DE LA SCIENCE
Aux Pères cl tonfrèrts de rOraloiro Je Jésu», qe.i
soûl employés dans les colléjjos.
Sur ces paroles : Deus scieniiarum Duminus ei>l, cl ipsi praparaiiiur co(jilationes. [Il lieg. ii, 5.)
I. Dieu, par Véminenceet infinité de son être, a une souveraineté sur l'esprit , la science, ta fonction de l'homme, tt nous devons prendre soin de lui conserver ses droits. — II. Les écoles chrétiennes doivent être
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distinguées des académies païennes, pur rhumble reconnaissance de notre insuffisance et notre dépendance de Dieu, en Vusage de l'esprit . L'esprit créé procédant de l'esprit incréé, se doit tout référer à sa gloire. L'un des usages de f esprit créé est de se perdre dans ^immensité de l'esprit incréé, et de se garder avec soin de tout retour à soi-tnéme. La 7naniêre que Dieu a tenue en la création de l'homme, nous donne à entendre qu'il a voulu nous consacrer à lui entièrement. Nous somtnes à Dieu par vne consécration primitive, qu'il en a daigné faire lui-même, et nous devons confirmer ses droits par des usages conformes.
— III. Explication de ce; paroles de la Genèse : In^piravit in fnciem ejus spiraculuin vitœ, et du souffle de Jésus-Chrisl ^ur ses apôtres^ en leur donnant le Saint- Esprit. — iV. La création de notre être en Dieu, sa conservation qui est une création continuée, et sa consécration à Dieu, par les mains de Dieu même, 7ious obligea n'en user que pour Dieu. — V.^"^ cette obligation croît infiniment,parcequ'i!plaità Dieu nous faire SCS enfants, et nous donner son esprit et sa vie , et encore par la donation qu'il nous fait de son Fils. Saint Paul appelant Dieu Père des esprits, nous enseigne qu'il donne sa vie aux esprits, car c'est le propre dn Père. — VI. La vie de Dieu est de se voir soi-même, et c'est à quoi nous sommes appelés; et cette vocation à chose si grande ne nous doit permettre de nous amuser à la connaissance des petites choses que le monde estime. — Vil. Explication de ce que saint Paul dit de Dieu, l'appelant Pater s[)irituum, et de l'aynour de Dieu envers l'homme en sa création, en sa sanctification et en sa glorification. Nous nous devons élever à Dieu et l'aimer, non-seument comme Père des esprits créés, mais aussi comme Père de son Fils unique, et comme principe du Saint-Esprit, car c'est sa vie et ce doit être la nôtre, puisque nous sojnmes ses enfants. — VIII. Toutes nos paroles et nos pensées doivent adorer la pensée et la parole du Père éternel, qui est son Fils, et tout notre amour doit rendre hommage à son amour, qui est le Saint- Esprit. Puisque Dieu met son esprit en nous, il est juste que le nôtre en dépende. Puisque le Père nous donne son Fils, c'està-dire l'objet de sa complaisance, il est juste qu'il soit l'objet de la nôtre.— l\.Le premier péché, qui est celui des anges, a été un péché d'esprit et de vanité d'esprit, et cela oblige l'esprit humain de fuir la vanité. Nous devons servir Dieu en humilité d'esprit et en charité. — X. Dans les collèges de l'Oratoire aussi bien que dans le.t autres 7naisons la piété doit prédominer la science. Explication des vertus nécessaires pour la perfection de l'esprit.
— XL Quelles sont les dispositions da)is lesquelles nous devons rechercher la science et en faire usage. L'esprit de Dieu est mis en nous par son Fils, pour nous faire vivre de Jii rie de Dieu , et la considération d'un
moyen si excellent [outre la dignité de cette vie divine) nous doit détacher de tout, pour attacher notre esprit à cet esprit. — XII. Cet esprit ne tend pas seulement à nous faire vivre, mais à nous faire mourir; mais c'est à nous faire mourir à la mort. Nous appartenons à la puissance de Dieu, et sommes redevables « sa justice, voulions ou non ; mais nous ne pouvons appartenir à sa sainteté sans le vouloir. L'effet propre de la science est de nous délier des choses dont nous connaisso7is la vanité et le néant, pour nous élever et lier à Dieu.
I. La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. La condition en laquelle je suis, et lesoccuiiations qu'elle me donne, m'ôtant la liberté de vous voir et visiter moi-mèuio, et me voyant frustré du désir que j'ai toujours eu de servir à vos âmes par ma présence, j'ai recours à l'Ecriture, le supplément des absents, pour vous mander ce que je voudrais vous dire de vive voix.
Une des qualités que Dieu prend en ses titres, et en laquelle vous le devez honorer dans votre profession, est celle de Seigneur des sciences, a Deus scienliarum Dominas est » ( Il Reg. II, 3), dit sa sainte parole, que l'Eglise nous remet souvent en l'esprit et en la bouche de nos offices. Ne passez pas légèrement cette parole dictée {lar le Saint- Esprit : c'est un titre d'honneur que Dieu se donne à soi-même, et un droit qu'il veut [•rendre sur vos esprits. Ne violez pas ce droit, ne ravissez pas à Dieu cette sienne qualité, vous rendant jiropriétaires de votre esprit, de votre fonction et de votre science. Par l'éminence et infinité de sa grandeur, il doit avoir pleine autorité, et même une souveraineté absolue sur ces trois points: et par les lois de sa conduite sur les créatures, il la veut avoir et veut user de son pouvoir sur nous, et il témoigne ce sien vouloir en sa parole. Par titre de justice vous devez céder à son droit, et [)ar titre d'obéissance, à son vouloir; et vous devez rendre 3 l'esprit de Dieu une sorte d'appartenance, de servitude et de dépendance en la conduite de votre intention, en l'usage fidèle de votre esprit, en l'exercice exact de vos fonctions, et en l'humble emploi de votre suffisance, témoignant |)ar effet et |)ar disposition intérieure comme vous adhérez à cette vérité que la foi et TApôtre v.ous enseignent : Non sumus sufficicntes cogitare aliquid ex noOis tanquam ex nobis, sed sufficientia noslra ex Deo est. {Il Cor. m, 5.)
IL C'est la loi fondamentale de notre état, c'est la vérité ([ui doit conduire nos esprits en leurs exercices, et devrait être toujours devant nos yeux, comme jadis la loi devant les yeux des Juifs; cette loi et vérité peu connue dans la pliiio.sophie païenne est très- célèbre en la philosophie chrétienne, qui exprime si souvent et si clairement notre insuffisance et notre dépendance de Dieu éternel. Mais cette différence ne sert qu'à nous rendre plus coupables ; car ayant plus
(IXVHKS DE IMETi;. — Cl. XXXII, USAGE DE L'KSl'IUT ET DE LA SCIENCE
(lo lumiôro de cctle vérilé (iiic les lirions, nous la suivons nussi peu cpie les p.iiens, ol il scinl)le (s'il est |((Minis de le due) que plusieurs académies rlirélicnnes ne respirent guère plus d'humililé d'es|iril , et quehjueHjis moins de vertu cl modestie (jue Jos lycées, les porliijues cl les académies profanes. (Iraiid opprobre h la sapicncc divine et incarnée, qui doit être adorée et .♦<crvi(! par ses lumières, (|ui doit |>résider on ces écoles, et doit reluire et paraître (mi ces oracles de science. Mes très-cliers IVères, on répandant ce peu de lumière que nous avons reçu d'en haut , ne laisons jias ce tort au INre di^ lumière, ni h celui (jui est émané de lui, connue Dieu de Dieu, lumière de lumière, cl (pu èlaiil la sapicnce du l'ère, veut élie la sapience des lif)mmes : Factus est pobis sdincnlid, ce dit l'iù rituro (/ Cor. 1, 30), et s est rovélu de noire humanité, pou!- être notre maiire et docteur, et nous faire part do sa sagesse; c'est ce que vous devez, et h mon avis c'est ce (jue vous voulez. Pour vous ct)n(iuire et alVcrmir en celle inlontion, trouvez bon que je vous dise que le fonds de voire esprit est ù Dieu, car il l'a créé, et il l'a créé à son image et semblance, qui est une autre sorte de dignité et de nouveau ra[>porl nue vous devez avoir 5 lui. Si vous contemplez votre origine sans regarder Dieu, vous no trouverez que le néant, duquel nous sommes tous issus, et qui est notre unique et premier élat hors la main de Dieu, et ainsi le néant nous appartient par le fond de la nature ; le néant, dis-je, absolu, néant d'être, de puissance, de suffisance et d'opération.
Et si nous consultons les règles de la foi, elles nous obligent à croire que nous n'avons rien en propre que mensonge et péché, qui est une sorte de néant,' pire encore que le précédent. {ConclL Ar. ii. ) Tellement que la lumière de la foi, jointe à celle de la nature, ne nous enlle pas beaucoup et n'augmente pas nos droits et nos privilèges. Que si nous contemplons l'origine de notre être en Dieu, il est notre rrinci{)e et notre seul princi[)e, ce qui nous lie à lui, et nous sépare de toute autre chose, pour n'être plus ddhérentsqu'à lui, qui est le seul principe de notre ôlre. Avons donc regard et rapport à lui, ayons rai»port à lui et non à nous, et bannissons tous les retours, complaisances et rétlexions que nous avons facilement au regard de nousmêmes. Dieu est esjtrit et es|)rit infini; il I)récède tous esprits par son éiernité, il les surpasse tous jiar son infinité, il les contient tous par son immensité, il les doit tous régir par sa puissance. En la présence de cet esprit suprême, éminent et dominant, tout esprit créé doit fondre comme un néant, et, s'abîmant en laprofondité de l'être divin, doit s'abandonner et se jierdre heureusement en Dieu. Celte perte, abandon et abaissement doit être le i)remier, le principal et le plus fréquent usage de notre esprit, et c'est à quoi nous devons consacrer notre jouissance et employer notre lumière et
suffisance, si nous en avons tant soil peu.
(Ju(! nous sommes c(jupabies d'en user autrement 1 (Jue nous" sommes sacrilèges de ravir à Dieu ce (jui est à lui et non pas à nous, ce qui vient de lui et niMi i)as do nous, et d'autant plus sacrilèges <pie le fonds que nous lui ravissons lui appartient |)ar tant de titres et lui est con>acrô et dédié |»ar lui-môme 1 Car il me semble (juc c'est la pensée en laquelle nous devons entrer, voyant dans la (ienèse, c'est-à-dire dans le livre de notre nais>ance, que Dieu, formant toute créature par sa simple pcrcdo, a voulu employer et sa parole ol ses mains à former l'homme. Il me semble, uis-je, (jue lorsque nous sommes ainsi en ses mains, il nous forme, il nous consacre, il nous dédie et nous olfrc par ses propres mains à lui-môme, et (pie c'est une sorte de consécration primitive, comme essentielle, comme naturelle h notre êire et aussi ancienne que notre ôlre, par la(pielle notre ôlre, comme émanant de Dkmi et formé de la main de Dieu môme, apparlicnl ci Dieu d'un droit si fort, que rien ne le |»eul violer; et d'une iiropriélési intrinsèque et inséparable, que le diable et le péché ne la peuvent ravir et 6ter. Car c'est comme un caractère imprimé de la main de Dieu dans notre être, et im- I)rimé si avant, que rien ne le [)eut elfacer et détruire, que l'anéantissement de l'être même. Prenons plaisir à nous voir être à Dieu, et être ainsi à Dieu, c'est-à-dire être à lui par une si l>onne main, et si puissante que la sienne; et conûrmons un droit si légitime et si honorable, que le bon usage de notre âme, en renouvelant, par l'exercice vertueux de nos puissances, le privilège de notre essence.
111. Voyons encore comme nous appartenons à Dieu, en une nouvelle manière projtre à l'homme. Car il est dit de l'homme seul en sa création, que Dieu, le formant de ses mains, inspiravit, ow selon les Septanle, insufflavit in faciem ejus spiraculum vitœ {Gen. II, 7) ; comme si par celle forme de parler, on nous donnait à entendre que notre esprit naît d'ailleurs que de la terre, et que son origine est céleste, qu'il est émané de Dieu et non tiré de lu puissance occulte de la matière ; que Dieu le tire du profond et intime de soi-même, comme le souftle procède de l'intérieur de celui qui soufUe; que cet esprit est comme quelque chose de Dieu même, et comme une portion sainte et sacrée de son esprit; car celui qui souftle sur quelqu'un, d'onne quelque chose du sien à icelui ; et de là les païens ont appris à nommer l'âme , ditinœ parliculam aurœ. Et ce qui est bien [ilus remarquable , il semble que de là même le Fils (Je Dieu ait tiré la cérémonie religieuse dont il a usé lorsqu il a donné son esprit à ses apôtres, en souftlant sur eux : Insufflavit^ et dixit, etc. {Joan. îx,22.) Comme s'rl leur eût fait connaître, par celte cérémonie eitérieure, qu'il leur donnait par grâce lespr.t de ce même esprit qu'ils avaient rec^u par la nature. A'oila noire naissance et origine
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qui nous apprend fe droit que Dieu a sur nous, et le sentiment que nous devons avoir envers Dieu.
IV. Ce droit augmente, et ce sentiment se confirme et accroît par la suite d'un nouveau bénéfice ; icar nous devons au même Dieu notre conservation, auquel nous sommes redevables de notre création, et la même puissance et bonté qui nous produit, nous conserve en être ; et ce qui est considérable, nous y conserve par la même action par laquelle elle nous a produits, ce qui nous met en une plus grande dépendance de Dieu. Car notre conservation est une continuée création et production de notre être, et par icelle nous sommes incessamment en la main de Dieu, en la main de Dieu, dis-je, toujours opérant eu nous, et toujours nous produisant et tirant du néant, tellement que, s'il cessait de penser à nous, d'opérer en nous et de nous produire au même moment, nous cesserions d'être. O grandeur 1 ô bonté 1 ô puissance de l'être incréé 1 ô bassesse ! ô misère 1 ô indigence de l'être créé; toujours tendant au néant, toujours indigent de son Dieu, et toujours en la main de Dieu, qui le soutient e*t lui donne toujours nouvellement tout ce qu'il est! Et nous employons cet être à un usage si éloigné des intentions de celui qui nous le donne et nous le demande, et qui a bien droit de nous le demander, et d'en vouloir tout l'usage, puisque lui seul nous le donne, puisqu'il nous le donne incessamment et par une donation toujours nouvelle et réitérée à chaque moment; puisqu'il nous donne en lui-même, et que nous ne le recevons qu'un sa main et en cet état si dépendant et indigent. En cette main puissante de Dieu, osons-nous penser à nous et non à lui, nous référer ànous-mêmes et non à lui, nous complaire en nous-mêmes et non en lui?
Certainement si le fonds de notre être et de notre esprit est à Dieu, est ainsi à Dieu, c'est-à-dire est à Dieu si absolument par la création, si continûment par la conservation, si saintement par la consécration qu'il a faite de notre être à soi-même, en nous créant , tout ce qui est procédant ou dépendant de ce môme fonds est aussi à Dieu ; car en terme de droit, à qui le fonds «ippartient, tout ce qui vient dans ce môme fonds lui appartient aussi. Et par ainsi toutes nos actions et fonctions appartiennent à Dieu, et doivent être consacrées à son lionneur; et c'est le continuel hommage que nous devons rendre à Dieu, dans l'usage de notre être même considéré tout simplement dans les limites du droit naturel.
V. Que si de la nature nous passons à la grâce et entrons en considération de ce à quoi nous sommes appelés , combien s'augmentent nos devoirs, et combien s'accroissent nos coulpes et nos oQenses? Car la bonté de Dieu est si grande envers nous, quil ne se contente pas de nous traiter comme ses créatures, ni de nous avoir formés de ses mains et nous avoir comme tirés de sa substance, il nous traite comme ses en-
fants, il nous donne en son état cette éminente qualité : Dédit eis, dit le bien-aimé apôire de Jésus, potestatem filios Dei fieri {Joan. 1,12); il nous donne son esprit comme à ses enfants, et il nous rend capables de le voir, de l'aimer et de le posséder, comme ceux auxquels il a donné son esprit. Retirez-vous un peu de vos pensées communes et ordinaires et entrez en celleci. C'est la plus haute pensée de Dieu sur nous, et la plus digne d'occuper, vos esprits et vous y êtes vivement intéressés. Dieu ayant dans ses trésors plusieurs sortes de grâces et de faveurs, il ne veut pas simplement que nous soyons ses serviteurs, mais, par un excès d'amour, il veut que nous nous appelions ses enfants et que nous les soyons, et même ayant dans le secret de son essence et dans son sein paternel un Fils unique, il veut ouvrir son sein, pour nous donner ce Fils, pour l'associer à nous par nature, nous associer à lui par grâce, nous rendre ses cohéritiers, comme étant ses frères (ainsi que lui-même nous appelle), et nous faire participer à son esprit, comme étant ses membres, et enfin nous communiquer ses trésors, ses délices et sa puissance. Tellement que, par la grâce de notre vocation, nous sommes enfants de Dieu et membres de Jésus-Christ, entrant en union avec Dieu, en unité avec son Fils unique. C'est pourquoi en l'Ecriture [Maith. vi, k et passim) Dieu se nomme notre Père et nous commande même de l'appeler ainsi et recourir à lui en cette qualité; et saint Paul {Hebr. xii, 9), le nomme de ce beau nom de Père des esprits ; et un autre apôtre [Jac. i, 17), Père des lumière s j.[iO\îr nous faire entendre qu'il n'est pas seulement principe, pour donner être aux esprits, aux lumières vives et intelligentes, mais qu'il leur donne sa propre vie, ce qui est propre au Père, et ne convient qu'aux esprits, et non pas aux autres choses créées, qui participent bien de l'être, mais non pas de la vie de Dieu.
VI. Pesons, je vous [)rie, ces vérités si imjiortantes. Nous avons h vivre une éternité, car nous sommes immortels; nous avons à vivre avec Dieu, car il n'y a point de vie qu'en lui et avec lui, et qui sera séparé de lui, sera séparé de la vie. Nous avons à vivre avec Dieu, de la vie de Dieu, non de cette vie basse et misérable que nous avons maintenant, mais de la vraie vie qui est la vie de Dieu même. Or cette vie est la vie de l'esprit, et c'est l'esprit qui doit vivre de cette vie, car c'est la vie de Dieu, et Dieu est esprit. Dieu est un esprit suprême, il est le premieres[)rit et la source de tous les esprit^;; et la vie de cet esprit suprême ne peut être qu'en la vue et connaissance du plus bel objet, c'est-à-dire de lui-même. C'est la vie, c'est la joie, c'est la lélicité de Dieu, et c'est celle en laquelle nous devons tous entrer selon sa parole, si nous sommes comme ce serviteur fidèle, auquel il dit : Jntra in gaudium Domini tui. {Matlh. XXV, 21.) Voilà la vie de Dieu, voilà la vie à laquelle nmis sommes appelés,
(liUVUES DE PIETE. - CLXXXII, USAGE DE LESI'IUT ET 1>E LA SCIENCE.
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voir Dieu et ôl-ro al)îm6s en sa vue cl en la félicita tl« celle connaissance.
Que laisnns-iu)us de vivre en nous-inônies cl non pas en Dieu ; de nous glor ilior en In connaissance de si petite cliose, cl n'ôlro pas ravis en la vue, en l'espérance el en l'attente de choses si grandes? Oue sonunes-nou>? (pie savons-nous? nous sommes un [leu de [)oussi'''re el n(jus savons 'piehpie cliose des langues el des sciences humaines, el cela encore, cond)ien ohscurémenl? combien fail»leinenl ? Kl <piand tout cela serait en sa perfi-clion, (j'.resl-ce au regard de la langue el de la sciemx* des anges (jui parlent si liaulemenl, el savent si nohlemenl toutes choses? et qu'est-ce encore de toute celte connaissan<:e naturelle des anges, au regard do cell*»ile Dieu, puisque le premier de tous les anges avec toute sa (onnaissance, n'a pas laissé de se perdre? Nous sonunes appelés à choses plus grandes, nous sommes ap'pelés à connaître, non ce inonde, mais l'auteur du monde, el ;i vivre en lui et de lui une vie sans lin. Grande est notre dignité de vivre do la vie de Dieu et d'avoir pour notre félicité la félicité de Dieu môme l A[»pelés h un si rare oitjel h un exercice si divin, à uno vie si haute, à une félicité si grande, ne ravalons pas nos esprits à choses si basses, ne mettons pas notre plaisir h uno vanité si petite , ne nous dégradons pas si fort de notre notre noblesse et dignité, non humaine, non aiigéli(pie, mais divine, mais propre à Dieu môme; puisque nous avons par sa communication ce qui lui est propre par son essence, el possédons par grâce ce qui lui convionl par nature. O nature! ô grâce 1 ô commuiiicalion de Dieu! ô vision de Dieu!
c'est notre vie et notre vie pour jamais, ne nous contenions de rien moin.s.
VII, Une des qualités que Dieu se donne à soi-même en sa [larole, c'est de s'appeler le Père des esprits : Pater spirituum. {Uebr. xii, 9.) Qualité belle, grande et attirant nos esprits, non-seulement par hommage, mais aussi |>ar amour, h regarder el à nous lier à celui qui est Père des esprits. El si nous avons de l'esprit, nous le devons convertir à celui qui étant Père, et parlant principe des esprits, a droit, en celte qualité, d'être adoré de tous les esprits créés, et par son éminence, et par son autorité d'émanation et d'intluence sur tout es|)rit : et comme il est tellement princi(»e, qu'il est Père des esprits qu'il produit; en cette qualité de Père il a un amour pour les former à son image el sembhince, en les produisant hors de >oi ; un amour pour les tirer à soi par sanctiti.alion, et encore pour les faire rentrer en soi-même par gloritication, c'est-àdire, par consommation dans sa sainteté et sa gloire tout ensemble. Or, comme il est Père el en fait les ollices jusqu'à ce |)oint, nous lui devons correspondre en celte si aimable qualité et lui rendre amour pour amour, n'opérant, ni ne respirant que pour nous délaisser à lui, afin qu'il accooi-
plisso en nous lous ses difins et adorables vouloirs.
('/est h quoi nous oblige ce titre si agréable fie Père des es|»rils, el je ne sais si en vertu «le ses paroles nous oserions dire, (pie comme Dieu par son essence est iN-ro el principe de tout esprit créé, aussi Dieu le l'ère en >a personne esi l'ère d'une personne incréée el spirituelle, (pii est son Fils; et avec lui c^t [irimipe d'une aulre personne incrééo cl spirituelle, qui est le Sainl-Ksprit : et que comnn? nous devons regarder cl aimer Dieu en son essence, comme Père de tout esprit créé, nous devons avoir le même regard, amour et adoration à Dieu le Père, comme Père de son Fils unique, comme princifie du Sainl-Es|»ril, comme source et origine de tout c(^ <\n\ est personnellementsubsislant en la divinité, selon que les Pères l'afipellent : Source de la diviniU; c'est-à-dire, do toute; l'éiuanalion f>ersonnelle et communication substantielle qui est dans la Divinité. Ce qu'étant, st rvons-nous de ses pensées [lour élever notre esprit et le tirer de sa bassesse, pour remplir sa capacité de ces choses hautes, grandes et divines, et le désemplir de lui-même et des choses de la terre. Nous sommes un néant, qui se rem[)lil et occupe aisément de rien : car quand nous aimons et estimons quelque connaissance des langues, en sorte que nous ne donnons aucun lieu aux pensées plus importantes, que faisons-nous autre chose, sinon nous remplir du néant? Ce sont des paroles nées depuis peu de temps, et qui passent avec le temps, el dont encore nous n'avons que l'écorce et la superficie. Ce sont paroles que nous n'avons que par emprunt, el non la propriété ni l'usage même en sa j)erfeclion. Regardons, aimons el adorons une autre parole, une parole divine et substantielle, une parole éternelle, la parole du Père éternel, parole que Je Père éternel produit toujours en soi-même, ne cessant jamais en celte production admirable, parole même qu'il produit en nous. Car il la produit toujours, il la produit partout où il est; mais nous n'y pensons pas, et l'adhérence de l'âme à ce corps périssable, emi)êche que nous n'ayons la vue de cette production divine. Mais quand le voile sera retiré pour voir Dieu en son essence et en ses productions, fjue nous serons surpris en la vue de cet objet! Que nous aurons d'amour et de ravissement vers le Père produisant son Verbe, vers ce môme Verbe produit et vers sa production môme ! nous croyons ces choses, mais nous n'y pensons pas, el nous nous laissons vainement éblouir de nos conceptions et enfantements d'esprit, qui nous occupent et nous aveuglent, el [)ar une folle vue nous font perdre la vue, l'amour et radoration de cet objet éternel et divm, qui est l'amour et la complaisance du Père.
VIII. Que s'il nous semble que nous n'a -. vons pas d'aitachemenl aux paroles, que nous sommes occupés en la réalité des choses, nuire vanité est un peu plus délicate,
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et est élevée d'uA degré plus ha\it, mais c'est toujours misère et vanité, et nous devons nous en tirer par la même pensée que In foi nous pro[)Ose, et par la perfection adorable (les productions divines ei éternelles, corriger nos imperfections dans les productions imparfaites de notre esprit humain et créé. Car le Père qui produit son Verbe, ])roduit encore une autre j)ersonne, qui j)orte le nom d'esprit et de Saint-Esprit, esprit d'amour et de vérité, et nous devons faire le même usage de cette production, que nous avons marqué de la précédente. Kt comme toutes nos pensées et toutes nos })arOlcs doivent adorer la pa^-ole éternelle, qui est l'unique pensée du Père ; ainsi toutes nos affections doivent rendre hommage à ce })remier amour produit avant tous les temps, qui est le Saint-Esprit.
Ajoutons que, puisque le Père nous donne son esprit, ce n'est pas pour être assui'elti au nôtre, mais pour conduire le nôtre, •uisqu'il nous l'envoie du plus haut des cieux et nous l'envoie en langues, c'est pour parler, mais pour parler de lui et de ses œuvres et non pas de nous. Puisque le Père nous donne son Verbe et son Fils, et nous le donne en une manière si parfaite, qu'il est tout nôtre, et qu'il semble nous en donner et l'usage et le fonds à perpétuité, il est juste que ce don nous agrée, que ce Verbe nous occupe, que ce Fils incarné soit l'objet de notre entendement et occupation, et qu'au lieu de nous regardernous-raêmes, il soit l'objet de notre regard, de notre amour, de notre complaisance, comme il est l'objet, le regard, l'amour et la complaisance du Père éternel. C'est la pensée que nous devons avoir dans le parfait usage de nous-mêmes, c'est l'objet auquel nous devons adhérer, c'est en cette seule occupation que nous pouvons et devons i)arvenir à le. gloire pour laquelle nous sommes créés; et nous sommes coui)ables de faire si peu d'usage de cet esprit et de ce Verbe, et })rendre si peu de soin d'adhérer à l'esprit de Dieu, et de référer nos petites bnuières à la gloire et splendeur éternelle du Père.
IX. Le premier péché du monde est un jiéché d'es|)rit et fait par des esi)rits excellents en leur nature, et au regard desquels les esprits les plus rares de la terre ne sont rien, ne peuvent rien, ne savent rien. Car si nous jugeons sainement, notre plusgraml fonds consiste à savoir peu de paroles latines, grecques et hébraïques, et quelque ])efile partie desclioses qui assiègent et environnent nos sens, et quant à ce qui est de Dieu, de savoir plutôt ce qu'il n'est pas que ce qu'il est, tellement que nous sommes en état d'avoir plutôt confusion de notre ignorance que ])résom|)tion de notre science ; et la vue de notre jtcu de science ne devrait servir qu'à nous couvrir de honte, puisque ce que nous ignorons est incomparablement plus grand que ce que nous savons. Or le péché de ces esprits a été un péché de vanité d'esprit et un péché de la science et connaissance d'eux-mêmes, c'est-à-dire d<^
la connaissance|du plus digne objet qui fût lors après Dieu même. S'ils ont péché en la connaissance de ce divin objet, lequel même nous adndrons encore en la lumière de la foi tant il est élevé, nous devrions craindre de pécher par vanité, en la connaissance de tant de petits objets qui nous occupent.
Et encore qu'elle soit accompagnée de prétextes de charité, souvenons-nous qu'un des premiers i)échésde la terre en laquelle nous sommes exilés et bannis du paradis, a été un péché couvert de {prétexte et d'apparence de religion, qui fut le sacrifice de Caïnadorant Dieu, en lui offrant les fruits de la terre, mais])ar un autre principe que de reconnaissance et d'hommage; qu'ainsi offrant à Dieu. les fruits légitimes de nos esprits, mais par un autre principe que deson honneur et de son amour, nous pouvons faillir, et que parlant nous devons avoir un très-grand soin de nous préserver, non-seulement de nos actions extérieures et matérielles où il peut y avoir du désordre, mais encore même des actions spirituelles et des actions charitables où il peut y avoir du dérèglement et de la vanité. Servons à Dieu en esprit et vérité, servons à Dieu sans vanité, car la vanité est opposée à la vérité. Servons à Dieu en humilité d'esprit et en charité, car Dieu est esprit d'amour et de charité, et puisque l'esprit de Dieu même par saint Paul nous avertit que scicntia inflat, charitas œdifîcat (/ Cor. VIII, 1), joignons la science à la charité et à la piété, nous contregardant des péchés et imperfections qu'elle apporte avec soi.
X. Nous devons tenir nos maisons comme écoles et exercices d'esprit, ainsi que les anciens en avaient pour les exercices du corps ; et en icelles nous devons nous exercer aux vertus de l'esprit, nous nous y devons exercer par esprit, et nous devons travailler à acquérir l'esprit, source et origine de toute vertu qui est l'esprit de Dieu, l'esprit deson Fils unique, Jésus-Christ Notre-Seigneur,et nous dépouiller de notre esprit pour avoir cet esprit, qui sont trois j)oints grandement importants et nécessaires pour la conservavation et rénovation des esprits parmi nous.
Ce sont vos devoirs et (;e sont les miens, et ces vérités me semblent de si grande importance, que je me tiens Irès-étroitemcnt obligé de vous les ré|)éter souvent , et de veiller sur les maisons des collèges entre toutes les autres, alin que, comme il y a plus d'exercice de l'esprit humain, les exercices de res|)rit do Dieu ne s'y dinnnuent pas, et (lue l'usage de la piété prédomine l'usage de la science. C'est [)Ourquoi nous désirons que l'oraison, la fréquence des sacrements, l'abnégation intérieure et extérieure, les conférences spirituelles et les pratiques d'humiliation n'y soient jamais omises non plus qu'es autres, comme en ayant jiius de besoin et autant d'obligation. Etant maisons d'un même corps, il y faut même esjiril, même dessein, même conduite, et d'autant
OHl VRES DE riETK. — (.lAXXII. USAC.E DE F/ESPRlT ET DE LA SCIENCE
plus que rGS[)ril est orné do .scionc»', ffliit «voir soin .rorncr l'ilnic' «le vertus •Min ijue son ortii'tnenl soil coiniilct, et (|uY«l.nit eniiM'Uro il'iin eùlé ji.'ir !.'i liiniière cU; l?is< leneo, «•Ile ne^oil |t.-i.s enl.iiilio par le dél.julde vertus Miornles et cliréliennes, et pnr le d(''r.iiit lie l« grAre encore nui est son princip.il ornenicnl. Or, entre 1rs vertus de l'esprit n<^r.essaircs h tons e(Mix <|ui enseignent ou qui étudient, celles-ci sont les prineipaNvs, et d'où déperulent toutes les autres, h savoir: riiuunlité d'esprit contre la présomption, l'assujettissement d'esprit contre la iicenco et la liherté (|U(! l'esprit se doruie, la modestie de l'esprit contre l'ariogancc et la lémériié, l'unilormité d'esprit contre la mauvaise iiis[>osition de ceux qui ne se plaisent qu'à eontrediro, étant du devoir des Chrétiens, et plus paitiiulièremonl des personnes vouées et consacrées h Dieu entre les Chrétiens, de mettre leur excellence, non pas h vaincre autrui, mais h se vaincre eux-mêmes et h se oonformer à l'esprit d'autrui par une humble et charitable c<mdescendance, et par une partaiie soumis>ion de leur esprit à l'esprit de Dieu qui doit être notre rùgle ei notre es- |>ril.
\I. A cet eil'et, il faut preraièremont regarder Dieu et non [>as soi-même, et ne point opérer f)ar ce regard et recherche de soi-même, mais par le regard purdc Dieu, et auparavant que de dire ou faire quelque chose, jeter notre regard sur Dieu pour tirer de lui notre conduite : Ad te ievati oculos tneos nui habitas incœlis. {Psal. cxxii, 1.) Dieu est le plus digne objet que notre esprit puisse contempler, et aimer Dieu est la plus grande action que ce même [esprit puisse exercer. Si donc i-ous avons de la force et du courage, emjiioyons-le 5 ce plus digne objet, et à cette plus grande fonction, et vovons(jue c'est bassesse (jui nous incline et nous tire [>lus à connaître qu'à aimer. Secondement il ùul convertir notre science et iiotre[)uis5anceà aimer Dieu elle servir dans les âmes, et nous ressouvenir de l'avertissement que donne saint Bernard (serin. 3G in Cant.]; Alii sciunt ut sciant, et est curiositas : alii sciunt ut sciantur, et est vanitas ; alii sciunt ut œilificent, et est charitas. Car c'est en eette dernière manière et par cet esprit de zèle ei de ( liarité, que nous devons travailler aux sciences et employer nos lumières et nos connaissances, non pour notre intérêt et notre contentement, ni pour nous satisfaire, mais pour satisfaire à Dieu et à notre prochain ; non uour nous élever, mais pour nous élever à Dieu et pourétablir sa lumière, sa gloire et sa grandeur dans les .'imes ; non pour nous donner gloire, mais pour la rendre à Dieu h qui seul appartient l'honneur et la gloire de toutes les choses qui procèdent de lui, et particulièrement la gloire des labeurs de notre esprit, [luisqu'il est le souverain des esprits et des sciences, et que nos pensées sont disposées par lui et pour lui: Iitipsi ])rœi)arantur cogitnliones. (IJ Hcy. II, 3.) En troisième lieu, il faut que ikjtre jsprii leconnaisse un autre esprit, es-
prit iii'Téé, esprit éternel, cs|)rit des esprits, letpiel ils adorent et au conseil dii- (picl ils se rendent, n'agissant qu'en sa déjiend,ince et en sa conduite. Mn quatrième lieu, il faut pareillement reconnallre que le conseil du Fils de Dieu cnvoNé de son l'ère en la terre f)our nous sauver, nous régir el nous conduire nu ciel, est de mettre son esprit dans resj)rit de l'homme, comme il a mis sa divinitedans la chair qu'il a prise pour donner vie aux hommes, et un moyen 'si grand et si divin est enifdoyé pour nous faire tous vivre do l'esprit de Jésus, esprit divin, adorable et aimable, ettjui mérite tant d'être reeherché d<! tous les esprits créés ; car c'est leur vie et leur grandeur, c'est leur gloire et leur félicité qui les élève et unit au Père des esprits et les fait être, vivre el opérer en Di(;u même,
XII. Mais cet esprit, pour nous faire vivre en lui, nous veut faire mourir à nous-mêmes, el c'est CG que le sens .humain ne veut pas, et ne voit pas que c'est pour nous faire mourir à la mo.t, et nous faire vivre h la vraie vie. Carie péché a établi la mon et aucori)s et en l'Ame ; le péché nousasé[)aré3 de Dieu c'. attachés à la créature, et res|>rit de Jésus vivant et subsistant en la divinité et par la divinité même, l'esprit de Jésus uni personnellemenl à la divinité» nous veut faire être et subsister en lui, veul s a[)piiquer à nous el nous détacher des choses créées, veul vivre et habiter en nous, veut opérer par nous et eu nous les effets de' sa vie en la terre.
Quel esprit ne doit désirer cet esprit? quelle personne vivante ne doit souhaiter cette vie ? Devons-nous être attachés à des pensées et conceptions basses el perdre les opérations toutes célestes de cet esprit divin ?
Ce [)eu de suffisance et de connaissance que la terre nous iieut donner, nous doit-il faire manquer au ^■erl>e éternel et perdre ia lumière et la conduite de la sapience incarnée? Ce peu de subtilités et de vérités que Platon et Aristoleont apprises au monde, doitil avoir [dus de poids en notre esprit (jue les vérités et les effets de Jéius qui est la vie et la vérité tout ensemble ? et notre esprit qui est un fond sans fond, et un abîme d'ignorance, doit-il se [)laiie en ses petites pensées, et ne f)as entrer en ia complaisance que le Père éternel a sur son Fils unique, sur son Fils bien-aimé, la vie, la gloire ci la félicité des hommes et des anges, et la vie de Dieu même ?
Kecherchons, adorons el aimons ce Dieu vivant et éternel, cet esprit de vie el de vérité. Quittons volontiers nos bassesses pour entrer en ses grandeurs et hiutesses, mourons facilement à nous-mêmes, l'our vivre en lui de la vraie vie et de la vie immortelle, et offrons notre esprit à son esprit, afin qu'il soit notre esprit, notre suffisance et noire lumière, reconnaissant sa souveraineté sur tout esprit et sur toute science. Employons notre science el suffisance à rendre honneur en la terre, à celui duquel il est dit : Deus
gcicntiarum Dominus est, et ipsi prœparantiir cotjitationes. [Il Reg. ii, 3.).
Cnnsiflérons que le dessein de Dieu sur nos âmes, c'est notre sanctification : Uœc est voluntas Dei, in vobis sanctificatio vestra [I Thess. iv, 3) ; que la science nous est donnée pour nous en être un moyen, et que cela ne peut réussir si nous nV pensons, si nous ne le voulons, si nous ne travaillons à rejeter tous les empêchements. Nous appartenons à la puissance de Dieu et nous sommes redevables à sa justice, sans le vouloir, sans y penser ; mais nous n'appartiendrons jamais à sa sainteté, si nous n'y pensons, si nous ne le désirons, si nous n'y travaillons à bon escient et assidûment. Pour arriver donc à cette sanctitication par cette science, ayons soin de rendre hommage à Dieu, Père des lumières^ et 5 son Fils bien-aimé, Lumière des lumières, \a.[)rem\ève lumière })roduite, l'éclat et la splendeur du Père, source de toute la science qui est en nous ; consacrons-lui notre esprit et notre étude, et les fruits de l'un et de l'autre. Oue notre science, au lieu de nous entier, nous élève à Dieu ; au lieu de nous lier à nous-mêmes nous délie de toutes les choses créées, et, conduisant nos pas par les créatures comme par des voies que la divine Providence a ordonnées, qu'elle nous fasse aspirera la vie incréée, au repos sans trouble, à la lumière vraie, à cette lumière qui est sans ténèbres et sans tache; à Dieu immortel, auquel avec son Fils et le Saint-Esprit, soit honneur et gloire es siècles des siècles. Ainsi soit-il.
CLXXXIII. COMMENT ON DOIT SE CONSOLER DE LA PEHTE DE PERSONNES QUI NOUS SONT CHÈ- RES.
A iiiadaine la ducliesse de Guise , en la mort du R.P.Ange de Joyeuse, arrivée peu de leinps :iprés le décès de M. de Moiupensier.
Madame, 1. S'il estainsi que la providence et bonté de celui qui fait toutes choses en poids, en nombre et en mesure, va mesurant, selon la portée de nos forces, les travaux et afflictions qu'il nous envoie, il faut bien que la saj)ienie divine reconnaisse et su[)[)ose, ou que du moins elle pose et établisse en votre esprit une grande force et résolution pour soutenir des combats si grands et porter des é[)reuvessifortescomme celles qu'il vous ])résente. Car hélas I nous voyons (et non sans le sentir bien vivement) qu'après la perte récente d'un qui était un autre vous-même, vous()cr(lcz de nouveau celui que vous reconnaissiez après Dieu pour l'auteur et principe de votre être, et pour l'image vive do l'autorité que le Père éternel a sur ses enfants, et que, lorsque vous attendez en langueur sa présence et son assistance pour essuyer les larmes que le décès du premier a tirées de vos yeux, il vous faut rentrer en de nouvelles douleurs, et confire derechefcei esprit en de nouvelles larmes. La première plaie qui a navré volrecœur en la mort du premier» étant h peine tant soit peu refermée, il la laut rouvrir par celte triste nouvelle, que
vous porte madame la marquise de Magne-lay, qui a voulu quant et quant vous porter la présente.
2. Tandis que vous considérez cet objet de l'œil que la nature vous a donné, vous y trouverez bien de quoi détremper et dissoudre la la force et la solidité de votre esprit dans un torrent de larmes, et aussi ne voudrais-je pas en arrêter le cours entièrement, puisqu'elles sont répandues sur un sujet ({ue je connais digne non-seulement de vos larmes, jnais aussi de tous ceux à qui cette pei'le estcommune avec vous, et qui [lar piété possédaient heureusement ce dont vous jouissiez pleinement par le droit de nature et de piété tout ensemble, ei qui doivent maintenant joindre leurs larmes aux vôtres pour pleurer la perte de cet objet rare et singulier en notre âge. Car notre foi ne nous commande pas l'insensibilité, ains au contraire elle nous fait voir et adorer l'impassibilité même (c'està-dire la Divinité) revêtue de notre sensibilité et comme fondue en larmes sur le tréjias et le tombeau de son hôte et ami le Lazare. Mais comme l'état de notre religion sainte, [)ar sa douce et sage conduite, donne temps et lieu à la nature , aussi par la puissance et la force de la grâce, il nous porte et convie à modérer les larmes et à noussouvenirque nous sommes hommes et Chrétiens tout ensemble, et qu'en cette qualité nous devons poser des bornes et à nos tristesses et à nos j)laisirs, et que, si bien nous avons licence de nous attendrir et [)leurer en nos afflictions en tant que hommes affaiblis par cette chair fragile qui nous environne, aussi comme Chrétiens et doués d'une lumière et assistance plus forte, nous devons percer plus avant, et d'une vue [lénétrante, reconnaître parmi le nuage de nos douleurs et des accidents communs de cette vie quelque chose de divin, et porter notre esprit à des pensées plus hautes, en des sentiments l'ius spirituels et en des mouvements plus célestes et divins.
3. C'est ce que requiert votre piété, Madame, c'est ce qu'attend de vous maintenant celui-là même que vous pleurez amèrement, après l'etlusion de vos larmes, et (si je l'ose dire) plus que vos larmes ; c'est ce que vous devez rendre à sa vertu et à sa piété reconnue de tous. Car ce serait lui faire tort de le regretter seulement comme ont fait le commun des hommes, auxquels on ne joeut et on ne doit rendre rien de plus que des larmes, au lieu que son mérite et son exemple rare et singulier en nos jours, passe plus outre, et demande qu'outre les larmes, le sacritice de votre cœur à Dieu intervienne, [lour dignement célébrer les obsèques de celui qui s'est immolé, et en la plupart de ses jours, sacrifié lui-même sur l'autel de la croix et de la religion en hostie de louange à la Divinité, et que vous ayez des pensées plus élevées et des affections plus divines que celles qui font sourdre ces larmes, pour honorer dignement la mémoire de celui qui avait son es[)rit si élevé au ciel, et son cœur si renq'li de Dieu,
liia cruvRES de pietk. — clxxxiii. consoi.ations sl'k la i»eute des phoches. urA
Lindis (jiK^ nous lo voyons marc.licr coinin»; lions snr la fnco do la icrie.
k. IVMini'liez donc, Madanio, qno jo vous dise, pour no niaïupior h ((• (|ue jo dois el ft vous el h la niémoii-c du dùlunl. (jn'(nitre ot après lo devoir (pie la nature lui rend pleineuKMit par ses larmes, il faut «pio la piélé, (pii est on vous plus puissarilo el plus précii'uso (juo la nalure, lasse aussi .>on ollice el (pi'elle répande devanl Dieu l'odeur el le parfum de plusieurs .saintes pensées et alleclions , ptujr accompai^ner di^nemcnl le vol de celte Ame h Dieu, el l'odeur suave (jui reste à son l']}^liso,(ics allions vertueuses «.*l singulières iju'elle a exercées durant son séjour mortel, (^ar comme vous avez re<;u de Dieu ileux sortes de vies : l'une en Uwiuelle vous subsistez humainement par la nature, l'autre en la(}uelle vous vivez divinement par la urAce, aussi devez-vous avoir deux sortes d exercices el d'emplois selon l'usage de ces deux vies, en rohjet qui se présente cl en l'accidenl <jui vous est survenu, et vous y avez l)esoin de deux vues el de deux cœurs dillerenls : l'un pour vous condouloir selon la nalure, l'autre pour vous consoler el élever selon la grAce. Et lors vous adressant et applniuant h Dieu sur ce sujet, vous reconnaîtrez, tjue si un cheveu de notre tête ne péril point sans son vouloir , beaucoup moins cette perte grande et signalée ne vous est-elle arrivée que par ordijniiance, sous laquelle tout pouvoir et vouloir doit tléchir; (pie c'est l'hommage que nous devons à l'Etre souverain et inlini de Dieu, pour l'être el la vie que nous avons rei^'ue de lui, (jue de la lui rendre lorsqu'il nous la demande, el de mettre à ses pieds tout ce qui est de nous et des mjtres, à ce qu'il en dispose selon sa volonté, et que cette reconnaissance et soumission est un des points de la soureraineté de son état et un des tleurons de sa couronne, et une des marques de son emjiire absolu sur ses créatures, qu'il ne lui faut pas ravir el dénier.
5. (Jue la grandeur de celui que vous adorez el aimez uniquement (et laquelle vous ne voulez pas lui envier ni approprier il rien de ce (pie vous aimez sous son [)0uvoir), et d'être seul le Koi des siècles, comme l'appelle saint Paul, d'autant qu'il partage bien avec les hommes ses autres grandeurs et couronnes, tant en la terre comme au ciel, mais non celle-ci qu'il a réservée ù lui seul. Car chacun, pour grand el monarque (lu'ii soit, [lour saint el vertueux (ju'il puisse être, est sujet au temps, non-seulement en l'accessoire, mais même au principal de sa vie, et ne j)eut ajouter un iiK.ment h ses jours el à sa duiée. Et si, après avoir rendu h Dieu ces hommages et ces reconnaissances d'un cœur humilié en vous et élevé en lui, il vous plaît de rabaisser l'œil de votre esprit sur vous-même, vous reconnaîtrez assez par les deux accidents derniers qui vous sont arrivés en si peu de temps, les vicissitudes des choses bumames , el combien prompt est le retour
des contentements et grandeurs do la terre, (juo vous avez posséfléN et (jue vous voyez (léjh on leur période, et qui commencent de si bonne heure 'i tirer de vous autant de larmes el de douleurs que vous avez ou d'honneur et de contentement, de vous voir filh» de l'un el épouse de l'autre. Malheur à ceux(pii, étant formés de la main de Dieu, pour rien de moins solid»; et perdiirable (jue Dieu môme, rabaisseiilet raccouri issent 1 étendue de leur puissance et espérance dans le rond de la t(;rre (|ui nous porlcî , el se laissent enqiorter el (finduire au vent des vanités [irésentes, que le mon le adore el vend si chèrement, et dont il faut si t6t cl si exaclemenl payer les intérêts en «louleurs et tristesses.
G. ilemarijuez donc, Madame, s'il vous plaît, (jue celte vie qui est tant agréée en son origine, tant estimée en son |)rogrès, tant regrettée en sa tin el en sa j)erle de la plu|»art des hommes, n'est que va()eur en sa substance, el encore de |)eu de durée : tapor ad modicum parens, dit l'apiMre {Jac. IV, 15.) Ce n'est que vent et vanité en son usage et emploi, selon le cours et les maximes du monde. Ce n'est que bassesse el abjection en ses fonctions et sujétions accoutumées; ce n'est que misère el douleur en ses accidents [)lus communs :;l ordinaires. Et seulement en son état, elle est, si nous voulons, fondement de grandes choses. Car comme il a plu à Dieu de bâtir et appuyer en l'ordre de la nalure celle terre vaste, ferme et solide sur le néant, ainsi que marque et admire un grand homme en ces mots : Qui appendit terrum super nihilutn (Job XXVI, 7], aussi a-t-ii voulu, en l'ordre de la grâce, édifier, établir et élever la solidité, lagrandeuret lagloirede la vie éternelle sur le néant de cette vie jjauvre et misérable. Que si vous conduisez votre pensée (Je l'état de la vie [«résente à l'élat de la mort, que de saintes et divines lumières fourniront voire j'iété el votre esprit, si vous leur donnez loisir et intervalle de respirer parmi vos souj)irs et vos douleurs? AussiliJt elle vous fera découvrir et reconnaître qu'il V a deux erreurs populaires sur le sujet de la mort et de la vie, le commun des hommes estimant que la mort n'est que mort el misère, et que la vie n'est que vie. jouissance et repos, au lieu que celui qui tient l'empire de la vie et de la mort nous en parle tout autrement, et ne nous re[)réjente que vie et jouissance jtarmi la mort, el que mort el travail parmi la vie, car, en ses oracles et enseignements, il nous dépeint l'état et le devoir de celte vie, sous les paroles d'une vigne qui doit être souvent taillée et cultivée ; d'un trafic qui requiert veille, diligence el activité ; d'un champ qui doit être labouré et hersé; d'un combat qu'il faut entreprendre, d'une lice où il faut entrer, d'une course qu'il faut accomplir, d'une croix qu'il faut embrasser, d'une milice en laquelle il faut s'enrôler, et c'a été proprement l'œuvre el la pensée de noire défuni en la plupart de ses jours. La mort, au con-
œUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BEUULLE.
traire, nous est r'eprésenlée par les oracles du ciel comme un doux repos et sommeil, comme un changement d'air , de i)ays, de séjour plus heureux et agréable, comme un passage à une vie meilleure, et à un état plus glorieux et élevé où nous vivons, nous subsistons, nous fleurissons, non plus })Our vivre comme auparavant de la vie des plantes (car elle n'est que terrestre et ne peut être estimée que de ceux qui n'ont autre cœur que celui de la terre), ni de la vie des animaux (car elle n'est que brutale), ni de la vie des hoLumes seulement (car elle n'est qu'humaine], ni même de la vie des anges, car encore que cette vie soit haute et excellente elle n'est que créée, et tout ce qui est créé est trop [lelit pour l'amour que nous porte et le mérite que nous a acquis le Fils de Dieu : mais pour vivre de la vie même de la Divinité, car il plaît au Père éternel de nous faire vivre et jouir de son essence, et son essence est vie et source infinie de vie : Àpud te est fons vitœ [Psal. xxxv, 10), disait David. Donc il nous veut faire vivre de sa propre vie. D'abondant il veut nous faire entrer en sa joie, ains^i qu'il dit ailleurs (li2). Or sa joie et sa béatitude est son essence, et son essence est sa vie. Il nous veut donc faire entrer en sa vie pour vivre désormais de la vie dont il vil et jouit lui-même avec le Fils et le Saint-Esprit, en la compagnie de ceux d'entre les hommes et les anges (lu'il lui a jilu rendre dignes de cette vie. O joie ! ô essence I ô vie 1 qui te pourra dignement contempler, et qui pourra s'api^rocher de toi avec larmes et regrets? Et qui en cette vue et attente appréhendera la mort, qui ne sert aux justes que de passage et d'entrée en la vraie vie? Qui ne recevra paisiblement la nouvelle de ce départ, où nous quittons les ronces et lesé]>ines de cette terre, pour entrer en ces délices? Et qui ne se dépouillera volontiers du sac de notre mortalité, pour, être revêtu de la gloire?
7. Le phénix seul, entre les animaux, ne fuit et ne craint point la mort, car il se la procure innocemment en soi-même par l'instinct de nature comme sachant par iceluy que cette mort le fera renaître et qu'il sera renouvelé plus beau, plus vigoureux et jilus accompli qu'auparavant. Aussi le seul Chrétien entre les hommes doit ne point craindre ni |)ieurer excessivement la mort, sacliant par l'instinct de la foi que, si nous le voulons , la mort nous ouvre le pas à l'entrée d'une meilleure vie. ()\io'\ ! sera-t-il dit que le phénix croira plus à l'instinct de la nature que Ihouime à l'Auteur de la nature? Et que l'hirondelle, comme le remarque et l'adaiire un prophète, encore qu'elle soit née et élevée en notre pays, et qu'elle y ait agréablement passé le printemps et l'été, et qu'elle ne connaisse })ar ^es sens aucune autre terre où elle doive habiter, ;se laisse toutefois suavement et secrètement conduire à un instinct na-
turel, qui la porte à laisser son nid et son ])ays,à outre-passer les mers, et h croire et rechercher (s'il faut ainsi parler) une autre terre qu'elle n'a jamais vue, et dont on ne lui a jamais rien dit ni donné à entendre, où elle puisse trouver le champ et la pâture dont elle a besoin durant la froidure de notre hiver? Et le Chrétien ne pourra pas se laisser conduire à l'Auteur de la grâce et de la nature, ni à quitter la boue et la fange de cette terre mortelle pour aller en celle des vivants, de laquelle il a ouï parler si hautement et si divinement, et que tant d'oracles nous ont révélée, ainsi que marque un grand prophète : 0 qnam gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei! [Psal. lxxxvi, 3.) Ne faites pas donc ce tort. Madame, ou à la grandeur des choses que vous espérez et attendez après cette vie, ou à la puissance et l'efficace de la foi que vous avez professée, ou à l'autorité de notre Sauveur qui nous les a promises et acquises en son sang, ou au mérite de celui que nous avons perdu, que de vous affliger davantage en cette nouvelle qui vous est annoncée ; mais qu'ici cessent vos larmes, ou que plutôt elles se changent en larmes de joie, car aussi la mort est changée en la vie.
Et il me semble que j'entends notre phénix, à l'heure de son tré[)as, emprunter ces paroles du Saint-Esprit et les prononcer d'un accent {)lus élevé et d'un air plus content et joyeux qu'à l'ordinaire, bien aise de se voir en cet éiul si proche de sa mort et de sa vie tout ensemble : Jn nidulo meo tnoriur, et sicut palinœ {Job xxix, 18), ou selon une autre version, sicut phanicc multiplicabo dies meos. Paroles dignes du Saint- Esprit qui les a dictées, et bien séantes en la bouche de celui au(iuel nous les appliquons en l'heure de son décès, car elles portent en leur substance la liaison secrète et admirable de la mort et de la vie, qui se rencontre au trépas des justes, et qui est inconnue aux yeux des mortels, et que le Saint-Esprit a voulu nous découviir par la texture mystérieuse et artilicieuse de ces ])arùles. Car autrement quel ra|)port y aurait-il entre le lit de la mort où notre vie prend sa fin, et le nid où on prend naissance? Et toutefois le Saint-Esprit, formant et conduisant cette voix, a fait dire : Je mou7'rai en mon nid, et encore, en mon petit nid. Si nous Aoulons observer en cela l'excx-s de son amour et de sa pauvreté tout ensemble, qu'elle convenance y a-t-il entre la mort c(ui atteint nos jours, et la multiplication de nos jours? Et ce nonobstant il est dit, je mourrai , et comme un phénix je multiplierai mes jours Qu'y a-t-il aussi de semblable entre un phénix qui revit en ses flammes , et l'homme que nous voyons englouti et enseveli en la mort, sans marque et témoignage de reconnaissance, si ce n'est que le Saint-Esprit par la raison de ces termes , qui ne semblent pas compatir ensemblement, nous porte et conduit à ce sens
(142) Inlra in gaudiumDomini. (Matth. xxv, 21.)
()i;iviu;s DE l'iKTF. — CLxxxiv, AVIS A UNK pkusonne dans le monde. 1«:4
ôlové, cl nous npprond ccllo grnndo cl imporlanle \èr\U'i : (|uo lo vrai ("liréli«Mi en iiiniiiniil rcvil et retinlt, el (jiio le lit (Jo sa niorl e.sl lo iiid de sa reiiaissume, cl (|iic son a)|î<)nio el sa laii.^^ueiir csl le |ti'in(i|ie do sa vie? Kl d'aiil.ini que celle vérilù (Oiilicnt ntie ililhcnllé iiarliciilièro cl c(iml».'it dircctcincnl ncis sens, lesciiicls n'aïuTrnivcnl en la niorl des justes rien de plus (|ue la mort, cl partout ailleurs no voient point (|ue la mort et la vie pui>sent loj^er enseml>lc, l'esprit (le Dieu a voulu (pie rétat niùmc; de la nature, ipii cnI le premier ouvrai^je et cravonde la Divinité , nous rcpiéscniAl en ce (lu'elle a de plus rar*,' et divin, comme le phénix, el (|ui est le plus parlait modèle du (ilirélien, comme la nioii cl la vie, (|ui sont en divorce irréconciliable en toutes les autres (envies de la main de Dieu, s'apprft- ( lient (le hien pr(}s en cet uni«jue el exi client sujet de la nature, cl sont cttnnue joints inséparablement en cet oiseau célesle cl admirable, et ({ue l'état de la grâce ajoutant les plus vives couleurs au crayon de la nature, nous fit voir notre sauveur Jésustlhrist , le vrai phénix du genre humain, alliant en soi-même et pour lui el pour ses enfants, la mortel la vie, en sorte que l'un soit l'origine, le passage et l'entrée il l'autre.
8. Car depuis qu'il a plu à Dieu que la vie et la mort reposassent comme en un même lit en la croix, el en un mi'ime suppôt €l sujet en la personne de son Fils unique, Dieu el homme tout ensemble ; il y a une telle alliance el tellement in>é|)arable entre la vie et la mon des justes et des vrais enfants de Jésus-Christ (tel que notre (Jél'untJ que leur mort est l'entrée de leur vie , el que nous pouvons dire pour leur regaid avec IKcclésiasle, que le jour de la mort est meilleur que celui de la naissance, puisque par la vertu ils vont à la mortel (ju'au jour de la mort ils vont à la vie. Point digne de considération et consolation grande, de savoir qu'à ceux qui vivent et meurent selon Dieu et que le monde oublie et ensevelit e:i sa j)ensée, sitôt (pje la terre a enseveli leurs cor|is ; l'occident de leur vie est l'orient de leur éternité, et que le [)arfait Chrétien est semblable au phénix renaissant de ses cendres. Aussi ne faut-il [las que je manque, à ce propos , de vous représenter comme au lieu des pompes el ornements superllus et peu sorlables à la misère de la condition humaine, qui environnent les grands lorsqu ils tirent à la lin dans leurs lits de parade ; vous eussiez vu celui-ci en la tin de ses jours, sur son lit pauvre et étroit, raouranl comme un pauvre phénix (au nid duquel nt se retrouve que le bois, lallamme cl la cendre), n'avoir aiilre aiipareil que le bois de la croix, que les llammes de l'amour divin et que les cendres de Ihumilité et du niéf)ris du monde el de soi-même, mourant ainsi en cette vie présente, pour renaître et revivre à l'éternité, et vous donnant un exemple de rev.ivre ainsi i)Our tendre et arriver à cette même vie
9. Kn ces pensées , Madame, il me semble rjue je vois votre esprit s'élever, s'éjouir el adoucir l'amcrltime de vos larmes , et que de cet exemple vous commencez <i tirer le modèle el le motif d'une jneilliMire vie, el de ce porliail au vif de li mort au monde el à la vaniié, cl de la vie |»arfaile en Jésus, vous disposant îi ôlre en nos jours comme un autre phénix, issu des ( endres du premier que nous avons [lerdu dans CCS monta^^nes , et h ressusciter en vous l'état el l'exemplaire de la perItMiion chrétienne, posée dignement el relevée hautement sur la base de la gramieur du siècle ; ce que nous avons perdu en [icrdant notre défunt, liMpiel, comme un autre Moise en nos jours, a mieux aimé l'opprobre du Fils de Di(!U, cl la croix et pauvretédu ci ucilié (lue les dclices de notre Fg\ pie el les grandeurs des rois du siècle, sous la cormuile aussi dmiuel plusieurs vrai^ Israélites ont délaissé l'Egypte j)Our passer en la terre promise, el pour sacrilier au vrai Dieu dans le désert de celte vie. Kxemple rare, et qui, à mon avis, vous touch.-int de si près, s'il m'est permis d'entrer en ces énigmes , vous regarde et vous jiarle plus vivement qu'au reste des hommes, el vous jiorte à fouler aux pieds le monde avec ses i)ompes el ses vanités, et en diminuant vos larmes, vous convie d'ouïr altenlivement cet oracle de saint Paul : Tempus brève est, reliquum est ut qui fient tunquam non fientes, et qui utuntur hoc mun- (lo, tanquam non utantur , prœterit enim pqura liujus ynvndi. « Le temps est court, et partant il faut que ceux qui pleurent, oublient leur amertume et leurs larmes, et que ceux qui usent de ce monde en usent comme s'ils n'y étaient point et n'en avaient aucun usage [I Cor. vu, -29 seq. ), vu que la tigure de ce monde passe, dit ce grand Apôtre, déclarant parce terme qu'il n'est qu'ombre et ligure, bien qu'il semble faussement, aux yeux des enfants du siècle, être quelque chose de grand et solide. Car quoi que le monde fasse ou dise, il n'y a rien de grai:d que Dieu et ce qui rend hommage à Dieu ; il n'y a rien de perdurable et permanent que ce qui regarde son éternité , et n'y a aucun état heureux et délicieux, que celui de sa grûce et de sa gloire, ce que ji; vous souhaite en sa perfection.
CLXXXIV. AVIS A LISE PERSONNE VIVANT DANS LE MONDE POLll SE BIEN CONVERTIR A DIKL ET VIVRE CURÉTIENNEMENT EN SA CONDITION.
1. Kntrant en la recherche et en l'amendement de la vie passée, nous devons avoir deux regards : l'un sur nous-mêmes , qui nous sommes perdus par le péché ; l'autre sur Jésus-Christ, qui seul nous veut et nous peut (Jélivrer de celte perte.
2. En ce regard sur nous-mêmes, nous reconnaissant pécheurs, il nous faut appliquer à la recherche et à la contrition de nos otTenses. Pour la recherche , il nous faut commencer depuis le premier usage de la
raison, et la première faute que nous avons commise un peu j)lus notable en la terre. Et outre la lumière que les livres nous peuvent donner, Grenade et autres , il faut discourir par les mois et les années, par les commandements de Dieu et de sun Eglise , par les passions principales de notre âme, par les objets qui ont eu le plus de puissance sur nous en la vie, par les charges, fonctions et affaires que nous y avons eues, par les conversations et compagnies où nous avons été engagés. Et, ai)rès avoir emj)lové quelques jours et quel({ues heures chaque jour en cette revue et recherche , ce qui sera omis par oubli demeurera sous la miséricorde de Dieu, qui nous oblige à vouloir dire, mais non pas à dire toutes nos fautes, et nous devons plus de temps à Dieu pour lui demander et sa lumière pour les connaître, et son zèle pour les déplorer et les amender, que non pas de les éplucher par un soin superflu et quelquefois dangereux.
3. Le premier et principal soin qu'il faut avoir en la revue générale de sa conscience doit être employé à nous disposer à un éloignement du péché qui nous éloigne de Dieu j)Our jamais; aune crainte de Dieu duquel la justice est redoutable aux pécheurs; à un regret de l'avoir otfensé, non tant |)(/ur les peines dues à nos péchés, que pour l'amour de sa bonté et majesté infinie, qui mérite d'être infiniment aimée et adorée. A cet effet, nous devons nous exercer et établir en la pensée fréquente de la grandeur de Dieu, de la rigueur de sa justice et de l'excès de sa bonté. Le symbole de la foi, que nous récitons si souvent chaque jour en notre office, peut être référé à cet usage; car il nous annonce en son premier article sa grandeur et sa toute-puissance; il nous déclare sa justice en mettant son Fils en croix {lour les péchés du monde, et il nous fait voir sa bonté en nous sauvant par lui. Or, la grandeur de Dieu veut que nous l'adorions, sa justice veut que nous le redoutions, sa bonté veut que nous l'aimions, et il nous faut emp'loyer soigneusement nos premières pensées et "atTections en la journée, à former en nous ces trois dispositions intérieures, et à rendre à Dieu cet hommage, cette crainte et cet amour.
i. Or le [ remier pas et mouvement de l'âme en l'amour, c'est l'acte de la contrition pour lequel avoir, il nous faut invoquer chaque jour la grâce du Saint-Esprit; car nous reconnaissons [^ar la foi que nous ne pouvons pas former cet acte en nous que par son mouvement et parsaconauite.il faut donc adorer le Fils de Dieu et le nous remémorer en sa vie et en sa croix sur la lerre, offrant à Dieu son Père les douleurs de son cœur sur les i)échés du monde en général et sur les nôtres en particulier, aussi |)leinement et elficacement que s'il n'y avait que nous à sauver. En l'honneur de celte douleur qu'il a eue de nos otfenses, demandons-lui la grâce el la contrition de nos péchés ; et puis essayons à former en
notre ifitérieur l'acte en la manière qui est dite ci-dessus en l'article ttoisième.
5. Après avoir ainsi procédé, et considéré nous-mêmes en qualité de i)écheuri-, qui est la première qualité qui nous api)artient, et laquelle commence avec notre être , nous considérons Jésus-Christ Notre-Seigneur , car il est le souverain et nous sommes ses vassaux ; il est le Rédempteur et nou.'s sommes ses ca[)tifs ; il est le chef et nous sommes ses membres, et l'adorant en ses trois qualités, il faut nous rendre siens [)ar nos devoirs commet il veut se rendre nôtre par sa volonté et par sa puissance.
6. Et l'ayant ainsi adoré, nous remarquerons qu'une des premières et principales occupations du Fils de Dieu en la terre a été sur nos offenses. C'était l'objet le plus présent à son esprit et un des plus fréquents exercices de son âme divine, comme étant vivante en un corps mortel et passible pour cet effet. En cet état et exercice, il adorait pour nous le Père éternel, pour supplément detousnosmanquementsàsonservice : il lui offrait, comme celui qui se rend notre pleige, ses mérites et satisfactions pour notre délivrance; il lui présentait les douleurs de sou cœur sur nos iniquités, comuie si elles étaient siennes ; car il a voulu s'approprier nos fautes pour les effacer, comme il s'est approprié notre nature pour la déifier.
7. A son exemple et -jimitation, au lieu de tant de soins, les uns superflus, les autres et inutiles et dommageables , dont* nous avons été occupés et traversés jusqu'à présent, faute de considérer la brièveté de nos jours, et la vérité contenue en ce verset : In imagine pertran'sit homo , sed et frustra conturbatur {Psal. xxxviii, 7), nous aurons désormais un temps destiné en notre vie à penser h nous-mêmes et à nos fautes, et à j)enser à Jésus-Christ et à ses mystères , le choisissant pour un des objets principaux de notre vie en la terre, comme il Isera un des objetsprincipaux de notre éternité,. sui)pliant sa très-sainte Mère, le refuge des pécheurs, de nous recevoir en sa garde et de nous donner et conserver pour jamais à son Fils,