CLXXXV. A UNE RELIGIEUSE, POUR l'eNCOU
rager a embrasser les assujettissements de sa condition, tant en lobélssance qc'en la pauvreté.
1. 11 y a plusieurs sortes d'œuvres de Dieu tous grands et admirables, et vraiment dignes de l'ouvrier; mais le plus grand, le j)lus admirable et le plus utile de ses œuvres, savoir est la réparation du monde, a été faite par obéissance. Car il a bien créé le monde par puissance, mais c'est par obéissance qu'il l'a réparé. Ne méprisons donc l)as l'instrument et le moyen qu'il a plu à Dieu de choisir pour accomplir entre toutes ses œuvres, celui duquel il recevra plus de louange et de bénédiction à toute éternité, et duquel il revient plus de profit et de gloire à toute notre nauire.
2. Celui qui est seul Très-Haut, a exalté et magnifié plusieurs sortes de personnes et
OKLVRKS Dl<: IMI.TK. - CIAXXV, A LNE RKLIGIELSE.
CM In Icrrp cl nu ciel ; iiinis I.t plus ^ntulo L't siiiguiiùre exallalidii «iiiil a j-unai-. ùnla (à .sitvoir (elle de son Fils uiiiijiiL' rxallé sur l«'s liuuimes vi sur U-s aiij^cs) n vie en f.tvt'ur (Jo r((l»éissanre : Fnclns ohedims u.i(/ue ad murtnn, elc, pmutrr t/iiod ri Drus exaliavit illiim, et donatU illi iinmrn (juod est «uper omtie nomen. ^l'hilip. ir, t<, D.) No pcrinc'tloiis (Ioik; (»ns n noire espril de s'élevcir cl roidir h l'enconlre de l'élal d'ohéissanco et souujissiuii vulunlairi; eu (jueltjue sujl't que «0 soil, ni de iroire (|u'il y ail de la grandeur el de la suni>aii(:e en noire seui <jui y r«i|iugno.
3. Le |ireniier conseil de Dieu sur la nature liuuiaine, a|t;)ekH' i» l'étal d'innocence cl d'iuiniorlalilé en Adam, a été (ié|iendant li'un appauvrisseinenl volontaire , en une chose de si petile iniporlance couune une pûuime ; cl le plus haut conseil de Dieu sur celle niôuie nature, appelée ih; nouveau à la grAce el à la gloire pour une éternité en Jésus-Christ, n été dépendant d'un apjtauvrissemerit voluiiiaire non d'un hoiuuie , non d'un ange, mais d'un Dieu, c'est-à-dire du Fils unupie de Dieu, fait homme el pauvre tout cnsemhle |>our nous , el d'une pauvreté si entière, qu'il n'a j)as eu en sa naissance un berceau j»our y être mis, ni en sa vie une cabane pour y être logé, ni en sa mort un pouce do terre ["oury être enseveli. Tellement qu'en naissant, il mendie cl emprunte des bêles une crèche; e-l mourant, un sépulcre de Joseph pour y être mis. Or, que peut-il y avoir de déraisonnable en la raison aivine, qui a choisi et ordonné cet Appauvrissement pour la sanclitication de l'univers? lîtqu'y a-l-ilde petit en un œuvre qui cause la grandeur et la gloire de tous les hommes pour jamais? Et que peutil y avoir d'inutile et d'impertinent en la sapience inlinie, qui accepte ce moyen et cet a|i|»auvrisscment, el raci;om()lit si exacteaient qu'il proteste lui-même que : Vulpes fuveas habent, et volucres cœli nidos, Filius aulem hominis non liabet ubi caput recUnet {Luc. IX, 38^^ c'esl-à-dire qu'il est plus pauvre que les bêles mêmes ; qu'il n'a pas autant u'espace à soi qu'il en laut pour reposer non son cor|)S, mais son chef seulement ? O chef où repose la Divinité, où se tient le conseil de la très-sainte Trinité, où se résolvent les plus grandes, les jdus importantes el les seules aU'aires de l'univers ! Qui méritera quelque lieu de repos, et qui se plaindra de quelque manquement, si tu as manqué, par ordonnance et ])ar acceptation divine, d'un si petit espace en la terre pour ton repos, tout le temjis que lu as été en celte vie mortelle?
4. Le Fils unique de Dieu, ijui a en soi ce qui sullit et à soi-même el à la très-sainte Trinilé, et qui donne suHîsance à toutes choses, n'a pas dédaigné de sortir hors de la plénitude, de la sullisance et de la liberté de son être en quelque manière, et s'abaisser à toutes les indigences et sujétions de notre nature, el même se réduire à la mendiciié des chi>ses plus basses el nécessaires. Car en sa mort il a demandé à pleine voii
OECTRES CO.VirL. DE un lUuiLLE.
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une goutte d'eau pour élanchor sa stjif, et ne l'a (loint eue ; cl en sa vie il a mendié uh peu d»,'au h une femme pour se soulager et rafinichir en l'aiileiir du soleil, et en hi lassitude de <«on voN«g<; : Mulier da mihi bibere (Juan. IV, 10), le demandant non en «pialiié de chose due, mais comme chose libéralement donnée h lui h (\m tout est dû, et dii- (jucl procède tout don, da mihi. O cflicaio do ses deux jiaroles ! ô abaissement de la grandeur divine à ilemander si ptu de chose ! 6 bonté h en su|>[iorter [»atiemmcnt le refus 1 ô libéralité <i conlV-rer (et au même instant de ce refus; si grandes choses, c'està-dire à donner l'eau viv(î du ciel, non demandée, p(jur l'eau morte de la lerre demandée, et non accordée ! ô charité du Pasteur admirable, de (|uiller ainsi non-seulemenl la lr(jupe de ses ouailles plus chéries et assurées, comme le bon |)asleur (Je la parabole, c'est-à-dire ses anges, mais qui plus est soi-[nême, et de laisser en l'usage île sa vie l'étal heureux et glorieux de sa divinité, pour vivre en un état si jiauvre et indigent ! rpie lui, dis-je, qui abreuve les campagnes des rosées du ciel, et ses élus du toirent de ses délices, et qui dès iors jouissait pleinement de la divinité, s'est trouvé, au même inslaiîl de celle gloire et plénitude, réduit pour notre amour à la mendicité d'un peu d'eau, désirée et demandée avec nécessité, et non accordée ! Qui voudra donc désormais sentir et peser, en son service, le refus ou l'indigence de chose que ce soit ? Et qui, à la vue de cet admirable délaissement, tiendra pour onéreux et difficile de laisser l'état et la liberté de sa vie précédente, pour l'amour de celui qui a fait un tel délaissement et changement d'état et condition pour notre amour?
5. Le Sauveur du monde, opérant notre sanclitication durant le cours de sa vie, n"a omis un seul point de l'assujettissement h nos misères et |)auvrelés naturelles; ains a jiassé fidèiemeni, exactemeritet ()ersévéramment par tous les [)as et degrés de la servitude et abjection de notre nature, se soumeilaiil à tout ce qui est de pauvre, de [)elil et d'abject en tout le cours de notre vie, depuis la conception jusqu'à la mort. O que de saletés en notre première demeure au venlre de nos mères! Que de petitesse en notre enfance 1 Que d'inutilités en nos actions puériles! Que d'incommoilités en notre vie ! Que d'inlirmilés en notre mort! Et toutefois il n'a rien omis et négligé de ces choses, et n'a rien trouvé en la misère de ce cor()s et de celte vie, ni de trop bas à sa grandeur, ni trop {>etii, inutile el conlemptible à sa sagesse. Combien donc est-il plus raisonnable que l'âme qui veut opérer sa sanclitication propre durant le cours de la vie spirituelle et religieuse, ne néglige et n'omelie rien des sujétions de celte vie, pour petites et basses <|u'elles lui paraissent, et qu'elle imite le Fils de Dieu, !e cherchant avec la même lidélilé et manière, qu'el-Ie a été cherchée de lui, s'abaissanl 1 1 souinellant à tout pour son amour? et ce d'autunt ulus que les sujétions de cette vie
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
sainte et religieuse ont été ordonnées par l'esprit de Dieu ; et celles auxquelles le Fils de Dieu s'est exposé et abandonné pour nous ont été imposées par le péché à notre nature.
6. La plus grande ruine arrivée en l'état de la nature est la chute des anges. Or elle ne leur est survenue que par la puissance et liberté qu'ils ont voulu avoir de disposer d'eux-mêmes et de leurs actions, sans la dépendance et soumission convenable à l'ordonnance de Dieu. Et la plus grande réparation que nous faisons à Dieu, de ce qui lui a été ravi par les anges et hommes rebelles , est l'entière soumission et sujétion que nous rendons à autrui pour son amour; et d'autant plus qu'elle est entière et absolue, plus cet hommage est grand, plus cet amour est parfait. Donc, en la servitude et retenue même des choses plus petites, nous témoignons un grand hommage et amour à Dieu; et nous imitons les bons anges, cjui n'ont jamais pris la licence et liberté de se porter d'eux-mêmes qu'à Dieu, et ne se sont a[)pliqués h rien de grand ou de petit hors de Dieu, depuis le moment de leur création, que par l'application de Dieu même, ou des anges supérieurs. Et par ainsi, en la milice de la terre, nous suivons l'ordonnance de la milice du ciel, ne nous mouvant en aucune chose extérieure que par le mandement de celui qui commande ; et pour ce [)eu de temps que nous avons à vivre en la boue et fange de ce monde, nous ne dédaignons pas de garder l'ordre et la soumisdon que les bons anges gardent éternellement dedans le ciel, en la plénitude de la lumière et de la gloire.
7. Sur le sujet de cette action et soumission que l'esprit humain juge petit et inutile, l'esprit de Dieu en fait un jugement tout contraire, la jugeant digne de soi-même, et n'y adjugeant rien de moins que sa divinité pour récompense éternelle. Je l'accomplirai donc avec autant de disposition et de volonté que mérite le prix et l'estime que Dieu en fait en sa cour céleste. D'ailleurs j'aperçois clairement que le sens humain, jetant sa vue en la pet'itesse de cet objet ou de cette action, y trouve quelque chose de grand, puisqu'il y sent non une petite, mais une grande ré])ugnance. Je ne la refuserai donc point à Dieu, auquel je dois tout ce que je suis, et duquel j'attends tout ce qu'il est. Car encore que cet objet me semble petit, Je sens qui répugne à ce petit objet n'est pas petit, et sa résistance est grande. D'abondant je considérerai qu'es choses grandes et divines il n'y a rien de petit; et comme es minières de l'or on recueille jusqu'au plus petit grain, ainsi, en la vie et soumission religieuse, plus précieuse que l'or, je n'y dois pas omettra le plus petit sujet. Et puisque la grandeur et divinité du Saint-Es|)rit s'est abaissée à dicter et opérer ces choses petites en tant ae saintes âuies qui les ont enseignées et opérées de sa part , je n'estimerai pas que ce soit abaisser par trop la petitesse de mon sens, que
de l'assujettir à les observer. Et puisqu'en la plus petite action nous y pouvons avoir une très-grande disposition, comnie il appert en la Vierge, qui avait plus d'amour et de mérite envers Dieu en l'usage des choses indihérentes, (pie plusieurs saints au plus grand de leurs martyres; je jugerai plus raisonnable de sentir et plaindre la petitesse de ma disposition, que la petitesse de la chose à laquelle je me rends sujette , et je m'animerai à imiter l'exemple et sujétion de Jésus-Christ, la vie et les actions duquel nous sont re[)résentées par res[)rit de Dieu, en l'espace de trente ans, sous le seul lerma et exercice de sujétion : Et erat subditus illis {Luc. 11,51), pour nous donner à entendre que toute sa vie en ce long temps n'était que soumission perpétuelle.
8. Cette actuelle dépendance d'autrui et cette demande des choses plus petites et nécessaires est raisonnable en soi et utile à l'âme. Raisonnable, parce que la supérieure nous représente Dieu non-seulement pour nous instruire, mais aussi pour nous concéder de sa part l'usage de ce qui n'est point nôtre et.de ce qui est àDieu. Car, comme la I»lus petite créature est totalement à la Divinité et est l'ouvrage de ses mains, étant à un même Dieu et par une même puissance de faire un moucheron et un ange ; aussi la [)lus petite chose dont vous usez est à Dieu, et n'est qu'à Dieu et non à vous, et vous n'en usez que par licence et concession de sa part. N'est-il pas donc raisonnable de rendre à Dieu cet hommage de l'usage que nous faisons de ce qui lui appartient , et de relever de lui, comme en fief, en chaque chose que nous tenons de lui; et de dépendre en nos nécessités de sa providence et de son autorité, qu'il a mise à cet etlet en ses officiers ? Et n'est-il pas utile à l'âme de faire une action extérieure qui lui donne sujet de penser à cette vérité, et qui l'oblige à rendre cet hommage intérieur et extérieur à Dieu, et d'apprendre pour l'avenir à n'user d'aucunes choses que selon l'intention et in mesure de celui à qui toutes choses appartiennent, et qui nous en cuncède l'usage ; et de porter cette sujétion en pénitence et satisfaction de tant de mésusages passés et de tant de défauts-de pensée et de soumission à Dieu en l'usage licite, mais imparfait de ses créatures? Certes, cette obligation n'est qu'une obligation de reconnaître chaque chose de Dieu, et de traiter avec Dieu f)lus souvent, en lui demandant et en recevant de lui par le ministère d'autrui ce qui me fait besoin, et de me tenir toujours en la disposition que mérite cette fréquente conversation avec Dieu et cet hommage continuel , et d'avoir Dieu \)\\is présent en sa créature, et de faire une nouvelle et réitérée profession de ma pauvreté volontaire par son amour et par correspondance à ses inspirations, et de oia pauvreté naturelle par l'indigence et néantise de mon être, qui a besoin de tout et n'a droit à rien de soi, que par la concession libre de celui qui lui a donné librement l'être. O aveuglement de
litfl (i:iJVKES iJi: IMKTi;. — CIAXXVI. RKCLES OK CONDUITE POUR LïIS VOYAGES. iî î
n<»s Allies, (le uc |»os voir des vérités si éviiltnles 1 A inst'iisihi'iilé, de ne jias seiilir ih'.s iiliiilé^ si |irése[)les! ô «'(jiidiliuii décjiisonr«l)le, do scîiitir sa servitude cl siijt'îlioii nn ces clioses peliles, el de ne pas sentir cl pkiindre sa léhellion en un ùUd de |t<'invrelé ii;iliiie!!(! el voliyntaii»;!
CIAWVI. POIR S« CttNDlIRK CIIRKTIKN- JIKMKNT VkSS LKS VOYACIKS KT LKS AV rAIRES.
1. L'es|>rildej5rA(0 (jueDien répand dans ses serviteurs a (elle puis>ari(e el elli. ace, si nous savons bien l'einployt'r, (jue de rendre Icsarlions ((nniiiuiies rares et particulières, tt les actions basses et vulj^aires excellentes, les acii(;ns prufanes sainies, et les indifférentes niériloir»'s; liunoraiil Dieu par icelle.s et ac'piéranl Dieu inùiiie pour iineéteriiilé, |»ar dos allions cniii'imnes, basses et fondées dans noire propre inliriniié el nécessité, si elles sont exercées iwir l'ellicace de J*o.>prit qui les conduit et n'-lère ti Dieu. l'»ui l'esprit de la grâce est ellicace si nous savons bien reinplo.vcr, et tant nous soniines (X)upables de néj^liger un si grand intérêt et avantage , perdre un si grand profit pour noire éteriiilé, el reiidre in;iiile une si grande puissance.
•2. Si nous rnéc<)nnaissons celte puissance, nous souiines frappés d'aveugieuienl; et si nous la négligeons, nous «nanquons et à Dieu et à nous-mêmes, et nous souimesbien coupables de négliger un ii grand avantage, de perdre un si grand intérêt, de rendre inuli'e une si grande puissance, tombant dans la condamnation ue celui qui, n'ayant pas employé !e talent rei^u, a élé jugé digne d'en être privé.
3. l'ne des actions ordinaires, cl môme fréiiuentes en la vie humaine, est celle des voyages: el un de ses besoins est la nécessité d'aller en divers endroits, qui dérobe à l'homme une partie de la vie humaine, si elle n'est accomplie par une intention sainte et conduite par les peiisées de la grâce. Mais il faut que cet Esprit, qui au commencement du monde était répandu sur les eaui pour les rendre fécondes, soit répandu sur nos œuvres pour les rendre fertiles et leur communique le germe de l'éternité. La 8apience éternelle a voulu même dire de sa propre bouche qu'une chose si petite el facile à donner comme un verre d'eau aura de Dieu sa récompense; et sa loi nous assure que les actions fondées dans notre propre intirmiié ei nécessité, si elles sont accomplies par un mouvement de la grâce qui les conduise ei les réfère à Dieu, peuvent mériter Dieu même pour une éternité; car leur prix et valeur ne vient pas de la matière, mais de la forme; non de rélotfe, mais de l'ouvrier el de la fa(;on qu'il y donne, et cet ouvrier, c'est l'esprit (Je Dieu même ; et une chose si petite et facile à donner comme un verre d'eau rend honneur à Dieu et mérite une éternité.
4.. H nous faut reconnaître notre infirmité propre, et nous en humilier. Ce cori)S ché-
lifel grossier duquel nous sommes revêtus appesantit l'esprit ipii y est attaché, une substance si noble ! Mais tandis (pie lecorp.H appesantit l'esjtrit, il faut ipie l'esprit élève le c(»rps et les nciions corporelles el profanes, en les rendant spirituelles et saintes par la grâce. Le corfts est attaché h un ( ertain lic'u, l'esprit y est attaché par le lorps, el le corfis doit porlt-r l'esprit où l'esprit doit être el agir. Lecor[)s, par sa pesanteur, a besoin de temps el de plusieurs choses pour se trans[»(jrter d'un lieu à l'autre; en quoi il esl diltérenl de l'ange, (jui se transporte où il veut par la seule eflicace de sa volonté, el sans que rien l'en empêche; car l'ange est esprit, et il n'est sujet ni aux lieux ni aux distances. .Mais si celte f)ensée nous humilie el nous [net si fort au-dessous des anges, il y a un point qui nous relève et nous réduit à quelque égalité avec eux, el môme nous met au-dessus d'eux. Car lo mouvement et transport do l'ange est naturel, et celte sienne perfection convient même aux anges mauvais; et dans les mouvemenls tardifs de ce corps grossier et terrestre qui nous appesantit, nouspouvons et devons avoir des mouvements saints et spirituels qui surpassent les anges et leurs mouvements. Ainsi la Vierge, pleine du Fils de Dieu allait in Montana (Luc. i, 39), y allait pas à pas et avec intervalle de plusieurs jours, portant le Fils de Dieu, et non portée des anges , sujette comme nous à cette infirmité corporelle; sujette, dis-je, et non exempte; car parmi tant d'exemption qu'elle avait en l'ordre de nature et de grâce, elle n'avait pas exempticn'de celle nécessité, laquelle j'honore plus en la Vierge que la liberté et agilité qui est entre les anges. Son Fils unique même , l'ange du Nouveau Testament, le Saint des saints et !e Dieu des saints et des anges, n'a pas voulu être exempt de cette nécessité. II a été porté par les bras de sa sainte Mère d'un lieu à un autre, et s'est porté lui-même par les mouvements naturels de son corps déifié, sans user ue ()riviléges angéliques, cheminant sur la terre et sur les eaux, et lassé même du chemin : Jésus autem fatigalus ex itinere sedebat. [Joan. iv, 6.) Et nous devons nonseulement honorer comme en la Vierge et aux saints, mais adorer d'une adoration suprême ces voyages, cette infirmité , cette lassitude , reconnaissant la grandeur et l'abaissement, lafurce et la faiblesse humaine unies ensemble pour notre salut ; et tellement unies, que la grandeur et la divinité est abaissée dans l'humanité, et la faiblesse et l'humanité sont déifiées dans la divinité; et en cela nous sommes supérieurs aux anges; car nous avons notre Dieu abaissé comme nous, avec nous et pour nous, ce qui ne convient [las aux anges, ce qui doit rendre doux notre abaissement et notre nécessité heureuse.
5. Après cette pensée, nous humiliant en nous-mêmes, el nous élevant en Jésus-Chrfst Notre- Seigneur , nous devons considérer que le lieu où nous allons appartient à Je-
nez
sus-Christ, qu'il en est le souverain, qu'il l'a acquis par son sang, qu'il est honoré de sa présence réelle et visible en l'Eucharistie. Jésus y a tout, et nous n'y avons rien , et nous n'y devons rien chercher et trouver que Jésus, son service et sa gloire. Cette terre a été habitée avant nous, et cultivée par tant de saints qui y s%nt encore honorés ; nous les devons invoquer et imiter en leurs labeurs. Les bons anges y sont établis de la part de Dieu, et la foi et piété nous les doit rendre présents et visibles. Ce sont les premiers citoyens et les plus honorables de la ville, avec Icisqucls nous devons traiter avant tous, et le plus souvent. Nos missions et nos aifaires sont semblables, et noire conduite y doit être pareille. Nous devons être des 'anges visibles, associés à ses anges invisibles. Nous avons même commission et mêmes œuvres à faire. Ils nous veulent aider, et nous les devons aider aussi, selon cette parole de l'ange de Macédoine, disant à saint Paul : Paule,adjuva me. Leurs pouvoirs et les nôtres sont différents partages ; mais ils sont liés et subordonnés l'un à l'autre. Nous servons à un même Dieu, nous adorons un môme Jésus, chef des hommes et des anges; nous travaillons en une même Eglise, pour être reçus un jour en un même ciel et une même gloire. Pensons à celui qui nous envoie : Pro Christo legatione fungimur ; et par cette pensée fondée en l'Ecriture, élevons notre esprit, honorons notre ministère, purifions nos intentions, et nous sanctifions nous-mêmes et nos prodrains.
CLXXXVIÏ. POUR BIEN COMMENCER l'aNNÉE.
11 nous faut clore et commencer l'année avec Notre-Seigneur; clore l'année passée et commencer l'année nouvelle, et lui rendre grâce de ce qu'il a voulu honorer le premier jourdel'ande l'un de ses mystères, pour nous donner moyen de le finir et commencer en lui et avec lui, afin qu'il soit le commencement et la fin, non-seulement de notre année, mais de nos années et de notre vie.
M ne faut pas que nos années coulent et succèdentlesunesaux autres sanségard,sans conduite et sans pensée, sans revue et sans exercice de Chrétien et de personne douée de la grâce et de l'esprit de Dieu. Nos années et nos jours sont le fonds et la matière de notre éternité. Un moment viendra qui finira notre temps : Tempus non erit atnplius {Apoc. i, 6); et nous nous trouverons parvenus à cette nuit : Jn qua nemo potest opcrari {Joan. ix, 4), en laquelle on peut bien pâtir, mais non pas agir. Reconnaissons le temps passé : Jiecogitabo tibi omnes annos meos. [ha. xxxviii, io.) Disposons du temps à venu, et le dirigeant et réglant selon Dieu, reconnaissons les bénéfices de Dieu, les fautes passées et les intentions et obligations à bien faire , rendant grâces et amour pour les bénéfices, contrition et satl^^aotion pour les fautes, direction, confurtaiion et conduite pour les bonnes intentions, les offrant à Dieu, à ce qu'il les bénisse et conserve, et nous donne la grâce do
lui en rendre les effets. Souvenons-nous que le péché est le plus grand mal qui soit au monde, pour nous humiliersi nousy sommes tombés, ou rendre grâces à celui qui nous a préservés d'un si grand mal. Souvenons-nous que le péché nous environne toujours et nous talonne, et qu'avant la mort nul n'est exempt d'y pouvoir toml)er, et entrons en crainte et vigilance : Quod vobis dico, omnibus dico, \igilate. [Marc, xm, 37.)
CLXXXVllI. EXERCICE POUR LE MATIN, ET DE RÉCOLLECTION PENDANT LA JOLRNÉE.
1. Une des qualités que Dieu s'attribue luimême en sa parole et un des noms de sa grandeur, et qu'il a révélé à ses serviteurs avec plus de puissance et de mystère, est de se nommer CELUI qui est, pour nous apprendre qu'il est seul être Infini, absolu et indépendant de tout être; qu'il est la source et le soutien de tout ce qui a existence, et que tout ce qui procède de lui se termine en lui comme en la fin dernière et principale de toutes choses. Aussi un de nos premiers devoirs en l'usage de notre être et Je notre vie, sitôt que nous avons l'usage de raison, est de référer h Dieu l'usage de notre vie, et nous offrir à lui en reconnaissance, adorant et son être infini et son autorité suprême sur nous , et comme nous ne soaimes que par lui, n'être aussi que pour lui au monde. Cette grandeur et qualité de son être, et la |tetitesse du nôtre, nous oblige à plusieurs devoirs. Le premier est de relever notre être de lui, et adorer sa grandeur par notre petitesse; le second est de l'invoquer souvent; car nous avons une continuelle et momentanée dépendance de lui ; le troisième, de vivre selon lui, et nous référer à lui, et nous approcher de sa gloire et de son royaume par la droiture et sainteté de nos œuvres, comme nous approchons sans cesse de son jugement par la b."ièveté de nos jours ; et d'autant que chaque jour fait partie de notre vie, et que, lorsque nous le commençons, nous ignorons tous sur la terre si ce ne sera point le dernier jour d'icelle; nous le devons commencer en nous mettant entre les mains de Dieu et en nous consacrant à lui. A cet effet donc, ouvrant nos yeux pour voirla lumière, ouvrons notre esprit pour penser à Dieu, et employons cette belle puissance qu'il nous a donnée en la contemplation de son vrai objet, qui est lui-même.
Les grands reçoivent, sitôt qu'ils sont éveillés, service de ceux qui les environnent. Mais avant de désirer le service d'autrui, leur première pensée et parole doit être à celui qui est le grand des grands, et le seivir avant que de recevoir aucun service d'autrui, commençant saintement la journée par quelque sainte élévation et prière à Dieu.
2. Pour se recueillir en Dieu, il faut poser ce fondement : qu'il n'y a chose au monde qui soit digne de nous occuper que Dieu seul. De façon que toutes nos pensées, affections et mouvements doivent être en lui; tantôt nous élevant à ses jierfections, sa bonté, sa sapience, sa puissance, sa justice et autres; tantôt nous unissant aux