ŒUVRES DE PIETE. — CXLIV, VIK DES CHRETIENS EN JESIS
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qui a besoin d'ôlrc rempli, commo une pnr- '.ii;(iui a besoin d'iMio Hccornpiic, comiiio uiu' l.ible d'alte;iU3 <n\\ ntleiid i'accoinplis.seluent, (lu celui (pii 1 a faiic, couime uu'! cduche preiniùr»; en la main li'un excellent peiri- Iro (jui atli'iid livsvives chlcTniùros couleurs.
Kl nous devons re};ar(lor Jésus coninie noire accoinplisj-ernenl, car il l'est cl le veut ôtre, eoiutno le Verbe et racconiplisseincnl de la nature liuinaine(pii subsiste en lui. (larconi- !ue celle nature, considéréeensonorigine.e^l en la main du Sainl-Kspril (pii la lire du néant (jui la privede sa subsislence, 'piila ioinieau >'erbe, afin que leN'crbe rinveslisseet la rende sienne, se rendanthelle et l'accomplissant desa [)roprc et divine subsistence : ainsi nous sommes en la main du Sainl-Kspril qui nous tire du pcclié, nous lie h Jésus connue esprit de Jésus émané de lui, acquis par lui et envoyé j)ar lui.
II. Nous devons regarder Jésus comme un être accompli, et raccomj)lisscment de toutes choses : car sa divinité accomplit son bumanilé, et il a tout et est tout en soi. Le divin mouvemonl sans mouvement du Père produisant son Fils, est l'origine du mysti'ro de rimarnaiion, dans lequel il donne son Fils à la nature liumaine, elle produit nouvellement en celle seconde nature. Il est aussi l'origine de l'union de ce môme Fils selon sa double nature, à nous tous, nous appliquant h lui, nous donnant vie en lui et nous rendant partie de lui,connne leeep est de la vigne. Notre naiurequisentcequi lui manque, soupire sans cesse après son accomplissement : omnis creatura ingemiscit revelationem fUiornm Dei exspectans. {Rom. viii, 22.) Cedivin mouvement qui estla source de l'incarnation de Jésus et de noire [)erfection en Jésus, fait impression de quelque chose de très-puissant et intime qui la sollicite et la presse et lui fait chercher son accomplissement, et elle le cherche dans les créatures, c'est à-dire où il est n'est ni peut être. Car Jésus seul est notre accomplissement, et il nous faut liera Jésus comme à celui qui est le fond de notre être par sa divinité; le lien, de notre être à Dieu par son humanitc; l'esprit de notre esprit, la vie de notre vie. la plénitude de notre capacité. Notre première connaissance doit être de notre condition, manquéeel imparfaite : et notre j>remier mouvement doit être à Jésus comme à notre accomfilissement; et en cette recherche de Jésus, en cette adhérence à Jésus, en celle [trofonde et continuelle dépendance de Jésus, est notre vie, notre repos, notre force et toute notre puissance è opérer; et jamais nous ne devons agir que comme unis à lui, dirigés par lui, et tirant esprit de lui, pour penser, pour [torter et pour 0[)érer, faisant élal, que sans lui nous ne pouvons ni être ni agir pour le salut.
, III. Une de nos ditferences d'avec les autres créatures, c'est qu'elles ont été créées parfaites en leur condition et sans attente d'aucun autre nouveau degré qui leur manquât; mais la nature de l'homme r'a pas été créée pour demeurer dans le? termes de la na-
ture; elle a été faite pour la grâce, et destinée h un état élevé par-dessus sa fuiissance, et est en capacité d'être a«.tuéedc celte nouvcdie puissance .'i hupielle elle asftire comme ^ une (diose (jui lui est défectueuse. 1 ■ Or cet être et celle ouissanee c'est Jésus; c.ir la grâce n'est (prune émanation de lui. Nous avons relation h lui, a\ant élé crée cImM" <le la nature humaine, propoition h lui, aptitude h lui, et nous attendons d'êlre aclués et remplis de lui, ei malheur 5 ceui qui [)orteront perte et privation perpéluelle de celle actualité, de cet être, de cet état, de (;elle vie, de celle plénitude ! Non-, sommes en capacité et capa( ilé pure de lui, et il n'y a point d'autre qui la [fuisse aclueret remji'ir sinon lui. C'est le conseil de Dieu sur riKJinme, c'est l'amour de Dieu envers les pécheurs,et il les a tellement aimés (pi'il leur a fa i t don d e son F ils un i( pie pour être noire tout.
IV. Puisqu'il pl.iîl h Noire-Seigneur nous tenir en son autorité sur vous , je ne désire aussi vous parler que dans son dessein et dans sa jiensée très-sainte, et dans la plus grande et la plus im[)ortanle de ses intentions sur vous, qui est de firendre vie dans vos âmes. Il est la vie née de Dieu, que Dieu engendre dans son sein, que Dieu a donnée au monde : et c'est ce que saint Jean a voulu dire par ces paroles, in ipso vila erat {Joan. i, 4), comme s'il nous disait qu'il n'y a point d'autre vie qui mérite ce nom dans la vérité de l'esprit de Dieu, et dans les livres de vie et de vérité, que celle-là. Dieu, par la création nous avait donné une sorte d'être et de vie, mais il la veut détruire par sa vie propre ; il veut que nous en sortions pour entrer en sa vie; et c'est la vie qu'il veut établir en nous. Cette vie s'est fait chair en temps pour habiter en nous : Ego vivo et vos vivetis. [Joan. xiv, 19.)
Pour nous donner cette vie, il nous tire en lui, il veut que nous mourions en nous; et en attendant que la mortarrive, il veut que nous mourions en esprit, que nous soyons dans cet esprit de mort au regard de nousmêmes et du siècle présent. C'est une [larole bientôt dite, mais elle n'est pas sitôt entendue : et bien qu'elle soit comprise, elle n'est pas sitôt ni si bien établie, que l'orgueil d'Adam meure en nous, que l'impatience d'Adam meure en nous, que le mésusage des créatures meure en nous, que nous soyons dans l'intention eldansTinclinationdemourirelde ne prendre point de vie dans le sièclepréseni.
Nous devons cet esprit de mort h la justice de Dieu , à l'obéissance de Dieu, qui nous a tous condamnés à la mort : nous devons être adnérents à celte juslire et autorité, et vivre dans cet esprit de mon, en attendant que nous nous laissions à Dieu dans la vérité de la mort même.
Nous devons encore cet esprit de mort à l'intention que Dieu a de nous c hanger de vie; nous devons entrer dans sa conduite sainte, et nous séparer avec lui de la vie dont il nous veut sé[)arer et avoir esprit de mort au regard de celle vie, |)uisque Dieu a esprit de mort au regard de cette même vie.
C.'ir nous devons toujours tenir sa voix et £on parti contre nous-mêmes.
Jl nous faut demander à Dieu cet état et cet es()rit de mort, puisqu'il est nécessaire pour donner lieu à la vie de Jésus, qui ne s'établira qu'autant que nous serons morts à nous-mêmes. La dévotion à la mort de Jésus est le plus gramJ moyen [)0ur obtenir cette gtâce; car sa mo.t est source de cet esprit «Je mort, et elle est méritant et opérant cette grâre.
V. Nous ne devons pas nous arrêler simplement à celle mort; Dieu ne veut la mort du pécheur et il ne la regarde que comme disposition nécessaire pour recevoir l'établissement de la vie de son Fils en nous. 11 faut faire un pas davantage et entrer dans ]e désir que Dieu a que son Fils vive en nous et que rien n'y vive que lui.
Nous ne comprenons jamais assez bien en la terre cet établissement de vie; mais je puis bien vous assurer que c'est chose plus grande, plus réelle et véritable, plus contraire à la nature présente que nous ne saurions penser. Nous devons le désirer pardessus notre connaissance, et demander à Dieu que nous soyons fortifiés <Je son esprit el (le sa vertu, pour le désirer et pour le soulIVir tout ensemble. Il y a si longtemps que nous [lorlons Adam vivant en nous, et que même nous coopérons à sa vie, à srs mouvements età ses alfections contre Dieu et contre nous-mêmes; il est bien raisonnable que nous soyons un temps en désir et en attente de la vie de Jésus en nous ; que nous la demandions à Dieu avec patience, et que nous vivions avec vigilance sur nousmêmes, pour n'y pas laisser vivre les choses qui sont ennemies de Jésus.
VI. Après l'éloignement de nous-mêmes, comme du plus grand empêchement que la vie de Jésus puisse avoir en nous, il nous faut appliquer aux sources de vie du môme Jésus, car c'est d'elles que nous devons attendre cet effet de vie. Nous devons adorer le Père éternel comme vie originelle de Jésus. Nous devons nous soumettre à cette divine puissance qu'il a de faire vivre Jésus en nous. Nous devons attirer et invoquer sur nous cette puissance, et noire plus ardent désir doit être d'en recevoir l'effet. Jésus lui-même est, au regard de nous, une seconde source de vie pour lui-môme; car il se fait vivre en nous, et tous ses divins mystères sont autant de canaux très-saints de cette vie et source de vie. Tous ont leur fécondité divine sur nous. Le Saint-Esprit est une troisième source de vie; car l'Ecriture l'apfielle Esprit de vie, et elle entend; de la vie du nouvel homme qui est Jésus. Il puise Jésus en Jésus même ()our l'établir en nous, l'exalter en nous, le clarifier en nous, Illc me viarificabil quiade meo accipiet [Joan.\\ï,V\)', fiour le rendre puissant et triomphant en nous, (Je toutes choses et de nous-mêmes. Nous devons regarder la Vierge comme une quatrième source de la vie de Jésus : elle nou5 l'engendre par la vertu du Père, elle le fait vivre en nous conjointement avec
lui, opérant en nous par la vertu du Très- Haut, qui est Ja vertu du Père, qu'elle possède par indivis avec lui. Et comme autrefois elle l'a engendré en elle-même selon la chair et selon l'esprit tout ensemble, corporellement et spirituellement, elle continuede l'engendreren nousspirituellement, et le Saint-Esprilest la vertu de cette sienne opération. Adres?ons-nousà elle et nous soumettons à sa puissance, la suppliant que p/ir miséricorde elle s'applique h cet ordre. VIL Voilà donc les effets auxquels nous devons tendre de toutes nos forces ; premièrement, lamortdenous-mêmesen nous-mêmes; secondement la vie de Jésus en nous; car et celte mort ne tend qu'à cette vie, et elle ne peut être opérée et établie |)arfailement que par celle même vie ; en troisième lieu, Jésus- Christ Noire-Seigneur, vivant ainsi en nous, il se veut approprier tout ce qui est nôtre, le corps et l'âme; et, se l'appropriant ainsi, il ne souffre (loint qu'aucune chose de nous ait vie que dans son esprit, hors ce que nous devons souffrir par patience et sans adhérence volontaire, de la vie misérable d'Adam et de nous que Dieu veut détruire avec lui.
Tout étant approprié è Jésus, nous devons regarder tout ce qui est en nous comme chose que nous ne devons plus posséder, mais dont nous devons conserver la jouissance à Jésus-Christ , et n'en user que comme chose sienne et pour en tirer l'usage qu'il en veut tirer. Nos membres sont ses membres , ce que nous devons non-seulement entendre de nos corps , mais aussi de nos âmes ; et nous ne devons nous souffrir en nous-mêmes, que pour veiller à ce que Jésus-Christ y soit vivant et ait l'usage et jouissance de tout ce qui es.t en nous; comme pécheurs, nous sommes criminels et condamnés à la mort; nos biens sont confisqués au souverain , c'est-à-dire à Dieu, et à Jésus-Christ par la rédemption , par laquelle tous nos droits sont dévolus à Jésus- Christ. L'esprit de la gtâce nous oblige à nous contenir dans l'exacte justice de notre condition et à ne point sortir de l'obligation et de l'état de la mort ; mais parce que Dieu tarde à nous détruire et à exécuter la sentence de mort, il nous laisse en attendant comme tenant sa place, et étant ses fermiers pouradministrer son bien; et nous nous devons garder soigneusement de nousmêmes, et être fidèles à tenir le parti età maintenir les droits de Jésus contre nous. Et c'e^t comme si un criminel, étant condamné à la mort, on suspendait l'exécution de l'arrêt, pour lui donner le soin el l'administration de ses biens au profit du souverain et contre lui-même; ainsi nous devons être au chœur (jour chanter les louanges de Dieu avec Jésus-Christ, et en même esprit hors de notre esprit, dans le sien. Nous devons être dans les récréations et conver-^ salions à Jésus ; dans son esprit de couver-' sation et de société, honorant sa société au ciel, ses conversations sur terre, et séparés des conversations d'Adam, auxquelles nous devonîêlre morts par l'esprit de Jésus, pour
a:!;vREs de pieté. - c\i.v, nr nolvf i. homme.
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ne laisser vivre ei converser que Jésus , et nons souvenir toujours ot |)nrl()ut de noiro r^i^lo et cotidilioti, iiu't'l.-itil rnotls, uousirnvniisrii'n/i f/iir(î (pic cefinc Jrsiis nMVtiriî ; et nous ne (levons [xtuil nvoir nuire œuvre (|uo le sien. Nous devons ^trc en la coiiuuunnult') (le Jésus, usnnt de^ alitucnls huuuiins coinnie il en f\ usé, et en niôiur esprit (jue lui , honorant Dieu dans In liasscsscde celle nt;cessilé cl indigence jus(|u'<'» laquelh; le Fils de Dieu s'est voulu abaisser; nous y S(!'|.nrant de In sensualité d'Adam et de In n(^trr , enr il y n douhie esprit (jui ré^;il celte action ; celui d'.\dani ({ui a niaii[^('> la poninie, et celui (hî Jésus (pii a daigné manger en la terre le pnin des liomme>N. NOlre condili(ui de religieuses est toute 5 Jésus, et il (Joil en avoir l'usage, et il ne s'y peut rien rencontrer où il ne doive être vivant; et vous ne devez être mortes h toute autre chose, (pie pour l'y faire vivre et lui faire office de mère : Qui facil voluntatcm Palris mei (fui in calis est, ille meus frafcr et soror et mater fit. {Marc, m, 35 ) Nous ne pouvons linir
f)ar une plus liuuriMjse parole , qui niar(|ue e bonheur d'être mon en soi-môme jiour y faire vivre pour Jésus-Christ ; puisque cela vous élève suivant la parole de Dieu même, à une fécondité divine, de laciuelle la Vierge a le fond de la puissance; et c'est un etl'et
iiro[)re dans TKglise de Dieu d'y faire vivre ésus, et nous coopérons ù cela.
CXLV. DU NOUVEL HOMME ET DE SON NOUVEL OEUVRE, ou IL EST PARLÉ AMPLEMENT DE NOTRE RÉPARATION EN JÉsUS-ChrIST.
Le Dieu vivant est ()rincipede notre existence en la nature. Le Dieu vivant et mourant est notre jirincifie en la grâce. Ce principe nouveau est admirable et adorable en ses quali es, l'une divine l'autre humaine, l'une créée l'autre incréée, l'une morlelle l'autre immortelle. Qualités contraires et unies en un même sujet par un concert divin }>our noire salut. Ce principe nouveau est Fils de Dieu et Fils de l'homme, est Dieu et homme tout ensemble. Comme il est un nouveau vivant et un nouveau principe, il veut faire choses nouvelles en la lerre et au ciel; il veut raellre le royaume Hu ciel dans la lerre el la lerre dans le ciel; il veut faire les enfants des hommes enfants de Dieu, il veut faire saints les pécheurs de la terre. Cet ouvrage est grand , raais les moyens qu'il y emploie sont [dus grands encore. 11 vil, il meurt en douleurs et en croix, nous donne son e.->prit et sa grâce, son amour et sa croix ; il s'unit à nos corps et à notre esprit par son corjts sacré et par son esprit divin joints ensemble en l'Lucharislie; el par des voies si dignes et des moyens si chers et si précieux, il veut ravir nos cœurs, les sé[)arerde la terreei du jiéché, les élever au ciel et nous obliger à être saints. Considérons ces choses , voyons notre principe, notre naissance, notre condition; Dieu disait aux Hébreux : Attendite ad petram unde «xcisi estis [Isa. li, 1), voulant, par ces paroles prophétiques, foire un effort
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sur leurs esprits. Dieu nous parle en bien |)lus forts termes, et nous dit avec plus de rai'.on et d'énergie : Altnulile nd pflrnm. (ic n'est point un Adam, ni Abraham même ; notre pierre,c esii cite pierre (pu est Christ ; notre priiiciic, c'est Jésus; noire ori^ine, c'est va naissance el divine el humaine ; notre vie, c'est sa vie; noire aliment est son cor[)s; noire mérilc est sa croix ; noire conduite est son e>prit; notre (pinlité, c'e.>t d'être enfants de Dieu , membres de Jésus- Christ , enfants héritiers de Dieu, cohéritiers Jésus-Christ ; notre récomjieiise et félicité, c'est lui-même.
II. Ces choses sont émerveillables, mais el'es nous obligent aus>i 5 choses gr.indes : elles nous obligent à la perfeclion et à une perfection non humaine mais (Jivine, non philosophique mais chrétienne; car si nous sommes, si nous vivons en Jésus, quelle doit êire cette existence et cette vie? combien pure el combien divine? Si nous sommes enfants de Dieu, membres de Jésus, combien digne doit èlre noire conduite?
combien saintes doivent être nos adions ? Certes elles doivent être dignes de réminenle comiilion des enlanls de Dieu. Ces termes, ces etl'ets, ces qualités, nous obligent h perfection et sainteté divine. Car nous ne sommes [las seulement appelés à une sainteté Ié3^f«le, à une sainteté coin. i, une, mais à être saints comme Dieu est saint, a être saints (Je la sainteté même, participant à la sainteté divine qui est la nature divine même : Ccnsortes naturœ ( 11 Pelr. i, K'^, portant une pariici|.alion réelle et formelle de la sainteté de Dieu même, consorles naturœ. Ces [laroles sont grandes, mais les choses [lortées en ces [laroles le sont bien encore plus : ces paroles sont familières et ordinairement usurpées, mais les choses ne sont fias connues et entendues. La perfection chrétienne nous sépare d'Adam et de nousmêmes, et nous transfdanie au Fils de Dieu, pour n'êire plus à nous mais à lui, pour être à lui comme esclaves de sa croix, pour vivre de lui comme membres de lui-inême. Et c'est pourquoi la religion chrétienne ne parle que d'abnégation de soi, et de vivre au nouvel homme, et de mort en nous-mêmes, de la vie en lui : c'est ce qui nous oblige à n'avoir ni vie, ni mouvement, ni pensée, ni sentiment, que (lar l'esprit de Jésus qui est notre esprit et notre vie.
La sainteté divine nous sépare de nous, nous incorpore à Jésus, nous élève jusqu'au trône de Dieu même, nous fait entrer à la [larticipation de la perfection, non cie l'être seulemeiii, mais de la vie de Dieu et de la sainteté de Dieu, mais de l'amour de Dieu qui est la vie et le propre de Dieu même ; car sa vie, sa nature et son pro})re, c'est la sainteté; et si nous parlions humainement des choses divines, nous dirions que c'est son propre et sa ditlerence. 0 être 1 ù vie 1 ô sainteté, etc. Voilà où nous sommes apfielés 5 la sainteté de Dieu, voilà où nous sommes établis en la perfeclion chrétienne, incorporés en Jé^us même. Voilà où nous
vivons (lu corps et de l'esprit de Jésus. Voilà ])ar quoi nous subsistons par la vie et la mort, par les labeurs de la croix d'un Dieu vivant et mourant, d'un Dieu régnant et souffrant, d'un Dieu mort en une croix, ressuscité en un sépulcre. Et i)arrai ces grandeurs nous sommes en bassesses, parmi ces mystères nous sommes en misères, parmi ces saintetés nous sommes en péché, parmi ces divinités nous sommes pleins de sentiments humains, c'est-à-dire d'imperfections grossières : l'esprit de l'homme et quelquelois l'esprit du diable nous occupent, et l'esprit de Dieu ne nous occupe pas ; une pensée frivole, une passion brutale, un dessein de la terre nous occupe, nous séduit, nous remplit, nous transporte, et les choses célestes et divines ne nous touchent pas, et toutefois nous sommes créés pour icelle>, nous sommes régénérés en icelles , nous sommes environnés d'icelles , et nous sommes créés et formés en Jésus : Creati in ChristoJcsUyCG dit son saint Apôtre. [Ephes. 1., 10.)
III. Les anciens philosophes, qui ne connaissaient point Dieu, et fort peu eux-mêmes, croyaient avoir assez de puissance sur la i.ature pour l'obliger à perfection par leurs discours, et toutefois ils ne proposaient rien de grand et d'élevé par-dessus l'homme. Kt comme ils n'étaient qu'hommes, ils ne savaient, ils ne cherchaient rien par-dessus l'homme; Icirs pensées étaient basses, leurs moyens inefiicaces, au lieu que la foi nous propose des pensées si hautes, des fins si grandes, des mystères si rares, des moyens si puissants des choses si divines, que nous n'av.)ns qu'à nous confondre d'être en la fange et boue de la terre parmi des choses si pures, si célestes et divines. Sujet trèsgrand de nous confondre en nous-mêmes, et d'admirer la bonté de Dieu, et sa i)atience à nous soulTrir un si long temps en nos imperfections parmi la sublimité de ses œuvres et de ses mystères.
CXLVI. LA CONGRÉGATION DE l'oRATOIRE EST FONDÉE PAR SON INSTITUTION SUR ET EN l'honneur DES DEUX GRANDES SOCIÉTÉS
QUE l'Église adore, la trinité et l'incarnation.
Exposition de ces dernières paroles de Jésus- Christ : Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur emploi en toutes tes fonctions eccle'siastiques, et en toutes les parties de la vie des Chrétiens^ et de quoi elles nous avertissent. Si toute action doit être commencée au nom de la très -sainte Trinité, beaucoup plus celle de la direction des âmes. Jésus-Christ a fini ses jours et commencé son Eglise en l'institution de la prêtrise ; et en cette pensée cet état nous doit être précieux.
I-a première voix, la plus solennelle et fréquente que nous écoutons en l'Eglise, et en laquelle nous sommes baptisés et justifiés, et en laquelle nous devons accomplir toutes nos actions sur la terre, est celle qui nous parle du nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit. C'est en cette voix que l'enfer nous est clos et que le ciel nous est ouvert. C'est en cette voix (jue nous devons opérer. C'est en cette voix que nous commençons toutes nos actions saintes et ecclésiastiques. C'est en celte voix que l'Eglise opère toutes ses actions et ses sacrements; et c'est la première voix qui nous est formée en la bouche , et c'est en cette voix que le Fils de Dieu a voulu clore et fermer ses institutions à ses apôtres, en laissant la terre nour monter au ciel.
Cette parole en laquelle nous sommes faits Chrétiens, que l'Eglise a si souvent en la bouche, et que le Fils de Dieu a gardée pour la dernière à ses apôtres, montant au ciel, contient choses grandes, doit être souvent méditée de nos esprits, et nous apprend notoirement deux vérités très-importantes : la dépendance que nous avons en notre être et en nos œuvres de la Trinité sainte , et le soin que nous devons avoir de les opérer toutes en l'honneur et l'hommage d'icelle, comme nous les espérons en sa vertu et puissance.
Nous devons adorer Dieu comme principe auquel nous adorons une origine et puissance paternelle, une sapience émanée de ce principe, et un amour terminant et unissant cette puissance et cette sapience.
Adorant ce principe, nous ne devons rien opérer qu'en reconnaissance, dépendance et invocation de sa vertu et puissance, qui produit et enclôt toute autre puissance.
Nous devons imiter ce principe , faisant toutes nos œuvres en sapience suivant sa lumière, et en amour vers lui, suivant les mouvements de son Esprit, qui est amour et charité. Ce n'est pas en notre nom et en notre vertu que nous devons agir, ce n'est pas pour nous aussi, c'est pour lui, comme nous agissons par lui; car nous devons être ainsi adorant et ainsi imitant la Trinité sainte en opérant nos œuvres , comme nous dépendons d'elle en notre être et en toutes nos actions.
Que si nous les devons toutes accomplir ainsi, beaucoup plus celles qui concernent la direction des âmes , qui est l'œuvre des œuvres et l'art des arts, et l'art et l'œuvre en lesquels il nous faut employer notre vie et former notre éternité.
Le directeur donc en cette élévation emploiera le nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, commencera sa direction par reconnaissance, invocation et imitation de ce nom, vertu et puissance ; en tirera puissance, safiience et charité pour agir, formant et actuant en son âme une Trinité sainte et s[)irituelle de grâce et de vertu, qui adore et imite la Trinité divine et éternelle.
Ce nom nous représente la première essence et société du monde, voire celle qui est avant lui et originaire du monde, et de toute essence et de toute société, savoir est l'essence et la société des trois personnes divines. Ce nom nous marque aussi la seconde société procédante et opérée de cellelà, et le second mystère de notre créance,
fi89 OEUVnES DE PIETE. — CXhVIII, MANIERE DIIO.NORER DIEU,
le mystère de Klnrnrnalion, qui ron.si«ilo eu
HîK)
'uiiiié el la .sociéli) des lri)is luitures fl.'J'») Il iHio persomie diviiio, ou Jésus-Crin.sl ^()tre-StMgnelIr.
C'est t'u cesiic'iu sociétés qjie loiit(.> autre 801'iété doit ôtie l'oiidue et héiiio e;i In terre cl au liel. C'est en ces dcMii sociétés (pie nous devons et voulons jrter les l'oudeuicnts (ie cette société petite et nouvelle, (pic Dieu veut nvoir en son Kglise «n ce dernier teir.ps, pour renouveler l'espnl et l'état de la prêtrise, en l'institution de la(}uelle il a lini ses jours et a commencé son Kglise. Ftal qui endette pensée i:ous doit être cher, vénérable et précieux, comme él;iiit le dernier desipuvresdu Fils de Dieu sur la terre, et le premier dvs ordres de son Kglise. Gel ordre fondamental et nécessaire en l'Kgliso de Jésus nous doit être premier en considération, (jue tous les ordres religieux (]ui servent d'ornement, mais non de fondement en l'Kglise, qui ont aussi été institués saintement et parles saints et serviteurs deDieu ; mais celui-ci,e»t institué parleSaintdes saints, le Fils de Dieu même. Cet ordre doit être saint, et dune sainteté sanctilianl les autres.
CXLVll. DE i.'adobatio>j de dieu en soimême ET en ses oeuvres.
Cinq objets doivent occuper et remplir nos esprits chaque jour, f)uisqu'cn chaque jour nous devons vivre en Dieu et commencer ici la vie, qu'il nous faut continuer sur les cieux. 1° La Trinité sainte qui nous a créés, et veut nous béatifier. 2° L'humanité sainte de Jésus, qui nous a rachetés. 3° La Irès-sainte ^'ierge,liée à Jésus comme sa Mère, et a nous comme aux membres de son Fils Jé>us. k° Quelque autre saint ou sainte principale, la Madeleine, ou quelque saint à l'esprit duquel il nous faut aspirer. 5° Nos saints anges.
0 vie lie Dieu en soi-même, vie d'essence, vie d'intelligence, vie d'amour, vie de repos et de félicité éternelle! O vie des personnes divines en leur essence, en leurs opérations et [troductions, en leurs émanations éternelles l Vie du Père produisant son Fils; vie du Fils [)roduit, et produisant leSaint-Es[)rit ; vie du Sainl-Elsprit produit, et non produisant, mais liant par sa f>ropriété personnelle et en sa personnalité propre les deux (lersonnes qui le produi>entl Tellement que, coiume il y a unité de [irinci|)e en leur production , il y a unité d'e>- ))rit et d'amour, qui termine leur mouvement et leur opération, et lie leurs personnes divines, liées par unité d'essence, par unité de princi|)e et par unité d'esprit : Jn unitale 'Spiritus sancti. 0 vie essentielle et personnelle! 6 vie de mouvement et de repos! ô vie suprême, adorable et adorée des hommes et des anges ! (j vie h laquelle nous devons et adhérer et participer, et en laquelle nous devons accomplir notre éternité et consommer notre félicité I
Après avoir considéré, adoré et aimé Dieu en soi-même, ndorons-io en ses (euvres, référant «'t le grand monde et le jietit monde, c'est-h-dire, et c«; monde et nous-même, à lui. Adorons Dieu créant, conservant et gf)uvernant le monde par sa pui.>snnce, présence; et providence.
Adorons Dieu toujours créant, toujours référant le monde a soi , et régissant ce monde, et le créant i»ar une création continuée, en sorte (jue l'être créé est toujours émanant de Dieu, et n'a subsistence «pien cette émanation (ontinuée et perpétuelle, sans avoir aucune consistance hors de cette émanation toujours présente.
Contemplons le monde comme toujours émanant et touj(mrs référé à Dieu [)ar Dieu mêmt;. ('ar le même mouvement divin qui lire le monde hors du néant, ou pour mieux dire hors de Dieu, le porte à Dieu comme à sa tin, p/ir une sorte d imjires'^ion, relation, habitude (\u\ ne peut être elfacée de la nature, et est [)lus intime et essentielle h la naturi', que son être propre, commeétant la première etplusuniverselleactualitéde son Être.
Révérons cetie émanation, et concluons la dépendance continuelle que l'être créé a de l'Etre incréé. Regardons cette relation, et asi'irons h icelle, [lar une relation nouvelle et particulière que nous ferons du monde et de nous-mêmes à Dieu, correspondant par notre volonté libre à la condition nécessaire, [irimitive et essentielle de notre être, qui n'est qu'une ombre, une dépendance, une capacité de l'Etre incréé à proprement parler. 0 ombre! ô dépendance! ô capacité! oh I quel abaissement ' oh 1 quelle aspiration 1 quel rapport! oh! quelle adhérence doit l'être sréé à l'Etre incréé (135) I
CXLVIII. de la manière profonde et intimb d'honorer dieu par l'être.
L Nous n avons autre pouvoir sur notre être que de roffrir à Dieu, afin qu'il se glorifie en icelui. — 11. Dieu se communique en la création, comme éîre ; en la justification, comme rie, et en In glorification, comme plénitude. Lhommtagitpar son être, mais non en son être ; et cela est rrservé à Dieu seul. — III. IV. Cette voie d'être a rapport à l'être de Dieu en soi, et encore au mystère de l'Incarnation. Dieu, par la création, tire l'âme du néant et la rend existante en ellemême; et par la glorification, il la tire d'elle-même en soi, ce qui commence dès la justification. — V. \ I. Le nouvel homme^ qui eit Dieu et Fils de Dieu, par perte et privation de sa subsistence propre, a pouvoir de faire les hommes dieux en infinies înaniêrei. Mais toutes ces manières sont à l'imitation de ce mystère, et la grâce chrétienne porte une obligation spéciale de sortir de soi-même pour entrer en Dieu.
\. La manière commune ei ordinaire d'ho.
(154) Ces irois natures sont le corps, ràrae et la commenceraenl de ce discours, il n'en explique que Divinité. le premier,
(lôoj Des cinq objets de noire piété proposés an
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ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
norer Dieu (136), qui convient à la créature et même aux Chrétiens, est de l'honorer et servir par œuvres , et en portant la croix qu'il lui t)laît de leur imposer, en patience et en humilité. Mais il y a une autre manière de l'honorer beaucoup plus intime, laquelle non-seulement n'exclut point celle-là, mais la présup[)0se (ce qu'il faut soigneusement remarquer, pour ne donner lieu à la facilité de ceux qui s'imaginent aisément d'être ce qu'ils estiment et qu'ils aiment) et c'est la manière d'honorer et de servir Dieu par être, manière tellement attachée à la puissance de Dieu et dépendante de sa main et opération, que l'opération de la créature ne l'y peut aucunement faire entrer. Nous n'avons point de pouvoir sur notre être, que de l'otfrir et le donner 5 celui qui l'a créé, à ce qu'il s'en glorifie lui-même par les voies qu'Usait, et qui sont hors de notre connaissance, et il sait bien en tirer sa gloire, en le tirant du néant et du vide de Têtre créé, à la plénitude de l'Etre incréé, qui se commence par grâce en ce monde, e't se consomme par gloire en l'autre. 11 a tiré par sa puissance cet être du [tur néant, à celte ombre et participation d'être que nous avons par la nature; et par une |)lus grande puissance et bonté, il tire du néant et du vide qui reste en tout être créé, à la consommation qu'il est ca|)abl9 de recevoir et porter par la plénituile dé Dieu qui lui est communiquée.
II. Dieu a tout et est tout; mais il ne communique pas tout, et il se communique par degrés. 11 y a en Dieu être, vie et plénitude comme il y a en l'homme être, vie et esprit. En la création Dieu se communique comme être, en la justitication comme vie, et en la gloritication comme plénitude, en laquelle consiste la félicité des esprits créés. Cette manière d'honorer Dieu dans le f-onds de l'être, ne peut être opérée que de Dieu, et non de l'homme qui agit par son être, mais non dans son être. Et Dieu seul est celui qui se prépare cette demeure et habitation, pour y reposer comme en son trône, pour y opérer comme en son fonds et en son héritage; pour y imprimer ses qualités divines, comme en son miroir et en son iu)age. L'homme ne peut sinon s'offrir, se liver et abandonner au vouloir et à la puissance de son Dieu et son Créateur.
III. Cette manière a proprement rapport à l'être de Dieu en soi-même, dans lequel tout est être, tout est vie ; et Dieu tire l'âme dans ce sanctuaire, la tire, dis-je, hors de soi pour être en lui, comme il la tire du néant pour être en soi, par une main aussi puissante mais plus bienfaisante.
IV. Cette manière encore a un rapport parli.culier au sacré mystère de l'Incarnalion, 011 Dieu l'honore dans le fonds de la nature humaine qu'il unit à soi, et à laquelle il communique sa pro|)re subsislence, et où il tire cette nature de son être humain dans l'être divin, par existence et subsistence communiquée, et par substraction do l'exis-
(156) L'auleur parle en liivers ei»tlroits d'une !itiux ici expliquées.
tence et subsistence humaine, qui est la plus haute et la plus suprême manière en laquelle l'être créé peut entrer dans l'Etre incréé.
V, Or Dieu, infini en son essence, en sa puissance, en sa sapience, en ses opérations, a diverses voire infinies, voies et manières pour tirer sa créature à soi et en soi, ei communiquer ses perfections et son unité. Mais la plus haute et suprême de toutes, est celle du mystènede l'Incarnation, par lequel le Créateur se fait créature, l'homme est Dieu comme Dieu esi homme, et cet Homme- Dieu a puissance de rendre les hommes dieux en infinies manières, toutes regardantes, honorantes, imitantes, dépendantes de celle par laquelle il est Dieu et homme tout ensemble.
VI. Or, en ce mystère, il y a perte et plénitude d'être tout ensemble,*^ et aussi y a-t-il voie d'honorer Dieu dans le fonds de l'être, cette manière portant perte de soi-même, et étant nécessaire que la créature soit retirée de soi-même et se perde, pour être établie en Dieu et l'honorer en celte manière si intime et si sainte. C'est pourquoi l'abnégation est le fondement de la discipline chrétienne, car toute voie d'honorer Dieu dans la grâce, et par la grâce du christianisme, a rapport à la grâce incréée et incarnée dans le mystère de l'Incarnation , comme à son princi()e, comme à sa fin, et comme à son exemj)laire et prototype.