AUX RELIGIEUSES DU MONASTERE DE N
Qui avaient trop de peine à se séparer de leur prieure qu'on voulait envoyer ailleurs, et qui avaient proposé quelques raisons pour obtenir qu'on la leur laissât encore.
La grâce de, Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Je n'estime pas que les raisons que vous ;dléguez doivent retarder l'obédience que Mgr N. a donnée |)Our faire [>artir la Mère prieure, et je ne crois pas qu'il soit besoin d'y répondre en particulier. Ce serait chose bien facile et je le ferais volontiers, mais cela ferait tort à la sim[»licilé avec laquelle vous voulez et vous devez obéir. Souvenez-vous de celte parole que vous récitez souvent en votre olliee : Jn auditu auris obedivit tuihi. ( Psat. xv«ii, ko.) Le Saint-Esprit emploie cette parole pour louer la promptitude avec laquelle il est obéi des siens, et celle promptitude fait partie signalée de la parfaite obéissance. Je ne puis approuver les sentiments que vous témoignez ; il y a de l'excès qui intéresse la pureté de l'Ame qui doit servir à Dieu avec perfection ; il nous faut tous délaisser chose plus digne et plus impoitante que les sentiments (jui vous licnnent attachées trop humainement et imparfailement a la créature, el le Fils de Dieu en ses jours a délaissé chose si grande, si sainte el divine pour votre amour, qu'il délaisse le ciel qui lui est dû, et s'abaisse à la terre, et à la terre couverte de péchéà et de pécheurs; il dé-
OEUVRES COMPLETES DU CARDliNAL DE BERULLE.
laisse la gloire qui lui appartient et s'expose aux souffrances et aux misères que vous voyez ; il se prive de tant d'effets dus à l'é- Diinence de sa personne et à la sainteté de sa vie, et à la divinité de son état, et est vivant comme un d'entre nous au milieu de nous. Honorez ces mystères, pensez à ces choses, humiliez-vous d'avoir si peu de sentiment de choses si grandes et si dignes, et d'en avoir tant de choses si hasse> et si petites. ^îais c'est la misère de la créature qui se remplit aisément de la créature, et ne peut se rempHr du Créateur. Plût à Dieu que nous fussions tous bien vides de nousmêmes et de toutes choses pour èire saintement remplis de Dieu, qui veut être tout et en toutes choses 1 Souvenez-vous que Jésus est votre plénitude ; la plénitude de Dieu repose eH'lui, et vous devez l'adorer et le rechercher en cette qualité afin qu'il remplisse vos âmes et occupe le lieu que les créatures y tiennent à son préjudice et au vôtre. Je le suj^plie et sa sainte Alère, de vous faire à toute cette grâce.
LETTRE XÎI.