CLXXXIX. AU TKMPS DU JLBILK
Les intentions qu'on doit avoir aux indulgences sont plusieurs : la première, I pour satisfaire h Dieu plus pleinement et plus dignemeni, c'est-à-dire par son Fils môme, car nous ofl'rons |)ar l'autorité de l'Eglise à Dieu les satisfactions de Jésus- Christ. Si nous pouvions convertir le ciel et la terre en satisfactions à la justice de Dieu, nous le devrions faire. Or ici nous avons la satisfaction de Jésus-Christ môme, qui est infiniment plus digne et de plus grande valeur que toutes celles de tous les hommes ensemble. La seconde, pour lever tout emjtôchement entre Dieu et nous; car, encore que souffrir peine pour satisfaire à Dieu soit chose bonne, l'obligation à souflVir n'est j as chose bonne et est un empêchement à la grâce et un retardement du conseil de Dieu. La troisième, c'est un nouvel engagement à Dieu et h ses saints, parce que leurs .♦■alisfactions nous sont appliquées. La quatrième est de rendre un hommage sjiécial à la justice et h la miséricorde de Dieu: juslice exercée sur son Fils, qu'il a fait mourir .•>ur une croix entre deux larrons, pour nous faire miséricorde en nous faisant vivre éternellement au royaume des cieux en la compagnie des anges; car le jubilé, oij nous sommes revêtus des satisfactions de son Fils et sommes déchargés des peines que nous avons méritées, nous remémore celte justice et cette miséricorde, et la conduite ue Dieu, qui pardonne auxcriminels en châtiant l'innocent; et nous devons remémorer l'un et l'autre avec de très-grands sentiments de reconnaissance et tl'action de grâce, La cinquième est un zèle, et un trille zèb que nous devons exciter en nos cœurs : l' zèle d'un (»lus grand amour de Dieu que nous n'avons eu [>ar le passé, et oll'rir leiubiléà cette intention plus volontiers qu à la satisfaction de nos fautes; 2° zèle «le l'eiracement des reli(}ues du péché et s|iécialement delà diminution de la grAce, providence et assistance de Dieu sur nous, désirant beaucoup plus que la grAcc. provi-
dence et nssisiancf.' «le Dieu sur nous no diminue point, (pie non pas l'eiracement de la peine ; .'J° zèle do la parfaite correspondant-o intérieure et extérieure à la voie et vocation de Dieu sur nous. 1^ sixième est un désir d'ôtri! revôtus des satisfactions do Jésus- (]lirist, regardant le jubilé coiiune une émanation et grA< e pro'édante de lui. Tout ce (pii est du Fils de Dieu est infiniment [précieux en soi et nous le doit ôtre aussi. Ainsi sans avoir égard h aucun intérêt nôtre, le jubilé nous doit ôtre cher [>arce quil porte nouveau revôtenicnl et ap[)lication à nos AiiKîs de quelque chose do Jésus, qui sont ses satisfactions. C'est (.0 que nous devons regarder et rechercher dans les stations du jubilé.
CXC. AUX IIF.UGIEISES CAHM^LITES, POUB l,ES DISPOSER A LA GRACE DU" JiniLÊ.
1. Puisque nous sommes au temps que l'Eglise nous présente la grAceduiubile.il m'a semblé à projios de vous parler de la disposition qui vous est nécessaire pour y parvenir, conformément à la profession de la vie [)arfaite .'i faquolle vous êtes appelées ; car, comme vous tendez [)ar votre vocation à une manière de vie plus sainte que le commun des Chrétiens, et que Dieu |)ar sa bonlé répand ses grâces sur vous en plus grande abondance, votre vie intérieure et extérieure, vos actions, vos conversations, vos alfections et vos j)ensées doivent aussi Otre plus élevées et |)lus saintes, et il n'y doit rien avoir erl vous qui ne tende à la perfection. Votre manière de vie plus intérieure qu'extérieure, \Aus selon l'esprit que selon les sens, et séparée de la terre, porte lumière, senlinient et goût de la perfection, et vous êtes d'autant |>Ius obligées à la rechercher en toutes choses.
2. Les intentions communes et ordinaires de ceux qui font les stations ne sont autres que de satisfaire à la justice de Dieu, et que jiar l'indulgence ils })uissent acquitter la peine due à leurs fautes. Cela est bon et suffit à ceux qui n'ont pas connaissance d'une disposition [dus [larfaile et plus pure. Mais vous, à qui Dieu se manifeste avec tant d'amour et qui avez plus de lumière de ce qui lui est dû, vous, dis-je, n'en devez [las demeurer là, et votre condition vous oblige d"aj)[)rocher de lui avec plus d'amour et de [lureté. Si donc vous jetez les yeux sur la justice de Dieu( ce que vous devez comme les autres), ne la voyez pas [lourtant comme les autres, voyez -la*^ plus purement et ()lus saintement que les autres, voyez-la [)Our l'honorer, voyez-la pour l'aimer, voyez-la [)Our l'honorer et aimer comme Dieu même. Dieu aime sa justice d'un môme amour que ses autres [)erfections, et lorsqu'elle est offensée, il veut qu'elle soir, satisfaite et exactement satisfaite. Voyez-en l'exenqde en son Fils, lequel n'élanl dans l'obligation des [léchés du monde vers celle divine justice, (pie comme réiiondant et caution, il demande néanmoins de lui une salisfaciion si exacte et si rigoureuse (ju'il semble avoir mis en oubli sa qualité de Père et ne plus
CEt'YRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE.