DES RELIGIEUSES CARMÉLITES, A UN COUVENT ÉLOIGNÉ DE PARIS
Pour les disposer à recevoir la visite d'un autre que de lui.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Les peines que vous portez ne me sont pas inconnues et me donnent grande douleur, et ce d'autant plus que vous y avez peu d'assistance. Mais c'est le vouloir de Dieu d'exercer ainsi ceux qui le servent, et en les privant d'assistance, être lui-même leur assistance et leur force, bien qu'en une manière peu sensible, peu connue, peu satisfaisante les sens et la faiblesse de la nature. Nous sommes à lui, et nous y devons être en la manière qu'il le veut, et son vouloir et ordonnance doit être notre règle et conduite. Je dis ceci, et pour vous et pour moi; car ce me serait consolation et bénédiction de vous visiter moimême, et ne le {'as faire, ce m'est quelque sjrte de privation. Mais les choses arrivées et plusieurs autres 'onsidérations qui me semblent de fioids devant Dieu, m'ont fait estimer plus à juopos de faire la visite [lar autrui, et je l'ai fait ainsi en i)lusieurs maisons de l'ordre, à Tours, à Nevers, à Dijon, à Lyon, à Bordeaux, etc.; et je n'ai pas cru pouvoir choisir une personne plus convenable que de M, le doyen de Nantes. Il est docteur en théologie; il est recommandable en sa doctrine et en ses prédications; il est grand vicaire en un grand diocèse, et est doyen en une église cathédrale, et commissaire de notre saint Père le Pape dans les affaires de l'ordre. Tl a été diverses fois employé en semblables visites, cl d'ailleurs, il a charité [larticulière pour votre couvent, pour le(|uel vous savez ce qu'il a fait. Je l'ai donc prié de vous voir, vous parler et vous ouïr toutes avec soin particulier, et de satisfaire, selon Dieu, à tous vos besoins. Cette action est sainte en elle-même, et tend à la •sanctificaiion de vos âmes; elle doit être accomplie de part et d'autre avec des dispositions saintes; elle tend à un renouvellement de l'esprit et de la grâce du Fils de Dieu de
dans vos cœurs , car c'est lui qui daigne vous visiter |)ar autrui, et qui met son » sprit et son autorité en sa créature pour accomplir son œuvre. Dieu, en la terre, ne nous veut pas régir ni visiter iraméiiiatement par luimême, mais par l'interposition de ses créatures, et il veut régir les hommes par les hommes, en qui il met son esprit et sa grâce, sa lumière et sa parole, et même son autorité, pour accom|)lir ses desseins sur nous. Et nous avons à adorer sa providence, suivre sa conduite, et noiis soumettre à sa puissance où il la met, en l'honneur de celui qui, éiant le souverain de toute créature, s'e>t assujetti à ses créatures pour l'amour de Dieu son Père. Adorez et suivez ce rare exemple de Jésus, soumis à la Vierge et à saint Joseph, et, en l'honneur du Fils et de la Mère de Dieu, exercez la soumission et l'obéissance que requiert cette action de la visite. Celui qui vous va trouver pour la faire, vous est envoyé au nom de Dieu : recevez-le aussi comme venant de sa part, pour porter sa bénédiction dans vos âmes, ne considérant pas tant la personne, quoique très-considérable d'ailleurs, mais reconnaissant en elle l'autorité de Dieu qui vous veut ainsi régir et assister. Soumettez-vous à Dieu, l'ordonnant ainsi, entrez en sa voie et la suivez, et vous rendez dignes de la conduite des effets et des desseins de Dieu sur vos âmes. Cela ne m'empêchera pas de vous voir quand il [daiia à Dieu m'en donner la liberté. Je supplie Notre-Seigneur Jésus et sa très-sainte Mère, en ce saint temps de grâces et de faveurs, de prendre un nouveau pouvoir sur nous, et nous rendre tous dignes de les servir et honorer en la {)erfection qu'ils demandent de nous. Je suis en eux pour jamais.
LETTRE VIIL
AUX RELIGIEUSES CARMELITES.
Pour s'excuser de ce qu'il ne faisait pas leurs
visites par lui-même : et pour leur recommander celui qu'il y employait.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour janiiiis. Lorsque je revins d'Italie, un de mes plus grands désirs était de m'acquitter de mon devoir en visitant vos âmes et vos maisons; et je me promettais celle liberté, ne prévoyant pas ce qui est arrivé depuis, c'est-à-dire le commandement inopiné (jui m'a été fait de [lasser en Angleterre, et d'y séjourner quelque tem|)S pour le service de Dieu en cette pauvre île. Ce commandement m"e?t arrivé sans aucune induction de ma [tait par la volonté du roi, et même par intention expresse de Sa Sainteté, qui dès l'Italie me voulut obliger à ce voyage : mais je la suppliai trèsinstamment'^de n'y point penser, ce que toutefois j'ai su depuis qu'elle avait ordonné à Monsieur son nonce de procurer envers le joi; et enfin il a été ainsi résolu, et m'a fallu obéir comme vous voyez. Je vous dis ces choses, [lour vous faire voir que n'y ayant
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devons aussi penser à lui avec'flutanl d'amour el d'a|)[)luûlioii, comme s'il n'y avait (^ue lui el nous en l'univers.
rien »Je ma part en co voyage cl occufiolion, el y ayanl él6 appelé et cm|iloyé par les deux I lus puis>anle.s autorités (jui nous ri^^^i.vsenl en la loire de la pari de Dieu, celle du l'ape, el celle du roi ; il y a sujet de croiro (lue c'est le vouloir de i)ieu, duquel nous devons dépendre en notre vie et en toutes nos a( lions. C'est co «nii me met en repos, dans la peine i^ue j'ai de manquer à mon devoir envers vos âmes, el me l'ail désirer de faire par autrui ce (|ue je ne [>uis pour le présent l'aire par moi-môme : espéianl en la uonlé de Dieu, «pie puisque c'est luimême qui m'a enipé( hé el non [las moi , il daignera donner sa tjrâco el sa bénédiction, h ce moyen ijue je ret lierclie pour le bien de vos Ames el pour raccomplisscmcnl do mon «Jevoir. J'ai choisi à cet clFel le Père (|ui vous donne la piésentc. 11 e^l supérieur en l'une des maisons qu'il a plu à Dieu nous donner en ntjtre congrégation, el je le connais iià!< longlemtis pour expérimcnlé dans les choses de piété, et pour Irùs-aiïeclionné à l'onire. Je vous prie de le recevoir comme venant do Dieu, et venant |mur traiter de sa part avec vos Ames; et de vous disposer à recueillir fruit intérieur et extérieur de celle sainie action , que je lui ordonne d'exercer de ma part pour votre assistance et consolation. C'est Dieu qui vous visite en sa personne, et c'est Dieu aussi que vous devez roj^aider en sa créature, el non pas la créature njêmc, qui ne sert que d'une ombre à l'autorité divine, qui veut ainsi régir et gouverner vos âmes. Je supfdie-Nolre Seigneur Jésus el sa très-sainte .>ière à qui vous ap[iarlenez, vous donner leur bénédiction, el vous [tréparer toutes à l'accomplissement de leurs saintes volontés. Le 28 août mil six cent vin^t-cinq.