‹ Œuvres complètesChapitre 284 sur 540 · CCII. AVIS ET EXHORTATIONS A DES CARMÉ- LITES · texte numérisé non relu

CCII. AVIS ET EXHORTATIONS A DES CARMÉ- LITES

Mes sœurs en Jésus-Christ Notre-Seigneur et en sa sainte Mère, j'ai choisi ces paroles annoncées par l'oracle saint Paul : Quœsursum SU7U sapite, non quœ super terrant ; mortui enim eslis, et vila vestra abscondila est cum Christo in Deo. [Col. m, 2, 3.) Ces paroles, mes sœurs, c'est vo;re conduite, c'est votre vie : Non quœ super terram, voilà votre conduite; Mortui enim estis, voilà votre être, voilà votre vie, votre voie; si vous êtes séparées de la terre, point d'autre fonds que des choses du ciel ; si vous n'êtes séparées de vous-mêmes, vous êtes de la terre : si vous n'avez i)oint d'inclination vers la terre, vers vous-mêmes. Je dis inclination, car notre misère ne nous permet pas souvent d'être si unis à Dieu que le sentiment de nous-mêmes n'existe plus ; c'est pourquoi je dis volontairement si vous êtes attachées à la terre, vous êtes attachées à vous-mêmes; vous êtes hors de votre conduite el de voira voie.

Non quœ super terram. Cela n'est point de la terre. Regardez donc, mes sœurs, si vous faites ce que dit l'.Xpôtre ; si vos pcn sées, vos occupations et inclinations sont au ciel et non sur la terre, et non en vousmêmes. Oh ! mes sœurs, il me semble que je vous y vois et que troj»; vous êtes trop à la terre, tro[) à vous-mêmes , et non à celte conduite, et non à Dieu. Je dis à Dieu, car nous ne voulons pas (jue vous soyez attachées à Dieu en vous-môuies, mais que vous soyez à Dieu dans lui-même et par lui-même, car souvent en voulant Dieu, nous nous voulons nous-mêmes; mais ii faut adhérer à ses voies, à sa conduite dans une simplicité et séparation de nous-mêmes.

Si la terre n'est qu'un |)oint, à ce que disent les philosophes, à l'égard du ciel, quel-

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

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le5 merveilles, quelles grandeurs doivent être dans ce ciel ! qu'est-ce qu'il y a dans ce ciel, ô mes sœurs ! Que de merveilles, que de prodiges, que de grandeurs! La Trinité sainte, Ngtre-Seigneur Jésus-Christ en sa gloire, sa très-sainte Mère et toute la cour céleste. Oh! que de majesté ! oh ! que d'excellence 1 que nous y pensons |)eu, mes sœurs! ce sujet est pourtant bien digne do .BOUS occuper.

Voilà ce que dit saint Paul : Quœ siirsum sunt sapite non quœ super terram ; cela n'est point de la turre , cela doit être votre occupation, et vos esprits doivent être susceptibles seulement de cette plénitude, si vous ne pouvez penser, ni vous occuper de ces choses, car ce n'est pas en notre pouvoir; mais ofi'rez vos volontés pour n'avoir plus de part à la terre, plus de part à vous-mêmes et à toutes choses; il liiut porter l'humiliation de notre misère et <ie notre bassesse ; voilà votre conduite, mes sœurs. Voire état, Mortui enim estis.Ces paroles m'épouvantent, tant elles sont prodigieuses, car je n'oserais pas le dire, si l'oracle saint Paul ne les avait prononcées. Vous èies mortes, et vraiment vous Têtes, Mortiii enim estis, et je vous vois vivantes. 11 y a deux sortes de mort, l'uue corporelle, l'autre spirituelle, toutes deuxcausées parle péché. La mort spirituelle est en nous |.ar le péché originel, de sorte qu'au moment où nous naissons, nous sommes morts, et cette mort nous conduit à la mort éternelle, épouvantableelinévitable, si Jésus-Christ ne l'ùt mort pour nous en retirer; et comme celte mort est entrée au monde par la désobéissance, saint Paul nous apprendaussi que Jésus-Christ s'est rendu obéissant à son Père jusqu'à la mort, Obediens usque ad mortem. (Philip. II, 8.) L'autre mort, qui est inévitable, nous est donnée en punition du péché. Oh 1 mes sœurs, que ces morts doivent l'ious humilier, nous abaisser, car véritablement nous ne sommesque mort, c'est laseule chose que nous devons regarder en nous. Mais ce n'est pas en cette manière que saint Paul nous appelle morts, Mortui enim eslis; si dans l'état du péché, il y a une mort spirituelle, combien plus doit-il y en avoir en celui de la grâce, puisque cela constitue notre perfection; mais vous devez prendre vie dans la vie, et mort dans la mort ; il faut vivre dans la mort et mourir dans la vie. Oh 1 mort de grâce, mort vivante, opérée et soutenue par la grâce ; mort h vous-mêmes et à toutes les choses de la terre. Mais parmi tant de morts que saint Paul vous montre en ces paroles, n'y trouverons-nous [joinlde vie? Oui, raesîsœurs,maisenDieu et non en vousmêmes, mais cachées en Dieu : Et vita veslra abscondita est cumChrisco in Deo. {Col. m, 3.) Oh 1 qu'elle est bien cachée, si elle est en Dieu ; il n'y a rien de si caché que Dieu, de si inaccessible : votre vie doit donc être cachée en Dieu, comme Dieu est caché en lui-même. Remarquez, mes sœurs, cum Christo in Dco, avec Jésus-Christ en Dieu, fct ik>a en vous-mêmes. Si vous croyez que

votre vie soit cachée en Dieu, oh lélle n'esl point cachée, elle esi encore en vous-mêmes; vous n'êlps point mortes, vous voyez quelque chose, vous êtes encore vivantes; vous n'êtes point anéanties, vous n'êtespoint toutes lransl'or:uées en Dieu. Oh ! mes sœurs, pour que celte vie soit cachée, il faut être sans vue, sans connaissance, et cela par le lioiivoir de Jésus-Christ, atin que celle vie soit véritable ; car Jésus-Christ est la vérité. Séparez-vous toutes de vous-mêmes, n'agissez plus par vous-mêmes, n'adhérez plus en vous-mêmes, et votre vie sera toute transformée en Dieu, en Jésus et par Jésus-Christ.

Il faut, mes sœurs, que vous entriez dans un renouvellement à la vie de la grâce, à la vie régulière et sé[)arée de toutes choses; nous désirons que vous commenciez d'élr.; à Jésus-Christ pour l'élernilé, et afin que la vie de sa grâce soit en vous, séparez-vous de vous-mêmes; que tout ce qui est en vous de vous-mêmes n'y soit plus et qu'il ne paraisse plus en vous que Jésus-Christ, quo l'on ne connaisse plus en vous que Jésus- Christ. Si vous agissez, agissez par le pouvoir de Jésus-Christ et en Jésus-Christ. Si vous soutfrez, souil'r'iz [lar la puissance do Jésus-Christ. Qu'enlin, l'on ne voie plus quo Jésus-Christ en vous.

Votre vie doit être, non-seulement extérieure, mais beaucoup plus intérieure et séparée de toutes les choses de la terre, tellement que vous n'y devez jamais avoir lio part ; ce serait peu de chose si votre sainleto consistait seulement en l'extérieur; mais il faut qu'elle soit })lus intérieure qu'extérieure ; vous devez être si unies h Dieu etséparées de tout, que rien ne soit capable de vous distraire de celte union.

Pour l'état de vie (jui est régulière et séparée, cette vie qui nous unit intérieurement et extérieurement à Jésus-Christ, vie qui vous sépare du monde et de vous-mêmes, vie par laquelle vous rendez hommage à la vie reliréu du monde de Jésus et de Marie sur la terre, il me semble qu'il y a en vous diminution de cet esprit et ae cette vie érémilique qui est le fondement de votre ordre ; je trouve que facilement on se relâche sur les choses qui s'y rapportent, et je désire que maintenant cela ne soit [)lus, mais que vous vous établissiez tout de nouveau dans cet esprit de solitude; que vou> n ayez plus de commerce que dans la retraite de Jésus- Christ. Oh ! quelle divine retraite ! oh ! quel était ce désert I oh ! que pensez-vous, mes sœurs, quelle était la com[)agnie de Jésus- Christ en ce désert? Lévangélistii saint Marc (I, 13) le dit en peu de paroles : Erat Jésus in deserto cum bestiis. Oh ! quelle compagnie, mes sœurs 1 Jésus-Chnsl est au désert, et avec qui y est-il ? avec les bêtes, lachove la plus vile de la terre. Oh Iquelle humilité de Jésus en ce désert : il y est conduit [jar rEsfirit, ductus est Jésus in deserto. {Matlli. Xi, 7.) Apprenez, mes sœurs, à eue au désert comme Jésus-Chrisl. 11 y est conduit par le Saint-Esprit ; soyez-y conduites i.>ar id

œUVHKS DE P.'KTE.— CCm. OBSERVANCES RELIGIEUSES.

ni^iim rspnt, non par I(î vôire ni pour vos inltM'^l"^, ninis coiiuiiL' J(^sns-(lliri>t, ipii y va n<»n pour lui-iiiAinc, rni- il n'a (pic lairc «le pc'nilcnrc, ni.'iis pour l'arnoiir (Je iiou^. Ce S.'Mivciir n'fl pas senlcnicnl les hôics pour roinp'irJiiic, ilnaii^-si lespiil malin, la elioso la plnv <'il)()Min.'il)lo du inonde. ()|i ! «piil anionr 1 (pielle linniiliation de vouloir 6tre lenU'! J(.VMj*--(".lirisl est souini^, il esl asMijclti h la r.i^^e do l'espnl malin; (di ! (pie d'amour, mes s(i.'ur> ! J(''sus('Jni>l esl volro objet; ei par son exemple, en'rezdansrc (16serl, non pour l'aiiKuir de vous- mûmes, non pour voire repos, non jiour voire salisfaction, mais soyez-y pour JcSus-dlirisi, pour vous exposer aux rigueurs, pour y ôlre lenlôos, alin d'honorer Jt^sus-C.lnist l(;nl6,J6sns-Clirisi |iorlanl les ri^^ueurs tic la juslice divine. Soyez-y pour vous oublier vous-niônies, iiuisipi'i! s'oublie lui-m^me; soyez-y lui rcndanl liommage, non-seulement [lour vous, mais [lour le momie. Le monde ne connaît point Jësus-C.lirisl. ne p(!n>c [)oint à celte VIO de J(''sus-Clirisl; mais vous (jiii le connaissez, (pli y pensez, (pie ce soit dans une immensité capable de l'honorer pour tontes les Ames cjui l'oublient. Ainsi, vous y serez, non pour vous, mais pour adorer et honorer l'élat, la relraiie et la vie iiuonnuo deJ^sus-Chrisl. Je vous supfilie. mes sœurs, de révérer et esli:iier tout cenuiesl de voire vie séparée cl retirée du monde, par .aquelle vous retracez la vie de Jésus-Christ sur la terre ; et comme toutes choses sont grandes en lui, de nième tout ce qui est pour l'amour de lui est grand, encore (pie la cho^e soit petite. Rendez- vous très-exactes à toutes choses dans toutes vos actions par cet esprit et ce amour de Jé>us-Christ ; il a été assujetti dans tous les moments de sa vie aux volontés de son Père, et en l'honneur de cet «ssnjellissciiient, je vous pi le de vous soumettre à toutes les ordonnances de la religion, et ce que je demande principalement est l'assislanee au chœur et àlouies les heures de communauté.

.Mes sœuis, vous n'avez peut-être pascon- .sidéré ce que celte vie nous représente. Oh! qu'elle ;ious montre une grande chose en 1 unité do Dieu ; Dieu esl un, mes sœurs ; jo vous pi ie (pjc celle pensée soit capable de vous unir ensemble pour ne plus vous séparer, et ainsi vous rendre conformes et en tout assujetties.

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