OEUVRES COMPL. DE DE BÉRILIK
franco et sans mortalité, vie qui n'est plus (juo vit; ot nest plus que gloire, vie qui durera une étorniléîCes trois moments donnent fjrigine .'i trois vies. (]cs trois vies ont trois séjours ddlérents dans lesquels nous devons adorer cette humanité sacrée «io Jésus.
O moments ! ô séjours ! ô vies adorables 1 Ce doit être l'objet de nos pensées; ce doit être le sujet de nos occupations; ce sera l'objol de notre éternité. Que je vous regarde donc, ô Jésus, en ces trois moments 1 «jue je vous adore en ces trois vie^l que je vous contenq)le en ces trois séjours 1 Car Dieu est votre séjour et votre retraite en ces trois vies, et Dieu vous reçoit en son sein, en son amour, en sa gloire. Vous êtes au sein du Père par votre naissance éternelle, et en la plénitude des siècles voire personne divine y tire et élève noire humanité. La se traite, se résout, s'établit le mystère de l'incarnation. L<'i,Dieu osthomme,el l'hommo est Dieu. Là, cette âme et celle humanité de Jésus est consubsistanle avec la Divinité. Là, le Fils unique de Dieu, qui repose au sein du l'ère, repose en cette huaianite. Là, celle humanité n'a être que dans l'Etre incréé, et a sa vie, sa subsislence el son état en une personne produite au soin du Père, résidante au soin du Père, et inséparable du sein du Père. Là, cet homme, qui s'ap[)ello Jésus, est à la dextre de Dieu par sa puissance, est au sein du Père par sa subsislence, et a sa vie et son re|)Os jiour jamais en la Divinité. A la vérité, le Verbe a été une éternité sans celle humanité; mais il sera aussi une éternité avec elle. Et le Verbe n'a jamais élé que regar Jant en sa divine essence, comme en un parlait miroir, celte nature humaine, la rogar.iant comme une nature qui devait être à lui pour une éternité, il n'a jamais élé sans ce regard vers elle ; car son regard et son amour à noire humanité est un regard el amour éternel. De toute élernilé il la regarde comme sa firopre essence, cou)rae celle qui doit être un jour et i)Our jamais une de ses essences, et comme lélre qu'il veut accomjdir el terminer de sa I ropre subsislence.
O regani divin! ô regard éternel I ô regard plein d'aïuour et d'honneur! ô regard qui doit tirer notre regard, noire amour et notre hommage vers celle humanité que Dieu regarde éternellement et incessamment comme sienne, el que nous devons regarder comme nôtre, et comme nôtre i-ar le don du Père, | ar l'opé'ration du Saint- Esprit, par la subsislence du Fils, qui lui est donnée pour opérer notre salut; enfin par la i>uissance de la croix et de la moit qui l'a consommée en sacrifice et en holocauste pour nous.
IIL Comme vous êtes ainsi, ô Jésus mon Sei.^neur, au sein du Père par votre naissance première, vous êtes en l'amour du Père par votre seconde naissance. Car le Père, qui vousengendrepar connaissance en la divinité , vous produit par amour en noire humanité. Aussi emploie-t-il >od
(•si)rit et son amour en cette humble naissance, scion la j)aroIe de l'ange. Et c'est par amour envers nous que le Père donne au rils non-seulement une humanité, mais notre liumanité, c'est-à-dire l'humanité tirée de nous, i'inimanité seml)lal)le à nous, l'humanité mortelle et passible pour nous. Et vous qui êtes ainsi au Père, c'est-à-dire en son sein et en son amour |)ar vos naissances précédentes, vous êtes maintenant par une troisième naissance en la gloire du Père. Car en la croix, en l'enfance et en la vie voyagcre, vous êtes bien au Père, niais non jias en la gloire du Père, qui n'a été pleineuient connnuniquée à cette humanité que par cette troisième naissance. ]\iais Dieu veut maintenant finir cet état d'abaissement et d'humiliation; Dieu veut vous élever et exalter par -dessus tout ce qui est créé; Dieu veut vous mettre à sa droite, en son repos, en sa gloire; Dieu veut que toute langue vous re^ionnaisse en cet état, et (jue selon l'Apôtre : Omnis lingna con/ifeatur, quia Jésus Christus in gloria est Dei Falris. {Philip. Ji, 11.)
C'est la vie où vous entrez par celte troisième naissance : vie de gloire et de grandeur, vie reconnue et publiée par les apôtres, vie de laquelle le bien-aimé discijjle nouiri dans les secrets du ciel, en l'école et au sein de Jésus, nous dit qu'il a vu votre gloire et qu'elle est la gloire du Fils unique^ comme uniqu-e du Père. {Joan. i, li.) Vie de Jaquelle le grand Apôtre, ravi au troisième ciel, nous dit que c'est la gloire même du Père, et q.ie toute langue le doit ainsi reconnaître et avouer. (77 Cor. xii, 2; Philip. II, 11.) Paroles grandes et [)rofondcs, dignes de ces deux grands apôtres, les plus instruits et les plus élevés en la lumière et connaissance de Jésus 1 Ecoutons ces paroles, méditons ces |)arolGS, et invoquons la conduite et la lumière de res|)rit qui les leur a révélées et inspirées. C'est assez de nous dire, ô disci|)le de vérité, ô bien-aimé disciple, que vous avez vu cette gloire, et que cette gloire est la gloire du Fils unique, conmie unique du Père. Et si la raison ne peut atteindre si haut, que la piété nous y conduise par élèvement et jiar admiration. Disons donc, ô gloire du Fils unique de Dieu, comme uni(iue du Père! O gloire digne du Père, qui est source de toute divinité 1 0 gloire digne du Fils, qui est égal du Père, et qui est la splendeur de la gloire du Père! O gloire digne de sa croix, de ses abaissements, de son anéantissement! O gloire digne de l'honneur et service rendu au Père; honneur et service infnii en dignité , en mérites, en eflels ! O gloire digne d'être l'objet de la gloire communiquée aux anges et aux hoa:mes ! 0 gloire digne d'être nomuiée par excellence la gloire du Père (21J1
Car c'est ainsi que la nomme le héraut des grandeurs et des abaissements de Jésus, quand il nous dit que toute langue doit
confesser : Quia Dominns Jésus CJtristus in gloria est Vci Palris. Où nous parlant de Jésus humilié, de Jésus exalté, et distinguant ces deux états si ditrérents, il nous dit pour conclusion :Que Jésus exalté est en la gloire du Père, voulant comprendre et enclore en la subliunté de ce peu de paroles, une chose inlinie et ineffable, et nous marquer la voie i^ar laquelle nous devons entrer en quelque intelligence de cette gloire immense. Car il faut connaître le Père, il faut connaître le Fils, et il faut connaître l'amour réciproque du Père au Fils pour connaître et mesurer l'état et la grandeur de cette gloiie, qui est la gloire ciu Père, la gloire du Fils, la gloire du Fils par le Père et en son Père. L'Ecriture nous représente deux voyages du Fils de Dieu : l'un jtar lequel il soit du Père et vient au monde jiar le mystère do rincarnation : A Deo exivit ; l'autre |)ar lequel il sort du monde et va au Père : Ad Deum vadit. [Joan. xiii, 3.) L'un s'accomplit par rincarnation et par la naissance humaine de Jésus, l'autre s'accoml>lit par la glorification et par la naissance glorieuse de Jésus.
Le Fils de Dieu donc, issu du Père retourne au Père, rentre au Père, et entre en la gloire du Père pour n'en sortir jamais, vivant toujours en gloire, en puissance, en grandeur, en majesté digne du Fils, digne du Père, digne d'un tel Fils et d'un tel Père. Jésus est en la divinité du Père, et la divinité du Père est la gloire du Père. Jésus donc est en la gloire du Père. Et encore que celte divinité dès le moment de l'Incarnation soit communiquée à Jésus, elle lui ei.t maintenant communiquée non-seulement en sa subsistence et en sa dignité personnelle, mais en sa vie et en sa gloire. O subsistence ! ô dignité! ô vie! ô gloire de Jésus 1 Celte gloire de Jésus n'est pas une gloire comme la nôtre. Car aussi la grâce de Jésus n'est pas une grâce comme la nôtre. Notre grâce et sainteté est un accident et une qualité répandue en l'âme, et notre gloire est celte môme grâce consommée et plus accomplie, mais pro[)Ortionnée en son être, en sa qualité et en son degré à notre grâce. Aussi la gloire de Jésus est semblable à la grâce de Jésus ; et comme la grâce de Jésus est bien ditîérenle de la nôtre, ainsi la gloire de Jésus est bien éloignée de la nôtre. la grâce et sainteté de Jésus est sub^tanlielle, et sa gloire est subi.taiitielle : sa grâce est incréée et sa gloire est incréée. Et la grâie infuse qui se dérive en l'âme et aux puissances et facultés de l'âme de Jé:5us, est une grâce émanée de cette grâce primitive et principale; do cette grâce |)ropre à Jésus, de cette grâce constitutive de Jésus, et est un accident dépendant de cette substance éternelle. Aussi la gloire correspondante à celte grâce infuse est une gloire émanée de cette gloire essentielle, qui est communiquée à Jésus en la communication de la divinité, qui se donne à cette humanité
(2l)DiONYS., Pe divin, nom.
GIIANDEUUS 1>K JKSLS. - DISC. XII, TIIOI.^IOIK NAISSANCE DK JESLS.
(Oinmo vie cl cotiiinc gloire csscnlielle cl sii(>ei-csseiiliolle (±2).
IV. Klovons-iKiiis |inr-ilessn.s noiis-niôme^ el |inr-(lussiis la mloire dv^ lioiiinioi. cl des niigcs, cl nous (loriloiis en l.i viiu cl oonleniplalinii (Je celte {gloire. (].ir cette gloire esl si haute el si divine ipic nous pouvons Ineri dire (jue celle gloire de Jés'is est l.i splcrnleur «le la gloirede la Divinité, comme la l'CMsonno de Jésus est la splendeur de la gloire du I'(''rc,
Aussi le môujo Apôlrc, le di^'im liéraul des grandeurs do Jésus, le conleinplanl en l'une de ses Mpîlres, nous dil de lui : In ipso inhahiliit oninis plcnitudo divinilufis corpornlilcr : « h'n Jcsus hahitr toute la pi'nitmle de In Diilnitc corporcUemciit. »(/'»/. ii, 2.) Celle j arolc est énergi(juo, digne de la profondile do ce nivslùre, el de la iirol'undilé du sens n[)Osloli(|ue, cl comprend deux termes , lesijuels sonl le nerf du discours el kl (lof de rinlelligence suMimc el élevée do ce grand Apfilre, Te lermo de plénitude el le It-rme de ( orporellcmcnl. VA il em[iloio ce mol de plénitude parlant de la Divinité pour nous manpjer le vide de la créature cl nous faire considérer loul Clro créé comme un vide qui est lemiili de la plénitucJe de Dieu. Car y ayant deux êtres en Jésu«, l'élro créé el 1 élro incréé, 1 Cire incréé liahile en son ôlro créé, comme en son vide, locpiel il remplit do sa plénitude et de toute sa plénitude, ne voulant rien réserver de ce qui peut être communiqué h une nature créée, demeurant créée. Il communique son être à son néant, sa grandeur à sa bassesse, sa dignité à sa petitesse, sa puissance à son inlirmilé, sa gloire h sa mortalité, sa lumière à son obscurité, sa plénitude à sa capacité, sa divinité à son humanité, et sa subsistenceà la substance de la nature humaine, en laquelle il habite comme en sa proj>re nature. iJieu habitait aui)aravant en cette humanité, mais il suspendait les elfets, les étals el la splendeur de sa présence, il habitait en elle comme en une nature étrangère. Car aussi Jésus voulait être étranger, pèlerin el mortel sur la terre, |)arce que nous étions nousmêmes étrangers de Dieu, et qu'il voulait ôlre semblable à nous, cl voulait effacer en nous cet état jiervers par l'état humble et étranger à sa grandeur, lequel il porte sur la terre. Mais il habile maintenant en cette humanité comme en sa ])roiTe nature. Et le Père élernel veut que son Fils .^oit et paraisse en l'élat de sa grandeur, le tirant hors de la minorité en la(pielle il a voulu vivre par l'espace de tant d'années en Nazareth, en Egy|ile, en Judée.
^ El comme la divini;é est la plénitude de l'humanité subsistante au Verbe. Aussi en cet étal heureux et glorieux est Ja plénilude, l'accouiplissemcnt et la consommation du mystère do rincarnalion. C'est pourquoi il emploie ce terme de plénitude el y ajoute celui de corporellemenl, pour nous dire que la divinité, que la [dénitude delà Divinité, que toute la plénitude de la Di-
(22) JoiiH. XV, 1 ; lfiLVUii:s, iii PsuL II, G.
vinilé habite en Jésus, el habile en Jésus corporellemenl, c'csl-à-dire comme en son propre corps. Vérité gran<le cl haute, el fpii en deux paroles dit ciio-e in(drable, el mai que une inlinitéde grandeurs et merveilles, cl contient un abîme en profondilé de sens cl do lumière! (Jkc toute la plénitude de la Dirinité haliite mJi'sus connni- (n sun propre corps. Pour entrer en rinlelligcn<o de ces grandes paroles, il nous faut considérer que Dieu n'a ftoinl de corps en sa n.ilute divine. C'»r il osi loul esprit, et esprit iiilinimcnt distant (le tous les cor(is, cl même de lous les cs|irils créés [«ar l'éminencc de son ôlre incréé ; mais son amour lui donne ce que sa nature ne lui donne pas, puisque par le mystère de l'Incarnation le Vcrlio est fait chair, el celte chair el ce corps esl la chair cl le corps de Dieu. Ce corps est déilié, ce disent les Pères, elc'esl le langage ordinaire de l'Eglise primitive, c'est-à-dire ce corps esl fait le corps de Dieu, el Dieu habite en icelui comme en .'on corps. Etes que Dieu n'a point par son essence, il l'a jiar sa bonté, par sa dignalion, par son amour. Car le secret de la foi nous apprend que le Verbe éternel se fait homme, (»rend un Âme el un corps à soi, leur donne exislenco et suhsislence dans son ôlre inoréé, et ce corps n consubsislence avec sa Divinité, comme sa personne divine e^t consubstanlielle avec son Père. Car comme la personne du Père et la personne du Fils ont une môme divinité, aussi ce corps et la divinité ont une môme subsistence. Dignité incomparable, et appropriation éraerveillable de ce cor()s à Dieu, faite par la puissance de l'amour, qui égale la puissance de la nature, el qui en Dieu est Dieu môme I Celle puissance admirable unit ce corps à Dieu si intimement, si étroitement, si substantiellement, si ])ersonnellement, que ce cor})S esl adorable et adoré de lous les es|.rits créés ; el aussi hundjlement adoré, parce que c'est le corps de Dieu par amour et par subsistence, comme si c'était son corps par son essence et par sa nature. Car les païens et les Chrétiens se trouvent concurrents en une même pensée : les uns conduits par l'esprit de mensonge, les autres par l'esprit de vérité; les uns en leurs opinions donnant à Dieu un corps par nature, les autres en leur créance donnant à Dieu un corps j)ar amour. Mais quandceite supposition, fausse et impossible, de la gentililé profane aurait lieu, ce corps serait bien le corps d'un Dieu nar un autre titre que par le tiire d'amour. Il serait bien à Dieu plus naturellement et nécessairement, mais il ne serait pas à Dieu plus réellement, ei il ne serait pas le corps d'une personne plus digne d'adoration suprême. El cette condition naturelle, attribuée à Dieu parla gentililé, amoindrirait l'essence et la ciigni'4 de Dieu, le rendant corporel el l'abaissant par nature à chose si basse comme un corps. Mais Dieu s'y abaissant lui-même, et s'y abaissant par amour et i)ar dignalion, comaiQ
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BEliULLE.
mo
il fait en ce mystère adoré des Chrétiens. Il demeure toujours en sa propre grandeur et en la dignité de son essence, haute, abstraite et immatérielle, et relève ce cor[)s auquel il s'unit, de la grandeur de sa divinité, et l'élève en sa dignité sans êlreahaissé en son essence, et n'ayant pas ce corps à soi par son essence, il l'a par subsistence, qui est une même chose avec son essence.
Oue si ce corps et celte âme convenaient h Dieu par nature, comme ils lui conviennent j>ar subsistence, quelle vie, quelle gloire, quelle grandeur conviendrait à ce corps qui serait le cor[>s d'un Dieu, et à celte âme qui serait l'âme d'un Dieu? Or ce corps et cette âme, et celte humanité ainsi conjoints h Dieu par le moyen de l'union liypostatique, sont aussi vraiment et efïicacement, aussi saintement et divinement, le cov\)S, de Dieu, Tâme de Dieu, l'humanité de Dieu i^arsubsistence, comme il serait le corps de Dieu par substance, si Dieu par sa nature avait un corps. La vie donc, la gloire et la grandeur qui nécessairement conviendraient àce corps'{)arnature, conviennent raisonnablement à ce corps déifié par amour et par subsistence. et l'.ii sont conférées parla bonté, itar l'amour et par la puissance de Dieu, qui regarde ce cor[)S comme son corps, et en cette qualité le remplit de gloire, de splendeur et de majesté divine.
y. Les anciens philosophes avaient raison de dire que si Dieu avait un corps, ce serait celui du soleil, car ils ne voyaient rien au inonde de plus digne d'être le corps de Dieu, .■omrae étant un corps excellent en sa sj)len- .ieur, en ses innuences, en son activité. Mais Dieu, parcette troisième naissance, veut dc::ner à son Fils un corps bien plus excellent que celui-là; un cor()S qui en sa lumière obscurcit la lumière du soleil , un corps qui est le soleil, non de la terre, mais du ciel empirée ; ciel qui contient en sa grandeur immense et la terre et le soleil, tous les astres et toute l'étendue des cieux mêmes; un corps qui régit et tous les cor[>s et tous les esprits célestes, un corps qui a consubsistence avec la Divinité; et aussi ce corps est adorable et adoré de toute créature, (jui rend hommage à ce corj)S comme au cor()s de son Dieu, et à cette âme comme à l'âme de son Dieu ; et toute créature se glorifie de porter les marques vivement empreintes de la servitude de Jésus, et de ressentir les effets de sa puissance divine et admirable. Or Dieu, qui n'a [)Oint de corps par sa nature et a voulu avoir un cori)s par sa puissance, jiar son amour et [)ar sa subsistence, habite désormais en ce corps en une manière beaucoup plus intime et plus puissante, que celle par laquelle l'âme habile en son corps. Car l'âme, par le cours de la nature, n'esfconjoinle au corps que pour un temps; elle en doit être séparée; et une fois séparée, elle^n'y peut rentrer jamais; et si, par une puissance étrangère et un très-grand miracle, elle e-^t rétablie au corps, lors même elle ne s'y peut conserver que bien peu d'années ; et sans
un miracle perpétuel, elle en doit être peur jamais séparée.
Mais la Divinité s'unit par soi-même à ce corps et à cotte âme ; elle n'en doit être jamais séparée ; et il n'y a rien qui puisse altérer tant soit peu cette union jiarfaite, et elle durera une cterniié. Car, tandis que Dieu sera Dieu, Dieu sera homiiie, et ce corps sera pour un jamais le corps d'un Dieu. Puis donc que nous voyons que l'âuie, de beaucoup inférieure à la Divinité en sa puissance et en son activité, communicpie sa vie et son état au corps en s'unissant au corps; et si elle est végétante, le corps est végélant;si elle est animale, le corps est animal ; si elle est humaine, le corps est humain et a une vie humaine : h plus forte raison la Divinité qui liabite en cecorpsd'une r.Tanière |)lus intime, pi us puissante et i)lus auguste, qui remplit et active cette âme et ce corps de sa [tropre subsistence, et qui communique sa vie cl son être h cette âme, elle lui communique par conséquent un être divin, et la rend divine en son état et en sa subsistence. Car, si une âme sainte rend un corps saint, et une âme glorieuse rend un corps glorieux, qwe sera-ce de la Divinité qui est la gloire et la sainteté même, et qui habite en cette âme comme Tâme de celte âme, et en ce corps comme en son projire corj)S, et en cette nature humaine comme en sa prof)re nature? car il nous faut bien remarquer que le Verbe éternel a deux essences : l'une ])ar nature, l'autre par amour; Tune par naissanee éternelle, l'autre par naissance temporelle; Tune par laquelle il est Dieu, Tautre par laquelle il est homme, mais Homme-Dieu pour jamais. El en cette même essence et nature que son amour lui donne, i-l a encore deux naissances, l'une en la mortalité, l'autre en l'immortalité, qui sont deux états bien différents de cette môme humanité, et deux naissances aussi bien différentes en un même sujet et une même personne. La première naissance se termine à la croix ; et Jésus la regarde dès le |)remier moment de celte humble naissance, la deuxième'naissance se termine au ciel.
Et !e ciel vous attend et vous regarde, ô Jésus, comme chose sienne dès le premier moment de cette renaissance. En l'une vous naissez, ô Jésus, en l'autre vous renaissez:vous naissez comme homme en Bethléem, vous renaissez comme homme au séfiulcre, mais comme homme immortel et inunortalisant les hommes. L'une de ces naissances regarde la croix, et l'autre regarde le ciel ; deux termes, deux séjours et deux trônes bien différents; là vous mourez, et ici vous vivez ; là vous souffrez, et ici vous régnez; là vous entrez en nos misères, et ici vous entrez en lagloire du Père; là vous êtes dans le trône de votre humilité, et ici dans le trône de votre majesté ; là vous êtes dans la crèche et dans la croix, et ici dans le ciel et dans le trône de la gloire. O vie divine 1 ô vie céleste ! ô vie glorieuse! ô vie en laquelle paraît la plénitude de la Divinité, et la splendeur de la gloire, couverte auparavant, et obscurcie à
GIIANDELRS DE JESUS. — DISC. Ml , TUOFSIEMK NAISSANCE DE JESLS.
nos veux l'/ir los épines de In croix, cl [mr i'élni lie sa moitiililcl \ le (jui <lil |iléiiiliiiiu (le gloire, pléiiilude de |iiii>>s,in(o, |»U''niliide de in.'ije.«>le 1 Nie .sans nl)fllss^MIlelll^ , sniis soulIVaiiec el sans morlalilé I O vraie vie! vie, |>léiiiliide de vio. et |iléiiiliido de diviuiltM \ ie i|ui n'est plui <(uc vie, (|ui n"cst plus (|ue puissaiiie, qui n'est |.lus <|uo gloire, (|iii n'est plas(|ue majesté! car coninio Dion est tellement vie, (jue tout est vie en Dieu, aussi en cet étal heureux Jésus est vie, et tout est vie en Jésus, et la vie triomphe on Jésus el par Jésus, Klle triomplie do l'univers et \ triomilio lieureusoment p(jnr lunivers : triumphut nos in Christo. Suivons humblement lu char (le ce triomphe de Wsus, car nous sommes ses esclaves et ses captifs : esclaves de sa {grandeur, captifs de ses triomphes; et nous laisons partie de ses dépouilles, de ses trophées, et des rares ornements de sa victoire.
VI. Contemplant ces trois naissances cl ces trois vies de Jésus, sa naissance divine j)ar laipielle il e>l Dieu, sa naissance humaine par laipielle il est homme entre les hommes; sa naissance en la gloire par laquelle il est roi <io gloire entre les hommes et les anges, nous avons à rcmanjuer comme en ces trois naissances il est né souverain, cl toute créature lui doit hommage de sa servitude et sujétion, lui la première naissance il est souverain, car il est Dieu ; en la seconde il est souverain , car il est roi et né roi, ce dit l'Kvangile ; en la troisième il est louverain, car il est établi en la dextre, en .'a gloire et en la puissance de son Père, et :;ous déclare lui-uième sa souveraineté par ces [)aroIes : Toute puissance m'est donnée au ciel et en la terre {Matth. xxvnr, 18), paroles de grande énergie et de très-grande autorité. Or de ces trois naissances la seconde est celle où son autorité est moins sensible et plus cachée dans l'abaissement de son enfance et dans l'état de sa mortalité, et toutefois on celte humble el seconde naissance, en laijuelln comme Jé^us est vivant et mourant loui ensemble, aussi et vivant et mourant il parle, il maintient, il exerce sa souveraineté.
r.t ceux (pii lui veulent ravir sa vie en son enfance, et la lui ravissent en la croix, ne peuvent pas lui ravir sa royaulé, lacjuelle il mninlient cl conserve, ne conservant pas sa vie. Ainsi nous voyons Jésus en son enfance proclamé roi et par des rois, redouté d'un roi el adoré des rois, voulant dès sa naissance faire paraître un éclat de sa grandeur, el faire seiilir aux grands la secrète puissance ';achée dedans sa crèche, qui doit un jour paraître en la face de l'univers, à leur élonneineiil. *>< tnnUun lerruit cuna varjientis , quid faciet tribunal judicantis? (S. Alg.) Kt durant sa vie mortelle, [layant tribut pour l'exemple, il déclare ne le devoir point paver comme le Fils da Roi des rois; et aussi le paye-t-il par puissance el par miracle, sa sujétion apparente étant relevée d'un etfet de puissance, de merveille et d'autorité extra jrdinaire sur la lerre el sur la mer; ea
sorte que la maniue de sa sujétion porte l.i marque de sa jiuissance. Kn mourant il se fait prorlanier dans la mort môme le roi d<'S Juifs, cirend le mômejuge qui le condamne le héraiii do »u rovaulé. Ajtrès la mort dan.s le sépulcre, il preiid la vcjix el se sert de la langue de sa disciple pour être nommé souverain dans l'étui el les ombres de la mort el du sé|)nlcre. Disciple bien instruite en l'école de Jésus, en lécole d'amour, en l'école du Saint -Es()rit, et (jui nomme Jésus souverain, par l'inslincl de celui (lui possède son c(Eur, qui conduit sa langue, (|ui tire ses larmes et la rend attachée h la croix et au sépulcre de Jésus, et plus vi\ante en sa mort (ju'en elle-même. [Joan. x\.)
Oue dites-vous, ô amante, mais divine amante? Jésus est mort el vous vivez en lui, Jésus est mort el vous l'appelez souverain, el souverain sans limites; Jésus est mort et son corps seul est au sépulcre. Kn le croyant, le cheridianl, l'aimant en cet état, vous l'appelez Seigneur parlant aux apùtres, c'est-à- • lire aux docteurs du monde et aux disciples de la vie el de la vérité. .Mais le Sainl-EsprU conduit votre co3ur el votre pensée, animn votre langue et vos paroles : car Jésus naissant, Jésus mourant, Jésus mort est toujours souverain, et ne |)erd non plus sa souveraineté que sa divinité, ù laquelle elle est uniquement et inséparai)lement adjointe. Jésus en cet état de la croix et de la mort est souverain; et ne faisant pas des effets de sa puissance sur sa créature sensible et raisonnable, afin de pâtir par elle el pour elle, il fait des etTets de sa puissance sur sa créature insensible et inanimée. Car bien que pâlissant et non agissant, souffrant et non opérant, mourant el non vivant, il ébranle la terre, il fend les pierres, il rompt le voile du temple, il couvre le ciel de ténèbres, il ravit la lumière au soleil et marcjue sa souveraineté dans la terre et dans le ciel, lorsqu'on lui ravil la vie, qui est la lumière et la merveillo du ciel et de la lerre.
Jésus donc, même en cet état d'humilité, de souffrance et de mort, est roi el souverain. Beaucoup plus devons-nous l'avouer et reconnaître pour tel en l'état de sa gloire el de son immortalité. Aussi, entrant en cet état et au milieu de son triomphe, s'élevanlde la terra pour entrer en la gloire, il se tourne vers nous, et nous adressant sa parole, il nous dit hautement el gravement : Data est mihi omnis potestas in cœto et in terra [Matth. xxvm, 18), et linil son séjour en la lerre en ces grandes paroles el en ces derniers propos, pour laisser sa puissance el son autorité plus vivement emiireiule en nos esprits, en nos cœurs et en notre vie ; el pour nous apprendre que la lin de sa vie, de sa croix, de sa mortel de sa renaissance en l'immortalité, est pour régner et pour établir les etl'els de celte sienne puissance en la lerre et au ciel. Ecoulons ces saintes paroles prononcées dans ce triomphe, adhérons à Jésus qui les nous dit et [ rononce, et livrons-nous à la l»uissance de celui qui triomphe de la mort et du péché, et veat encore triompher de
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nous comme de chose qui est à lui et par sa claves de sa grandeur, esclaves de ses abaisgrandeur et i)ar ses victoires; car il est sou- seœents, esclaves de sa croix, esclaves de verain et nous sommes ses sujets, il est ré- son esprit, esclaves de sa gloire. Et nous lui dempieur et nous sommes ses captifs. 11 est devons rendre l'hommage et les effets de et souverain et rédempteur par naissance notre servitude, trouvant notre vie en l'oet nature, et par naissance et renaissance béissance, noire liberié en la servitude, et nous sommes les sujets de son empire, et les noire gloire en la dépendance que nous deesclaves de sa puissance. Il est toujours sou- vous et voulons rendre à Jésus, le Fils uiiiverain et nous sommes toujours ses sujets, que de Dieu, l'amour et la puissance du ses vassaux, ses esclaves, et ses esclaves à Père, le Roi de gloire, le souverain Seigneur plusieurs titres : esclaves de son amour, es- et des hommes et des anges.