LETTRE XXVIII
A UNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMÉLITES
Et nos propres défauts et les ç/rdces de Dieu nous obligent à l' humilité'. Il lui propose le mystère lequel il désire être l'objet de la dévotion principale de son couvent.
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur soil avec vous pour jamais. Je viens de recevoir, ce 26, votre lelire écrite du 18, mais quand je l'aurais reçue [)lustôt, il me serait impossible d"y satisfaire Dieu me donne ici des liens qu'il ne m'est pas [)ermis de rompre , el puisque c'esl lui-même qui met cet empêchement, il a ordonné quelqu'aulre voie pour remédier à votre besoin. Nous la devons rechercher en lui-môme, et dans les mystères que ce saint temps nous re[-résente. 11 nous faut beaucoup d'humilité, d'oul)li et de délaissement de nous-mêmes, pour lui faire la place en notre es[)rit que mérite sa grandeur, cl que requièrent les mystères qui sont honorés en ces sainls jours. Notre même faiblesse nous doit servir de sujet pour entrer en cet es[)ril d'humilité. C'est le fruil que nous en devons recueillir, c'est l'usage que nous en devons faire. La grâce tire en nous cet etfet, non-seulement de nos {iropres défauts, mais encore des grâces de Dieu même : le propre de l'esprit de Dieu étant de convertir tout ce qui est en nous, à un saint abaissement el parfait dépouille-
OKLVnES COMPL DE DE BÉRLLLE.
ment do nous-mêmes, qui rend tout â Dieu, el n'approprie rien à soi que le néant et le néché. L'âmo ainsi cr)nduito de cet es[)rit de j)ieu s'abaisse en tout, ne s'élève en rien, et diMueure toujours capable d'être visitée do Dieu el remplie de nouvelles grâces, sans (ju'elle l'aperçoive. Je suf)[)lio Noire- Seigneur Jésus cl sa très-sainte Mère vous donner la conduite de cet esprit ; ( et esprit d'humililé, qui est l'esprit |)rojire de Jésus et (Je Marie, cl l'esprit qui paraît dans l'abaissement do rincarnalion et de la croix, que ce saint mois nous refirésente. Plaise à Jésus-Christ Nolre-Scigneur, el à sa trèssainfc Mère, ré[iandre cet esprit sur nous el sur tout l'onlre.
Mais on finissant la présente, je dois satisfaire h ce que vous avez désiré, de savoir quelle doit être la dévotion principale de votre monastère. Puisque vous m'en remeltez lo choix, je me sens plus porté h honorer le moment de PIni arnalion, el les choses éternelles qui ont été établies en la Vierge par ce my-tère et en ce moment. Oh ! que cela dit choses grandes el ineO'ables! là elle est faite Mère de Dieu, là il y a un repos singulier de Jésus en Marie, repos el vie toute divine et iiivariable. Portez-vous à honorer ce qui vous esl inconnu en ce sujet, et ce que le ciel nous en fera connaître un jour si à Dieu ploît. Jésus et sa très-saintvi Mère vous bénissent. Je suis en eux.