CLXXVIL LES PENSÉES ET SENTIMENTS DU CHRÉTIEN EN CHAQUE JOLRNÉE
1. 11 faut demander à Dieu que, comme il opère incessamment en tout l'univers, et en la terre et au ciel, en l'ordre de la nature et en l'ordre de la grâce, sur les plantes et sur les animaux, sur la nature végétante et sur la sensitive, il daigne aussi oi)érer en nous, et nous en lui, vers lui et avec lui.
2. Que, comme la foi nous apprend que Dieu est vivant et opérant en soi-même, et au regard de soi-même, et qu'en cela consiste la vie i)ropre de Dieu et sa félicité éternelle, nous pensions, adorions et aspirions à cette vie, la plus belle, la plus haute et la
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plus sonhnili'il)!»^ vie; ilii moiidi'. (i.ir, |iiiiMjiif iiHlre vio se doil occuiicr de l.i vie d'iiuliui , les uns >>"o( iMi|i.'iiil 5 .st^rvir à la vii? des plus gr/imis, ol h dirij^er cl «ce omim^iicr l.i vie «jes rois; les autres, h rorincr el régler la vie do leurs sujets el iidérieurs, nous ne pouvons plus dignenietit eiuplover notre vie i\uh nous oicuper de la vie do Dieu, cl prendre pari en celte vio qui nous rend dieux f'ii Dieu niôino.
3. Il laul considérer que notre vio csl un ra)on et pariicipation de la Divinité qui doit (itro toujours adhérent à son soleil ; mais un rayon cpii va tous les jours se diminuant et s'airailtlissant (pianl h la vie Immainc, el se conlortant et perleciionnant, si nous voulons, quant à la vie diviiu;.
(Jue nous avons deux vies en notre vie, selon sailli Paul, <loiit lune va toujours s'alfaiblissaiil : El si is (fui foris est, nosler hoino corrumpitur, lantcn is qui inliis rst, renuvatur de die in diein. (Il Cor. iv, IG.j Oue do ce texte nous apprenons le partage <'e noire vie et la direction do la vie chrétienne; qu'il y a doux mondes au monde, Tun sensible, exposé à nos yeux; l'autre, Sfiirituel mais plus grand, plus réel et plus important que l'autre : qu'il y a deux vies en notre vie et deux hommes en l'homme, et que cette vio nous est donnée de Dieu pour travailler et pour travailler en ses œuvres, et s'appelle lumière par la vraie lumière, qui esl le Fils de Dieu, comme la mort s'appelle nuit par lui-même, en laquelle on ne pourra plus travailler; que le soleil qui nous éclaire pendant le jour, nous figure un meilloursoleil, le Soleil de justice Jé>Uî>-Chrisl Noire-Seigneur, dont la vie sur la terre doit être l'exemplaire de notre vie. Pensons h lui, il pense à nous; opérons vers lui, il 0[ière vers nous; nous sommes à lui, et il esl à nous; nous avons besoin de lui, recourons à lui, car il esl notre suflisar^ce et notre plénitude en la terre et au ciel. Il emploie >es étals el ses grandeurs à opérer el procurer notre salut, comme celui qui e.'^t notre médiateur en la terre, et notre avocat au ciel. Uecourons donc à lui, et usons de lui en la terre el au ciel, selon qu'il a été en la terre el par sa vie et par sa mort, ])our nous et tout nôtre.
4.. Oue la vio étant chose si précieuse, si dépendante de Dieu el si peu de nous, que nous n'avons un seul moment d'icelle en notre })uisbani;e, (pielque puissance que nous ayons sur la terre, et n'avons autre pouvoir (jue de l'user el de l'employer ; cette vérité nous oblige à une grande dépendance de Dieu, duquel seul dé[)end aussi notre vie el notre être, et a une absolue relation à Dieu, référant 5 Dieu ce qui déf)en(i ainsi de lui, em[doyani pour lui ce qui procède de lui. Le premier et principal usage de la piété est de référer sa vie à Dieu : et le premier el [jrinci[»al usage de la sapience et prudence esl de régler sa vie, et départir sagement el prudemment l'usage el l'emploi des moments d'icelle, sans inutilité, sans incertitude, sans inconsidération
aux liiiN ordonnées de Dieu el aux vrais moNcris qui conduisent h ces lins, et c'est un des jioinls prini:ipaux où nous devons implorer el r-iiiployer res|iril do Dieu.
5. Que la vie que nous avons, est fiérissable, et en chaque moment ;fe qui nous oblij^p, chaque jour, de penser et h la vie et b la mort, el de vivre en l'état aufjuel nous voudrions niourir, oirraril notre vie el riotro morl '1 Jésus-Christ Notro-Seigneur fjui nous a donné sa morl cl sa vie; car ayant employé sa vie el sa mort pour nous, nous devons el vivre à lui cl mourir en lui.
. G. Toute vie doit adorer et se référer à la vie suprême et aux vies [trincijiales émanant de celle vie suprême, la vie divine et inciéée, la vio divine et incarnée, la vie de Jésus en la \ iergo et en ses saints, et nous devons tendre à établir la vio de Jésus eu nous : donec formetur Christus in vobis. [Galnt. IV, 19.) Voilh le dessei^i, le fruit et l'elfort de la vraie vie.
Le dessein du Père éternel donnant vie nouvelle à son P'ils [lar le mystère de l'Incarnation, est de le rendre un nouveau principe d'une nouvelle vie on la terre et au ciel; et comme il est en l'éternité principe du Saint-Esprit avec le Père el par le Père, il le [»roduit aussi et le rend un nouveau principe d'un nouvel esprit de vie au monde.