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LETTRE IV

k\:\ RELIGIEUSES CARMÉLITES DU COUVENT d'ami EN S.

Jl accepte leur nouvelle et réitérée soumission à sa conduite dans le temps des troubles de Cordre, et les exhorte à offrir leur dépendance à Jésus enfant, en l'honneur de son humble dépendance de la direction de la Vierge.

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, et loue Dieu des dispositions qu'il lui a plu vous donner. En attendant qu'il lui plaise me faire la grAce de vous y satisfaire de vive voix, je vous prie toutes dhonorer le saint et humble état de dépendance et direction, auquel il a plu au Fils de Dieu de se rendre et se réduire, au regard de sa très-sainte Mère par l'espace de plusieurs aimées. Car il a voulu non-seulement tirer sa vie et sa naissance d'elle en la faisant sa Mère, mais aussi il a voulu se commettre à sa conduite et direction en la terre comme étant son Fils, et son Fils en état d'indigence et de dépendance d'elle, selon la condition de sa très-sainte, très-divine et très-liumble enfonce. Au ciel, Jésus dirigeait les anges, et en la terre il était dirigé de Marie et sujet à Marie, selon ces divines paroles de l'Evangile : Et erat subditus illis.{Lttc. ii, 51.) En l'honneur donc de cette humble et divine dépendance de Jésus, et de la sainte et admirable autorité que la très-sainte Vierge a eue sur son Fils, le Fils unique du Père éternel, j'accepte la dépendance que vous voulez avoir de nous, et je supplie le Fils et la Mère de Die'u, daigner me rendre digne de \es servir et honorer en vos âmes; et de vous otfrir à eux on l'honneur de robiùlion singulière une le Fils -de Dieu a faite de soi-même au

CARDINAL DE BERULl E.

Père éternel à l'instant de l'incarnation, dedans les entrailles de la très-sainte Vierge, et en l'honneur ôe l'oblation que la Irèssainle Vierge Marie a faite d'elle-même à Dieu, en disant ces paroles: Ecce ancilla Domini, fuit mihi secundum verbum tuum.

[Luc. I, 38.) Honorez d'un honneur singulier le Fils et la Mère de Dieu; honorez leurs saintes oblations, et occupez vos âmes de ces divins objets, vous désoccupant de vous-mêmes et de vos sentiments, et accomplissez toutes vos actions en l'honneur de Jésus et de Marie, et en l'union de leurs saintes actions sur la terre.

LETTRE V

AUX RELIGIEUSES CARMELITES.

Dieu est le principe et la fin de toutes choscf. La religieuse a une obligation spéciale d'être tout.e à Dieu. Combien grande est l'abnégation à laquelle sont obligés les Chrétiens, et spécialement ceux qui sont appelés à la vie religieuse. La vie est dans la mort. Explication de ces paroi' s : Mortui estis, et vita vestra absconditaest, etc. La paix de T^otre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Ledésirque j'avais de vous visiter en ce pays, m'aurait fait croire et espérer plus facilement que j'en aurais le pouvoir, mais il n'a point plu à Dieu de me donner cette consolation ; ce sera quand il lui plaira. Cependant je vous supplie vous souvenir partout de ce que vous êtes, c'est à-dire que vous êtes tout à Dieu par la consécration que vous avez faite de vous-mêmes en la jirofession. El puis(]ue l'arbre lui appartient étant planté en sa maison, qui est la religion ; qu'il faut aussi que les ileurs, les feuilles et les fruits soient siens, et que la racine, le tronc et les branches soient à lui, c'est-à-dire le corps et l'esprit, l'extérieur et l'intérieur ; vos pensées, vos aft'ec.lions et vos actions, et qu'il n'y ait rien en vous ni de vous qui se réfère à autre chose qu'à lui. Outre l'obligation que vous avez par la condition que vous avez choisie , les qualités que Dieu a envers toute créature, et envers vous par conséquent, vous y convient derechef. Car il est le principe et la fin de toutes choses, c'est-à-dire il est la cause dont tout procède, il est la fin à laquelle toutes choses tendent. Ne faites donc pas ce tort à Dieu, mes sœurs, de lui ravir ces deux belles qualités, ou les avouant et reconnaissant en sa divine Majesté, donnezvous bien garde de manquer à leur rendre l'hommage que vous leur devez. Car à raison de sa qualité de principe, il n'y doit rien avoir en vous qui ne procède de lui, qui ne soit soumis à lui; et, en tant qu'il est la fin de votre être , il faut que tout ce qui est vôtre se rapporte à lui, El il faut vaincre la loi des sens et de l'amour-propre, pour se rendre obéissantes et sujettes à la loi de l'esprit et de l'amour de Dieu. En ces deux lois consiste tout l'usage et l'exercice de la vie humaine sur la terre, et mêuie après

LKTTRES. — I — AUX UKLIGIEL'SKS CARMFXITES.

ootlo vie, el aux règlements do l'élnl cl do la loi, lie l'esprit et do ramoiir do Dieu, consiste tout le rf-gloujent el rexercice do la vie |ierfeclive. Kl (}uitoiiqiie a bien pratiqué ces lois, n'a el ne tient rien d'élrniiger do (jui ap|iartieiit h Oieu, el ne lient rien pour doniestimie de ce (pii nous sépare do Dieu, fut-ce la chair et le san).', et notre ôme propre si elle n'est domptée par l'ahnégalif)n inlérieuro ci lacjuello le Fils de Dieu nous exhorte si souvent on son Kvangile. Aussi pour être disciple, cl seulement disciple en l'éeolo do celte sapience éternelle, il faut avoir renoncé h toutes choses el h son ûme propre. () (piel juj^cmenl devons-nous faire île noiis-inftmes, en y reconnaissant si peu d'alinégaiion 1 Et quel degré po>sédons-nous en celte école, si |)our y avoir seulement le degré de disciple il nous faut avoir renoncé à toutes choses I Kl quelle est la perfection de celle école, si la prenjiùre leçon (qu'elle donne à ses disciples, el la j)remiùro condition (ju'elle reauiert d'eux pour les admettre en qualité e disciples, est ce parfait renoncement de soi-même et de toutes choses ! Prenez donc garde à vous, s'il vous plaît, et considérez ce que vous éles (comme je vous disais au commencement), pour en tirer un règlement perpétuel pour voire conduite en tout iem{)s et en lous lieux. Car vous avez élu celte école du Fils de Dieu (qui est la religion ), vous y avezélé reçues pour disciples; vous commencez même (ce (|ui est f)lus) à y tenir lieu el rang de maîtresses, a[)prenanl à d'autres, d'exemple et de parole, à aimer celle école, à choisir cette école , à entrer en celte école. Regardez donc quelle est l'abnégation que vous avez, quelle est celle que vous devez avoir selon celte qualité , et n'ayez autre égard en tout ce qui vous survienl que de veiller sur vous, el vous convertir toutes à Dieu pour obtenir sa grâce, à ce que vous ne manquiez à pratiquer cette abnégation de vous-mêmes et de toutes choses en chacun des sujets qui se présenteront; sachant que comme il a plu au Fils de Dieu faire que vous trouvassiez la vie de votre âme en sa mort ; aussi a-l-il voulu que vous trouviez votre vie en Dieu, en la mort de vous-mêmes, et que vous manquiez autant de fois do vivre en lui que vous manquez de mourir à vous-mêmes. Dieu vous donne à toutes celle sainte mort et cette sainte vie, et nous fasse la grâce de pouvoir dire do vous ce que disait saint Paul de ses disciples : Mortui estis, el vita testra abscondita est cum Chrisio in Deo (Col. ni, 3), c'e>l-à-dire, Vous êtes morts: 6 mou heureuse, qui donne fondement à une telle vie 1 Et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. O vie admirable et uniquement souhaitable! puisque nous vivons en Dieu, et de la vie non des hommes ou des anges, mais de la vie de Dieu même, c'esl-à-dire de la même vie que le Père éternel vit en soi-même , qui est la vraie vie, la seule vie et la source de toutes les autres vies qu'il a communiquées hors de

soi-même, el quo nous vivions de celle vie ave<; son Fils unique Noire-Seigneur Jésus- Christ, le(piel je prie demeurer éternellon:enl avec vous toutes.

LKTTRK VI.

Al \ IlELIUIEUSES CARM^.LITES DU MONASTÈrB DE N.

I. Jésus est la vie et notre vie. — Il Jésui est le don de Diru aux hommes. — IJI. lîn l'usafje r(cipro(iue que Jésus fait de nous el ifue nous faisons de Jésus, consiste l'exercice de la vie et de la (jrâce.

Mes sœurs, la grâce de Jésus -Christ Noire-Seigneur soit avec vous jiour jamais.

I. Vous devez toutes regarder Jésus incessamment, et le regarder comme celui qui ot tout, qui vous doit être tout, et qui s'appelle lui-môme la vie cl voire vie : et vous ne devez vous regarder vous-mêmes que comme chose qui n'est rien, qui n'était rien il y a [)eu d'années, et qui n'oat rien encore à firésent, que par la grande miséricorde de Jésus; qui n'êtes rien en efl'et, si vous n'êtes à Jésus, et qui êtes » n danger d'être éternellement jiis que rien. En vous considérant ainsi, et vous abaissant devant Jésus, vous devez vous offrir et vous donner à lui ; vous devez n'être et ne vivre qu'en lui et })our lui; vous devez n'être qu'une pure capacité do lui, tendante à lui et remplie de lui ; vous devez n'aspirer qu'à lui et ne respirer que sa grâce et son esprit. Plus vous serez établies et avancées en cet état, plus vous sertz proches de l'état heureux et éternel, auquel se doit consommer notre éternité; car lors Jésus-Christ sera tout en tous, et nous ne serons tous qu'une capacité de lui, remplie de lui; au lieu que souvent en la terre il y a du vide, el que nous sommes souvent remplis de nous-mêmes. C'est ce qu'il faut éviter par les continuels soins et exercices de vos âmes; el celle sainte plénitude de Jésus-Christ Noire-Seigneur, est ce qu'il faut rechercher de toute la puissance de noire âme.

II. Jésus est le don premier et principal que Dieu a fait à l'homme, et c'est le don des dons: le don auquel el par lequel il nous a donné toutes|choses : Omnia in ipso nobis donavit. {Rom. MU, 32.) Combien devonsnous priser et estimer ce don si rare et si excellent, qui a en soi la substance du Père, et est son Fils uniijue et son Fils bien-aimé qui contient toute sa substance, et est l'objet de sa complaisance absolue el éternelle?

m. Combien devons-nous désirer de bien user de ce don; l'usage parfait de Jésus (ioit êlre l'excellence et la perfection de notre vie; combien devons-nous désirer que l'esprit de Jésus nous conduise, nous régisse et nous possède, et use de nous selon >a puissance el sa volonté? Et, en ce mutuel usage, que Jésus fait, nous appro|)riant et assujettissant à lui, que nous faisons de Jésus, nous livrant et nous abandonnant àJui; coflsisle l'usage el l'exercice de la vie^ Û9

OÉIVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERtLLE.

Ja grâce, de laquelle nous avons à vivre sur la terre.

C'est l'esprit qui doit être propre à vos Ames, ce que nous souhaitons être particulier à l'ordre; c'est l'esprit que le Fils de Dieu est venu répandre au monde, et que la sainte Vierge a reçu la première et possédé en perfection. Je vous souhaite cet esprit, comme étant tilles de la Vierge, tandis qu'on vous désire molester, comme destituées de l'esprit de sainte Thérèse.

Je vous souhaite l'esprit de la Vierge Mère de Jésus et l'esprit de Jésus son Fils et Fils de Dieu tout ensemble. Je vous souhaite un esprit lié d'amour et de respect à Jésus et à la Vierge, et un esprit transformant vos esprits en Jésus et Marie; uu esprit possédant Cv possédé de Jésus.

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