SECONDE NAISSANCE DE JESUS. 7>S
heureux, el toujours immuable en votre être, en votre vie, et en votre félicité éternelle.
Disœuus XL
i)i: i.A seco.Noi: naissa«icb dk iksvs.
I. (finirlnirs dt* Jt'rsii» on sos ah^ii^^omenls. Jifsus e6l in' ni la Vicrgo ol, Mo la Vieri,'*' sans iiilén-g er 6011 intégrité. — II. l/liumble naissance lie Jésus en réi.il)l<' de licifiTécni a son origino au riel 'tans It; sein «lu Pcn*. Le l'or«; envoie son Fils en la terre, par li- nii^me pouv(»ir par leiuel il l'en^^enilre r-lrrneil)-nient. I.a mission du Fils de Dirii au inoniie est un lien coniniiin qui lient à la génciatioii (''irnirlle coiiiine à son origine, et à l'cnianalion tcinpinilie comnie à son efTel. La naissance leinporellc de Jésus est aillant admirable en l'excfs de son amour, que sa nais>>ani:e én-riitlle est adorable en l'excès de sa grandeur. C'est un (les (irivib'gi's de relie hiiiiiiile naissance, d'être seule enclose en la propriété pergoiineiledu l'ère comme Père, el en la t;énéialio.i de son Verbe. Toutes les choses créées sont en Dieu comme en leur être éininent par sa jçraiidciir, en leur principe par sa puisîane, en leur idée parfaite par sa sapieiice. Dieu comme Dieu est le centre et la circonférence di toutes les choses créées ; mais Dieu comme l'ere est le centre el la circonférence de son Fils unique. Il n'y a que le Fils seul qui soit résidant an sein du Père. LePere, qui seul envoie son Fils au mon<!e, l'envoie par un pouvoir ijui lui est piopre. L'cmanalion lemjiorelle de Jéaus reya:de Di. u comme Père, au lieu que la procession des créatures regarde Dieu comme Dieu. Tontes les ehoses qui |)rocédent de Dieu demenrcnl en Dicii; et ce qui procède de Dieu comme Père delueure eu son sein. En quel sens saint Paul appelle ce mysière, mystère caché de toute éieihiié en Dieu. —^111. La {génération tempurelle de Jésus regardé rélernelle, non-seulemcnl tomme son origine, mais aussi comme sun exemi>laire ; car il se fait homme par voie de naissance. Explication de ces paroles du psaume Lxxi : Ante soient permanel nomen ejtis. L'hébreu porte, ^/«abitur, site liliuserit. C'est chose irès-con idérable, que la même manière d'émanation qui établit le Fils de Dieu dans l'éternité, c'est-à-dire la voie de naissance, lui donne aus^ entrée dans les temps et dans dans l'être créé. ^IV. Ce mystère de la naissance tempo.'-eile de Jésus est un mystère de lumière, de saint té, d'honneur el hommage. Chaque nivslé:c du FIsde Dieu a quelque chose depiopre et de particulier, iion-seulemeut en son état, mais aussi en son eUél. La croix du Fils est priq^iemciil un mystè:e ^e soulfrance el d'expiation, et sa naissance est propremenl un mystère d ollVande ei d'adoration. Le Père, par U n..'issance de son Fils, aainieri un nouvel ajoraleur cl une nouvelle hostie. L'hoslie seule digne de Dieu lui est pi éparé^i, consacrée el offerte eu ce mystère de l'Incarnation du Verbe accomplie par sa naissance; el Jésus est adorant par celle sienne hoslie dès le moment de son entrée au monde, el ce sien élal d'adoration est aJor^ble el a loré des hommes el des anges. — ^ '"«^T^ naissance lempoi elle de Jésus va imitant el a^olantsa naissance éiernelleI7Ceile adoration uesl pas simpleuienl par pensée, mais par ctal. Tout te qui procède de Dieu icnd honneur à Dieu, ce qui a lieu jiis.iue dans les processions éternelles. Avant le mytèiede l'Iiicainaiion, la naissance éiernellc du Fils de Dieu n'avaii nen de pariiculièremei'.i affccié à son adoraiion dans la nature créée. La nauve créée par son é;al ci
Ul' IVRES COMPLETES DU CARDINAL DE RERLLLE.
conilition ne reganiail et ii'ador; il en Dieu que ses graiuloiirs CDiiiniiiiios cl essentielles, et non ses grandeurs popres et personnelles. Les grandeurs propres de Dieu ne soiil sinsi adorées ((ue <l.ins la naltire humaine, et non daiis la nature an;^é;iqii."..F,ii quelle nianière la naissanee leiiiporelle du Ter! e rei^ard»; et adore les personnes <lii Père et du Fils, et sa i^éiséraiion élernelie. ^ VI. Deux soiles d'adorali )n <'e Dieu, l'une dé' pcndaîile des p. usées di; l'esprit créé, l'autre indépendante d'icillcs, et adatliéé à la condition naturelle ou personnelle de la ciéature. La naissance et la filiation liumaine de Jésus et la nia- (ernilé de Marie legir.icnl <t adorent la pa!ernité et la (i'iaii(ui divine et son émanation étiTlîclle. — V!L 11 convie les lecteuîs à rendre liiinimage à celle ra ssance si giande en son abaissement, en imitant l'hommage qui y est rendu par les anges. C t:c naissance a pour principe le sein du Pè:e, pour son exemplaire la iiaissaiice élernelle, pour s:i lin d'être un état adorant le Père en la génération de son Fils , et son Fils en son émanation du l'ère. Celle naissance est grande en son étal et en i^es elleis, car elle se termine à la production d'un Homme- Dieu. La plus grande merveille de la nature est riiomme, et la plus.grande merveille delà grâce est lIIonime-Ditu. D.eu faisant l'iiomme m la création, faisait comme un préludQ de l'ilomme- Dieu et ilii mystère de rincarnati-iii.; — Villl^Les merveilles de l'Honane Dieu. Aniiihè.es îîes grandturs cl des abaissemems de Jésus, par saint Giégoire de Nazian/e. Antilbèses du premier ei du second Adam. EUet admirable de puissance, en cet état d'impuissance. Trinité dMl'Lts en cette naissance, qui agrandit riionime en le faisant Di u , la Vie.ge, en la faisant Mèe de Dieu, el l'état du Père éternel en lui donnant pouvoir sur Dieu même. — IX. Trois lécjndités divines, du Père engeiidrant son Fils, du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit, de la Vitrge engendrant Josus-Chrivt, Trois processions divines répondant à ces trois fécondités divines. — X. La feco.idiié delà Vierge se termine en Jésus, à l'union liyiOsiatiiiue , et en la Vierge à la maternité divine ; rehaussant ainsi la nature ciéce <le la subsislence divine, ei la personne créée de Marie de la dignité de Mère de Dieu. Grandeurs de la maternité divine. H pèse que le Pèieéierne! aileni le. fi ut et le consenle- Eienl de la Vierge pour l'accomplissemenl du plus grand de ses œuvres. Ce qui marque ce qu'elle e^t, et au Père éternel, el à l'œuvre. Celle liante dignité de Mère èe Dieu est une des grandeurs de riiumiile naissance de Jésus.'— 'XI. Jésus fait chose plus grande par sa naissance que par sa croix , car par sa naissance il nous donne une Mère de Dieu, et sa cro.x se it rniine à la filiation adopiive, qui est beaucoup moins. Gran- Xieurs de la maternité de la Vierge. Il y a-une prjissance divine cachée dans rimpuissance de Jésus naissant cl eiifani. Eu la lia ssancc de Jé?us il y a trois alliances : la prcmièie de la nature divine avec la nature iinmaine, en la<|uelle il se iait homme; la seconde de la personne du Verbe 3vec la personne de la Vierge, par laquelle il se lait Fils de l'homnie; la tioisièine du niéine Verbe incarné avec nous , en laquelle il se fail i»:!ireRédem|)teur et notre viclime. Considération de la dignité et élévation de la chair de Marie en Jésus. — XII. La Vierge fait chose plus grande en Jlsus, que Jésus faii en la Vierge. Con^idér•alion et ditlerencc des deux naissances de Jésus, on Marie el de Marie. La Vierge met Jésus au nionde par le seul effort de l'amour du Père et \^ vouloir du Fils, el sans nul cû'ort en la nature. Rapports le la naissance de Jésus en Marie à la
naissance éternelle de Jésus an sein du Pèi'e. — Xll[ Dieu comme Père est plus à honorer que Dieu comme Dieu. Ces deux qualités de Père et de Dieu sont liées admirableinenl par ensemble en la naissance lemporclle du Fils. Il explique et pèse ces parob's d*i l'Apôue : Dens et Putcr Domini uoslri Jesu (^liristi. Le Père éternel semble partager avec la Vi^e'son airtoriié sur son Fils, et cela comment. /Récapitulation des choses expliquées en ce discours de la seconde naissance de Jésus.
I. Du trône (le ces grondeurs, où le Fils de Dieu est vivant par sa naissance première et éternelle, et de cet état heureux et glorieux où il vit et règne de toute éternité , il descend et s'abaisse en la terre et au soin de la Vierge, pour y prendre une seconde naissaiice ; et nous le contemplons étendu sur le loin et la paille, dans l'étable et la crèche; non au milieu des anges, mais au milieu des pasteurs ; non entre les personnes divines, mais entre le bœuf et Tûne. Et nos sens l'aperçoivent, non très-haut, mais très-abaissé ; non très-puissant, mais trèsimpuissant; non produisant, mais produit; non créant, mais recevant un être créé; non élernel, mais commençant à vivre, et naissant pour mourir. Les abaissements du Fils de Dieu en cette naissance sont sensibles et manifestes, et sont traités ordinairement. Mais parce que nous traitons les grandeurs de Jésus, nous parlerons des grandeurs do cette naissance : reconnaissant Dieu er. l'homme, et la grandeur dans rabaissement, par la lumière de la foi et [lar l'esprit de vérité. Car Dieu est toujours Dieu, et toujours grand. Dieu dans l'humanité, grand dans l'abaissement; el comme il relève l'humanité en la déiliant, aussi il rehausse l'abaissement en le magnitiant, en iiuprimant une grandeur nouvelle et incom|)arable dans la bassesse à laquelle il s'abaisse pour l'honneur de son Père et ])Our le salut des houir mes.
Celte naissance de Jésus en la terre a plusieurs sortes de grandeurs, car il est né en la Vierge sans intéresser sa pudicité, suivant celle parole de l'ange : Quod in ea natuin est, de Spiritu sancto est. [Matth. i, 20.) il est né de la Vierge sans intérêt de son intégrité ;. et la foi en ces deux paroles: Qui conceplus est de Spiritu sancto, natus ex Maria Virgine, nous dit ces deux vérités très-hautes et très-importantes à riioniieur de Jésus, de sa très-sainte Mère et de l'humble naissance qu'il a voulu prendre d'elle. Double naissance: l'une inlérieure, in ea; l'autre extérieure, ex ea ; l'une et l'autre avant ses privilèges et avantages que nous déduirons uneautrefois. Et comme, en l'une, le ^'erbo divin s'est fait chair en la Vierge et [)ar la Vierge, la Vierge a conça et a divinement conçu le Fils unique de Dieu, sans intérêt de sa pureté virginale et saintement reçu celte semence du ciel, sans volu[)té terrestre : aussi, en l'autre , au bout de neuf mois la Vierge l'enfante sans douleurs et sans intérêt de son intégrité, demeurant Vierge et Mère tout ensemble. El ce divin enfant sort de sa mère comme ly
CUANDKrnS DE JKSUS. — DISC. XI, SFCONDK NAISSANCE DE JESLS.
rfl.v^n son d'un cristfll [loli, lo iV-nélraiil snhs lo rompre : el cninnie la lufiii(^ro «•oit (lu solfiil, l(î i/iissnnl aussi oiilicr roMiiuo si elle n'en <?l.iil [loiut sorlio. Ow nous | ou- Tons eMi|irunt;'r (lu ciel le.-. (|ualilés céieslcs |Our honorer celui (|ui vicnl du ciel cl (lui|uel dit saint Je.in : ^>«i desiirftumvrnit, iuper- unnii's est. Qiti tir cirlu vcnil, stipir otnnrsesl. [Joau. in.JI.) », Mais si du ciel nous nous rabaissijns h )/« terre, |iuis(iuc Jésus est nù en la terre, la lerie encore rendra lioniM'ur et ténioignaijc h son Scdgnetir , et tn»us donnera qu(Mt|ue exemple pour éclainiiet illustrer cette nuraciileu^i; intét^iilé. Disoris donc uu'il sort de la Vierge coinnie la lleur sort tJn sa tige. Car aussi est-il la lleur d'I-raid, Cl la lleur qui enibellil le monde. Or, la fleur sort de sa lige sans l'ouvrir, sans l'intéresser; ainsi au contraire elle est l'ornement et recnbcllissenienlde la plante ou de l'aihrefjui l'a portée ; mais ces grandeurs (jui ne contiennent Cfi la terrcî qu'A la naissance de Jésus, ne lui sont pas tellen)cnl propres et ^'arliculièrcs, qu'elles ne puisse ajtpaitenir a la nai^sance d'un honnne |iurcnient homme, que Dieu voudrait honore." d'une jiarcille faveur, et faire naître d'une n,ère îierge par une pareille puissance. Kievonsnous donc |ilushaul^ et contemplons les grandeurs propres et | articuliéres à la naissance (Je Jésus : giandeurs si hautes et si excellentes, qu'elles ne p.euvent appartenir qu'à un Dieu naiss/mt au monde. Car d'autant plus que le Fils de Dieu se cache et s'abaisse dans ce mystère, plus le Père le ;Vlève et manifeste, et plus les liommes le doivent reconnailre et parler hautemeiit de )ui. Et puistjuc le Père éternel produit des nouvelles lumières en la terre pour honorer et manifester son Fils et inspirer aux cœurs de nouveaux mouvements de son esprit, pour le connaître et | arler de lui {Maiih. Il, 20; Luc, II, 27}, suivons ces lumières et ces instincts, et par une si sainte et heureuse conduite employons-nous à rechereher, découvrir et publier les grandeiirs remarquables en son abaissement et en sa naissance hundjle, nouvelle et humaine.
II. A la vérité il la prend en terre, mais elle a son origine au ciel. File s'accomplit en une bourgade de Judée, mais son émanation est du Père éternel ; et une chose si basse en apjiarence, comme la naissance de i'enfantJésus en l'étable de Bethléem sur le foin et la paille, entre le bœuf et l'âne, a une source si haute et si admirable, comme le sein du Père éternel, qui est la hautesse, la grandeur, la merveille do l'éternité. Car lo Verbe, comme Fils, est enclos au sein au Père, et il ne vient | oint en la terre et en notre humanité, que par la mission do son ]ière, et le Père ne l'envoie pour s'incarner, que jiar le même |)Ouvoir [)nr locjucl il l'engendre en soi-même : tellement que le principe de sa génération éternelle est le principe de sa mission, de sa naissance et de son incarnation au monde. Suivons celte pensée, ©t uour un idus grand éclaircissement de
celle vérité, disons (juc comme celle naissnme du Fils de Dieu nu monde, suppose 1.1 mission du ni<^me Fds de Dieu nu monde, aussi celle mission suppose son éternelle procession, et comprend et emporte a\ec soi la génération ineirablcde ce mémo >erbe éternel, 6 laquidle celle humble nais'.nnco se trijuvc heureusement liée et conjointe par \i- moyen de cette mission , comme par lin lien commun ipii tient à rémnwation éternelle, comme ;i Mjn origine, et à l'émancipation temporelle comme à son (flfet. Fl ainsi lie et conjoint une niGme p'rsonne, engendrée par puissance dans l'élernité et envoyée par amour dans le lernps, c'est-àdire conjoint en un même Fils de Dieu incarné, sa naissance divine et éternelle, et sn naissance humaine si lempoiclle.
Car en lontemplant ce liés- humble et très-haut mystère, nous voyons parles yeux de la foi, (jue celui (jui prend naissance au 5ein de la N ieige et se fait homme, est celui-là même «pii est au sein du Père, et qui est Dieu nar sa naissance divine et éternelle, comme il est homme par sa naissance humaine ei temporelle. Nous voyons que celui qui vient en la terre pour attirer la terre à soi et se tendre par un nouveau droit le souverain de l'univers, est celui-là mémo qui a formé la terre avec le Père, et par le môme pouvoir qu'il a reçu du Père, cl ne vient e;i la terre que j ar l'envoi et la Mis siondii Père, et pour y établir par son abaissement, la grandeur, la puissance et la gloire de son Père. Nous voyons (jue celui qui semble comme sortir du sein du Père pour entier au sein de la Vierge , ne délaisse point pourtant le sein du Père, et est tout ensemble, uivinen;enl au sein du Père, et humblement au sein de la Vierge; et a celle double résiden(;e, dont l'une est autant adniirablo en l'excès de son amour, comme l'autre est adorable en l'excès de sa grandeur. Concluons donc cjue celle incarnatio.n et naissance en la terre regarde le sein du Père comme sa source el son origine d'où elle est heureusement dérivée en la terre. Mais je |»asse plus outre, et je dis ( ce qui est digne d'être bien considéré ) que celle naissance nouvelle du Vorbe é<ernel a cela de propre et singulier (cl c'est sa prééminence et son privilège) qu'enlre toulei les choses qui procèdent de Dieu et qui se terminent iiors de Dieu , elle est seule enclose el comprise en la propriété ^lersonnelle du Père comme l'ère, el en la généialion de son Verbe, (jui est la première émanaiion de Dieu, en l'honneur, en la |tuissance et en la vcrlu de h'ujuelle s'accomplit le mystère do l'Incarnation et la naissance du Fils de Dieu en notre humanité.
Pour mieux entendre cette vérité, prenons le discours de [»lus haut, et remarquons que Dieu |)ar son essence est le centre et la circonférence de toutes choses, et toutes choses sont en Dieu comme en leur être émine»t, [ ar sa grandeur ; comme en leur principe, jiar sa puissance ; el, comme en leur idée parfaite, par sa sapience,qui sonl trois poiats
ŒUVRES COMPLETES DU CARDNAL DE BERULLE
distincts, en vertu desquels Dieu contient et comprend tout ce qui est créé. Mais le Père éternel, comme Père et en la propriété de sa personne, est le centre et la circonférence de son Fils, et le Fils le regarde comme son centre, centre où il est, où il vit, où il repose, et où il a sa demeure éternelle; le Fils étant en son Père comme en celui qui le comprend, ainsi qu'un infini égale et comprend un autre infini, et ainsi que les personnes divines, par un secret adorable à nos es|)rits finis et limités, se comprennent mutuellement l'une l'autre. Et dans le Père éternel comme Père, il n'y a que son Fils et ce qui regarde la personne de son Fils, qui est unique en la Divinité, et qui aussi a voulu être unique en notre humanité. Le Saint- Esprit môme, qui procède du Père, est bien dans le Père comme en son principe, mais n'est pas en lui comme en son Père, car il n'est pas procédant du Père comme Père, et il n'est pas le Fils du Père. Cette qualité n'est propre qu'à celui qui est nommé le Fils unique, et que le Père nous a donné en le qualifiant du nom de son Fils bien-aimé, auquel il prend son bon [)laisir [Matlh. xvn, 5); Fiisqui en l'éternité e.-t la[/remière émanation du Père, et qui seul est procédant de lui par vraie et naturelle génération, et a sa résidence et sa demeure au sein du Père, car le sein proprement est un terme affecté et approprié à la génération.
Le Fils donc est au sein du Père, car il est Fils; le Fils est seul au sein du Père, car il est seul Fils ; et le Père seul envoie son Fils pour s'incarner, car il est seul le Père de ce Fils, puisque les missions en la divinité n'ont rapi)ort qu'au i)rincipe de leur proces- .sion, selon la voix commune de toute la sacrée théologie. Disons donc hardiment et l)autement,que le Père seul envoie son Fils })0ur s'incarner; et ce qui est de grand poids et établit le [)Oint principal de ce discours, ciu'il l'envoie comme Père; et parlant qu'il I envoie par le même pouvoir par lequel il l'engendre (pouvoir qui n'appartient qu'au Père), et non pas par le |)ouvoir jiar lequel il crée le monde, qui est un jjouvoir commun aux trois personnes de la sainte Trinité. 11 est donc clair que cet envoi et communication du Fils de Dieu au monde, a son origine au Père et au Père seul ; tl'où nous ajjprenons une belle différence entre cette mission et i)roduction nouvelle du Fils de Dieu, et la production des créatures. Car, au lieu que les créatures procèdent de Dieu comme Dieu, 61 non pas de Dieu comme Père, celte mission temporelle du Fils de Dieu en la terre a cela de propre et de singulier, qu'elle procède de Dieu comme Père, aussi bien que l'émanation éternelle du môme Fils ; et aussi celle mission a cela de pro|)re et particulier, aussi bien que l'éternelle émanation, qu'elle est enclose et cachée, et seule enclose et cachée au sein du Père, duquel seul elle prend son origine,
El c'est pourquoi à mon avis l'Apôtre en divers lieux nomme le mystère accompli par telle mission, le mystère caché de toute éter-
nité en Dieu. Car il nous faut remarquer ce beau j)rincipe qui doit servir de fondement à nos pensées, et de conduite à nos mœurs , gue tout ce qui procède de Dieu demeure eh Dieu môme, en une certaine manière, comme en son principe ; d'où vient que les choses créées comme issues de la divine essence demeurent en celle essence, et aussi cette mission et incarnation qui procède du sein du Père, a une sorte de résidence au môme sein du Père comme en son principe. El comme entre toutes les autres choses elle a seule cette prérogative de procéder du sein du Père seulouient, comme de celui qui seul engendrant son Fils est seul l'envoyant pour s'incarner, elle a aussi cette prérogative d'être seule enclose, résidente et cachée au sein du Père, comme en sa gloire, en son repos et en son principe; en quoi nous avons à admirer rexcellence de cet œuvre de rincarnalion enlre toutes les œuvres de Dieu, et à reconnaître et adorer la I)rofondité et la singularité de ce mystère entre tous les autres mystères de la terre et du ciel, de la grâce cl de la gloi.fe. Mystère auquel le principe de la génération éternelle est lo principe, et le seul [)rincipe de la mission temporelle de celui qui vient prendre naissance au milieu de nous, avant laquelle il est au sein du Père comme en son refios éternel, comme en la vive source de son être, et comme en l'origine de ^a mission, dé sa naissance et de son incarnation en laterro
111. D'une source si haute, si vive et si ])uissante, et d'une origine si grande, si profonde et si divine, que devons-nous aitendre sinon chose très-grande, et qui surpasse la hautesseet des hommes et des anges? Et puisque la naissance de Jésus en la terre procède de cette source et vient de ce principe, ne sera-t-elle pas conforme à son principe? c'est-à-dire grande et admirable connue lui ; et le plus grand des prophètes, ravi en la contem[)lalion de ce mystère, n'a-l-il pas eu raison de nous dire ; Generationein ejus guis enarrabU? [Isa. un, 8.) : Or elle n'a pas seulement cela de proitre et singulier d'être enclose et comi rise en la personne du Père, comme en son [)rinci[)e ; mais elle a encore une autre sorte de rapport à lui et à la génération éternelle, d'autant qu'elle s'y rapf)orle non-seulement comme à son origine, mais aussi comme à son exem[)laire. Car le Fils de Dieu ne veut pas seulcmenl se faire homme, mais il se veut faire homme par naissance, comme il est Dieu par naissance, et il veut être Fils de l'homme comme il est Fils de Dieu : ceci mérile d'être davantage exposé.
Disons donc, et nous devons prendre plaisir à le penser et à le dire plusieurs ibis, tant ce point est délicieux et concerne aussi les délices du Fils de Dieu, qui se plaît d'être Fils de l'homme entre les enfants des hommes. Disons donc :
Que le Verbe éternel se contemplant soiniôrae et se voyant être Dieu en son essence divine, a voulu prendre une nouvelle essence, et se faire Homme-Dieu pour le salut
*.n7 GRANDEURS DR JESUS. - DISC. \\
des hommes ; et se voy.inl on In Divinilt'î pnr n/iissnnrc et par ori^ino de son IN rc élornel, n voulu ôlro en celte liuuiniiité pnr nnissnuco et orij^inc de sa sniiile Mùro. Kt il n ainsi voulu ôtre on un ét/il concspfMidnnl .'i celui .unpii'l il O'.t en la Divinilr, ol ôli-e Fils (le riioinnio en In lorro conuiie il est Fils de Diou nu cicd , ol avoir l'Iiuninnilé pnr lilialion huniaino, coninio il a la diviniliS par (iliaiion divine, el |»orler le inônie nom 'de Fiiscn l'une el eu l'nulr" nnlurc, c'csi-;!- Wlirc el en sn naluro (''Icrncllo etonsn nature • temporelle, 'lanl il prond do [daisir on sa •naissance divine ol ôlernolle, lanl il la veut cx|iriuier el iuiiler on une seconde naissance, tant il la veut honorer cl |tuhlierpar , un nouvol ùlal, et tant il a agr(5al)le oe nom cl «et étal de lilialion qui le consliluo Fils de Dieu nu sein ilu l'èro.el Fils île l'Iionune au sein de sn Moro ! D'où vi«'nl que dans le psaume lxxi, tout ap| ropnéau Messie pai- les rahliins m6mos.au vorsi-l 17, où nous avons: Sit nomen ejus bcncilicdun in sœcitfa, unie solcm pennnnrt nomen rjtis.
La iliclion héhrniquo nous découvre un secret dii^uo do ce mystère, comme le remarque le docte (léiiobrard, lumière de ce siècle, clornomeiil Irès-nccompli do celle célèbre Faculté do l'nris. Car co^grand docleur, expli(juanl ce versol, cl ne trouvant point en latin de nom éncrgi(pie pour exprimer la force de ces paroles liébraï([ues, on forme un nouveau cjui ne peut être traduit en français. Ce qui m'oblige tie l'employer en ce traité, el do lui donner cours sous l'autorité et le saul-conduit de cei auteur excellent, encore qu'il scndjiera un peu étrange à ceux qui recliorcbenl |)lus la délicatesse que l'énergie des paroles. Je dirai donc après lui, que Tliébreu dit, parlant du Messie, où nous avons : 5// notnen ejus henediclum in sœcula, ante solcm permauet nomeiiejus -.aFiliabilur proprie, seu filins erit : Filius appellabitnr nomen ejns,>)i:lc,.El que les anciens Hébreux ont observé (lue ce mot de Fils, inséré en ce texte, est un nom propre du .Messie, cocnme étant le plus beau nom qu'il ail el auquel il se idait le plus. Nom qui marque sa divinité, on laquelle il est Fils de Dieu ; nom (jui maniue son humanité, en laquelle il est Fils de l'iionnue; nom qui marque son origine et sa double origine, qui lui esi bien chère et bien précieuse.
Car il n'est subsistant entre les personnes dirincs ({n'iiu la relation qu'il a comme Fils à son l*ore, loijuel il aime et regarde d'un amour éternel ; et il n'est vivant et subsistant entre les iiommes que par la naissmce qui fonde le rapport ot la relation qu'd a comme Fils h sa très-sainte Mère, laquelle il chérit et aime uniquement comme sa source. unique et son origine en la lerre. Ce nom encore nous marque en ce verseï la naissance du Verbe en l'élernité : Ante solem filiabilur notneyi f/'»<, etc., c'est-à-dire avant que le soleil fùl formé, il a le nom, î'èlre, el la qualité de Fils. Ft il nous marque le temps de sa naissance en la lerre en
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In nn-nuil, avntil l'nurore : yinte solcm filiahilnr notnrn rjns, c'osl h-dire nvnnt ipie le soloil soit lové. Cnr le texte original peut porter l'un et l'nutre sens, et peut Aire np- |iti(pié h In lilialion divine cl à la lilialion liiimaine «lu Messie, et nous apprend fjue c'est son pro[»re d'être fils ; que ce nom t)c lui convient pns par im|)osiiion, commo iilusiours noms attribués nux [tersonnos de la lerre, mni3 (jue c'est un nom qu'il lire do sn nnissnnie et de son origine ; que c'osl un nom qui Obi né nvoc lui, ot nvec lorpiol il est né nvaiit la nnissnnce du soloil : Anle $o- Irm filinbitur nomen ejus, nom qui durera autnnl ot [«lus que lesoleil.
Kl nussi c'est lo nom auguste el sacré sous Icfiuel le Père élornol a (nis plaisir de le ntMis donner et présenter on In terre en nous disant : Jlic est filins meus dilectns. Cnr ce sont los paroles selon lesquelles le l'ère lannoncc el le manifeste lui-môme, el h snint Jean au désort, et aux apôtres en la gloire de la transliguralion, [»ublianl ce nom on l'univers, digne dôlre appris aux hommes par le l'ère éternel, el prédit par son prophète, en ce texte mémoiable, qui nous dit selon l'hébreu : Ante solem filiabitiir nomen ejus , et selon notre version : Ante solcm pcrmanct nomen ejus, elnous exlirime en ces deux termes ditférents, et l'origine et l'étornelle durée de ce nom ; car il durera autant que le soleil, c'est-à-dire une éternité, en laijuelle Jésus sera pour jamais cl Fils de Dieu et Fils de l'homme.
De cette sacrée parole, et do ce nom de Fils ainsi [irojjre au Messie, selon la vérilé de ce texte sacré, nous recueillons une nou- ■velle grandeur de cette naissance humaine et temporelle. Car comme la ftremière émanation et communication de Dieu dans soimême est jiar sa naissance et génération éternelle , aussi la première et suprême émation et communicaiion do Dieu hors do soi-m4me est |)ar cette naissante temporelle, en laquelle lo Fils de Dieu est le Fils de l'homme, cl le Fils de l'homme est Fils de Dieu au sacré mystère de l'Incarnation.
El c'est une grandeur très-remarquable en cette naissance, que de produire en l'univers, et [lOrter à la créature la plus haute communicaiion do Dieu qui puisse être faite hors de lui-mômo. FI que Dieu grand et admirable en ses pensées el en ses conseils sur les enfanls des hommes, ei beaucoup plus en ses pensées et conseils sur son Fils unique, voulant faire la plus grande ot [dus inellable communicaiion de l'Etre divin que puisse recevoir l'être créé, ne choisisse {loinl d'auire voie, pour le donner au monde, que celle humble naissance que nous adorons en la lerre et qui abaisse Dieu pour nous élever, el qui rehausse une substance humaine jusqu'à la subsisience du Verbe. Et qu'une même manière d'émanation donne entrée au Fils de Dieu en la terr.e en la plénitude dos siècles, qui établit le Fils de Dieu dedan-s l'éternité cl lui donne l'être en la divinité. Aliu qu'un même qui
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est Fils de Dieu soit Fils de l'homme, et que lout l'état de filiation propre et naturelle, mais vraiment divine et surnaturelle, soit révéré, consacré et adoré en une même personne, qui est recevant ses deux natures différentes en une môme manière; qui possède ces deux essences, l'une éternelle, l'autre nouvelle, par un môme titre, c'està-dire par naissance; et qui est établie et par naissance en la divinité, et par naissance en l'humanité sacrée, dont il soit béni en la terre et au ciel pour jamais.
IV. De ces grandeurs s'en ensuivent d'autres, et nous allons de grandeurs en grandeurs en contemplant la naissance de Jésus. Car celte naissance humaine est un mystère de vie, puiï'que celui qui est vivant de la part du Père, qui est produit comme vivant par la jjropriété de son émanation, qui est la vraie vie, et qui se nomme lui-même abso- Jument la Vie, et qui est vie et source de vie en soi-même cl hors de soi-même; veut prendre vie en ce mystère pour être notre vie à jamais. C'est un mystère de lumière ; car celui qui est lumière de lumière, qui est émané du Père des lumières, qui est émané de lui comme lumièrej et qui en la propriété de sa personne est la splendeur du Père, étant lumière en son essence et en sa personne, vient par ce mystère au monde pour être la lumière du monde, comme il dit luimême : E<jo lux veni in 7nundum, etc. ( Joan. XII, 46); Ego sum lux mundi. [ Joon. viii, 12.) Kt aussi naît-il avec lumière en plein minuit, et fait son entrée en la terre avec une lumière du ciel éclairant les ténèbres de la nuit, et donnant double lumière aux pasteurs. Et comme en sa mort la lumière du monde s'est obscurcie et s'est convertie en ténèbres, aussi en sa naissance une nouvelle lumière et une lumière extraordinaire au monde a paru éclairant les rois, l'Orient et la Judée; le ciel marquant ainsi et honorant la naissance du Jésus comme naissance d'une nouvelle lumière au monde.
Cette naissance est un mystère de sainteté selon ces paroles angéliques : Quod nascetur ex le sanctum [Luc. i, 35) ; et un mystère de sainteté i)ar excellence, même entre les autres mystères de Jésus. Car il porte et opère en l'univers la plus grande sainteté et la plus éminente sanctification qui soit et qui puisse être, et sur laquelle sont fondées toutes les autres saintetés et sanciiticalions remarquables en la terre et au ciel.
C'est la naissance du Saint des saints, c'est la naissance d'un Dieu-Homme et d'un Homme-Dieu, c'est la naissance de l'ordre et de l'état de l'union hyposlatique, lequel porte hors de Dieu la sainteté la j)lus haute et la plus éminente qui soit possible, et la plus proche de la sainteté sn|)eressentielio de Dieu même, que cet ordre et état suprême enclôt et com[)rend en soi-même comme sa forme et son principe. Or cette sainteté nouvelle en la terre et au ciel, et celte grâce admirable de l'union hypostatique a sa naissance en la naissance de Jésus, et prend "^OH origine en ce mystère ;et d'icelui se dé-
rive et s'étend en tous les autres mystères de Jésus, en tous ses états et en toutes ses œuvres. .Car, h prof)rement parler, les autres mystères du Fils <ie Dieu sont mystères ou d'actions ou de souffrances saintes, mais ce mystère est un mystère de substance, et mystère f)roduisant au monde la substance môme de la sainteté, de laquelle procèdent, et en laquelle reposent ses actions et ses souffrances saintes, et en laquelle subsistent tous les autres états divers et divins qu'il a, soit en la terre, soit au ciel.
Reconnaissons oonc ce mystère comme mystère de vie, comme mystère de lumière, comme mystère de sainteté, comme mystère de substance, et non-seulement d'action ou d'accident; comme mystère desainleté substantielle, de sainteté primitive, de sainteté originale et fondamentale de tous les mystères, de toutes les œuvres, et de tous les états de Jésus. Et recueillons de ce mystère une grâce, une sainteté, une lumière, une vie, une vie de lumière, une lumière de vie en Jésus, comme effets propres et procédant de l'état et de la condition de ce mystère, auquel le Fils de Dieu se va donnant et manifestant au monde. Dont nous voyons qu'en icelui, plus qu'en aucun autre temps, en aucun autre état, en aucun autre mystère de sa vie, il donne vie et connaissance de Inimôine. Car c'est en cette naissance que lès anges l'annoncent, les pasteurs le manifestent, l'étoile le découvre aux mages, les mages le publient en la Judée, le Saint-Esprit le révèle au temjde^ saint Siméon et sainte Anne [Jiophétisent de lui à tous ceux qui attendent la rédemjjtion d'Israël. Et les Ames saintes, désireuses de prendre part à la sainteté, à la vie et à la lumière de Jésus^ doivent recourir à l'efltcace de ce mystère comme à un mystère de sainteté, de vie et de lumière substantielle, ou plutôt supersubslanlielle ; et comme à une source do sainteté de vie et de lumière au monde.
Cette naissance de Jésus a encore une qualité et propriété bien digne de Jésus, et bien digne des précédentes. Car c'est un mystère d'honneur et d'hommage, un mystère de louange et d'adoration à la Divinité par l'humanité subsistante en ce mystère. Pour !e bien entendre, remar(iuons que chaque mystère du Fils de Dieu a quelque cliose de i)ropre et de particulier non-seulement en son etfet, mais aussi en son étal. El que comme sa croix est proprement un mystère de souffrance et d'ex[)iation , aussi sa naissance est proprement un mystère d'offrande et d'adoration. Mystère auquel nous voyons que le Père éternel acquiert tout ensemble un adorateur nouveau et une hostie nouvelle ; car Jésus le [)arfait, le su- ])rême, le divin adorateur, est naissant en ce mystère; et il est naissant comme hostie et hostie de louange, et comme hostie qui reçoit son accom[tlissement dans ce mêuie mystère, et y fait sa fonction et son olHce, rendant louange et adoration au Père éternel. Ces points sont évidents à qui pénètre
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(iUANOKUUS DK JKSLS. — DISC. M, SKCONDE .NAISSANCE DE JESUS.
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fntit soit |»(Mi IV'lMt (lo 00 Iiùs-Ikiiii cl trrshïinililo iiiyslrro. Ml |)Oiir pioic^iler pnr ot- <lr«', en |>iemi«'r liiMi, c'est en ce iny^lèrcî do \(\ iMis>/iiico liiiiiiaiiie de J(''si]>n, cii M.'irie cl de M/iiie, (|iie hi vraie et riiiii(|iie liosli(î du Vi'ir éleiiiel est [irùparée \mr l'iiicnrii.iluiii du N'erhe ( qui se f/iil on (elle n.nis>»ince ), on Irtnl (juc celle liuniaiiilé, (|ui él.inl c.ipable |t'ir sa nature, (îM rendue di^tie par sa sul)^isle^cc d'ôhe une lioslic; de Jowaiij^o et d'adornlion parfaite à la majeslù .suprôuie. Socondeiucnl, c'est en ce niy.slùre (|ue cetle hostie, ainsi choisie cl ain.->i sé(»aréedu commun (les hommes par ht main de Dieu qui s'applupie sini^ulièremenl hialormcrel produire, dans le m^tiie instant (ju'elleest pro- <luile, est consacrée par l'onction de la Divinité cl par l'unifui ineirahle et hyposlali- (jue (|ui se l'ail en celle môme naissance, l'^t on troisième lieu, c'est en ce iiiyslère que l'hostie ainsi choisie cl ainsi consacrée est otn-rtc cl présenlée à Dieu par l'uhlatioii «pie Jésus l'ail de soi-même enlranl au munde, selon le loxlc mémorable de saint Taul. [Ilebr. \, 5 seq.)*-''"- un môme instant et un même mysiore, c'esl-i^-dire le mystère tJe la naissance humaine de Jésus, accomplit el comprentl ces trois points nécessaires à l'élal parlait des hosties en qualité d'hosties. Kl celle hostie divine, au môme instant qu'elle est formée, accomplie el dédiée, accomplit son oHice, le premier instant de sa vie et de sa subsislencc divine élanl le premier instant de son élévation et oblalion au l*ère éternel. El Jésus est adorant d'une adoration nouvelle, d'une adoralion primitive, d'uneadoration divine, d'une ntJoraiion adorable el adorée des anges qui la voient, Jésus, dis-je, est ainsi adorant la Divinité | ar l'humanité, au môme instant qu'd est formé dans le ventre de la très- ^ainle Vierge, cl qu'il fait son entrée au monde.
V. Or, comme ce mystère de la naissance humaine du Fils de Dieu est un mystère d'hommage absolu el universel à la Divinité par riiumanilé déifiée en ce môme mystère, c'est encore un mystère consacré à l'hommage propre et [)arliculier de la naissance éternelle par la naissance lemporclle, et de la tilialion divine |)ar la lilialion humaine. Et cet état de naissance el filiation humaine est un étal vraiment imitant, regardant et adorant la naissance et lilialion éternelle, à laquelle elle a un parfait el divin rapport, comme à son origine cl à son exemplaire. Car Jésus est naissant au sein de la Vierge fiarce qu'il est naissant au sein du Père ; Jésus est fils de l'homme parce qu'il est Fils de Dieu. Et celle humble naissance et lilialion humaine est dérivée d'une source si haule el si |missanle, comme le sein du rèie ; el en la terre elle regarde proprement le Père en qualité de i'ère, el comme engendrant son Fils unique; el est imitant et adorant en la terre, par la jiropriélé de son éiai et de sa condition, une chose si grande, c^uime la génération élernelle, qui est une merveille et une source de merveilles dans OElvres compl. de de Béullle.
l'élernilé. El (romme le Fils de Dieu est tcdleiiienl liK de l'homiue (ju'il sera toujours Fils de l'homme, au•^^i fl-t-il en soi un état permancnl et une (pialilé p<'t|iétuelle, «pii regarde incessn.mriieiÉi la lilialirtn divine comme son (^xcMiiplaire el son origine. Jo supplie lu leilt.'iir d(5 prendre garde (omme j(? ne dis pas seulemeni (pie le Fils de Dieu e>t ad(jranl par ses oropres pensées celte lilialion, mais que je dis (pie par ce mystère il est en un état el a une (pialilé (pii d'elleniômo adore le Pèr(i éternel en (pialilé do Père, el qui adore la naissance divine de son Fils uniijue, el sa lilialion éternelle.
Ce point est grand el mérite d'êlre bien entendu, el est fondé sur une [iroposiiiou grande et universelie, qui doit servir el de fondement à nos discours, cl de règle à nos iiKiiurs : que tout ce qui est jirocédant de Dieu regar(Je Dieu et rend honneur h Dieu. Proposition si véritable, qu'elle a lieu môme es pers(innes divines, lesquelles se regardent el s'honorent muluellemenl; et eu ces relations el regards d'honneur et d'amour esl la subsislencc et la vie de la très-sainte 'l'rinilé. Et si de ce haut élal des processions divines et immanentes nous descendons en la vue des choses issues de Dieu el existantes hors de Dieu môme, il esl facile d'y remar(iuer en toutes la vérité de celle proposition, el de reconnaître (pie ce (|ui est ansi procédant, non de Dieu en Dieu môme, mais de Dieu hors de Dieu, regarde et rend hommage el adoration à Dieu, adorant en sa condition créée les grandeurs de l'Etre incréé.
Ainsi l'ordre des séra|»hins adore par son élal séraphique, qui est un élal d'amour, l'amour incréé dont il esl émané. Ainsi l'ordre des chérubins adore i)ar son élal, qui est un état de lumière, la lumière incréée dont il esl issu. Ainsi l'ordre des trônes adore [>ar son repos el sa stabilité le repos el la stabilité de Dieu en soi-même et en ses propres perfections. Ainsi l'être el la vie des choses existantes el vivantes adore l'être el la vie de Dieu, qui est sa cause et son principe. Ainsi les natures inlellectuelles adorent comme telles la suprême intelligence, qui est Dieu, auquel a^iparlient par essence de se voir et connaître soi-même, et toutes choses en soi. Mais comme toutes les choses créées procèdent de Dieu comme Dieu, el non de Dieu comme Père ou comme Fils, etc., aussi elles ne regardent que l'être essentiel de Dieu, et ne manifeslenl que son essence, et non pas ses personnes ; et par leur condition elles ne renient hommage qu'aux jierfections essentielles et communes des personnes divines, iellement que la naissance éternelle du Fils de Dieu n'avait rien hors de Dieu et dans les créatures proprement affecté h la louer et adorer. Les anges l'adoraient par es[»rit el par connaissance, mais non par étal el condition. Les hommes l'ignoraient en l'obscurité de leur créance. Et chose si grande et si [irincipale en Diea comme la paternité divine el la tilialion divine était sans celle propre et singulière sorte d'hommage^ et de reconnaissance, qui
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gît en pareil hommage à celui que les choses créées reiuiaient aux perfections de la divine essence, j.ar J'état et la condition de leur
être.
Mais il a plu à Dieu d'établir en la terre ce divin mystère de la naissance de Jésus; et [)ar ce moyen il y a en la terre ce qui n'est point au ciel, et entre les hommes ce qui n'est [)oint entre les anges; c'est-h-dire il y a une naissance nouvelle et filiation admirable, qui a cela de propre et de singulier, qu'elle regarde non-seulement l'être essentiel, mais aussi l'être personnel de Dieu. Et cette naissance est seule entre toutes les choses créées qui le regarde, et le regarde en une singulière et éminenle qualité qui n'appartient qu'à elle. Aussi rend-elle hommage, et hommage divin, à l'être personnel du Père engendrant son Fils, à l'être personnel du Fils engendré de son Père, et à la génération divine qui, par celte émanation interne, lie le Père au Fils, et le Fils au Père, d'une résidence très-intime et d'une unité très-adorable. Kt au lieu que les choses créées ne regardent les perfections de Dieu que comme des vestiges, des ombres et des images de choses si divines, ce mystère de Jésus naissant de sa très-sainte Mère, et cette naissance et filiation humaine, regarde et adore chose si grande, si propre et si divine comme les propriétés personnelles, et les regarde en une manière grande. Car elle regarde et adore le Père comme celui qui est son origine et son principe (selon les propos précédents); elle regarde le Fils comme celui qui est son terme et sa subsistence; elle regarde la naissance divine que le Fils a du Père comme celle qui est sa cause et son exemplaire.
VI. Jésus donc porte ainsi en soi-même un étal regardant et adorant son état éternel. Et avant sa naissance, il n'y avait rien, ni en la terre, ni au ciel, qui regardât proprement, qui exprimât parfaitement, et qui honorât divinement le Père comme Père, et son Fils comme Fils, en Tétai de sa naissance divine et de sa filiation éternelle. Et Jésus est seul adorant par son état les personnes et les émanations divines, que les anges adoraient bien au ciel par les actions de leur entendement et volonté, mais non pas de cette sorte d'adoration dont nous parlons, qui est bien diilérente : car nous parlons d'une adoration qui est par étal, et non par action; d'une adoration qui n'est pas simplement éujanante des facultés de l'esprit, et dé|)endante de ses pensées; mais qui est solide, permanente et indépendante des puissances et des actions, et qui est vivement imprimée dans le fond de l'être créé et dans la condition de son état. Et ainsi nous disons qu'avant cette naissance nouvelle, il n'y avait rien qui fût, par soi-même et par sa condition ou naturelle ou personnelle, adorant et rendant hommage à ces divins objets, et qui portât en son origine, en son être et en son état la relation, la marque et l'impression de chose si grande et si haute.
Si la grandeur de celle proposition donne
désir à quelqu'un de la mieuî pénétrer et entendre, je le supplie de consiilérer le fondement solide que nous avons posé, el de remarquer plus d'une fuis cette vérité, que tout ce qui est créé est procédant de Dieu comme Dieu , et non pas de Dieu comme Père , ni de Dieu comme Fils; et que par ainsi tout ce qui est créé regarde et honore l'être essentiel, mais non l'être personnel de Dieu; car l'être personnel, coiume personnel, n'opérant et n'imprimant rien de soi hors de la Divinité, il n'y a rien aussi dans la nature créée qui a{)[)artienne à la distinction, à la pro|)riété et à la singularité des personnes. Et choses si grandes et si émerveillables en la Divinité, comme d'être Père d'un Dieu Fils, et d'être Fils unique cl éternel de Dieu, n'ont rien ni en la terre, ni au ciel, ni dans le temps, ni dans l'éternité, qui les regarde distinctement, et qui rende hommage parla propriété de son état, à la propriété de ces deux f)ersonnes divines, dont l'une est Père, et l'autre est fils. Cela n'appartient qu'à cette seule naissance dérivée de la Vierge, el à l'état heureux et admirable de la maternité dont elle procède; car celte naissance, lilialion et maternité regardent l'être et les propriétés personnelles de Dieu, en regardant le Père éternel, qui, comme Père, donne son Fils à cette humanité; el en regardant ce même Fils, qui, comme Fils de Dieu , se fait Fils de l'homme, el prend sa naissance en cette nature humaine.
Et comme cette seule naissance et la filiation humaine de Jésus regarde ainsi l'être })ersonnel de Dieu comme Père el comme Fils , aussi cet être personnel ne regarde proprement hors de soi-même que cette naissance, en laquelle le Père donne son Verbe, et le Verbe imprime divinement sa propre [)ersonne en notre humanité, et forme une image vive, expresse et glorieuse de sa naissance élernelle, [)ar une naissance temporelle. Et cette nouvelle naissance el filiation est l'unique sujet que le Fils de Dieu, comme Fils, regarde hors de soi-même , et qu'il regarde comme sa vive image el son caractère, qui porte la ressemblance et l'impression de sa substance et de son émanation éternelle. Et, à son exemple, nous devons ainsi contempler et regarder celle naissance el filiation nouvelle comme un fonds rare et précieux, comme un divin sujet, auquel il imprime son ôlre, et représente sa grandeur personnelle. Et comme le Père éternel en son éternité produit son Fils, et, le f)roduisanl , le regarde comme sa vive image et comme celui auquel il communique son essence ; ainsi Ir Fils de Dieu, opérant en ce mystère de l'Incarnation au milieu de la terre, se produit soi-même d'une nouvelle production , en se faisant Fils de l'homme, comme il est Fils de Dieu ; et, se contemplant soi-même en ce mystère, se voit être en un nouvel élat, qui honore son élat éternel el rend hommage à sa naissanc^e divine par sa naissance humaine: ii'aissancG en laquelle à la vérité Dieu s'abaisse pour
GKANhKUUS UK JtStS. — 1)IS(. \l, SI.U)M)i: NAISSANCK I)t JKSLS.
so fairo Fils (le riioinino; mnis eu s'alniis- ^alll il élève, il |j(»iioie, il déilie celle humble nrti>snii(e , el la rend digne d'ôlre suhliiiieinciil , |)ai°taileinenl cl (liviiiuiuenl ndoranle .sa naissance élerrielle.
Nil. >()ilà l'élal de relie humble naisvsaiice devant h.'s veux du Père des lumières ; voilh ,sa eondilion à la vue du c'el et des anges. Klal et cundilion bien liilFùrenls de ee ({ui (tarait aux veux des honnnes , ijui ne voient (^uo choses basses en ( hoso .si grande ; mais c'est la misère de la terre, (jui a robscurilé, l'aveuglement et les ténèbres pour son pailage; c'est leboidieur du ciel , qui a h;s sources vives d<! toute lumière dedans ioi-môme. Kl puisijuc nous recevons du ciel , et non de la terre, cette lumière mémo qui doit éclairer nos }(;ux, c'est du ciel que nous devons recevoir la vraie lumière qui doit éclairer nos esprits. C'est en La lumière du ( iel (ju'il nous faut contempler celui qui vient du ciel, el qui couvre ses grandeurs de nos Iwssesses, ses lumières (ie nos ténèbres, pour être , vivre et Iraiter avec nous. Kn la vue de cet objet, délaissons nos sens, élevons-nous par-dessus nous-mômes , voyons l'état et le comportement du ciel cl des angc's sur celui (jiii prend naissance en la terre; Wt fondent en lerre, ravis par la gramleur, tirés par la [ puissance de ce nouvel oljjei; ils quittent le I ciel pour voir et adorer en terre une grandeur qui n'est point dans le ciel. Ils se rendent suivants et servants en la terre une majesté cachée et inconnue en la terre, et voient beaucoup plus de grandeurs en cette naissance, que nos sens n'y aperçoivent d'abaissements.
Imitons les anges , approchons - nous comme eux de ce divin enfant. Voyons celte lumière nais>anle, maisensa lumière; et nous verrons, comme eux, que celte humble naissance deJésus [trend son origine du sein du I*ère; nous verrons que Ile est une imitation en laterre de la naissance éternelle, et un état appartenant et consacré à l'hommage de la naissance divine; et nous verrons que des causes si hautes et si grandes ne peuvent se terminer et aboutir qu'à choses grandes. Cette naissance donc si haute en son origine, si élevée en son objet , si sublime el si sainte en ses tins; celle naissance, dis-je, qui a pour son principe le sein du Père , pour son exemplaire la naissance éiernelle, pour sa lin d'être un état adorant le Père en la génération de son Fils, et le Fils en son émanation du Père; sera grande en son étal et en ses effets, comme elle est grande en ses causes, en ses lins et en son origine. Aussi voyons-nous que celte naissance se termine à la production d'un Homme-Dieu, et d'un Homme-Dieu , non par grâce, mais par nature; non par opéralion, mais par communication de la Divinité ; non par inhabilation, mais par subsistence ; et non en union, mais en unité de personne. La lumière et la puissance de la nature ne connaît point un plus grand miracle que l'homme. Et aussi Dieu, créant Je monde,
s'est arrêté en sa production, comme au dernier et suprême de ses ceuvres en l'ordre de la naluie. .Mais la lumière et la [)uissance de la giAce, bien jJus élevée que celle de la naliiic, et Dieu môiue , auteur de la nature eldi; la grAri', Dieu. dis-je,en l'élonduc de sa connaissance, de saluiiiieif«'lde ^a puissance, ne (oniialt point un plus grand miracle que rHomme-Dicu, puisuue Dit-u môme est enclos cl compris dans le cercle et la circonft^rence de ce miracle. Les anciens ont emj)lo\é et déployé leur éloquence à célébrer les grandeurs et peifectiofis «le l'homme, et avec raison, puiscjue l'homme est vraiment un grand miracle. Car nous voyons en sa subîlance deux natures très-diirérentes , unies d'une admirable façon : l'une toute spirituelle , qui fait remuer mille choses sans se mouvoir, qui monle au ciel et descend aux abîmes sans charig(;rde place, qui range dans le cabinet de sa mémoire tout le monde, sans qu'il y tienne lieu, qui conjoint tous les Icmjis passés en un sans succession , qui est toute en ce corps, et en ('haque partie de ce corps, comme en son univers, el qui est une image de Dieu et de la souveraineté cl opération de Dieu en la terre; l'autre est corporelle , animale el sensible, par laquelle il vil, il sent, il imagine , et est un abrégé de cet univers en sa structure et en sa comi;osition. Et de ces deux natures unies ensemble résulte un excellent composé, qui a existence comme les éléments, vie comme les plantes, sentiment comme les animaux, et intelligence comme les anges.
C'est le mélange le plus parfait et le plus admirable qui soil en la nature, auquel il semble que Dieu ait voulu faire un abrégé de ses œuvres et réduire au petit pied la grandeur de son univers, ou plutôt faire un nouvel univers et un pelit monde : petit monde qui enclôt avec plus de merveilles toutes les perfections de ce grand univers; petit monde qui porte au milieu de l'univers comme un abrégé de Dieu en l'esprit de l'houime, et un abrégé du monde en la composition et structure admirable de son corps. Et ce mélange si parfait est sans confusion de natures; car chacune demeure différente, et en son essence, et en ses puissances, et en ses opérations; mais elles sont admirablement unies en subsistence, et en l'unité d'une môme personne, composée de deux natures si différentes.
11 me semble en ces pensées que l'homme, qui est à l'image de Dieu, par lequel il est fait, est encore l'image de IHorame-Dieu, par lequel il est refait, et que Dieu, faisant l'homme, faisait comme un prélude du mystère de l'Incarnation. Et c'est pourquoi il s'applique en la production de l'homme d'une autre manière que pour faire ni le ciel, ni laterre, ni aucune partie de cet univers, il entre en son conseil, et en délibère avec soi-même. Il prend entre ses mains une pièce de terre, dont il le veut former; il la l'orme et la moule jiar soi-même, et non psr ses anges. Il y inspire l'esprit de vie, et y
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marque cl imprime son image Irès-parfaile. Il le rend souverain entre ses œuvres, et, lui étant le seul Dieu éternel, invisible et universel, il le met comme un Dieu temporel, visible et particulier au milieu de ses œuvres,
Contemiilant ce procédé de Dieu en la création de l'homme, qui n'admirera le soin particulier qu'il a en ce seul ouvrage, et qui ne s'élonnera de cet abaissement de la grandeur de Dieu, qui se mêle dès lors dans la boue et la fange pour créer l'homme et s'apj)lique au limon de la terre? Mais il passera à un plus grand excès, et il se mêlera plus avant en la fange de la terre : il s'y appliquera, il s'y mêlera, il s'y enfoncera sans fonds et sans rive, et dira un jour cette parole de son prophète : Inftxus sum in Umo profanai, et non esl subs[antia.{Psal. lviii,3.) Car il s'unira de si près au limon de la terre et à la fange de notre nature, qu'il se fera luimême terre et fange : car il se fera chair, et la chair est terre en son issue, en sa substance et en son origine, et Dieu a dit de l'homme : l^erra es, etc., et l'appelle trois fois terre par son prophète. La chair donc est terre i^ar la voix de celui qui a fait et la terre et la chair, et qui a tiré la chair de la terre. Or le Verbe se fait chair, et par conî«équent le Verbe se fait terre, et pour cette raison il se plaît dès la création à prendre la terre entre ses mains, et h manier la terre à iatpielle il veut s'unir et incor|)Oier un jour.
lit aussi me semble-t-il que Dieu,qui voit les choses futures dans les présentes, voyait en cet œuvre de la création celui de l'Incarnation, et se plaisait à penser au second Adam en formant le premier, et à manier de ses mains cette jiièce de terre, d'autant qu'en icelle était cette partie et portion de terre et de substance qu'il voulait un jour vivilierde l'esprit de sa divinité, et unir à soi en lui communiquant et imprimant, non sa semblance, mais son essence, sa subsistence et sa divinité. Aussi y a-t-il un grand rap[)ort entre l'œuvre de la création de l'homnie et celui de l'incarnation du Verbe, comme entre deux excellents œuvres, l'un suprême en l'ordre de nature, l'autre suprême en l'ordre de la grâce. Car comme en ia création de l'homme il y a mélange, il y a mélange aussi en l'incarnaiion, et le grand théologien s'écrie : 0 misturain novam ! a tcmperamentum admirandum ! 0 lempérajuenl admirable lô mélange nouveau! Mélange sans mélange, c'est-à-dire sans l'imperfection du mélange. Comme ce premier mélange est de deux natures, Tune spirituelle, l'autre corporelle, ce second mélange est de deux natures, et bien ()lus différenles, l'une divine, l'autre humaine; l'une créée, l'autre incréée. Comme l'âme et le corps font un composé, qui esl l'homme, aussi de la divinité et de Ihumanité jointes ensemble, résulte un divin composé, qui est Jésui^.
Et comme à l'homme sont appropriées les conditions et actions de ses deux nalure-s dilTérentes, aussi à l'Homme-Dicu, à
notre Emmanuel, sont appropriées les p.erfeclions, les «lualités et actions de ses deux natures, bien que si ditl'érentes. Car Dieu esl homme, e>t mesuré par le temps, est jmssilile, esl mortel, et est soulfranl et mourant en une croix ; et l'homme est Dieu, cal éternel, est impassible, es! inuiioitel, et rend cette hiimaniti' triumpliante, glor{eu>e et immortelle pour jamais, et tous ceux qui lui rendront hon^.mage sur la terre. Connue Dieu a fait en l'homme un abrégé du monde et de soi-même, aussi a-t-il voulu faire en l'Homme-Dieu, en une manière bien plus excellente, un divin coujposé de l'être créé et incréé, un abrégé de soi-même et du mr)nde, ou pour mieux dire, un nouveau monde, cl bien plus excelleni; un monde incomparable, le soutien, le salut, l'appui et la tin du monde. Et en ce monde nouveau, incompalable et divin, il fait non un raccourcissement, mais une étendue et dillusion de ses grantlcurs et |)crfeclions divines, où la profusion et la jilénitude de la Divinité reluit singulièrement et s'y rend également aimable et adorable.
VllI. Plût à Dieu que nous pussions avoir autant d'heur, d'éloquence et de lumière en l'état du christianisme pour célébrer les grandeurs et perfections de l'Homme-Dieu, que les anciens en ont eu en l'état du paganisme pour traiter des excellences de l'homme l Mais il nous faut laisser ce sujet aux esprits du ciel, qui, par l'éminence de leur gloire et lumière, sont dignes de pénétrer les singularités de ce chef-d'œuvre de la grâce et de la nature.
C'est à nous, en la bassesse de la terre, d'honorer en silence la profondité de nos mystères. C'est h nous ci accompagner de sentiments et d'elfcts de piété une foi qui est i)lus forte, plus puissante et plus éloquente en œuvres que non pas en paroles, et qui s'est fait premièrement connaître au monde [)ar œuvres, par miracles, par souffiances, que par discours, [lar sudlsance^^ef par des paroles choisies. C'est à nous, en reconnaissant la grandeur de Jésus, et notre petitesse, de nous contenter de dire en l'humilité et en la simplicité de la foi, que l'homme est Dieu, c'est-à-dire que l'homme est au point le |)lus haut et le plus élevé où la puissance, la sagi'sse et la Ijonlé de Dieu le [juissent établir ; que l'Homme-Dieu esl le centre de toutes les opérations de Dieu hors de soi-uiôme; que l'Homme-Dieu e^t le chef des œuvres du 'J'oul-Puissant ; que l'Homme- Dieu est un divin conii osé, où Dieu emploie, apj)lique et déploie les grandeurs et les peife( lions de sa divinité, de sa majesté, de sa {juissance; comiiosé sans mélange et sans confusion des deux natures, aussi parfaitement conjointes comme si elles étaient mélangées, et aussi proprement consistantes en leurs ])ropriélés naturelles comme si elles étaient disjointes; com()Osé qui a union, mais non unité de natures, et qui a unité, et non pas union de [)ersonnes, mai^ unité de personnes en diversité da natures parfaitement et divinement unies ensemble.
cnvNDF.; us de jesus. — Disc, w, î^koonoe naissance de jesus.
D'où vieiiiMMil les in.Miii'-rcs do p.ult'r usi- {('v.s otilre les l'O-ri's, re<;iM's dniis les iM'oles, piililiiH's dans U-s i luiiit-s : (\\n* l.i n.iliirt- diviiio o»l irn Min(^»' ; (jiio la unliiro luimnitic esl dédire, f|ii<' SCS nciions sont Irum.iincniciil divines el divinement liiitnaines : liunjflines en l.i iialurc pnr ln(]nelle elhîs sont produites, divines en la ptîrNoiine (\u\ les jnodiiil p.ir «ottt! nature. D'où vient enenrc ralliiltulion innt rél(^l»rée en ranliipiilé, cl l« (Oniiiiuniiniion récipeoijue d'idlVls , de (jualilés el de propriùlc^s si dillercnles en un ni^uie Mijel, (pii e-l, (|ui vit et ipii a;;it aussi on tieux natures si (lilU''reiiles, et qui est inuahie en l'une, inuiioahlc en l'aulie; palis>ant en l'une, iinpassihle en l'autre; luorlol en l'une, luiuioi tel en l'autre. D'où vient on somme (|ue l'élal el la vie de Jésus a toujours ses a!»aisscments rehaussés des marques et des enseignes de la Divinité, pour taire connaître la grandeur dc! Dieu en In Ims'^essc de l'iKunme, et l'aire voirau monde (jje, eomme ees deux natures, l'une divine, î autre humaine, sont parfaitement unies en Jésus, aussi en Jésus l'altaissemiMU est joint à la grandeur en tout le cours el en tous les divers étals de sa vie.
J'aime mieux révérer un sujet si haut par un sa; lé silenie, cpic de le profaner par mes conceptions basses et mes faibles paroles. Les retenant donc par révérence et par abaissement profond h ciioses si grandes, laissons parler et écoutons le grave et grand théologien de l'antiquité, (pii les traite dignement, cl qui les repiéscnle avec le poids de sa doctrine cl avec les Ueurs et ornements de son éloquence (19). Le Fils de Dieu est né 5 la vérité, mais il était engendré de toute éternité ; il est né d'une femme, mais d'une femme vierge. Cela est humain, ceci esl divin; ici il est sans père, là il est sans ujère, el l'un et l'autre esl divin. Il a élé }iorlé dans le ventre de sa rnère, mais il a été reconnu par un prophète qui était semblabîemcnl dans le venlre de sa mère, tressaillant devant le \'erbe éternel, [)0ur lequel il était créé. 11 a élé h la vérité emmailloté, mais à sa résurrection il s'est déjiouillé du suaire de sa sé(>ullure. Il a été |)0ié en la crèche, mais il a élé honoré des anges, démontré par l'étoile et adoré des mages. Pourquoi t'oircnses-tu de ce qui se voit, ne considérant pas ce qu'il a de spirituel"? Il a été fugitif en Kgypte, mais il a mis en fuite les erreurs el idolâtries des Egyptiens. Les Juifs ne trouvaient en lui ni grâce ni beauté, mais David le dit être le plus beau d'entre les fils dos hommes; el il est sur la montagne, brillant comme un éclair, el plus lumineux que le soleil, y faisant |)araître quelque échantillon de sa gloire à venir. A la vérité il a été baptisé coumie homme, mais il a rompu les liens du péché coamie Dieu, et nous commande d'avoir conliance en lui, comme en celui qui a vaincu le monde. Il a enduré la faim, mais il a nourri des milliers d'hommes , mais il esl ce pain de
vie, mais il est ce pain descendu du ciel. Il a eu soif, u)ais il a dit <'i haute voix : .S't fiueinn'un n noif, qu'il vienii'' à moi ri f/n'il boive (joan. VII, IH], el il a promis h ceux (pii croiront (|u'il fera sortir d'eux des f(jnlaines deau vive. Il n été lassé du travail, mais il est le rejins do ceux qui sont travaillés (!t chargés. Il a été appesanti du sommed, maii il est léger sur les eaux, mais il commandu aux vents, mais il relève saint Pierre se submergeant dans les eaux. Il paye le tribut, mais |)arun poisson, mais il esl le principe de ceux qui exigent les tributs.
On l'appelle Samaritain, il est tenu pour démoniaque, mais il n^donne la santé h celui ipii, desconiiant de Jérusalem, était tombé entre les tiiains des voleurs; et les diables le reconnaissent cl confessent , cl il les chasse, et lait précipiter en mer des légions d'esprits, et regarde le j)rince des démons lomltant du ciel comme la foudre. Il est lapidé, mais il n'est point alleint ni offensé. Il [)rie, mais aussi il exauce les prières (les ai'trcs. Il jette des larmes, mais il a|»aise nos larmes. Il demande où l'on a mis le Lazare (car il était homme), mais il ressuscite le Lazare de mort à vie, car il était Dieu. Il est vendu à la vérité à lro|»vil prix, pour trente pièces d'argent, el cependant il rachète le monde d'un prix inestimable, c'est-à-dire .lo son projire sang. Il est mené 5 la boucherio comme une pauvre brebis, mais il nourr.t el repaît Israël, et encore tous les jours tout le monde. Il s'est lu comme un agneau, mais lui-mèiue est le Verbe, annoncé par la voix de celui qui criait au désert : Il a parlé nos langueurs el a clé couvert de plaies {Isa. lui, 4), mais il guérit toute plaie, el ùte toute langueur. Il est élevé sur le bois el y est attaché, mais il nous rétablit par le bois de vie, mais il a sauvé le larron jiendant en la croix avec lui, mais il couvre de ténèbres tout ce qui est visible. Il est abreuvé de vinaigre et re|tu de fiel ; et qui esl celui-là? Celui-là mémo qui a changé l'eau en vin el a adouci les eaux amèrcs, lui qui est la douceur même, et l'objet de tous nos désirs. Il donne sa vie, mais il a le [)Ouvoir de la reprendre derechef, mais le voile du temjile est rompu (caries secrets furent lors découverts), mais les pierres se fen<ienl, mais les morts sont ressuscites. Il meurt, mais il donne la vie, el [)ar sa mort i! étoulTe la moit. Il est mis au sé|>ulcre, mais il ressuscite. Il descend aux enfers, mais il en relire les ûmes, el remonte aux cieux, et doit venir juger les vivants et les morts, assisté de ses anges, et assis au trône de sa majesté.
Voilà l'homme que le Père éternel nous a donné en l'excès de son amour, et en l'ex- Irémilj de nos malheurs. Voilà le second Adam bien dilférent du premier. Voilà vraiment l'Adam duquel nous avons besoin en nos misères jiour les guérir, en nos dettes pour les pa.>er, en nos indigences pour les remplir, en nos iniquités pour les effacer, en nos devoirs pour les accomplir. Le pre-
(10) Gkegor Naziaiu., oral. 53, nuxst. 1, De Filio, cl 3 De ttccoloqia
mier était saint îila vérité, mais il n'a guùre persévéré en sa sainteté, et eelui-ci est saint, est toujours saint, et est le Saint des saints. Le premier pouvait ne point pécher, mais le second ne peut pécher, et est impeccable par un si haut principe et un moyen si haut comme est Tunion hypostatiqùe, qui donne en la personne du Verbe îi sa nature humaine, le môme droit qui rend Dieu impeccable. Le premier en sa grâce ne pouvait tirer aucun de ses enfants de l'état du péché, voire d'un seul péché, et du moindre péché; et le second tire les pères et enfants, tire le premier Adam même, qui est source de péché, et nous tire tous hors de péché, et d'autant de péchés qu'il y en pourrait avoir en réternelle durée d'un monde, tant cette source de vie, de grâce, de sainteté est source vive, puissante et eflicace. Le premier Adam n'a point eu le don de stabilité en grâce, ni pour soi, ni pour aucun des siens; mais le second Adam donne à ses élus le don de stabilité et de persévérance,, et les établira un jour dans une sainteté perdurablc h jamais, et les rendra durant toute une éternité tous impeccables à son exemple. Bref, le premier Adam par sa fauie a été cause de la ruine de tous ses enfants, et de la sienne propre, et le second Adam est cause de la vie, de la gloire, de l'immortalité de tous ceux qui le veulent reconnaître et réclamer pour.fjère ; et d'immondes, nous sommes tous nettoyés en lui ; de morts, ressuscites en lui; de cou|)ables, justifiés en lai ; de perdus, sauvés en lui, qui est noire saint, notre vie, notre justice.
Béni soyez-vous, ô grand Dieu, de nous l'avoir donné 1 Béni soyez-vous encore de nous ravoir donné par voie de naissance, afin que par naissance le monde possédât en lui-mêu]e son Sauveur, votre Fils unique, crinsi que vous le possédez en vous-même par naissance I Béni soyez-vous en cette double naissance de votre" Fils unique, naissant en vous et naissant hors de vous; naissant de vous par connaissance en votre sein l)aternel, et naissant j)ar vous et par amour au sein maternel de la Vierge! Béni soyez-vous aux grandeurs et aux abaissements de cette seconde naissance 1 Béni soyez-vous en la puissance adorable de cette humble naissance 1 Puissance humblement, secrètement et divinement cachée dans l'enfance etdans l'impuissance, et dans l'enfance de celui qui Factus est tain parvus ut cderetur a frmina, sed est tam ma(/nus ut non scpnretur a Pâtre. (D. AuG. sermone 52, De diversis ) Puissance qui, dans cette im})uissance, fait un plus grand etfet que dans tous les effets visibles de sa grandeur et de sa [tuissance. Puissance qui, dans celle impuissance, fait le plus grand eiïort à la nature, forme le plus grand état en la grâce, et accomplit le plus grand et le plus éminent ordre qui soit possible au monde. Puissance qui, dans celte impuissance, fait le plus grand elTet de la nature suprême et de la grâce souveraine; c'est-àdire, de la nature de Dieu même, et de la grâce essentielle el incréée ; car l'être, la
puissance, la nature de Dieu ne fait et ne fera jamais aucun œuvre plus grand et plus miraculeux que celui qui est fait par cette naissance; et la grâce essentielle, qui est Dieu même, ne communiquera jamais une plus grande grâce que la grâce personnelle du Verbe éternel subsistant en notre humanité.
Of)uissance adrairablelô puissance heureusement et divinement jointe à l'impuissance I 0 très-puissante el très-adorable impuissance de la naissance et enfance de Jésus, en laquelle nous avons un Homme-Dieu et un Enfant-Dieu ; une Vierge Mère de Dieu, el un accom[)lissement de la paternité du Père au regard de son Fils unique, lui donnant pour un jamais la puissance et autorité sur lui, qu'il n'avait [loint dans son élerniiél Nous adorons une trinité de personnes en la Divinité, mais nous avons à adorer une trinité d'effets et de grandeurs en ce mystère; car la naissance de Jésus agrandit l'homme en le faisant Dieu; agrandit la Vierge en la faisant mère de Dieu ; et si, on peut user en un certain sens de cette parole, elle agrandit le Père éternel en sa couronne, en son état et en l'étendue de son pouvoir, lui donnant puissance, non sur un monde, mais sur le souverain et le Sauveur du monde, son Fils unique, homme et Dieu tout ensemble.
IX. Celte trinité de grandeurs est remarquable en cette œuvre de la Trinili sainte, qui se plaît d'imprimer son vestige, sa marque et son impression dans ses œuvres, à proportion de leur dignité, et qui, opérant celui-ci comme le chef de ses œuvres, y met sa marque particulière en imprimant cette trinité de grandeurs en cette humble naissance de Jésus. De ces trois points, nous avons exposé le i)remier. Besto à déduire comme ce mystère, qui abaisse le Fils de Dieu et agran(iit l'homme, agrandit la Vierge et l'étal du Père éternel, et est vraiment un mystère de grandeurs cachées dans l'abaissement de la naissance et de l'enfance de Jésus.
Pour éclaircir donc le second point et pour honorer de nos pensées un état si digne d'honneur, comme est celui de la maternité de la très-sainte Vierge, état que Dieu honore, et par soi-même et par la naissance et dépendance de son Fils, et par les plus grands effets de sa grâce et puissance : nous avons à considérer comme il y a trois fécondités divines, remarquables dans les secrets et mystères de notre foi. La fécondité du Père éternel engendrant son Fils dedans soi-même, son Fils égal à lui, éternel comme lui et Dieu comme lui. La fécondité du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit, et terminant en la Divinité les émanations divines. La fécondité de la très-sainte Vierge engendrant nouvellemenflc môme Fils unique de Dieu, et produisant un Homme-Dieu au monde.
Ces trois fécondités sont origines de trois processions vraiment el substantiellement divines. et ailmirables : celle du Fils, par la connaissance du Père; celle du Saint-Esprit,
GIlANDKinS DE JKSUS. - DISC. \l, SlX.ONhK NAISSANCE DL JKSL'S.
par l'niiiniir du Vvve et du Fils; et oolle du uiêriie FIIn encore hors le sein du Pure en noire lium.inilé, pnr le sncré mystère «le l'ln(uirn;ilion, (|ui s'acconiitlil nu sein de l.i très-sninlc \ lerj^e r jiroressiun nouvelle, tnnis divine; proression du Kils engendré en sa Mûre vl sorlnnl de sn Mûre; procession fjui se fait par amour, et par l'amour |)er^onnel de la Irès-sainle Trinilé rjui esl le Sainl- Kspril. Car c'est |>ar amour (juo le l'ère envoie son Fils au monde pour s'incarner; c'est [lar amour <jue ce môme Fils se donne et livre au monde par celte naissance; et c'est l'Fspril et In personne d'amour produit par le Père et par le Fils nue le Père et le Fils envoient et emploient à rendre la trèssninle N'ierge fé(onde cl puissante h produire un Monune-Dieu nu monde, alin que l'amour (jui termine la fécondité de Dieu en Dieu môme, termine aussi la fécomlilé la l»lus li.iuie, la |ilus suhlime et la plus divine qui soil hors les émanations inlernes de la Divinité. Kt comme de l'amour du Père et du Fils procède celte personne d'amour, après la(juelle il n'y a point de personne ni do [)rocession en la Trinité, aussi, de l'amour du même l'ère envoyant, et du môme Fils se donnant au monde, procède ce mystère d'amour, qui ne jieul être suivi d'aucun œuvre ou mystère qui le surpasse dans l'état des œuvres do la Divinité; et lequel est si haut, si grand et si divin, qu'il n'y a point (l'œuvre quij'égale, il n'y en peut avoir qui l'excède, et "il n'y en aura jamais qui rapproche que de dislance vraiment intinie.
J'ai dit notamment qu'il y avait trois processions, comme il y avait trois fécondités. Car encore qu'il n'y ait que deux personnes procédantes, l'une procède et nait en deux façons ; et ainsi il y a trois processions, d'autant que la seconde personne procède en deux manières, savoir est par connaissance en la Divinité, et par amour en l'humaliilé. Tellement que cette procession féconde du Verhe éternel est suivante et imitante en la terre la seconde procession éternelle, qui est procession d'amour, et procession du Saint-Esprit. Et ce Irès-haut mystère que nous traitons regarde, imite et honore en deux sens différents les deux processions immanentes et éternelles qui sont en la Divinité : celle du Verbe, comme il est dit amplement ailleurs; celle du Saint-Esprit comme il appert maintenant. Elle Fils unique de Dieu ayant à naître une seconde fois, est naissant par amour en la très-sainte Vierge, de la substance de la Vierge, comme il esi naissant par connaissance au sein du Père, de la substance du Père. Et la Vierge reçoit du Père éternel ce pouvoir admirable, de donner naissance à Dieu en la nature humaine; deilonner un nouvel être à l'Eternel et Immuable; de donner dans le cours des siècles, existence à celui qui est existant en l'éternité; et de donner en la terre vie au Fils, qui est vivant, et était vivant dans le ciel par le Père. Pouvoir que la très-sainte Vierge reçoit du Père éternel, qui la remplit d'une fécondité divine, céleste et admirable,
:ifin<iu'ellc puisse produire en la terre celui (jui est nu ciel, (pi'elle puisse concevoir en son sein relui qui est au sein du Père, et (pi'ello puisse être mère de celui qui a Dieu même pour son Père.
X. Celte fécoinlité de la très-s?inle Vierge est raisonnablement associée et coin|>arée à la fécondité divine : car elle est une imitation parfaite de In fécondif^ que nous adorons en l'Etre divin, comme ilnp|ierl en ce que l'une et l'autre fécondité se t'Tminn & Dieu, et une même personne divine esi lo terme procédant, est le terme accomplissant ces deux sortes d'émanations et générations. dilTérentes, par lesquelles le môme Verbe et même Dieu qui est engendré du Père avant les siècles, est engendré de la Vierge Mario en la plénitude (li;s siècles. D'où vient (jue celte fécondité de la très-sainte Vierge a deux prérogrntives et excellences singulières : car en Jésus, elle se termine au plus grand état qui puisse convenir à la nature créée, c'est-à-dire h l'état de l'union hypostatique ; et en la Vierge elle forme et constitue la plus grande (pjalité et dignité qui puisse convenirù une personne créée, c'està-dire, la qualité et dignité de Mère de Dieu, {)uisqu'elle la rend mère de Jésus qui est Dieu.
De sorte que et la nature créée et la personne créée, c'est-à-dire tout ce qui est remarquable en l'ordre des substances créées, et ce qui le partage en son être, est par l'abaissement de cette naissance élevé conjointement, bien que diversement, au jilus haut point oij un être créé puisse être établi : c'est-à-dire, la nature humaine dans la subsistence divine, et la per>onne humaine dans la maternité divine. Et cette double grandeur de la nature humaine et de la (tersonne humaine qui s'accomplit en ce mystère, est un double effet de cette humble naissance de Jésus en la terre : car Jésus naissant est fils de l'homme et a une vierge |)Our sa mère, et Jésus étant Fils de Dieu, cette vierge est mère de Dieu; mère, dis-je, non simplement d'un homme, qui par après doit être Dieu, mais de cet homme qui est Homme-Dieu au même instant qu'il est conçu. Et ainsi le sacré ventre de la Vierge est lo lieu saint, le temple sacré et le paradis céleste, auquel la |)lénilude de la Divinité habite corporellement ; auquel le Verbe prend naissance et nature humaine ; auquel Dieu se fait homme, et l'homme devient Dieu; et auquel s'accomplit le très -haut mystère de l'Incarnation, et le secret ineffable de l'unité d'une personnedivine en deux natures si différentes : par laquelle unité l'homme est Dieu, le tils de l'homme est Fils de Dieu ; et la Vierge, en qualité de mère de ce lils de l'homme qui est Fils de Dieu, et qui esl Dieii comme son Père, est Mère de Dieu ; qui est la plus grande qualité où puisse être élevée une personne créée.
Ce point mérite un discours à part, et un discours entier, traitant amplement l'élat et les grandeurs, la suite et les effets de celte materuiié divine. Et attendant qu'un plus grand loisir me le permette, disons en peu
ŒLVRKS CO.MlLKTi:SDU CAUi>i:v\L DE CLKLLLE.
de mots que celle maternité de la très sainte Vierge prend son origine, son lustre et son autorité de la paternité divine de celui A qito omnis patcrnilnx in cœlo et in terra nominatnr {E plies, m, 15), car il est père de celui dont la Vierge e.st mère; que comme celte qualité do |)èro nous est divinement rapportée dans les Ecritures, sous ce titre et ce nom adorable de paternité : aussi cette qualité de mère qui adore, qui imite, qui représente le Père éternel, est raisonnablement ex|)rimée [)ar ce titre honorable delà maternitédivine ; que comme tonleles merveilles de la naissance divine du Fils de Dieu sont encloses en la [)alernité divine, comme en leur centre et en leur origine , aussi les merveilles de !a naissance humaine de ce même Fils de Dieu sont comprises en la inaternité divine, comme au point et en l'origine d'où elles naissent, et où elles se rapportent. Disons en somme, que cette maternité est une qualité si haute et siéminente qu'elle ne regarde que Dieu au-dessus de soi, et tout le reste bien inférieur à soi; que c'est une qualité si sainte, qu'elle suppose une grâce toute singulière, un comble de grâce, et une grâce toute pleine de privilèges ; que c'est une qualité si rare, qu'elle est unique en la terre et au ciel : car la terre jiorte plusieurs enfants adoptifs de Dieu, et ie ciel est rem[)li de saints et d'anges qui sont enfants de Dieu ; mais le ciel et la terre ne porlent qu'une Mère de Dieu. Elleest unique et singulière en cette qualité, comme il n'y a qu'un Fils unique de Dieu au monde : et comme il n'y a entre les |)ersonnes (ii\ines qu'une personne incréée qui porte la qualité de Père , aussi entre toutes les personnes créées établies en l'ordre de nature, de grâce et de gloire en la terre et au ciel , il n'y a qu'une personne créée, il n'y a que Marie qui ait la qualité de mère au'' regard de Dieu, et qui soit mère de celui dont Dieu est père.
Qualité si haute, si rare et si sainte, que Il -us ne la pouvons assez admirer; qualité si divine, qu'elle approche Dieu de si près, et l'approche tellement en qualité de mère, qu'elle le conçoit, le conlieni, le porte, et l'engendre en soi-même, et liors de soimême, le donnant au monde : et le donnant conjointeiuent avec le Père éternel, comme mère (si à raison do l'unité de personne du même Fils, l'usage de ce terme nous est permis), mère par indivis de celui dont il est éternellement père.
Que dirai-je de vous,ô Vierge sainte?Dieu vous fait mère de celuidont il est père! Dieu vous élève, et en la terre il vous fait mèresans père de celui dont il est au ciel le père sans mèrel Dieu vous associe avec soi-même au ]>lus grand de ses œuvres : en la seconde émanation et génération de son Fils , en l'incarnation de son Verbe , en la naissance de Jésus; et vous associe avdc soi d'une société SI noble et si grande, qu'en la face du ciel et de la terre, comme [»ar un respect et honneur incomparable, il rend le plus grand de ses œuvres cl le plus haut de ses divs-
tères , c'est-à-dire l'Incarnation, dépendant de votre consentement.
Il demande, il attend, il reçoit ce consentement par le rapport de son ange. Il n'accomplit sa volonté, et sa volonté la plus haute et la plus grande qu'il aura jamais, qu'après qu'il aura reçu le témoignage de votre volonté adhérente à ce sien vouloir. 11 attend celle humble parole: Ecce ancilla Domini, et ce puissant l'iat de votre itouche. ( Z.(/c. I, 38.) Fiat beaucoup plus puissant en son issue et en son etfet (pic celui que Dieu a prononcé en la création do l'univers; car si celui-là lors a fait lemonde, celui-ci maintenant fait l'auteur du monde. Que dirai-je de vous, ô Vierge sainte ? Vous entrez en votre néant lorsque Dieu vous élève à ses grandeurs I Vous vous déclarez servante de celui dont il veut que vous soyez mèrel et en cet abaissement vous donnez votre consentement au vouloir du Père éternel entre les mains de l'ange, et vous concevez le Très-Haut au très-grand acte de votre humililé! Ce consentement ainsi donné, ainsi rapporté et ainsi accepté du Père éternel, j)ar la puissance du Très- Haut, vous êtes mère de Jésus; vous êtes le paradis du second Adam; vous êtes le temple animé de Dieu incarné ; vous êles l'ample habitation de celui qui est incompréhensible I Qualités grandes, pouvoirs admirables, efl'ets rares et singuliers! Et toutefois choses si grandes et si divines sont les suites et les effets d'une chose si basse comme l'humble naissance de Jésus en la terre et en la crèche. Car si Dieu n'était j)oint enfant et naissant de la Vierge, ce grand état et cette qualité rare de Mère de Dieu ne serait point au monde.
Et partant, l'état le plus grand qui soit absolument dans le ressort de la souveraineté et puissance du Fils de Dieu incarné, n'est et ne subsiste que par cette humble naissance ; c'est à savoir l'état et la qualité de Mère de Dieu. Car s'il n'est pas fils, elle n'est pas mère, et il n'est tils que par cette humble naissance et eni'ance qui le rend nis de l'homme, fils de la Vierge, comme il est Fils de Dieu, Fils du Père éternel. Que si le Verbe n'était point incarné, ou si le divin mystère de l'Incarnation s'accomplissait I)ar voie de grandeur et de puissance, et non |)as de naissance et d'enfance, ou Jésus ne serait point au monde, ou bien Jésus, Fils Je Dieu, ne serait jioini (ils de l'homme; et la Vierge'ne serait point la Mère de Jésus, Fils de Dieu et Dieu en sa personne. Et par ainsi cette qualité de Mère de Dieu n'a son existence que dans le mysièrc de l'Incarnation et a sa dépendance dans le Veibe incainé, et dans le N'crbe incarné par naissance. Donc celte humble naissance qui se l'ait en la terre, en Nazareth, en la crèche, établit celle grande et éuiinenle qualité de .Mère de Dieu, et est la source et l'origine de la grâce et apanage adjoint à cette (pialilé;et |»ar ainsi la plus grande émanation de grâce |)rocédante de Jésus, issue de son amour, méritée par su croix, cominuni(iuéepar sa l'uissance,
37t (.[;V.M)I.LI.S Dt JtSlS. - DISC. M
qui csl la Rrâco ndjoiiito cl nVservu'.'î» In qualité île Mèro (le Dieu, ne ser.iil l'oiiil cxisl.'tiile dans les liésois de In puis^Hniiî de Jé.Mis et dnns l\M'ilre nccoiiiiili de sa giAco el de sa gloire, el le N'erbc incnriié scinil privé drj |)liis haut iMiiiil de sr)n éUil, du plus Ixmii ileuroii do sn couroruie el de l<i plus émiiioiile dif^uilé qui rclùve de sa piii.ssnrico.
\l. lleconnaissons doue (|ue chose si grande, si linulo el si inliuic h Jé^us, comme la (jualilé de Mèro de Dicni, e^l dé- IK'ndanlc el adhérente h sou huuihle naissance, ce qui me lail admirer davanlage la puissance de Jésus au niNslèrede sa naissance, que la pui>sance de Jésus au mjslèro de sa croix, (^ar en soulFranl el en mouranl i1 a fait des erdants a.loplit's; mais en nais^anl il lail une Mère de Dieu, (jui on léunnence tie sa (jualilé et en l'excès de ses
f; Ares, |iorie une dij^nité plus grande, plus laule el plus conjointe .^ Dieu ipje celle (jui est comprise dans Icjut l'étal el dans l'élen- <lue de la lilialiot» ad(tplive. O puissance admirable de l'huiid^le entame et naissance de Jésus 1 O puissance adinirahie de (Olto im})uissance de l'enfant Jésus, (pii, se faisant petit el enfant, fait le plus grand etfel et le plus grand état qui soit eu l'ordre de la nature, de la i^râce et de la gloire, en tant qu'il forme el établit l'ordre el l'état de Mère de Dieu, el par consétjuenl établit celle sorte de grûce et gloire excellenle (pji convient dignement et est jiropre à celle que Dieu m^me rend digne Mère de Dieu 1 ordre distinct cl séparé de tous les or(Jres qui .sont entre les anges et entre les saints ; ordre (ju'elle remplit seule et au(juel elle est uni(|ue, cimme le Fils de Dieu est unique en l'ordre et en l'état de l'union hypostatiqiie; ordre qui contient une plus grande grûce et gloire que celle qui est couq>rise dans tous les ordres du ciel el dans tous les états des esprits bienheureux ; ordre le plus excellenl qui puisse èlie a[»rès l'ordre et la dignité suprême de l'union hypostatique réservée au Fils unique de Dieu; ordre ijui suit de près cette union divine et personnelle (jui a ses fondements en elle et qui lui est conjoint pour jamais.
Mais comme c'est par sa seule [tuissance, et non par impuissance, que Dieu se fait
telil, c'est par puissance (ju'il se fait iiumle, c'est par puissance (juil se fait naissant et enfant ; c'e^t par puissance qu'il pàtit, (ju'il gémit el qu'il est enveloppé de bandelettes. Aussi dans ses abaissements et im- |tuissances il y a une puissance secrète el admirable. El s'il mest [lermis de comjjarer ce qui est incomparable, il me semble que je trouve el adore une {)lus grande puissante en sa naissance (ju'en sa soulfraiice, en la crèche qu'en la croix, en Nazareth qu'au (Calvaire. Car la [)uissance du Calvaire et de Id croix fait des enfants adoptifs de Dieu , 1 ais r4Buvre el la puissance de Nazareth et de retable de Bethléem f.iil une Mère de Dieu au monde. Fl si le Fils de Dieu eût voulu être el soulfrir au monde sans y |>rendre naissaiicc d'une femme, il y "aurait
. SECONDE NMSSANCK DK JESUS. S78
dos enfants de Dieu, irais il n'v aurait |)oinl de Mère de I)ieu rn la terre ni nu ciel. Ne séparons point en nos pensées ce ([ue Dieu a conjoint en ses elfets. Bénis-ons celui (jui a voulu naître el soulfrir tout enscîulile, el voulu cotijoindro en sa |)ro|>ie personne ces deux pouvoirs divins secrètement cachés (lar)s limiiuissance el dans l'abaissement de sa mort el de sa naissan-e; el servons, aimons, adorons Dieu moit et Dieu naissant pour notre amour au monde.
En ces pensées, ô \ierge bienheureuse, 6 Vierge sainte, nous reorinaissons trois séjours el habitations singulières du V<'ibe divin: l'une au sein palernel de toute éternité, l'autre au sein maternel, en la plémlude des siècles, el la troisième, en notre humanité pour toute éternité. Et réservant à une autrefois les autres séjours du Verbe divin, adorons lo en votre sein et vos lianes j»ar ce mystère ; conlenqilons les secrets qui se ()assent eu vous el en votre corps immaculé, ô Vierge sainte! car Dieu veut ôlre et liabiteren vous d'une façon érninenle cl singulière, distincte de celle*(i<«r laquelle il habite en la terre el au ciel, en la grûce el en la gloire. Et il veut habiter en vous par le sacré mystère de l'iucarnation , el il veut être avec vous selon celte parole de l'ange : Dominus tncum, et par vous avec nous; car en vous il s'allie h notre iiumanilé, el par vous il se fait homme, et habite entre les hommes.
Pénétrons ceci, et voyons comme en un mystère il y a trois mystères, tant il est fécond , el comme en la naissance de Jl-sus, naissent trois alliances signalées el importantes du Verbe éternel : celle de ia nature divine avec la nature humaine, en laquelle il se fait homme ; celle de !a personne divine du \'erbe éternel à la persoime humaine de la très-sainte Vierge, en laquelle il l'a faite sa mère en se faisant son lils, el par conséquent s'est fait tils de l'honjme; celle qu'il veut avoir avec nous el tout le geni-e liumain, en laquelle il se fait le rédempteur des hommes, en prenant une chair dérivée de nous, une chair send)lable à la notre, une chair sendjlable h la chair du péché, uns chair [lassible et mortelle, en laquelle il est la victime des hommes. Par la première alliance Dieuest homme, et l'hoiume est Dieu ; par la seconde le Fils de Dieu est tils de l'homme, el le fils de l'homme est Fils de Dieu ; par la troi^ièm", le Fils de Dieu et de l'homme est la victime des hommes, et l'Agneau de Dieu eîfaçant les jtéchés du monde.
Ces trois points, ces trois états et ces trois alliances sont distinctes et dilférentes l'une de l'autre : car Dieu pouvait ne se faire pas homme; Dieu [louvait être hommo sans être fils de l'homme; Dieu pouvait prendre naissance et se faire lils de l'homme sans [lûlir el mourir [»our les hommes. Mais son amour l'a porté à ces excès, el il a voulu se faire homme, lils de l'ho mue, et la victime des hommes. Et en vous, o Vierge sainte, il a voulu conlraclçr toutes ces alliances. Car c'est en vous qu'il i-renJ l'hu-
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
innnité cl se fait homme; c'est en vous et de vous qii'il se fait fils de l'homme ; c'est en vous et de vous qu'il prend cotte chair en laquelle il veut pâtir et mourir pou ries ho m mes; c."est en vous qu'il reçoit l'ordonnanre du Père éternel de souffrir et mourir pour les hommes ; et c'est en vous et en vos flancs qu'il a accepté ce vouloir et cette ordonnance du Père, et qu'il a fait la [)remière offrande et ohiation de soi-même h la croix et h la mort : oblalion commencée en vous et en vos entrailles, comme en un temple sacré, et sacré par Jésus même vivant en vous et de vous; ohiation non jamais interrompue, jusqu'à ce qu'elle ait été effectuée et consommée au Calvaire ; oblalion qui est accom|>lie vous étant présente et assistante à la croix, afin que la [iremiôre et la dernière ohiation de Jésus soit honorée de votre présence et assistance, et que, comme elle a commencé en vous, elle se termine auprès de vous : car aussi elle se consomme et accomplit en ce corps précieux qui est tiré de vous, et qui a fait partie de votre substance, et qui vous est beaucoup plus chère et précieuse en Jésus qu'elle n'était en vousmême, et que ce n'est pasce corps saintet vénérable que vous animez, et duquel celui-ci 8 été tiré par la toute-puissance de la Divinité.
O corps toujours saint, toujours vénérable 1 ô corps faisant auparavant |)artie du corps de Marie, et maintenant corps animé de l'esprit de Jésus! ô cor|)s saint en vous, mais source de sainteté en Jésus 1 ô substance pure et immaculée en vous, mais origine de pureté en Jésus! ô corps sanctifié en vous, mais déifié en Jésus ! ô corps vénérable en vous, mais adorable en Jésus! ô corps aimé de vous, et vraiment aimable en tant qu'il faisait [)artie de vous, et était animé de l'àme la plus sainte qui fût au monde; mais bien autrement aimé de vous lorsqu'il est animé de Jésus et vivifié de l'esprit de sa divinité l Ce corps est toujours saint, toujours pur, toujours vôtre; mais beaucoup plus saint, beaucoup plus pur, l)eaucoup plus vôtre quand il est corps du Verbe divin, que quand il est partie de votre cor[)s. En ce corps ainsi vôtre et ainsi divin, Jésus fait et consomme son ohiation en la croix, et vous conspirez d'es|)rit, d'amour et de souffrance en cette oblalion, souffrant par esprit, par amour et par piété ce qu'il souffre par le fer, par la lance et parla croix.
Mais laissant la croix et le Calvaire pour une autre fois, et retournant en Nazareth et en la crèche, que dirai-je de vous, ô Vierge sainte, et des secrets qui se sont passés en vous? Que dirai-je de vous, et de l'état heureux et i)ermanent à toute éternité, auquel vous entrez par cette humble naissance (le Jésus , de Jésus, dis-je, naissant en vous et unissant de vous? Vous portez en vousmême celui qui ()orte toute chose, vous contenez celui qui contient tout, et vous avez enclos en vous l'incompréhensible!
Celui qui est tout habile en vous et fait partie de vous-même ; car rcnfant enclos
dans le ventre de la mère fait partie de la mère, vit de la substance de la mère ; et par ainsi, ô merveille 1 ô abîme! celui qui est résident au Père éternel est résidant en vous ; celui qui vit en son Père de la substance du Père, vit en vous, et vit de votre substance; celui qui est en son Père sans être [lartie du Père, est en vous et fait partie de vous : et vous, comme partageant avec le Père éternel, vous avez par indivis avec lui celui-là môme pour votrefilsquiaDieu pour son père. O grandeur suprême! ô dignité infinie! ô amour incomparable ! ô société très-aimable ! ô privante ineffable! que vous approchiez, ô Vierge sainte, et de si près, la Divinité, que vous l'apiirochiez si honorablement et familièrement, si amoureusement et divinement !
Car qu'y a-t-il de plus intime et de plus conjoint au fils que la mère, et au Fils de Dieu que la Mère de Dieu, qui le conçoit dans soi-même, qui le porte dans ses entrailles, qui l'enclôt et comprend en soi, comme partie et partie si noble de soi ; voire la partie la plus noble de soi-même? Car l'état de Mère a ce privilège en la nature, d'avoir et de porter double esprit, double cœur, double vie en un même corps. Et l'état de mère de Dieu donne ce privilège à la Vierge jiar nature et par grâce, d'avoir Jésus en soi, et de l'avoir comme partie noble de soi, et d'avoir l'esprit, le cœur et la vie de Jésus si intimes, si conjoints à son esprit, à son cœur et à sa vie, qu'il est l'esfirit de son esprit, le cœur de son cœur, et la vie de sa vie. O grandeur! ô excès! ô abîme! ô excès de grandeurs! ô abîme de merveilles 1 Vous donnez vie à Jésus, car il est votre fils ; vous recevez vie de Jésus, car il est votre Dieu, et vous êtes ainsi donnant et recevant vie tout ensemble. Et comme le Verbe divin est recevant et donnant tout ensemble, être, vie et gloire en l'éterniié, larecevant duPère, la donnant au Saint- Esprit : ainsi vous, ô Vierge sainte, qui avez l'honneur d'être la Mère du Verbe incarné; vous, dis-je, à son exemple et imitation, vous êtes recevant et donnant vie tout ensemble : vous êtes donnant vie à Jésus, et recevant vie de Jésus ; vous donnez vie à Jésus, animant de votre cœur et de votre esprit le cœur et l'esprit de Jésus, et vous recevez du cœur et du corps de Jésus vivant et résidant en vous, vie en votre cœur, en votre corps et en votre esprit tout ensemble.
Xli. .Mais je découvre un secret bien plus grand, et un point plus [)rofond, plus étrange et plus admirable. L'oserait-on penser? l'oserait-on proférer? Eloquar in silcam?
Les esprits qui s'offensent de la piété et dévotion proposée envers la Mère de Dieu le pourront-ils porter? ou bien faut-il pour les Ames faibles en vertu et en lumière, omettre les vérités hautes et grandes, et en priver les âmes fortes et capables d'adorer Dieu en ^es secrets, eu ses grandeurs et en
CRANDKURS DE JESUS.