‹ Œuvres complètesChapitre 24 sur 540 · MYSTÈRE · texte numérisé non relu

MYSTÈRE

1. Il oxainine el pèse ces paroles : Sic Deus dilcxit mun- (luin, ut Filiiim sutunvnigenUum. Il fait peser la diflércnce i nUe coniiaîlrè et aiiuer Oicii, et qu'il (Si bien plus important de l'îiitiier que île le conmulre. — II. L'smonr fie Dieu vers le monde, jus(iu'à lui donner son Fils un que, est un point si digne d'élonnenienl, (|ue Jésus-CIirisl hii-nièine n'eii parle (ju'en ternies d'adiniraiioii. L'amour abaisse Dieu ju-(|n'à 1 bumaniié et élève I iiomme jin-qn'à la Divinilé. Il seml.«le que l'amonr des tlioses étrangères ne convient pas à Dieu, cl né. Il moins il entre en alliance avec l'Iioniin; et s'nnil à lui pour jamais. — III. Il semble que Dell se voulant allier à la ciéalnre, (ùi du choisir la plus excellenie; el toutefois il s'unit à rUninme ei prend la ressemblance d'une cliair «!e pécbé, cl ce mystère s'accomplit pour les liomn.es et Diru n'y a pari qu'à leur occasion, et «. suite (le la part qu'ils y ont. Deux aiienies et deux gémissements de tout l'univers ; l'une pour la venue cl la gloire de son libérateur, 1 autre jMiur ha délivrance. Il semblerait convenable que b; Fils de Dieu ne paiùl en la lerre (jue dans la majesté, el iipanmo.ns, le Père éternel a un conseil inlinimenl éloigne de c.la. — IV. Il cons.dere combien l'union de Dieu avec l'homme en l'incarnaiion est intime, el comme elle surpasse de beaucoup sou alliance avec les lidèles par l'Eutharislie. Jésus est Ilomme-D.eu , et en celte qualité il est un grand monde. L'nonuiie, dans le mystère de l'Incarnalion, partage l'èlre incrcc avec les personnes divine>^. Intimité et indissolubilité de l'union hyposlatique. All'eclions sur ce sujet. Exposilion de ces paroles : Umnia veslra .suiil, vos uutcm Cliribù; Chnslus autein Dci. i sus- Christ est tout noire el nous devon:> cire tous siens.

I. Une des premières et des plus importâmes paroles du Verlie éternel en la. lerie, rapportée jiar son disci[)le bien-aimé à l'enliée de b.on Evangile, c'est une parole senèle de rau)0ur de Dieu et parole de 1 aniour de Dieu donnant son Fils au monde : Sic Deus dilexit miDidiun ul Filium suum uniijenitum dnret , etc. : « Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse , mais ail vie éternelle. » {Joan. m, IG.)

C'est la première caiéclièse et instruction

CÂKDLNAL DE BERULLE, SIC

du Fils de Dieu à un signalé docteur de I3 loi . et c'est une des secrètes p.aroles de son sacré cabinet. Car c'est une parole domestique et familière de Jésus, c'est une parole l>rononcée |iar lui, non en la campagne, mais clic/ soi et en sa maison ; non à un peui>le, mais à un grand docteur de la loi : et c'est une parole prononcée seul à seul, en son secret et en son particulier, et proférée en une secrète conversation qu'il eut avec un prince de la Synagogue. Et aussi elle nous est rapportée par un qui est secrétaire de son état et de son cabinet tout ensendjle, le favori bien-aimé disciple et apôtre saint Jean. i

Ecoutons, révérons et pénétrons cette sacrée parole. Car celui qui parle est Dieu, et celui dont il parle est Dieu : et ce dont il parle, c'est de l'amour de Dieu, lequel en D eu est Dieu même. Et il parle d'un amour de Dieu si haut, si excellent et si divin en son etfet, qu'il est donnant et communiquant un Dieu au monde. Car, ô grandeur 1 ô merveille! comme il y a en Dieu un amour firoduisant une |)ersonne divine , à savoir l'amour récijjroque du Père et du Fils, lequel se termine en la production du Saint- Esprit ; il y a aussi en Dieu un amour imitant cette opération suprême, celte opération interne, cette opération productive, lequel se termine pareillement en une persfmne divine, comme objet de cet amour, qui donne et conmiunique celte personne à la nature humaine, pour la terminer et accomplir de sa propre subsistence. L'un est amour naturel et nécessaire; l'autre est amour libre et volontaire; l'un est amour opérant en la divinité, et l'autre, amour opérant hors la divinité ; l'un est terminant les émanations de Dieu en Dieu même; et l'autre est terminant les émanations de Dieu hors de Dieu même; l'un est consommant le mystère de la Trinité, suivant le terme de saint Hilaire, et l'autre est consommant le sacré mystère de l'Incarnation. Deux amours dilférents en leurs termes el objets : mais si on considère leur oiigine,ils ne sont qu'une môme substance d'amour en la divinité.

C'est de cet amour que parle Jésus en ce texte sacré, et il en parle avec élévation, étonnement et admiration. Ce qui est bien considérable en la qualité de celui qui parle, et qui dit ces propos : Sic Deus dilexit mundum, etc. Nous devons adorer et écouter volontiers Jésus })arlant; car il est le Verbe du Père. Nous devons adorer et suivre Jésus s'élevant en la sublimité de ses hautes |iensées ; car elles sont alignes de ses grandeurs et de ses lumières. Et nous avons un intérêt parliculior en ce divin sujet que Jésus contemple ; car en cette pensée et en ce propos Jésus s'élève en étonnement et en admiration sur l'amour de son Père envers le monde ; et sur le don signalé que le Père fait de son Fils au monde |>ar cet amour. Et ce Jésus auquel reposent tous les trésors Je la science et sapience divine; ce Jésus qui est capable de Dieu, et est rempli de Dieu selon sa cai'acité intinie: ce Jésus qui est

517 cRANnMixs nr jksiis. - Disc. i\. \m()i;r kt commi mc.vtion kn lincaun. su

p.ir cello |ilt'iiiluik' romlu iiuMimblt' cl il'iguorarKL' et île \<ùr\\à'! O Jésus s'étoiiiK;, cl adîiiire r.iiiKiiir du I'«''i(.» ni lo don du P( ro ; cl l'.ir ndmiralion iinilV-re ces grandes paroles : Sic Dcus dilexic tnundum.

lùilrons h son exemido el h sa snilo en eel élonneinenl. C.nv si eel olijd csl di|^iie d'élever Jésus en ailniiralioii, (|Uo doil-il opérer en nos esprits, d'autant plus propres h adniirtM-, selon le sens corunuin des philosophes, que nous avr)ns moins de lumière et (le eoiniais>anee ? Or, cet ol)jet a liien su lirer du Verlie t termd ces sacrées paroles , paroles d'élonnement et d'admiration : Sic J)eus ililexit muiuliim. Quatre paroles, loutcîs «jualre dignes de grand poids, cl qui fondent toutes tiualre cet élonnemcnt de Jésus.

Quoi? I)i»'U, Dieu inlini et éternel, csl-il capaMo d'aimer hors de soi-même? esl-il capaltle d'aimer chose si hasse comme ce bas momie , et c>t-il capable de l'aimer ainsi et iMi cet excès? Kl toutefois la vérité mômo jtrononco ces quatre paroles : ainsi Dieu a aimé le monde. Mais quoi? Dieu pleinement, éiernellemenl et divinement occui»é de soiniôme dans soi-même, par connaissance, par amour et par jouissance de ses grandeurs et félicités éternelles, peut-il être occupé do choses si petites comme ce bas monde, qui n'est qu'un point au regard du ciel, et un néant au regard de Dieu? Peut-il penser à une si vile et inutile création comme l'homme , du(juel son prophète lui iil en sa lumière : ^«'eA-f-fe que l' homme , Seignntr , (jtte t'oiis daignez vous souvenir de lui : et du Fils de l'homme duquel vous daignez tenir compte? (P.-a/. viii, 5.) Quoi ? Dieu suffisant à soi-même cl comblé de soi-même ; Dieu en la [dénilude de son être, qui le remplit, et rem[>lil toutes choses ; peut-il aimer quelque chose hors de soi? Car l'amour semble su[)|)0ser une indigence et vacuité en celui qui aime, comme non satisfait et non rempli encore do la j(juissance et profession de (a chose aimée.

Et Dieu qui est pleinement satisfait de soi-même, et rempli do l'amour saint, pur et divin de son essence infiniment aimable, et qui est rempli de cet amour de toute élernilé; a-t-il bien placé encore [>our loger un amour étranger, et un amour de chose si l)asse et si vile comme le monde, et l'homme, <|ui n'est |)as un objet jtour un si digne amour? A la vérité , c'est un point digne d'élonnement en la contemplation des choses morales, que Dieu puisse aimer quelque chose hors de soi-même; Dieu si distant, si éminenl et si élevé par-dessus tout être créé; Dieu si rempli et si occupé saintement en l'amour de son être ; et en un amour comblant, terminant, et épuisant , ou pour mieux dire, remplissant en l'itifinité de son acte et de son objet, toute la puissance, et actualité de Dieu à aimer. Kt toutefois nous croyons, nous voyons, nous expériraenlons que Dieu, s'aimant soi-même, aime encore ce monde, et l'aime li'un amour ex- (;essif. Kt c'est le sujet qui louche sensibleuienl Jésus en ce saint • al'inei. C'est le >u-

jel ipii rélèv(î , le ravit et lo suspend eti étonnementet admir.ition. (^'est le suj"t qui tire de la bouche .-«acréf. du ^ erbe éternel, ces sacrées paroles . .Sic Deu» dilexitmnndum,i.-U:.

11 est bien évident <pie Dieu, en la grandeur de son être, doit avoir la connaissance parfaiie non-seulement de soi-même, mais de toutes choses : car celte connaissance eit digne de lui, et par elle il n'est poinlal-aissé, mais Dieu demeurant dans son trône, les choses connues y sont élevées |)ar la |»uissance do son intcdlecl, «pii leur donne une sorte d'être spirituel et divin en l'iiiée en laipiello il les connaît. Car c'est le [>ropre de toute sorte de connaissance , sensilive, inleliecluelle et divine, de Iransh.rmcr et élever les choses connues en la qualité et (lignite «le la puissance qui les connail. Ainsi Fes choses matérielles ont un être aucunement iuunatériel en l'espèce qui les rend visibles et perceptibles des sens extérieurs et inlcrieiirs, selon l'éminence et la qualité de la f.Multé sensilive qui les reçoit et les aperçoit : et elles ont un être intellectuel en l'esprit de l'ange et de l'homme qui les contemple. Kt c'est une des excellences qu'on remarque en renlendement par-dessus la volonié, que l'entendement transforme son objet en soi-même : et la volonté se transforme en son objet.

Et c'est aussi un des points qui rend la connaissance différente de l'amour, que la connaissance tire l'objet à soi, et n'abaisse pas celui qui connaît dans les objets connus, mais élève el proportionne les choses connues à la proportion el dignité de celui qui les connaît. Kt l'amour au contraire porte l'âme en l'objet qu'elle aime, et, par une une douce puissance, abaisse et incline l'amant en la chose aimée. Celle ditférence générale entre l'amour et la connaissance est fort considérable; et d'autant plus que d'elle naît uiiediQ'érence particulière, même entre la connaissance el l'amour de Dieu que nous pouvons acquérir en la terre. Car puis(|ue la connaissance met l'objet en nous et ne noub met pas en 1 objet; el l'amour au contraire nous met en l'objet, et nous transfiorie en lui si puissamment, cjuc selon ce dire sacré autorisé de l'une et de l'autre philoso()hie, l'iime est plus où elle aime, que là où elle anime, el a plus de vie et de présence, plus d'occupation et de sentiment en l'un que l'autre. Il s'ensuit que, par Ja connaissance, l'ûme en la terre possède Dieu, non pas tel qu'il est en lui-même , mais tel qu'il esl en elle, el que par l'amour rûme possède Dieu dès la terre, tel qu'il est en lui-même, et non pas tel qu'il esl en elle. Car, l'amour nous transporte de nous en lui, et ce qui plus est, nous rend lel.s qu'il est en lui-même, en nous déifiant et transformant en Dieu.

Heureuse condition de l'âme qui s'éieve en l'école de l'amour de son Dieu, si elle la savait bien connaître et s'en servir 1 Kl condition étrange (s'il nous e^t normis de le dire en passant) même entre lc.s Chrétiens et les plus éminenls et savants des Chré-

OEUVRES COMPLETES DL CAUDLNAL DE DEKLLLE.

liens, qui, no pouvant connailro Dieu lel qu'il esl en soi-oiêrae et le pouvant aimer tel qu'il est en soi, travaillent toutefois beauc()U() plus à le connaître qu'à l'aimer. D'où vient qu'il y a tant d'écoles et d'académies j)0ur élever les Ames en cette connaissance obscure, incertaine et imparfaite ; et il y en a si peu et encore si peu fréquentées, pour élever et perfectionner l'âme en l'amour et en la possession liante et éminente de son Dieu par voie d'amour.

Et toutefois nous ne pouvons pas en cette vie mortelle connaître Dieu autant que nous voulons; et nous pouvons l'aimer autant que nous voulons, nous élevant de degré en degré, par sa grâce, en son amour. Et du degré de cet amour en terre dépend l'état et le degré de la connaissance que nous aurons éternellement de Dieu au ciel. Car nous connaîtrons Dieu autant que nous l^aurons aimé, et non pas autant que nous l'aurons connu en la terre.

Mais laissons à un autre temps ce point fondamental en la théologie mystique , réservons ce secret à l'école de l'amour de Dieu et à ses disciples. Rentrons au point l)récédent que nous avons remarqué, car il sert de base et fondement à ce discours et h notre mystère. Et y ajoutons encore , que comme de la ditlérence générale qui est entre l'amour et la connaissance, noas avons recueilli une différence spéciale entre l'amour et la connaissance de Dieu. Aussi de cette sj'éciale différence nous recueillons qu'à bon droit et avec raison en l'école des Chrétiens, la béatitude de la terre est principalement attribuée à l'amour et charité; ft celle du ciel est princiiialement atlribuée à la connaissance et vision de Dieu. Car dès la terre, l'amour nous joint à Dieu tel qu'il esl en lui-même, nous transportant hors de nous-mêmc en Dieu, et laconnaissance que nous avons de Dieu en la terre, nous unit à Dieu, non tel qu'il est en soi, mais tel qu'il est en nous; c'est-à-dire lel qu'il est en notre es[mt et en l'inielligence que nous formons de lui, lequel nous ne connaissons qu'en énigme et ombrage : In œnigmate, ce dit celui qui Ta connu dans le troisième ciel. {I Cor. xiii, 12.) Au lieu que la connaissance de Dieu que nous avons au ciel, a ce privilège et ce jiou voir par-dessus la connaissance et la lumière de Dieu qui se donne en la terre, qu'elle nous unit et conjoint à Dieu tel qu'il est en lui-même, d'autant <]ue dans le ciel son essence propre s'unit à notre esprit, et l'aclue bien plus noblement de sa lumière, que le corps iliaj)hane n'est aclué du rayon qui le pénètre, et l'élève à connaître Dieu tel qu'il est en soi, nous établissant en un état de vie propre à Dieu même, puisque c'est la vie de Dieu dont l'être et la nature est intellectuelle, de se connaître et de se voir soi-même, c'est-à-dire de voir le premier, le plus noble et le plus di- Kiie objet de toute connaissance. Et comme I ange et l'homme n'ont qu'une ombre d'être et de lumière en comparaison de l'être et de la lumière de Dieu; aussi ne sont-ils

naturellement capables qi^e de recevoir une ombre et une image de la connaissance que Dieu a de soi-même. El il ne les élève pas plus haut durant le cours de leur voie et de leur vie méritante, se contentant de leur donner pouvoir par sa grâce de l'aimer, et de l'aimer tel qu'il est en soi-même selon la nature et la condition de l'amour.

C'est ()ourquoi l'amour en la t(;rre a la prééminence de la félicité. Et c'est pourquoi la connaissance au ciel recouvre cette prééminence qu'elle n'a point en la terre, (^ar comme dès la terre l'amour possède Dieu tel qu'il est en soi-même, aussi au ciel la connaissance de Dieu le nous fait voir et posséder lel qu'il est en soi. Dieu par amour s'imprimant et s'unissant lui-môme, et à notre essence, et à nos puissances, afin que nous le voyons lel qu'il esl, selon l'énergie de cette parole et promesse apostO' lique : Videbimus eum sicnti esl. [1 Joan. m, 2.) Car la félicité consiste à posséder Dieu, et à le posséder tel qu'il est en lui-même, ce qui s'accomplit, et par amour en terre, et par connaissance au ciel.

II. Or comme ici la fidélité de l'homme a sa racine et son origine en l'amour de l'homme envers Dieu; aussi cet amour a son origine en l'amour de Dieu vers l'homme et en l'excès de cet amour de Dieu, donnant son Fils et son amour au monde. Et c'est de cet amour que s'étonne le Fils de Dieu en ce texte sacré, disant avec admiration ; SicDeus dilexit mundum. C'est un point à la vérité des jjius dignes d'étonnement , que l'amour, et un si grand amour du monde soit en la Divinité. C'est un secret que la philophie n'a point pénétré, qui a bien parlé de la grandeur de Dieu comme cause première ; mais peu ou point de son amour vers les choses existantes hors de son être et étrangères à son essence. C'est un point réservé à la lumière de la foi, laquelle comme plus élevée nous révèle de Dieu ce que la nature ne nous en peut pas apprendre ; et c'est un point bien digne de nous être enseigné par le Verbe éternel, qui esl lui-même le sujet de cet amour, puisque c'est lui qui est donné par cet amour au monde. Et nous voyons en ce propos comme il emploie ses premières paroles et instructions à parler de cet amour ; et comme, nonobstant l'inQnilé de sa lumière et de sa sapience, il trouve sujet de s'étonner et de témoigner cet étonnemcni en parlant et nous disant, ainsi Dieu a aimé le monde.

Car il me semble que cela n'est pas conforme, ni à la grandeur de Dieu, ni à la bassesse du monde, ni à la qualité et condition de l'amour. L'amour par une puissance aveugle et déréglée, préjudiciable à l'amant, et favorable à la chose aimée, transporte, transmue et tranforme celui qui aime en l'état et en la qualité de ce qu'il aime. D'où \ient que les choses grandes s'abaissent et détériorent en la condition des choses basses qu'elles alfectionnent ; et au contraire les choses petites s'élèvent, s'ennoblissent et s'agrandissent, si elles se portent à l'arnour

CIlANDFrUS DE JKSI S. — lUSC. IX, AMOIR HT COMMUNICATION KN LINCARN. Mi

lie chosos plusgrantlcs cl relevées (|ue leur rondilion.

C'est le sens coniimin des |tliiloso|uies, cotiliriiiô (le ri.'X|>(''rifn(e joiirrinliùre de ceux (lui aiineiil. Kl c'rsl aussi In doclriue do la loi, la(HU'lle coiuiiio elle nous rév«'!le un nuiour l'Ius i^raiid, |)lus liant et plus |)uissaiit «jue n'citl pas celui (jui est horiié dans les limites de la nature; elle nous donne aussi une |ilus claire connaiss.Jiice, et plus forte expériem c de celle vérité, nous faisant voir dans nos mvslères la puissnnce adniiralihî de cet amour, f|ui élève l'homme et abciisso Dieu, et fait sentir au monde l'inlérét de i'iKuume h aimer Dieu, et rinlérôl de Dieu A aimer l'homme. Car les hommes par cet amour s'élèvent et se font dieux, selon la parole do Dieu môcne : Ego disi : dii eslis. (Psal. Lxxxi, G.) Kl Dieu aimant l'homme, s'abaisse et >e fait homme; de sorte que, par Ja puis>aiu;e étrange et admirable de cet Amour, nous avons un Dieu-H(jmmc sur la terre, et îles hommes-dieux sur les cieux.

Kenlrant donc au point de noire discours, disons que l'amour des choses étrangères no semble pas être digne de Dieu, ne semble pas compatir avec la niajeslé, l'éminence eU'imuiulabililéde sa nature, etque ni sa grandeur, ni vsa bonté ne le doit pas permcilre et souffrir. Car, il semble que Dieu ne peut être sans un abaissement et sans un intérêt manifeste dans l'amour des choses qui existent hors la grandeur de son être, et qu'ajant en son'essence une bonté inKnie qui comprend toute bonté et qui égale son pouvoir à aimer, il ne peut pas étendre son amour hors de lui-même. El, n'est-ce pas assez de bonheur aux choses créées d'être en la main, en la puissance et en la conduite do Dieu, afin qu'il en dispose pleinement selofi sa volonté, comme étanl le Souverain e( le Seigneur de toutes choses? Mais d'être l'objet ue l'amour d'un Dieu, cela passe leur condition et semble intéresser la puissance, la bonté, la grandeur de l'Etre divin, et égaler ou approcher de trop {)rès la bassesse de la créature de la grandeur et haulesse du Créateur.

Et toutefois, ô merveille 1 ô abîme 1 le Dieu que nous adoions est un Dieu damour, et il a un amour si grand pour le monde, que le Fils unique de Dieu même qui connaît pleinement l'être, l'état et la qualité de celui qui aime et de celui qui est aimé, c'est à dire, qui connaît Dieu comme son Père; qui connaît le monde comme l'ouvrage de ses mains, s'étonne et profère ces [laroles jdeines d'étonnement : Sic Deus dilexit mundum. O amour de Dirni vers le monde, digne d'êlre a<imiié, et d'être adoré du monde! O amour de Dieu vers le monde, digne do conlondre et condamner le monde qui est sans vigueur et sans amour vers cet amour! O amour grand et excessif par le(|uel Dieu donne et abandonne so.i Fils au monde,^ et son Fils unique, son Fils égal à lui, son Fils qui est un autre lui-môme 1 Amour étrange, et auquel il semble que Dieu (-ublie sa grandeur et méconnail la viliiédesa créa-

ture; car il s'abaisse vers la terre, il traite de s'allier ?» la terre, et par ce traité, deux partis si dilfércnts cl dissemblables entrent en alliance, et en alliance pcrdurable à jamais, h savoir Dieu et l'homme.

Deux partis si distants l'un de l'anlff?, et [losés aux deux eMrémilés de l'échelle qui lut montrée h Jacob comme la ligure et lo modèle de celte c<)rivcnlion et communication de Dieu avec l'homme. Car cette échelle mystérieuse touchait de la terre au ciel ; cl Dieu y paraissait au bout d'en haiit, et riiomme au bout d'en bas; et partant lintervalledeces deux exttéinitésesl l'ifitcrvallo (|ui est entre le ciel et la terre. Cette d:stance est bien grande; et par l'usage des sens elle ne pouvait pas nous être figurée plus grande cpie du plus haut des cieux au plus l»as de h terre; mais l'usage de l'esprit et de la foi nous fait voir (pje la distance de l'homme à Dieu est encore [dus grande, et en plusieurs manières, si nous considérons ces deux objets chacua en sa propre uature et condition.

Car, il y a dislance de nature, et de rature infiniment distante l'une de l'autre, l'un étant Créateur el l'autre créature. lî y a distance de qualité, l'un étant saint, et saint par essence; et l'autre |)écheur, et [lé.heur par naissance. Il y a distance de volonté, Dieu abhorrant par soi-même le péché et l'iniijuilé, et l'homme étant volontairement pécheur, et l'esclave du péché. Mais Dieu jiasse tous ces obstacles el distances infinies par amour infini. Il veut prendre alliance avec unecho^e si basse, et entrer en aniniié et consanguinité avec les hommes, el il veut qu'entre les hommes il y ail un Homme-Dieu. Ouoi 1 Dieu, Dieu tout-puissant et éternel veut se joindre au né ml, el veut s'unir h riiorame et se faire chair comme l'homme; car il parle ainsi lui-même par la bouche do son disciple bien-aimé : Et encore il veut prendre la chair descendante des pécheurs, et couverte de l'ombre du péché, et la fiorter chargée des peines, des souffrances el des ruarques du péché; car la chair de Jésus est vraiujent chair descendue des pécheurs, et, selon l'Apôlr?, elle est la roNSerablance de la chair du péché : In siiuilitudinem carnis p-ccati. {Rom. viii, 3.) Ne le faites pa^. ô grand Dieu 1 c'est assez, et c'est trop de vous abaisser dans le néant de la créature. Unissezvous au moins à la plus excellente, qui est l'ange, et non à la |)lus misérable, qui est l'homnie, cl qui ne porte plus celle première image cl ressemblance de votre divinité, que vous lui aviez donnée jiar grâce ; carelle a été etfacée par le )»éché.

m. Que si nonobstant vous voulez vous faiie homme, préférant, par un secret adorable de votre amour, la nature la plus basse à la |)lus haute, ne choisissez pas cette chair tirée de la masse du péché, dérivée d'u» Adam misérable et pécheur, el ne venez pas en la terre contaminée du péché. Faites un homme à part non dérivé des hommes, et faites un monde el un j»aradis nouveau pour ce nouvel Adam; puisque vous avez ddigeé

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faire uti |»flradis el un monde pour le vieil Adam et pour ses descendants, qui ont si peu honoré, si peu aimé et si peu conservé votre grâce, votre amour et votre paradis. Opérez, ô grand Dieul conformément à votre grandeur et à votre sapience , et référez à vous ce grand œuvre, et à vous seul. Et comme dans vous-même, vous n'avez point de vrai rafiport que vers vous-même, c'està-dire, comme en votre essence il n'y a point de relation réelle qu'entre les personnes divines; et n'y a aucune nature, ni personne créée vers laquelle vous ayez un rapport réel , laites aussi que ce suprême de vus œuvres vous ressemble, et faites que cet œuvre qui vous enclôt et contient, et dont vous êtes le centre et la circonférence, n'ait fioint de rapport que vers vous, n'ait point de rapport vers les hommes et les pécheurs qui ont voulu se séparer de vous. Ils ne se réfèrent point à vous; que cet œuvre donc ne leur soit point référé. Ne faites point chose si grande p-our chose si vile, si nii.^érable et si éloignée de vous. Et ainsi ne faisant ce grand œuvre que pour vous, faiies aussi un monde, un j^aradis et un ciel nouveau pour ce nouvel Adam, puisque vous en avez fait un pour cet Adam oui a sitôt délaissé votre amour et votre obéissance. La raison, la grandeur et la dignité de cet œuvre le veulent ainsi.

Mais il arrive tout autrement ; car, ô bonté! ô amour 1 ô excès 1 ce nouvel homme est fait pour le vieil homme, et Dieu même, l'oserail-on penser? n'a part en cet œuvre qu'à raison et en suite de la part que les pécheurs y ont. El en un sens très-véritable, cet œu- \re ne s'accomplit (ju'à raison du péché et à l'égard des hommes, selon cet oracle du symbole : Qui propler nos homincs, et proj)ter noslrain salutcm descendit de cœds, et incarnatits est de Spirilii sancto, ex Maria Yirtjine; Et homo factns est, etc. Qui est tlescendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut, et a pris chair humaine par l'opération du Saint-Esprit, de la Vierge Marie, e^ a été fait homme. Le Eils (!e Dieu donc, selon cet enseignement de la loi, descend du ciel et se fait homme pour le .salut des hoiimies, c'est-h-dire, il [trend la nature humaine pour les hommes, et ne |)rend (las seulement en cette nature laquante d'être passible pour les hommes. Car ce n'est fias une simple circonstance et qualité, mais c'est le fond et la substance même du mystère de l'Incarnation qui est employée pour les hommes. Ce n'est pas une simple condition de cette humanité conuiie passible et souffrante, mais c'est l'humanité môme en sa nature et en ses circonstances, la- <iuelle le Fils de Dieu i)rend pour le salut des hommes, si nous suivons ces paroles de vie et de vérité, qui portent en termes exlirès et distincts, comme il descend du ciel et il monte en la croix pour nous, distinguant ces deux mouvements dilférents, sa descente du ciel et son élèvement en la cioix, et les attribuant tous deux à une même cause, c'est-à-dire au uédié des hom-

iDes. Et partant ce grand œuvre de l'Incarnalion est fait pour les hommes, et s'il n'y avait des [)é(heurs en la terre, il n'y aurait point un Homme-Dieu sur les cieux et sur^ la lerre.

C'est pourquoi Dieu, qui se fait homme pour les hommes, se fait aussi Fils de l'homme et descendant des hommes. El nous voyons en saint Luc (m), comme Adam, pécheur et source du [lécliéen sa nature, entre dans la généalogie du Fils de Dieu. Mais au moins, 6 grand Dieul puisque vous voulez et vous daignez prendre chaire humaine et chaire dérivée d'Adam, honorez cette chaire, rehaussez celte humanité en son état, en sa condition et en ses qualités dès celte vie! Qu'elle ne soit point passible! qu'elle ne soit point soutfrante !(iu'(dle ne sOit point sujette aux ihjures du temps! qu'elle nd soit |)oint exposée aux bassesses de la naissance, aux intiimités de l'enfance, aux mi^ sères de la vie, à l'horreur de la mort, et que le premier instant et usage de sa vie naturelle soit une vie parfaite en l'usage dd toutes ses puissances et grandeurs! Car vous êtes 1 auteur de celte vie et l'ouvrier de cet œuvre, et ce qui sort immédiatement de vos mains ost toujours parfait en toutes ses conditions, comme nous voyons en la création du monde et en la production d'Adam. Que Jésus donc sorte de vos mains et de votre puissance, non comme enfant Ingé en sa naissance dans une étable et dans une crèche , mais comme un Adam formé en un Eden et logé en un Paradis, commençant le premier jias de sa vie par la j'erfection de son être, jiar le parfait usage de sa vie, et par la |)uissance, posses^ion el domination qui lui est due et qu'il a sur la terre? Qu'il paraisse, non point un enfant, mais un homme parfait? Non dans les langes et le berceau, mais en la grandeur et majesté de son élat, et en la splendeur et gloire de sa personne? Car n'est-ce pas une assez grande humiliation pour un Fils unique de Dieu, dêlre abidssé dans le néant de la nature humaine, sans être encore abaissé à la condition vile et abjecte de l'enfance et de la souiïrance ?

Que Jésus donc vive sur la lerre sans ces bassesses et ces misères; car il est roi de gloire et la splendeur du Père. Qu'il ne soit jioint sujet au lem|)S et au moment, c<ir il est le Fils de l'Elernel, et a fait avec lui et les moments et les temps. Qu'il ne soit point lassé et fatigué en ses voyages, car il est la la voie et le chemin, et il est la force du Père. Qu'il ne soit [)oint consommé des ardeurs du soleil, car le soleil est l'œuvre de ses mains, et il est lui-môme un soleil, il est le soleil du soleil ; et ce soleil ici emprunte de lui sa lumière, et il le doit servir et reconnaître durant sa vie par sa clarlé, comme il le reconnaîtra en sa mort par ses ténèbres, cessant de luire en l'éclipsé, s'il faut ainsi parler de son soleil et du nôtre, qui est le vrai soleil de justice, et le [irincipe de toute lumière et splendeur. Bref, queJ'ésus soil vivant, heureux et gloiicux

5ir> GUAMJKLllS DK JKSLS. - DISC. IX, A.MOlll If UJMMIMCATION EN LINCAKN.

d^s lo |)reniier nioiiicnt du sa vie, cl non sujet .'i l« souirrniKc et h lu luorll car il t'>l 1,1 vie H In \n\\v vie. Kt un tni)im.'iil <lo >« vie est |iln.s pii'cicux dt'v.'iiii Dieu cl l'Iioiiore (hivniikij^c, tjiuî no l'ait |i('is une ('Icinilé de In vie des Ikumuios el des anjjcs en la giAce el en In {il»»ire.

l'n t'Ial ninsi ùlevé, nn élnt ainsi priviN'giô el ili'divrë des Ims.sr.s.ses de la vie liiiniainc, esl bien «lu aux grandeurs (je Ji'siis t'I à In dignilé tle sn double nnis.sam'e élernelle et leinporelle. <;nr le plus ^rnnd de ses propliùles a dit de l'une el de Iniilre roinnio d'une merveille iiii-nanable : iienrrutiuuem ejus <iuis emtrrabil f [ha. i.iii, 8.) |]l toute In nntur(' créée n ce inôiue souhait et conspire en sn manière, en ce '.iiôme vouloir ; cl si elle pouvait parler, sa voix et sa clnuM'iir donnerait jusipTau ciel, demandant au l'èro éteriitd, pour son libérateur. In délivrance el exemption île celte condition abje( te. (lar elle gémit sans doute, et piltil grandement en Tétai humble el pAtissanl de son Sc'igiKjur, puis(|ue, selon l'Apôtre, elle gémit el p^tit en l'état servile, abject el pâtissant de ses enfants : 0//Jrji5 crenturn, dit-il, inijeiiiiscit el imrlurit usaue adhuc, etc., et exspectalio crcaturœ revelalionem /iliorumJJei exspectat. « Toute crtulure (jânit et est comme en doitleur d'enfantement jus(juà maintenant, et t'attente de toute créature attend la révélation des enfants de Dieu. » {Itom. vin, 22.) C'est-à-dire que l'étal heureux de la gloire qui leur esl due el promise soit accompli el manifesté au monde.

D'où nous pouvons recueillir deux attentes el deux gémissements de l'univers, bien dignes d'une considération profonde et particulière : rallente de l'avénemenl de son Libérateur , que la terre et le ciel nomme el appelle à celle occasion le Désiré do toutes les nations [Ayg. ii, 8; Gen. xnx, 26), et l'attente de raccomplissemenl entier de la délivrance qu'il doit faire de la servitude que toute «réalure porte à raison du péché. Le gémissement de l'univers, gémissant el pâtissant en l'état humble el souffrant de son Sauveur, durant lequel nous voyons le ciel et la terre s'altérer el s'ébranler, et l'univers comme entrer en convulsion et défaillance en récli|)se de ce soleil de justice défaillant sur la terre. El le gémissement encore que nous apprenons de ce lexlc formel de l'A|«ôlre, lequel dit que toute créature gémit après l'enlièro el parfaite exécution de la délivrance due aux élus et enfants de Dieu, comme ayant à être ensuite délivrée de la servitude de corruption, par le comble de leur gloire, et à être [larfaitemenl renouvelée par leur parfait renouvellement. Voilà l'état, l'allenle el le gémissement de la créature, el au regard de soi-même, c'est-à-dire de sa délivrance , et au regard de son Libérateur, c'est-à-dire de Jésus. .Mais tomme elle a beaucoup plus de raj)porl à son Dieu elson libérateur cjue non j)as à soi-même, aussi rdlleiile et le gémissement qui le regarde, el iju'elle a vers lui, est bien l'Ius grand et digne d'un bien iilu-? grand

()oids (pio ceiui-là mômo qui la regarde. Uiis.satit donc pour une autres fois retendue et l'application des autres points, remarquons coiiiiiK' toute créature, selon la (»rop()i tion de son être, est unie el conspirante en un même souhait el sentiment [)Our la gloire de Jésus, et pour le voir exempt .les bassesses de la vie en la(piello il entre. Mais si toute ciéalure est aussi favorable à sa grandeur el à si délivrntK c, le (wéateur est en des pensé(;s bien di!!ér«;ntes, et le l'ère éternein un coriseilsur son Fils pluséloignô de ce souhait de l'univers que le ciel n'est éloigné de la terre. Car il veut (\{ï(i son FiU s'abaisse jus«|U il nos misères; il veut rpi'il porte noire croix cl nos péchés, et il veut tjiie nous voyiorrs celui qui est la vie et nclro vie, mort en une croix et en un sépulcre, et que dans sa mort nous recouvrions la vie. m à cet elfet, vo.là (|ue le Verbe éieriiel sort du sein du l'ère, ouvre le ciel el vient en terre {hn. l\iv, 1) : t'xivi a Pâtre, et veni in tnundum, connue il dit lui-même. [Juan. X, 28.) Sortie heureuse pour l'homme, et précieuse pour la terre 1 Car la terre doit lecevoir et contenir désormais le \>ibe éternel en un état et en une manière d'être, en la(pjelle il n'était point dans le ciel, puiscjue c'est en la terre et non au ciel qu'il accomplit son couvre, qu'il se fait créature jtour ses créatures, el (lu'il s'unit à la nature humaine pour pâlir |)Our les hommes en celle humanité. Contemplons l'état, l'ordre el lo progrès de cet œuvre, et, remettant à une autre fois la considération du Fils de Dieu en sa croix et en ses souffrances , appli(|uons-nous à le voir et à l'adorer en ce ilivin mystère de l'Incarnation. Le sujei en est si digne, et notre iiilérèlsi grand, (jue nous devons tenir le temps bien employé, el notre esprit bien occu|)é à étendre un peu plus amplement ce qui a été dit comme en un mol, et proposé comme en semence à l'enlrée de ce discours.

IV. Dieu donc en la plénitude des lem(is qu'il a ordonnés en sa sapience éternelle, abaissant lescieui selon la voix de son pi*ophôle, s'abaisse en la terre, choisit une province, un Nazareth el une Vierge, jiour accom|)lir son mystère, et pour faire dans son sein virginal un grand œuvre, el un pliis grand œuvre que celui qu'H o] ère dans les cieux mêmes. Car |iar la vertu de son amour el de son esprit, il tire d'elle une substance l'Uic el sainte, à laipielle il se veut unir en une manièie inelfable et particulière. El il veut se communiquer à cette substance tirée et dérivée du corps immaculé de la Irèssainle \ierge, non par un simple effet du grâce el île puissance; non par le seul eint et don de gloire ; non fiar une chose procédant de lui ft inférieure à lui; non encore par une chose aljointe à lui comme il arrive en l'union qu'il a voulu avoir avec nous en suite de ce mystère [)ar l'Eucharisiie, en laquelle il se communique par une substance qui est déitiée en lui, mais dilférenle de lui; qui est adjointe à lui, iriais non pas idenlifiùe avec lui .Mais en ce mystère de

ŒLVUES COMPLETES DU CARDINAL DE BEULLLE.

l'Incarnation, Dieu se vent joindre à la nature (Je J'hoinnie par soi-mônie immédiatement, s'ap|)li(|nont à cet être créé par une chose si intime et intrinsèque à soi-même, qu'elle est identifiée avec son essence divine, et qu'elle est constitutive tJe sa pro- [)re personne. Et par cette application pui — santé et cette union sainte et divine, le >'erbe entrant en celte humanité, ne la tlétriiit |)as. ne l'anéantit pas, ne la conveitit [•as en son essence divine ; mais, par la même puissance et [)ar le même amour qui l'abaisse et l'applique à cette humanité, il la conserve et maintient en sa nature créée, et en la condition universelle, essentielle et nécessaire à tout être créé; et il ne la conserve en sa nature et en son entité que pour la rendre cai)able de ses grandeurs et de sa divinité.

Car il la veut rendre toute sienne. Il la veut rendre capable de la recevoir, c'est-àdire de recevoir le seconde personne de la Trinité dans soi-même, pour sa jiropre [)eisonne. Il la veut élever à un état et dignité nouvelle, singulière et inénarrable. Il la lire h soi , et ia fait entrer dans son être divin et incréé. Il ia reçoit comme son unique et sa bien-aimée dans le sein de sa divinité. Il la reçoit, dis-je, comme son unique, et tellenient son unique, qu'elle n'est qu'à lui, môme en la divinité ; et en ce sens ei en cette manière si intime et si |)articulièrc, elle n'est pas môme appartenante au Saint-Esprit, ni au Père éternel, comme il e>l dit ailleurs. Car la recevant ainsi hautement uans son être, il la reçoit et l'établit pour jamais dans sa grandeur, dans sa divinité, dans sa propre personne, comme n'ayant subsistence qu'en sa subsislence. lilt f>ar ainsi, le même Dieu qui a fait le monde , lait en un instant un nouveau monde, et un monde incomparablement plus grand, })lus beau, plus orné, plus divin et f»l us durable que celui qu'il a fait en six jours, qui passera, ce dit l'auteur même du monde, en l'Ecriture. Car Jésus est un ruonde; et si les philosop'uc'S appellent l'homme un petit monde, les Chrétiens sont très-bien fondés d'appeler Jésus un grand monde.

Il est un monde qui renouvelle et perft;ctionne ce monde. Il est un monde qui lie et contient les trois mondes ensemble, que les platoniciens constituaient en leur économie uiiiverselle, des choses existantes en l'univers. Vous êtes donc, ô Jésus admirable! Vous êtes Homme-Dieu, et en cet état et qualité vous êtes un monde cl un très-grand monde! Vous êtes un monde, monde tout céleste et tout surnaturel : monde tout excellent et tout divin ! Vous êtes un monde visible et intelligible, et archétype ; et ces trois mondes sont récapitulés en vous par la diversité de vos natures, par la variété de vos états, de vos imissances, de vos grâces, et par l'unité suprême de votre jiersonne divine et incréée, et créant toutes choses! Car vous êtes un monde visible en ce cori)s précieui

et adorable au ciel et en la terre, et aux beautés qui l'accompagnent, lesquelles donnent lustre et sjilendcur même au soh il et au ciel empyrée, duquel il est écrit que i'^l- (jneauest la lumière (Apoc. xxi, 23), tant elle est éclatante. A'ous êtes un monde intelligible en votre âme déifiée, qui tient en sa puissance, en sa circonférenre, en son éminence et en sa capai;ité, tous les esprits bienheureux, les tirant, les ravissant, les rem- |»lissant de vos grandeurs et de vos perfections infinies ! Vous êtes un monde archétyf»e en la divinité, unie personnellement à l'humanité! Ces trois mondes mériteiaient bien un am|)le discours; mais il faut le remettre à un autre temps et rentrer dans le point (irécédent.

Et pour ex[)liquer plus clairement, plus distinctement et plus familièrement un mystère qui a tant de lumière et d'obscurité tout ensemble, par l'excès et la grandeur de sa lumière qui le rend vrciimenl inaccessible, mais qui porte la lumière élernelle on la terre et la s[)lendeur du Père dedans notre nature , élevons doucement nos pensées comme par certains degrés en la connaissance et (ontemplalion de l'union parfaite qui est entre la nature divine et humaine ; car ces deux natures sont conjointes non par une simple société et union morale de dignité ou d'autorité, mais par une liaison physique et réelle, comme le lOneiie d'Ephèse le définitsur peine d'anathème (16i. Et y ayant deux sortes d'unions réelles, l'une substantielle ei l'autre accidentelle, ces natures sont conjointes non-seulement |iar une sorte d'union réelle et physique qui soit purement accidentelle, mais par une union réelle, sublsantielle et divine: Je veux dire que le Verbe éternel ne se contente pas pas de s'unir et applic|uer à notre chair et à notre humanité par une simple union de grâce, et de vertu de présence et d'assistance, de résidence et inhabilation , comme les formes asiislautes sont unies à leur uiatière, les intelligences à leur orbe, le ()ilote à son vaisseau, le corps à son vêtement, l'hôte à son domicile; mais il s'applique à la nature humaine par une manière bien différente et bien j)lus haute, et bien plus particulière, et il veut s'y unir |)ar une sojlo d'union réelle, substantielle, hypostaiique^et constitutive d'un même suppôt et d'une même i)ersonne en ces deux natures si distinctes et si distantes.

C'est ()ourquoi j'ai dit au discours précédent que cette manière de |)résence et résidence de Dieu en l'humanité est une imitation de celle que les persotines divines ont Tune en l'autre. Car elles sont l'une en l'autre en telle manière qu'il y a une substance comniune qui est au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et qui les unit, ou plutôt rend un, en unité d'essence. Comme aussi il y a une substance, s'il était loisiblede parler ainsi, c'e.-.t-à-dire il y a une subî>istenco connuune, qui étant en la nature div-ine, est

(16) Pau. ui, anaihcmalismo 5.

".UVNDEl I\5 DE JESUS. —DISC. IX, AMOt'R ET COMMLMCATION EN I/INCAriN.

aussi en In nnlurc humninc cl unit ces deux nntur^s on uuilù <lo ix'rsoniio. VA cnninie le pt'i-(> c'>>l en son Fils par In cuinniunicnlioii réelle (le .sn |iro|iio essence, aussi le Fils e^t en <etl(> liniiianilù par la coinintinicaliori qu'il lui fait de sa propre sultsisiencc. Ce qui porlc une comMiunicalion si liante et si grande, si particuliôie id si divine, cpie DifU se fait lionniHi et l'Iiornine devient Dieu, et deux < lioses si iliirérenlesj si distantes, si inégales se trouvent ui.ies cl conjointes si inliuiement, si parraiteruenl, si divinement, que riioinnic est Dieu el Dieu est homme, en rigueur de v^'irité, en réalité desubstance, en unité de sultsislenre, en propriété de personne, eti éternité de durée. Ft y avant iledans l'ôlre divin deux sortes de réalités distinctes : l'une absolue, l'autre relative; l'une coniniiine et ronununiciuée, l'autre l)ropre el int oulmunicahle ; el toutes deux suhsiantielles, incréées, éternelles, il semble (pie la nature liumaiiie entie comme en )>8rt«ge avec Dieu éternel et toul-puissaiit. ('nr de ces deux sortes d'êtres, l'un e>t rommuniqué aux personnes divines, cl l'autre est communiqué h la lialure huaiaine. Kl comme |iar la première communication le Verbe éternel esl Dieu, aussi par la seconde, le même A'erbe éternel est homme, et riiomme est Dieu, el le Verbe éternel est fait homme par le môme principe qui est constitutif el distinctif de sa personne dans la divinité : c*est-h-dire par sa propre subsistcnce ap[)Iiquée cl communiquée à la nature humaine. Kl le lien qui unit deux natures si distantes, est si intime à la Divinité, qu'il a identité et est une même chose avec l'essence divine; et est rendu si propre à notre humanité qu'il entre et jiénètre, qu'il aciue el vivifie, qu'il sanctifie et déifie ■ loule la nature humaine : le corps, l'clme et toutes les parties et puissances de ce petit nionde, ou plutôt de ce grand monde qui est Jésus, el ce jusqu'au fond, au centre et en l'intime de son essence humaine, et prend loialcment el j)arfaitemcnt en cette nature la jilace de la subsistence humaine, élevant celle nalure dénuée de sa subsistence natulelle jus(ju'à l'être el à la personne de Dieu, el la faisant entrer par ce droit en ses grandeurs divines el en sa dignité. Et cette liaison et unité de la nature humaine avec la }ièrsonne divine est si ferme et si constante, si solide et si permanente qu'elle durera uneéternilé,n'y ayant rien qui |)uisse dissoudre celle liaison punissante, forte et parfaite, ni rompre celle unité divine et personnelle. Béni sovez-vous, o grand Dieu : Dieu des dieux {Psàl. xlix, 1), roi de gloire, d'avoir voulu ainsi abaisser vos grandeurs à la terre^ et joindre de si près votre divinité à notre humanité 1 Béni soyez-vous encore, Dieu éternel et incom[)réhcnsible en voire bonté, en votre sapience et en votre amour, de l'avoir fait pour un jamais 1 Car tandis que Dieu sera Dieu, Dieu sera homme. Et béni soyez-vous à jamais, d'avoir fait ce grand œuvre pour nous, et de vous être fait homme pour l'homme! Puisque vous daignez ain>i

^LYRES COMPL* DE DE BÉRtlLE.

nous donner une si grande part h vos grandeurs el nu secret do votre amour en un si grand ouvrage, prônons part avec, vous, entrons <lnns vos desseins, dans vos intérêts et flans vos sentiments ; soyons vôtres lolalem!'nl, el tolalemonl vAtres i»<)nr jamais. Et (pu; nous vous a|i|iai tenions en une manière n|iprocliant, imitant et adorant l'appartenance nue votre humanité a au regard de la majesté de Dieu. Afin de véiilier en nous cette parole de votre A[»ôlre, rpii nous rep^é^enle notre étal, c'est-à-dire notre grandeur et notie devoir loul ensemble en ces trois paroles de grands jioids el substance, (pi'il nous dit de votre (-art, el en l'edicaco (le votre esprit : Omnia vrslrn .<<unl, vos autem Chrisli, Christus aufeni Dei. (/ Cor. m, '22, 2:}.) Suivant les(|uelles nous devons, nous voulons, nous aspirons à être vôtres |inrfailemeni et éternellement en l'honneur el imitation de la parfaite el admirable a[)partenanoe de votre humanité à votre divinité pour jamais. Vous avez voulu, ô grand Dieu, i)ar amour envers l'homme, que lous les ouvrages de vos mains soient à l'homme, et vous avez asservi ce monde è notre usage el utilité; el c'est ce que nous dit l'Ap'jtre en ce peu de |>aroles : Omnin reslra sunt.

Mais,|)ar un excès d'amour incomparable, vous qui êtes par-dessus toutes clioses, ô Jésus, vous voulez aussi être à nous, et être à nous en votre j)ersonne, par une sorte de possession qui n'appartient qu'à nous; et oubliant votre grandeur el notre néant, vous voulez être nôtre en telle manière qu'il n'y a rien qui soit si pleinement, si parfaitement et si absolument ncjtre, corama vous, ô mon Seigneur Jésus, qui daignez être nôtre, plus que toutes choses el pardessus toutes choses, ainsi que vous êtes par-dessus toutes choses en l'éminenoe de votre être et de voire état singulier : comûie si vous vouliez égaler votre appartenance au regard des hommes, avec l'infinité |>ro- I)re de votre grandeur, et être à eux infiniment comme vous êtes infini en vousmême Puisque vous êtes ainsi à nous, soyons à vous, ô Jésus mon Seigneur, soyons à vous, non-seulement par le litre excellent de vos perfections el divines et humaines, qui nous asservissent pleinement à votre grandeur, mais encore parce nouveau et puissant droit d'amour qui vous porte à vouloir être nôtre, el nous oblige réciproquement à être vôtres. Soyons donc à vous, puisque vous êtes à nous; soyons à vous comme vous êtes à nous; soyons du tout à vous comme vous êtes du tout à nous, et vérifions cette [)arole que dit votre Apôtre : Vos aulem Christi : « Vous êtes àjésus^ Christ: » à laquelle il ajoute: Christus autem Dei : « Jésus-Christ est à Dieu, v

O grand Jésus j qui pourrait concevoir l'étal de votre a[)partenance à Dieu et à nous? Ce sujet mérite un discours exprès, que nous traiterons une autre fois, si vous daignez m'en faire la grâce. Je me contenterai de dire ici en trois mots que vous êtes au Père éternel comme son Fils, comme son

OEUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE fiERULLE.

Fils unique, comme celui qui a sa vie et son essence. En l'honneur donc de ce que vous êtes au Père éternel, soyons à vous, et soyons à vous comme à notre Père : car nous avons naissance de vous par grâce, comme vous avez naissance du Père par nature. Vous êtes telieracnt au Père, que vous lui dites solennellement au dernier de vos jours, et vous continuez à lui dire dans l'éternité : Tua mea sunt, et omnta mca tua funt. {Joan. xvii, 10.) Ce qui est vôire est mien, et tout ce qui est mien est vôtre. O amour! 6 communication du Fils envers le Pèrel en l'honorant et l'imitant, usons envers vous des mêmes paroles, et vous disons : Tua mea sunt, o Domine Jesu! et mea omnia tua sunt. Hélas! je vous dois bien dire : Tua mea sunt : « Ce qui est vôtre est mien. » Car il n'est que trop véritable pour l'intérêt de votre gloire et de votre grandeur : votre es[)rit est à moi, et vous me le donnez au baptême; votre cor|)s est à moi, et vous me le donnez en l'Eucharistie ; votre gloire est à moi, et vous me la donnez en votre paradis; votre grandeur est 5 moi, et sur la terre elle s'abaisse en mes misères ; votre vie est à moi, et en la croix je la réduis à la mort par le pouvoir misérable de mes offenses.

Que je vous dise donc avec autant de vérité et avec autant d'houjmage et de fidélité envers vous que vous nous témoignez daffeclion en vous donnant tout à nous : Omnia mea tua sunt : « Tout ce qui est mien est vôtre. » Ma vie, mon être, mon amour est à vous ; tout ce que je suis i)ar votre miséricorde en l'être de la nature et de la grâce est à vous; mon temps et mon éiernité sont à vous; tout ce que j'espère et attends selon vos [iromesses en votre gloire est à vous. Enfm, mon Dieu et mon Seigneur, tout ce que je suis est vôtre ; tout ce qui est à moi est à vous, et est incomparablement [ilus à vous qu'à moi, car il n'est à njoi que par vous. En l'honneur donc de tout ce que vous. êtes en vous-même et envers nous, et de tout ce qu'il vous a |)la l'aire et pâlir pour nous, je m'ollVe et dédie tout à vous; je me rends et me livre à la puissance de votre esprit, de voire amour, de votre croix : et en hommage de la donation admirable que vous daignez nous laiie de vous-même, je me donne et abandonne tout à vous dès à présent et en toute éternité.

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