‹ Œuvres complètesChapitre 289 sur 540 · La j^rAcc de JéMis-dlirisl Nolrc-Soi · texte numérisé non relu

La j^rAcc de JéMis-dlirisl Nolrc-Soi

gneur soit avnc voas pour jatunis. Je rerois

flvfii; douleur les nouvelles que j'apprends

de la conlinua'.ion de vos per>éculions. Elles

me sont d'autant plus sensibles, que je ne

puis y prendre part comme je voudrais , en

vous visitant moi-môme et vous consolant.

Je le devrais et le ferais très-volonliers, si

Dieu m'en permettait la liberté r mais il veut

3U0 vous souiïriez, et sans autre aide que e sa i-arl, et que vous portiez toutes seules celle croi\, qui vous est imposée par l'obéissance due au souverain pasteur que Dieu a donné à son Kglise ; et par la cliarilé due à voire ordre, que vous ne voulez pas diviser. Nous y participons intérieurement et spirituellement : m.iis vous n'en recevez aucun témoignai^e , ni aucun secours, c't-st pourquoi je dis (jue vous portez celle croix toutes seules , si ce n'est i]u'il soit meilleur de dire que Jésus-Chrisl la porte en vous et avec vous; car il est en ceux qui le servent, et il est en eux sar.ctifiant et régissant leurs esprits, les élev.uu aux mouvements du ciel , et les fortifiant à l'enconlre des tempêtes de la terre. 11 est en eux, et leur lient en leurs travaux une fidèle compagnie. 11 est en eux, el opère avec eux, selon le langage de celui qui dit : Laboravi, non ego, scd (jralia Dci mecum. Il esi et opère en eux, avec eux leurs actions; et il s'ap[;roi)rie môme leurs condilioiis. Il gémit en leu.-'s gémissemenis , ce dit l'Kcrilure. ( Ezech. XXX, 2'i-.j 11 est caj-tif en leur captivité, il pâtit en leur souffrance, et il est leur force en leur constance. C'est lui qui vous fait perler celte croix par sa grâce , et vous l'a imposée par son ordonnance. Vous ne l'avez vas choisie : mais elle vous esi échue jiar le .Nort de l'obéissance, et par l'ordre de la Providence divine.

I-^ croix doit être assez familière à ceux qui servent et a<Jorcnt tous les jours un Dieu crucifié. La croix ne doit [las ôlre étrange ni suspecte en l'école de Jésus; iiiais(iuand elie nous arrive sans notre faute, sans noire choix et que le sujet^de souffrir e>t d'ailleurs bien digne cl fondé, il n'y a pf»ii)t à craindre et il y a de quoi y avoir une consolation pariicùîière. Vous soutTrez, parce que Dieu l'a ainsi ordonné, pour l'exercice de vos âmes, pour ré|)reuve de y<3^e ordre, pour l'humi'ialion de ses servil«.urs et bervautcs, en rh')nneur de l'bu'.ui-

liolion (le son Fils propre, do son Fils nMi(pio. en sa vie et e/i son service sur la irrrc. Vous soulfrez, pour adhi-rer h ceux que le Sainl-I'ère vous a donnés pour fières cl p.isicurs diî vos âmes ; rpii ont fondé cl élabli en Krance l'fjrdn- duis leouel vousêles; qui vous en ont ouvert la porte, (pii vous y ont instruites elélevées, non-seulement sans reproches , mais avec otjcur mémo de perfection. Leursf>in, leur piété, leurs bbeurs vous or t donné entrée en (et ordre et manière de vie : vos âmes bien nées et bien instruites ont eu ce resfiect el n'ont pas ju/é à propos de les en bannir el chasser avec audace. \ ous souffrez pour ne pas recevoir pour [tasleur celui 'jui ne lest pas et ne l'a jamais été, et qui, nonobstant ses prétentions, a reçu ordre de Sa Sainteté de ne s'y point ingérer, et qui conduit ses desseins jiar des voies (»lus conformes à ses actions précédentes, que non pas aux lois de l'Kvangile, et aux exemples des saints el pasleurs [trimitifs de l'Eglise de Dieu, et (s'il est [)ermis de le dire en la [»uljlicilé du failj (jui emploie des voies peu considérées et peu correspondantes à la tendresse de votre sexe, à J'honneur de votre condition, h la dignité de vclre profession et à la sainteté de voire vie. Il a tort et vous avez raison, car en l'Eglise, qui est le royaume du ciel et l'état du Fils de Dieu, toul doit ôlre fait ncn par violence, mais par obéissance ; non par entreprise, mais par autorité légili;i)e remontant par degrés jusqu'à l'autorité suprême divine et incréée, de laquelle toul dépend el à laquelle tout doit ôlre soumis pour jamais. Vous souffrez, pour ouïr la voix du souverain pasteur que Dieu a donné à son Eglise, qui a parlé par I»liisieurs ibis en voire faveur. Et n'e^t point écoulé de celles qui vous moleslenl, et lesquelles ayant établi leur vie dans l'obéissance, ne la gardent point à celui à qui elle es[ primitiveaient due , auquel elle est due sans les vœux particuliers d'obéissance, et auquel elle est due | ar le vœu pi iinilif et solennel de la religion cliréiienne. Leur résistance n'est [ioini de Dieu et voire obéissante sera l)énie de lui, qui autorise de sa propre ijouclie la voix nna vous écoutez et a dit celle grande parole: Quivous écoute, in écoute. [Luc. x, 10.) \ ous souffrez pour maintenir la correspondance que vous devez à vos sœurs, qui servent à Dieu en loutes les autres maisons , en espiit de perfection , el pour conserver l'unité de l'ordre que vous composez en la France, el pour ne [»as soulfrir intérêt et diminution en la charité qui doit élre entre vous loules, comme enfants d'une iiiê.i.e famille et comme membres d'un môme corps. Lnum corpus et unus spiri'iis (Ephes. iv, /^j, a dit saint Paul. Celle parole est grantle et nous tirerait à choies grandes, î^ l'occasion le permeilail. .Mais il faut revenir à noire poini, el nous contenter de vous dire, que souffrir pour celle unilé, correspondance et charité, est chose sainte el grande, et qui honore l'aniié de Dieu en son esscn.e :

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BEUL'LLE

l'unilé de Jésus en' sa personne, l'unité de l'esprit de Jésus en son Kglise et confond les esprits malins qui attentent à celte unité, et qui, Tayant violée en eux-mêmes, essayent (le la rompre en l'Eglise [)ar les hérésies, et dans les familles religieuses, par les divisions appuyées de faux prétextes. Si quel(|ues-ijnes en voire ordre , avaient un sens jiarticulier en la conduite d'icelui, elles pouvaient bien le proposer; mais aussi elles devaient les soumettre à la pluralité de celles qui ont un mùa)e intérêt qu'elles et un même droit en un même ordre. Car de faire monopole, d'entrer en part et faction, se séparer du cor|)S qui les a forujëes, exi iter te;ï![.ètes et calomnies pour prendre droit d'être ouïes, ce sont les voies qui donnent entrée à tous les schisiuesetuivisions,cesont lesmoyens pratiqués par tous les mauvais esprits de la terre , et ce .sont les portes que la prudence et charité a fermées toujours à l'esprit de division en toutes les conununaulés saintes. Si ceux que vous me nommez appuient ces efforts et violences , dite.^-leur qu'ils ne voudraient pas les soutlVir en leur ordre, et qu'Us ne doivent pas les autoriser en un ordre dilléienl du leur. Dites-leur et de ma part qu'ils le font pour des raisons qui ne sont pas de théologie , et pour des desseins qui ne sont j)as de religion, et qu'ils changent leurs maximes, qui dès longtemps me sont connues, pour donner du changement, s'ils peuvent, à ce que Dieu a bien établi et saura bien conserver par les voies mêmes préjjarées à la ruine ; que les grands vents enracinent les grands arbres , et que les grandes agitations atlermissent les grandes âmes et les communautés naissantes. Et enlin dites-leur qu'ils n'ont pas seuls le don de science et de conseil en l'Eglise de Dieu , et qu'ils n'ont rien à dire, si vous ne voulez pas vous séparer de l'ordre dans lequel Dieu vous a mises : si vous ne voulez pas vous en séparer par vous-uièmes, si vous ne voulez pas vous en réparer par des voies si éloignées de l'esprit d'unité , de vérité, de charité ; c'est-à-dire, de l'esprit de Dieu. Dieu est unité en la personne du Père, Dieu est vérité en la personne du Verbe, Dieu est charité en la personne du Saint- Esprit. Trois personnes divines, et société adorable, (pii n'entre point en ce conseil et n'a aucune part à cette faction et en œuvres semblables. Vous souffrez donc , et avec paiience et mérite , dans l'ordre auquel Dieu vous a mises dès votre entiée en la vie religieuse; dans l'esprit qui vous a formé dans les voies de Dieu, dans les dé- Mrs d'un accomplissement parfait des desseins de Jésus-Christ Notre -Seigneur et de sa très-^ainte Mère sur vos âmes et sur cette partie de l'ordre que nous avons établie en la France. C'est un corps séparé de celui d'Espagne et de celui d'Italie, et un corps toutefois origine d'Espagne, qui n'y prétend rien, et non pas d'Italie. Si ITtaliea jugé à propos de se séparer du corps qui est en Espagne (où toute^sest la source de la

grâce répandue en ce siècle de réformation ), et si elle a trouvé bon de faire cette séparation, ayant été unie autrefois à l'Espagne, comme labiancheau tronc et comme le cep à la vigne , ils ne peuvent trouver mauvais que vous demeuriez séparées d'Italie, où vous n'avez jamais été unie-;, d'où vous n'avez jamais rien pris, et où n'cït point la source et le siège de cette réformation, comme en Espagne. Ces raisons sont grandes, et en un sujet qui est du tout volonlnii-e, et qui d'ailleurs est fondé en la même autor té qui les appuie , car cette même puissance qui les a séparés d'Espagne, y étant unis auparavant, vous conserve séparées d'Italie, n'y ayant jaujais été unies; et toutefois c'est le sujet pour lequel on veut éprouver votre constance et patience. Mais elle nes'atfaiblit point, et vous continuez à souffrir saintement par opposition légitime aux voies illégitimes que l'on observe ; voies traversant et divisant l'ordre dans lequel Dieu vous a mises; voies manifestement éloignées do l'esprit de Dieu ; voies de resi)rit de tiouL o. d'orgueil et division; voies qui ressenleri l'odeur du malin esprit, lequel paraît sf.r.s exorcismes, soit en la condition de ceux qui ont suscité cet orage, soit aux voies ([ui ont été employées pleines de mensonges et de calomnies, soit en la résistance et rébeLion qui y est continuée contre le icspect àt à Dieu et à l'autorité suprême qu'il a laissée h son Kglise.

H. liéni soit Jésus-Christ Noire-Seigneur de vous avoir voulu donner cette croir. , de vous a voir éprouvées en icelle,etde vous avoir trouvées fidèles. Béni soit-il de vous avoir donné la force de l'honorer, en supportant cette temjiète sans être emportées ni même fatiguées par cet orage. Cette force est de lui et non pas de vous , c'est de lui aussi qu'il en fuut tirer la persévérance et l'usage, afin que ce qui est de lui soit conservé par lui, soit conduit par lui, 1 1 soit employé à sa gloire. En cet esprit et à ce dessein adressons-nous à lui, car il est notre lumière et notre conduite, il est notre refuge et notre force, et il est notre force en épousant nos faiblesses. Contemplons-le, adorons-le et l'aimons en lui-même, et en cet état auquel il se réduit pour notre amour et lui disons humblement et saintement ces humbles paroles de son Prophète : Forlitudinein meain ad te custodiam , (fuia Deus susceplor meus es ! {Psat. lviii, 10.) Dieu a daigné regarder noire nature et la prendre en sa propre personne, et la prenant ainsi dignement et divinement, il a daigné encore la prendre en ses propres faiblesses et dans l'état humble et abject de notre mortalité; en la vue de cette vérité nous devons dire à Dieu : siisceptor meus es ! Car il [irend, non d'entre les anges, mais d'entre nous, une nature créée pour la mettre dans le sidn de son Père et dans l'être de sa divinité. Ensuite de cette éicciion et assonqition divine, Dieu étcnt en une telle alliance avec les hommes, il veut faire sur leshommes une sorte de grâce et de mi-^éric'jrde, il veut faire des mystères nOa-

154> LKTIllLS. — I— ALX IIKI.IGIKL'SES CARMKUTKS

vcauï et (lus inventions do son amour et sa-

i)iencein(arriéL'|toiir nous unir ù. soi et s'unir nous; eltotiiiiiL' il;i pris noli<.' nalure par un divin inyslorc, par un nuire niyslùrc; il veut prendre no^per^(Jnne•< h soi, il veut iumis lier a son c()ri>s et h sdu esprit, il veut entrer en nous el <pie nous ei;lrioii.s en lui, il veut nous revc^lir de lui et il veut cDiiviir de sa grâce nos f.nlilesves et nos nii>«''res ; et en ce sens nous pouvons dire eni.ore a Jé^us, iJeus suscfjjtor meus es, et nous livrer a lui. Car que serait-ce de nous sans lui, il est tout, el nous no soiuuies rien et nous n'avons droilà rien, si ce n'est au néant, h l'enfer el au péché. Voilà nos titres, voil.» nos qualités. Voilà notre héritage. .Mais celui qui nous a créés nous regarde de son œil de uiiséricorde, daigne avoii compassion de nos luisèrns, se donne à nous, se fait homme connue nous, et par lui nous avons droit à lui el à ses grâces (jui nous sont nécessaires. C'est dt; là (jue vous vient cette l'orcc (jue vous sentez en vous. Comme donc elle vient de lui, ganlez-la pour lui et n'en iaiics aucun usa-^ecpie par son esprit et pour sa gloire, ei oiïrez-lui celle intention, celle résolution saillie par ces mômes piiroles : Fortiludineni meain ad te custodiain, quia Deus susceptor tneus es. [Ibid.)

m. Voilà noire néant et notre tout, en peu de mots: voilà notre mal et noiro remètle, voilà notre force et notre faiblesse. Noire néant en nous, notre tout en Jésus, notre mal et faiblesse en nous, noire force et remède en Jésus ; et en ce Jésus auquel nous honorons les grandeurs et les petitesses, les forces et les faiblesses, ence saint temps ici dédié aux mystères de l'Incarnation et de l'enfance de Jésus. C'est ce qui me fera passer d'un point h un autre, c'est-à-diro, de vous à Jésus-Christ, oubliant vos travaux pour vous remémorer les siens, et oubliant voire condition [)Our vous parler de la sienne, mais de la sienne à laquelle il s'est réduit pour nous.

IV. Le Fils de Dieu était dans le sein de so/j Père, et il y avait une éierniié (jue c'était son séjour et sa demeure. Là il est avec un Père, et est aussi puissant, henreux et glorieux que lui; mais il veut prendre une autre condition et la prendre [lour nous, il veut être au sein de la Vierge et venir en la terre, en la crèche, en la croix et au sépulcre môme. Quels séjours et quelles ditl'érences 1 el nous sommes l'objet de ses desseins et pensées en cet état d'abaissement, de ujisères et de souifrances. Jésus est le Fils du Père et son Fils unique, et il a celte qualité de toute élernilé. il est maintenant Icdou ou Père, le don l'ait à la nature humaine en ;a plénitude des temps, c'est ce don précieux ducjuel le Fils de Dieu parle avec étonnement et a.lmiralion, disant : Sic Deus dilexit niundmn, ut Filium suuni uniijenitum darec. [Joan m, lii.) Don rare et excellent à la vérité, et le don des dons, que Dieu a fait et fera jamais au monde. Don qui contient le Fils ne Dieu, et ce Fils est Dieu même,

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