniorlelle. Il remarque en passant que Jésus en sa seconde naissance, uaù et son du seiu Ue sa Mère, et louiet'ois de-

meure divinement en elle, au centre de son esprit. Jésus s(Mt du tombeau pour n'y rentre.jamais si ce n'esl en nos cœurs qui doivent êlr; les sépulcres vivants de son corps on TEucharistie, où il est en état d'immolaiion et de mort. Jésus est le premior-né de Dieu en sa première naissance, k premier-né de la Vieige en la seconde, le premier né des morts e;i la troisième. Mous devons notre cire naturel à sa première naipsar.ce ; notre naissance en la grâce, à la seconde, el notre gloire el résurrection à la troisième. — IV. C'est une merveille dans l'être divin, qu'il y ait Père el Fils. Considération du Fils de Dieu comme vie. — V. Poursuile du même sujet. Con-^idéralion du Verbe éternel comme Fils. — VI. Exposition de ces paroles : Tu e& Christiis Filius Dci vivi. Jésus-Christ est Fils de Dieu vivani, et les Chrétiens sont entants d'un Dieu mourant el mon. Le Dieu vivani nous condamne ii la mort, el le Dieu mourant nous en délivre. Ces paroles d'isaïe : Generalionem ejus qnis enarrabii? sont entendues de Jésus engendrant en ses souffrances et en sa mort les enfants de Dieu. Jésus dans les temps est Fils du seul Père et de la Vierge. Jésus est produit par le Saint Esprit, mais non pas engendré. Conclusion de ce qui a été dit ci-dessus, que Jésus esl Fils de Dieu vivant et nous sommes les enfants de Dieu mort. — VU. Il explique comme Jésus est le Fils unique de Dieu el le principe du &ainl- Esprit avec le Père. La raison et le principe de la distinction dt-s deux proi essions divines, cl pourquoi la procession du Saint-Esprit n'est pas géiié aijon, esl un secret que Dieu n'a point révélé à son Eglise. Jésus est seul Fils dans la Trinité, seul subsiblaiil dans rincarnalidii, seul médiateur dans h Uè.ieiDplion. — VlU. Considéiation de Jésus comnie principe du Saint-Esprit. L'n Dieu, un Père, un Fils.-un piineipe du Saint- Esprit, un amour subsistant et produit, im Créaleiir el souverain de l'univers; ce sont les anités divines. Il était convenable de pailer de la nais-^ sauce éternelle de Jésus, avant qu'expliquer sa génération lemporeile, cl cela en imitant la méthode du disciple bien aimé, en son Evangile.

Nous trouvons dans le livre de vie trois naissances adiuirables de Jésus, qui est la vie de Dieu et des hommes : sa naissance au sein de son Père dans la vie éternelle, sa naissance au sein de la Vierge dans la vie temporelle, sa naissance au séjiulcre dans la vie immortelle. Ces trois naissances sont accoiupagnées de merveilles dignes de Jésus et digues de sa source et de son origine en ces trois vies diirérentes : car en sa naissance en la vie divine et incréée, c'est une' double merveille que Dieu engcnJre et que Dieu soit engemlré; en sa naissance" dans la vie humaine et incarnée, c'est une' double merveille qu'une vierge enl'ante et qu'un Dieu soii inciu-né; en sa naissance oii ]dutôt renaissance qui le met en la vie céleste et glorieuse, c'e^t merveille qu'un séjiulcre soil source de vie, et un lieu de mort source de vie immoitelle. Mais c'est ainsi que Dieu, qui est admirable en st)i-même, en ses œuvres el en ses saints, est encore ad- . mirable en sou Eils unique, qui est un autre lui-même; en l'œuvre de ses œuvres, ' qui est l'Incarnation ; et au Saint des saints, qui est Jésus-Christ Notre-Seigneur, prédit et nommé en cette qualité par l'un de ses prophètes. {Van. ix, 24-.)

r.nAM>F.rRfl nn jesus. - Disc, x, premierk naissance de jesls.

Ces irois nrtissnnrc-s lic Jésus, \tnr lesquelles il 0^1 vivant do ces trois sortes de vies sniiiti.'s, dill'éreiiles et adorables, so-iil oxpriiiiées en \i\ piirole do vie ol en la parole expresse du l'ùre éternel, dis.uil h soiriu'^nio et h son Fils : /w/o hmlie (jcnui te. {Psttl. Il, 7.) (l.'ir ce sont les paroles qiio saint Paul aux Hébreux (i, Ij) applique h la génération éternelle, prouvant par la force et l'autoiilé de ce lexlr; (|ue Jésus-tllirist appartient h Dieu le l'ére |>ar uno autre sf)rlo d'appartenance et d'éinanalion de lui que rton pas les an;j;es, narcc (juil l'a engendré selon cette parole expresse : lùjo hndie (jenui te; ce nui n'appartient qu'au Fils de Oieu, et non h la nature des anges. Or cette preuve serait sans preuve et sans a|>parerjce, si ce texte allégué et produit par va grand Ap»*ttre ne .s'cntemlait vraiment et littéralement de la génération éternelle, qui nous est divinement représentée eri ces lerines, où le présent est joint avec le passé : lludie ijenui le, par un admirable artilico, pour exprimer celui rpii est toujours né el toujours naissant, et (jui a une sorte de procession qui est sans lin et sans commenrement, et qui jiar un secret impénétrable est tellement accomplie selon les termes du passé, qu'elle s'accomplit toujours selon le terme du présent. Le même saini Paul, conduit du même esprit de Dieu, et [)arlaiil aux mômes Hél)rcux aux Actes (xiii), allègue ce même texte, et ra[i()liquo i^ la résurrection du Fils de Dieu, (pu est une sorte de naissance nouvelle de Jésus dans l'immortalité.

Car la résurrection est communément rp[)clée en l'Fgllse renaissance et régénéralion ; et le Fils de Dieu mCmci qui en est auteur, et qui, étant la parole éternelle du r«>re, a grâce et pro|iriété singulière en ses paroles, la nomme ainsi par sa propre bouche, [larlant du jour du jugement auquel s'accomplira la résurrection universelle : In regeneratiuhe cum scderit Filius hojninis iti scde nwjestatis suœ. {Mal th. xix, 28.) En troisième heu, le môme Saint-lilsprit qui a dic'.é cette parole au proj'hète David, et qui l'a expliquée par son organe, c'est-à-dire j)ar l'un de ses plus grands anôlres, saint Paul, de la génération éternelle et de la résurrection de Jé^us, l'explique et rap[)lique par la voix de l'Kglise, dans ses offices du jour de Noël, à la naissance temporelle de Jésus au monde : Dieu fécond et fertile en ses œuvres et en ses paroles, ayant voulu que cette même parole mémorable fût appliquée par un même esprit à ces trois sens différents, et à ces trois états et mystères du Verbe éternel : au mystère de sa naissance de son Père, au mystère de sa naissance de sa Mère, et à sa naissance hors du sépulcre, dont il sort renaissant comme un p'.jénii en une nouvelle vie.

Delà premitre naissance de Jésus.— l. Ces trois naissances sont vraiment admirables, et la [>remière n'a ni temps ni journée : car elle ne commence ni ne Unit jamais, mais d.'elle sont issus les jours, les temps et les siècles, qui se commencent et se finissent, et notre éter-

nité môme en la grâce et en la gloire en tire son orinino. (lar «'est (wir son Fils que le Père a lait les siècles, dit l'ApAtre aux Hébreux (r, 2) : Per rpirui frrit et sœcufa. C'est par son Fils que le Père nrius met en sa grâce et rui sa gloire, comme <lit toute l'Fcritun;. Ft nous le devons adorer comme un Orient par sa naissance première et divine, aïKjuel tout Orient doit tribut et hommage. Nous (levons, dis-je, l'adorer comme Orient, mais comme un Orient éternel, et comme un Orient fjui est toujours en son midi par la plénitude de sa lumière, et toujours en son Orient par la eoniJition et perfection de sa naissance, laquelle continue toujours et ne finit jamais, comme elle ric commence janiais, et en laquelle il est tellement né qu'il est toujours naissant en l'élernité. O merveille! (') prodige de cette naissance par laquelle Jésus est un Orient ! par laf|uelle Jésus est un Orient éternel, et {»ar laquelle Jésus est éternellement Orient : Orient auquel doit hommage notre Orient et notre naissance, en la nature et en la grâce, et notre éternité en sa gloire.

A raison de quoi , anciennement, les catéchumènes faisaient leur entrée en l'Eglise, au jourde leur ba[)tôtne, par une cérémonie solennelle et remarquable, se tournant vers l'orient i)Our marque de leur hommage et adhérence h l'Orient éternel , qui est Jésus- Christ Notre-Seigneur. Aussi est-il tout évident que nous sommes tous régénérés au baptême , au nom et en mémoire de cette divine naissance et filiation, étant baptisés ou nom du Père, comme Père, et au nom du Fils , comme Fils ; et en ce nom puissant et précieux , nous avons notre entrée en l'Eglise et en la grâce. Tellement que notre propre condition du christianisme et notre état en la foi, nous marque celte vérité et nous oblige de conserver l'honneur et la mémoire qui est due à cette naissance divine et éternelle de Jésus, source de notre renaissance e;i TEj^lise.Que s'il n'y a pont de jour en l'année assigné |)Our en célébrer la fête et la mémoire, c'est sa grandeur qui en est la cause ; c'est parce qu'elle n'a f^oinldejour en la terre; c'est parce que sa fête et son jour est le jour de l'éternité, auquel elle est incessamment adorée dans le séjour et dans l'état de la gloire.

H. Mais cette heureuse et divine naissance qui n'a point de temps, et est avant les temps, a un lieu et un repos bien digne d'elle, et un lieu éternel^ à savoir le sein du Père, auquel le Fils de Dieu habite. Car son disciple bienaimé, l'aigle de ses évangélistes, (jui a pénétré le plus haut et vu le plus clair en son état et en ses mystères; qui s'est reposé familièrement en son sein, et qui nous a parlé hautement de ses grandeurs et de sa naissance éternelle, nous enseigne en deux endroits de son jtremier chapitre cette sacrée demeure du Verbe éternel. En l'un il dit : Verbum erat apudDexim[Joan. i,l),et en l'autre : Unigenitus qui est in sinu Patris. (/6., 18.) Le Verbe donc demeure au sein du Père, comme au lieu de sa naissance, auquel il est conçu et formé l'ar le Père éternel, qui l'engendre en soi-

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

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même, et non en un sein étranger, par une action toute pure, sainte, toute divine et toute immanonlo, faisant olïice de père et fie mère tout ensemble au regard de son Fils et son Verbe éternel.

D'oJi vient que rKcritiire, par un secret admirable, et par une profondeur mystérieuse, en un même verset, attribue au Père conjointement les deux fonditions du père et de la mère en la génération de leurs enfants. Et Dieu dit de soi-même à son Fils, en ce psaume cix, tx titpro, ou selon la projiriélé de la ditt;on hôbvainue , Ex viilva ante luciferum (jcnui te. Car c'est le prop-re du père d'engeniiror , cl c'est le propre de la mère de concevoir et porter en son ventre l'enfant qu'elle a cançu du père. Et l'un et l'autre convient au Père éternel, qui engendre et engendre en soi-même, et qui porte en son sein son Fils unique, et l'y ]»orte et engendre éternellement ; car ce sein (si nous voulons parler selon le langage de Tertullien) est sa matrice et sa demeure éternelle. Et conformément à ce témoignage de ia sainte Ecriture, les plus grands et anciens d'entre les philosO[)hes o^it eu quelque i-ueur de celte vérité , et l'un d'entre eux a dit ces paroles : Jntelligentia illa Deus cummaris et fœminœ viin haheret, genuit Verbum (17). Et le grand Orpliée, pour exprimer le même, selon qu'il est allégué par Clément Alexanilrin {StJ-om. , 1. v, c. 7), I)arlant de Dieu, dit ces \)ro[)OS : Expers malripater, faisant un nouveau mol, composé de ces deux paroles , pa/er rt mater , j)Our attribuer à Dieu, en une unique parole , ces deux oOices et fonctions, qui sont partagées entre le père et la mère dans les générations humaines et naturelles, et sont réunies en Dieu qui engen.lre comme Père, et qui conçoit et porte en soi-même son Fils unique comme mère. Et par ce moyen, le Fils de Dieu qui a en la plénitude des temps une mère sans père, a dans l'éternité un i)ère sans mère, mais un jière qui failles Jonctions de père el de mère, l'engendrant en soi-même et le portant en son sein. Tellement que le sein du Père est sa ruatrice, est sa demeure , et est sa demeure éternelle.

Et c'est un des secrets et une des grandeurs et merveilles de la génération divine, que le Père soit au regard de son Fils père et mère tout ensonjble, que le sein du Père soit la matrice du Père, en laquelle repose el repose pour un jamais son Fils uni(pie : et que le Fils soil au sein du Père et y habite uniquement et éternellement , et qu'à ces fins le plu'S grand des |)ro])hèles et- psalraistes, et le |)lus grand des disci[»les et éyangélistes, s'accordent en diverses manières de parler : Sinum patris appellat evangelisla, quem Psalmita utcrum appcllaverat, comme remarque sublilemenl le plus grand docteur de l'Eglise. Je dis non-seulement que le sein du Père est sa demeure, Mais aussi qu'il est sa demeure éternelle (18).

Car il est à propos de remarquer que le Fils de Dieu n'est|ias comme les enfants des hommes, qui naissent imparfaits et ne sont que pour un certain temps dans les lianes de leur mère, hors de laquelle ils sortent pour venir au monde et y acquérir la perfection de leur être et de leur naissance, el être vivants par eux-mêmes hors de la personne et substance de leur mère. Cette naissance est commune el naturelle.

Mais il y a même sur la terre, bienque non de la terre, une autre sorte tie naissance plus relevée ; naissance non conunune, mais particulière; non corporelle, mais s|)irituelle ; naissance non lar nature, mais par grâce; naissance non des enfants des hommes, mais des enfants de Dieu ; naissance qui tiré son origine et a un parfait rapport à cette naissance émanée du Père éternel, comme à son i)rolotype. Or, en celle naissance, l'Eglise est la mère des fidèles , qui engendre ses enfants en l'honneur et en la |)uissanco de la paternité du Père éternel : .4 quo omnis paternitas in cœlo et in terra nominatur. {Ephes, m, 15.) Et l'Eglise, comme mère par la grâce, non par la nature, a cet avantage i)ardessus les mères temporelles, qu'elle engendre et conserve toujours en son sein ses enfants, sans îes [)0usser dehors, lesquels aussi comme toujours vivants et toujours enclos dans le sein de l'Eglise, vivent en la foi comme parie l'Ecriture, et ion de leur proj)re sens, mais du sens de l'Eglise, comme les enfants encios dans le sein de leur mère vivent de la substance de leur mère. Et si (pielques-uns, comme les hérétiques, sortent du sein de l'Eglise }iour vivre do leur sens, et non pas du sens et de la substance de l'Eglise; ce ne sont plus des enfants, mais ce sont comme des monstres en la génération spirituelle, qui déchirent le ventre de leur mère connue vipères pour en sortir dehors^ et qui violent l'intégrité de l'Eglise.

Ce pofnt est bien digne d'être considéré, et ce rapport est vraimentaduiiranle, qu'a In naissance spirituelle à la naissance divine de celui qui est engendré du Père el par lequel nous sommes tous engendrés en son Eglise, car, suivant ce i)rogrès remarquable dos trûisnaissanccs,lemporelle, spfrituelle et divine, les enfants de lagrûceet de l'Eglise,en qualité d'enfants de Dieu, ont une condition plus parfaite que celle ûqs hommes et i)lus approchante de la dignité du Fils unique de Dieu, qui est leur modèle et leur lipotolype; el comme en celte qualité ils demeurent toujours dans le sein de l'Eglise, qui est leur mère, et toujours vivent de sa propre substance : aussi le Verbo éternel demeure toujours au sein de sen Père el est toujours vivant de la même essence et propre substance de son Père, lequel conçoit en soi-même son Fils unique, I engendre parfait cl l'engendre en son sein comme en sa matrice , en laquelle il est

i7) Trismecistus.

i^ < Qui «al s4mis, ipse est utérus. » (D. Atc. ui Pial. ci.\.)

r.iiAMnaiis nt jtsis. — uisc. \, FUEMihut; naissance de jesus.

toujours iifliliiil, il et loujouis heureux , el il est toujours vivant «le s.i propre .^ulislance ; car il e*>t vivant el sul>>idtaiil en l'unilô li'esserue nvc»; son Père.

Ainsi (loue le A erlie éternel lia!)ilo au sein (le son l'ère; coinnic an lien de >a riais>ancc, et y liahilo éternellenieni, et inônie il y habite uni(|iieni(iil (ce (jui eï>t une autre sorte d'excellence et de granileur de sa n;ii>.sance éternelle) cor il est l'iLs U(ii(|uo et ét"rnel ; et ce ternie de sein est | rojtre et airerié à la génération, la<)nelle ne convieiileju'uu Fils; el connue Fils il est épuisant, ou pour mieux parler remplissant et lerniinant toute la jiuissance du l'ère à enyendrer. Tellement «jue le Sainl-Fsprit , (jui procède du l'ùre connue lui, n'est pas en^jendré (omnie lui ; ^ussi est-il au cœur el en Tamour <iu Père el non [>as nu sein du Père, i\ parler proprement sel(»n les saintes K( rilures el les t'useignenients sacrés de notre sainte religion.

111. Le lieu donc de cette naissajicc première et éternelle de Jésus, est le sein du Père. Mais il a une naissance seconde el lemporelle, qui n son lieu dans le sein de Ja Vierge, et dans l'étable de IJelhléeni, et son lemj)s en l'ohscurilé de la nuit, et dans les rigueurs de notre hiver pour tondre la glace cl échauirer la froidure de nos cœuis, et [)iiur nous tirer hors de nos ténèbres en £a lumière. La première naissance a |)our son jour, le jour de l'éternité; la seconde a pour son temps une nuit, une nuit do l'hiver, et une nuit de décembre; et la troisième, qui est sa naissance en sa gloire, a pour son temj)S une aurore, et une aurore du printemps, et une aurore de mars, mois heureusement a^^signé 5 la naissance et à la renaissance du momie, Kn la première, il a reçu une vie qui n'a point commencé et ne finira jamais. O grandeur! 0 mer^eille do rélernité! Kn la seconde, il commence une vie pour la Unir, d'immorlel naissant mortel pour mourir. O excès l ô merveille d'amour, de miséi'icorde et de bonté! Ln la troisième il commence une vie, mais il la commence pour ne la jamais Unir. O grandeur! ô merveille de vie, de puissance et de gloire 1

Disons encore : en la première naissance il est né immortel et imjiassible; en la seconde, il est né passible et mortel, né pour la mort, destiné h la mort comme hostie et viciime de mort ; en la troisième, il naît et sort hors de la puissance de la mort [lour ne mourir jilus, el pour entrer en la vie iunnortelle el glorieu-e. En la première, il est ué ei nai>sanl dans le sein glorieux de son Père, sans en jamais pouvoir sortir ; en la seconde, il naît et sort du sein et des entrailles bénies de sa très-sainte Mère, et toutefois demeure divinement en elle au centre de son esprit ; en la troisième, il sort renaissant en la vie hors du sépulcre el du tombeau, [)Our n'y rentrer jamais, si ce n'est en nos cœu^s, qui doivent être en Ja terre par les affections et exercices de piété, les monumems de sa mort, et les se-"

ira

pulcres vivants et dôj)Osilaires de >on (orps au saint sacrement ; do son corps, dis-jc, cxjMjié el représt'iilé «omme mort mysii- (juemenl et sacramcntalenienl en l'Eucharistie. l'M sa première nnissnru c il est le |»reinier-né de; Dieu, et riviituio l'appelle le premier-né de IouIl- créature : Car en lui tontes cliosci sont creccs : o Jn ipso condilu sunt nuivcrsa. » [Col. i, IG.) Ln la secon<le naisbaiK e, il est le premier-né de la Vierge, cl par lui fous les enfants des homnies boni rai hclés à Dieu. Kt en la troisième, il est le pieiiiier-né d'entie les morts : Primoijinitus iiinrinornm, en saint Jean {.ipoc. tt oj : Primitiic dorinirnliuin, en saint Paul [Itor. XV, 20j, et par lui tousseront ressuscites en sa gloire.

Trois naissances el trois primogénitures rcmanjuables au Fils de Dieu, auquel nous devons tout ce que nous sommes, et tout ce (pie iKjus (louvons être dans le tem[)S et dans l'éternité. l!ar nous devons notre être naturel à s& naissance première; nous devons noire nouvel être en la grâce à sa naissance seconde ; et nous devons notre gloire et résurrection à sa naissance troisième. En la prenjièrc il est né de Dieu, Dieu de Dieu, lumière de lumière. Fils éternel de son Père éternel. En la seconde il est né homme. Fils de riiojume; mais Homme-Dieu, d'une A'ierge Mère de Dieu. Et en la troisième, il est né lionune en la gloire de Dieu ; Homme Père des hommes, comme enfants de Dieu ; et homme assis 5 la droite de son Père pour une éternité. Que de merveilles, que de grandeurs en ses naissances 1 Qui les pourrait contempler, qui les saurait représenter?

IV. En sa grâce, en sa yerlu el en sa lumière, conduisons notre esprit plus avant, l)énétrons ces secrets, et disons comme en sa naissance [)remière, nous adorons et admirons un Dieu engendrant, et un Dieu engendré sans diversité en la nature, sans inégalité en la [)ersonne, sans déjiendance en l'origine, sans postéri</rité en la durée. U Père trois fois grand et heureux 1 ô Père admirable et singulier en sa paternité ! ô Père inconnu par l'espace de quatre raille ans en cette paternité, tant elle est élevée pardessus toute capacité ; tant elle est ()leine de merveilles; comme étant une merveille dans léternilé, el une merveille dans la m£rveille môme, c'cst-ù-dire dans la divinité, où tout est de soi-même émerveillable 1 C'est jtourquoi le monde en ses ténèbres, et avant la naissance de la vraie lumière en l'univers, a été si longtemps adorant la Divinité, sans adorer la paternité en la Divinité, qui toutefois méritait un si grand hommage, comme étant une merveille, origine de toutes les merveilles créées et incréées.

O Fils trois fois grand et heureux 1 également adorable et admirable en sa filiation, qui est la seconde merveille des merveilles étei nelles que nous croyons et adorons en la Divinité ! merveilleà laquelleservenl comme inférieures toutes les merveilles du ciel et de la terre ; toutes les merveilles de la nature, de

la grâce et Je 'a gloire, comme rendant hommage en leur émanation, à la première émanation qui est en Dieu même. A laquelle encore en une façon toute |)articuiière, rend honneur et hommage la merveille de l'œuvre, où la Divinité, la subsislence et la filiation divine est communiquée à la nature humaine par le sacré mystère de l'Incarnation, auquel celui-là mênie qui est Fils unique de la Vierge, est Fils unique de Dieu , coéternel et coessentiel à son Père.

0 abîme 1 ô excès 1 ô merveille ! Car (pour donner encore i)lus de lumière à cette grande pensée qui en comprend plusieurs) ce n'est pas merveille que nous ayons un Dieu, et que ce Dieu que nous avons soit infini en ses grandeurs et j)erfections. La nature môme nous l'enseigne à haute voix ; et c'est plutôt merveille qu'il y en ait quelquesuns si insensibles et si slupides à cette voix de la nature, annonçant la gloire de son Créateur. Mais c'est ia merveille des merveilles qu'il y ait un Dieu engendrant, et un Dieu engendré; et que dans l'être divin, })arfaitement un, parfaitement [mr et parfaitement simple, il y ail paternité et filiation. Je dis que c'est la merveille des merveilles ; car les autres choses émerveillables sont dans l'être inférieur, subalterne et créé ; mais celle-ci est une merveille même dans l'être divin, suprême et incréé; merveille qui éblouit toute la lumière de la nature ; merveille qui a besoin de la lumière de grâce pour être crue, et de la lumière de gloire pour être vue ; merveille qui n'est comprise que de l'esprit éternel, et qui n"a point de lumière qui la puisse rendre compréhensible à l'esprit créé, qui sera toujours admiran!, adorant, et se perdant en la vue et contemplation de cette merveille, à laquelle servent toutes ies autres merveilles du ciel et de la terre, de la nature et de la

fjrâce , et à laquelle encore sert et rend lommage, en une manière singulière, la mei veille du sacré mystère de l'Incarnation, l'état suprême d'un Homme-Dieu, et la qualité singulière d'une Mère de Dieu, par laquelle ce mystère est accompli en la trèssainto Vierge , en hommage perpétuel de cette paternité divine et de cette filiation éternelle.

Or, par cette naissance éternelle et admirable, et en l'état heureux de cette vie, Jésus est Dieu ; Jésus est Fils de Dieu; Jésus est le Fils du Dieu vivant ; Jésus est le Fils unique du Père, et Jésus est un principe avec le Père, d'une personne divine; c'està-dire de la troisième personne de la trèssainte Trinité. Un chacun de ces points est distinct en soi-même, et contient ses secrets et ses merveilles à part, et mérite l'hommage des créatures et leur élévation. Mais toute créature ne s'accorde pas à nous donner ce loisir, fin attendant que le Dieu de [)aix les y dispose , disons en peu de mots que Jésus est Dieu ; car encore que nous le voyons en la terre comme homme, en la crèche comme enfant, et comme mort en la croix, nous le devons adorer

comme Dieu, et lui dire avec son pro[)hèle : En vous est Dieu, et il ny a point d'autre Dieu que vous; vraiment vous êtes un Dieu caché, et Dieu d'Jsraél, Sauveur : «. In te est Deus, et absque te non est Deus, vere tu es Deus absconditus , Deus Israël Salvator. » {Isa. XLv, 14-, 15.)

O Dieu cachddans l'enfance, dans Thumar nilé, dans la vie commune et inconnue, dans la vie souffrante, dans la mort. O Dieu 1 ô vie ! ô Dieu en l'homme ! û vie en la mort I O vie suprême, vie éternelle et vie immuable I vie suprême en la bassesse ! vie éternelle en la mesure de nos jours 1 vie immuable en la variété et mutabilité de notre condition. O vie divine ! vie glorieuse ! vie adorable 1 vie divine en l'humanité I vie glorieuse en la souffrance 1 vie adorable en la croix et en la mort! vie vivifiant la moi t même! vie source de toute vie, delà vie de nature, de la vie de grâce, de la vie de gloire 1 Vie à laquelle toute vie rend hommage si elle est créée, ou a relation si elle est incréée. Car c'est la vie d'un Dieu, Fils de Dieu, par lequel toutes les créatures sont faites, et auquel aussi elles doivent leur hommage comme à leur Créateur. Et même le Père éternel, qui est le premier vivant, et le principe de vie en la Divinité, a son rapport à lui comme à son Fils, et comme au terme de sa génération divine et ineffable. Et le Saint- Esprit, qui est la troisième personne a[)rès laquelle il n'y a point d'autre personne vivante et incréée dans l'éternité, a son rapport à lui comme à celui qui est le Fils du Père, et qui est son principe avec le Père. Et nous donc, comme Chrétiens, et comme ayant reçu de lui, selon son bien-aimé disciple, la puissance d'être enfants de Dieu {Jean. I, 12), nous devons à sa personne, à sa naissance, à sa vie divine, et rapport et hommage tout ensemble : hommage, car il est notre Dieu ; rapport, car il est notre Père et notre vie.

V. Jésus est Dieu, Fils de Dieu ; car ces choses sont distinctes, puisque le Père est Dieu, et n'est pas Fils de Dieu, puisque le Fils est Dieu, et n'est pas Père; et puisque le Saint- Esprit est Dieu et n'est pas Fils de Dieu ; car Jésu« est le Fils uniquede Dieu, comme nous dirons ensuite. Il est Dieu en bon essence, il est Fils en sa personne ; et ce nom de Fils est un nom égalant en sa qualité le nom de Père dans l'éteiniié. Et cette filiation ne dit rien de moins, ains dit chose égale à la paternité de son Père. O vie procédante , mais vie coélernelle et coessentielle à son Père ! vie émanée, mais aussi vie immanente en son Père ! Car il dit à son Père : Je suis et vis en vous, et vous êtes et vivez en moi. A'ie, plénitude de vie ; car il lui dit ailleurs, et lors même qu'on lui va ravir la vie : 0)nnia tua mea sunt : « Tout ce qui est vôtre est mien. » [Joan. xvii, 10.) Vie inséparable de lui. Car nul ne lui peut ravir cette divinité ; comme le Père môme ne veut et ne peut ne la lai point donner, le produisant par la nécessité lieureuse. et (lar la fécondité puissante de sa nature. Tout ce qu'il a, il le tient de S03

CUANDKIUS I)K JKSIJS. — DISC. X, l'IlKMIKIU: NAISSANCE DE JESUS.

Père, amiucl il dit aussi cello parole? : Omtiia tnea tuu sunt : « Tout ce (/ni est miru, eit vAtre. » [Ihiil.) VA ((nniiu; tout le qui c>t sien ost h stm ITmo, nussi loul w. (|ui fsl h sou Père osl h lui. Ml il dil ailleurs : Omnia <jHa'cun<inc litihet Palvr, mea sunt : « Tout ce ijun vion Pt-re est mien. » {Joan. \vi, 15.) Kl connue il lient loul du l'ère, il lél'èie tout au l'ère ; et sa vie iiersonnelle élanl une sorte do vie toute relative au l'ère, il «!s>l dans son élernilé se référant au l'èie, et par sa propriété il est même relation à son pcre. Kn <elle vue adorons-le, aimon-.-ie, imitonsle, réléfons tout ;\ lui, et |)ar lui au Père; cir la r(dali«in du Fils est la vie el la suhsistcnce du Fils; et ainsi la relation (pie nous tiurons à lui, sera notre vi(? et notre; sid)siàlenec pour jamais, et nous établira licureuseinenl dedans son éternité.

VI. Jésus est le Fils lie Dieu vivant, selon cette parole (juo saint Pierre a apprise du Père éternel : Tu es Cliristus Filius Dei vivi. (Mutth. \vi, 16.) Comme Fils uni(\ue do bien le Père, it est distinct du Père et du Saint-Fsprit ; comme le Fils de Dieu vivant, il est distinct encore de nous et de tous les enfants auoptifs. Ce qui nous oblige à rechercher un sens profond et caché en cette parole, qui nomme Jésus-Christ Fils de Dieu vivant, car elle n'est i as ajoutée en vain et .sans fondement, et n'est pas mise simpienient, comnoe quelques-uns pourraient pens<îr, j)Our distinguer le vrai Dieu des faux dieux qui étaient adorés en la terre. Cette parole est |)rononcée non entre les païens, mais entre les apôtres, qui n'avaient jamais adoré les faux ilieux. Cette parole est prononcée en l'école et en la famille de Jésus, et en sa sainte présence ; école grande et toute instruite à choses grandes et i)arliculières ; école digne de son instituteur et digne du Verlve étemel. Cette parole est si haute et si sublime, qu'elle e.>l référée par Jésus-Christ u^éme à la révélation du Père éternel. Cette parole porte la vérité sur laquelle l'Eglise chrétienne est fondée, et jiour laquelle le Fils de Dieu s'expose à la mort.

Car il est à propos de noter que le Fils de Dieu ayant à mourir, a voulu mourir pour la confession de cette vérité, qui regarde sa vie el sa tiliation divine et éternelle ; et que l'ayant confessée à Caïphe qui l'interrogeait sur ce |/oint, il fut jugé digne de mort, et livré aux gentils pour être exécuté, parce qu'il s'était déclaré le Fils de Pieu vivant. Car si Jésus, qui est la vie, doit mourir, il faut qu'il meure |)Our honorer sa vie et sa filiation divine, et pour donner sa vie à ses enfanls, el les rendre tous enfants de Dieu. Que devons-nous donc attendre d'une parole prononcée par le Prince des apôtres. apiTise du Père éternel, louée de Jésus-Christ en l'assemblée des siens, qu'il constitue les docteurs de lumière? Et que devons-nous entendre dedans ces sacrées paroles de saint Pierre : Vous éles le Christ, le Fils de Dieu vivant? Non certes un sens bas, coQimuQ et vulgaire, mais un sens bien

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plus haut el relevé; non, une vie simplement o|»posée h l'étal des faux dieux qui n'ont point de vie, mais nini vie digne de celui ipii est le |)rcmi»'r vivant enlto tous les vivants, el le seul vivant par soi-môme, sans principe el origine entre tous k-s vivajits, el môme entre les personnes divines el imréées.

A la vérité, cette parole ainsi honorée de Jésus-(^hrisi et ainsi rémunérée par luimômo de la [k incipaulé de son Kglise en la personne de celui qui l'a proférée, et cello |)arole fondamentale cji la foi M en la doctrine de salut, auia un sens plus digne el plus élevé el aîtribuera au Fils do Dieu une qualité [>lus grande que non (las celle ipie le sens du commun el vulgaire y pourrait entendre. Kl comme elle e^l révélée <lu ciel par le témoigna.;e exprès du N'erbe élernel, il faut que le ciel môme nous" en révèle le sens et l'intelligence, el (pie le Père cjui est aux cieux nous déclare la grandeur de son F'ils el la grandeur de la naissance de sou Fils, et la grandeur qui osl proi)re au Père en la naissance de son Fils, gramleurs cachées cl comprises en ce jieu de paroles-. Car aussi ce sont [laroles du ciel et paroles enseignées par celui qui est le Père de la iwirole éternelle , s'il nous est permis d'employer ce mot, à l'imitation des i<lus excellents auteurs de ce siècle, au regard de celui qui est le N'erbe substantiel, ou pour réitérer le môme mol, la- i)aro!e subslanliellc et ])ersonnelle de Dieu.

Contemplant donc ce mystère et celle parole, élevons-nous par-dessus la terre el pardessus nous-mêmes, et nous adressant au Père de lumière et au Fils du Dieu vivant, qui est lumière de lumière, et la lumière du monde ; remarquons et su[tposons qu'il est nommé du ciel, le Fils de Dieu vivant, jiar un sens vénérable digne de la lumière du ciel, et digne de sa naissance et grandeur, et par un honneur singulier à son Père, que la foi adore comme le seul vivant [lar soimôme entre les vivants, le seul vivant d'une vie qui n'a point de principe et d'origine, et le seul vivant, duquel tout ce qui est vivant, soit en la Divinité, soit hors la Divinité, tire sa vie, son origine et son principe. Le prince donc des afiôlres, en cette profession publique et solennelle de la foi, faite en la présence el à l'enquête de Jésus-Christ, en son nom et au nom du sacré collège des apôtres, appelle Dieu, vivant, non |)ar distinction des faux dieux qui sont morts et ne sont pas vraiment vivants el ne méritent pas d'être comparés à la grandeur et majesté de Dieu vivant, mais il aj^iieile Jésus-Christ le Fils du Dieu vivant, par opposition à une autre sorte d'enfants iiui sont vraiment vivants, et vraiment enfants de Dieu et lesquels le Verbe élernel, parole infaillible el parole inetfable du Père, nomme et appelle dieux, en un sens véritable et élevé, qui les rend dignes (le c<iie haute et sublime qualité et dénominaiion, et d'être ainsi nommés de la bouche de Dieu même, el les rend adhérents et participants de sa divinité, coinma

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étant vraiment dieux par participation , et vraiment enfants de Dieu par adoption.

Mais ce qui mérite une considération grande, ils sont enfants engendrés par un Dieu mort et mourant en une croix, au lieu que Jésus est engendré d'uii Dieu vivant et immortel, et d'un Dieu seul vivant par soimême dans son éternité ; d'un Dieu vivant et donnant vie à son Fils, et par son Fils h toutes choses ; et oc même Fi|s donnant à J'humanilé sacrée la vie qu'il a reçuedoson Père, soutfre en celle humanité la mort sur une croix, et y perdant ainsi une vie iiaule et divine, et source de la vie de grâce, il donne la vie et la vraie vie à tous ses enfants. Car il nous faut soigneusement remarquer que, comme la grandeur de notre foi nous ajjprend à adorer un Dieu engendrant et un Dieu engendré dans Féternilé, elle nous apprend aussi à adorer en nos mystères un Dieu vivant et un Dieu mort;" et nous enseigne que le Dieu vivant nousa condamnés en son ire, et condamnés à la mort Pt à l'enfer; et que Dieu mourant, et mort en une croix, nous délivre de la mort, nous donne la vie, nous fait ses enfants : enfants lieureusement vivants et divinement engendrés par le sang et la mort de Jésus-Christ Kolre-Seigneur, Fils unique de Dieu. O mort vivante et puissante, puisqu'elle contient la vie, puisqu'elle donne la vie, et puisqu'elle engendre, ce qui n'appartient (ju'aux vivants 1 O génération étrange et ^merveillable de Jésus en sa mort et en sa proix ! Génération contre tout l'ét.it et la j)uis3ance de la nature, en laquelle les seuls vivants engendrent, et non les morts, et encore les seuls vivants, lorsqu'ils ont atteint l'état et le comble de leur vie et de leur perfection.

Ne me sera-t il pas permis de dire que c'est de celte génération active et puissante de ,Iésus mort, et engendrant divinement et douloureusement ses enfants en la croix, que s'entend ce [passage d'Isaie • Gcneratiofiem ejus quis enarrabit ? Car ce grand saint, prince, prophète et évangeliste tout ensemble, parle de celte génération au temps et du moment de sa passion, et en son extase sur l'état de Jésus en la croix et en la mort, dit ces paroles divines : Oblatus est quiaipse Voluit, etc. De angustia et de judicio sublatus est : generatiunem cjus guis enarrabit? quia abscissus est de terra vivcntium : propter scelus populimei percussi eum. « Il a été offert parce qu il la voulu, etc. // a été délivré de Vangoisse et de la condamnation. Qui racontera sa génération ? car il a été retranché de la terre des vivants, je /'ai frappé pour le péché de mon peuple. » [Isa. Liii,7, 8.) O vrai Dieu vivant et mourant! Dieu vivant dans l'éiernilé au sein du Père! Dieu mourant au seul de la croix en la plénitude des tem|)S 1 Dieu aimable et Dieu adorable comme vivant etconime mourant! Car, vivant et mourant, vous êtes toujours Dieu, toujours puissant et toujours admirable. Comme Dieu vivant, vous êtes engendré au sein du Père et

vous n'engendrez pas ; car celui que vous produisez avec le Père est votre esprit et n'est pas votre Fils ; vous le produisez en la divinité sans être son père, et il vous produit en Ihumanité sans être votre père, car vous n'êtes pas son fils, et vous n'êtes que le Fils du Père éternel et de la Vierge Marie. O grandeur du Père , 6 singularité de Marie.

Mais ce Irait n'est dit qu'en passant, cl il mérite un discours à part, en l'honneur de la paternité divine et delà maternité vénérable de celle qui est Mère de celui dont Dieu est Père, et qui a une seule qualité qui ne se trouve pas même au Saint-Esprit, au regard de Jésus. Ce qui est sans défaut au Saint-Esprit, car, en ces personnes divines et éternelles, produire et ne pas produire, avoir et ne pas avoir, est une perfection égale. Mais en la personne de la Vierge, j/roduire le Fils de Dieu et avoir cette qualité grande, est une perfection rare elsingulière, qui la relève par-dessus toute autre personne créée, et l'approche autant qu'il est possible du Père éternel. Car elle est mère comme il est père ; elle est mère sans père, comme il est père sans mère ; et ce qui a un rapport excellent à l'excellence de la paternité divine, elle est seule mère comme il est seul le père de Jésus. Vous êtes donc engendré, 0 Jésus, en la Divinité, et vous n'engendrez pas, et vous avez, en l'état de la croix et en la })uissance de la mort, ce que vous n'avez pas dans la vie de la Divinité. Car, mourant et mort, \ons nous engendrez et vous êtes vraiment père en votre humanité. Vous êtes père, dis-je, d'autant d'enfants qu'il y aura de justes en terre et qu'il y a et aura de saints au ciel, et notre vie, vie de grvice et de gloire, doit hommage de sa naissance, de sa puissance, de sa [lersévérance et de son éternité, à votre croix et à votre mort.

Nous sommes donc tous ainsi, ô Jésus, vos vrais enfants, enfants de Dieu 01 de Dieu mort ; et vous êtes !e Fils de Dieu vivant, et le seul Fils du Dieu vivant. Car et la vie de votre divinité ne procède que deDieu vivant ; et la subsistence de votre humanité, qui donne l'être et la vie de Dieu à celte humanité, n'est émanée que de Dieu vivant. Et la grâce môme qui repose en cette humanité, grâce qui surpasse toutes les grâces des anges et des hommes, et qui est l'origine de toutes les grâces ; cette grâce, dis-je, ou plutôt cet abîuie et cet océan de grâce, n'a point de Dieu mort d'oiî elle déjiende, et elle dépend uni(iuement de la Divinité vivante, subsistante et influente en celle humanité ; et elle est due à la grandeur de vos naissances divine et humaine, et est précédant et accomiiagnant votre état en la croix et en la mort. Etal duquel procède la grâce et la gloire et des hommes et des anges, et la gloire môme que vous avez reçue en votre corps en la résurrection. O Dieu vivant et mourant, soyons à vous ; soyons vivants et mourants comme vous ; vivons en vous, mourons par vous et pour

si:

CnANDKL'RS DK JESUS. — DISC. X, IIlEMIERE NAISSANCE DE JESLH.

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VOUS, Klniiisi iiiouionis, vivons [tour jnmnis, el vivons avec vous do lu vie d(jiM vous vivez avec le Vi'vv.

Car vous C^ics vio, ol nous njiixîlntil h vous, vous nous n|»|i('li'/. Il i.'i vie ; cl, jioiis él.•ll)li^sniil en vous, vous nous('lal>lis.sc/ eu la vie, el vous nous dilos ces sainle?» paroles, paroles de vie: Vù/o viru el vos rivctis {Jj(tn. XIV, 19i ; (.'l vous nous le diles lors(iue vous «Ile/ h la mort, h la nioil pour vous, et h la vie pour nous. C'e.^l-ii-dire lorxjue vous allez à la croix, vous nous diles en la personne de vos apôtres: l'gn civo el vos vive lis, iiuouiam in Paire mro cl vos in me, et cjo in vobis :ujr vis cl vous vivrcz{lljid.);)ycav vous ôles vie, 0 mon Seigneur, vous ôlcs source de vie, el vous ôles source (Je noire vio. Alais j)arce ijne vous Clés le Fils du Dieu vivant, vous (Heslellenicnt vie, que la source do volro vie esl en vcjtre I>ùrc : Eyo in Pâtre meo. VA parce (pie nous sommes vos enfants, en vous, comme en notre père, est la source de notre vie; et nous avons noire vie on vous, comme vous l'avez en voire Pè're. Kl par un cercle et retour heureux vousôies on nous, el nous sommes en vous, el nous vivrons en vous, nous vivrons de vous, nous vivrons par vous, nous vivrons avec vous pour jamais. Ainsi Jésus est le Fils du Dieu vivant, cl donne vie à ses enfinls, et leur donne vie eu mourant, et i;ous sommes vraimenl les enfants do Dieu, c'esl-à-dirc les enfants de Dieu mort comme Jésus esl le Fils Dieu, mais le Fils de Dieu vivant.

Mais pour recueillir en pou de mots ce qui a été discouru sur le sujet de la naissance éternelle, et de la vie divinede Jésus, disons que Jésus est Dieu comme le P(jrc et Je Saint-Ksprit ; que Jésus est Dieu, Fils de Dieu, ce qui le dislingue d'avec le Père et d'avecle Saint-Esprit ; que Jésus est leFilsde Dieu vivant, ce qui le distingue d'avec nous, qui sonuues les enfants du Dieu mourant, et mort en une croix, El comme entre les personnes divines il est seul le Fils de Dieu vivant, il est seul aussi entre les hommes, même en l'état de la grûce et de la gloire, le Fils de Dieu vivant; et n'est pas le Fils de Dieu mort coumie nous, non-seulement pour ce qu'il n'a pas la filiation adoptive, pomme ayant la liliation [iropre et naturelle, mais encore parce qu'ayant la grûce infuse et créée comme les autres hommes, et en bien plus grande plénitude et abondance, sa grûce seule entre toutes les grâces des hommes, et desaMère|même,a ce privilège el singularité, qu'elle vient de la vie de Dieu sim[)lement, et ne vient pas de la mort d'un Dieu comme la nùlve.

VII. il nous reste encore h déduire comme il esl le Fils unique de Dieu et le principe du Saint-Esprit avec le Pt-re: deux secrets et singularités : deux | ouvoirs et raretés desa vie divine el de sa naissance éternelle. Car il n'est pas seul [procédant en la Divinité, mais il est seul Fils en la Divinité; il est seul procédant du Père seul; ce (lui ne convient pas au Saint-Esprit, lequel est procédant du Fils aussi bien que du Père. Il esl seul procé-

dant par génération, car le Sainl-Espril pro- (è.lc par ijneaiilr(; manière ; il e>t donc seul procédanldu Père conirue Père, car le Saiiil- ICspril procède du Père (Otnme firincipo, et non connue Pèic l'I c'est un des secrets el une des merveilles do rétornilé, (pi'y avant deux processions de deux personnes, tooies deux divines, toutes deux vivantes, toutes deux procédantes d'un principe (Je vie, toutes deux également scndilables à leur principe et origine, l'une de ces |)er^(,nnes esl Fils en laDivinité, el l'autre ne l'est pas ; el il n'y a par les oracles de la foi (ju'un Fils uni«jue de Dieu, comme il n'y a (pi'un Dieu. Je sais bien les raisons <|u'on allègue en l'école sur cette dilllcullé, mais je sais bien aussi la lnmièr(.' et la modesiie de ceux (pii jes allèguent, et (pii savent aussi bien que moi les dillicultés que l'on forme h rencontre de ces raisons et réplicpies, fjui n'élant pas |)ropres à cette sorte de discours, je n'y veux pas entrer. C'est assez pour instruire et abaisser nos es|»rits en la vue de choses si grandes, de pouvoir dire avec vérité que la raison el le princi|je de celle distinction esi un secret que Dieu a réservé à soi-même et n'a point révélé à soi Eglise; el que les Pères et docteurs reconnaissent et confessent ingénument la profondilé (pii est en cette naissance éternelle, nais-ance de lumièie, mais naissance de lumière inaccessible à la lumièrecrééc qui la doit adorer, et ne la peut pénétrer en son obscurité. Laigle des docteurs, et le grand maître du ^ j; j)rince de l'école, saint Thomas, je veûîdire saint Augustin (lib. ik Contra moaivanuiii, c. iijdit '.Quœris a me.sidesuhslantia Putris esl Filius, de substanlia Pairis est cliain Spiriliis sanclus, cur unus Filins sit, cl alias nonsil (ilias? Ecce respondco, sive copias, site non copias : De Paire esl Filius, de Paire esl Spirilus sanclus, scd ille genilus, isle procedens. a Vous me demandez pourquoi le Fils étant de la substance du Père, le Saint-Esprit étant de la substance du Père, l'un esl Fils et l'autre n'est point tils. Je vous réponds, soit que vous l'entendiez ou que vous ne l'entendiez pas : le Fils est dq Père, le Saint-Es[)rit est du Père, mais celuilà engendré, celui-ci procédant. » — ¥A plus bas : Quid auleni inler nasci et procedere intersit, de illa excellcnlissima nalura loquens, explicarc qui polcsl, etc. Distinguere inler illam (jeneralionem et hanc proccssionem nes^ cio, non valeo, non sufficio. Ac per hoc quia cl illa el isla esl ineffahilis, sicut prophelade lilio loquens, ail : (jeneralionem ejus quis enarrabil{Jsa. lui, 8): ila de Spirilu saucto verissime dicitar : proccssionem ejus quis cnarrabil? a Or (pielle ditl'érence il y a entre nait:e et procéder, qui est celui, qui [larr lant de cette nature si excellente et si su-blime, le pourra expliquer? etc. Distinguer entre cette génération et cette procession, j'avoue que je n'ai point de science, de puissance, desullisance pour ce faire. Et partant celle-là et celle-ci étant inelfable, comme le prophète, parlant du Fils, dii : Qui est celui qui nous racontera sa vénération? aussi

ŒUVRES COMPLETES DU CARDIDAL DE BERULLE

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parlant du Saint-Esprit, je vous dirai: Qui est cel'ui qui nous racontei-a sa procession'? Qui ne rendra les armes après ce grand et fidèle serviteur du Dieu des armées? Qui ne gardera le silence après ce grand docteur et pasteur de l'Eglise, l'oracle de son siècle et des siècles suivants ? J'aime mieuxdire avec lui-même en un autre endroit et en un autre sujet, mais avec un même esprit de lumière, desapience et de modestie qui l'accompagne partout : Cui hœc responsio non satisfacit, quccrat doctiores, S'^d caveat ne inveniat prasumptiores. a Celui qui ne sera satisfait de cette réponse, qu'il cherche des hommes plus doctes; mais qu'il se garxie d'en rencontrer de jdus présomptueux. » Et si le lecteur s'adresse à saint Ambroise, le maître de saint Augustin en la foi, il le li'ouvera dans la même humilité et modestie, adorant et avouant le secret impénétrable de la génér-ation divine et éternelle : Mihi impossibile est gencralionis istius nosse 7nys~ terium, vox silet, mens déficit, non mea tuntum, sed angelorum : «Il m'est imi)0ssible de comprendre le mystère de celte généralion, la parole me manque, mon esprit s'y perd, eî non-seulement le mien, mais aussi celui des anges. »

Contenions-nous de l'instruction de ces deux gr-ands pasteurs, lumières vives, ornements r\ares, et fondements solides de l'état et doctrine de l'Eglise. Apprenons donc à adorer, et non à rechercher des raisons faibles sur un sujet que la raison ne peut atteindre, et que Dieu n'a point révélé. Rendons gloire à Dieu, et, avouant notre impuissance, et la grandeur de la génération éternelle, adorons en humilité la naissance du Verbe au sein de son Père; et, admirant la grandeur, la prol'ondité, lasublimilé decette naissance éternelle, honorons l'heureuse et divine solitude de Jésus en celte naissance, par laquelle il est seul au sein du Père en qualité de Fils, comme il est seul subsistant en qualité de personne en la nalure humaine ; et comme il est seul vivant au monde en qualité de médiateur du genre humain, seul digne, seul capable, et seul puissant d'effacer nos péchés j)ar son sang et par son mérite. Trois conditions auxquelles le Fils de Dieu n'a point de compagnie, ni en la leri'c, ni au ciel, ni en l'éternité, ni en la plénitude des siècles; étant seul Eiis en la Trinité, seul subsistant en l'Incarnation, seul faisant office de médiateur en la rédemption de la nature humaine.

VIII. Le dernier [loint proposé est que Jésus avec le Père est un |)rincipe du Saint- Esprit, produisant une i)Oi'sonne divine dedans l'éternité. Car il est la sapience de son Père ; il est sapience féconde et non [)as stérile ; et il est sapience produis.mt, non une chose telle ((uelle, mais un amour éternel. Et comme le Fils est produit en unité [lar la seule pei'sonne du Père, qui est son pririei|)e,il est aussi produisant en unité. Tant l'unité a lieu dans les choses divines (et nous lui en donnons si peu dans les choses de la terre), car encore que le Père et le

Fils soient deux personnes produisantes, ils ne sont |)as deux |)rincipes. El ce qui est inefïal)Ie, ils sont produisants en unité de principe; et aussi le terme île cette production admirable est encore unité. Car le Saint- Esprit est personnellement l'unité du Père et du Fils divineiucnt unis ensemble en unité d'amour et d'esprit; cl le repos de ces personnes divines est en cet amour et unité.

O divinité 1 ô fécondité! 6 unilé! ô puissance 1 ô sapioncc ! ô an our 1 ô unilé d'essence 1 ô unité de principe! ô unité d'amour qui enclôt, qui comprend, qui termine l'état inlini et incr'éé en sa nalure, en ses personnes et en ses émanations 1 Que de secrets et choses grandes il y a à dii-e sur ces divins sujets, sur ces personnes, soit procédantes, soit produisantes; sur ces émanations internes et infinies dans un être très-simple et immuable ! Mais il vaut mieux les admirer et les adorer en un profond silence ; et il est j)lus séant à notre i)elitesse et à leur grandeur de demeurer en cette humilité et retenue, que de s'efforcer de dire peu, de choses si grandes. Et le fruit principal de ces pensées est d'avouer et reconnaître que le Dieu des Chrétiens est grand : Deus magnus et vincensscientiamnoslram. {Job xxxvi, 26.) Dieu grand enson essence, granden ses personnes, grand en ses éuiations : Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Saint-Esi)rit, toujours Dieu, toujours grand, toujours un. Un en qualité do Dieu, un en qualité de Père ; un, ou plutôt unique en qualité de Fils; un en qualité de principe produisant ; un enqualité d'esprit et d'amour' personnel et produit ; et un encore en qualité de souvcr-ain Seigneur et Créateur du ciel et de la terre. Car nous allons ainsi d'unité en unité en la contemj)lation des choses divines, incréées et éternelles, comme nous allons d'unité en diversité en la contemplation des choses humaines et leurporelles.

Belle et notable différence de la conduite et du progrès de nos es|)rits en ces deux monuments et contemplations dilî'érentes.

Alais il en faut réserver l'étendue à une autre fois, et il est temps delinir et arrêter ce discours de la naissance éternelle de Jésus, en laquelle il est Dieu : il est Fils de Dieu, il est Fils du Dieu vivant , il estseul Fils du Père éternel, et il est principe avec lui d'une personne divine.

Ce sont les gi'andeurs de votre naissance première, ô Jésus mon Seigneur I Que je les adorée avairt finir, et passer au discours suivarit! Que je les grave en ma pensée d'autant plus vivement, qu'il semble que vous vouiez les oublier i»our notre amour, et les cacher au monde sous le voile de notre humanité, et dans les ténèbres de votre morlalilél Je dois [)ercer ces ombres et ces voiles, et je veux reconnaître et adorer Dieu en riiomuie, la vie en la mort, et la gloire en la croix. Car il est toujours Dieu, toujours vie et toujours gloire, voir-e la splendeur de la gloire; et s'il veut pi-endre un nouvel état pour nous, nous ne devons pas

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