LETTRE XXVI
Jl UNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMÉLITES.
Quelle doit être notre appartenance à l'essence divine.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Continuez dans les voies intérieures, en humilité, en simplicité, en adhérence à Jésus-Christ Noire- Seigneur et à sa très-sainte Mère, et à leurs voies et conduites sur les âmes. Persévérez en l'application de votre âme à la divine essence et à la Trinité sainte, et ce, plus par révérence que par intelligei.ee, el par simplicité que par art el conduite. Car cet objet incréé est si distant et élevé par-dessus tout ôlre créé, que nous avons plus à nous per-
dre et abîmer en lui que non pas à le connaître, et nous avons plus à lui appartenir par ses {)ropres opérations secrètes que par nos pensées et conceptions particulières. Désirez d'être et appartenir à cette divine essence, si intime, si présente, si opérante, f)ar les voies qu'il lui |/laira ordonner sur votre âme, sans votre connaissance, et sans vous contenter ni limiter à celles que vous pourriez penser et former en vous, que vous devez suivre plus par fidélité que par attache. Je l'adore et invoque sur votre âme et sur votre maison, et lasup[)lie nous conduire tous à son hommage et gloire. Jésus et sa très-sainte Mère soient avec vous pour jamais.
LETTRE XXVIL
A UNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMELITES
Il se sent chargé de celte âme de la part de Dieu. Il lui recommande de s'offrir chaque jour distinctement aux trois personnes de la sainte Trinité. Jl convient en propre au Saint-Esprit, qui lie Dieu à Dieu, de lier les âmes à Dieu. Il lui recommande aussi de se donner à la Vierge, et de la prier quelle la lie à son Fils et à elle pour la victoire des tentations.
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur soit avec vous pour jamais. Encore que vous n'ayez reçu aucun témoignage par mes lettres du soin que j'ai de votre âme devant Dieu, je ne laisse pas île m'en souvenir comme je dois, et d'avoir eu bien agréables les lettres que vous m'avez écrites. Dieu a ses voies [)uur se servir de ses créatures envers ses créatures. Et il lui a plu me donner quelque pensée particulière de vous, depuis la |)remière connaissance que j'en ai eue. Je m'offre et donne à Jésus et à sa très sainte Mère, pour votre âme, et les sup- })lie daigner se servir de moi envers vous. Chaque jour offrez Jésus au Père Eternel, votre âme au Fils et votre cœur au Saint- Esprit, l'Esprit du Père et du Fils, afiii que comme cet Esprit lie Dieu à Dieu, Dieu le Fils à Dieu le Père, il daigne aussi être le lien de votre cœur à Dieu. C'est le lien de l'éternilé qui lie éternellement le Père avec le Fils par sa propriété personnelle. C'est aussi son propre el son vouloir de lier pour jamais nos cœurs à Dieu, et je le sujtplio d'accom()lir cet olïice en votre âme. N'oubliez pas la très-sainte Vierge, qui appartient si dignement, si saintement et si [)articulièrement au Pèic, au Fils et au Saint- Esprit. Elle est fille et é[)Ouse du Père, Mère et servante du Fils, et le sanctuaire du Saint-Es[)rit, où il opère la plus grande 0(iération qui soit après les productions éternelles, puisqu'il opère en elle le mystère de l'ini-arnation. Cette Vierge sainte, divine el admirable, s'est donnée à la Trinité sainte, el en particulier au Fils unique de Dieu en cette grande parole : Ecce ancilla Domini, etc. {Luc. 1, 38.) Parole qui u conclu sa plus grande dignité et son plus grand contente-
ir.s*
LrTfRF.S. -I.— AUX URI.ICIF.i:SES CARMniJTKS.
ii\0Ml, puisqu'cUo a conclu le niyst^ro do rimarn.ition 0|ii';ré lors en ollc' UévtVcz cliHfjuo jour <:o riu'ollc est h Jé>us t-l i\ la Trinilé sainte, et co que Jésus est eu elle. (%'la veut dire heaucouii de <hoses (pie noire pluiiie ne peut vous si}^ni(ier, et (jiic niillo langue ne peut cx|)rinier. Kn honneur et révérence do choses si grandes, doîinozvous h elle de tonte votre puissance, cl priez-lvi rprelle emploie sa puissance 'i vous donner h cllc-inôtue et h Jésus son Fils unique ; car noire [uiissancc est trop petite pour opérer cela au point ot au degré au- <|uel nous devons appartenir à Jésus et h Mario. C'o>l mon désir pour vous, et je désire (juc ce soit votre désir pour moi, pour suppléer h mes mamiuements, si grands au regard de choses si hautes et si grandes.
l*our ce qui regarde cotte Ame dont vous m'écrivez, vous lui avez parlé selon .«-on hcsoin, et je vous prie de continuer. Il faut force constance et fermeté h supporter les tentations, sans en laisser épandro les elfels en l'âme, ni ()ar une action au dehors : et ce en hommage el louange de celle force incompréhensilile de TAmc de Jésus, h sufiiiortcr en sa partie sui)érictjre la vision de Dieu, sans laisser épandre ni au corps ni en la partie inférieure de l'iline, les etfets de cette fruition, atin de pouvoir soulfrir pour l'amour des hommes. O force ! ô amour incompréhensible et peu considéré des hommes I H me semble que ce point est l'objel le jjIus grand sur lequel s'esl exercée la force de Jésus-Christ,