DIS<:. XI. SECONDE NAISSANCE DE JKSUS
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.SOS mervcillos? Disons t-lonc rprcncn flux et rt'Hiiï nckiiir.ihlcile vie old'ntiKMii- (|ui csten- Ire Jésus ol M.iric. «Milrecosdcnx pi'rsnnncssi noliles cl si cunjoiiilt^s.rl les |tlusiiohlos elles pFus(()njoiiilesn|irùs les |totsoniies(liviticscl élernolles, cl conjoiiiles iliviiKMiKMil en l'éml <le l'iuimide et sccrùle nnissanci.'de JésDs en 1.1 Vierge; la N'ierije, comtrie mûre, dcinno vie à Jt^iis, ei en I eii^etulrnnl cl concevant, elle lui donne une vie rerue et fondée en rcTistence et sutisislenco incréée. Vie infOin|inral>leinenl |»lu> liaule et plus divine que n'est pas celle ijuelle reçoit de Jésus niôuie. Car elle intervient h l'union de la Divniilé avec l'Iiuinanilé; elle donne vie huuiaiiicnuMit divine à Jésus; elle donne vio nouvelle h Dieu ; elle fait (pie Dieu est lioniine, et riioniine e>t Dieu. Klle engendre un vivant, divinement viv.uit et divincmentsuhsi: tant, fpii est Dieu ; elle [)roduit au monde la vie d'un Homme-Dieu, et de sa substance elle conçoit, elle nourrit, elle enfante Dieu en soi-mômc et en l'univers,' et ainsi son opération se termine h un Homme-Dieu, puisqu'elle est .Mère de Dieu. Au lieu que Jésus vivant et opérant en Marie lui donne une vie très-haute cl très-suhlime à la vérité ; mais vie de grâce, qui est une qualité et non pas une substance et vie d'une ()ersonne sainte, et très-sainte ; mais d'une (>ersonne humaine, et non pas divine et incréée, comme est son Fils unique. Et cette présence et opération de Jésus en la Vierge, se termine en elle à former l'état de Mère de Dieu, qui est un état bien intérieur et sabordormé à l'état de l'Homme-Dieu, que la Vierge élevée par l'opération du Saint-Ksprit, établit et lorme par celte naissance. Et par conséquent Jésus donne à la Vierge une vie moindre en la grâce et en la gloire, que n*est pas celte vie grande et admirable que la Vierge a produite, lorsqu'elle a conçu, incarné et enfanté le Fils de Dieu au monde. Recueillons ces grandeurs et ces délices cachées en la Vierge, et en ces deux états conjoints de naissance et de maternité divine , et disons que celte malernilé de la Vierge em[)orle et contient deux naissances de Jésus, et que chacune a ses grandeurs, ses [iriviléges et ses suavités distinctes : la naissance en la Vierge, et la naissance hors de la Vierge ; et toutes deux ne font qu'une naissance complèle et [)arfaile en ces deux points et instants ditférents, et composent l'étal heureux et divin de la maternité que la Vierge a au regard de Dieu. La naissance en la Vierge est intérieure, et l'Ecrilure l'exprime en ces |>aroles : Quod in ea natitm esl. (Matth. i, 10.) La naissance hors de la Vierge est extérieure, et le symbole l'exjii ime en cette façon : Qui natus ex Maria Mrgine. La naissance en la Vierge s'accomplit en Nazarelb, ai>rès la légation de l'ange. La naissance hors de la Vierge s'accomplit en Bethléem, neiifmois après qu'elle a conçu le Fils de Dieu en son ventre. En la naissance intérieure la Vierge est recevant le Verbe éternel du sein du Père en son sein virginal pour s'incarner. En la naissance
extérieure elle est |)roduisanl hors de son sein, et donnant le V»'rbe incarné au monde. En la première, le Père lui donne son Fils; en la seconde, elh; donne le Fils du Père ©«i monde. En la premièce elle a *«on esprit élfr- V»', ap|iliqiié cl adhérant au Père, au \ erf? et au Saint- Esprit : au Père, qui lui donne son Fils; au Fils, rpii so donne soi-mômc \ elle ; au Sainl-Esprif, qui l'.qiproche, f|ui f» prépare, qui l'environne, qui l'élève à uno si haute piiissamo «-t opération.
Et comme le \'erbe e>t en elle d'une façor> distincte et singulière, et propre à la condition de ce mystère, elle esl aussi adliéranle singulièrement au ^'e^be, comme voulant ôlre à elle, et prenant d'elle une nouvelle substance iiour s'incarner en elle, et ôlre désormais chair de sa chair, et os de ses os. En la seconde elle est adhérante au Père éternel, et au vouloir du Père à donner son Fils au monde: elle est adhérante au Fils, el à son vouloir de naître au monde, et par le seul elfort de cet amour el vouloir du Père el ilu Fils, sans effort en la nature, sans intérêt du Fils et de la Mère, el, comm^ dit élégamment un grand auteur. Sine contumelia nalurœ. (D. Cypr.) Et ainsi Jésus est naissant au monde en une manière digfM> de la Mère et du Fils, en une manière digne de sa naissance éternelle, et en une manière digne encore de sa naissance intérieure faite par l'opération du Saint-Esprit au ventre sacré de la très-sainte Vierge.
Ainsi Jésus naissant en notre humanité a double naissance de la Vierge : naissance de !a Vierge en la Vierge en Nazareth , naissance de la Vierge hors de la Vierge en Bethléem; l'une et l'autre toute divine, toute pleine de merveilles, toute pleine de grâces et de délices, toute pleine de grandeur^ par la grandeur cachée en l'abaissement de celui qui se fait si petit |)Our nous faire grands, qui se fait enfant |)Our nous faire dieux. La naissance extérieure en Bethléem se fait avec bruit et éclat; l'ange la publie aux pasteurs, l'étoile aux rois, les rois à la Judée, el la capitale de Judée en e?t émue. La naissance intérieure se passe sans éclat et sans bruit au monde, se passe entre le Saint-Esprit, l'ange el la Vierge, en l'iniime de son cœur, au sei ret de son sein, au cabinet de Nazareth, tout le reslede la terre ignorant ce mystère, et Joseph même, qui toutefois est un ange en ta terre, choisi en la terre pour être le seul |iarlicipanl à ce grand conseil, le tuteur du Fils, l'époux de la mère, le chef de la famille et de la maison du Père éternel en la terre, el duquel nous dil le pro[)hèle: Consdliiit eum dominum domus suœ, elprincipeinomnia possessionis suœ {Psal. civ, 21); comme éiant établi de Dieu en puissance et principauté, et son lieutenant sur la [lartie la plus noble de son Etat el de son empire; car le plus noble emi'irc du Père éternel, c'est Jésus et Marie, et Joseph a puis>ance sur l'un et sur l'autre par le vouloir du Père. Et toutefois cet ange, ce prince, cet é;'0ux,ce tuteur du Fils et de la Mère de Dieu, n'o^l point appelé au secret de celte
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
naissance intérieure de Jésus. Secret qui adore le secret de la naissance (îlornelJe, comme la résidence intime du Fils en la Mère par cette naissance intérieure, va adorant la résidenre intime du Fils au Père |)ar Ja naissance divine.
Et dès lors la Vierge porte en elle-même un plus grand œuvre, un |)lus grand état, un plus grand ordre, une plus grande gloire et une vie plus haute et plus divine que celle, que Dieu a établie dins le ciel, étant ellemême un ciel plus glorieux, un temple pliis sacré, un ])aradis plus délicieux, une demeure plus auguste que le ciel même : car Jésus est en elle, et non pas au ciel ;Dieii incarné est en elle, et non pas au ciel; la vie (le Jésus, qui <;st et se nomme vie, est en elle, et non pas au ciel ; la gloire de Jésus est en elle, et non pas dans le ciel : gloire dès lors plus grande que la gloire des anges qui étaient au ciel, et (jue la gloire des hommes et des anges ensemble pour un jamais. Dès lors la A'ierge [losséda en ellemême celui que le Père éternel possède en soi-même.
Dès lors, ô Vierge, comme partageant avec le Père éternel, vous avez, par indivis, celui-là même pour fils qui a Dieu pour son Père. Je dis par indivis, car le Saint- Esprit, Dieu comme le Fils et Dieu connue le Père, n'a pas la qualité de Père au regard de celui qui vous tient et honore comme sa mère, ô Vierge sainte, ô Mère sacrée, ô épouse du Père, ô fille, ô servan'e, ô Mèie de Dieu tout ensemble! En cet humble et secret et 't de Jésus unissant île vous en vous par sa naissance première et intérieure, vous possédez Jésus et vous êtes possétlée de Jésus. Je dis jdus, vous êtes seule en la terre possédée de Jésus, et vous êtes seule possédant Jésus. Vous êtes seule [)Ossédant l"amour du Père, le trésor du Saint-Esprit, le secret du ciel, [les délices du [laïadis, la liesse des anges, le prix des hommes, le désiré des nations, le salut du monde, la gloire de l'univers.
O Vierge sainte, divine et heureuse, Jésus est en vous, le Seigneur est avec vous; Dieu est en vous, et en vous est caché le Dieu d'Israël et le Sauveur du monde. O secret adorable, ô p.ré^ence favorable 1 0 société honorable, ô communication précieuse 1
0 intimité délicieuse, ô possession heureuse I Ohl que de secrets, oh! que d'effets, oh! que de merveilles entre le fils et la mère seuls liés l'un à l'autre, seuls vivant l'un à l'autre, seuls conversant l'un avec l'autre! Oh! (}ue ce séjour de neuf mois est bénit,|est sacré et rempli de grâces et d'elfets mutuels, n'y ayant un seul moment de tout cet intervalle sans opération singulière, sans application délicieuse, sans infiuence rare! O mystère de secret, de silence et de solitude! car il s'accomplit ainsi et doit être contemplé ainsi. 0 mystère d'amour et de délices, et de délices du ciel! Car et le fils et la mère sont en cet étal mutuel et réciproque par le dessein du ciel, par ia vertu du ciel et par
1 oi.ération du ciel. O mwslère d'honneur et
d'hommage aux grandeurs de l'éternité! car la |)alernilé divine est adorée par cette maternité ; le secret de la naissance éternelle par le secret de cette naissance temporelle; la résiilence du Fils au Père par la résidence du fils en la mère. O mystère de grandeur et dignité incomparable !0 Mère de Jésus I vous entrez en ce moment en l'état heureus et élevé de la maternité; vous engendrez celui que le Père éternel engendre de toute éternité; vous l'cng "ndrez en vous comme il l'engendre en soi; vous l'engendrez de vous et de votre substance, connue il l'engendre et produit de sa même sul)stance; et vous n'êtes pas un seul moment sans le droit de puissance maternelle sur lui, et le Père éternel a été une éternité sans pouvoir et autorité sur son Fils, car il est égal h lui. Et c'est vous qui lui donnant une nouvelle naissan(;e, donnez commencement au pouvoir du Père vers le Fils, parce qu'en engendrant ce Fils et lui donnant une nouvelîs nature, vous le mettez en état auquel le i'ère puisse exercer son pouvoir sur lui.
F]t avant cette naissance, le Père est sans pouvoir sur lui, car en l'éterp.ité il l'engendre comme Fils, mais il l'engendre comme Dieu, égal h lui et indépendant comme lui. Tellement que s'il est durant une éternité le Fils du Père avant d'être le fils de la mère, il n'est pas Fils sujet au Père avant d'être fils sujet à Marie ; car un même point cl un même instant donne sujet et commencement à l'auiorité de Marie et à l'autorité du Père éternel sur son Fils nouvellement naissant. O grandeur de celte humble naissance! ô société honorable de la Vierge et du Père éternel au point de leur autorité sur Jésus I
Ne respecterons-nous pas deux pouvoirs si conjoints? Ne servirons-nous pas, bien que différemment, et la majesté du Père, et la majesté de la mère, deux majestés si saintes, si semblables? Ne dépendrons-nous pas volontiers de deux puissances si élevées, qui ont un même objet pour sujet et un même moment et mystère pour origine de leur puissance? Bénie soyez-vous, ô Vierge sainte, en vos grandeurs et en l'état heureux auquel vous entrez en ce jour et en ce moment précieux à la terre et au ciel, moment où vous êles mère. O grandeur de Marie! vous êles mère de celui dont IcSaint- Esprit môme (sans défaut toutefois) n'est pas Père. Vous êles mère de celui dont le Père seul entre les personnes divines, est Père. Va le Père éternel, qui vous devance une éternité en la production de son Fils, ne vous devance pas d'un seul moment en l'exercice de son autorité sur lui. El en vous et dans vos fiancs se commence ainsi la itremière {)uissance sur un si digne sujet, et la plus haute, la plus digne et ia plus souhaitable puissance que le Père éternel aura jamais, qui est la puissance sur son Fils incarné.
Xlil. C'est le troisième point de la granr deur de cette naissance, que nous avons marqué ci-dessus et qu'il nous faut cxpli-
CllANDKL'US DK JF.SLS. - IUSC XI, SKCD.NOK NAISSANCK Di: JKSLS.
(jiiLT inninloimiil, et nuquel nous voulons tiiiir et k'rmincr co (li^conrs dcj? ^tnmltMirs de la naisN.'uicc liiiiut'iiiir' de Jésus. Heiiuirquons (jofx iiiio la |iieiniti(; |.(M-.s()i:ne de !a irè.s->aiiil(' 'riiniléa deux (|ualilé.s ^ii^'ll.■dt'es en rKciiluif : celle de Pure, relie de Dii-ii, Celle de l*i''i-e nu rcj^ard de son Fils iini(|iie; celle de l);eii nu regard de ses ciéalnres. Ml CCS deux olijcts et ces deux termes sont liien dilTérents, aussi ces deux (pialilés sont liien distinctes cl hien di>tantes. Kl sidon saint Cyrille (20) nous avons bi;aucouj) |ilns h admirer, à adorer, h aimer (-elle personne divine en sa (jiialité de Père, qu'en sa (jualitù de Dieu, tlaren sa (pialité de l'ère, il a un terme divin ei inlini, et il se rn|i[torle h une personne égale h Iui-ni6nie ; en sa (jualiié de Dieu il se réfère aux créatures inlini nient disiinetcs, séparées et distantes de lui, selon tout leur ôlre |.ossil)le. Or, connue Père, il a piiissanco à engendrer son Fils, et est sans puis>aiKe sur son Fils engendre. Mais sa puissance à l'engendrer, c'est-à-dire à engendrer un Dieu, est si haute et divine, qu'elle éipiipole toute autre sorte de puissance (|u'on lui puisse attribuer, et où, au contraire, comme Dieu, il a [)uissan(;e de créer et a puissance absolue et pt^rpétuelle sur lout ce (jui est créé. Puissance par la- (|ueMe Vocal ea (piœ non sunt, tanquam ea quie sunt [Rom. iv, 17), et par knjuelle tout est vivant, et tout esl au néant au regard du Créaieur.
Ces deux qualités de Père et de Dieu, distinctes en la Divinité, et séparées en leurs objets, sont admirablement conjointes par celle naissance, par laquelle il est Père de relui dont il est Dieu , et il est Dieu de celui dont il est Père. 11 e>t Père de ce nouveauné; car il esl son Fils, et son F'ils unique, auquel il dit uniquement, et privaliveiuenl à tout autre : E(jo hodie (jenui te. [Psal. ii, 7.) Il est Dieu de ce nouveau-né; car il esl tellement son Fils, qu'il est aussi son serviteur, et son serviteur unique. El il entre en cet étal do serviteur par celte seule naissance, h raison de laquelle il lui dit [»ar son l'ropbèle : Servits meus es tu, o Israël, in te yloriabor. (Isa. xi.ix, 3.) El au tiiap. xlii : Kcce puer meus si;\oi\ l'évangélisle ; et selon le projiliète : Ecce senus meus. ¥à ailleurs : Formuns r.'ie ex utero servum sibi. Aussi le divin a; ôlre conjoint ensemble les deux qualités en uiic, en ces saintes fiaroles: Deus et Pater Dumini noslri Jesu Chnsti.
Paroles dignes d'êtr.' gravées en la terre et au ciel, el au cœur des honunes {«ar la main des anges. Paroles qui com|)rennent en peu de mots les deux [dus grands mystères de la Divinité : la 'Jrinilé el l'Incarnation; les deux états du >erbe divin, son émanation éternelle et son émanation teu)j)orelle; et les deux qualités de l'Etre suprême et incréé , sa qualité de Père, sa qualité de Dieu, et marquent l'excellence de
(!2U) M:ignuiu qiiid ailerre Dco bxretici putant, cuiii non seinper Palrein sed semper Deiim luisse asseruiit. ^ec videlnr ad conluiiieliain i I poilus perliiitie. ^aul ui Dcus aJ servienlia cl ad creaiam
nuire religion, en la(iuclleon adore on Dieti (pii est Pcre, el un Père (iiii (•>[ Dieu , Dieu el Père lout ensemble de N<jtre-Seigneijr Jésus , Dieu et Père tout ensemble au regard d'un iiièinc objet, (^ar c( lui (|ui est notre Dieu cl notre souverain, l'e-l-h-dire Jésus, (pii est appelé Druf noster, a un Père, car il est Di(;u de Dieu, a un souvciniii, <ar il est Homme- Dieu. .Mais comme i es deux natures, divine et iiiimaine, sont conjointes en lui, et comme (•ar l'union inellabie de ces deux natures il est Dieu et homme tout ensejnble ; et comme parie m\stèreil est tellement Dieu qu'il est homme, el tellement homme qu'il e->t Dieu , aussi celui-15 même qui est sor) Dieu est son Père; celui-là môme (pii est son Père est son Dieu ; et ces deux jjimlilés sont conjointes en une môme persoMie, c'est-àdire en la personne du l'ère, comme les deux natures sont conjointes en une même personne, c'est-è-dire en la personne du \ crbe, le F'ils uniciue du Dieu vivant.
Or, comme 't'est |iar ce nouveau m \ stère que (•es deux natures sont unies , avant icelui. Dieu, (|ui est de tf»ute éternité, est aussi do toute éiernilé le Père, et Père toujours engeiiilrant son Fils, et toujours exer(;anl la qualité de Père au regard de son Fils. .Mais avant ce mystère Dil-u a été toute une éternité sans être le Dieu de son F^ils , comme son Fils durant cette éternité nélail pas en élal d'êlre sa créature. El lors Dieu était sans exercer, au regard de son Fils, le pouvoir (ju'il a en celte qualité de Dieu el qu'il exerce uiainlenant ; car il n'est entré en l'usage de celle puissance el autirité que parce divin mystère : mystère auquel Dieu, qui ne peut s'agrandir en soi-u;ôme, s'agrandit en son œuvre el en son ni} stère, qui le rend Dieu, el Dieu pour jamais, de t.eliii dont il est l*ère de toute éiernilé; mystère qui par ce moyen relève, honore* et agrandit l'état et la couronne du Pèie éternel , et l'agrandit d'une qualité el dignité infinies; car ce n'est comme rien à Dieu de commander aux créatures, ce sont des néants qui ne sont pas dignes dêlre et de lui obéir; mais commander à un sujet si iligne, qu'il est inlini en sa dignité, qu'il est Dieu en ^a nature, qu'il esl F'ils unicjue de Dieu en sa personne , c'est chose digne de Dieu môme; son pouvoir el son commandement ne peut monter plus haut, et son doiuaine est rempli de toute la grandeur et dignité qui Jui ]icut a])];arlenir.
O grandeur , 6 abîme de ce profond mystère, qui agrandit ainsi le Père éternel en sa puissance el autorité, et l'a-'randit pour jamais ! O grandeur , ô puissance de rabaissement de Jésus , (|ui élève et accroit la grandeur el la puissance du Père éternel | our jamais ! O bonté du Père , (jui ne veut joint réservera soi seul celle nouvelle puissance qui lui esl donnée [)ar le mystère de l'incar-
naluram habiîiidiiiein li.ibe!, sic Pa:er ad Fiiium. ha re majore IKuin privaiilcï iiuiic iientiuQl , eic. (CïRiLL. iii Tliesanr.)
ŒUVRES COMltETES OU CARWNAL DE BERULLE.
DISCOURS Xlï.
nation; car il la communique à la sainte Vierge, et la met en puissance et autorité maternelle sur celui sur lequel il prend jtuissance et autorité paternelle. Et des esprits faibles eî peu connaissant les mystères de Dieu ne voudront pas entrer en servitude au regard de celle avec laquelle le Père éternel semble partager sa qualité, sa jmibsance e-l son autorité sur son Fils. Je dis |)artager «ans division, sans diminution, mais par communication, par extension ;car c'est ainsi que les choses célestes, spirituelles etdivines se partagent ; et c'est ainsi que le Père éternel honore et partage son pouvoir sur son Fils avec la Vierge, à laquelle celui qui est le Fils de Dieu et Dieu même est assujetti pour notre exemple et [)ar notre amour.
Mais laiAns ces esprits en leurs basses pensées: otiVons-nous,et au Père et au Fils, €t à la Mère. Adorons les grandeurs de ce mystère et de cette naissance seconde de Jésus, qui honore, qui élève, qui unit, et unit d'un nouveau lien, ces trois personnes enïitimble : le Père en la puissance qu'il a sur son Fils; le Fils en l'honneur et hommage qu'il rend au Père; la Mère en la qualité, puissance et autorité qu'elle a au regard de celui-là même qui est le Fils du Père. O paternité! ô filiation! ô maternité! Mais il vaut mieux tinir et adorer par un sacré silence ce que la langue et la pensée des anges ne peut jtas dignement annoncer ni aux hommes ni aux anges. Finissons donc, et recueillons en pf'u de mots les grandeurs proposées en ce discours de la naissance de Jésus en la terre.
La source de cette humble naissance est le sein du Père ; son exemplaire est la gêné ration éternelle; sa lin est la gloire et la grandeur de Dieu, et de Dieu même en qualité de Père; son propre est de donner naissance nouvelle à Dieu, de donner un être nouveau à l'Eternel et immuable, de donner une nouvelle essence au Fils unique de Dieu ; son issue est le salut de l'univers, son état d'être un mystère d'honneur d'hommage et d'adoration aux choses plus ineftabies et plus incompréhensibles de l'éternité; son terme ))ropre et ses effets, de faire que Dieu soit homme; qu'une vierge soit Mère de Dieu, que les pécheurs soient saints et enfants de Dieu pour jamais, et par ce moyen jeter en la terre les fondements du royaume du ciel, du royaume de Dieu, du royaume éternel , et pour dire tout en un mot , ô merveille ! ô grandeur ! de produire en la terre ()Our la terre et pour le ciel, une vie si haute, si puissante, si divine, comme la vie de IHomme-Dieu, vie incréée et vie incarnée! vie divine et vie humaine! vie glorieuse et vie souffrante! vie, source de vie en toute éternité! vie anéantissant le pouvoir de la mort et l'empire du péché! vie réconciliant Dieu aux hommes! vie satisfaisant en rigueur ae justice à Dieu courroucé, à Dieu offensé! vie réparont par sa plénitude le vide et les besoins de la nature humaine! vie méritant tout ce ((ui peut être ujérité de Dieu vivant, résidant, opérant en cette humanité sacrée !
Di: LA TK01>1ÈME NAISSANCE DËJÉSLS.
!• H est convenable que Jésus sorte du séjour de la niorl pour enuer en son rfc|ios et sa pîoiie. Oésiis anlenls et iaiiRuissanls de la résurrtclion il vie glorieuse de Jésus. La croix de Jésos est le lit (le sa mort et le nid de sa renaissance. Elle esi le lil de son a<nonr et le niJ de sa fécondilé. Exposition de ces paroles de Job : In uidulo meo moriar, et sicul pliaiiix , elc. Moment de la résnrreclion de Jésus ei ses grandeurs. — II. Jésus naissant ceUe noisiènie lois, devait naître au c'el ; et ijéanmoins son amour envers son Eglise r.irtêle en la lerre pour quaranle jt)urs.7 L'an)our divin, ijui est uiirssani el élevant, est, par un miracle continuel, séparant el abaissant en Jésus. Trois vies en Jésus auxquelles toutes vies doivetil èires consacrées : sa vie dans l'incarnaiion, qui est la vie humaine de Dieu el la vie divine de riiomme; sa vie voyagère el méritante ; s.i vie glorieuse et céleste. Ces trois vies ont chacune leur propre séjour : la première le sein du Père ; la seconde son amour envers nous ; la troisième sa gloire. — III. Explication de la gloire de Jésus , comme uniiue du Père. Ex}K)silion de divers passages de l'Ecriture sur ce sujet. — IV. Il poursuit le même sujet «le l'entrée de Jésus e:i la gloire de Dieu. Exposition de ces paroles del'apOlre saint Paul : lu ipau inhabital «nuits plcniiudo Divinilulis corpuruliler. — Y. Dieu, qui ii'ayaul point de corps par nature, en a voulu avoir un |iar puissance, par amour et par subsisteuce, h;ibileence corps d'une manière beaucoup plus intime et plus puissante que I ame en son pro|»re corps. Aniithésts de U seconde el de la troisième naissance de Jésus. Jésus en sa vie glorieuse iriomphe de Tunivi r» el pour l'univers. — M. Toute créature doit hommage à Jésus en ses trois naissarces. La souveraineté de Jésus est moins sensible en ba seconde naissance et sa vie mortelle , ei néanmoins il est reconnu ro: , el en son enfance et en sa moi t. Exposition de ces paroles de sainte Ma.ieleine sur Jésus au tombeau : Tulerunt Dovtiuum meuni. La souveraineté est autant inséparable de Jésus, en quelque état (pi'il suit, q le la divinilé. En ne taisant pas des ell'cls de su puissance sur la créature laiaonnable, aliu de pâlir par elle, il en faii sur les créatures insensibles. Jésus finit ses propos el son séjour en la lerre par ces graves pa oies : Data est viilii vtnnis poteslas in cœlo et in terra. En combien de manières nous sommes esclaves de Jésus , et le soin que nous devons prendre de lui rendre les hommages de notre servitude.
I. Contemplant ces grandeurs, nous n'avons qu'à nous perdre en eut abîme, et nous con- (louloiravec toute la nature créée, de ce que cette vie si haute, si divine et si grande est sous l'empire de la mortalité ; et que cette seconde naissance uonne à Jésus une vie passible, mortelle et j)érissable. Car Jésus naît ])Our mourir, et ses grandeurs devraient être immortelles. Mais le Père éternel y pourvoit par une troisième naissance , le tirant de la croix , de la mort et du sépulcre, et le faisant renaître comme un phénix dans ce sien holocauste, pour lui donner vie en son sein et en sa gloire , et rendre son élut désormais heureux, glorieux et éternel. C'est le vouloir du Père sur son Fils ; c'est le pouvoir du Fils sur soi-même, sur son état et sur sa j^roiire vie. C'e^t ce que mérite
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CUANDKl I\S DE JF.StS. - DISC. XII, TROISIEME NAISSANCE DE JESLS.
cl requiert sa grondeur, 6 laquelle j'innuor- \a\\ié est naturelle : car c'est par miracle (}ue Jé.s\is est mortel , comu»e nous sommes immortels par miracle, (^est le souluiil de louti' crt^ilure qui veiil vivre et renaître et» son créaleur. (1 est le besoin particulier des hommes (jui doivent ressusciter par sa résurrection puissante. Kt c'est eiilin c»; (jui est bien dii à tant d'abaissements et à tant de soullVanccs,
Après six jours en la création, Dieu a cessé d'opérer et est entré en son sabbat et en son re[)Os. Après tant de jours, tant de m(»is et tant d'années après la recréation et réparalion du uïonde, il est temps, ô Jésus, (juc vous cessiez, non d'opérer, mais de soullVir, et (jiie v(ius entriez au sabbat et rejios éternel. Knlrez donc en voire gloire après tant de aouirrances, et après tant de labenrs entrez en votre repos. >'ons êtes sorti de ce repos pour l'amoiir de nous , et vous avez voulu éiliaiii^er le séjour de vie et de gloire où vous étiez de toute éternité, au séjour de la croix et de la mort. Délaissez maintenant le sein de la croix, l'état de la mort, le séjour du sépulcre, non pour rentrer en une vie mortelle, mais pour retourner au sein du Père et au séjour du ciel. C'est assez, ô Jésus, avoir été en cette terre des mourants, en ce pays d'exil et de bannissement, en cette vallée de larmes, en ce lieu de misères, en la croix, en la mort, en la sépulture. C'est assez, ô Jésus, avoir été trentequatre ans mortel et passible. C'est assez avoir été comme un d'entre nous au milieu de nous. C'est assez avoir été |)èlerin en J'-gypte et en la Judée. C'est assez avoir été en Belliléem el au Calvaire , en la crèche et en la croix, au sépulcre et aux limbes. Ces lieux sont lieux de mort et de souirrance, et vous êtes la vie et la gloire. Cette terre e>t une terre d'exil et de batinissement, el vous êles inséparable d'avec le Père. Ces séjours de mort el de misères nous conviennent, mais non à vous; el s'ils vous conviennent, ce n'est que i)ar nous et pour nous. Vous êtes éternel , et ces demeures sont tenqiorelles. Durant une éternité vous avez été dans le repos et dans la gloire, et cet état présent vous est un étal étranger, état et séjour bien différent de celui qui vous ajipartient , et que vous possédez de toute éternité. Car là vous êtes au repos sans travail, en la vie sans la mort, en la gloire sans misère. Il est temps de rentrer en cet état; il est temps d'être heureux, glorieux , immortel, aussi bien en l'une connue en l'autre de vos deux natures. Car toutes deux sont vos natures, toutes deux sont vôtres : l'une est vôtre {)ar essence, l'autre par subsistence; l'une [lar nais-sance éternelle, l'autre par naissance temporelle ; l'une par nature , l'autre })ar amour. Soyez désormais et en l'une et en l'autre de ces natures vôtres, selon qu'il convient à votre grandeur. Soyez j)onr une éternité au repos , en la vie, en la gloire.
Délaissez donc ce sépulcre, ô Jésus, mon Seigneur, el vous élevez en votre repos :
Kxêurrje in requirm tuam, tu et arcn snnclificationia tuœ : « lilevez-vous m votre repos, vous el l'arche de votre sanclifirution (l'tul. cxxxi, 8), B c'est-ii-dire vous et votre humanité sainte. Car c'est une arche comme l'autre ; c'est une ar( lie d'alliance plus <jue l'outre; c'e.^l une ar( he (jui est benucouf) plus vôtre que l'autre; ('est une arche plus sainte el plus sanctilianle que l'autre; c'est une arche bien [ilus ad<jral)le (pjc l'autre; et elle est aussi l'objet li'adoration et de la lerre et du ciel, et des an^es el des hommes, el pour le tenqis et |iour l'étermlé : arche (jui |>orte la présence de votre divinité et la jiorte en une manière si hante, si auguste el si puissante ! ("est donc votre arche , tl l'arche de votre sanctilication. Ll (lartant, permcltez-nous de vous dire «es paroles de votre prophète : Levez-vous en votre repos, vous et voire arche, c'est-à-dire votre personne el votre humanilé. Celte arche el celle humanité est précieuse; elle est formée par le Saint-l'.spril , elle est tirée du corps immaculé de la liès-saiiite Nierge, elle est unie au même instant à la Divinité, et unie inséparablement ; elle est remjilie de grâce el de dignité inlinies : chose si grande doitelle être mortelle ?
(Jue si l'excès de votre amour vous porte à subir noire moitalilé, il esi temps de tirer ce corps sacré et déifié de !a croix et du sépulcre, pour l'établir en gloire et immortalité. C'est le conseil du Père éternel sur son Fils; c'est s^n bon (daisir de le tirer hors de la mort et du sépulcre ; c'est son vouloir de lui dire pour une troisième fois : Eyo hodie (jenui te [Act. xin, 33), par une troisième naissance, en laquelle il veut donner à Jésus une nouvelle vie, el vie plus puissante et glorieuse que n'est pas celle que lu lui as ravie, ô Juif. Tu l'as mis en croix, tu l'enfermes au sé[)ulcre. Mais tu te tromjies, ô peuple infidèle : cette croix est le bûcher où ce nouveau [)hénix, cet oiseau du ciel prendra renaissance, et en une meilleure vie. Tu te trompes, ô Juif; ce sépulcre sera un lieu de vie, et non de mort, et de vie plus puissante et glorieuse que celle que tu lui as ravie. Celle croix et ce sépulcre, qui est devant tes yeux un sépulcre de mort, devant les yeux du Père est un nid [trécieux, où son Fils doit renaître et revivre, el duquel il nous dit par son serviteur fidèle : In nidulo meo tnoriar, et sirut phœnix tnultiplicabo dies meos. [Job xxix, 18.) Paroles pro{)hétiques et admirables, et texte tissu par un grand secret de contrariétés apparentes. Car quelle convenance y a-l-il entre la vie et la mort? Et toutefois Jésus dit en ce texte : Moriar el multiplicabo dies meos. Quel rajiporl y a-t-il entre la mort el le nid, nid qui est lieu de vie, de naissance, et non pas de mort? Et toutefois Jésus dit : Jn nidulo meo moriar. Car si Jésus, qui est la vie, doit mourir, sa mort est vie pour nous, et le lieu de sa mort est le nid de la vie que nous recevons en la mort el par la mort de celui qui est vie, duquel tout est vie , et duquel la mon est vie, et même vie viviliante. Mais
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ŒUVRES COMPLETES DU CARni^lAL DE BERULLE.
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i! y a bien plus, car sa croix est un nid , iio'n-seiilemenl pour nous, mais aussi ()Our lui ; elle est le nid do sa vie et de sa renaissance en Timmortalité; et aussi dit-il en cette parole prophétique : Jn nidiilo meo moriar.
Disons donc que cette croix de Jésus est le lit de son amour et le nid de sa fécondité, où élevé entre le ciel et la terre comme un oiseau du ciel, il éclôt ses petits. Et disons encore que celte croix est le lit et le nid où ce nouveau [)hénix prend lui-même une nouvelle naissance. Car comme entre tous les oiseaux de Tair et les animaux de la terre, le phénix seul a le lieu de sa mort pour le nid de sa vie , Jésus aussi seul entre les mortels a le lieu de sa mort p-our le nid de sa vie et de sa renaissance, tirant de sa croix et de sa mort la puissance et le droit d'entier en une vie nouvelle et immortelle. O croix 1 ô nid ! ô mort 1 ô naissance ! ô vie mourante! ô immortalité I ô immortalité, source d'immortalités ! Je vous adore, ô Jésus, en )a croix, comme au lit de votre amour et comme au nid de votre immortalité, et au pied de votre croix, à l'entrée de votre sé[>ulcre je me prosterne devant vous, ô Jésus, mon Seigneur, que je vois en l'état et en l'ombre tie la mort, et je contemple vus douleurs et mes misères, et les desseins du Père éternel sur vous et sur nous par, vous. Là je vous adore comme mourant et comme enj^endiant vos eui'anis dans l'immortalité. Là je vous adore comme mourant et comme renaissant en une nouvelle vie. Là je vous adore comme mourant et comme réjiandant la semence de i'iujmorlalité, et ;)0ur vous et pour nous. Là je vous adoie comme renaissant en une vie céleste , comme acquérant un nouveau droit de gloire, et comme entrant en un nouveau i;ouvoir sur l'immortalité. Et je vous adore en ce moment heureux auquel vous passez de la croix à la gloire, de la mort à la vie, de la terre au ciel, de la vie mouiante et voyagère à la vie céleste et immortelle.
O moment heureux, aimable et adorable ! tu Unis les labeurs et la croix de Jésus ! Tu donnes commencement à son immortalité 1 Tu établis en son immortalité la nôtre ! Tu donnes sujet de nous éjouir, et de diie avec l'Apôlie : Jésus-Christ est mort une fois et ne mourra jamais plus , la mort ne lui commandera plus ! (Rom. VI, 9.) Tu triomphes de la ujurt, comme la mort avait tiiomphé de Jésus 1 Tu rends à Jésus ce qui lui est dû, et ce que son amour avait suspendu et arrêté si longuement 1 Combien ce moment nous doit-il être |)récieux, qui est le premier momeni, de sa gloire accomplie, de sa vie céleste et de son immortalité? Moment heureux 1 moment dans l'éternité qui donne priucii-e à une éternité, et à l'éternité d'une telle vie et telle gloire, source et ressource de la vie éternelle, et des hommes et des anges 1 Heureux moment dans l'éternité!
11. Mais je trouve ici encoie un nouvel effort et i.ouvcUe sur[)rise de votre amour, qui veut signaler sa puissance et ses ctlels
dans le commencement de voire vie nouvelle et immortelle, comme il l'a signalée dans tout le temi)s de votre vie voyagère et mortelle. Car en abandonn;uit votre corps à sa gloire, il suspend encore le lieu de cette gloire, et Jésus est vivant entre le ciel et la tene, convei'sant en terre par l'espace de quarante jours. O amouil toujours amour, et toujours triomphauti et trionq)hant de chose si haute et si divine comme de !a vie et de la gloire de Jésus! O amour triomphant, et triomphant de Jésus, même dans le lriomi)he de sa gloire! Car, comme en la naissance hors de la N'ierge en la vie mortelle, vous naissez en la terre, et la terre est le lieu qui vous doit recevoir en cette humble naissance : aussi, en celte naissance hors du sépulcre dans la vie immortelle, vous naissez au ciel, et le ciel est le lieu qui vous doit ])roprement recevoir en cette heureuse naissance dans l'étal de la gloire. Mais l'amour de vos apôtres, de vos tiisciples et de votre Eglise arrête encore pour quelque temps ce dernier efî'et de celle dernière naissance ; et votre entrée au ciel est différée et suspendue par un miracle, et miracle d'amour exercé {)ar vous-même sur vousmême, suspendant, non l'état de la gloire comme ailleurs, mais le lieu propre à la gloire.
C; T l'amour puissant à vous tirer du ciel en In terre, et du sein du Père au sein de la Vierge, vous arrête et suspend entre la terre et le ciel. De sorte que, renaissant en l'état de la gloire, vous n'êtes pas pourtant au lieu de la gloiie. Et partageant un mystère en deux pour nous unii- à vous, vous mettez intervalle de quarante jours entre la Résurrection et l'Ascension, atin que nous soNons tout ce tem[>s avec vous, divisant ainsi par voire amour ce (lue la nature des choses, et des choses supiêmes, devait conji)indre, à savoir l'élal de la gloire avec le lieu de la gloire. O amour étrange en sa nature et en ses etfets, en Jésus! Car le prOj)re de l'amour en soi-même, c'est d'unir ; et le pro[)re de l'amour divin, c'est d'élever au ciel. Et au contraire, le propre de l'amour en Jésus, c'est de séparer et d'attirer Jésus en la terre. L'amour, ô Jésus, vous tire du sein du Père, et vous en fait sortir, comme vous dites vous-tLéme, }iour être en une terre et nature élrangèie : car vous parlez ainsi : Exivi a Paire, et veni in i7iundum, {Joan. xvi, 28.) L'amour sé|iare votre nature humaine de la per>oiine humaine, pour la livrer à une autre [lersonne, et à une personne distante inliiiiment de sa propre nature et condition. L'amour sépare en votre vie voyagère la gloire de l'état de la gloire, et la gloire de l'âme de la gloire du corps. L'amour, par un etforl étrange, sé[)are cette ûme dédiée de ce corps dédié; et toutelois ils étaient conjoints, non-seulement par le rap()orl de leur nature, comme en nous, mais bien i)lus llui^samment par leur divinité, en laquelle ils demeurent unis en l'état de leur séparation.
Et maintenant que Dieu réunit ce coros
CRANDF.rRS DE JF.SLS. — DISC. Ml, TROISIEME NAISSVNCE DE JESUS.
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et celle âmp, dc^fiée par le niv<it(>ro do In r6surrcclion, el rend nu roips la gloire (jiii lui esl «lue, l'amoiir sc^pare rfSvenc(! et l'élat do la gloire dnvcc le lieu de In gloire, et(\ O amour séparntil el ii)n plus umssaiil ! ipio de séi'arnlions vous lailos, et nu rcj^nrd de sujets si digiicî el si |)ui^satlts ! N'ous séparez en une eerlnine el excellenie M)aiiière lo Fils d'avec lo l'ère, par la condition d'une nature étrangère, el leur |tropro nature les ronjoinl en unité d'essence! Nous sépnrcz la nature huninino do In sulisi.stence humaine, el toutefois elle est do soi, et partout ailleurs le lerme |)ropre et raccomplissoment sul)stnnliel do celte nature! Nous sépnrez la gloire do l'état do la gloire, et l'étal de la gloire du lieu de la gloire. Itll touterois ces choses sont suprômcs, sont divir)es, sont surnalurolles, el sont divinement jointes, et partout ailleurs, hors en vous seul, inséparablement conjointes ! Notal)le ditréience de l'amour en Dieu el de l'amour en Jésus : car Tiimour en Dieu esl unissant, el l'amour en Jésus est séparant; rnmour en Dieu unit jusqii'5 l'unilé d'essenco. et l'amour en Jésus sépare jusqu'à la division d'essence, divisant l'essence de l'homme de In personne de l'homme, ressonce de In gloire de l'élat de la gloire, el l'Ame dédiée d'avec le corf)S déifié, qui sent deux essences conjointes, et par nature, et par grAcf^, et par gloire.
Que cet amour, ô Jésus, qui est en vous 5oil en nous; que cet amour, qui oi)ère en vous, opère en nous; que cet amour, qui triomphe de vous, triomphe de nous; que cot amour, qui divise et séj:)are en vous, divise el sépare en nous, et qu'il iîous sépare du péché, de la terre el de nous-mêmes, pour vivre à vous; el que cet amour Jious occupe de vous, nous tire <\ vous, nous remplisse de vous. Je vois que cet amour séparant fonde, établit et accompagne trois sortes de vies en vous; que je vous contemple et adore en ces trois vies, eldu x trois moments de votre entrée en ces trois vies. Trois vit s aux-
auelles toute la vie des hoiumes et des anges oit être dédiée; trois moments précieux, auxquels tous les moments de noire mortalité et de notre éternité doivent être consacrés : le moment de rin;nr-nalion, où Jésus commence à être Jésus et à vivre dune vie incréée, el lo Verbe conuuence à avoir une vie nouvelle et incarnée : vie divine et humaine , divinement humaine et humainement divine. Le moment de la vie vovagère el méritante, où l'âme de Jésus est unie, et à un cor[)s passible, et à la vie de gloire tout ensemble, et Jésus, par ce moyen, a une nouvelle sorte de vie. Vie qui n'est que pour lui, vie qui est l'origine de notre vie éternelle, vie en gloire et en souffrance, vie qui unit et conjoint deux états si divers en une u ême âme, par un miracle opéré en Jésus-Christ par Jésus-Christ même, et opéré en lui seul, et continué [ar l'espace de trente-quatre ans sur la terre! Le moment de sa l'ie céleste et pleinement glorieuse, où Jésus est triomphant dans la vie, dans la gloire, dans l'imiuortalité. Vie sans souf-